Giesebrecht, p
a que le pédantisme qui puisse prendre en mauvaise part le passage célèbre : Barbarismi confusionem non devito, situs motusque et p?*œpositionum casus servare contemno, quia vehementer indignum existimo ut verba cœlestis oraculi restringam sub regulis Donati. Cette haute fierté du pontife, cet orgueil de la foi surnaturelle, sont des traits de caractère d'une si précieuse originalité, qu'il serait de mauvais goût de les critiquer avec trop d'amertume. On ne peut nier pourtant que les tendances générales de Grégoire n'aient été contraires à la culture ancienne, qui se présentait à lui comme inséparable du paganisme. Tl fallait quelque chose de plus que les jeux du rhéteur pour consoler l'humanité au milieu des épouvantables désastres de cette époque lugubre. Un dogme triste et sévère, une forme rude et barbare convenaient mieux à ces jours néfastes que la riante poésie et la forme achevée de l'antiquité1, et Grégoire est excusable d'avoir cru qu'un évêque, en ces temps de ruine, avait mieux à faire que d'enseigner la grammaire, c'est-à-dire la littérature classique, et de chanter Apollon et Jupiter. D'ailleurs, il faut se rappeler que Jupi-
1. « Nugae et seculares litterae. » Saint-Grégoire, Epist. XI, 5.
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ter et Apollon étaient encore de sérieux adversaires, et les livres païens de mauvais livres. Plus tard, quand les dieux du paganisme ne seront plus qu'une figure de rhétorique, l'Église se réconciliera avec eux. Mais, à l'époque de Grégoire, c'étaient des dieux ennemis dont le culte, à peine déraciné, tenait encore aux degrés les plus infimes de la superstition populaire. Il pouvait être scandaleux alors qu'un évêque pactisât avec ces dieux ennemis, et Tite-Live, qui parle des miracles de ces dieux, était un dangereux auteur.
M. Ozanam a inséré, dans son histoire des écoles italiennes durant les temps barbares, plusieurs pièces de peu d'étendue qui, publiées isolément, auraient perdu de leur intérêt. Parmi ces pièces, quelques-unes peut-être auraient pu, sans injustice, rester inédites. Les habitudes de la poésie latine étaient si vulgaires au moyen âge, surtout en Italie1, qu'il devient périlleux de publier avec trop d'indulgence ces innombrables versiculi qui fourmillent dans les manuscrits. Le
1. L'auteur anonyme du Panégyrique de Bérenger se dit à luimême :
Desine, nunc etenim nullus tua carmina curât; Hœc faciunt urbi, haec quoque rure viri.
(Pertz, Monum. Germ. hist., IV, -)9H.)
Planctus OEdipi, tiré d'un manuscrit de Saint-Gall, tranche sur le fond pâle et terne de cette poésie d'écolier, et, en général, le moyen âge réussit bien mieux dans la poésie latine rimée suivant les habitudes barbares, que lorsqu'il s'assujettit au mètre savant de la poésie antique. Le rythme bizarre de ce morceau, l'effet lugubre de cette strophe monorime, la fatalité terrible du sujet qui allait si bien à l'imagination du moyen âge, font, de cette complainte du roi mendiant, un petit poème d'une remarquable originalité. L'analogie frappante du rythme et de la manière avec les Planctus d'Abélard, publiés par M. Greith, et avec d'autres pièces du xne siècle, données par M. Grimm1, en déterminent suffisamment la date. Le manuscrit, d'ailleurs, est du xne siècle, et les premiers vers, comme ceux de la plupart des complaintes du moyen âge, sont accompagnés d'une notation musicale.
La vie de saint Donat de Fiésole, que M. Ozanam a jugée digne de figurer parmi les documents de son histoire de l'instruction publique en Italie, n'est pas sans quelque intérêt comme spécimen de la rhétorique des monastères, et de la prose
1. Gedichte des Mittelalters auf Kœnig Friedrich I, I, p. 56.
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farcie de vers si recherchée pour les vies de saints durant la première moitié du moyen âge. M. Edelestand du Méril a groupé de curieux exemples de ces singulières compositions autour de la vie rythmique de saint Chef qu'il a publiée, et en a suffisamment expliqué l'usage dans la liturgie1.
Le Statut de la république de Florence, de 1284, relatif aux assemblées publiques et à l'ordre qu'y doivent observer les orateurs, est d'un intérêt plus élevé. Il est, toutefois, une conclusion sur laquelle nous nous permettrons de proposer quelques restrictions à l'opinion de M. Ozanam. M. Ozanam pense (pp. 65 et suiv.) que, jusqu'à une époque très avancée du moyen âge, le latin a été compris du vulgaire, que les chants qui nous ont été conservés en cette langue étaient bien réellement les chants du peuple, que l'on prêchait en latin, que les délibérations orageuses des républiques italiennes avaient lieu en latin. Quelque étendu qu'ait pu être l'usage de la langue latine en Italie, il semble qu'une telle conclusion dépasse un peu les faits sur lesquels elle prétend s'appuyer. Et d'abord, quant aux chants latins