Albanès, p
PHILIPPINE DE PORCELLET. 387
que beaucoup de veuves ou de femmes décidées à garderie célibat ne voulaient pas prendre. L'institut n'était en apparence qu'une réunion de personnes pieuses, voulant mener ensemble une vie de dévotion. Mais, au fond, l'attrait qu'il offrait était surtout l'espérance d'une vie tranquille et assurée. Les béguines conservaient la propriété et l'administration de leurs biens. La maison du Roubaud contenait des enfants, des jeunes filles qui renonçaient au mariage [et à la vie séculière, des dames veuves', des servantes attachées soit à la communauté, soit aux dames qui en faisaient partie. Toutes ces personnes faisaient vœu de continence, d'obéissance à la prieure, et s'engageaient à observer les règles de la congrégation. Elles n'étaient pas assujetties à la clôture, et pouvaient vivre en dehors de la maison. Une arrièrepetite-nièce de Philippine fut béguine pendant toute sa vie, et mourut à Avignon. M. l'abbé Albanès publie à cet égard les pièces les plus curieuses, en particulier des contrats de société ou de commandite, conclus par des béguines avec des négociants marseillais, à qui elles remettaient des sommes pour les faire valoir dans le commerce (le négoce maritime d'ordinaire exclu) ; la moitié du bénéfice est stipulé au profit des commanditaires.
La mort de la sainte arriva le 1er septembre 1274. Son culte commença immédiatement après sa mort. Ses funérailles s'accomplirent au milieu des transports de l'enthousiasme populaire le plus désordonné. On fit pour elle ce qu'on faisait pour les plus grands saints. Son panégyrique fut prononcé par Jaucelin, provincial des franciscains, puis évêque d'Orange, qui avait été son confesseur et son confident depuis la mort de son frère *. A l'anniversaire de la mort eut lieu la translation solennelle, suivie, en 1278, d'une seconde translation, où les corps de Douceline et de Hugues furent conduits processionnellement sur les remparts de la ville2. Leur tombeau devint un lieu de pèlerinage et se couvrit d'ex-voto.
Ce n'était pourtant pas là encore une canonisation en forme. Les règles de l'Église , à cet égard, devenaient chaque jour plus strictes. L'enthousiasme des béguines devançait les lenteurs de l'Église3. Elles voulaient avoir pour fondatrice une sainte reconnue de tous ; elles voulaient surtout que Douceline, bien que n'ayant pas été religieuse, fût admise au rang des « vierges sacrées » ;