‹ Mélanges posthumes d'Adam Mickiewicz, première série [microform]Chapitre 8 sur 59 · DÉDICACE. I · texte numérisé non relu

DÉDICACE. I

tant, si ^ en 1870^ la Pologne eût été debout^ la Prusse// eût été retenue sur TOder^ et Strasbourg et Metz seraient y' encore ^ la France.

On s*indigna qu'il eût osé parler, pour faire cette guerre, de lever un milliard d'impôts sur les riches ( que la Pologne indépendante eût joyeusement remboursés ). Et aujourd*hui| la France^ brisée et humiliée, est obligée de trouver huit milliards pour solder le commencement de ses désastres.

Les bourgeois dirigeants de la présente restauration orléaniste reprennent vis à vis de la Russie le thème favori des nobles émigrés de la restauration légitimiste, qui consiste à offrir Tunivers au tzar^ — dans l'espérance qu'il favorise la récupération, non plus de la Belgique ni de toute la rive gauche du Rhin^ on y renonce; ni même de Landau et de Sarrelouis^ on n*y songe; mais simplement des départements d'Alsace et de Lorraine récemment détachés.

Et ces grands politiques ne s'aperçoivent même pas que toute restitution opérée dans de telles conditions serait illusoire* puisque la Russie serait devenue tellement puissante que la France se trouverait à sa discrétion absolue. On s* ingénie à voir dans les Prussiens les ennemis des Russes : en réalité ils en sont l'avant-garde.

Quand le parti rétrograde rêve d'asseoir son bien-être sur les plus monstrueuses compromissions politiques, il n'y a pas à s'en étonner : il est dans son rôle. Mais que des radicaux rééditent sur les sympathies franco-russes les mêmes sophismes, parlent de c rénovation russe» et bercent de ces billevesées l'esprit de leurs lecteurs, cela est plus étrange : il y a coupable légèreté. Si Barbes vivait^ il leur crierait : Arrière, faux révolutionhaîres !

La Russie, cette fois encore, n'A chftngé que d'apparence : il ne saurait être question de rénovation russe,

DEDrCAGE.

tant que la Russie ne rendra pas justice à la Pologne. Or, il n'existe actuellement, en Russie, aucun parti qui veuille d'une nation polonaise, distincte^ indépendante, intégrale et libre. Jusqu au jour de cette réparation nationale, toute alliance de la France avec la Russie serait une reconnaissance du démembrement de la Pologne, par conséquent, une complicité, et, qui pis est^ une dégradation sans f:»*otit, un crime gi*atuit.

Les irréconciliables de l'Empire n'admettaient pas que quelque chose de bon pût venir d'un gouvernement issu d'un parjure. *Et ils trouveraient naturel que le nationali* cide de Pologne fût oublié^ pardonné, sans avoir été réparé!

Songer à une revanche française en commençant par déserter la cause des peuples, et attendre le relèvement, non de son courage mais du bon plaisir de vieur ennemis, c'est de la puérilité politique.

Que si Ton s'étonnait que des Mélanges littéraires fussent dédiés à un homme d*action^ je prierais alors de remarquer que c'est surtout et peut-être uniquement des hommes d'action que les œuvres polonaises, même purement littéraires, peuvent être comprises.

Armand Barbes se plaisait à parler de la Pologne. M. Guizot^ dont la politique fut la négation constante de l'esprit de sacrifice, qui est la vie de la Pologne comme nation^ n'a jamais compris la Pologne ni ne la comprendra jamais^ même s'il en lisait toutes les œuvres^ — pas plus que Sénèque, avec toute sa science, ni Horace, avec tout son esprit, n'eussent pu rien entendre aux saintes Ecritures des Juifs; et Cicéron en eût été impatiente, comme Lamartine l'était des écrits et gestes des Polonais.

Une littérature trempée de larmes, qui est née de l'action et qui pousse à l actiop, ne saurait être entenduç d'une

DEDiOACE.

société qui tient essentiellement à a*être point troublée dans aa quiétude, toujours contente d'eUe-méme» qui ne prend rien ni personne tu sérieux, qui met gaiement le pied sur les abimes recouverts de fleurs, aime à dan* ser sur un volcan et craint l'ennui par-dessus tout; qui, à la veille de malheurs, s'enguirlande de fleurs et ferme les yeux, puis, le lendemain^ se console par des sopliismes et des plaisanteries.

Plus il y aura de Français semblables k Armand Barbes, plus la France comprendra la Pologne, et, par conséquent, plus ces deux nations militantes pourront marcher de concert dans la voie qui leur fut assignée par la Providence.

Adam Mickiewicz et Armand Barbes ne se sont jamais vus : quand mon père quitta Paris^ un mois avant la Révolution de Février, Armand Barbes était dans les prisons delà Monarchie; quand il revint, trois mois après l'expulsion de celui qu'il appelait aie grand traître des peuples,» Armand Barbes était déjà dans les prisons de la République ( comme coupable d'avoir revendiqué les droits de la Pologne!). Mais mon père avait pour Armand Barbes une vive sympathie : il avait reconnu en lui cette pureté de sentiments, qui rend un homme politique digne d'enthousiasmer le peuple français, et surtout le feu sacré, ce capital moral, qui est le patrimoine commun de la Pologne et de la France. 11 se plaisait à dire qu'Armand Barbes, à quelque moment que ce fût^ pouvait toujours peser d^un grand poids à Paris ^ que^ par su seule présence, il était capable d'allumer le peuple français.

Dans la région où ils sont aujourd'hui, ces deux grands esprits souffrent sans doute de semblables douleurs iiutio-

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