Ibid.} p
La science et les voyages du premier, son séjour à Constantinople, sont déjà des présomptions en sa faveur. Peut-être la solution de cette difficulté se trouverait-elle dans une note de Marus au De vins illustribus Cassinensibus de Pierre Diacre. Dans cette note, Marus attribue à Alfano trois traités : De Unione verbi Dei et hominis ; De Unione covporis et animœ; De quatuor humoribus corporis et animœ, et indique très exactement le pluteus de la bibliothèque du Mont-Cassin où ils se trouvent1. Mais la trace de ces ouvrages étant entièrement perdue, Gattola et M. Giesebrecht avaient révoqué en doute l'assertion de Marus. Les titres donnés par ce dernier s'appliquant parfaitement au contenu du traité de Némésius, je ne doute pas qu'il ne s'agisse, dans ce passage, de la traduction d'Alfano qui aura été prise pour un ouvrage original. Puis elle aura passé, comme tant d'autres livres, des Normands d'Italie aux Normands de France2. Le poème de Fra Jacomino de Vérone sur le
1. Cf. Gattula, Historia Abbatiœ Cassinensis, Pars I, p. 184; Giesebrecht, p. 40.
2. Un grand nombre de faits établissent le commerce littéraire des deux colonies normandes et des deux monastères du Mont- Saint-Michel du péril de la mer en Normandie et de Saint-Michel du Mont-Gargan. La bibliothèque d'Avranches possède un sermon pour la dédicace de l'église du Mont-Gargan (Ravaisson, op. cit., p. iv- v). Le pèlerinage du Mont-Gargan, route obligée de Bari et
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Paradis et V Enfer, publié par M. Ozanam, est aussi une pièce fort originale, une sorte de transition entre l'homélie du capucin qui sait faire rire à propos son auditoire et les tréteaux du jongleur. « Sachez, dit en terminant le prédicateur populaire, que ceci n'est ni fable, ni dire de bouffons. Fra Jacomino de Vérone, de l'ordre des Mineurs, l'a composé de textes, de gloses et de sermons. Maintenant, demandons tous qu'à l'auteur de l'histoire, et à vous qui l'avez entendue avec grande dévotion, le Christ et sa mère donnent récompense. » Il n'est pas rare encore, en Italie, d'entendre chanter en plein vent des chansons populaires, à la fois pathétiques et burlesques, sur l'Enfer et le Paradis. Ce thème fut toujours cher à l'Italie. Le poème de Jacomino, comme antécédent de la Divine Comédie, appartenait de droit à M. Ozanam, et vient compléter les belles recherches sur l'origine de la trilogie dantesque, qui ont assuré à leur auteur un rang si distingué parmi les critiques de notre siècle.
M. Ozanam peut revendiquer comme un service non moins signalé rendu à l'histoire littéraire du
de Brindes, où Ton s'embarquait pour la croisade, était très fréquenté des Normands. Guaifre, dans une de ses pièces, met en scène un de ces pèlerins qui devinrent des conquérants (p. 116, 282 de l'ouvrage de M. Ozanam).
moyen âge la publication de Ylntelligensa, poème allégorique dans le goût de Pécole du xme et du xive siècle. Une note d'une écriture plus moderne et à demi effacée, qui se lit à la fin du manuscrit de la Magliabecchiana, attribue ce poème à Dino Gompagni, contemporain de Dante, et mort en 1323. Par les emprunts qu'il fait aux épopées chevaleresques, le poème de Ylntelligenza se rapporte évidemment à la deuxième période de la poésie du moyen âge. Non seulement les chansons de geste avaient passé les monts, mais l'Italie elle-même subissait les mouvements du goût en France. L'Intelligenza ne présente aucune trace du cycle purement carlovingien.
Au contraire, le cycle breton (Erec et Enide, Arthur, Lancelot, Tristan), les romans d'aventure (Flore et Blanchefïeur), y sont mentionnés. Enfin le cycle de l'antiquité renouvelée (Troie, Alexandre, César) y occupe le premier plan. Comment expliquer ce choix si caractéristique ? Il est indubitable que Roland et Olivier étaient depuis longtemps populaires en Italie1, et que leur geste ne pouvait être inconnue à un Florentin du xive siècle. Il faut donc supposer, ce me semble, que l'auteur,
1. Cf. Muratori, Antiq., t. II, col. 841. Ils figurent comme gonfaloniers de l'église à la porte de la cathédrale de Vérone du xe siècle.
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pour se conformer à la mode, aura présenté dans tout leur développement, les récits alors en faveur, et négligé ceux qui commençaient à tomber en discrédit. Tous les romans du cycle breton se rangent déjà dans la classe des œuvres littéraires composées pour être lues et non pour être chantées, et s'adressant à un public choisi. L'auteur est un homme de lettres, un sachant de clergie. Il en est de même, à plus forte raison, des trois poèmes renouvelés de l'antiquité. Ces poèmes ont été composés par des procédés tout littéraires, et sont bien l'œuvre de leurs auteurs, Lambert li Cort et Alexandre de Bernay, Benoît de Sainte- More et Jacques de Forest. Il ne semble donc pas naturel de supposer, comme le fait M. Ozanam (p. 46), que les trois fragments d'épopées insérés par l'auteur de Y Intelligenza dans son poème, soient la traduction de ces chansons de geste rudimentaires et beaucoup plus courtes, que l'on suppose antérieures aux interminables romans des trouvères. Ce n'est que dans les poèmes du cycle carlovingien qu'il faut chercher ainsi, avant la rédaction littéraire et allongée, un texte plus sobre, destiné à la récitation des rhapsodes. Une telle recherche ne peut avoir lieu en ce qui concerne les poèmes de Troie, d'Alexandre, de César,
qui, du premier coup furent écrits par des lettrés. Il semble même que Dino Compagni eut sous les yeux les textes français de ces trois poèmes. Les énumérations des guerriers grecs de Benoît de Sainte-More sont citées presque textuellement. Peut-être l'idée qui sert de cadre au poème, la description du palais de l'Intelligence, a-t-elle été empruntée à la description toute semblable de la tente d'Alexandre1. L'énumération des pierres précieuses est amenée dans le poème de Lambert li Cort comme dans le poème florentin, et a pris dans la version espagnole un développement épisodique démesuré2. Enfin, le début du poème :
Al novel tempo e gaio del pascore Che fa le verdi foglie e fior venire...
rappelle les troubadours d'une manière si frappante, qu'on ne peut douter que le poète florentin n'en fît sa lecture habituelle. Ne croirait-on pas entendre Bertrand de Born :
Be m play, lo douz temps de pascor Que fay fuelhas e flors venir3.