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L’ Hérédité, élude psychologique, lre édition, p

ESSAIS DE PSYCHOLOGIE SOCIALE

mentalement, vous ne pouvez pas la contester. La seule raison qui vous pousse à le faire, c’est une raison métaphysique. Mais cela n’est pas assez pour nous persuader. Vous dites souvent, et avec raison, qu’une conviction ou une espérance métaphysique ne suffit pas à prouver une réalité, soit. Mais consentez de même à ce qu’une difficulté d’ordre métaphysique ne prescrive pas contre un fait. Vous vous épuisez en vains efforts pour ramener cette force autonome à n’être qu’une forme déguisée de l’hérédité. Sans en nier directement l’existence, vous en transformez la nature. Vous n’v réussirez pas. Car s’il y a dans l’homme un pouvoir personnel, c’est précisément quelque chose qui se crée et se renouvelle sans cesse, en contradiction avec les éléments donnés; c’est quelque chose qui rompt la trame des phénomènes mécaniques pour y insérer un acte ou une série d’actes nouveaux, non contenus dans les phénomènes. La question n’est pas de savoir si l’apparition d’une telle force dérange les cadres d’une théorie; la question est de savoir si telle chose existe. Tant pis pour les théories qui ne s’accommodent pas avec la réalité.

Nous pouvons maintenant conclure, à ce qu’il semble, et ramener en quelques traits, sous les yeux du lecteur, les résultats de cette étude. L’hérédité psychologique existe assurément; elle existe comme prolongement ou retentissement de l’hérédité physiologique, dont les influences pénètrent au dedans de nous et enveloppent même notre être intellectuel et moral. — Mais dans quelle mesure se manifeste son influence?

En faisant de l’hérédité psychologique quelque chose d’uniforme et d’absolu, on l’a faussée. Elle existe, mais à différents degrés. Elle est plus sensiblement vérifiable dans les ensembles, dans les races, que dans les individus ; elle s’y révèle en traits bien plus fortement niai-

MELAMES.

qués, parce que, dans les peuples et dans les races, l'élément individuel tend à s’effacer de plus en plus pour laisser reparaître la nature, c’est-à-dire l’espèce. Elle se montre particulièrement dans les cas de psychologie morbide, parce que les faits de ce genre sont des cas dérivés, dans lesquels l’individu retombe sous la domination presque exclusive des influences physiologiques. Elle se montre plus agissante à mesure que les phénomènes sont plus voisins de l’organisme, elle devient moins active à mesure que l’on gravit l’échelle des phénomènes humains : très forte dans les actes réflexes, les cas de cérébration inconsciente, les impressions, les instincts; décroissante et de plus en plus vague dans les phénomènes de sensibilité supérieure et de pensée ; nulle dans les manifestations les plus hautes, celles de la raison et de la moralité, le génie, l’héroïsme, la vertu. Enfin, chez les individus eux-mêmes, elle ne s’offre pas avec des caractères identiques ; elle mesure exactement son empire sur le degré de force et de personnalité de chacun de nous, gouvernant tyranniquement les uns, ne touchant que légèrement les autres, abdiquant devant les résistances décidées.

De tout cela ne résulte-t-il pas un enseignement certain et comme une démonstration éclatante? La loi d’hérédité s’atténue ou s’aggrave, selon que l’on s’abaisse dans la hiérarchie des facultés et des êtres. On peut suivre ainsi à la trace l’action et la réaction du pouvoir personnel en lutte avec cette loi qu’il modifie, qu’il suspend ou qu’il supprime. C’est, en d'autres termes, la lutte éternelle de l’espèce et de l’individu, ou en des termes plus généraux encore, l’antithèse de la nature et de l’homme. Non pas que la nature soit jamais détruite dans l’homme; mais il dépend de nous d’en restreindre l’empire et de convertir dans une certaine mesure la fatalité en liberté. Oui, sans doute, le déterminisme a sa

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part jusque dans le monde moral, mais quelle part? Les esprits absolus et sans nuance préfèrent les grosses solutions, les solutions absolues comme eux. La vérité esl plus difficile à démêler. Jusqu’au centre de l’esprit nous retrouvons des éléments de l’universelle nécessité. L’hérédité pénètre dans notre for intérieur; là elle rencontre le pouvoir personnel qui entre en lutte, qu’elle domine ou qui la domine; c’est le problème moral qui commence. L’hérédité fournit les éléments et les matériaux de notre liberté future, c’est sur eux qu’elle doit s’établir; ces éléments sont la matière à laquelle elle imprimera sa forme. L’est précisément l’œuvre et le signe de notre personnalité de façonner à son image toutes ces influences variées qu’elle rencontre autour de son pouvoir naissant, de les transformer et de s’en dégager en se créant sans cesse elle-même et se développant par son libre effort.

11 reste à poursuivre dans leurs principaux effets les combinaisons variées de ces deux principes également irrécusables, l’hérédité et la personnalité ; nous verrons comment leur mélange continuel et leur jeu réciproque rendent compte, par des conséquences inattendues et simples, des plus grands phénomènes de la vie individuelle et sociale.

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