Giesebrecht, op. cit., p
traité de Nemesius, je ne doute pas qu'il ne s'agisse dans ce passage de la traduction d'Alfano, qui aura été prise pour un ouvrage original. Puis elle aura passé comme tant d'autres livres des Normands d'Italie aux Normands de France i.
Alfano représente à merveille le lettré italien de la première moitié du moyen âge. RabanMaur représente l'idéal de la vie monastique et de son influence civilisatrice chez les nations germaniques, le bénédictin au milieu des Barbares. On se figure difficilement la vraie couleur locale de la Germanie sous les premiers Garlovingiens. C'était bien encore la Germanie de Tacite, celle de l'époque de l'invasion. Le christianisme y était tout nouveau, et luttait encore contre les dieux indigènes. La culture classique, qui depuis plus de neuf siècles avait envahi toute l'Europe occidentale, y pénétrait pour la première fois avec les missionnaires anglo-saxons et hibernais. L'abbaye de Fulde fut pour la Germanie centrale ce que les Irlandais de Saint-Gallet de Bobbio avaient été pour la Germanie du midi, beaucoup plus tôt civilisée, et Raban Maur, qui fonda défînitive-
1. La bibliothèque d'Avranches conserve de nombreuses traces du commerce littéraire des deux colonies normandes. Cf. Ravaisson, op. cit., p. iv- v.
ment la puissante influence littéraire de cette abbaye, peut être considéré comme le premier Allemand lettré. Le tableau de cette curieuse époque forme le principal intérêt de la monographie de M. Kunstmann. Raban, toutefois, ne saurait donner la mesure complète de la littérature du temps. Ses travaux sont surtout ecclésiastiques. Il n'est pas rhéteur, comme les Anglo- Saxons, comme saint Boniface par exemple. Son style est simple et moins chargé d'ornements pédantesques que ne l'est généralement celui de son siècle. Il sème assez peu de mots grecs, même dans ses vers latins ; et quand il le fait, il a un but sérieux, ce n'est pas par pure vanité. Sa manière rappelle celle d'Alcuin, dont il avait été l'élève, et auquel il semble emprunter le grec et l'hébreu qu'il met dans ses commentaires1, et celle d'Isidore de Séville, qu'il copia dans ses vingt-deux livres d'étymologies ou De Universo, cadre chéri de l'enfance classique du barbare. Son curieux ouvrage De Inventorie linguarum ab hebrœa usque ad theotiscam lui fournit aussi l'oc-
1. Un manuscrit de Saint-Gall, contenant le pénitentiel de Raban, renferme plusieurs anagrammes dont quelques-uns de mots grecs : AT02YPAKYH pour eùxaptaxia, etc. On y trouve aussi 2AKPAMHN0T. (MabilloD, Vetera Analecta, p. 17.)
casion de déployer un savoir philologique assez étendu.
La bibliographie, partie si importante et si difficile dans les études du moyen âge, est trop négligée dans la monographie de M. Kunstmann. Il n'a pas connu l'existence des gloses de Raban sur l'introduction de Porphyre, sur le De Differentiis Topicis de Boèce, et le wspl 'Ep^vec'aç, que M. Cousin a découvertes dans le même manuscrit de Saint-Germain qui lui a fourni plusieurs traités dialectiques d'Abélard1.
Agobard offre plusieurs traits de ressemblance avec Raban Maur. Comme lui, mais plus exclusivement que lui, il se consacre aux études ecclésiastiques ; comme lui, il évite dans son style l'affectation et les mots étrangers, alors à la mode. Toute sa vie semble absorbée par la grande controverse de Félix d'Urgel, et plus tard par celle de Gotescalc, heureuses querelles qui maintinrent la tension intellectuelle sous Charlemagne et ses premiers successeurs. La monographie de M. Macé sur Agobard2 se lit avec un véritable intérêt, intérêt plus historique, il est vrai, que littéraire.