LES ÉCRITS DU MARECHAL B U G K A U D 3 I
qu'il a estropiés. Cet autre est un instituteur aux mœurs impures et à Tesprit encrassé d'ignorance, qui a écrit contre tout ce qu'il y a de noble et de sacré des pamphlets heureusement tombés dans le rnisseau de son village. Paul reconnaît la vérité de ces portraits qui ne conviennent que trop, en effet, à la plupart des coryphées de club. Ces caractères se trouvent ailleurs qu'au village où le dialogue de Bugeaud est placé. Les docteurs du socialisme se comparent sans cesse aux apôtres avec une impudence grotesque et impie. Les apôtres conservaient pure la chair et pure la pensée qu'ils avaient dévouées à leur divin enseignement. La Rome'spirituelle ne s'est pas fondée, comme la Rome terrestre, avec un amas de gens perdus.
Mais laissons les hommes et venons aux idées. Les idées! qu'on a étrangement abusé de ce mot, qui dans la langue emphatique des démocrates désigne comme une sorte de divinités nées dans la cervelle humaine, mais plus fortes que les hommes une fois qu'elles ont quitté leur berceau et envahi l'espace. Je crois, pour ma part, beaucoup plus aux sylphes et aux lutins qu'aux idées des démagogues. Le fait est qu'aucune vision n'est plus impalpable que les systèmes démocratiques : c'est ce que démontre le maréchal Bugeaud.
Travail en commun, reparution des richesses, suppression du capital, le maréchal examine de nouveau dans son dialogue villageois tout ce qu'il a examiné déjà dans son Traité des socialistes. Mais il ne combat point les mimes fantômes par les mêmes exorcismes. Comme je l'ai dit, le langage des Veillées a un caractère particulier de grâce et d'onction. Le sentiment de la famille, évoqué sans cesse, n'est pas traité avec cette fatigante banalité qu''entraîne trop souvent la nécessité où l'on est de le mettre en avant chaque Jour. « Crois-tu que Je ferais ce que je fais, si j'étais associé à trente-cinq millions de frères? Ce sont ces marmots qui me poussent; c'est pour eux et ma femme que je travaille souvent au clair de lune pour ne pas perdre le bénéfice d'un beau temps. » Ainsi s'exprime Pierre Carrier. L'œuvre tout entière est composée avec cette vigoureuse netteté de forme et cette douceur lumineuse de ton. La sobriété des descriptions donne quelque chose d'antique à ce dialogue, mais il y a pourtant, dans ces phrases tempérées à la manière grecque ou romaine, cette émotion qui appartient aux amcs où le christianisme a éveillé la divine inquiétude du ciel. Ce qui pour moi vatiles Veillées cfiine chaumière de la Vendée beaucoup audessus de tout ce que le maréchal Bugeaud a écrit,