DU DRAME DES CONFÉDÉRÉS
SUR LA SCÈNE POLOIfAIS£.
Les deux premiers actes des Confédérés ont été joués à Cracovie le i*' janvier 1872, dans cette Cracovie qui est l'objectif du drame, et dans cette année où tombe le centenaire des événements qui s'y déroulent.
Adam M ickiewicz tenta un drame patriotique, chrétien et libéral, plein de la vie moderne, suscitant tous les nobles sentiments, poussant à l'action internationale. La voie qu'il a tracée est la vraie voie. ^
C'est ce qu'a compris M. Léon Kaplinskî, critique distingué, qui a consacré à cette représentation un compterendu, dont nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs une traduction abrégée :
« La direction du théâtre de Cracovie a monté pour notre scène les Confédérés, îl était difficile d'offrir au public polonais de plus agréables et de plus splendides étrennes. Déjà, à la lecture, ce fragment émanant d'une
telle plume nous a\ ait fait Teffet de ces précieux débris des marbres de Phidias, exposés avec honneur dans les musées, et qui, non-seulement donnent une excellente idée de Fensemble, mais eux-mêmes forment un tout. Aussi estimions- nous que, s*il sufiit aux vrais amateurs des arts plastiques de considérer un pareil fragment des frises du Parthénon pour éprouver une impression de satisfaction complète, sentir la beauté accomplie et la proportion 'perdue du tout^ il devait sufBre an public polonais de posséder ce fragment, oii l'un de nos premiers poètes nous parle de vive voix par la bouche de héros tels que Pùlawski et le prêtre Marc. Je dirai plus : si, au point de vue du trésor ravi, la perte des act*:is subséquents nous est très-sensible, au point de vue du sentiment, cette lacune^ en aiguisant notre chagrin, nous attache davantage encore à un fragment qui porte Tempreinte si visible du génie. 11 y règne, en effet, d^un bout à Tautre, une grande élévation poétique; la vérité éternelle et idéale y tressaille^ le patriotisme le plus ardent et le plus pur y resplendit en même temps qu'y jaillit une source bienfaisante pour le sentiment polonais.
<{ Si Ton pouvait oublier une seconde les émotiotis que cette création évoque en nos cœurs^ et si l'on se bornait à la toiser selon les règles esthétiques et littéraires, on Feste« rait encore surpris de sa haute valeur; et une critique éclairée et impartiale serait amenée à avouer que d'un pareil fragment de l'œuvre d'un grand poète il y a plus à apprendre et qu'on y observe plus le mystère de la création poétique que dans maintes pièces à succès qui forment un tout irréprochable, non de par la force organique de la vérité et de la vie, mais de par une intrigue habilement ourdie.
<Y Kï^^ayons de parcourir les deux actes dont chacun
crée presque un tout particiilier, bien que leur enchaînement soit si naturel et si logique.
a Le premier est pour ainsi dire purement politique et en même temps mondain ; il sert merveilleusement à l'exposition des caractères, et cette exposition est si exquise et si magistrale, qu'on ne peut lui comparer que les premières scènes à'Egmont ou le commencement du Wallemtein de Schiller. Aussi n'avons-nous pas été peu surpris d*entendi^ hasarder l'opinion que le manque d'action se ferait sentir dans ce premier acte. Il n'y a que des esprits médiocres, jugeant l'esprit d'un drame diaprés les mouvemen(s matériels, qui puissent adresser un reproche de cette nature à Mickiewicz. H me semble que, de suite après la première scène, l'entrée de la Comtesse, puis l'apparition du Gouverneur, la conversation du Gouverneur avec le Docteur, et enfin la visite inattendue du Palatin constituent la trame ininterrompue d'une véritable action dramatique. A mesure que l'action se développe, les principaux personnages paraissent sur la scène et se dessinent nettement. D'abord la grande dame de cette époque, brouillée avec sa famille, et qui, ayant dévoyé sa vie et se voyant quasi repoussée par les siens, accepte les hommages d'un Russe et sert de trait d'union entre ce Russe et la société polonaise. En face du diplomate et gouverneur russe se pose le magnat patriote, souffrant certes des désastres de la patrie, mais atteint aussi dans sou orgueil de famille* A côté de ces figures principales, il s'en groupe de secondaires, mais qui sont excellemment dessinées et vivantes.
« Toute la première scène est d'un grand effet. Cette mère qui craint pour la vie de son fils, et ces suppliants qui politiqaent entre eux, préparent graduellement les spectateurs à l'entrée de la Comtesse. La Comtesse est au fond le principal personnage du premier acte. Cette seule
figare prouverait assez à elle seule la profondeur et la finesse avec lesquelles Hickîewicz a suivi et a rendu la société polonaise d'alors. Un mattré comme Adam n*offre jamais à un regard de types entièrement répugnants; chaque créature^ même déohUe moralement, conserve un quelque chose d'humain qui lui mérite notre sympathie. Cette sympathie, nous ne pouvons la refuser à la Comtesse. ^a Son histoire personnifie exactement cet affaiblissement du sens moral et ces scandales dont nos hautes classes so* ciales fournissaient alors trop d'exemples. L'inclination de son coeur de jeune fille la portait vers Pulawski, avec qui elle avait passé son enfance; mais il lui avait fallu aussitôt comprimer cet amour naissant. Dans des buts politique^ et pour des intérêts de famille^ on la maria à un brutal^ à un ivrogne avec lequel, à aucun prit, elle ni pouvait vivre. Cette comtesse, divorcée d'avec son mari et brouillée avec la société, est menacée par isa famille d'être enfermée dans un couvent : alors elle se place sous la protection du gouverneur russe, elle accepte ses hommages; car au moins il la considère, et jusqu'ici personne n'a respecté en elle sa dignité de femme. Elle cherche des consolations dans cet humanitarisme sentimental et vague que le dix-^hui* tième siècle avait mis à la mode dans les hautes sphères ; la Pologne lui est devenue étrangère, elle n'a gardé dans l'âme qu'un cosmopolitisme de convention. II est encore à noter que la foule choisit habituellement pour but de ses attaques la victime la plus faible et la moins coupable. Voilà pourquoi Cracovie entière se ligue contre cette faible femme, à tant d'égards malheureuse. La Comtesse, entant que femme et que Polonaise du dix-huitième siècle , est une des plus merveilleuses créations féminines que possède notre littérature; et n'oublions pas qu'au premier acte le poète Ta à peine esquissée, et que dans les actes
subséquents cette figure se développerait et grandirait. « Le type du général russe, tel que Mickiewicz l'a conçu et dépeint, égale en valeur artistique celui de la Gomteaset Ce général n'est pas un monstre dans le genre de Drewicz ; le poète n'en a pas fait un bourreau démoniaque dans le genre du duc d'Albe; et paurtant c'est un type parfait de véritable Russe. Disons, entre parenthèses, qu'une preuve entre beaucoup d'autres, qui témoigne de la justesse d'in-' tuition de Mickiewicz, c'est la mesure avec laquelle il nous caractérise individuellement les Russes. Dans les ConfédéréSf pas plus que dans le Sieur Thadée^ le Russe, sous sa plume, ne perd son côté humain. Notre haine nationale contre les Russes, le grand poète ne l'éveille ni par de petits moyens, ni par l'exagération des types ; mais en revanche, il nous montre toujours avec plus de clarté le précipice qui, dans la sphère morale^ nous sépare de nos ennemis. Là git le patriotisme de Mickiewicz^ si profond, si bien compris et en même temps si artistique. Le Général est avant tout un courtisan et un diplomate, bieh élevé et de bon ton, surtout avec les dames; c'est un de ces Russes dont un poète,* leur panégyriste^ a dit que :
lU unissent la politesse de Versailles A la valeur des Scythes.
« Le Scythe y est soigneusement dissimulé, surtout lorsqu'il cause avec une Polonaise. Pour rien au monde, il ne voudrait paraître cruel à ses yeux; et on peut le croire ^ quand il affirme qu^il aimerait mieux a tirer des canards sauvages que des capucins ; » mais, sur un simple ordre de l'Impératrice^ cet homme est capable de tout. Il comprend à sa façon l'honneur militaire et s'en tient scrupuleusement à son interprétation. Certaines propositions du Docteur révoltent sa nature de militaire et un peu dd çrand sel-
gneur : aussi ce n'est pas sans une ironie de bon ton qu'il • ï, jette au docteur son signor Dottore! Ce diplomate si recherché et en apparence si humain et si modéré, qui n'admet pas toute dénonciation, udn de ne pas compromettre | son gouvernement et su personne, en frappant à tort et à travers, et qui sp dit enclin au pardon, ah ! si Pulawski lui tombait entre les mains, il n'y a pas de tortures qu'il ne lui appliquât, ni supplice qu'il n'inventât pour lui. Spirituel et perspicace, il connaît parfaitement les défauts et les côtés faibles des Polonais, les nobles côtés de Tesprit polonais sont seuls pour lui lettre close. Il conçoit qu'on se puisse sacrifier pour un gouvernement régulier; mais il est exaspéré jusqu'à la rage à la seule pensée que quelqu'un puisse sacrifier sa vie sur l'appel d'un Pulawski. Il envisage les relations nationales et politiques avec un réalisme moscovite et adore avant tout les faits accomplis. Il dit du roi Stanislas à la Comtesse :.
K Homme d'esprit, il a pesé la puissance des deux Etats : «celle de Hi Poiogne se trouvant plus légère^ le roi s'y réa signe. Vos compatriotes auraient mieux fait de l'imiter a que d'entreprendre une guerre inutile, oui, inutile à a eux, inutile à moi. »
^ La curieuse scène avec le Palatin nous représente sous un nouveau jour ce dignitaire pétersbourgeois. Avec la pénétration qui lui est propre, il devine que l'âme du magnat polonais recèle et des ambitions personnelles déçues et un orgueil de famille blessé ; c'est pourquoi il essaie avec une dextérité diplomatique et satanique de frapper les côtés ^roubles de Tàme polonaise, et de le tenter en faisant briller à ses yeux l'appât d'une couronne. Ce diplomate correct et maître de lui ne cède qu'en un seul cas à une fureur réellement tartare : à la seule idée, à la seule supposition d'une disgrâce de l'Impératrice, il menace de réduire
Cracovie en cendres. En un mot, toutes les nuances du caractère du Général sont rendues de main de maître et créent un type original et essentiellement russe.
« Quoiqu'elle ne soit pas au premier plan, quelle précision de dessin dans la figure de ce docteur, qui est en même temps espion et qui se prétend un agent politique. Un détail secondaire, mais qui a sa valeur, c'est qu'un pareil docteur est Courlandais; il rappelle toute la kyrielle de ses compatriotes qui cherchent fortune à Saint-Pétersbourg, aujourd'hui comme alors. Ce n'est point du tout un espion ordinaire, il possède un remarquable talent d'observation et beaucoup d'expérience acquise dans toutes les sortes de missions qu'il a remplies dans sa vie. Il consacre maintenant au service de la Russie tous ses talents, y compris -.la science médicale, et cela en toute sûreté de conscience. Il fait son métier presque en artiste; on voit un observateur instruit comme un Allemand seul peut l'être, c'est en vérité un espion spéculatif. Lorsqu'il inspecte et interroge des prisonniers, il se Contre un physionomiste de l'école de Lavater, et certaines de ses observations sont dignes de Machiavel. Par exemple :
a Jamais le peuple n'est aussi dangereux que lorsqu'il a veut avec force, sans savoir précisément ce qu'il veut. »
a II a une façon doctorale de considérer la société polonaise, et il s'exprime en un style scientifico-médical qui le caractérise on ne peut mieux :
ce La ville est dans ce moment comme un enfant malade, (( inquiète et criarde; mais il est inutile de lui demander le « nom et le siège de son mal : c'est à nous de le deviner. »
« Ce Courlandais, qui tire son diagnostic et fait ses expériences sur le corps de la Pologne, intéresse, malgré toute son infamie morale, comme le Jago de Shakespeare, par la perfection de sa bassesse. La distance eue MickitAviez
a toujours maintenue dans sos nuances les plus délicates entre le Général et le Docteur^ et le dialogue de ces deux personnages^ constituent une des scènes les plus ciselées de ce drame,
« Le second acte nous transporte d'un salon au milieu des Garpalhes. Là régnaient les formes conTcntionnelles^ les égards de société, la moralité appelée mondaine et rhonneur nommé militaire. Moralité douteuse et honneur suspect I lei c'est un tout autre monde, vif et sajii^ la simplicité des montagnards, un immense horizon que bornent les cimes des Garpathes, et sur ce fond grandiose se détache la figure du Père Marc qui, comme Moïse sur le Sinaï avec les tables de la Loi, se dresse pour proclamer ses immuables et patriotiques principes, véritable code moral de la nation.
a La première scène entre Pulawski et de Ghoisy est magnifique. On est frappé derechef de Topposition des deux caractères que l'auteur met exprès aux prises. Pulawski, c'est le gentilhomme polojfais débarrassé des préjugés et des vices de sa caste, qui aime la Pologne sans aucun in* térét, qui n'a pas d'ambition personnelle et n'a gardé de se* ancêtres que leur fantaisie, que les élans d'enthousiasme avec lesquels il reconforte Choisy. G'est à tout autre égard un homme nouveau, tel que la Pologne n'en avait pas encore eu. Gombien sa manière de comprendre la gloire difière de celle de Glioisy,qui est unfype excellent d'un Français généreux, dévoué à la liberté. Le Français se fie avant tout à l'organisation militaire, à la discipline, il tient à ses pians stratégiques, il perce en lui un peu d'amour-propre, au fond de Tàme il ne se fie qu'à sa poignée de soldats réguliers et il fait peu de cas de nos volontaires.
a Rien ne fournirait peut-être autant de traits instructifs qu'un parallèle établi entre deux caractères tels que
ceux de Pulawski et du Palatin. Ce dernier, avec sa fierté de magnat, représente l'ancienne Pologne ; le second apparaît déjà dans le crépuscule du jour nouveau. Le Pala* tin, c'est le grand seigneur polonais^ chef d'une famille historique, habituée de longue date à être considérée dans le pays et à généraliser son influence. Aujourd'hui il fait de l'opposition au roi^ il a commencé par voyager pour diplomatiser en son propre et privé nom. Il a échoué, et il n*est pas poussé à Taction unrquement par le patriotisme, mais par des mobiles particuliers, des raisons de famille, et c il met^ » selon l'expression du Père Marc, « les intérêts de son orgueil avant ceux de sa pàftrie. » Il s*unit à la cause des confédérés^ mais il ne perd pas la sienne de vue. c Qu'ai-je trouvé, dit-il> dans la République et dans ma maison? » On sent que la maison pèse en son àme du même poids que la chose publique. 11 a des mouvements généreux, mais, quoiqu'il remette le commandement à Pulawski, il ne cesse de lui commander. Il ordonne à ses gens de lui obéir^ mais on devine que lui-même ignore ce que c'est que Tobéissanc^. Cette trempe de magnat ressort admirablement après Tentreticn avec le Père Marc. Quand Pulawski ouvre son àme au chapelain de la Pologne militante, et se purifie de la dernière pensée personnelle qu'il eut, le Palatin j5onserve au fond de son cœur sa préoccupation particulière. Il pousse à l'attaque de Cracovie, dût la cause en pâtir, a parce que son honneur héréditaire lui défend d'attendre. » Les cœurs des autres se sont amollis et se sont guéris de la lèpre d'égoïsme sous la parole éloquente du Père Marc; mais ce magnat ne cesse pas d'être pour lui-même un monde à part.
a Les personnages principaux du drame, quelle que soit leur valeur plastique, sont tous dominés par la figure inspirée du Père Marc. C'est lui cjui donne le ton à toute
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cette création, un Ion si élevé, si solennel et si raerveiUeusement polonais ! Ce n'est pas ce Père Marc romantique que nous offre Slowacki, et qui sert de prétexte au poète pour rehaufcser son coloris, se livrer à de mystiques prophéties et agir sur notre imagination.. Le Père Marc de Mickiewicz n'a rien d'illusoire, de fantasmagorique, de maladif : c'est un homme vivant el semblable à nous, seulement avec une Irempe d'acier et une simplicité qu'illuminent la foi la plus profonde et le patriotisme le plus ardent. Mickiewicz ne, Ta non plus point dépouillé de son caractère de prêtre, il n'en a fait ni un tribun ni un insurgé, il l'a laissé moine, et moine soupirant af)rès sa cellule, et, malgré cela, qu'il est humain et qu'il est large dans ses conceptions et dans ses principes ! Le Père Marc ne se pose pas en prophète et ne parle même pas d'un ton prophétique; il est inspiré, il possède la vérité, elle agit en lui, mais, en quelque sorte, à son insu ; il etjt infaillible dans ses prédictions, {Seulement ceux qu'elles concernent ne les comprennent pas toujours et se les expliquent faussement, comme Pulawski et Choisy, auxquels l'assurance qu'ils mourront au servie» d'une cause victorieuse ne laisse pas deviner que c'est du lointain continent d'Amérique qu'il s'agit.
a Signalons encore ce trait caractéristique^ que ce Père Marc, si plein d'un calme et d'un équilibre acquis par d'incessautes prières^ et qui recommande la prudence à Pulawski, finit par s'enflammer comme les autres et par bénir les combattants qui vont à l'assaut. Par cet entraînement humain et patriotique^ le poète le rattache à la terre et à ses compatriotes.
a En dépeignant le Père Marc, le poète crée un chefd'œuvre, il atteint les cimes de l'art et fait vibrer les cordes les plus roystérieusôs de l'esprit national. Quel caractère
sublime, quelle signification profonde ne devraient pas avoir pour nous des paroles telles que celles-ci placées dans la ^fouclie de ce prèlre patriote :
a Pourquoi donc le sabre de vos nobles s'est-il brisé comme un roseau ^contre Tépée russe? Pourquoi les con- « seils de vos sénateurs se sont-ils évanouis comme de la « fumée au souffle du Russe ? Parce qu'ils ne cherchaient «pas la force qui vient du Seigneur; et l'Eternel, Dieu des «armées, leva son bras contre eux. »
« Les passages de ce genre (et ils ne manquent pas dans \g drame), nous devrions les graver dans nos cœurs. Ne sont-ils point vrais en tout temps, et en tout temps applicables à la position de notre nation ?
« Les Anglais savent leur Shakespeare par cœur et le citent en toute occasion, aussi bien au Parlement qu'au foyer domestique. Notre mémoire devrait s'assimiler certaines de ces pensées qui semblent écloses toutes vives dans l'âme du Père Marc, cette âme brûlante de l'amour de Dieu et de la patrie.
« En vérité, dans ce drame, chaque mot a son poids, chaque trait détaché s'harmonise avec Tensemble, chaque passage trouve un écho et dans le sujet général du drame et dans notre cœ.ur^ car par les lèvres de ces personnages qui ne sont plus, c'est leur naturel qui parle^ c'est le souffle qui les anima de leur vivant » (Czas, journal polonais de Cracovie, du 9 janvier 187:^).
Une curieuse observation, c'est que ces drames n'ont élé réellement appréciés qu'après leur représentation, comme ces jeunes filles dont la beauté, inaperçue jusque-là, n*est révélée à leurs plus anciennes connaissances que par les hommages qu'en débutant dans le monde elles recueillent du public. Un autre critique, le comte Tarnowski^ a «mis
sur le Drame d'Adam Mickiewiez un jugement dont nous traduirons des extraits :
« Il y a quelques années on joua à Vienne un fragment de Schiller : le Faux Déméirius. Avec quelle impatience les Allemands attendaient cette représentation, avec quelle émotion ils s'attachaient à cette sorte de résurrection des paroles du poète. Et Démétrius peut-il être pour les Allemands ce que sont pour nous les Confédérés? N'eût-il pas été joué, qu'il leur resterait pour les consoler Marie Stuart, Don Carlos^ Walknstein^ de ce même Schiller, D'ailleurs, que leur importe Démétrius et ses prétentions au trône des tzars, que leur importent les diètes polonaises? Tout cela ne les intéresse qu'en proportion de la valeur artistique de ce fragment. En ce qui regarde les Confédé'^ ré$, c'est tout dififérent. Ce drame, c'est Tunique héritage dramatique du poète, on le considère du même œil qu'une de ces reliques de famille qui sont en même temps toute une fortune. Et puis ce général russe, qui est gouverneur de Cracovie, ces pères, ces mères^ chargés de suppliques et qui encombrent son antichambre, ce sont les premières pages du dernier siècle de nos annales, c'est Tavant-goût de ce qui est devenu depuis notre pain quotidien, ce n'est pas de la poésie, c'est de l'histoire. Et quand nous nous demandons comment notre société polonaise se rencontra pour la première fois sur son propre terrain avec la société russe, et quelle fut, dans notre pays indépendaijt, l'attitude d'un Repnin ou d*un Stackelberg, et de nos infortunés compatriotes réduits à faire queue à la porte de ce gouverneur étranger, notre curiosité est satisfaite : ce tableau se déroule devant nos yeux, et, par une coïncidence bizarre, au centième anniversaire de l'annéâ où il frappa les re^^ gards pour la première fois* On eût dit à cette représenta^''
tion qae le passé et le présent se rencontraient, séparés seulement par des quinquets, le passé snr la scène, le présent dans la salle, et qu'ils se considéraient avec colère et scandale en se reconnaissant Tune dans l'autre et en se murmurant l'une à l'autre : Comme nous sommes semblables 1
« Voilà pour le premier acte* Le second est plus poignant encore et plus triste. Pulawski, le Pèîe Marc, ce tolontairc français et cette poignée d'hommes armés de ca*^ rabines^ c'est notre première insurrection, qui aie caractère et les éléments de toutes celles qui suivirent. Ce gonéral gouverneur, cet idéal des autocrates russes, semble se dresser pour demander s*il n'est encore qu'un idéal et s'il est toujours un idéal.
«Rien de plus douloureux sur aucun théâtre. Antîgone, lorsqu'elle fait ses adieux à la douce lumière du jour,
. Oreste poursuivi par les Euméfiides, lady Macbeth essuyant de sa main la tache sanglante^ Egmont conduit au supplice, et dans Hamlet un monde pourri exécutant sur lui-même, sans le savoir, l'arrêt de la justice, tout cela est grand, déchirant, mais ne peut faire vibrer toutes les fibres de notre être comme ce drame, dont le héros n'est ni Pulawski, ni le Père Marc, mais notre nation et sa cause* Il faudra ou la satisfaction du triomphe, ou l'infamie de rpubli poîir que ce drame devienne indiffèrent comme une^ (çuvre d'art, un monument du temps, et pour que des Po- j
' lonais le voient avec la même indifférente ([He Hamlet où
[ Wallenstein; mais aujourd'hui c'est une réalité si vivante, sî proche de nos cœurs, que ce spectacle, cette impression, ,
i on a à peine la force de les supporter.
' a Le génie dramatique de Mickiewicz s'y révèle sois un aspect inconnu, c'est un génie de premier ordre. A la lecture, on n'est frappé que d'un beau lyrisme à la Schiller}
sur la scène éclate une puissance dramatique que Shakespeare ne renierait pas. Kt nous n'ignorons plus quel est le plus grand malheur de notre poésie, c'est l'irréparable et maudite perte des trois derniers actes de cette tragédie.
« Jamais Mickiewicz, dans ses poésies^ n'a embrassé un plus vaste horizon. D'inspiration patriotique plus élevée que le sermon du Père Marc, et la prière, je n'en connais pas : ell^ égale la vision du prêtre Pierre dans le Sieur Thadée; et les quelques paroles sur les enfanfs assassinés ne pâliraient pas devant le récit des Aïeux sur hi déportation des étudiants. Le Sieur Thadée est un chefd'œuvre polonais, le drame a une portée plus générale. Il comprend la Pologne d'abord, et ancienne et moderne, avec la variété de ses types psychologiques, ensuite un moment de notre histoire rendu avec la plus scrupuleuse exactitude, et, qui plus est, grâce à quelqifes types, la caractéristique des quatre peuples qui cou^tituaient notre histoire de ces derniers cent ans : la Pologne, la France, la Russie et l'Allemagne. Indépendamment encore de ces particularités de temps ou de race, c'est le monde grand et invariable, c'est l'éternelle vérité de la nature humaine, pénétrée et signalée avec l'intuition du génie auquel, par un privilège spécial, il vient sans effort des pensées telles qu'à les entendre on se prend à réfléchir profondément en se demandant oiî il a été chercher tant de sagesse.
« En quelques traits,- il crée un tableau complet. Nous voyons quelques gentilshommes à moustaches^ quelques femmes éplorées, leurs suppliques en main, un bourguemestre qui craint pour sa peau, car le gouverneur songe à prélever une contribution sur la ville, une comtesse, fille d'un palulin et maîtresse d'un général russe. Depuis celte époque, que de milliers d'individus n'ont pas de la sorte attendu une audience dont dépendait le sort d'un père.
d*un mari emprisonné^ d'un fils condamné à mort? Que de milliers de mères ont tremblé comme cette starostine, que de milliers de pères ont serré le poing, comme ce starosfe^ d'avoir à solliciter qui? et quoi? Ces pauvres gens, darrs cette antichambre, que de souffrances, que de terreurs, d'humiliations ils augurent ! Cette pauvre mère qui s'éfonne qu'on va fusiller son fils... Il y a cent ans cela devait étonner. Sous la terreur se cache un autre sentiment, c Pu- « lawski est un bon cavalier, M. de Choisy un excellent a fantassin, les*monts Carpathes sont près de Cracovie, et le a Palatin a mis son bonnet de confédéré. » Ce peu de lignes nous montre une ville qu'on terrorise et qui pense tout bas, qui désire, qui pressent quelque chose.
«Quelle nature compliquée et intéressante que celle delà Comtesse, un type de Polonaise comme il y en eut beaucoup à cette époque, et que formaient une éducation étrangère, un entourage mondain et les engouements philosophiques du temps ; point méchantes, mais privées du sens moral que personne ne développa en elles, généreuses par nature, légères par mode, Polonaises au fond et accueillant les hommages d'un Russe par irréflexion et par suite du vice de leur existence conventionnelle. Qu'elle est Polonaise au fond, c'est ce que prouve la scène où elle répond au Général que chacun a le droit d'aimer sa patrie. Djins sa conversation avec son père éclatent et la colère de la Comtesse contre ses compatriotes, qui ne la voient que lorsqu'ils ont besoin de son influence, et ses regrets d'un tel état de choses. Les éléments de l'action s'y dessinent : nous y voyons les rapports dé la Comtesse avec son père, son ancien amour pour Pulawski, son rêve, qui est peutêtre la prédiction de la catastrophe finale du drame.
« Il nous faut admirer le tact, la mesure que le poète a
observés en dépeignant le général russe. Ce n'est pas un
î»50 APPENDICE.
monstl'e, U n'est pas cruel par goût ni exceptionnellement pervers, il est civilisé et de bonnes manières. Seulement il n*a aucune base morale, il n'en soupçonne même pas ■ Texistence. Ce Russe ne se doute pas qu'il n'a pas le droit d'être en Pologne et d'y gouverner, il ne. conçoit pas que ce pays n'est ni à lui ni à son Impératrice : le mien et le tien, le juste et l'injuste, ce sont des conceptions qui n'ont jamftis eu place en son âme. L'Impératrice le lui a ordonné, il a donc le droit d'être en Pologne et d'y gouverner, et de fusiller les Polonais qui se révoltent contre sa volonté. Il les considère sérieusehient comme des rebelles. L'Impératrice, c'est la seule loi, Tunique morale qu'il conçoive ; personnellement il n'a qu'une pensée, qu'un souci : ne pas perdre ses états de service, ne pas tomber en disgrâce. De tous les sentiments et des idées européennes, il ne s'est assimilé que l'honneur militaire. Que c'est un homme, et non un simple pion placé sur un échiijuier par ordre, et qu'il conserve un quelque chose d'humain profondément enfoui, c'est ce que prouve son indignation quand le Docteur lui propose d'essayer de transformer en espion la femme qu'il aime; il rejette cette pensée avec mépris; il y a donc encore quelque chose qu'il est capable de l'especter. Néanmoins, sous son vernis de civilisatioti, le Tartare existe et se peint dans ses folles menaces. CeS imprécations rappellent tous les généraux russes, de Suvatow à Murawiew.
a A côté du Général se faufile le docteur courlandais, instruit, philologue et psychçlogiie, Toeil exercé aux observationR, des notes scientifiques sous le bras, un de ces petits personnages qui font toute la besogne des grands et ne seront jamais grands eux-mêmes, un de ces gens qu'on donne aux ambassadeurs pour être leur œil, leur oreille et leur surveillant, car cet agent du gouvernement eilvoie
des rapports à Saint-Pétersbourg, C'est un policier artiste, perspicace, pénétrant, auquel la connaissance physique de la nature humaine facilite la connaissance de la nature morale. Il poursuit une enquête comme on travaille une œuvre d*art, avec passion ; sa soif de s'instruire y trouve autant de profit que sa bassesse; il espionne pour son gouvernement et fait des observations physiologiques et psychologiques pour son propre compte. Il est si amoureux de sa profession, qu'il plaint un pays trop barbare pour avoir une police honnéte^^ et ne comprend pas que chacun ne l'aide pas dans son métier. Il est si bien le type des Courlandais etEsthoniens cosmopolites au service de la Russie, qu'on est tenté dô lui crier, comme le mourant de Krasinski à Satan : Il faut que tu sois l'idéal du Russe...
a Le Docteur complète l'exposition par ses avis : qu'il y a à se défier de la population, que le prêtre emprisonné est quelque chos«f de plus qu'il n'en a l'air, que les yeux du Palatin ne disent rien de bon.
(( Le Palatin ferme cet acte par son apparition d'une manière grandiose.
« Et c'est comme s'il ressuscitait, semblable à nos magnats, à Wenceslas Rzewuski, à Clément Branickî, Comme eux tous, il est diplomate à l'occasion, il fait des voyages à Vienne, il est en correspondance avec Paris et Londres, il dissimule vis à vis des Russes comme Brutus vis à vis de Tarquin, il a un grand amour de la patrie, une haine de ses oppresseurs plus grande encore, et un orgueil qui domine tous ses autres sentiments. Cet orgueil éclate quand il remet le commandement à Pulawski, comme s'ifth était investi, et qu'il relève les Français de leur service au nom de la République.
a Au second acte, nous voyons Pulawski, Choisy, le prêtre Marc et les débris des confédérés. Pulawski est reçté
dans rimagination de la nation entouré d'une telle auréole d'héroïsme et empreint d'un tel charme poétique, qu'il n'a cessé d'être le type et l'idéal du partisan, de l'insurgé. Il en est qui l'ont trouvé trop lyrique, trop romantique quand il salue si tendrement les monts et les bois.Haîs s'il n'avait dans l'àme de la poésie, de l'entraînement, de l'exaltation, serait-ce un héros? Vous avez un Polonais idéal, et ne voudriez pas qu'il fût tendre, fût-ce même un peu trop enclin à la rêverie. Il fait ce que tant d'autres ont fait depuis. Cela prouve la continuité, l'invariabilité de nos sentiments. Notre situation est restée la même, notre idéal n'a pas changé.
<[ A côt«^. de ce Polonais qui fait fi de la stratégie et de l'arithmétique, nous trouvons le Français qui n'a de foi que dans le calcul et la discipline militaire. Le contraste est superbe. Choisy, élevé dans quelque école spéciale, formé au régiment, hausse les épaules de ce^ue Pulawski fimde son espoir sur une insurrection ; et il pense venir à bout des Russes avec sa poignée de soldats^ parce que ce sont des soldats réguliers et français. Ce Français est charmant, raisonnable, pratique, indigné de ce qu'il voit, persuadé de sa supériorité, et, en dépit de son bon sens, amouraché de cette folle Pologne, vers laquelle l'attirent d'instinct son honneur et sa conscience. Il nous présente tous les éléments qui ont formé cette longue et^ après tout, chère sympathie française.
«Mickiewicz a-t-il jamais pensé que son drame serait joué sur une scène polonaise? S*est-il rendu compte de l'in-* (lucnctNqu'il y produirait? Il s'empare de nos sentiments h'S plus chers, ils élèvent nos coeurs aussi haut qu'ils peuvent atteindie et les contracte en même temps d'une atroce douleur. Sur la scène, c'est l'insurrection dans son élévation idéale, dans toute la beauté de ses tendapces, de ses
sentiments, de son enthousiasme, de la foi, et aussi dans tout son réalisme ; une poignée d'hommes, les uns quasi en uniformes, les autres en capotes^ diversement armés, écoutent les discours des chefs et reçoivent des cartouches. Nous ne sommes plus au théâtre, mais quelque part au-delà de la frontière; nous revoyons des visages amis^ nos souvenirs se réveillent. En général, nous nous apitoyons sur les souffrances de personnages fictifs; ici le spectateur souffre plus quelle héros de la pièce, que le poète lorsqu'il Ta écrite. Nous sommes plus que des spectateurs^ nous participons au drame, nous sommes dans une situation plus triste, plus tragique que Pulawski et le Père Marc. C'est ce qui, depuis le commencement du monde, ne s'est produit sur aucun théâtre, pas plus qu'il n'y eut jamais rapprochement et similitude pareils entre ce qui se passe surla scène et ce qui se déroule en dehors d'elle.
« Et c'est pourquoi l'impression est si haute et si navrante, qu'on ne saurait lui trouver de comparaison sur le théâtre. Que nous font les lustres, les décorations, les accessoires, pendant que ces gens-là chargent leurs armes ! Est*ce la scène, est-ce le monde réel 7 Et quand Ghoisy dit que ces insurgés vont à la mort, ces décorations ne sont-elles là que pour nous persuader que tout cela n'eist que fiction ? Et quand le Père Marc prie ou prêche, pourquoi nous rappeler que nous sommes au théâtre, quand l'homme se sent comme s'il était en pleine église à écouter Skarga faisant l'examen de conscience de la nation? Ces impressions-là sont si fortes qu'elles sont à l'étroit dans un théâtre, elles ne peuvent qu'y être gênées, elles ne seraient à Taise que dans un temple, sûr un champ de bataille ou dans les pro-* fondeurs du cœur humain.
a Quelle audace d'introduir.e sur la scène le Père Marc,
une figure qui resplendit dans lés imaginations d'un tel
éclat de sainteté, d'une telle force créatrice, d'inspirations si prophétiques. Henri Rzewnski Ta tenté avec bonheur (1) ; sous la rudesse et la bonne harmonie des paroles de son Père Marc, on sent une rare force d'àme, mais la double vue, cette seconde partie de sa nature et la plus élevée, fait défaut ; le cadre du récit était trop restreint. Son Père Marc est réel, humain, à la fois moine et confédéré, et excellent comme tel. Slowacki a repris le même type ; mais il en fait un doctrinaire mystique^ un propagateur des conceptions fantastiques et des rêveries de l'auteur; e'est, sous la robe du Père Harc^ l'imagination maladive et orageuse de Slowacki lui-même. Chez Mickiewicz, c'est un homme en chair et en os, un moine sévère et simple, orthodoxe et discipliné, ayant dans la fie habituelle les apparences d'un homme ordinaire,.mais s'élevant dans les moments d'inspiration à des extases pendant lesquelles il est menaçant et prophétique comme Skarga, comme Mickiewicz dans ses moments les plus sublimes. Et c'est là la vérité. L'extase dure une seconde, est une exception; les saints qui entrevoyaient le ciel et faisaient des miracles ressemblaient dans la vie quotidienne à de simples moines. Sans doute le génie de Mickiewicz eût suffi à créer cette figure sans secours aucun ; mais sa longue et profonde étude des saints et des mystiques, ses méditations sur l'exaltation çt les visions^ n'ont pas été sans influence sur une création qui semble émerger à moitié des traditions sur les confédérés et à moitié de la vie des saints et de la Légende dorée. Le sermon du Père Marc est peut-être la note la plus élevée que Mickiewicz ait émise, la prière est pleine de larmes. Tout s'amoindrit dans un tel voisinage^ si bien que, lorsque vient la terminaison »i pathétique de cet acte, l'ordre du Palatin de les tuer tous
(1) Voy. Réaits d'wkviewi: getMhomme polimai**. Paris. i86S*
(et sa fille est du nombre)^ on l'entend à peine. Mais c*est trop sublime pour la scène, cela devrait s'écouter à genoux, dans la posture où Técoutent les acteurs, car il s'adresse plus à nous qu'à eux.
ce Tout dans ce drame cependant fait saigner nos cœurs, car chacun de ces mots élevés a été démenti par la réalité. Quand les Français crient : Nous marcherons avec vous, le cœur répond : Vous n'avez pas bougé I Quand Pulawski dit qu'il y a des exemples qu'une grande pensée triomphe du nombre, une voix intérieure nous crie, les noms de Sedan et de Sadowa. Quand Pulawski ajoute qu'il ira jusqu'à Varsovie, nous nous rappelons que c'est le Prussien qui a été jusqu'à Paris. Le Père Marc nous affirme-t-il que Dieu n'est ni sourd ni aveugle, cent ans de notre histoire, de Dybicz à Murawiew, de Frédéric II à Bismark, semblent murmurer un qui sait? blasphématoire. L'affirmation de Ghoisy que l'Europe agonise, son anathème contre la civilisation, c'est la conclusion morale du siècle, triste comme la mort ; mais^ il reste pour nous consoler la prophétie du Père Marc :
a Ils célèbrent des fêtes.*. Ainsi faisait, la veille du déa luge, la race maudite en vue de l'arche de Noé. Trioma phez, réjouissez- vous! Et déjà les anges de colère « descendent du ciel, et, debout sur la cime de l'Ararat, ils « lèvent les écluses des grandes eaux, ils déploient dans (( les nuages la bannière flamboyante du tonnerre. » {Przeglad Polski^ Revue polonaise de Cracovie, numéro de février 1872.)
sous l'invocation
DE
PESTEL, RYLEIEW, BESTUJEW.
MURAWIEW APOSTOL,
RUBSB8 HARTTBS