LETTRES
ÔEOIIGB SAND, D'AIFRBD DE YIGNY ET DE Mw O'AGOUW
A ADAM MICKIEVVICZ,
Monsieur (1)^
Je me snîa permis de tracer quelques mots à la plume, à côté des mots au crayon que j'ai trouvés sur les marges de votre manuscrit. Je ne sais pas de qui sont ces corrections^ mais je ne puis pas m'empêcber de les trouver mauvaises pour U plupart, ai de penser que vous connaissez beaucoup mieux la force et l'énergie de noire langue^ que la personne chargée par vous de ces recUfica* tions. Je ne me permettrai pas de porter un jugement eur Teo* semble de votre ouvrage : en fait de drame, je ne suis pas un juge compétent. D'ailleurs j'ai une telle admiratioa et une telle sympathie pour tout ce qui est de vous^ que, s'il y avait à repreudre dans ce nouvel œuvre, je ne pourrais pas m*en apercevoir. Je ne vous parlerai donc que du style. Dans les endroits où ie style domine Taction, il m'a semblé aussi beau que celui d'aucun écrivain supérieur de notre langue; dans les endroits où. nécessairement l'action domine le style (sauf quelques incorrections q/n'il est même puéril de mentionner, tant elles vous sont faciles à faire disparaître), le style m'a paru ce qu'il devait être, — seulement un peu trop brisé^ surtout à cause du caractère particulier du rôle du palatin^ dont l'énergie d'expression est précisément dans l'omission de l'expression. Peutrélre tous les autres persoonages, par cela même, devraient-its se montrer plus sobres de suspensions et de rAti* cencos. L'esprit de notre langue n'en comporte pas autant, et, quoique nos modernes écrivains dramatiques les prodiguent, nos vieux et illustres maîtres, qui sont les aieux par alliance dfi votre génie, s*en montrent très-avares.
Je suis honteuse. Monsieur, de me permettre ces observations envers une supériorité telle que la vôtre. Je ne les aurais pas risquées, si vous n'eus.-^icz eu la bonlé de me les faire demander, à moi indigne, mais sincère admirateur de votre puissance. Quant au suc-
(1) Celte lettre sans date est vraisemblablement tie 1837, comme cel'e U'Alfred de Vigny.
ces du drame^ il m'est impossible d'avoir aucune prévision à cet égard. Le public français est si ignoblement stupide aujourd'hui^ il applaudit à de si ridicules triomphes, que je le crois capable de tout, même de siffler une pièce de Shakespeare, si on la lui présentait sous un nom nouveau. Je puis dire seulement que si le beau, le grand et le fort doivent être couronnés, votre œuvre le sera.
Agréez, Monsieur^ Tassurance de mon sincère et entier dévouement.'
George.
Nohant, près La GhÂlre.
(Sans date.)
Voici ^ Monsieur^ le précieux manuscrit que je vous avais volé Madame Sand a dû vous écrire ce qu'elle en pensait. Je n'ai rien à ajouter, si ce n'est que c'est la personne la plus sincère que j*aie jamais rencontrée.
MalleflUe sera toujours à vos ordres pour l'arrangement des scènes et la lecture au théâtre., si tous jugez bon de recourir à lui.
Je voudrais bien espérer vous voir ici avant mon départ. Je compte y rester encore un mois environ. Que mon bon génie vous inspire la pensée de. venir!
Adieu, Monsieur. Personne au monde ne vous admire plus que moi. J^emporte avec moi le souvenir ineffaçable de la bienveillance (jue vous avez bien voulu me témoigner. '
Marie (1).
Rien ne m'a empêché. Monsieur, de lire et relire votre drame avec une extrême attention. Je vous conseille de le présenter à un théâtre, mais j'ai quelques graves observations à vous faire. Si vous voulez me faire l'honneur de venir chez moi demain ou après demain, à midi, je serai heureux d'en parler avec vous et tout prêt à vous servir on tout ce qui dépendra de moi.
Alfred de Vjgnv.
J'irais chez vous si cela m*était possible. .
1er avril 1837. Paris.
(1) Madame d'Agouli.
Voulez-vous, pendant le peu de jours que j'ai encore à passer ici, que je relise votre drame? Et sMl n*est pas de nature à ôtre mis en scène, pourquoi ne le feriéz-vous pas imprimer? .le me souviens que c'est beau. Confiez -le-moi. Pourquoi faut-il le laisser dormir? Rien de ce que vous avez fait ne peut ôtre inutile ou indifférent.
Tout à vous de cœur.
Mardi. G. Sand.
...J'ai renais le drame à Bocage. Tattends sa réponse (1). A vous de cœur,
George Sand.