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en réalité, la sensation de l’ouïe est toujours accompagnée d’une sensation tactile très fine el très spéciale, localisée dans notre bouche. Or, dans la parole intérieure, réduite à elle-même et ramenée à ses élémonts, l’image sonore apparaît seule, l’image tactile a disparu.
Ici se présente une objection, transformée par Bain en une théorie, d’après laquelle l’image du mouvement de la bouche, ou même une ébauche du mouvement laryngobuccalréel, accompagnerait toujours la parole intérieure; peut-être même, selon lui, le phénomène de In parole intérieure serait essentiellement un mouvement interrompu ou la simple image de ce mouvement. Sans aller aussi loin, je serais porté à croire qu’il se produit toujours dans ce phénomène, en même temps qu’une image sonore, une tendance à la produire au dehors, à la transformer en line sensation, quelque chose comme un commencement d’action qui imprimerait un certain mouvement initial au,x organes de la voix. Je crois remarquer cette tendance organique toutes les fois que je saisis nettement et distinctement en moi le phénomène de la parole intérieure. M. Victor Egger 11e méprise ni cette observation ni l’objection qui s’en déduit, et voici comment il y répond. Il soupçonne là une illusion et il essaye de nous en expliquer le mécanisme; elle a pour cause première, selon lui, l’emploi d’une méthode d'observation qui a scs défauts et ses périls. L’observation du présent esttoujours, plus ou moins, une expérimentation, c’est-à-dire une observation volontaire ; or la volonté est une force dont l’action ne saurait être exactement limitée à l’avance; je veux observer et j’observe; mais en même temps j’invente, je crée dans une certaine mesure l’objet de mon observation, et il m’arrive ainsi de prendre pour mon état normal et constant les effets d’une excitation
passagère1. Appliquons cela au cas présent. Quand je dirige mon attention sur l’idée de l’image tactile et que je l’associe à l’image sonore actuellement présente à ma mémoire, cette idée se précise de plus en plus par l’effet de ma volonté tendue vers elle, et par là même j’arrive à susciter en moi certains de ces phénomènes qui l’accompagnent ou la suivent d’ordinaire. Je crée le phénomène en y pensant avec une certaine force. « L’attention est ainsi comme une sorte de demande qui implique et impose la réponse. »
Quoi qu’on pense de cette manière de répondre à l’ohjection prévue et qui persistera peut-être même après la réponse, il faut reconnaître qu’il y a là une excellente psychologie. Le dernier résultat peut être contesté sans que cela nuise au mérite, à la nouveauté de l’effort que l’auteur a fait pour l’établir et à la partie de vérité psychologique qui s’en dégage. Nous insisterons moins sur le développement que donne l’auteur à l’élucidation de cette question : Comment arrivons-nous à distinguer la parole intérieure, celle qui fait partie de nous et qui ne sort pas de nous, et la parole extérieure, celle qui n’est que notre œuvre et' qui fait partie du monde matériel? Comment jugeons-nous que l'état fort de conscience est corporel et extérieur, que l'état faible est intérieur, c’est-à-dire psychique? M. Victor Egger remonte aux sources de la question ; il ne traite de rien moins que de la perception extérieure tout entière ; il expose toute une théorie, d’après laquelle ces deux jugements distincts et opposés ne le sont qu’en apparence. Au fond, le second de ces jugements est inutile, car l’absence du premier équivaut à l’affirmation du moi ou de ce qui est mien. Ce qui est primitif, c?est le moi ou la reconnaissance de ce qui est