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^que cette disproportion est tout intellectuelle et non physique.
L’auteur marque à grands traits cette distinction qui me paraît fondamentale. J’aurais voulu qu’il en fît plus d’usage pour simplifier et abréger la discussion, qui se perd vraiment dans l’infini des détails. C’est le signe d’un esprit né pour la dialectique d’épuiser l’objection jusqu’au fond, dans ses variétés et ses nuances les plus subtiles, se complaisant dans cet exercice de sa force, ou plutôt, par une sorte d’excès de probité scientifique, se tourmentant à se satisfaire et dépassant en exigences envers lui-même les exigences les plus rigoureuses du lecteur. Mais cette accumulation des objections issues soit des diverses écoles de physiologie, soit des variétés du mécanisme, soit du positivisme, soit de la doctrine de l’évolution et du transformisme, produit dans l’esprit une sorte de confusion. 11 m’a semblé qu’il y avait dans cette partie de l’ouvrage plus d’une répétition d’arguments correspondant nécessairement à des difficultés du même ordre ou du même genre, et qu’en particulier le chapitre consacré spécialement aux objections faisait en plus d’un endroit double emploi avec les deux chapitres précédents. On regrette que M. Janet n’ait pas évité cet inconvénient en ramassant et concentrant la polémique, en groupant les thèses ou les hypothèses qu’il combat, selon leurs analogies ou leurs similitudes, et nous épargnant un peu de cette dispersion d’esprit que produit le spectacle de cette grande bataille dialectique, répandue dans un champ trop vaste, à travers des accidents de terrain nombreux, sans points de repère suffisamment marqués. J’ai essayé de montrer tout à l’heure le point central et supérieur d'où il eût été aisé à l’auteur de dominer l’ensemble de cette polémique.
.Nous ajouterons à cette légère critique, qui ne porte
LES CAUSES FINALES
que sur la méthode du livre, deux observations qui louchent à la doctrine, estimant d’ailleurs que, pour une œuvre de celte importance, l’analyse offre plus d’intérêt que la discussion, quand on est d’accord avec l’auteur sur les principes. — Est-il exact de dire, comme le fait M. Janet, que, si nous n’avions pas en nous mêmes le type de la finalité dans l’exercice de notre activité volontaire, nous n’aurions pu « inventer cette notion » ? Est-il vrai que le fondement de cette conception est uniquement l’analogie des œuvres de la nature avec l’industrie humaine? Je ne puis le croire. Sans doute l’exemple de l’industrie humaine éclaire celle notion, et nous nous expliquons mieux à nous-mêmes l’accord du phénomène avec le futur, qui constitue l’idée du but, après que nous l’avons trouvé en nous-mêmes et que nous avons analysé les combinaisons que nous faisons en vue de l’avenir. Mais l’origine de l’idée de finalité est-elle là, uniquement là? Cette idée ne précède-t-elle pas la réflexion plus ou moins abstraite et tardive que nous faisons sur nos propres combinaisons de moyens et de fins, sur notre propre industrie? Il me parait qu’il y a quelque chose d’antérieur, c’est la réflexion toute naturelle et spontanée qui se fait en nous sur l’appropriation de 110s organes à leurs fonctions. Il y a un fait plus immédiat qui s’impose à notre attention, bien avant le fait compliqué et ultérieur de notre industrie : c’est l’usage même de nos organes, l’usage de l’œil pour voir, l’usage de la main pour saisir. Cette expérience primitive, l’adaptation des différents appareils de notre corps à des fins spéciales, voilà, si je ne me trompe, la première occasion qui nous suggère cette conception: c’est à la fois l’apprentissage pratique et la démonstration expérimentale de la finalité . La démonstration théorique et rationnelle viendra plus tard, et l’analogie éclaircira pour nous les conditions de
MELAMES.
la finalité. Mais la première réflexion, dans la vie la plus élémentaire, en aura déjà ébauché le type dans notre conscience, et nous ne pouvons même établir cet le analogie qu'entre deux termes qui nous soient déjà suffisamment connus.
Nous aurions peut-être quelque éelaireisserne’.. amendement à réclamer de l'auteur, au sujet du rang qu'il assigne à la loi de finalité. Pour lui, on le sait, ce principe n'est pas un principe premier comme la loi de causalité, c'est une simple vérité d’expérience : ce n’est pas une loi qui s'impose par son évidence, c'est une loi qui se démontre par l'analyse et s’obtient par l'induction, une loi de la nature , non de la raison. Je ne méconnais pas ce qu’il y a de généreux, d'habile même dans cette concession que l’auteur fait aux adversaires qu’il va combattre, aussi bien qu’aux savants qu'il espère ramener à l'évidence expérimentale de cette vérité. Il se prive luimême de cet avantage que lui donnerait la nécessité d’un principe reconnu a priori. Avantage illusoire, d'ailleurs: car ce ne sont pas là des privilèges qui en imposent beaucoup dans les controverses scientifiques, et il importe peu, au point de vue de la discussion, que cette loi de la finalité soit classée, d’avance parmi les vérités premières ou reléguée parmi les vérités secondes. La seule chose essentielle, c’est d'en montrer les applications et d’en obtenir par là ou la vérification perpétuelle dans la nature, si c'est une vérité première, ou, si c’est une vérité seconde, la démonstration par des faits saisissants et bien choisis. Mais théoriquement, à un point de vue supérieur à celui de la discussion, peut-on séparer ce principe de l’essence même de la raison? Oui sans doute, sous les formes explicites et variées que ce principe comporte et qui sont dérivées de l’expérience: non, à mon a\is, dans son origine et dans sa formule la plus haute.
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qui est celle-ci: à savoir, que lout ce qui existe est intelligible, que tout ce qui est réel est rationnel, pourvu que l’on restreigne celte formule à la nature et à ses œuvres, sans rétendre jusqu’à l'homme et à ses actes. Qu’est-ce donc que la raison, si ce n’est l’affirmation a priori qu’il y a une raison des choses, et qu’est-ce que l’exercice de la raison, si ce n’est la recherche de celte raison des choses, la recherche de l’ordre? La science elle-même est-elle autre chose que la réalisation, dans la pensée de l’homme, de ce qui est l’ordre dans la nature? L’ordre, qui explique tout le mécanisme deJTunivers, et la science qui découvre les principes de l’ordre ou les lois, sont les expressions irrécusables du principe de finalité qui régit la nature comme il éclaire et guide la raison.
M. Janet semble, en plusieurs endroits de son livre, revenir à cette doctrine, particulièrement quand il démontre que les combinaisous physiques elles-mêmes, loin d’exclure la finalité, la supposent, que la cause mécanique en elle-même est indifférente à produire aucune combinaison réglée, que partout où il y a ordre ou loi il y a fin, que l’esthétique de la nature ne s’arrête pas aux organismes vivants, et qu’elle s'étend aussi loin que s’étend la liaison des phénomènes1. Mais alors, lui dirai je, concluez. Ueplacez le principe de la finalité à son rang, qui est le premier dans la raison. Au fond, il est engagé, comme celui de causalité, dans tous les phénomènes; il y est même, je ne crains pas de le dire, engagé d’une manière plus profonde, car il explique, à le bien prendre, non pas seulement les phénomènes, mais le principe de causalité lui-même, dont il est l’expression la plus haute et la raison dernière. C’est cette hauteur même qui le rend plus obscur, plus difficile à