‹ Mélanges & portraitsChapitre 60 sur 69 · Page · texte numérisé non relu

Page

MÉLOGES.

^conduire l’esprit à une très haute conception de la finalité. Elle ne rend les causes finales ni impossibles ni même inutiles, ce qui serait une autre manière de les exclure, l’inutile n’existant pas au point de vue de la science. Quand bien même les causes physiques paraîtraient suffire à l’explication des phénomènes, ce ne serait qu’en apparence; en réalité elles ne suffiraient pas à en rendre compte. Il faut bien, dans tous les cas, que les causes essentielles soient de telle nature et disposées de telle sorte qu’elles produisent leur effet, puisqu’elles sont de vrais moyens. Mais d’où tirent-elles cette adaptation de forces et cette disposition de leur mécanisme? C’est là que se ramène inévitablement la question. Au point de vue physique, le marteau qui bat le fer doit être suffisant à produire l’effet voulu, de telle sorte que celui qui ne verrait que le marteau marcher pourrait croire qu’il suffit; en réalité il ne suffit pas tout seul, puisqu’il doit être dirigé par un bras que guide une intention. Il en est de même des agents physiques : de leur suffisance purement relative nous passons logiquement et nécessairement à l’affirmation de leur insuffisance absolue. C’est qu’en réalité, dans cet ordre de phénomènes, il y a disproportion entre la cause et l’effet ; mais cette disproportion n’est pas d’ordre physique, elle est d’ordre intellectuel. « La cause physique est une possibilité de produire l’effet; elle n’implique qu’une chose, qu’il n’y a pas contradiction entre les propriétés de la . matière et l’effet produit. Mais cette possibilité ne suffirait pas : il faut, en outre, une activité ou puissance (jui détermine ces propriétés de la matière à un effet précis, et circonscrive la divagation infinie de ses effets possibles dans un champ restreint par la raison. De là vient que la matière parvient à réaliser quelque chose d'intelligible, ce à quoi elle n’a aucune propension par

LES CAUSES FINALES

sa nature propre1. » Cette différence si importante entre les conditions physiques des phénomènes, qui suffisent matériellement à les produire, et leurs conditions intellectuelles, qui seules peuvent les expliquer, est excellente en soi et remplit un grand rôle dans la doctrine du livre; elle définit avec netteté l’objet propre de la science positive, qui ne s’occupe que des premières, et l’objet propre de la métaphysique, qui cherche à saisir les secondes. J’aurais voulu que ce rôle lût plus grand encore, que l’auteur ramenât à cette idée toute la discussion, et que ce fût le point de vue où il se plaçât pour juger les systèmes, quels qu'ils soient, qui ont essayé d’expliquer par des agents purement physiques l’ordre de l'univers. « L’idéal du mécanisme est de tout ramener au mouvement; mais les lois du mouvement, prises en elles-mêmes, sont indifférentes à produire telle forme plutôt que telle autre, et ne contiennent nullement l’idée d'une formation de système. La matière reste la matière, à savoir le substratum ou condition de développement des phénomènes; la force reste également ce qu’elle est, la cause du mouvement. iNi dans l'un ni dans l'autre de ces deux éléments n’est contenu le principe d’un développement rationnel. Tout au moins faudrait-il y ajouter un troisième, à savoir Vidée qui servira de cause directrice, et ce serait revenir à la doctrine de la finalité. » Au fond, tout ce grand débat des causes finales se réduit à cette alternative : d’une part, la science tendant à établir la proportion des causes physiques et des effets et à rendre par là l’hypothèse finaliste de plus en plus aléatoire et subjective; d’autre part, la métaphysique maintenant la réelle disproportion entre les causes et les effets, en ayant soin de marquer

Page 1