‹ Mélanges posthumes d'Adam Mickiewicz, première série [microform]Chapitre 9 sur 59 · DEDICACE · texte numérisé non relu

DEDICACE

nales; car ils sont fils chacun d*une nation malheureuse, qu'ils ont ardemment servie, vainement avertie et passionnément aimée. Il ne saurait leur déplaire de voir leurs deux noms unis ici, en une pareille année^ comme une protestation de Tindissolùble lien moral qui doit unir les deux nations. Et c'est pourquoi je me suis permis cette

Dédicace posthume du livre dun mort à un mort.

Parii, 24 décembre 1871.

LaDISLAS MlCKIEWlGZ.

DBAMES POLONAIS

INTRODUCTION

Mettre en lumière des fragments inédits de grands écrivains est un plaisir recherché des érudits et aussi une œuvre méritoire ; mais chacun de ces hommages rendus à une mémoire illustre laisse au lecteur le regret des trésors qui eussent été sauvés, si ces sortes de publications posthumes se fussent accomplies avant que le temps n'eût exercé ses ravages habituels. Qui sait ce que sont devenus les papiers de Shakespeare, les papiers de Molière? Les contemporains les ont laissés se perdre, sans qu'il en soit resté de traces.

Parfois, lorsqu'un grand héritage littéraire échappe aux causes ordinaires de destruction et passe en des mains opulentes, on voit les vivants préférer leur quiétude à la gloire du mort, et pour des considérations personnelles, souvent mesquines et nullement justifiées, détenir, un manuscrit dont le sort ressemble alors à celui de ces âmes qui, dans les contes de fées, sont enfermées dans un rocher ou dans le creux d'un arbre. N'est- il pas affli- ' géant, par exemple, qu'on ne sache encore aujour- ;

II INTRODUCTION

: d'hui si la famille de lord Byron ne possède pas

) deux chants de Don Juan inédits et les Mémoires du

poète anglais, dépôt sacré que Thomas Moore

aurait faussement affirtné avoir brùlé^ malgré la

volonté expresse de Tauteur que ce fût publié?

11 est rare qu'un homme de génie, en secouant la torpeur de ses contemporains et en les devançant, ne suscite Tenvie éï la haine; il éveille aussi FadmiratioD, mais cette admiration est communément théorique et inactive. Où laissé se perdre avec indifférence un tout , dont la postérité recueillera les parcelles avec avidité.

Ces considérations ont dû nous venir plus d^une fois à l'esprit, en songeant que les œuvres vraiment complètes d'Adam Mickiewicz n'étaient pas publiées, et qu'il suffisait d'un accident pour qu'elles offrissent éternellement de regrettables lacuneî^. La tâche ôtait d'autant plus ardue, qu'Adam Mickiewicz, qui n'avait à aucun degré te culte que tant de littérateurs contemporains professent pour chaque ligne de leur écriture, n'avait pas le sens de la propriété intellectuelle. Voir quelqu'un s'approprier ses idées eût été le moindre de ses soucis; il aimait à répéter que les apôtres ne prenaient pas de brevet d'invention ; il prêtait ses manuscrits, dès qu'il supposait qu'ils seraient profitables à quelqu'un; il jetait au feu sans hésitation une œuvre, même teraminée, si elle ne le satisfaisait pas entièrement.

INTRODUCTION. ii:

Déjà G)iifucius remarquait que rhomme supérieur' s'afflige de son impuissance^ et que le contentement de soi'^nênie est Tapanage de la médiocrité.

La mission d'élever à Adam Mickiewicz le plus durable des monuments, c'est-à-dire de reconstituer l'ensemble de ses travaux^ est bien près d'être remplie. Plusieurs volumes se succéderont rapide-' ment qui Joints aux volumes déjà parus, satisferont à €6 devoir filial.

La Politique du XIX" éiêcie, publiée il y a deux ans, comprenait la traduction d'articles politiques parus en poloiiais et une série d'articles politiques en français inédits*

Xjea ilf«/ée»^65 comprennent des articles littéraires en français inédits et la traduction de quelques articles littéraires parus en polonais. Mais, dans. les Mébmg^s^ la tàdie du traducteur est modeste ; et ce sont Mittout de3 travaux écrits originmrement en français par Tauteur qui forment les deux volumes actuels»

D'ailleurs nous croyons à l'exactitude de cette comparaison d'Auguste- Guillaume SchlegeL, qui a dit que les traductions des chefs-d'œuvre étrangers sont pour la littérature d^un pays ce qu'est pour le commerce la création d'un canal qui joint un fleuve à l'OcéaUé

Sheliey a dit : a Les poètes sont ks hiérophantes d^ua dieu qu'ils &e eonûaissent pas ; ce qui res--

IV INTRODUCTION

pire en eux^ c'est moins leur esprit que l'esprit du tçmps. . . Les poètes créent à nouveau dans TAme ce que la banalité des impressions journalières y efface, et la poésie est une Visitation de l'esprit divin. »

Une des difficultés que le public étranger éprouve en se trouvant en présence des œuvres d'Adam Mickiewicz, c'est que la biographie de ce grand poète n'est pas faite : or, celle-ci ne deviendra possible qu'après l'entier achèvement de l'édition que nous poursuivons.

Un critique éminent avouait n'avoir pu rendre compte d'un volume précédemment paru d'Adam Mickiewicz^ parce qu'il lui aurait fallu se livrer à une étude spéciale dont les éléments n'existaient pas.

Les principaux éléments sont constitués par une correspondance où les lettres en français tiennent si peu de place, que cette source importante d'in-» formations n'est pas accessible aux étrangers. Nous essaierons d'en donner une idée ; car on ne saurait apprécier pertinemment une œuvre, si l'on fait trop abstraction de l'auteur. Du reste, rien n'offre plus d'attrait que les confidences d'un homme supérieur, et le public les recherche d'autant plus qu^elles ne lui étaient pas destinées.

Cette correspondance, qui est loin tl'étre complète, attendu qu'il faut des années pour combler

INTRODUCTION

certaines lacunes/ forme cependant un tout qui permet d'embrasser d'un coup d'œil une grande existence.

Nous n'ignorons pas que rien ne prête autant à mésinterprétation que des lettres intimes. Dans une lettre écrite au courant de la plume, on se met au point de la personne à laquelle on s'adresse : souvent on ne dévoile qu'im côté de sa pensée; parfois on reste obscur, sachant que l'esprit de l'interlocuteur, qu'on a en vue, suppléera à ce qu'on ne prend point la peine d'énoncer clairement. De là beaucoup de jugements téméraires. Un critique^ par exemple, accuse Jean-Jacques Rousseau d'ignorer la langue française, parce qu'il en viole une des règles dans un billet insignifiant ; un autre reproche àByron de n'être poète que dans ses livres, parce que, dans ses lettres à sa mère, il la rassure sur ses dépenses et l'entretient d'une foule de détails prosaïques.

Mais qu'importe que cent esprits vulgaires s'arment de leur propre incompréhension pour dénigrer quiconque ne s'abaisse pas au niveau de leur intelligence, les âmes d*élite seront puissamment aidées par les accents qui scandalisent le plus les esclaves de tout ce qui est conventionnel, mesquin et faux. Le propre du génie, c'est d'entraîner la foule dans sa marche ascensionnelle : seulement il en est peu ou point dont les ailes aient assez d^en^-

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vergure pour soutenir jusqu'au bout son vol puissant. Que de personnes voudraient que le génie, de la suite duquel elles ont été quelques instants, se fût arrêté précisément h l'échelon où le souffle leur manqua à elles-mêmes. Mais les générations retrouvent ritinéraire que les contemporains n'ont pu exécuter et elles parcourent ces jalons sacrés. Le 13 août 1806, le roi Joseph écrivait à son frère : a Jamais ce glorieux Empereur ne pourra m'indemniser de ce Napoleone que j'ai tant aimé et que je désire retrouver tel que je l'ai connu ily a vingt ans, si l'on se retrouve aux Champs-Elyséens. » Napoléon lui répondit avec quelque humeur a qu'il était tout simple qu'à quarante ans il n'eût pas les mêmes sentiments qu'à douze, qu'il les avait plus réels et plus forts. )>

Il en est également qui eussent voulu qu'Adam Mickiewicz restât perpétuellement l'Adam Mickiewicz des Ballades; d'autres s'arrêtèrent au Conrad Wallenrod; d'autres l'enterrent après Thadée Sopliça. Beaucoup préconisent les moments où il traversait le catholicisme officiel pour essayer de l'entraîner vers l'action et vers le sacrifice qu'exige notre époque ; compagnons poussifs assis sur les premiers degrés, ils tremblent pour l'audacieux qui s'est élancé au sommet de la tour. Ceux qui ont applaudi à sa croisade du Collège de France, regrettent les vérités affirmées dans la Tribune des

INTRODUCTION. Vï\

Peuples et déplorent la Légion polonaise dltalie, puis les efforts tentés en Orient.

L'heure approche où l'admirable unité de cette existence se dégagera de l'atmosphère brumeuse des petites passions du jour. Un observateur pro-> fond disait que la meilleure punition de plus d*un adversaire, ce Serait de le forcer à relire ses attaques vingt ans après les avoir produites. Que d* anecdotes absurdes, d'accusations sans bonne foi dont le temps a déjà fait justice ! La publication actuelle rectifiera ce qui reste d'erreurs en circulation.

Nous ne voulons pas dire qu'elle mettra fin aux dénigrements systématiques. Chaque vie de dévouement est à la fois un exemple et un reproche. On déteste quiconque a réalisé le devoir au-»; quel on s'est soi-même dérobé, on voudrait en effacer la trace. La fausse grandeur ne conserve les apparences dont elle se pare qu'en ternissant la véritable grandeur partout où elle la rencontre.

Ce qui frappe d'abord dans les lettres d'Adam Mickiewicz, c'est qu'elles ne sont nullement écrites en vue de la postérité. Ces pensées confiées à la hâte au papier, parce qu'il savait qu'une pensée amie les accueillerait, vont être disséquées par des esprits indifférents, souvent hostiles. A notre époque, une foule de petites gens se mêlent de juger les grandes individualités. Ce qu'il leur importe surtout de savoir, ce sont par exemple les revenus du

VIII INTRODUCTION

poëte, la coupe de ses habits, ses goûts culinaires. Ils lui en veulent, s'il ne leur parle pas à chaque moment de lui-même, s*il ne leur donne pas la chronique de fugitives amours, la date de la conception de chaque pièce de vers, de longs jugements de ses propres œuvres et de soigneuses réfutations des moindres critiques. Il devient de mode parmi les écrivains de préparer ainsi la tâche des biographes futurs, en leur fournissant jusqu'au modèle des éloges qu'on attend de la postérité ; dans chaque billet on se drape, on envisage chacune de ses créations comme un événement historique dont la moindre circonstance doit être mise en lumière.

Rien de semblable chez Adam Mickiewicz. Ce dont il s'occupe le moins, c'est de ses œuvres. Il ne donne sur sa personne qu'exactement les détails ré« clamés par l'amitié. Cependant son ânie y éclate, il s'y peint à son insu. Parcourons rapidement une correspondance qui débute en 1820 pour s'interrompre en novembre 18SS.

Les lettres de 1821 à 1830 respirent cette insouciance, cette plénitude de vie de la jeunesse, plus forte que les malheurs mêmes. Plus tard le tableau s'assombrit, le sentier est chaque jour plus étroit, plus semé de ronces, d'épines et de rocs aigus. Le voyageur redouble de vigueur, parce qu'il aperçoit de plus en plus clairement le but auquel il tend ; mais que de mélancolie dans ce soir de la vie !

INTRODUCTION. ix

Dans la première lettre adressée à un ami d'enfance, il lui dit : a Je suis arrivé pour les vacances à Kowno, et à peine dans la ville je ne rêve qu'à la quitter. Quid terras alio calentes sole mutamus? super equitem sedet atra cura. Quoique je ne sois ni triste ni ennuyé, malgré moi principium mobilitaHs s'agite en moi : c'est un compas dérangé qui change sans cesse de direction, mais a perdu sa qualité première et ne marque plus le pôle. »

Nous voyons bientôt la trace de l'influence by ronienne : «Je n'écris ni ne lis beaucoup, je pense et je sou&e souvent, et par conséquent j'ai besoin d'une occupation mécanique. Le soir je fais la partie de boston et j'y joae de l'argent, je ne me plais dans aucune société, j'écoute rarement de la Diusique... Je fais mon unique lecture de Byron, je jette tout -livre écrit dans un autre esprit, car je déteste le mensonge ; les descriptions du bonheur domestique m'horripilent, comme d'assister à un mariage ou de voir des enfants : c'est mon unique antipathie. Me voilà décrit des pieds à la tête. »

C'était le moment où l'objet du premier amour du poète lui était ravi; celle qu'il aimait venait d'être mariée malgré elle à un opulent rival. Bientôt la gaieté reparait : <c Si, écrit-il en 1822, cette sotte définition , que l'homme qui ne manque de rien est heureux^ était exacte, je serais au ciel.

INTRODUCTION

J'ai tant d'argent que, pour la première fois de ma vie, je ne me trouve pas de besoins que je ne puisse satisfaire; d'autres circonstances concourent à me rendre la vie d'autant plus agréable qu'elles n'étaient pas à prévoir. Je mène une vraie existence de littérateur, je ne respire que poésie, la poésie est toute ma nourriture. La britannomanie a succédé à la germanomanie : un dictionnaire à la main, j'essaie de pénétrer jusqu'à Shakespeare, comme le richard évangélique jusqu'au ciel par le trou d'une aiguille. Néanmoins la décou^ verte de quelques nouvelles poésies de Schiller ne m'a longtemps point permis de me remettre à l'anglais. »

Nous glisserons sur cette période qui, pour être mise en lumière, exigerait de trop grands développements. Le poète avait été emprisonné, puis interné en Russie. Ses amis peuplaient la Sibérie; et, pour citer les lettres qu'il leur adresse, il faudrait les faire connaître eux-mêmes au lecteur et dépeindre la persécution politique de 1823. Disons qu'à la fin, il fut assez heureux pour obtenir un passeport et que, lorsque le gouvernement russe, se ravisant, ordonna de lé lui retirer, il était déjà en pleine mer. Il visita l'Allemagne , fut admirablement accueilli par Gœthe, puis se rendit à Rome par Venise, Bologne et Florence, a Rome, écrit-il en 1829, m'a abasourdi, et la coupole de Saint-

INTRODUCTION. xi

Pierre a couvert tous mes souvenirs d'Italie. Tite- Live lu ici a un charme étrange, car on peut le soir aller visiter la scène des événements (ju'on a lus le matin. Il est difficile d'écrire sur Rome. Byron, comme Horatius Coclès^ a de son pas gigantesque occupé le pont sur le Tibre : ingenti gradu occupavit pontem.yt

Sur ces entrefaites éclate à Varsovie la révolution de novembre 1830. Adam Mickiewicz écrit à un ami de Cracovie qui lui avait transcrit des nouvelles politiques : « Aucun tableau de Raphaël n'a été peut-être si anxieusement examiné, étudié dans chaque détail, apprécié et gardé que ne l'est ta lettre par tes compatriotes réunis rue Mercede. » Il partit pour laPozuanie, d'où, après la chute de Varsovie, il se rendit à Dresde, puis à Paris. « Il me semble en t'écrivant, dit-il dans une lettre adressée de Dresde en mars 1832 au grand historien Joachim Lelëwel, que jje suis dans la vallée de Josaphat; je ne sais par où commencer^ après tant et de si grands événements. Je ne vis que par l'espoir, que je ne me coucherai pas au tombeau sans avoir eu la chance d'être mêlé à une nouvelle action. Parmi les nôtres, les uns se fient au gouvernement français, les autres aux gens du mouvement. Je considère ces deux partis comme un ramassis d'égoïstes démoralisés. Les Français sont des Athéniens du temps de Démosthène ; ils clabauderont, changeront de chefs

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et d'orateurs ; mais ils ne guériront pas, car ils ont un cancer au cœur. Connais-tu. les œuvres de Lamennais? c'est Je seul Français qui ait sincèrement pleuré sur nous ; ses larmes sont les seules que j'aie vues à Paris. Peut-être notre nation est-elle appelée à donner aux hommes l'évangile de la nationalité, de la moralité^ de la religion, — et du mépris des budgets, cette base unique d'une politique vraiment douanière. »

C'est alors qu'il écrivit les pages qui, traduites aussitôt, contribuèrent le plus à le faire connaître en France. Nous trouvons dans une lettre à M. de Bayne du J6 mai 1833, écrite par un disciple de Lamennais, la trace de l'impression qu'en ressentit Lamennais lui-même :

<r Montalembert vient de publier la traduction des Actes de la Nation Polonaise^ depuis le commen-cernent du monde jusquCà son martyre^ par Adam Mickiewicz, poëte polonais, le plus grand poète moderne, dit M. Féli (1). Ce livre est admirable : V est quelque chose qui tient du style des prophètes et de ITÉvangile. Je n'ai jamais vu plus surprenante poésie. Je pense que tous les amis de \ Avenir (2) seront avides de ce livre.» (Maurice de Guérin, /fe-

(1) Félicité de Lamennais. {^oU dnd^fléètàO^.V.

(2) Titre d'un journal fondé pMTjM/^iK^oliaiDilDnais et dont la publication fut suspendue en i834j.^j%'|i})|9ijij^'^ bl4me infligé parla cour de Rome. (Note de l*éditeur,\^.^.^^.^ ^

INTRODUCTION. Xiir

liquiœ, Paris, m.d ccc.lxi.) .Cet esprit distingué, qu'attendait une mort prématurée, écrivait de la Chênaie, le 21 juin 1833, à sa sœur Eugénie de Guériji : « Fais en sorte que l'on te prête le Livre des Pèleriîîs polonais ; j'aurais vraiment du regret que tu ne pusses le lire. M. Féli en est enthousiasmé; c'est assez faire son éloge. Tu ne connais pas encore de poésie pareille à celle-là, si j'en excepte la Bible. Je te promets des larmes. Je ne puis m'empêcher de citer le passage suivant qui me tombe sous les yeux en ouvrant le livre, au moment où j'écris. L'auteur s'adresse aux Polonais:

c Voire pèlerinage est devenu la pierre de touche des princes et des docteurs de ce monde; car, dans votre pèlerinage, n*avezvons pas reçu plus de secours des mendiants que des princes?

« Et dans vos combats, et dans vos prisons, et dans votre pauvreté, n*avez-vous pas trouvé plus de nourriture dans une prière que dans toute la science des Voltaire et des Hegel, laquelle est comme du poison, et plus que dans toute la science des Cousin et des Guizot, lesquels sont comme des moulins vides?

« Je vous le dis en vérité, que toute l'Europe apprendra de vous qui sont ceux qu'elle doit appeler puissants et sages; car maintenant en Europe lé pouvoir est un opprobre el la science une folie.

« Mais s'il y en a parmi vous qui disent : Nous voilà sans autres armes que le bâton de pèlerin, comment pourrons-nous changer l'ordre établi dans les nations grandes et puissantes?

« Ceux qui parlent ainsi doivent se rappeler que Tempire romain était grand comme le monde, et que Tempereur romain était puissant comme tous les rois d'aujourd'hui pris ensemble.

« Et voilà que le Christ envoya contre l'empereur douze hommes simples, mais comme ces hommes avaient l'esprit saint, Tesprit de sacrifice, ils vainquirent l'empereur.

c Et s'il y en a parmi vous qui disent : Nous ne sommes que

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des aoldats illettréi, comment pourrons-nous vaincre par notre parole les sages des nations les plus éclairées et les plus ciyilisées?

«Ceux qui parlent ainsi doivent se rappeler que les sages d'Athènes passaient pour les plus éclairés et les plus civilisés du monde, et qu'ils n^en lurent pas moins vaincus par la parole des apôtres ; car les apôtres ayant prêché au nom 4e Dieu et de la liberté, le peuple abandonna les sages et vint aux apôtres, t

c( Quelle nation que celle à qui l'on peut adresser aujourd'hui de semblables paroles ! et quel homme que celui qui les adresse ! Cet homme s'appelle Adam Mickiewicz. Ses poésies sont peu connues, à cause que sa langue est peu pratiquée; mais M. Féli, qui les connaît, place Adam à côté de Byron pour la hauteur du génie. »

Ce fut le temps de la plus grande productivité littéraire du poëte. « C'est, dit-il en parlant d'une de ses créations, la continuation de la guerre, que, à présent que Fépée est au fourreau, il nous faut poursuivre par la plume, » — <ïc Je ne vous parlerai pas de mon état moral, lisons-nous dans une autre lettre, vous savez ce qui sepa^se dans mon pays. Je suis occupé de travaux littéraires, écrivant et imprimant avec une chaleur fiévreuse et des mouvements convulsifs. Cela m'empêche de devenir fou.»

En 1834, Adam Mickiewicz se marie : a J'ai connu ma femme enfant dans la maison de sa mère. L'année passée avait été pour moi pleine de tristesse. J'ai cherché le bonheur domestique, pendant que le chez-soi est possible... Je me tourmente peu de Ta-

INTRODUCTION. xv

venir, et Tidée que le bonheur peut ne pas durer n'empoisonne aucunement ma félicité présente. Céline est bien la femme que je cherchais, courageuse vis à vis de l'adversité, contente de peu, toujours gaie. »

En 1839, Adam Mickiewicz fut nommé prof es* seur de littérature latine à Lausanne, a De mes fenêtres, écrit-il, je vois le Léman et les Alpes ; seulement c'est dommage que le lac soit si loin. J'aime mieux nos paysages lithuaniens, sur lesquels on peut à volonté S0 coucher et dormir, que ces mirages lointains qui fatiguent les yeux comme la chambre obscure. »

En 1840 , a lieu la création d'une chaire de littérature slave au Collège de France. On la propose à Mickiewicz : « Je regrette Lausanne, écrit-il, où j'ai un morceau de pain et la vie calme. Je regrette une place que j'ai obtenue saris aucune protection (sauf celle de Dieu). Les gens d'ici sont bons; mais j'accepterai la chaire slave, de peur que quelque Allemand n'y grimpe et de là n'aboie contre nous, y)

Vers 1844, les relations d'Adam Mickiewicz avec le gouvernement se compliquent. Sa chaire devait être fermée la première. «Ma position, écrit-il à son frère, ëîA laborieuse vis à vis et des Français et de mes compaWoies. Je pourrais commodément \ , m'embourber; car je te dirai (à toi seul) que le mî- :

XYI

INTRODUCTION

nistère me donnerait une augmentation de traitement, si je consentais à ne plus servir la cause à laquelle je me suis voué. Je pourrais me vendre cher ; mais cette même conscience, qui ne m'a pas permis de chercher une carrière en Russie et en Suisse, ne me laisse pas m'immobiliser en chemin. J'ai la conviction que^ si je suis fidèle à sa voix, rien de mal ne m'arrivera, bien que l'avenir soit hérissé de dangers. Frère, nous avons vieilli, la vie a passé comme un moment; nous rendrons compte seuleliieni de la façon dont nous l'aurons employée pour le bien d'autrui et de la patrie. r>

En 1847, nous trouvons cette magnifique profession de foi : « L'opinion de tels ou tels individus, de toute une génération, ce n'est pas l'opinion de la nation. Un Polonais ne doit avoir aujourd'hui d'autre mobile d'action, ni chercher d'autre récompense que dans sa conscience; et il doit croire que la Providence appuiera des efibrts purs.

Malheur à quiconque se soucie de l'opinion, du jugement des hommes, de n^importe quelles circonstances extérieures. Les événements contraindront chacun à chercher son point d'appui au-delà de cette terre. J'aurais pu faire ici une brillante car*rière, à condition d'abjurer mon principe de vie, de me tranquilliser. Le repos convient aux morts et aux heureux. Nous nous troublons forcément, et notre devoir est de troubler le monde. Je continuerai

INTRODUCTION. xvii

doue à suivre ma voie, avec Tespoir d'y retrouver un jour tous les gens de bonne volonté, car leur but est un. »

Adam Mickiewicz ne fut jamais un homme de lettres. Sa plume fut un moyen, une arme et rien autre. Il louait un jour Béranger d'avoir su cesser d'écrire ; il suivit lui-même cet exemple. « Les livres, écrivait-il à une amie en 1847, ne contiennent rien de vraiment vital. Le plus petit progrès accompli est plus important qu'un vaste ouvrage littéraire. Il est plus difficile de pénétrer d'une seule idée un ami que de donner tout un volume au public. » Cette même amie étant à la veille d'un mariage qui, aux yeux de sa famille, la faisait déroger, Mickiewicz lui dit : « Cette opposition résulte des préjugés aristocratiques... Si vous épousiez le duc deModène, qui est un méchant homme, ceux là mêmes qui vous persécutent s'en réjouiraient. J'ai connu beaucoup de ces pharisiens contemporains, qui vantaient la vie pieuse, retirée et paisible du couvent à leurs sœurs et à leur mère, quoiqu'ils ne crussent eux-mêmes ni aux couvents ni à Dieu.,. Le règne de ce pharisaïsme touche à sa fin. Le monde a besoin de liberté. »

Quand éclata la révolution de 1848, la première pensée d'Adam Mickiewicz fut de former une légion polonaise en Italie. En 1849, il rédige la Tri^ bune des Peuples à Paris,

XVIII INTRODUCTION

En 185 i, il écrit à sa fille aînée, alors à Rome : a Je me réjouis que Rome t*ait émue. Chaque âme doit être remuée par quelque chose; si de grandes choses ne Tagitent, elle s'agitera dans la boue et le néant. Jusqu'à présent, rien sur cette teire n'a au* tant de grandeur que Rome. Considère que cette ville, du temps de ses rois plus petite que Posen, a conquis le monde. Une ville , non un peuple, car il n'y a jamais eu de nation romaine dans le sens actuel du mot nation. Que d'efforts, de sang et de sueurs à chaque pierre de cette ville ! Ses lois et ses idées pèsent encore sur le monde. Lis Tite-Live et médite-le sur place. Une Polonaise doit méditer; les femmes des autres nations n'y sont pas obligées. La France imite la Rome païenne, mais ne peut l'égaler. Tu as vu Paris. Combien il est petit aiiprès de Rome ! La Pologne est appelée à remplacer la Rome chrétienne ; c'est à peine si elle commence à se mouvoir dans ce sens. »

Pendant la guerre d'Orient, Adam Mickiewicz accepta une mission du gouvernement français. (1 Je ne vous parlerai pas des magnificences exté* rieures de Constantinople, écrivait-il en octobre 1855, vous les connaissez par les descriptions et vous en avez vu probablement le diorsuna , il n'en est pas de même quant à l'intérieur. Il faut avoir des sens bien démocratiques et fort robustes pour supporter les premières impressions d'une cité

INTRODUCTION. xa

orientale. Je m'y suis cepeDcIant promptement habitué. Je vous avoue même que ce n*e8t pas sans un certain plaisir que je m'arrêtais dans quelques quartiers de la ville, qui me paraissaient parfaitement semblables à ceux de ma petite ville natale de Lithuanie. Imaginez-vous, par exemple, une place publique couverte d'une couche de fumier et de plumes, où se promènent tranquillement des poules, des dindons et toutes sortes de bêtes au milieu de groupes de chiens qui faisaient la sieste; mais pour arriver de cette place chez nous, il fallait suivre des ruelles que j'ai trouvées si primitives et si pittoresques que je vous en épargne la description... D'ailleurs je n'afifronte qu'une fois par jour ces passages à travers des tas de rats crevés, et de chats éventrés^ et d'Anglais ivres-morts, et de porte- faix turcs, quibarrent hermétiquement les deux côtés de la ruelle. Une fois sur le Bosphore, on prend un bateau et les courses n'ont rien de désagréable. Il y a une chose qui vous plairait certainement, c'est la çiodestie et l'honnêteté des marchands. J'ai pensé à vous, en traversant les vastes bazars de cette capitale. Personne ne m'invitait à entrer, pas d'amorces ni de réclames. Je m'arrêtais, j'examinais les marchandises sans que le débitant eût l'air de s'apercevoir de ma présence. Interpellé, il me dit le prix de Tobjet et est retombé dans ses méditations. Gomme j'ai eu de l'embarras avec la monnaie turque, on

XX INTRODUCTION

ofirit de me donner la marchandise à crédit. Pour la première fois de ma vie, j'ai eu envie défaire des achats. »

Adam Mickiewicz mourut à Constantinople du choléra en quelques heures, le 26 novembre 18SS.

Nous n'avons pas la prétention d'initier complètement le lecteur à un sujet qui aurait besoin d'être approfondi. Or, les éclaircissements nécessaires eussent dépassé le cadre que nous nous sommes tracé. Bien que nous n'ayons qu'effleuré la biographie d'Adam Mickiewicz , nous espérons que cela facilitera l'étude du plus grand poète des Slaves.

Nous sommes loin de nous imaginer que la vulgarisation en France des créations polonaises soit l'œuvre d'un jour.

Yillemain, dans un Essai biographique sur ShakespearCy dit que la gloire de ce poète oc parut d'abord en France un paradoxe et un scandale.» Il fait cette observation : «Pour que les Français commençassent à goûter le génie extraordinaire de Shakespeare, il a fallu les grandes choses que nous avons souffertes et vues depuis un demi-siècle, la chute de l'ancien ordre et de Tancienne élégance, nos tragé- 'dies royales et domestiques, plus terribles que celles du théâtre, nos frénésies populaires, la dureté de la guerre et de l'Empire, et enfin la rudesse toujours inséparable d'un peu de démocratie.» La poésie polo«

INTRODUCTION. xxi

naise ne pouvait, elle non plus, être sentie des Français qu'après de terribles commotions intérieures et d'incomparables désastres extérieurs. Il est un vieux dicton qui enseigne que Texpérience d'autrui ne sert pas. Gomment la France eùt-elie saisi la grandeur tragique du partage de la Pologne, ces éruptions soudaines de Tàme nationale, suivies chaque fois d'un long silence sépulcral, cette poésie saturée des douleurs du présent, grosse des pressentiments de l'avenir, saignante comme la patrie, sérieuse comme le martyre et enthousiaste comme lui, car toujours à celui qui succombe pour la vérité Dieu entr*ouvre un coin du ciel? La France, fuyant ses hautes destinées, se complaisait dans sa grandeur terrestre, toujours plus riche matériellement et moralement plus pauvre. Elle n'appréciait en littérature que les productions qui chatouillaient ses sens blasés. L'invasion de 1815 etroccupationde son territoire lui semblaient un accident. Ses rhéteurs lui avaient répété d'ailleurs qu'à Waterloo il n'y avait eu ni vainqueur ni vaincu. Les plus sombres nuages ne s'en amoncelaient pas moins à l'horizon. Le gouvernement de Napoléon III^ conscient du danger, mais alourdi du poids de ses fautes et gangrené d'égo'isme dynastique^ bâta la chute du tonnerre dans le vague espoir de survivre à ses coups. Mais aussitôt s'écroulèrent et la gloire de la France et son prestige. Ses plaies morales, que voilait la

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prospérité matérielle, s'étalèrent au grand jour. Sur cpioi s'appuyer pour résister au flot étranger? Dieu? On mettait son existence en doute. Le patriotisme ? On le reléguait au nombre des préjugés. L'héroïsme? On l'appelait déraison. On craignit «d'héroïques folies, » et l'on céda très-rationnellement à toutes les exigences de l'ennemi.

On croit tout fini, tout commence. L'histoire de Pologne nous le montre. U n'y aurait de salut que si l'on savait réveiller dans les âmes l'amour de Dieu et de la patrie, l'esprit de sacrifice et Tenthou^asme, Mais on ne se préoccupe que de réparer les ravages matériels de la guerre, et de gagn^ beaucoup d'ar*gent pour payer les milliards consentis aux Prussiens. Or la France aurait beau se désintéresser de toute influence en Europe, la paix qui lui est laissée ne sera qu'une triste trêve. En politique , qui n'avance pas recule ; et la France descendra jusqu'à ce qu'elle remonte son àme au niveau de l'énergie que rédame d'elk la Providence : sinon^ de crise en crise, elle deviendra une seconde Pologne.

Cependant il y a eu assex de bontés, de ruines, de déceptions, pour qu'en France plus d'une ^e s'interroge ; et tel de nos chefs-d'œuvre polonais serait déjà compris. Si un Polonais, qui lit les Lamentations des Juife, pleurant sur les rives des fleuves de Babylone , sent se gonfler sa poitrine, et m, aux récits des efforts héroïques des Macchabées, son cœur très-

INTRODUCTION. xxiii

saille^ un Fi^atiçais ne saurait plus être indifférent aux douleurs de la dénationalisation des provinces polonaises occupées -par la Prusse, et Paris peut concevoir la sublime horreur de la prise de Varsovie*

Nos douleurs nationales sont en quelque sorte devenues vos douleurs, Français ; un pas de plus, et nos espérances deviendront vôtres, et alors vous méditerez nos poètes avec autant de fruit que nous le faisons nous-mêmes.

Il est vrai qu'un vent d'égoïsme et d'anti-polonisme soufQe sur la France. En 1821^ à la porte Saint- Martin, aux représentations à' Othello^ la gendarmerie dut intervenir pour empêcher le public de lapider les comédiens aux cris de : c< Point d'étranger en France ! A bas les Anglais ! » Aujourd'hui nos chefs-d'œuvre polonais courent peut-être le danger d'un accueil analogue, mais ce sont des aberrations passagères de l'esprit français. Au reste, si une irritation déplacée contre la mémoire de Shakespeare peut, à la rigueur, s'expliquer dans J^année de la mort du Captif de Sainte-Hélène et alors que naturellement les passions étaient surexcitées contre les vainqueurs de Waterloo, ce serait à désespérer de la France, si l'étroitesse de l'esprit de parti pouvait l'égarer durablement au point de lui faire méconnaître les Polonais, de lui faire voir des ennemis dans ceux qui lui sont attachés par toutes les fibres de leur être.

■«■M*^w4bfl

xxiT INTRODUCTION.

Dans cette année où la Pologne célèbre par son deuil le jubilé de son partage, il m'est doux, en publiant les dernières œuvres de mon père, d'offrir cette preuve irrécusable de la vitalité polonaise.

Ladîsms MICKIEWICZ.

Pam, janvier 1872.

Aucune histoire n'ofire aulaiit d'élémeots dramatiques que celle de Pologne. A côté de catastrophes grandioses où l'eiislence de la nation elle-même est en jeu^ se succèdent les plus terribles -épi* sodés domestiques. La réalité y dépasse tout ce qu'imaginerait la fiction là plus ingénieuse : le drame est dans l'atmosphère ; en effet^ partout le danger yous environne ; la lutte, tantôt sourde et tantôt ouverte^ ne s^interrompt jamais. 11 y a bien peu d'individus dont la vie n'ait été ballottée par plus d'incidents que n'en réclame du théâtre le public le plus avide d'émotions. Et quelle variété de types! D'un côté, des conspirateurs polonais de toutes classes, vieillards, femmes ou enfants ; dé l'autre, des Rus::e8, militaires, civils ou religieux, courtisans, bureaucrates ou espions. Le mobile des uns est Tamour de la patrie, Tidéal des autres la faveur du tzar. Les Polonais tentent l'impossible et exposent et leur vie et tout ce qui rend la vie chère à l'homme. Les Russes, nés servîtes, élevés dans ce qu'un philosophe polonais a appelé androldtrie, c'est-àdire dans le culte d'un, homme, privés en quelque sorte des sens nécessaires pour percevoir ce qui est patriotique et généreux, poursuivent en véritables automates leur œuvre de destruction. Le sublime les irrite comme le soleil blesse la vue des oiseaux de nuit. Ils tuent les corps en Pologne pour y bâter l'avènement de cette mort morale qui, de l'aveu même des Russes, fait de la Russie un vaste cimetière intellectuel. Ecoutons ce que confesse un des plus profonds penseurs de la Russie :

« On dirait, à nous voir,, que la loi générale de l'humanité a été révoquée pour nous. Solitaires dans le monde, nous n'avons rien donné au monde, nous n'avons rien appris au monde ; nous n'a-

PRlîlFAGE.

vons pas versé une seule idée dans la masse des idées hamaines ; nous n'avons en rien contribué au progrès de l'esprit humain^ et tout ce qui nous est revenu de ce progrès, nous Tavons défiguré. Rien^ depuis le premier moment de notre existence sociale, n'a émané de nous pour le bien coMmun des hommes^ pas une pensée utile n'a germé sur le sol stérile de notre patrie^ pas une vérité grande ne s'est élancée du milieu de nous; nous ne nous sommes donné la peine de rien imaginer nous-mêmes^ et^ de tout ce que les autres ont imaginé, nous n'avons emprunté que des apparences trompeuses et de luxe inutile... Dans nos maisons, nous avons Tair de camper; dans nos familles, nous avons l'air d'étrangers; et dans nos villes nous avons l'air de nomades, plus nomades que ceux t}Qi l>à1SBe'fitiiaiiB nos steppes^ car ils sont plus attachés à lents dé- «eits qùé trntB à ittt 'eliés... Noos «ottimès au ittnnbre dé ces na- Hons qui n% BemWéht pas ftiire païlie Ditégtante du geiite hùùaàln. Xti]^ôlM1mi, <i\àA ^tfis Vati dite, nota faisons tacùné daùs Tordre

ÎWeltéfèltï^l tl). »

On ^ott ^tcrfeTfé àÂtlthèse ûcM exister etitrè ta soèiété russe ta-

çô^tiêè ^ fesdà^gè et k ^tfcîété polonaise bercée dans la liberté : lès conlràKlè* &è ^rtseûtètit d*etix-mêmeè èl à chaque pas. Si f on y ajouté qù^ tel àcieurs^'àgiletit ànr Hminènèe théâtre cl^un empire qui englobe déjà ûïi tierd du tnondè habité, qu'une scène se fiasse SÛT une pTâèe publique de Varsovie, une autre dans les cachots de îa ctladellè de Pélerfebôtirg, une tfoîsième aii Caucase ou sur lès frofilîèr^l de Chiûè, ôû avouera que rinspîratîou poétique ne tSiahquè pàè d'èôpàce pdnt dépîôyèt èèi àîlèè. Un eisprit à la

(i) Œuvres choisies de Pierre Tchadaief, publiées par le P. Ga* garin. Paris, 1862. Les Lettres sw la philosophie de l histoire, d'où nous extrayons ces lignes, parurent pour la première fois en i836 dans une revue de "Moscou, le Télescope. L'empereur Nicolas, furtetit de toit tiTî de ses sujets eUc^mineT aînôi avec vérité, sincé- Hté m àanlent *e hilan TBoral de wrti empire, sévit contre le cen- »e«t, «mire le rédactepwt d« ta revue et eo*rtre i'aulent de l*arttdè dont la responsabilité était couverte ^mt Tapprobttiott 'de k c«H- »ttre> Ijai«v«êfi»ts»p4»rifliiée« le ré4aetewr^«Kefexil« te Mvsaur cABsè, ^ VftttUttr dédaré fou^ Il lut «streini à «arder la càaniMv» et à joui* fixe un médecin désigné d'olfice venait constater 00a état mental.

S|iak«^Mir« 7 ttonveraît, sur le irôae^ des Rî^Arà lU bevreost dont les crimes s'étalent au grand jour etifol seiBl>(efit déittii ia foiB4« jttUiee de Di«a et le }u|seiD«at des hemines. Meittre es relief eea sUvves pervwsee ^ eoBéer la neireeur d'Ames fc fa «otltoB deequeties n'apparatt iiièQie pm le remords^ exigerait dn génie. Mais «i^ recBlaat devmfit la dii^evdlé, on vent se borner an drame fBtime, (|a*0ii ée(Mite alors les rdcHs dn foyer domesUqoe. En <}ael^es mots, on aora le pian de drames éponvanlables t»>aime le régâtte rasée et plaignante comme la Térité. Citons deux exemples pntaalMsard:

l!^«eMêsn Mignnkî esldèpoité en JSibérie. Safemme^ onghnire de CUBeie, Vf rejoint. Un beao jour, eon mari disparaît, db re«> trotta im t»ord en flenye tm mantesu, tm croit à «n soidde* Aptte t[tkilcfctes m<^> sa ^^nve supposée obtient nn passeport pour re** tottneier -en ^licie titec ses parents* Elle paît avec son mari cacbé dans le ^kmfale fond de ta Toitore. Le gonTemem*, dans sa défiance, la teit escorter par nn liozak soi-disfBnt poor ea sûcreté. Le voyage se prolonge à cause des fleuves débordés et du mativafs état ^s retires* On tornsbè déjà & l'endroit où Teseotte Ta (jatiter, iqniffid m choc endommage la Tdtate, liesse le mari et Ini «rradie nn cri qcd révMe «on existence. Xncane snpplicatlon'n'yflt rien. Le koiak l%s dénonça à la pTemière station, le mari fut ren* Yoyé aux mines; ^ femme, rétombant dn bsut de les espérances dans eettbtme de ma&enrs, monmt de désespoir.

L*antre anecdote nous est fournie par les exécutions de IPolonais sous l'administration du prince Pas^ei^Z; On pendait Bana preroTee deux ma^eareus parce qne, ponr employer )es formules officielles, la i^tnaiion politique nécessitait un acte de Tigueur. £& Kns8ie> les èases 80b% dégradées au point que, tandis que dans fCurope cbrétienne le premser cb&timent de fassassin est d^étre confronté aTec sa Tictime, l^-bas voir supplicier nnnocent qu'on « voué à I*éc3fafaud, e^ un plaisir que recherchent tous ceux qui prononcent des meurtres juridiques. L'un des juges qui avaient décidé que le Bang devait couler uae fois de plus, uniquement pour maintenir le terrorisme russe, le général t]^UDiew^ revenant de cette exéention, n^avait pas remarqué qu'en s'élaut tenu trop 'près de Véchafaud, il avait reçu une sanglante éclaboussa re. Sa femme l'aperçut et en ^devint faite iiistantanément, voyant toujours le sang lur rhaftwt du général. tTétaîl en IBiS. Quelques années après, le

général, gagné par la folie de sa femme, était enfermé et oaoarait dans une maison de foas.

Mon père disait, au Collège de France, que sa chaire était la seule tribune d*où un Slave pût parler librement. Le tbéfttre est également condamné en Pologne, soit à vivre d'imitations étrangères, soit à écarter de ses productions originales les questions vjtaies qui préoccupent tous les esprits. C'est donc sur les scènes des pays libres que les drames polonais peuvent se dérouler sous la plume d^émigrés polonais ou d'écrivains étrangers. La Pologne, en dépit de la distanca«géographique, nous semble un champ plus naturel pour les auteurs français que rÀllemagne et TAngleterre^ malgré le voisinage. Serait-ce beaucoup s'enrichir qae d'emprunter ses personnages, soit à la vie monotone des- Allemands dans les œuvres de qui l'intérêt roule souvent sur l'avancement d*un conseiller secret, où l'action vraiment dramatique faisant défaut, le sentimentalisme devient fade et où l'abstraction remplace la réalité, eoit à cette vie anglaise dont le confort et le spleen çont la dernière expression.

On parle toujours de la sympathie de la France envers la Pologne. Il y a, en effet, une corrélation, sinon dans les mœurs, du moins dans les âmes, et les sujets polonais sont sans doute ceux qui seraient le plus aisément compris, le plus chaleureusement accueillis des masses françaises. Cependant les auteurs ont jusqu'ici préféré les discordes des Plantagenets, les luttes de la Rose blanche et de la Rose rouge, les tragédies de rEscurial ou les folies sanguinaires des priucipicules d'Italie.

Ce n'est pas seulement à l'ignorance du passé des pays slaves qu'il faut attribuer leur exclusion de la république des lettres. Les auteurs dramatiques écrivent pour être joués, ils ne perdent pas de vue la censure thé&tralè. Ils savent qu'ils ne blessent aucun gouvernement en dépeignant l'ambition du comte de Warwick, le meurtre de Waldstein, les amours de César Borgia. Au contraire, tout ce qui tend à rappeler ou le passé glorieux de la Pologne ou ses désastres présents est un reproche à tous les gouvernements* Aussi n*est-ce guère qu'aux époques agitées où la crainte de déplaire aux cabinets est mise de côté que quelques tentatives de ce genre se sont produites.

La Révolution firançaise, dont des pièces politiques avaient signalé l'aurore, donna à sa sœur, la Révolution de Pologne, une

hospitalité passagère. Au commencement dn siècle, Boleldieu mit en masiqae un libretto intitulé : Beniowski ou Us exilés du Kamt^ schaika, tiré des mémoires de ce fameux confédéré de Bar qui réussit à s*emparer d*nn port au Kamtscbatka et d*un navire, et qui, parti de la mer Glaciale, aborda heureusement an Havre avec ses compagnons. En février 1801^ on joua à Paris une tragédie intitulée : les Polonais, dont les derniers vers sont :

Au sort d'un peuple ami lions noire fortune, - A tous les opprimés sa querelle est commune. Nous le verrons payer, devenu notre appui, Le sang que la Pologne aura versé pour lui .

En 1806, un mélodrame à grand spectacle, Jean Sobieski, était représenté le 22 mai. En 1812, au début de la mémorable campagne de Russie, M. de Gormenin, alors, auditeur au Conseil d*E* tat, exprima, dans une épode héroïque intitulée la Pologne régénérée, Tattente générale. 11 y disait:

Refoulez ces torrents jusqu'aux bornes du monde; Si Jamais, ramenant leur fureur vagabonde,' Ils assiégeaient le mur qu'on va leur opposer. Que d'étemels remparts de légions guerrières

Soient les fortes barrières Où leurs flots impuissants reviennent se briser.

Hélas! quand les flots de l'inondation battent le seuil des maisons, il est bien tard pour songer à élever des digues. Napoléon !«' qui, en ne relevant pas la Pologne, avait dédaigné l'unique abri contre l'avalanche des peuples du Nord, succomba et vit les Moscovites s'abattre jusque dans sa capitale. Cependant cette dure leçon du Destin frappa les esprits en France, ils sentirent plus vive* inent où était Tennemi et où étaient les alliés. Et si la Restauration se montra plus aveugle envers la Russie que les gouvernements précédents, l'opinion publique se fit jour par plusieurs pièces polonaises. Le 5 août 1815 on joua Jean Bart ou le Voyage en Pologne, pièce qui roulait sur l'élection du prince de Conti. En 1825, les aventures du gentilhomme polonais, qui fut Mazeppa, étaient transportées sur la scène. En 1819, Poniatowski ou le passage de VElster, pièce jouée le il décembre, se terminait par cette phrase : Noble et généreux Poniatowski, ta mémoire sera toujours chère

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Aptes la prise de Vars&tity 1« Si décMBlar» 1881, une DOuveUe pièc« août le titre : les Foionmfy représentant FintaireelioQ da 29 BOireoibre, et qui était eomooe un reproebe an fooTeraemeot français de n'avoir rien fait, eut un ^rand sueeèa; elle se terminait par deux apothéoses : la première, les victimes de la liberté montant au ciel, la deuxième, la liberté feisant le tour du monde. £t le 27 décembre, on représentait sur un autre tbéâ.tre Paul /«f, drame ouïe grand<dae Alexandre intetoédait pour la Pologne et où l'étranglement de Paul s'effectuait à l'instigation du ministère anglais.

Ces diveises produetions, bien intentionnées du reste, étaient

faibles d'exécution et repplisa d'inexactitudes bistoriques. Pen-

/ dantla guerre d'Orienf, on }ooa ks Cotaque»; les aotsurs se ren-

^ fermaient dans les souvenirs de l'inTasion de 18i5, mais ils

n'osaient parler de la Pologne : le gouvernement eût <îrednt de

s'engager et il n*était permis d'éveiller les sympalbies françaises

qu'à l'endroit des Circassiens et de Scbamyl, qui d'ailleurs n'y ga-

. gnôrentrien.

S'il est vrai que le rôle de l'art soit de fisciliteraux hommes leur devoir, l'accomplissement de la mission du siècle, et si, d'auti e part, il est incontestable que celle du dix-neuvième siècle soit une' mission de nationalités à fonder ou à relever, n'est-il pas étonnant qiie, quand la question des nationalités remplit les journaux et les livres, elle soit systématiquement exclue du théâtre Y

La France elle-même, cette grande initiatrice européenne, semble avoir à cet égard perdu son étoile littéraire. Après avoir, au dix-septième siècle, ravivé l'hërolsmô par Corneille, corrigé les mœurs par Molière, après avoir, au dix-huitième, glorifié Voltaire qui avait transformé la théftlre en tribune philosophique, après avoir, il y a plus de trente ans, applaudi Victor Hugo qui, au moment où le matérialisme gagnait les émes, s'appliqua à surexciter les consciences, à y réveiller les grands sentiments humains, que fait-elle de sa scène, jadis si glorieuse et aujourd'hui si dé-* chue T Trop souvent le théâtre se borne à représenter les nullité de la vie quotidienne dans le seul but de distraire un public blasé. Et pourtant la vogue qu'ont obtenue les essais Imparfaits de pièces

fiauloliqae* «I toi âfwm aowusié^ «la «HiiNt toMm loai présagent ce que lera le th^4lfe ftiUir»

Mon p^re, qui AYÛi M Crapp4 4e ri«ip»«Ml<NiiiiWttlé dM ânai frasçaise», e«t la pien^ée 4« «ervir Ift OftMe Mlioiiftle «i tii9spor« laut notre histoire wr la eeèiie de Parie.

< £q noue dôpouiliant) a»Uil dit* de toAite préoeeopalieii, de quelque nature qu'elle pulaee être, et en deeeeadaiit daaa lee ré* giona lei plue Iroidee de la critique, nque eseut dire que liiistoire de Pûlogo^ au diii^uitièiae liède eet une des plue totéréseantee et des plus poétiques ^ elle a devant elle un immense avenir de poésie. Je ne eonnais rien de plus tragique' et de plus grandiose que eea figuras dont je tous ai tracé quelques traits : des individas forlset puissants qui oofiçoivent de grandes idées et eberehent à les réaliser; la nation qui ne se laisse pas ftiçonner; et enfin l'Bnrope qui agit sur eux et contre laquelle ils réagissent. Que de douleurs et de raécompten renfermés dans le cabinet silencieux de la làmille Gsartor^elri^Poniatowski, par exemple ! Qne de passions tragiques eachées sous des formes froides, et qui ne se trahissent que par quelques paroles diplomatiques pins poignantes qne les ooups de stylet et les dagues de nos tragédies ! Les poètes comprendront un jour ce quil y a de réellement tragique dans la so* eiété moderne, dans ces luttes intérieures dont lîndividu est la scène et le théâtre, luttes entre les systèmes et les passions, entre le devoir et le raisonnement, surtout lorsqu'il s*agit d'individus qui représentent des intérêts de générations et de pays. Le drame de la Pologne d'alors est rempli de personnages historiques. On voit Pierre le Grand accourir dans les Diétînes pour discuter avec les commissaires , et Chartes XII déguisé se mêler parmi les députés, A cété des sabreurs polonais apparaissent les régiments silencieux des Suédois et des Russes. » (Slaves, III, p. 37.)

Mon père jugea que la Confédération de Bar symboliserait le mieux Tancienue Pologne livrant des combats do géants, et des« cendant héroïquement au tombeau d'où Ko8cius2ko ne tardera point fc l'évoquer transfigurée et régénérée. Ce fat cette période de notre histoire qu'il choisit pour sujet de son drame. Alors que les Russes, moitié par force et moitié par rose, occupaient le territoire de la République et voulaient l'étouffer sans bruit^ une croisade sainte fut tout à coup entreprise contre eux. La famille des Polawski y brilla du plus vif éclat. Pendant cinq longues années.

les Polosais^ trahis par lear roi^ abandonnés de TEnrope, tinrent en échec toutes les forces de la Russie.

Des dif&coUés de plusieurs sortes empêchèrent que le drame de mon père ne fût représenté ; le manpscrit même s'en égara. Ses démarches pour le retrouver et celles que j*ai faites moi-même sont demeurées infructueuses. Les lettres que je publie, à côté des renseignements précieux, qu^elles fournissent^ montrent comment l'œuvre de mon père fut appréciée des écrivains français contemporains. Je n'ai qu'une copie des deux premiers actes ; le manuscrit complet, enrichi des annotations de madame Sand^ se retrouvera- t-il un jour? je l'ignore. J*ai pensé que l'impression des frag-* xnents qui existent entre mes mains était lo meilleur, le seul moyen qui me restât d'arriver à ce résultat désiré.

Le deuxième acte^ le dernier qui soit en. ma possession, s'arrête au moment de la surprise dû ch&teau de Gracovie. Voici comment M. de Choisy raconte cet événement : « 2 février 1772. Je suis maître du château de Gracovie. J'avais trouvé murée la porte souterraine qu'on m'avait assuré qui serait ouverte : il fallait faire passer mes quatre cents hommes dans le trou pratiqué pour aller au château, où je venais d'apprendre qu'il n'y pouvait passer un homme que très-difficilement. Je n'attendais pas le moindre effet du mouvement de mon second détachement. Un ofiBcier polonais mo rapporta que ces messieurs étaient maîtres du château : ils s'y sont introduits par vingt miracles et par des actions d'un courage inouï^ après avoir haché des palissades^ des portes^ des fenêtres. J'ai trouvé dans le château un magasin immense de toutes choses: je crois pouvoir^ sans exagération^ le porter à deux millions. On peut nourrir mille chevaux tout l'hiver; beaucoup de farines^ de blés, de munitions, des draps vert? pour habiller tous les chasseurs, b

M. de Viomênii ajoutait le 10 février 1772 : c M. de Galibert, secondé par MM. de la Sere, colon el, Tukulka, lieutenant-colonel, marcha aux Russes sans tirer, chassa les ennemis du pont et du faubourg et pénétra dans le château. MM. de Kellerman et Skilski ont aussi beaucoup contribué au succès de cet événement. Cette journée et les différentes attaques qui en ont été la suite ont mis beaucoup de liaison entre nos Frauçais et les Polonais. La perte du château est immense pour les Russes. Si on peut établir^ seulement pendant huit jours, la communication de Tyniec avec

U, de Cboisy, on tirerait alors do château de Cracovie des armes, des habits et muDitions de guerre pour approTisionner doublement toutes les places et habiller plus de six mille soldats ou' dragons des Confédérés (i). »

M. de Choisy défendit le château de Cracovie jusqu'au 23 avril 4772 contre le général Suwarow. c Mes soldats, écrivait-il le 29 février, n*ont eu depuis que nous sommes ici ni viande^ ni beurre, ni graisse ; du pain sec, du cacha (espèce de gruau) et du courage, voilà toute la nourriture des officiers et des soldats. »

Casimir Pulawski, qui n'avait pu forcer les Russes à abandonner le siège du château de Cracovie, resté seul de sa famille, cessa la lutte le dernier. Ce n'est que le 25 juin 1772, quand le partage était connu et la résistance impossible, qu'il passa en Turquie, puis en Amérique. Il avait aimé dans sa première jeunesse Françoise Kra- \ sinska et en avait été, dit-on, aimé. Mais elle Foublia, quand le ■ prince Charles de Courtaude, fils d'Auguste III, lui eut fait la cour, et s'en fit épouser secrètement le A novembre 1760. Pulawski la revit comme princesse Caroline, elle facilita môme sa fuite du pays. Il murmura son nom en expirant, tué au siège du fort de Savannah, auquel les Américains reconnaissants donnèrent son nom. La fille de cette dame épousa un prince de Carignan et fut rarrière-grand'mère du roi Vicl or-Emmanuel.

Le Père Marc est Tune des plus grandes figures de la Confédération de Bar, Sa parole entraînait ses compatriotes, et sa sainteté en imposait aux Russes eux-mêmes. U survécut de longues années à cette lutte héroïque, toujours entouré de la vénération publique et consulté comme un oracle. Mille légendes circulent sur ses miracles; on répète encore ses prédictions. Il mourut dans le village de Berezowka en 1801 et fut enterré dans l'église de Horodyszcze. On y voit son corps momifié, mais intact, dans une simple bière sans couvercle ; les paysans viennent en pèlerinage lui baiser les mains.

Mon père commença également un autre drame : Jnsinski ou les

(I ) Voir Lettres particulières du baron de Vioménil, olficier général envoyé par la France pour diriger les opérations militaires des Confédérés^ publiées par le général comte de Grimoard-: Paris, iS08.

deux Pùtùgnêi, qd'ti ù'A Jamais Urtnilié en Yoy&nt que les circou- •tances n*aruieDt pas permii la représentation du premier. Il y au* rait peint les deux Polognas, Tune imbue des idées étrangères, l'autre fidèle aux idées nationales. Il mettait en scène deux personnages de rancienne et deux de la nouvelle génération^ opposant Tun ft l'autre le vieux Polonaii»^ observateur des us et coutumes de la République^ et possédé de oeite haine inextinguible de l'oppression russe qui animait les Confédérés de Bar^ et le vieux Polonais diplomate, rusant avec l'ennemi, toujours dupe des mensonges des cours, prêt aux capitulations de conscience ; le jeune Polonais en perruque et en habit à la française, papillonnant autour des idées philosophiques du dix*huitième siècle comme un coléoptère autour de la flamme d'une bougie, et le jeune Polonais insurgé, joignant aux Saines traditions de Tancienne Pologne la sève vigoureuse de la Pologne nouvelle. Jacques Jasinski, en avril 1794, avec environ trois cents militaires, prit ou massacra, avec Taide du peuple de Vilna, les trois mille Russes qui occupaient cette capitale. Malheureusement, il fut rappelé à Varsovie et l'insurrection de Llthuanie échoua. Le comte Oginski raconte dans ses mémoires que Jasinski étant venu le voir quelques Jours avant Tassant donné à Varsovie par Suwarow, lui parla des perspectives d*émigration que l'imminence des désastres offrait à tous les esprits. < Je lui fis observer qu'il valait mieux périr les armes à la main, dit Oginski. — Vous avez raison, me répllqua*t-il froidement, je suivrai votre conseil, et il me quitta sans ajouter un mot de plus. Huit jours après il périt au camp près de Praga, dans une batterie qu'il commandait lui-même. »

Nous ajouterons que Tévéque de Livouie dont il est question est Joseph Corvin Kossakowski, né en 1738, évêque de Livouie eu 1781 et bientôt après coadjirteur de l'évêque de Vilna. Homme capable, mais toujours occupé d'intrigues avec la Russie, il fut exécuté par le peuple, lors de la révolution de 1794, ainsi que son frère Simon, grand hetman de Llthuanie, qui, après avoir été coufédéré de Bar, était devenu un instrument du cabinet de Saint- Pétersbourg, et Tuu des traîtres signataires de la confédération de Targowica.

Ladislas MICKIEVVICZ.

Paris, août 1867.

PREFACE. a

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