LES ECRITS D L' M A R ]■: C H A L B C G E A U D
incertitudes. Avec des hommes tels que vous, on peut tout entreprendre. »
Le maréchal disait vrai. Avec les hommes qui conservaient en Afrique, au prix de leur sang, la dignité nationale, on peut même dire la dignité virile, car le jour où l'esprit des rhéteurs triompherait de Tesprit guerrier, il n'y aurait plus d'homme dans le sens mâle et noble du mot: avec ces braves gens, dis-je, on pouvait tout entreprendre, même de repousser dans le pays des fantômes les monstrueuses chimères un instant déchainées contre notre patrie. Ceci nous mène aux écrits politiques du maréchal Bugeaud.
J'en prendrai deux : l'un s'appelle les Socialistes et le Travail en commun^ l'autre, les Veillées d'une chaumière de la Vendée. « Ces hommes, dit le maréchal en parlant des socialistes, paraissent croire qu'avant eux tout allait mal dans le monde, et que beaucoup de choses n'allaient pas du tout. » Cette phrase donne l'esprit et le ton de tout un traité où les plus saines pensées se produisent constamment sous une forme originale et vive. Le maréchal Bugeaud avait, comme agriculteur et comme soldat, un double mépris pour des hommes qui, n'avant Jamais ni conduit une charrue ni manié un fusil, excepté peut-être derrière quelque barricade, prétendaient gouverner
22 QUESTIONS MILITAITiKS
et même refaire la société. Lui qui savait comment vient le blé et comment coule le sang, comment on gagne et comment on expose sa vie, il prisait avec raison beaucoup plus que la philosophie des clubs et des carrefours la philosophie des champs de labour et de bataille.
Si Ton en croyait les socialistes, le mal ne serait en ce monde qu'un accident destiné à disparaître un jour, le jour où ils auront trouvé cette pierre philosophale qu'ils demandent à fabriquer avec l'or et le sang de leur pays. Les hommes sont tous bons, excepté, bien entendu, les aristocrates et les tvrans, ces esclaves révoltes contre la nature, pour parler le langage de Robespierre. Laissez se développer en eux cette fraternité dont vos lois entravent Tessor, laissez-les ne former par Tassociation qu'une vaste famille, et la misère disparaîtra, écrasée par nos nouveaux prophètes, comme le serpent par le fils de l'homme. N'est-ce pas à peu près ce que dit l'école de M, Louis Blanc?
L'homme à qui nous devons ce récit, dont nous donnerons des fragments tout à l'heure, Thomme qui avait partagé l'enthousiasme de ces braves se promettant secours de régiment à régiment, d'escadron à escadron, de camarade à camarade, connaissait une fraternité qui vaut bien celle d'où est sortie, l'an dernier, la grande bataille de juin.