‹ Mélanges religieux, scientifiques et littérairesChapitre 14 sur 30 · FOR FM ROMAIN · texte numérisé non relu

FOR FM ROMAIN

Quicoiufue a lu Vhistoirc roinaiiu; , a dû se transjiorter par rimac;ination dans le Forum de la ville éternelle. Cha(|ue lecteur l'aura sans doute reconstruit d'après les idées de magnificence qu'il s'est faites ; mais on trouvera que la plupart s'accordent à donner à ses traits principaux un aspect l\ peu près identique. Le Capitole , sanctuaire vénéré et forteresse inexpugnable, couronné de ses temples somptueux, dominera la vaste plaine qui s'étend à ses pieds ; d'un coté , on verra monter le long de ses flancs la route par laquelle la foule des citoyens arrive au sommet; de l'autre coté, il lèvera son front hérissé et sombre , au milieu des précipices béants de la roche Tarpéienne. La voie sacrée, avec sa bordure de temples et de basiliques , nous apparaîtra tantôt couverte d'une multitude immense et tout étincelante des splendeurs d'un triomphe militaire : tantôt presque déserte et devenue le théâtre de la scène comique entre Horace et son fâcheux. Ici , nous nous imaginons les Rostres avec Gracchus ou Cicéron , haranguant une multitude avide de recueillir leur parole ; là , le sénat ou les ])ères conscrits délibèrent avec plus de calme. Mais en dehors de ces édifices principaux que nous éparpillons

* Extrait de la Revue de Dublin, <838.

il i LE lORI M ROMAIN.

iiu hasard , nous nous inquiétons médiocrement de remplir l'espace immense (jue le Forum devait comprendie et d'assigner une place aux nombreux objets dont la lecture des auteurs classiques nous a révélé l'existence sur l'emplacement même et aux environs de ce quartier fameux. Ce n'est [)oinl ainsi que pense l'antiquaire romain , à qui ces lieux intéressants , changeant tous les jours de face sous les efforts lents et sûrs de la pelle et de la pioche , fournissent d'abondants matériaux pour des études sérieuses , à la suite desquelles il peut exactement rendre aux choses leur place et leur nom. C'est Ih une sorte d'agriculture à peu près inconnue hors du territoire de la ville éternelle , du sein de laquelle on voit s'élever tous les ans une moisson nouvelle de basiliques et de temples , de colonnes et de piédestaux , enfin , ce qui est plus certain encore , de théories et de controverses.

Les révolutions dont le Forum fut jadis le théâtre , n'étaient rien , comparées à celles qui s'y accomplissent tous les jours. Dans les temps anciens , les sénateurs et les tribuns pouvaient passer d'un côté à l'autre , mais assurément on ne vit jamais les temples faire de semblables tours de force ; qu'un candidat cherchât à supplanter un fonctionnaire quelconque et y réussît, rien de plus naturel, mais on aurait de la peine à croire qu'un monument massif ait agi avec aussi peu de cérémonie à l'égard d'un autre objet fait comme lui de briques et de ciment ; nous nous figurons facilement une faction en repoussant ime autre et même la chassant de l'enceinte sacrée , mais notre imagination ne va pas jusqu'à voir un portique faisant déguerpir toute une colonnade de l'emplacement qu'elle occupait depuis des siècles ; enfin , il n'est point impossible qu'un ardent patriote ait couvert de honte en public quelque turbulent démagogue , mais nous pouvons être certain , que jamais les anciens ne virent la façade d'un édifice en regarder une autre fixement , jusqu'à ce que celle-ci s'enfuît devant sa rivale. Telles sont cependant les singulières évolutions dont nous avons été témoins parmi les monuments du Forum romain , évolutions assez heureusement comparées par feu

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VV. (icil .1 (l«'s contu'diiiiscs , dans li'Sijiirllcs 1rs UMiiplcs j^ainhadciil , les iiKumiiK'nls (îM'ciitcnl des chassrs-croisrs v{ los coloimi's tnnl la cliaiDc des daims. Kkii , sillon nous, ne sciait plus de naliiic à jxulci allcinlc a raiitoiilr palcirvllc , (|iii* (•(; (jiii airi\(M-ail dans \v cas on nn pcic de l.iniillc (]ui aurait visitr Unnic, il \ a souloiiicnl vini;! ans, voudrai! liicr de la poussière le joiirnal de son voyaj^c; et les notes (pi'il avait pi'ises d'après les nieiliems i^nides d(î l'épocjnc, pour aller montrer en ptnsonne i» ses entants les inerveilhîs de l'aneicnne Uonie. Ne voyez-vous pas d'ici celle jeunesse peu respectueuse» éclater de lii'c à la barbe de son venerable mentoi", et se nioiiuer de ses antiijues notions d'anlicpiilé? Il les mène d'abord l\ l'Ei^list* d'Aiaca'li sui- le Capilole: et, leur disant d'une voix tremblante^ d'émotion , (]ue c'est là où s'élevait jadis le temple de Ju])ilei' (iaj)itolin , il s'ellbrce de monter leur esprit au dei>ré d'enthousiasme voulu. iMais les fripons ont trouvé dans leur (jiddc , à eux, cjue depuis le dernier voyage du digne auteur de leurs jours , ledit temple a lout doucement traversé la plaine qui couronne la colline, et est venu se placer à rautie extrémité , à l'endroit même où , par une heureuse coïncidence , l'institut archéologique a établi son siège. Il descend dans le Forum et montre du doigt trois colonnes d'une beauté remaïquable , formant l'angle d'un portique au j)ied du Capitole. Depuis un temps immémorial tout le monde a vu dans ces colonnes une partie du temple de Jupiter tonnant (Plan, n" 4). Mais tout le monde s'est trompé , car maintenant on les considère comme appartenant au temple de Saturne. A peu de distance de là , s'élèvent huit autres colonnes. Il y a vingt ans, il n'est personne qui n'eût parié volontiers qu'elles soutenaient autrefois le temple de la Concorde , célèbre pour avoir retenti de l'indignation éloquente de Cicéron. Mais, hélas ! depuis vingt ans, cet édifice a subi bien des transformations. D'abord , Nibby en a fait le temple de la Fortune , puis Fea celui de Juno Moneta ; plus tard Piale l'a attribué à yes{)asien , ensuite Canino l'a passé à Saturne, jusqu'à ce qu'enfin Bunsen l'ait rendu à Vespasien auquel il appartient jusqu'à nouvel ordre ('17). Le

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héros d'une j)antomimL* de Noel ne chant^e }»as plus souvent d'élal et de costume. Un peu plus loin , l'on rencontre trois autres colonnes qui supportent des fragments d'entablement dont on admire à juste tilre l'élé.uance et la beauté. Tous les antiquaires, à l'exception de Nardini et de Piranesi, ont voulu que ces débris fussent les ruines du temple de Jupiter Stator, et cette opinion a longtemps prévalu jusqu'à ce que Nibby , en 1819, reportât les colonnes en question h la Graecostasis ou salle pour la réception des ambassadeurs ; puis en 1 827 , vint Fea qui les plaça dans le temple de Castor et Pollux ; en 1834, Canina les érigea dans la basilique Julienne; M. de Bunsen , en \ 835 , les rendit aux Dioscures ; mais l'année suivante, il les leur retira pour en faire hommage à Minerva ChaJcidici (33). 11 semblerait qu'un monument aussi vaste et aussi solidement établi , que le temple de la Paix dut échapper à de pareilles vicissitudes , mais lui aussi , dans ces derniers temps, a subi ses métamorphoses. Parmi les modernes, Nibby fut le premier qui osa porter les mains sur cet édifice sacré , et d'un temple il en fit une cour de justice , sous le nom de basilique de Constantin ; Piale , en 1 832 , Tappela le vestibule de Néron , Canino le restitua à Constantin ; mais nous croyons qu'il deviendra bientôt \eForumPacis{bQ).

Ces quelques exemples suffiront pour convaincre nos lecteurs qu'il est aussi diiîicile d'être au courant des découvertes des archéologues romains , que de suivre les applications et les développements de la machine à vapeur. Pour peu que vous ayez perdu le Forum de vue pendant cinq ans, vos études se trouvent rejetées considérablement en arrière , et vous êtes obligé de tout recommencer. Si vous prétendez qu'à votre dernier voyage à Rome , lequel a eu lieu il y a trois ans peut-être , la Graecostasis qu'aujourd'hui vous revoyez à droite était alors sur la gauche du Forum , votre Cicerone vous répondra comme Sganarelle à celui qui s'étonnait du léger changement qu'il avait fait subir à la place du cœur : (( Oui , cela était aussi autrefois , mais nous avons changé tout cela. » Mais que diront des voyageurs de date plus récente,

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(|iian(l iHHis Iciii .itiKiiis ;i|»|)ii> i|u'ils rôtirent de gi;iii(ls i'is»|ii('s dr jx'idic Ic I'diiini loiil cnlirr, |(M|Iu'I inciuicc (Ic so tr;ins|)<)rt('i' iiiliciiis, .ihiiiHloiiiiiiiil les iiioiiiirnciits , (jiii passaiiMil {^iMU'raliMiHMil |>(mi' lui ;i|)|)iii (cfiir, ;i (jnchjiic ii(miv(»I occiipiuil. Km cllrl , U' iJiolcssciii Nibbx \i(uil, dil-on, cl'i'-liihlii line throiic (Ml vrrtu dr I.kjiicIIc iI |)It''IoiuI (jiir Ic Fovvm ronunnit)! n'a jamais existe ii l'eiidioil ou nous le pl.ieons aclnollonieiil , mais (ju'il s'i-leiidaït entre le (!aj)itoIe et le Palatin, dans la dir(H:ti()n (|u'indi(iuc'nl sur notre plan les bAtiments inar(|ués l(S, '2\) et 5i. (lommi' les i^ranii;es (|ui couvrent actnellenient ce terrain viennent d'être achetées par le 2;ouvernement , avec l'objet avoué de continuer les fouilles dans cette direction, il sera facile de mettre à réj)reuve cette nouvelle théorie. Si (îlle se vérifie^ tous ceux qui auront pris plaisir l\ ilatter leur injai^inalion en évo(juant devant elle les souvenirs de ce qu'ils croyaient être le Forum , devront , ou revenir à Rome pour reeommencer leurs observations sur nouveaux frais , ou renoncer au plus chej- privilège des vovaeeurs et garder le silence.

Mais comment expliquer ces étonnants changements de systèmes et d'o|)inions? — Les fouilles : voilà le mot de l'énigme. A Rome ce mot fournit un thème aux plus graves discussions comme aux conversations légères de Taprèsdînée ; il indique le but des promenades ii pied ou en voiture; il offre un fond qu'on peut exploiter en commun ou prendre pour objet d'une industrie individuelle. Rien ne saurait se faire à Rome sans fouilles : elles sont devenues une manie universelle. Les enfants anglais y apprennent bientôt à fouiller le sol avec leurs petites cannes , pour en tirer des morceaux de marbre et des fragments de mosaïque. Leurs parents achètent un tombeau étrusque qui n'a pas encore été ouvert , comme ils achèteraient chez eux une feuillette de vin ; seulement ils ont des chances de trouver le susdit tonibeau complètement vide. De nobles lords paient en un mois le fermage de trois ou quatre années pour un coin de terre qui a été retourné vingt fois. Cela leur procure l'inestimable

Lt I OKI M RUMAI?»

satisfaction de voir remplir tous les jours plusieuis tombereaux de briques ; depuis un siècle ou deux les statues qu'ils eherclienl ont été transportées au musée.

Toutefois , il y a des fouilles qui ont une utilité réelle ; ce sont celles qui sont entreprises par le gouvernement, non dans l'espérance de trouver des œuvres d'art , mais dans l'intention de refaire le pian de l'ancienne Rome , en particulier du Forum. Jetons d'abord un regard sur la manière dont se poursuivent ces opérations. Les ouvriers qu'on y emploie sont des gens vivant des ressources de l'assistance publique qui , au lieu d'être claquemurés dans un hospice , reçoivent un salaire pour travailler en plein air , si ce qu'ils font peut s'appeler un travail. Ce ne sont pas des hommes gigantesques et aux larges poitrines comme ceux qui en Angleterre manient la pelle et la pioche. Rien de plus disparate que cette multitude d'ouvriers itahens , parmi lesquels tous les ages sont représentés et dont les costumes , variés à l'infini , sont ornés de paillettes et de débris de clinquant fané. Ils portent leurs chapeaux de telle façon que , malgré leur élégance , l'on ne peut s'empêcher de rire à leur aspect , et , à les voir manier leur outil , on ne sait pas si ce qu'ils tiennent à la main est une pelle ou une carabine chargée. Toutefois, sous un rapport , ils se montrent assurément les héritiers et les possesseurs légitimes du Forum. Ils sont les représentants de la (( gens togata. » Quiconque parmi eux viendrait à son travail pendant l'hiver sous un long manteau , dont les draperies sont artistement relevées tout autour de sa personne , tandis qu'il poursuit son œuvre classique^ serait déshonoré. Il est vrai que , dans ce lieu même , leurs ancêtres avaient coutume de relever leurs manteaux et de les attacher à leur ceinture toutes les fois qu'ils entreprenaient un travail pénible : mais que le lecteur n'aille pas supposer que l'occupation à laquelle se Uvrent messieurs leurs descendants , ressemble à rien de pareil; ce serait se tromper singuhèrement. Rien au contraire ne saurait donner une meilleure idée de la manière dont on peut faire du travail un amusement. Chaque

IK roui M llOMAl.N. 41 7

s()i-(lis;mt, ouvriiM* nppoitc siicccssivcnuMit sa l)r()U('tl(î j)()iii- Hvi) , non point remplie , ninis siinpoudiéc; di; Icrrc piovc^nanl (l'iino (^xcîivalion ; un allcniliinl , il s'assied j)our liiirc la conversation avec SCS conlVrrcs (pii , sans plus srinouvoir , lui nu'suRMit uxactcnuMit sa chari^(\ (Ida lail , le tiliihiiic. k-jjicikI son véhicule , se met à la suiti; de celui (jui U) précède immédiatement, et prend place dans c(dtc procession dont la loni,aie (jueue se déroule indéliniment avec la plus i^'rande lenteur (ju'on [)uisse imai!;iner. Il n'est pas jusqu'à la brouette dont la roue , à cluuiue lour, ne fasse entendre un grincement sympathique , connue pour témoigner de l'horreur que lin inspire , ainsi qu'à son maître , toute espèce d'edorls. Cette longue ligne de travailleurs ne va jamais loin sans faire une halte générale. L'un de ceux qui vont en tétc , pose sa brouette pour prendre du repos , ou une prise de tabac ; et toute la troupe s'arrête avec lui , sans songer à se plaindre de l'interruption apportée à son travail. Quand , après de nombreuses haltes de ce genre , chaque travailleur arrive à sa destination , ce n'est probablement que pour contribuer à former un monceau de terre que , dans trois mois , il faudra transporter cent pas plus loin. Enfin , le tout nous représente une scène d'entomologie , exécutée sur une échelle gigantesque et dans laquelle ce sont des hommes qui remplissent le rôle de fourmis, sans toutefois déployer la môme activité. En effet, sous les mains de ces longues files noires d'ouvriers qui se traînent nonchalamment d'un endroit à un autre , on voit avec le temps s'élever et disparaître d'immenses monceaux de terre. Certes , il ne s'agit pas là de YArdeliomim quœdam natio que les auteurs classiques nous dépeignent comme étant si nombreuse à Rome et comme

Multum agendo nihil agens'.

En effet, nos ouvriers, tout en ne faisant rien, finissent par faire beaucoup ; et la formule : « Occupata in otio » doit être renversée, car ces braves gens ne prennent du travail qu'à loisir.

* Phèdre, H. 5.

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Tels sont les moyens à l'aide dcs(juels s'ac(:oni])lit la .grande œuvre des fouilles , base sur laquelle reposent toutes les théories nouvelles que les savants bâtissent à l'endroit du Forum romain. Toutefois, il ne faudrait pas s'imaginer que tout ehangemcnt de nomenclature l\ l'endroit d'un édifice quelconque prouve nécessairement qu'on a fait des fouilles récentes et découvert une inscription nouvelle ou quelque passage inconnu d'un auteur classique. Les mêmes données amènent un antiquaire à des résultats totalement diflérents de ceux auxquels un autre était précédemment arrivé; que dis-je? les mêmes yeux semblent , h des époques diverses , trouver aux mômes mots un sens différent. Toutefois avant d'essayer de nous retrouver dans le vaste labyrinthe des systèmes modernes , nous allons décrire le Forum dans son état actuel, relativement aux différentes fouilles qui y ont été pratiquées. En descendant du Capitole , par la prison Mamertine (n" 8) et le Clivus Asyli qui passe aujourd'hui sur une partie du temple de la Concorde (3) , le voyageur se trouve sur le terrain actuel du Forum , aujourd'hui connu sous le nom de Camjjo Vaccino , bien qu'à plusieurs pieds encore au-dessus du niveau de l'ancienne place publique. Son désir le plus naturel serait de voir tout l'espace qui s'étend devant lui déblayé et ramené à son état primitif. Mais de sérieuses difficultés s'opposent à l'exécution d'un tel plan. En effet, comme tous les terrains environnants ont été semblablement exhaussés , une excavation de ce genre précipiterait toutes les rues qui aboutissent au Forum le long d'une pente rapide , circonstance qui présenterait de graves inconvénients, pour ne pas dire de véritables dangers. En même temps, les églises et les boutiques qui le bordent du côté de la Voie Sacrée verraient leurs fondements mis à découvert et leurs portes actuelles condamnées. Le gouvernement a donc préféré , quant au présent du moins, se contenter de faire des fouilles considérables autour des principales ruines , laissant entre les différentes excavations une chaussée sous laquelle on pratique parfois des sortes de voûtes pour les relier entre elles. Les fouilles furent commencées par les Français et continuées sous

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