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A une époque comme la nôtre , où l'on peut dire que l'incrédulité gagne tous les jours du terrain en Europe , on n'aj)prendra peut-être pas sans intérêt les détails d'un concile tenu à Constantinople en l'an 1 1 66 , et appelé à statuer sur divers points de la longue controverse à laquelle Arius donna naissance. Les actes de cette grande assemblée ecclésiastique viennent , dans ces derniers temps , d'être remis en lumière. Outre l'intérêt qu'excite naturellement ce concile , par suite de l'objet même pour lequel il avait été convoqué , il doit encore avoir aux yeux de tous les catholiques une importance immense qui découle de certaines considérations que nous allons tâcher de développer.
Les annales de l'histoire ecclésiastique constataient que ce concile avait eu lieu , et Leo Allatius en avait même vu les
i On y a ajouté quelques considéralions sur le témoignage nouvellement découvert de saint Amphiloque , cvêque d'Icône au IV*' siècle . en faveur de la présence réelle de notre Seigneur dans la sainte eucharistie. (Extrait du Catholic. Magazine , tom. V.
;J8^ COMITE IIE.M)L SICCINCI
;ictes oritiiiijuix ijiii vicmienl d'èiio publics rcceniinent '. Nous surniiies redevables de celte iinnortuiidt publication à rancien bibliothécaire du Vatican , l'intatii^able cardinal Mai. Les actes en question se troinentdans {plusieurs manuscrits, mais le savant éditeur a donné naturellement la préférence à celui qui porte le numéro 1 1 76 , lequel est un des exemplaires originaux, indubitablement écrit durant la vie de l'empereur Manuc^ Comnène, et [)robablement dans le sein mémê"ïïu "concile, ^e qui prouve qu'il date du règne de Manuel, c'est que le [)ortrait de ce j)rince ainsi (]ue celui de l'impératrice Marie, son épouse, se' trouvent placés en tète du recueil. Or, l'exécution de ces portraits aurait rencontré de grandes dillicultés sous le règne suivant : car Andronic qui succéda à Manuel était l'ennemi juré de la maison de ce prince dont il tit périr cruellement le fils Alexis , ainsi que l'imjiératrice Marie dont il vient d'être question. Mais une circonstance^ qui possède une plus haute valeur historique et garantit à nos yeux l'authenticité du manuscrit consulté par le cardinal Mai , c'est qu'on y retrouve en deux endroits difTérents les signatures autographes de tous les patriarches et évoques qui assistèrentau concile. Le savant éditeur a eu soin de les reproduire dans sa publication^.
Les actes portent pour titre : (( Synode tenu au sujet de ces mots de l'Evangile : « Le père est j^lus grand que moi. )) Le commencement de ces documents, bien que consacré à des observations préliminaires, en constitue néanmoins la partie la plus intéressante. C'est ainsi que nous apprenons que, la 23'' année du règne de l'empereur Manuel Comnène, de graves et dangereuses disputes s'étaient élevées dans le sein de l'Eglise (grecque) touchant la véritable interprétation qu'il convient de donner à ce passage du xiv^ chapitre de l'Evangile selon saint Jean : « Le Père est plus grand que moi. » Le peuple même y avait pris part , ce qui avait causé du tumulte
* De consensu. Lib. II. \i.
2 Script, vet. tiova collect, torn. IV. Rome . 1831,
1)1 CONCH. i: IKM' \ «lONSTANTINOIM.K. 'IH'A
dans rriii|m('. n Lrs ciincloiii s , les i lu'llrs , 1rs iijaisniis , » ri'lciilissaiciil d'aij^res discussions sin cc sujet. Vu paili son lonail (|U(' Ic jKissat^i* (•onlioNrisi' indi(|uai( siniplcincnt Ir iMpporl i|in cxisto cnlrc la nahnc divine lU' .l(''sns-('Jnisl el son Pert* , c/csl-à-din^ one puic proccssinn ; d'aulics alliimaiiMit (iii'il s'aL!;issail drs rappoils (h; la naliiic liuniairic , el |>ai-lanl d'une véiilahle itifrriaritè. Des deux ('(Mrs on ml, suivant l'usaji;!' , recours aux injui-es ; les |)i('inicrs acciisaieni lems ad\('rsaires d'hérésie, en les tiailanl de Nesloi lens . el ceux-ci, ne \oulanl |)oint deineiii-ei- en reste avec eux leuijetaient à la face le nom de Monophi/sîlps. \a) loyal dïéoloi;i(Mi (cai" H[)luuMnius nous assui'c (jue ('ésar coni[)Osa des semions d()i;niali(|ues, appelés (jelivria . dans lescjuels il déploya une grande habileté , ne doulant en aucune la(;on de leur ])artaile orthodoxie ; puis , (ju'encouraij;é pai* ces pr(îiniers essais , il se jeta , tète baissée , dans les profondeurs des in\stères comme s'il eût été inspiré par Jésus-dhrist lui-même*), le royal théologien , disons-nous , s'était rangé du côté de ceux qui soutenaient la seconde opinion.
Par (juclles voies chercha-t-il donc à donner n cette question une solution satisfaisante? Parcourut-il sa Bible avec soin pouiy trouver d'autres passages capables de jeter du jour sur ces mots obscurs? ou bien envoya-t-il quelque érudit distingué comme Bu'ch , Adler ou Scholz parcourir l'Europe avec une mission à la fois scientitique et religieuse , afm de découvrir si quelque manuscrit contenait une leçon différente et propre à justifier l'interprétation qu'ils donnaient au passage controversé? Enfin mit-il le sujet au concours pour exciter la verve el la subtilité des jeunes théologiens? Au lieu de choisir un de
' Les expressions dont se sert ce chroniqueur sont assez bizarres , et peuvent donner une idée de son style : 'AAA' coc/'/vcôv <y£ xxi •KCiT)^'^^\^T\^pio'j^ jjf ttxic^xç xxézurey i:ôyév£i^ Xcyouç oû\' ox^i asXevrix avvtrou: xjy.> ô^ù Trpoicov ijjLc/xevoi; xccî <}b<y/xxTav , TDjpi Qt-où Xé'ysiv ri xxi xXvsiv ôsXei vovv JuaFfixtct^ éSjfjixai J'^éfi arxvcov xEÛastç rpôavjyn kxî Xù<j£i; toutuv ^£ply aç xy fx-uy^ôen; yrpoi; XpiçTOÎ) rov ruv TBpl. [Scrip, vet. III. 116).
384 COMPTE RENDL SUCCINCT
i:es movtMis aujourd'hui tiuil eu vogue jjoui univei' a une interpi'étalion salist'aisanle du Icxle sacré, noire théologien impérial eut recours ;i un procédé qui ressemble singulièrement à ce qu'auraient fait les catholiques romains en pareille circonstance. S'il faut ajouter foi aux actes du Concile, Manuel , malgré les soins de l'empire qui tombaient sur lui , « aussi nombreux que les gouttes de pluie dans un orage , » fit recueillir toutes les opinions que les anciens Pères avaient proposées sur ce point ; et , non content de son jugement souverain , il les soumit à l'examen de ses patriarches , et sollicita leur décision. Après l'énumération de ces circonstances préliminaires , les actes donnent les textes ainsi recueillis , dont quelques-uns sont extraits d'ouvrages qui sont perdus pour nous. Dans ce recueil, les Pères de l'Hlglise latine trouvent leur place à coté de ceux de l'Eglise grecque. Voici la liste de ceux qui ont été consultés : saint Jean Damascène , saint Grégoire de Nazianze , saint Athanase , saint Amphiloque , saint Cyrille , saint Jean Chr\ sostôme , saint Léon , saint Grégoire de Nysse , saint Augustin , saint Ambroise , saint Agathon, Sophronius et saint Basile. Puis suivent les savants arguments de rem{)ereur qui s'adressa successivement à différents théologiens pour les amener à partager son opinion. Toutefois, le résultat de ses travaux ne l'ayant pas encore satisfait , il résolut de convoquer un synode dans les formes. Cette assemblée se réunit dans la partie du palais impérial qu'il avait lui-même fait bâtir : — Ev zf, i-ipb^c/. Tuoniy-Tt rri npo^ p.îGr,iJ.^pic(.v roO £v rw usya/w Tra/artco 7:00- (pupof/avjyîXarcjj rpix/tvou* ; — le mardi , 2 mars '1 166. Avec cette séance, commence le second acte du concile. Toute la famille royale , ainsi que les grands officiers de la couronne étaient réunis autour de l'empereur qui présidait l'assemblée , à laquelle assistaient trois patriarches et vingt-neuf évéques. Après que le sujet de la discussion eut été proposé par l'empereur, chacun des évéques donna son avis à son tour; tous soutinient que le texte devait s'entendre aussi bien de
DU CONCUR TENi: A CONST ANTINOPI.R. HST»
rinlVM'ioi'iir de l.i iiahirc liiiiiiiiiiir (juc de lii inocession dv. I.'i luiturt» cliviiu*. IMusiciiis dirent cxprtîSsriiUMil (|ii<' Itiii iiiii(jiJo raison pour cinhiasscr celle opinion éliiil le eonsenleinent dos Pères. Le Iroisiènuî ae.le conipriMid la si^^Mialnre du Irailé doL,Mnali(|ue lorMUilé par le eoiieile; i'einpercnr y apposa le premier son nom, en ennnn'rant tous les motifs avec une clarté et un(î précision <pii eussent satisfait le docteur le plus poinlilloux. Dans le (juatrièine sont dressés les canons (jui fulminaient ranalhèmc contre (piicoiupu' alUujuerait la loi orthodoxe, cl promettaient l'immortalité h tous ceux (pii la défendraient. Le cinijuième est consacré a une profession de foi plus explicite, la j)récédente n'ayant pas été jugée satisfaisante pour tous ceux qui l'avaient signée ; et dans le sixième ceux dont l'orthodoxie était suspecte viennent faire une déclaration publiifue de leur croyance. Jean Pantechnes. (jxz'jo(^Dla.'i impérial , ainsi que les évéques de Myre , de Larisse , de Rhodes , d'Andrinople , de Neopatru , de Tlièbes et de Maronée durent se soumettre h cette importante formalité. Un nouveau décret fort étendu fut alors rédigé pour répondre à certaines objections faites après coup , et on ajouta un autre canon qui mérite d'être cité: (( Que quiconque rejette ce que les saints Pères ont dit pour confirmer la doctrine orthodoxe de l'Eglise de Dieu ,. .. et aussi que quiconque refusera de reconnaître les actes des Conciles généraux , en particulier du quatrième et du sixième , soit anathème^ » Le septième acte est rempli tout entier par la publication de redit impérial relatif à la promulgation des actes ; mais le huitième oflVe une scène plus intéressante.
Nous y trouvons d'abord une déclaration solennelle qu'il y a un temps pour se taire et un temps pour parler. Georges , métropolitain de Nicée, avait enfreint les décrets du Synode et avait encouru les peines attachées à cette infraction. Toutefois il se repentit de sa désobéissance et vint , les larmes aux yeux, implorer la clémence de l'empereur. Celui-ci intercéda
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auprès du concile en faveur du coupable et demanda qu'on mitigeiit la peine canonique qui lui était infligée. En conséquence , la sentence de déposition que le prélat réfractaire avait encourue , fut commuée en une autre moins sévère , et il fut simplement suspendu pour deux ans de ses fonctions. Cependant il demeurait prosterné sur le pavé de la salle qu'il arrosait de ses larmes , implorant de nouveau la clémence de ses confrères : enfin ceux-ci cédèrent à ses supplications, et le patriarche qui présidait l'assemblée réduisit à un an la durée de sa pénitence. Le concile fut alors clos , après toutefois qu'on eut appelé sur la tète de l'empereur toutes les bénédictions du ciel. A la fin du volume se trouvent les signatures autographes des évéques.
Il n'est guère nécessaire de revenir sur les circonstances qui font de ces actes des documents précieux pour les catholiques. 1 . Bien qu'aucun des deux partis dont les opinions contradictoires étaient soumises à l'examen du Concile ne montrât la moindre tendance à l'arianisme , néanmoins le texte dont les évoques étaient appelés a déterminer le sens , joue un rôle important dans la controverse contre les Ariens ; nous trouvons ici plusieurs autorités nouvelles pour en fixer Tinterprétation. 2. Le Concile de Constantinople pose , pour l'Eglise grecque , une règle de foi dont les principes sont identiques à ceux de l'Eglise catholique , surtout en ce qui concerne l'explication dogmatique des textes : cette règle, c'est le consentement des Pères et la parole de Dieu transmise par l'organe de la tradition. 3. Les juges appelés h faire l'application de cette règle et à statuer sur ses résultats sont les mêmes que ceux dont nous reconnaissons la compétence en pareille matière, c'est-à-dire les pasteurs de l'Eglise, i-. Le pouvoir de sanctionner les décisions dogmatiques par des censures et des peines ecclésiastiques est ici clairement réclamé et exercé.
Mais , indépendamment de l'importance qui s'attache à ces actes et de l'intérêt qu'ils présentent , leur valeur deviendra beaucoup plus grande à nos yeux , si nous considérons qu'ils