Poème sw le désastre de Lisbonne
l'incurie des gouvernements, les atteintes portées à la liberté de conscience.
Parmi les pièces publiées par M. Bersot, il n'en est pas une seule dont l'admission prête au reproche; parmi celles qu'il a omises, il en est très peu qui se fassent regretter. La charmante satire des Systèmes est si propre à caractériser l'esprit de Voltaire en philosophie, que je l'aurais pour ma part désirée. Sans doute, les hypothèses que Voltaire fait servir à ses plaisanteries ne sont nullement ridicules. Mais il est de bon goût que par moments la philosophie consente à s'égayer d'ellemême ; et en tout temps il sera utile de répéter à propos des faiseurs de systèmes :
Imitez le bon Dieu, qui n'en a fait que rire.
L'introduction de M. Bersot fait connaître Voltaire par un côté tout à fait neuf, et qui avait été trop négligé. Dans les éloges académiques de ce grand homme, dans les leçons admirables que M. Villemain lui a consacrées, l'écrivain, le poète, le publiciste, l'homme d'action font trop oublier le philosophe, dans le sens plus spécial que nous attachons à ce mot. Dans une histoire de la philosophie, Gondillac a sa place ; Voltaire, Diderot, d'Alembert n'ont pas la leur. M. Bersot a réclamé
contre cette omission, avec le zèle non du disciple, mais du critique. Grâce à Dieu, il sera permis désormais d'honorer le passé sans accepter aucune solidarité avec les hommes du passé. Qui ne consentirait à dire avec notre spirituel auteur : « Si l'on appelle voltairien un homme épris de la raison et de la justice, nous sommes voltairiens, et à peine osons-nous nous vanter de l'être; si l'on entend par là une spiritualité plus que modérée, un théiste, moins le sentiment religieux, un adversaire aveugle des révélations, nous ne sommes pas voltairien assurément, et c'est chez nous une conviction profonde que pour faire aujourd'hui l'œuvre de Voltaire, avant toutes choses, il faut ne point être voltairien !. »