‹ Mélanges religieux et historiquesChapitre 51 sur 84 · De remediis utriusque fortunœ, 1. I, dial · texte numérisé non relu

De remediis utriusque fortunœ, 1. I, dial

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des Bembo, pour la hardiesse et l'originalité d'esprit, furent au moins de patients et estimables collecteurs, qui ont beaucoup fait pour la gloire municipale de leur patrie. Que l'on ajoute à cela de bonnes fortunes, comme d'avoir, sans spoliation, dérobé à l'Allemagne et à la France des collections aussi belles que le fonds Palatin d'Heidelberg et le fonds de la reine Christine, et l'on comprendra comment un pays qui n'occupe qu'un rang secondaire dans la critique moderne est encore, pour les monuments originaux, le premier de l'Europe, et possède, au milieu de l'épuisement général de l'érudition classique, des collections comme celle du Dôme de Vérone, de Saint-Marc à Venise, du Mont-Cassin, de la Laurentienne, de l'Ambroisienne, qui laissent tant à l'espoir des chercheurs,

Le volume que publie M. Ozanam est une nouvelle preuve de l'inépuisable richesse littéraire de l'Italie. Parmi les pièces qu'il renferme, quelquesunes ont un intérêt très réel, et ajoutent des éléments importants à nos connaissances sur l'histoire littéraire du moyen âge.

M. Ozanam a fait précéder ses documents inédits d'une dissertation sur les écoles et l'instruction publique en Italie aux temps barbares.

M. Giesebrecht1 avait déjà tracé, mais avec moins de goût et de finesse, l'histoire des institutions littéraires de l'Italie durant la première moitié du moyen âge, et relevé le trait essentiel qui les caractérise. Les écoles italiennes sont la suite immédiate de celles des rhéteurs^romains, qui se continuent sans interruption oepuis l'édit de Valentinien Ier, et gardent jusqu'au xme siècle leurs habitudes littéraires et grammaticales ; de sorte qu'entre la décadence des écoles anciennes et la renaissance du xive siècle, il ne reste plus de place pour une période d'études barbares. Il n'y a pas eu de moyen âge pour l'Italie; il y a eu décadence de la civilisation ancienne, et renaissance de cette civilisation aux lieux mêmes où elle était tombée en poussière. Les études italiennes, en effet , sont presque exclusivement laïques . Les maîtres sont des profanes (scholasticus, scholœmagister), souvent nomades, enseignant les lettres profanes, la grammaire, la poétique, ne s'occupant en aucune manière de théologie. On va chez eux prendre des leçons, et ils en retirent un salaire considérable. Les études ecclésiastiques furent très faibles en Italie durant la première moitié

1 De litterarum studiis apud Italos primis Medii œvi sœculis. (Berolini, 1845).

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du moyen âge ; la théologie y était à peine cultivée. Plusieurs personnages, au contraire, portent le titre de philosophus1. Des trois sortes d'écoles que connut le monde germanique, écoles monastiques, écoles épiscopales, écoles privées, ces dernières, presque nulles en Europe durant les premiers siècles de barbarie, étaient en Italie les plus nombreuses et les plus importantes. Les moines étaient obligés de sortir de leurs monastères pour aller étudier chez les rhéteurs 2. Le droit se constituait, à Bologne surtout, en étude profane et laïque. Les médecins, les jurisconsultes, les notaires, formaient autant de classes lettrées en dehors du clergé. Au xive et au xve siècle, c'est encore l'Italie qui, surtout par ses écoles de médecine, fonda renseignement laïque et contribua le plus efficacement à la sécularisation de la science.

1. Philosophie désignait, à cette époque, en Italie, l'ensemble des études littéraires et profanes, par opposition à théologie. Voir Giesebrecht, p. 15-16.

2. Quoi de plus frappant que ce passage de Pierre Damien : « Cœterum, quibus non licet etiam cum hospitibus loqui, in quibus videlicet ipse Christus alloquitur et suscipitur, quomodo liceat theatralia grammaticorum gymnasia insolenter irrumpere et velut inter nundinales strepitus vana cum saecularibus verba conferre» ? De Perfect. monach., cap. De monachis qui grammaticam discere gestiunt.) Pierre Damien, comme Lanfranc, avait été scholastique avant d'entrer dans le clergé.

Tel est donc le remarquable phénomène que nous offre l'Italie au moyen âge : des laïcs lettrés. La Campanie surtout, Salerne, Aversa, Naples, Bénévent, le Mont-Cassin, Casauria, formaient un centre brillant de culture intellectuelle. Arrichis, prince de Salerne et de Bénévent, avait étudié la logique, la physique et la morale. Ses vers ont été conservés et se trouvaient à côté de ceux de Charlemagne dans la bibliothèque recueillie par Didier au Mont-Cassin1.

Adelperge, son épouse, « méditait les écrits des sages, si bien que les paroles dorées des philosophes et les perles des poètes lui étaient toujours présentes, et qu'elle ne pouvait s'arracher à la lecture des histoires sacrées et profanes. » Ce fut à son instigation, et en la lui dédiant, que Paul Diacre amplifia l'histoire d'Eutrope et la continua jusqu'à Justinien2. Romuald, issu de ce couple lettré, étudia la grammaire et la jurisprudence. Vers le milieu du ixe siècle, quand Louis II visita Bénévent, il y trouva plus de trente-deux philosophes, c'est-à-dire trente -deux savants professant les lettres profanes 3. Alfano loue Pandolfe, évêque

1. Pétri Diaconi, Chron. III, cap. lxiii, apud Pertz, Monum. Germ.hist., t. VII, p. 747.

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