LES BUREAUX ARABES
L^histoire des bureaux arabes pourrait être rhistoire complète de notre domination en Afrique. La population indigène est une population mobile dans ses impressions, mais d'une ardente opiniâtreté dans ses principes et d'un invariable attachement à ses mœurs. Qu'ils habitent la montagne ou la plaine, la tente ou le gourbi, les indigènes ne comprennent qu'une seule puissance, celle qui se manifeste par la force; pour eux l'homme delà justice doit être en même temps l'homme du glaive. Ils n'admettent même point, et c'est pour cela que nos missionnaires ont toujours eu si peu de succès parmi eux, ce caractère de pacifique autorité que donne chez nous aux ministres du culte une religion hostile à toute autre ardeur que celle de la charité et de la foi. Chez eux le prêtre aime le cheval et la poudre. Presque toujours le cavalier qui se détache de leurs rangs et vient avec une exaltation intrépide choisir des buts pour son fusil
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jusque sur le Hanc de nos colonnes, est un marabout. Indépendamment même de ces besoins de la conquête qui nous forçaient à faire toujours peser sur les Arabes une puissance armée, il y aurait donc eu une véritable folie à vouloir nous mettre en contact avec cette population, que sa nature, sa religion, ses mœurs nourrissent de la guerre, par ce qui s'appelle chez nous un fonctionnaire civil et ce qui n'existe pas chez eux. On établit donc cette admirable organisation des bureaux arabes qui n'a pas encore été assez appréciée, assez connue; on établit cette organisation qui certainement est un des procédés administratifs les meilleurs, les plus simples, les plus efficaces dont se soit jamais avisée la politique d'un pays.
On choisit dans Tarmée des officiers dévoués, capables, connaissant la langue, familiers avec les mœurs des Arabes, et on les établit sur tous les points du territoire militaire divisé en cercles, avec une mission de guerre et de justice en même temps. Les résultats que cette institution a obtenus ont dépassé tout ce qu'on pouvait espérer. Le respect et la confiance sont entrés facilement chez les Arabes par cette sorte de magistrature à cheval qui se transporte, franche, décidée et expéditive, partout où un méfait a été commis. Les Arabes aiment et comprennent la justice; mais la légalité telle