DES ÉCRITS DE SAINT ÉVFIREM
colonne de l'Eglise. On l'a appc.'lr aussi le Chrysostôme syriaque. Peut-être nos lecteurs trouveront-ils quelque intérêt à apprendre ce qui lui a valu ces titres honorables. Sans doute ils peuvent lire sa vie dans le recueil d'Alban Butler ; mais les extraits de ses écrits qui s'y trouvent ne donnent qu'une faible idée des mouvements admii-ables et souvent sublimes d'éloquence poétique qui éclatent à chaque instant dans ses œuvres. Nous avons dit des mouvements d'éloquence poétique : ce mot semble demander une explication. En effet , quelque étrange que puisse paraître une telle circonstance , on désigne communément sous le nom de sermons de saint Ephrem un recueil de compositions en vers dont il est l'auteur.
Les premiers qui , dans l'Eglise de Syrie , revêtirent des charmes séduisants de la versification , les sévères arguments de la polémique et de la doctrine, furent les célèbres gnostiques Bardesanes et son fils Harmonius^ Ce sont ces hérésiarques et leurs sectateurs que les écrits de saint Ephrem ont surtout pour objet de combattre ; il s'est voué tout entier à la réfutation de leurs erreurs , aussi peut-on retrouver épars dans ses œuvres le système complet de leurs doctrines. Nous avions, il y a quelques années , l'intention d'entreprendre cette tache , mais nous y renonçâmes en hsant le traité rempli d'érudition et d'intérêt que M. Auguste Halm a écrit à ce sujet*. Saint Ephrem , voyant que le poison des paroles de ces hommes fourbes s'insinuait plus facilement et plus profondément sous ces formes séduisantes dans l'esprit des hommes , résolut d'employer les mêmes armes pour les combattre. En conséquence , il composa toutes ses réfutations en vers , tantôt se servant du même rhythme que Bardesanes , lequel était la mesure pentesyllabique^ , tantôt et plus souvent ayant re-
* Voir S. Ephr. opp. t. II. p. 558 ; et ses actes placés en tête du â^ vol. p. 51 .
- Bardesanes gnosticus syrorum , primus hymnologus. Lip. 1819.
•' Nous possédons 17 discours de saint Ephrem , écrits dans ce rhythme , parmi ceux contre les chercheurs
DKS KCKIIS DR SAINT IIMIRKM iO]
fours .HI \(i> (lu st'|jl svllahrs (jiii est j^étuTalcinciil .i()|)c|r |>;ir li's rcrivains syriacjucs In nirsurr </r stiint h'p/in'in '. On a icvoinic CM (loiilc (|iic cos discoures aient jamais «'h* prononci's (levant \v |)oii|)l(', maison pCMit on rxirairo des passages (|iii piouvont (|imIs l'ont été. Assiirrmont, à rasjK'cl de ces riches allégories, (jiii , semblables ii un splendide panorama, se déroulent aux roi^ards du lecteur , et où INjl^ïI tantôt s'i'i^'are sur une longue suite d'images (|ui se lient les unes aux autres et tantùt se trouve soudain arrêté j)ar(jnel(|nc transition biusquc et inattendue ; en présence de ces figures hardies , de ce choix d'expressions élevées, de ces raisonnements serrés et concis , on a c]uel(|ue dilliculté à croire que tant de; beautés s'adressassent à un auditoire poi)ulairc. Toutefois, il ne faudrait pas oublier que les temps et les climats où nous vivons , que la langue que nous parlons , que l'ordredc choses et d'idées auquel nous appaitenons nous placent dans des conditions totalement dilîerentes de celles où se trouvait saint Ephrem. Puis nous devrions nous rappeler aussi qu'en Orient , ainsi que l'a trèsjudicieusement remarqué un écrivain , l'éloquence n'avait point élevé de barrière entre son domaine et celui de la poésie^ , ainsi que cela a eu lieu dans les régions occidentales. Du reste, nous possédons d'autres morceaux d'éloquence en vers , outre ceux de saint Éphrem , et rien ne nous empoche de croire qu'ils ont été prononcés de vive voix. Ces sortes de discours sont désignés en syriaque sous le nom de Mimre.
Parmi les hérétiques que ce grand homme attaqua avec le plus de zèle , était une secte des aétiens ou eunomiens qu'il appelle Botzooie, c'est-à-dire les chercheurs, parce que ces hommes prétendaient s'enfoncer dans les mystères de la foi , et , à l'aide de la raison seule , les approfondir et les com-
■• Cette remarque se trouve placée en tête d'un grand nombre de poèmes manuscrits. C'est ainsi que dans la collection du Vatican (Syr. CLIII), se trouve un poème anonyme sur les sept climats iB'nisho d'mor Ephrem^ , c'est-à-dire dans la mesure de saint Éphrem.
- Michaelis , dans sa préface aux Prœlecliones de Lowth , réimprimée dans l'édition d'Oxford. 1810, vol. II.
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prendre. Il composa contre ces sectaires quatre-vingt-sept sermons dont les sept derniers sont communément appelés sur In Perle, (^'est-h-dire sur la foi , laquelle est allégoriquement désignée sous cet emblème. Nous offrons h nos lecteurs lîi traduction du premier d'entre eux faite sur le texte original : en eiïet , la version latine de ces discours est souvent défectueuse, par suite du style concis et obscur dans lequel ils sont écrits. On trouvera plus d'une expression que nous avons dû paraphraser , sous peine de n'être pas compris : ce qui a naturellement affaibli la force de l'original.
Premier sermon de saint Ephrem .sur la Perle.
X Un jour, mes frères, une perle vint en ma possession. J'y vis des emblèmes admirables , des images et des types de la majesté divine : elle renfermait aussi une fontaine à laquelle je vins m'abreuver des mystères du Fils de Dieu. Je la plaçai sur la paume de ma main, mes frères, afin de mieux satisfaire ma curiosité. Je l'examinai d'un côté, mais elle avait des faces sur tous les côtés , image du Fils de Dieu qui est incompréhensible, ])arce qu'il est toute lumière. Dans cette limpidité, je contemplais cet être rempli d'une ineffable sérénité dont rien ne saurait troubler la paix; la pureté de cette perle précieuse figurait âmes yeux le type mystérieux du corps de notre Seigneur, et dans son indivisibilité , je voyais la vérité indivisible. Je pouvais y découvrir cette fille sans tache de la vérité, l'Eglise au milieu de laquelle était le Fils et celle qui Ta porté , celle qui a pour figure le nuage (d'Elie) , pour emblème les cieux, et du sein de laquelle est sortie l'admirable splendeur du Fils de Dieu. Là, je vis représentés les trophées des victoires et des conquêtes du Rédempteur; l:»., j'aperçus son influence etses bienfaits cachés ou manifestes.
» J'attachai plus de prix à cette perle que si elle eût été l'arche d'alhance , et je demeurai comme absorbé dans mon admiration. J'y vis des berceaux de verdure sans ombre, car c'était un torrent de lumière ; j'entendis des sons qu'aucune
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laiij^Mic lu' t'niinail , <l»'s piiiulcs inyslcrieiiscs (|iit' milles Icmts irarticiil;ii(.Mil , uik* lyre iniit'llc (|iii , bien cpie sans voix, n'u- (lail (i(;s iioU^s liarmonicuscs. — ('.oinparro ;i ces sons, la lionipcltc n'a pomi (rcchiLcl l(;lonn(ur(^ n'(;st(jn'Mn miirinurcl u No sois |)oinl téméraire! Laisse ce (jui est (-aelié , li(.'ns-loi l\ CO qui n été révélé 1 » Je vis encore la pluie au milieu do. la sérénité, et il y avait aussi \l\ une fontaine, alimentée par les eaux du eiel , où mon oreille; vint puiser l'interprétation de bien des choses cachées. Et, de méme{|uo la manne, par la variété de ses saveurs, tenait lieu au peuple d'Israël de toute autre nourriture, ainsi cette perle remplaçait |)Our moi la lecture des livres et les explications que j'aurais pu y trouver. Rt (juand je venais h demiinder s'il restait encore d'autres mystères , elle n'avait point de bouche poui* se faire entendre (le moi , point d'oreilles pour m'écouter, point de sens à l'aide desquels elle me communiquât des idées nouvelles.
» Enfin elle m'adressa la parole et me dit : je suis une fille de la mer immense et du fond, de cet Océan d'où je suis sortie vient le précieux trésor de mystères qui est renfermé dans mon sein. Sonde la mer, mais ne cherche point à sonder le maître de la mer. J'ai vu les plongeurs qui sont venus me chercher remplis de crainte : avec quelle rapidité ils s'élançaient des profondeurs de la mer pour regagner le rivage ! Ils ne pouvaient demeurer sous l'eau, même quelques instants ; qui pourrait persévérer à sonder les abîmes de la divinité ?
» Le Fils de Dieu est un océan dont les vagues sont chargées de bienfaits , mais elles sont aussi remplies de danger. N'avez-vous jamais vu les flots de la mer briser l'esquif qui lutte contre eux ? Mais s'il se laisse aller au gré des ondes et ne leur oppose point de résistance , il est sauvé , n'est-il pas vrai? Les Egyptiens furent noyés dans la mer , bien qu'ils n'en eussent pas scruté les abîmes, et, sans s'être livrés à des investigations de cette nature, les Hébreux furent engloutis presque sur la terre ferme. Où donc serez-vous en sécurité? De la même manière encore, les Sodomites furent dévorés
iOi DES ÉCims DK SAIM Ki'HHK.M.
j)ur l<*s flummos, romment donc rôsisleiez-vous^ ? Kii entendant les gémissements (des Kgyptiens , les poissons de la nier cl le l.éviiithan lui-même furent émus. Oui , il faut que vous ayez des cœurs de pierre , |)0ur pouvoir oublier ces choses après les avoir lues. Tremblez ; un terrible danger est suspendu sur vos têtes, car la justk'C a été trop longtemps silencieuse.
» La curiosité se mêle à votre reconnaissance : laquelle des deux prévaudra (auprès de Dieu)? L'encens des louanges et la fumée des vaines disputes s'échappent en même temps de nos lèvres et montent vers Dieu : laquelle de ces deux choses attirera son attention? Les prières et des questions indiscrètes sortent de la môme bouche : de quel côté se tournera-t-il? En effet, pendant trois jours Jonas est demeuré dans l'abîme, et les monstres qui l'habitent étaient émus (et disaient) : « Qui fuira devant Dieu? » Jonas a cherché à fuir devant lui , et vous osez vous obstiner à vouloir le scruter? »
Saint Ephrem n'était guère moins admiré dans l'Eglise grecque que dans son pays. 11 était uni au grand saint Basile par les liens de la plus étroite amitié , et nous possédons un discours de saint Grégoire de Nysse rempli des éloges les plus pompeux en l'honneur du grand orateur syriaque. Il n'est donc point étonnant que ses écrits aient été traduits de bonne heure en langue grecque. La collection de ses œuvres éditée par J. Assemani , comprend trois volumes in-folio de ses traductions ; et c'est de là principalement qu'on a extrait les morceaux qui ont été traduits en langue moderne. Dans le troisième volume de cette version grecque se trouvent plusieurs prières aussi remarquables par la ferveur des sentiments que par les expressions de dévotion qu'elles renferment. Sous ce rapport les plus remarquables, sans comparaison , sont celles
' Noire saint choisit des exemples de jugements exercés par Dieu à l'aide des différents éléments, pour laire voir qu'il n'y a de sécurité nulle part pour les ennemis du Seigneur. Puis il revient sur l'exemple des Egyptiens dont il avait parlé dès le début.
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qui soni adrcssc'os h la saiiilc Vierf^o. Si , (J(^ nos jours , les prolestaiits ontlorlmr les livres do prières calholi(jii(*s poui prouver que nous rcMulons des hoiuieurs flivins à celle Heine (les Saints; si, dans les plus iiuiocentes (expressions , (ju(r tout Ic inonchî comprend , ils ont trouv('' (1(îs ar^Munenls plausibles contre nous , il est fort à craindre (jue le saint dont Gi (îf^oirc de Nyss(^ a fait un pan(\ij;yri(iue si éclalanl , ne porte avec nous le poids de lanatlu'ine de nos criti((ues modernes. En cITet, il va beaucoup plus loin (juc nous, et se sert, dans les supplications (|u'il adresse à Marie , d'expri\ssions(|UC nul calholi(|uc n'oserait Formuler aujourd'hui, (lomme nous avons déjji été accusés par un auteur i^ravc* et dans un ouvrage sérieux d'avoir falsifié les doctrines de l'Ei»lise syria(jue pour justi(i(M* lesn(^tres (accusation du n^ste l\ laquelle nous nous proposons de répondre dans un tcMiipsr plus opportun; , nous allons traduire quelques expressions empruntées ii l'une de ces prièies ])our prouver ce que nous avons avancé. Elle débute ainsi : « C'est en vous , notre patronne et notre médiatrice nupvGS de Dieu qui est né de vous^ , que la race humaine met toute sa joie ; elle attend tout de votre protection ; en vous seule elle trouve son refuge ; par vous seule elle espère être défendue . parce que vous avez pleine confiance dans le Seigneur. Voici que moi aussi je viens à vous, avec une ame fervente , car je n'ai point le courage d'approcher de votre Fils , et j'implore votre intercession (fjLîo-trîta;) pour obtenir mon salut. *Ne méprisez donc i)oint votre serviteur qui met toute son es|)eTance en vous , après Dieu ; ne le rejetez pas, environné qu'il est de périls et accablé de nombreuses souffrances; ô vous qui êtes compatissante et la mère du Dieu de miséricorde , ayez pitié de votre serviteur , délivrez-moi d'une fatale concupiscence. » Dans le cours de cette prière la très-sainte Vierge est tour-
I Allusion à une note du savaiil professeur Lee , dans ses prolégomènes à la Bible Polyglotte de Bagster.
- MnijiTuv TrpU rov èx, <7c'ù rnx^ûv'i^ ©«v. Cotte prière se trouN*- d.ins se? oeuvres grecques, toni. lU. p. o82.
iO() r>KS KCKirs de saint kphrem.
à tour appeh'M" a la précieuse vision du propliele , I'cicrompJissemenl évident de toutes les prophéties, la bouche éloquente des aj)ôtres, la force des rois, la gloire du sacerdoce, celle par qui les péchés sont pardonnes , celle qui nous rend propice le juge équitable , qui rolève ceux qui sont tombés , qui nous rachète de nos péchés... » Dans une autre prière, nous trouvons les paroles suivantes toujours adressées à la glorieuse Vierge ' . « Après la sainte Trinité , (vous êtes) la maîtresse de tout , après le paraclet un autre paraclet , après le médiateur la médiatrice du monde entier » Certes, en voilà assez pour prouver que si cette gloire de l'Eglise syriaque, l'ami du grand saint Basile, avait vécu de notre temps, il n'aurait pas été admis à exercer dans l'Eglise anglicane les fonctions de son ordre (il était diacre et ne fut jamais promu au sacerdoce) , et s'il avait voulu les remplir , il lui aurait fallu se retirer dans une humble chapelle , parmi des hommes qui ne craignent point, pour accomplir une sainte prophétie, de faire précéder du titre de bienheureuse le nom de la Mère de Dieu , et de lui adresser des prières et des supplications, sans croire qu'ils s'exposent par là à ofïènser son Fils.
Nous pourrions nous étendre longuement sur les commentaires de saint Ephrem ; mais peut-être aux yeux de beaucoup de personnes un tel sujet n'aurait-il qu'un médiocre intérêt. Quant à leur valeur dans des questions de critique , en ce qui concerne la version syriaque , le lecteur pourra consulter avec fruit un curieux et savant essai par César Langerke^, essai du reste que nous n'approuvons pas sans réserve. Lorsque nous avons examiné ces commentaires, nous avons remarqué dans l'interprétation elle-même et dans la langue une variété de style qui trahissait souvent une époque postérieure , et nous avons volontiers attribué les morceaux de ce genre à Jacques d'Ëdesse. Toutefois , pour plus de certitude , nous avons con-
' H A'iî'-i "^'^'-^ TpiyJx jr^vTwv M'sxoivx , ijr fjc^rk tov UscpxxXijrou aAÀc,- UxpxKXsTo^^ xcù /u.erà rov Mto-Zryv (Aeairvfi; xcfTfiov xocvrhç, P. 528.
2 Commentatio critica deEphraerno Syro SS. interprète. Halis, Sax. 1828.
i>Ks i',<;iiiis ni s\iM I I'll II I M i(i~
.suite h' iDiimiscril sin liMjurl rcililioii mmm.iiik a eh' l.iilc , el I'l nous av(ms vu nos ( onjcclurcs se; V(''ii(i(rr , car (UMtaui> morceaux (|iii clauMil impiimôs sous Ic nom dc. sniul, |'lj)hi(;m apparlicnuenl en lonliLé It l'autre (^cnvam (jiif nous avons nommé. Mais ces considérations nous entialncw aient dans des recherches qui n'entrent point dans notre plan.
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