‹ Mélanges posthumes d'Adam Mickiewicz, première série [microform]Chapitre 22 sur 59 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LES MÊMES, et le PALATIN, entrant avec deux keyduks

tatars qui restent à la porte.

LE GÉNÉRAL (un papier à la main).

Monseigneur ! heureux, enchanté de vous voir ! Madame vient de sortir. — Quelqu'un 1 — Allez, dites à Madame que Monseigneur...

LE PALATIN {ou loçuats cPune voiar forte).

rf allez pas, restez. Mon général, je viens pour vous ; j'ai été chez vous> j'ai appris que vous étiez ici.

LE GÉNÉRAL

Prenons place, je vous prie. Madame la Comtesse sera désolée d'être sortie sitôt.

XiE PALATIN {debout):

{A part.) C'est donc vrai I Jusqu'à ce point I Elle est çhe;s l«i» et il fait chez elle le^ lionnet^rs de la maison .^

52 LES CONFÉDIÎIRÉS

(Haut.) Je viens vous prévenir qu'il me sera impossible de passer la soirée d'aujourd'hui avec vous. Je pars pour la campagne. J'y ai commandé une chasse. On m'y attend. Je vous salue : je vois que vous èles occupé.

LE GÉNÉRAL

Ce' n'est rien. Il n'y a qu'à signer. (// signe.) Il s'agit d*un prêtre condamné à mort. Je viens d'apprendre qu'il fut attaché jadis à votre maison. Il ne mourra pas.

LE PALATIN

Vous me faites regretter qu'il n'y ait pas pour le moment autant de personnes attachées à mon service qu'il y en eut autrefois auprès de mes ancêtres. Ces temps sont... {Un geste,)

LE GÉNÉRAL

Je voudrais que toute la Pologne vous fût attachée comme nous le sommes, nous. Eh ! qui sait ? Chez vous, le trône est électif, ha I ha ! — J'accorde à ce prêtre la vie et la liberté. Mais veuillez prendre place...

LE PALATINE

On appelle l'impératrice Catherine la Sémiramis du Nord. Vous avez le même droit de vous appeler le Titusr de Cracovie. Je n'aspire pas aussi haut, mais j'aime l'histoire ancienne.

LE GÉNÉRAL

J'accordai, il n^y a pas longtemps, la vie à ce fou do Lithuanien^ vmis* savez, qui, pour faciliter la fuite dn Pulawskiy avait pris son non), et qu'on allait pendre à la place de Polawski. N'est-ce pas de l'histoire ancienne T

Mais c'est romain ou plutôt romanesque. C'est un dévouement extraordinaire.

LK PALATIN

Il y a des personnes qui trouvent cela extraordinaire.

LE GÉNÉRAL

Moi, je comprends, j'aime le dévouement d'un soldat pour son chef; — mais d'où vient que des citoyens tranquilles, des bourgeois* de Gracovie par exemple, se prennent d'une telle passion pour monsieur Pulawski, c'est ce que je ne conçois pas.

LE PALATIN

OuL, il y a des personnes qui ne conçoivent pas cela.

LE GÉNÉRAL

Vous avez connu Pulawski?

• LE PALATIN

Je neTai pas connu. Il a été élevé chez moi, mais il était alors enfant. Je connais maintenant Pulawski, comme vous le connaissez aussi. Connaître les actes d'un hommC) c'est conncdtre l'homme lui-même.

LE GÉNÉRAL

On dit qu'il est très-éloquent.

LE PALATIN

Il parait que vous le surpassez en action.

LE GÉNÉRAL

On prétend qu'il circule des rumeurs dans la ville*. • Croyez- vous que ce vagabond, s'il échappe à mes Cosaques, puisse encore susciter des troubles ?

LE PALATIN

S'il recommence la guerre ?

Ouil

LE PALATIN

Vous la continuerez de votre côté.

LE GÉNÉRAL

Très-certainement. J'en serais fâché pourtant, car n'est-ce pas assez ? — Que de sang, que de ruines ! Et pourquoi? Parce qu'un M. de Choisy, avec quelques aventuriers français^ veut gagner ici des épaulettes de général, et qu'un petit gentilhomme veut gouverner la République, comme si le roi Stanislas n'existait pas. L'Impératrice ne souffrira jamais un tel état de choses. Et, supposons même qu'on détrône le roi, je connais en Pologne des hommes d'une naissance assez illustre. .. '

LE PALATIN

Je ne sais pas si Pnlawski veut devenir staro9te, hetman,

palatin ou roi, c'est possible. Je ne conçois pas qu'il

veuille devenilr gouverneur. De mon temps cette charge

n'existait pas en Pologne. Du reste, jusqu'à présent, je

* ne me' suis pas mêlé de cette guerre.

LE aÉNÉàAL.

Oh I nous n'avons qu'à nous louer de vous. On vous a dénoncé à l'Impératrice, mais je me suis toujours porté garant de votre conduite.

LE PALATIN

Merci, mon général. Je tâcherai de me faire connaître davantage, de me faire connaître tel que je suis. Je vous salue.

LE GÉNÉRAL

Ah I vous partez ? Et pour longtemps ?

LE PALATIN

Poar un jour. C'est près d'iei, dans les monts Carpathés.

LE GÉNÉRAL

Vous allez chasser? J'aime la chasse, ces maudites affaires.. •

LE PALATIN

J'allais vous y inviter, mais je vous trouve occupé. Du reste, ce ne sera pas précisément une chasse. Je vais seulement faire faire des préparatifis. 11 y a longtemps que je n'ai visité mes terres. Dans quelques jours^ j'arrangerai une chasse digne de vous et d'un palatin, qui est en même temps grand^veneur de la Couronne. J'espère que vous me ferez l'honneur d'essayer nos fusils. Je vous salue. (// sort.)

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