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livre où des secrets pareils sont offerts à notre méditation

J'ai insisté sur la valeur poétique du Grand- Désert parce que, suivant moi, la poésie, c'est-àdire une certaine élévation de sentiments et de pensées, est un élément indispensable des œuvres qui sont appelées par excellence utiles, pratiques et sérieuses.

D'autres questions toutefois que des questions poétiques sont soulevées par le livre de Daumas. Ainsi ritinéraire du Chambi sera un document précieux pour ceux qui voudront s'occuper du commerce de l'Afrique, une des sources les plus importantes peut-être de la prospérité future de l'Algérie.

Avant i83o, la régence faisait avec les Etats du Soudan un trafic considérable qui fut détruit par notre conquête. Effrayées par les guerres continuelles dont fut suivie notre occupation, les caravanes qui se dirigeaient autrefois vers les marchés de l'Algérie, prirent pendant de longues années les routes de Tunis et du Maroc. Maintes considérations qu'il nous serait facile de déduire, la sécurité de nos chemins, les approvisionnements de nos villes, la tolérance de notre gouvernement, les ont remises aujourd'hui sur leurs anciennes voies. C'est là un fait dont il appartient de tirer

profit ù rintelligence et à Ténergie de nos colons.

Sans partager les illusions de ceux qui parlent aujourdMiui de TAfrique comme de notre continent, y proclament le rôle de nos soldats terminé et n'y veulent plus une autre existence que celle de rindustrie, on peut dire que bien des obstacles ont été vaincus dans cette contrée si insoumise et par les souffles de son ciel et par Tâme de ses habitants. Toutefois, au cœur même de nos possessions, il existe encore un pays où notre autorité est complètement méconnue,- où Timpôt, qui chez les Arabes est le signe unique de la sujétion, ne nous est point payé. On découvre d'Alger ces montagnes de la Kabylie où notre armée brûle de s'engager.

La Grande-Kabj^lie est le dernier livre du général Daumas et celui où il s'est le plus servi, sans aucun doute, de son expérience personnelle. Le général Daumas accompagnait le maréchal Bugeaud dans la dernière expédition si importante, si utile et si difficilement obtenue du gouvernement qu'accomplit ce grand homme de guerre. Dans cette œuvre où un soldat nous parle d'une population qu'il vient de combattre, d'un pays qu'il vient de parcourir, la vérité sur la Kabylie nous est donnée avec clarté et précision. Beaucoup de gens en France regardent le pays des

Kabyles comme une contrée pleine d'horreur où nous n'avons rien à faire qu'à disputer des pics arides à un peuple sauvage. Ces vallées profondes, où les rivières coulent entre les branches des lauriers-roses, qu'entourent des montagnes éclairées par les teintes blondes des moissons, nous ont rappelé les plus beaux sites de l'Eurbpe. Quant aux Kabyles, ce sont des hommes qui, semblables à tous les habitants de l'Afrique, emploient certainement au besoin d'énergiques moyens de défense. Ils tirent avec la sûreté et la précision habituelles des montagnards; ils ne se font point faute, comme tous leurs frères en religion, de mutiler les corps et même les cadavres des chrétiens que le sort des combats peut leur livrer, mais leur pays vaut la peine d'être conquis, et ils ne sont pas, eux, impossibles à conquérir. Leurs habitations, plus stables que celles de l'Arabe, leurs plantations d'oliviers, si belles et si soigneusement entretenues, sont pour nous de puissantes aides. Les tribus dont les spahis ont visité les demeures, dont les zouaves ont illuminé le sol, comprennent que le Koran ne doit pas les empêcher de reconnaître l'autorité et de chercher la protection de la France. Mais les Romains, nous dit-on, ont respecté la Kabylie. C'est là un exemple bien vieux, qui ne nous engage guère, et

O C V R A G P s DU G K N E R A L D A U M A S I .->

d'ailleurs on retrouve des voies romaines où des routes françaises manquent encore. Mais les Turcs, dit-on aussi, ne s'aventuraient point chez les Kabyles. Nous n'avons point chassé les Turcs pour les imiter. Nous repoussons avec raison toutes les traditions de leur pouvoir, où Pinstabiliié s'accouplait à la tyrannie, et je sais pourtant dans la montagne des points qu'occupaient les Turcs, et qu'en ce moment nous ne pourrions pas occuper. Ainsi le Bordj-Bokni est désert. Des Français qui voudraient s'en emparer aujourd'hui auraient de la poudre à brûler.

Le général Yusuf, dans un remarquable écrit, demandait récemment "que la France accomplît son œuvre en Afrique par une grande expédition en Kabylie. Le général Daumas, sans conclure à une guerre immédiate d'une manière aussi précise que le général Yusuf, demande, par son livre, que nous ne renoncions pas à un pays d"où notre influence ne peut pas être exclue sans péril pour notre colonie.

Que fera la France: Elle est livrée par malheur à bien d'autres soins que ceux dont nous essayons d'occuper aujourd'hui quelques esprits. Les conquêtes toujours plus lointaines qu'elle poursuit, les biens toujours plus obscurs dont elle rêve, sont malheureusement situés dans des contrées

plus inconnues mille fois que le Grand-Désert, plus dangereuses que la Kabylie. Si elle revient un jour de tous les voyages qu'elle fait sans sortir du lit où la retiennent les lièvres révolutionnaires, espérons qu^elle consacrera encore sa force aux seules aventures dignes d'un grand peuple, celles qui se passent autre part que dans ces régions malsaines où, tandis que Taction sommeille, la parole et la pensée arrivent, par une excitation effrénée. Tune à la folie, Tautre à Tépuisement.

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