Voir le début du traité De dea Syria
2. Une statue fut apportée de Carthage à Rome et ornait le Circus Maximus (Plutarque, Vie de Flamininus, ch. i). Mais cela ne prouve pas sa valeur comme objet d'art ; ce pouvait être un simple trophée. Peut-être, d'ailleurs, avait-elle été prise par les Carthaginois en Sicile.
teurs anciens n'en parlent pas. Un grand art original eût laissé plus de traces et sur le sol et dans les textes. Je ne connais que quelques passages du Talmud où il soit parlé d'un style phénicien.
Un curieux passage du traité de la Déesse de Syrie (§§ 2-9) attribué à Lucien, mais qui n'est pas de lui, doit être discuté ici. L'auteur, après, avoir dit que les Égyptiens furent les inventeurs de la religion et des temples, ajoute : Kxï Un Içà xtà
sv Supfy où ira pot tcoàu tolç Al-funrCoiGi îao^povéovxa, tgW
èyu> itlziaxa. O7rco7ra, et il cite : 1° le temple de Melkarth, à Tyr ; 2° le temple d'Astarté, à Sidon : 3° le temple égyptien, apporté divinement d'Héliopolis d'Egypte en Phénicie (probablement à Baalbek), àp^aiov Sort, ajoute-t-il; 4° le temple de Vénus, à Byblos; 5° le temple dans le haut Liban (Maschnaka? Aphaca ?) ; il ajoute : Kal àp^ouov 7}v. Il termine par ces mots : Tàos fxsv iqyt ri lv rf4 Sup^g àpx^a xal [xeyaXa tpà. Il semble résulter de là que ces cinq temples étaient en style archaïque quand écrivait l'auteur du petit traité précité. En effet, le traité de la Déesse de Syrie est antérieur au ne et au ine siècle, époque où se firent en Phénicie les plus grandes reconstructions des temples. Il se peut, du reste, que l'auteur entende seulement
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parler de l'antiquité des sanctuaires, comme on peut dire que la basilique de Saint -Pierre de Rome est fort ancienne, quoique le bâtiment ait été refait. Si un aussi grand nombre de temples archaïques s'étaient conservés en Phénicie jusqu'au ive siècle, on en trouverait plus de traces, et l'on ne rencontrerait pas à chaque pas, à Tyr, à Byblos, à Sidon, ces fûts de colonne de l'époque romaine, signes évidents de la reconstruction des grands sanctuaires du pays. Les temples du Liban, en particulier, furent tous rebâtis en style grec ou gréco- romain.
En général, dans leurs constructions, les Phéniciens paraissent avoir porté peu d'esprit de suite. Cela se sent bien à Amrit, à Kabr-Hiram, à Oum-el-A\vamid. Il y a dans les restes qu'on voit dans ces localités beaucoup de belles idées, de beaux détails; mais il ne se détache aucun plan général dominant, comme dans les monuments de l'acropole d'Athènes. On dirait des gens aimant le travail de la pierre pour lui-même, ne se souciant pas de s'entendre pour faire une œuvre commune, ne sachant pas que l'esprit d'ensemble constitue le grand art. De là cet état d'imperfection où sont tous les monuments; pas un tombeau auquel les héritiers du mort aient jugé
à propos de mettre la dernière main; partout un certain égoïsme, comme celui qui, plus tard, a empêché les monuments musulmans de durer. Le plaisir passager de l'art ne porte pas à finir, car finir exige une certaine volonté austère. En général, les anciens Phéniciens paraissent avoir été plus sculpteurs qu'architectes. Ils ne procédaient pas par grandes masses; chacun travaillait pour son compte. Nulle mesure rigoureuse, nulle symétrie, en tout l'à-peu-près et le caprice. Même les chapiteaux d'Oum-el-Awamid ne sont pas semblables; dans les parties qui se répondent le plus évidemment, il y a des détails différents.
Est-ce à dire que nous niions la priorité de la Phénicie et les services que, dans tous les arts, elle a rendus à la Grèce, au moins comme intermédiaire entre cette dernière et le haut Orient? Non, certes; nous voulons dire seulement que le génie a été le partage de la Grèce seule. La Grèce, à l'origine, a beaucoup emprunté; mais seule elle a inventé l'idéal. Voilà pourquoi, malgré tous les emprunts'possibles, pour expliquer la Grèce, il ne faut que la raison. L'art grec est aussi logique que la philosophie grecque. 11 n'est pas impossible que la philosophie, ou du moins la science grecque, ait fait plus d'un emprunt à Babylone
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et à la Phénicie. Socrate, Aristote, Phidias, l'architecture grecque, la philosophie grecque, n'en sont pas moins le fruit d'un développement organique. Un édifice grec, le Parthénon, par exemple, se déduit par une sorte de calcul mathématique. Là est la gloire unique de la Grèce; la Grèce a créé l'absolu de la raison et du goût, du vrai et du beau, de même que le christianisme a créé l'idéal du bien. Voilà pourquoi la Grèce a un rôle à part, comme la Judée, rôle où elle ne sera jamais égalée. Toute recherche nouvelle doit se terminer par un hymne à la Grèce; toute découverte, même sur terre étrangère ou rivale, est un trait de plus à la gloire du génie grec, un argument pour établir son indéniable primauté.
L'infériorité des Phéniciens en fait d'art semble, du reste, avoir persisté jusqu'à nos jours dans le pays qu'ils ont habité. La population de la côte de Syrie, éminemment douée pour le commerce, est la moins artiste du monde. Que l'on compare une église maronite, misérable maison, sorte de dé de pierre, sans fenêtre ni clocher, à nos charmantes églises de campagne; quelle différence! Les églises des orthodoxes (lesquels représentent plutôt l'élément grec en Syrie) montrent un peu plus de goût. Les religions de la Phénicie, quoi-
qu'elles admissent pour la plupart les images, ne portaient pas évidemment à raffiner sur la forme plastique des dieux. Un culte aussi féroce ne pouvait prêter à Fart. Plusieurs indices peuvent même porter à croire que certains temples n'avaient pas de E&va, qu'on s'y bornait aux ornements végétaux comme chez les Hébreux1.
Si la haute antiquité a laissé en Syrie si peu de chose, cela vient donc apparemment de ce qu'elle n'y fut pas très brillante. C'est exactement la conclusion à laquelle sont arrivés de leur côté MM. Waddington et de Vogué. La vieille Syrie ne connut guère d'autre temple que des hauts lieux informes ou des trous dans le rocher. La dimension des pierres ne prouve rien pour l'ancienneté d'un monument. Le temple de Jupiter, à Baalbek, dont l'âge moderne n'est pas contesté, renferme des pierres supérieures en dimension à toutes les constructions de Gébeil, de Jérusalem. Le Tpt'Xiôov du grand temple peut être très ancien ; cependant on ne peut le conclure avec certitude de la grandeur des matériaux, puisque les pierres les plus grandes que l'on connaisse après celles du rpftiôov font partie d'un temple élevé deux cents ans après
1. Voir les textes homériques recueillis par M. de Luynes, Sarcoph. d'Esmunasar, p. 42.
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Jésus-Christ. Les constructions en grands blocs du Hauran, que les premiers voyageurs anglais firent remonter au temps d'Og, roi de Basan, se sont trouvées être toutes de l'époque romaine ou chrétienne. MM. Waddington et de Vogué ont démontré cela jusqu'à l'évidence. L'importance de l'industrie phénicienne est un fait trop connu pour avoir besoin d'être prouvé. Il est bien remarquable que cette industrie n'arriva pas au grand art, que le grand art fut la création d'un peuple infiniment moins industrieux d'abord que les Phéniciens. Les petits objets phéniciens qu'on peut tenir pour antérieurs à l'influence grecque sont, en général, lourds et d'un goût contestable, souvent d'ailleurs imités de l'Egypte. Cela ne doit pas nous surprendre; qu'on songe aux États-Unis d'Amérique et même à l'Angleterre de nos jours. Du reste, à partir de l'an 400 avant Jésus-Christ environ, les rôles sont renversés. La Phénicie est inondée par les produits de l'industrie grecque, surtout de l'industrie rhodienne. Sidon s'approvisionne à Rhodes d'objets d'art et d'industrie1. Nous trouvons à Rhodes un Zenon, fils de Nahum
1. M. Albert Dumont me fait remarquer que toutes les anses d'amphores que j'ai rapportées de Phénicie sont de fabrique rhodienne.
(noms dont le premier est cher à la Phénicie et le second phénicien), qualifié de 'ApàSto; ^pôUvo;1.
Les tombeaux sont de beaucoup le plus beau legs archéologique que les Phéniciens nous aient laissé. L'idée primitive des peuples chananéens (Hébreux et Phéniciens 2) fut que le tombeau devait être dans une caverne. Ces cavernes furent d'abord naturelles, puis on les creusa artificiellement 3. Même quand on appliqua aux tombeaux des règles architectoniques, on conserva l'idée qu'ils devaient être troglody tiques. Des mausolées bâtis à la surface du sol, comme le Burdj-el-Bezzak d'Amrit, sont, quant à l'idée, des cavernes exhaussées et censées tirées du lit de rocher. Cela est bien différent du principe de la sépulture égyptienne. Mais pour la manière de traiter le cadavre, la taricheutique égyptienne prit complètement le dessus.
L'épigraphie donne lieu à des observations
1. Corp. inscr. gr., n° 2526. M. Boeckh a bien montré les rapports commerciaux et politiques de Rhodes et d'Aradus.
2. Sur les tombeaux hébreux et sur les termes techniques qui s'y rapportent, voir Lightfoot (Horœ hebr. Centuria chorographica Malhœo prœmissa, cap. C). Les termes d'archéologie funéraire étaient probablement les mêmes chez les Hébreux et chez les Phéniciens.
3. VoirWiner, Bibl. Realw., aux mots Gràber et Hôhlen. Se rappeler les récits de la Genèse sur le Mecpéla.
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analogues. Les Phéniciens et les Hébreux ne paraissent avoir beaucoup écrit que sur les pierres précieuses. Le corps entier des écritures hébraïques, quoiqu'il suppose l'usage d'écrire sur la pierre ou sur le roc (Job, xix, 23, 24), ne mentionne pas expressément une seule inscription dans le sens complet du mot, et, avant la découverte de l'inscription moabite de Dibon, on pouvait douter que l'épigraphie fût dans l'usage d'aucun peuple chananéen. Les stèles comme celles de Dibon durent être rares ; quant à l'habitude de mettre des inscriptions sur des monuments, les tombeaux, les monnaies, elle ne fut peut-être pas chez ces peuples antérieure à l'époque où ils commencèrent à imiter les Grecs. La numismatique phénicienne suit la même loi; il n'y a pas de monnaie phénicienne antérieure aux monnayages grecs et persans1. Il n'est pas sûr que l'inscription d'Eschmounazar soit beaucoup plus ancienne, et, en tout cas, le tour gauche, pénible, fastidieux de cette inscription est bien loin du ton simple et ferme des peuples qui écrivaient beaucoup sur la pierre. Au lieu de ce grand style lapidaire, de cette incomparable manière de parler à l'avenir, qui est
1. C'est à tort que certains antiquaires, tels que Mùnter, ont supposé que la Kesita antique portait quelque effigie.
le privilège des Grecs et des Romains, la seule inscription un peu considérable que l'on ait trouvée jusqu'ici en Phénicie1 n'est qu'un long verbiage d'un homme de petit esprit, obsédé de niaises terreurs pour la cuve qui renferme ses os. Nul sentiment de l'histoire, nul souci élevé de la postérité, quelque chose d'égoïste et de mesquin. La gravure même de l'inscription prouve les tâtonnements d'une épigraphie peu exercée. Le graveur s'est repris à deux fois, et la seconde fois il a encore changé de procédé. N'est-ce pas aussi quelque chose de bien singulier que la monotonie de l'épigraphie carthaginoise I Les cent quarante ou cent cinquante inscriptions de Garthage que l'on connaît sont toutes identiques entre elles, sauf une ou deux. Certes, il est inadmissible que le fait d'Eschmounazar soit un fait absolument isolé, et la seule possibilité de trouver des textes d'un intérêt aussi élevé justifiera tous les sacrifices et tous les efforts; mais il ne faut pas concevoir d'espérances exagérées; en somme, les inventeurs de l'écriture ne paraissent pas avoir beaucoup écrit. On peut affirmer du moins que les monuments publics chez les Phéniciens restèrent anépigraphes
1. Une importante inscription a été trouvée il y a trois ou quatre ans à Gébeil ; elle n'est pas encore livrée au public.
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jusqu'à l'époque grecque. Nous sommes loin de croire qu'on ne trouvera pas après nous de nouvelles inscriptions ; nous sommes sûrs même qu'il y en a parmi les débris d'Oum-el-Awamid ; mais une riche épigraphie nous aurait livré plus de trois ou quatre textes, et si l'on suppose que le sort nous a peu favorisés, citons le témoignage de M. Thomson, l'homme qui a le plus parcouru la Syrie, et qui déclare avoir cherché vingt ans sans avoir trouvé en Phénicie un seul texte en caractères phéniciens l.
Une cause qui contribua beaucoup à cette rareté fut l'habitude de faire les inscriptions sur des plaques de métal. Les cadres où étaient placées ces inscriptions et les traces des moyens de fixation se voient encore sur beaucoup de monuments. On sait que les inscriptions sur plaques de métal se conservent en beaucoup moins grand nombre que les inscriptions sur pierre, le métal ayant beaucoup plus de valeur et étant plus facilement transformable que la pierre. Les Grecs écrivaient plus sur le métal que sur la pierre, et pourtant, dans l'épigraphie grecque, la proportion des inscriptions sur métal est tout au plus d'une sur