‹ Mélanges religieux et historiquesChapitre 6 sur 84 · LIBRARY ST. MÀRY'S COLLEGE · texte numérisé non relu

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trop au parti pris de réfuter, et laisse percer contre Spinoza quelques traces d'une mauvaise humeur que la critique impartiale ne saurait partager. La pensée d'un auteur, en effet, est presque toujours vraie dans le sens où il la prend, et je suis persuadé que de la façon dont Spinoza voyait les choses, il avait à peu près raison de s'exprimer comme il l'a fait. Seulement il faut avouer que les formes qu'il avait adoptées pour ses méditations étaient tout à fait individuelles, et qu'il est bien peu de choses dans sa manière de dire que nous puissions accepter aujourd'hui. M. Foucher paraît croire que l'erreur, comme la vérité, est absolue; il suppose qu'un esprit éminent, en dressant son système des choses, peut se tromper du tout au tout; sa façon de critiquer phrase à phrase et proposition par proposition sent un peu la théologie scolastique. Il ne rend pas au génie si original de Spinoza toute la justice qu'on peut lui rendre, sans embrasser en aucune manière ses formules. Il lui reproche, par exemple, de manquer d'instruction, ce qui peut être vrai si l'on parle d'instruction grecque et latine, mais ne saurait s'appliquer d'une manière générale au fondateur de l'exégèse biblique; la célébrité de Spinoza comme philosophe a trop fait oublier cet

autre rôle, plus important peut-être, que l'auteur du traité théologieo- politique a joué dans l'histoire de la critique moderne. M. Foucher insiste avec une certaine malice sur un barbarisme que fait assez souvent Spinoza : automa pour automaton. J'avoue que je ne suis pas plus ému de cette inadvertance que je ne le suis de lire dans l'un des titres de l'ouvrage de M. Foucher : ex autographo. Si l'on voulait conclure de cette distraction que l'habile éditeur n'est pas un excellent humaniste, on se tromperait assurément; car il écrit le latin, dans ses notes, avec une pureté et une finesse vraiment exquises.

Ces critiques fort légères n'enlèvent rien à la valeur de l'opuscule de M. Foucher. Le sentiment des problèmes philosophiques et la culture variée qui s'y révèlent annoncent un remarquable esprit qui, avec un tour un peu moins dogmatique, et en s'interdisant quelques vivacités, deviendra sans doute un écrivain et un penseur infiniment distingué.

Athenœum, 29 avril 1854.

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