‹ Mélanges religieux, scientifiques et littérairesChapitre 3 sur 30 · LES ACTES DU NOUVEAU TESTAMENT · texte numérisé non relu

LES ACTES DU NOUVEAU TESTAMENT

Lorsque , dans les deux dissertations précédentes , nous avons traité d'abord des paraboles, puis des miracles du Nouveau Testament , et que nous avons fait voir que leurs enseignements ne trouvaient une explication naturelle que dans le système catholique , nous avons senti que le môme principe devait s'appliquer à tout ce que notre Seigneur a dit ou fait pour nous rendre sages , et nous mettre sur la voie du salut. En eiïet , supposer que la partie indirecte de l'enseignement évangélique , est le domaine exclusif de l'épouse de Jésus-Christ, tandis que la révélation immédiate de la vérité religieuse lui appartiendrait en commun avec ses rivales, serait une contradiction étrange , un manque de logique dont nous verrions avec peine qu'on nous crut capable. Le miracle était pour la multitude incrédule , la parabole s'adressait au prêtre sans cœur et au scribe insensible ; ce n'était qu'à ses amis , à ceux qui lui étaient chers que Jésus-Christ se montrait dans l'accomplissement des actions ordinaires et des devoirs domestiques de sa vie terrestre ; à ses apôtres seuls et à ses disciples, il réservait les paroles^de la vie éternelle^, les mystères du Toyaume^u ciel. L'Eglise qui seule peut revendiquer pour ^ elle la succession des apôtres, qui seule peut faire remonter \ jusqu'à eux son ministère , la vérité qu'elle enseigne , la grace j

dont clic est le caiiiil , et mc^mc son histoire , a seule aussi le droit de s'a])proprier ce qui a été dit \)Out eux. Les autres demeurent confondus dans la foule qui écoute Jésus; peutêtre môme quelques-uns d'entre eux parviennent-ils à percer le cercle qui s'est formé autour du maître , pour l'interroger , si ce sont des docteurs , pour le tenter , si ce sont des pharisiens. Et si , comme ceuxqui avaient été envoyés pour se saisir de lui, mais qui demeurèrent pour l'écouter, ils reçoivent avec un cœur pur et sincère la doctrine qu'il prêche , dans ses paraboles comme dans les œuvres de sa puissance , ils verront qu'elles tendent , ainsi que nous l'avons dit précédemment , à les faire rentrer dans la communion de la sainte Eglise catholique et apostolique , dans laquelle seule ses enseignements trouvent leur accomplissement, et ses miracles d'autres merveilles qui leur correspondent. ,

Mais lorsque la tâche du jour est remplie , sans que , vers le soir , quelque étranger soit venu , comme Nicodème , pour la prolonger dans la nuit ; avant que notre divin Maître se soit retiré sur le haut de la montagne , ou dans son humble retraite , pour passer les heures consacrées au sommeil dans le seul repos qu'il connaisse , hpii'ere, nous le voyons s'asseoir dans la compagnie d'un petit nombre d'hommes au cœur fidèle et aimant. Le voilà , le pasteur du petit troupeau , le père de la modeste famille , partageant leur frugal repas , et se mêlant familièrement à leur conversation. Que les discours qu'il adressait à la multitude et aux prêtres fussent revêius de toute la splendeur d'un langage noble et élégant , c'est la un fait qu'on ne saurait révoquer en doute. Le peuple n'admirait pas seulement la sagesse , mais encore la grâce qui coulait de ses lèvres^ ; les savants , comme Nicodème , lui adressaient la parole avec respect^ ; tous voyaient avec étonnement.ces talents, qui ne s'acquièrent ordinairement que par une éducation soignée , jaillir spontanément pour orner l'esprit de celui qui passait pour le fils d'un charpentier^. Mais sans revenir

' Saint Luc , IV. 22. 2 Saint Jean, IIÏ. 2. •' Saint Matth. XIII. 5i6.

sur le l('ii;iiii (jiic nous jivons [)nrc()iiiii d.iiis notre picmi»'!" iulicic , nous nous conlnilcions i\i' r.iirc (khsîM'Vcr (jiic si l(; limL,'iiL!;(; on racccnt de noln^ Sauveur eussent été le moins du niondi* enipriMutsde la i^M'ossièicté des (ialiléens, le ridicule (jui en aurait inlaillihlenicnt rejailli sinhii, auiail lioj» bien sorvi ses eniKMUis , j)our (|ue ceux-ci eusseiil n(\i;lii;(; une arme aussi puissante. Va\ ellel. les écris ains Juifs si^ montrcMil d'une; sévéï'iti' inouïe sin* ce point. .M. us lorsque nous venons ;i contemj)lei' noti'e saint Ué(iempl(Mii-. loin de la Ibuh; , retire'dans Ja société de ses disciples et de ses amis intimes, (jui nous em|)éehe diM'roii-e (|u'il condescendait alors ii se servir du dialecte lamilier de son pays natal , de même (jue les sénateurs de Venise et les nobles de Provence avaient coutume de le taire dans le sein de leiu* famille? Avec Pierre (juc son accent lit reconnaître |)our un (ialiléen dans le vestibule du grand-prétre, il conversait à l'aide de ces phrases simples et en donnant à sa voix ces intonations qui constituaient le caractère particulier du langage qu'on parlait dans la chaumière privilégiée de Nazareth, comme dans les habitations environnantes , et que Jésus daigna bégayer dans son enfance , comme s'il l'avait reçu des douces lèvres de son humble m6re. En effet, toute idée d'afléctation, aussi bien que de grossièreté, doit être bannie , quand il s'agit d'apprécier le caractère de celui qui a voulu être pauvre piirmi les pauvres. ~ "^

De même, si nous venons à considérer le frugal repas durant lequel cette conversation se tenait, nous voyons que tout correspondait fidèlement à la simplicité du langage. Des^ meubles grossiers dans une chambre dépouillée d'ornements , une table et quelques sièges rustiques, des ustensiles de bofs" et des vases de terre , tel est le spectacle qu'offre le couvert dressé pour un repas où le pain ne vient point d'Aser , ni le vin d'Ëngaddi. Cependant qui pourrait décrire ce banquet jneflable ? C'est la que la parabole reçoit une explication, et que le manque de foi est sévèrement repris ; c'est là que d'une bouche divine sortent des leçons ineffaçables de charité et d'humilité ^ et de sages paroles pour réprimer les prétentions

i 52 LES ACTES

(Je ceux qui se disputent la première place ; c'est là enfin que sont développés l(^s mystères de la révélation , et que la semence de l'Evani^ile tombe dans des cœurs brûlants et avides de la recueillir.

Certes, si l'Eglise peut réclamei- j)Our elle cet enseignement envelopi)C de mystère qui s'adressait à des multitudes animées de sentiments hostiles ou d'une vaine curiosité , si elle y voit des leçons salutaires destinées à favoriser ses progrès, elle doit aussi avoir le droit de s'approprier ces instructions données dans l'intimité , et sous une forme plus directe à ceux qu'elle seule représente, et. à qui elle seule a succédé sur la terre. Telle est la nature de l'enseignement par actions et par paroles. Nous nous bornerons ici h étudier les actes.

Lorsque nous avons rapidement esquissé les rapports de notre Seigneur avec les apôtres et avec ses amis . tout en nous proposant par la de décrire les scènes de sa vie familière dont nous pouvions tirer quelque instruction , nous avions cependant en vue un objet ultérieur.

4 . En efTet, si par chrétien on entend un sectateur, un disciple de Jésus-Christ , un homriie qui voit dans l'exemjjle de son maître le modèle de la perfection , il doit y. avoir , et il y a nécessairement parmi ceux qui portent ce nom , des gens qui s'estimeront heureux d'imiter tout ce que le Seigneur a daigné faire. Cette grace n'est pas accordée à tout le monde, non plus qu'il n'est donné à tout le monde de lui ressembler dans les œuvres de son ministère , dans ses souffrances ou dans ses prérogatives d'une nature plus essentiellement spirituelle. Toutefois, si ce type divin ne se retrouve pas complètement dans aucun de ses disciples, chacun d'eux en reproduit avec plus ou moins de force quelque trait saillant : c'est ainsi que saint Jean se rapproche le plus de son divin maître par la charité , Pierre par son élévation à la dignité de prince des apôtres , Paul par l'éloquence , Jacques par la prière , André par la mort ; c'est ainsi que la grâce des sentiments de Jésus-

DU NOUVFAi; IKSiAMKM. 1 .')U

Chris! a vécu jnsturàiios joiiisdiiiis son s.ici'idoc»' , si inilicncc, dans SCS inaihis, cl son nnion s|>iiiln('llr avec, Dicni dans ses vitM'i^cs. Ponnpioi, pai- une loi anal(»L,'Uc, ne iclmnvorionsnoiis pas |>arini ses iniilatenrs de |n*é(iilccli()n ccl amour et i-e choix volonlain* (h' la pauvreté, C(» renoncenienl aux jouissances du monde, co mépris pour lî^coninioUités de la vie , (|ui' le Sauveur a porté h un si haut degré? Notre adoi able Hédeniptinn- (*sl un loyer d'où jaillil un feu (jiii éclaii-e etcpii emhrasi^ , il (\sl le vci ilahle soleil (jui brille au lirnianient spiiiluelde son Ei^lise , soleil éj^louissanl doni les rayons concentrés en Jésus avec une inlensilé dont nul ne peut support(M' l'éclat , diveri^cnt ensuite et se dispersent , en tombant sur la terre, dételle sorte (pie, représentés chacun par une amc ditrérente, ils reproduisent, en convergeant de nouveau, l'image divine : car une ame ne saurait réfléchir plus d'un de ses rayons, bien qu'elle en absorbe plusieurs. Or, si une des vertus de notre Seigneur était le mépris des choses de ce monde et , par conséquent , l'amour de la pauvreté , il faut (jue cette vertu soit encore réfléchie quelque part dans son Eglise ; et si elle ne se trouve que chez une seule parmi les diverses religions qui se disputent le sceptre de la vérité , on ne saurait nier que ce soit là une garantie morale, et comme l'empreinte incontestable du sceau de Jésus-Christ.

Par exemple, nous supposions tout à l'heure que ce divin maître partageait avec ses disciples leur modeste rei)as , durant lequel il les entretenait de cette parole . dont l'homme a besoin pour vivre non moins que de pain. Traversons maintenant un espace de onze siècles, et quittons la Palestine pour nous transporter dans des régions plus occidentales. Dans les flancs d'une montagne existe un enfoncement qui , bien que placé sur une pente très-rapide, et, selon toutes les apparences, creusé par un torrent desséché , reçoit rarement une goutte d'eau, et n'entend jamais, dans sa sombre avenue, l'oiseau dont la voix mélodieuse enchante nos bosquets. Sur le bord de ce sombre vallon , et comme implantée dans ses fissures béantes, s'élève une habitation à moitié construite en maçonnerie , à

moitié creusée dans le roc, et dont l'existence , à l'époque où nous parlons, ne date encore que de quelques jours. Les habilîints de cette demeure sont h table. Entrons. Leur réfectoire est une salle basse , sombre et humide, car une partie de ses murs est formée par le roc. L'ameublement est en harmonie parfaite avec le reste : les tables et les bancs n'ont point un aspect moins grossier (}ue la salle elle-même. Quant aux mets, ils sont dignes de figurer en un tel lieu. Quelques herbes, produits sauvages d'un jardin inculte , à peine assaisonnées ; un pain des plus grossiers, un vin des plus aigres, voilà de quoi se compose le repas. Autour de la table ainsi servie, sont assis des jeunes gens et des vieillards, tous simplement vêtus , tous hommes à l'air grave et au maintien modeste. Un seul parmi eux n'est point occupé comme ses frères. Il est assis à part , et leur fait une lecture pendant qu'ils prennent leur repas. Ecoutons ce qu'il lit , car sa parole semble enchaîner fortement l'attention de tous, et donner une saveur exquise à leur frugale nourriture. Quel est l'ouvrage qu'il tient à la main? Serait-ce le Roman de la Rose? est-il en train de réciter des fragments de ce poème dans lequel on célèbre les exploits d'un paladin , ou les aventures de quelque noble dame montée sur un splendide palefroi , et escortée d'un brave chevalier ? Assurément , il s'agit bien de quelque chose de semblable ; mais combien son récit est plus doux et plus touchant ! Il est arrivé à ce passage du Livre des hvres , où il est dit que , par une nuit d'hiver , une vierge timide allait de Nazareth à Bethléem , montée sur un ane et accompagnée d'un pauvre charpentier , puis que , parvenue au terme de son voyage , elle ne trouve qu'une étable pour la recevoir. En entendant ce simple récit , voilà que le vieillard qui préside à cette humble table, repousse loin de lui sa grossière assiette , et se lève de son siège , tout tremblant d'émotion , les yeux mouillés de larmes , les mains convulsivement serrées l'une contre l'autre. D'où vient cette soudaine explosion de douleur? Eh bien ! ce saint homme se fait horreur à lui-même ; il se regarde comme un lâche , comme un être mou et voluptueux , logé dans un palais, vêtu avec luxe, somptueusement nourri, en un mot, le portrait fidèle

DU NOIVKAI TESIAMK.M. 155

(lu iiMiivais riclu' (le ri'A'.iiii^il»' , l()rs(|iril se compiiic. ii crllc vicriii' (li'lic.ilc cl |»iin' (jiii . s('iiihl.il)|(' .ni lis |mmcIh'' sur un percc-neifj;(\ adon^ {'(Mifanl crlcsle (]iii vicnl .1 cllf, ii (;c;tl(; hcuiv, pour parjji^cr sa |»aii\i('l('' cl ses soiillVanccs. Kt alors le vicillaid, loiil li()iil(Mi\, se j)r()sl('riH' luimblciiu'iil siii- l(! pavé d'argile (le son ii'l'eetoin* , et là , (riinc voix Iremhlanle dV-inolion cl eiilree()up('"e d(^ saiii^lols , il s écrie : u .Malheur ;i moi ! Voici la mcvc de mon Dieu irisant sur le sol , tandis (pie moi , je suis eomm()d(Mnent assis à lahie ! Mon Sauveur enfant est pjiuvrc, manipiant de tout , et moi, je fais un copieux rej)as ! ))

L'Kcriturc sainte dont ces honmics pieux écoutaient la lecture , recevait , en ce moment , son commentaire et , il faut l'avouer, c'était un commentaire pratitpie. L'acte du vieillard disait avec beaucoup plus d'éloquence que la plus belle gravuie des temps modernes ne saurait l'exprimer , (jue si Jésus- Christ a choisi la pauvreté et la gène pour lui-même , et pour ceux qu'il chérissait le plus , il ne peut (]ue regarder avec complaisance ceux ((ui , par un tendre amour pour lui , embrassent un état semblable. Il disait encore, que , lors même que nous avons fait tous nos eiïorts pour imiter notre Sauveur, ce divin modèle demeure infiniment au-dessus de nous , au delà de notre portée, et qu'il nous reste des motifs de nous humilier, en voyant la distance qui nous sépare de lui. C'est pourquoi l'admirable saint François, de la vie duquel nous venons de raconter un des beaux traits, saint François qui avait été riche , ainsi que plusieurs de ses compagnons , était devenu pauvre , que dis-je? il s'était réduit à la plus profonde misère , poussant la mortification , le renoncement à soi-même jusqu'à ses dernières limites, et, tout cela , pour l'amour de Dieu. Oui, n'ayant pour habitation qu'une caverne, pour vêtement qu'une simple tunique , pour ceinture qu'une corde , et que les mets les plus grossiers pour nourriture , il voyait dans ce déniiment assez de richesse pour lui arracher des larmes, en présence de l'abaissement plus grand encore d'un Dieu fait homme.

Dans un siècle plein d'orgueil et de présomption comme le nôtre , on nous dira , sans doute , que saint François n'a pas compris l'Evangile. En quoi consiste donc son erreur? S'est-il trompé, lors(ju'iI a cru y voir que notre Seigneur aimait et recherchait la pauvreté? Ou bien, est-ce lors(ju'il s'est imagme (ju'il faisait bien d'aimer et de rechercher lui-môme ce que son divin maître avait aimé et recherché? Si l'on ne veut pas reconnîJÎtre que le repas dont nous venons de donner une descri|)tion se rapproche, par sa nature et par l'esprit qui animait les convives , du souper que le collège apostolique partageait avec son divin chef, nous consentons volontiers h lui chercher ailleurs un parallèle. Où nous faudra-t-il aller pour cela ? Sera-ce dans un de ces dépôts de mendicité dont le maigre ordinaire ne varie jamais? sera-ce dans un hôpital où les pensionnaires sont soumis à un régime restreint? Mais ce que nous cherchons , c'est une imitation volontaire de l'exemple de Jésus-Christ, et non desjeùnes obligatoires infligés aux individus par l'Etat ou par l'Eglise. Peut-être lorsque des ministres de l'Eglise anglicane s'assemblent dans'la salle des réunions d'un des collèges de leurs Universités (la seule chose qui parmi eux se rapproche quelque peu du réfectoire de nos monastères), peut-être, dis-je, trouverons-nous là un exemple de ce que nous cherchons , et nous verrons comment ils savent subordonner la satisfaction des besoins de la vie aux exigences de l'Evangile. C'est surtout dans ce qu'on appelle un jour déjeune dans l'Eglise officielle que nous aurons l'occasion déjuger, avec quelle fidélité on y remplit les préceptes évangéliques. Dans une salle au plafond élevé et aux lambris richement sculptés , dont l'antichambre est couverte d'armoiries, et les murs décorés des portraits des hommes célèbres par leurs talents ou leurs richesses qui ont illustré autrefois ces lieux , autour de tables abondamment servies pour ne rien dire de plus , sont assis les ministres d'une religion qui , si elle dispense ses dons invisibles et spirituels , ne néglige point néanmoins ces biens plus matériels que les sens peuvent percevoir. Puis, une fois les devoirs delà salle à manger consciencieusement remplis , l'un d'entre eux essuiera sa bouche

nu NOIJVKAll IKSTAMI'M. 1 'i*

ci inonlrra vu chiiirc pour le sci mon «In son', (l.iiis l('(|iicl il ne

llliUHjlKMil |)ilS d'ilSSIlICI" il SCS illldll (III S (jllC, pillllll It'S |lllW

absurdes siipcislilioiis (lu /^///i/.s7//(', il linil r.iiii;cr ccll(M[iii consiste il cinhiiissci' une \ ic i\{' |i;iii\rctc et d'iihicclion , l\ s'imposer des |>i i\ alions voloiiliiircs , ;i icdiiirc son c()rj)s en servitude pju' les ausiciilcs. Ton! cclii , iijoulciii-l-il , vient d(; ce que les papisics ne lisent poini ri'lcriliiie , car , s'ils h; fiiisaient , ils sauiiiient (jiui ni l'cxeniple de notice Seit^neui' , ni les récits de saint l\iul , ne juslilient une conduite aussi con- Iriiire à hi nature. Puis, il coiiionnerii sa thèse, vu citiint l'exemple de cet infortuné Knuujois, (jui p(M(lil de \ ne son Sauvelir , en marchant pour le* chercher diins le senlierde l;i pauvreté.

Nous lisons dans la vie de saint Gréi^oire-lc-Grand qu'il donnait tous les jours à manger à douze pauvres , en l'honneur des douze apôtres, et qu'il les servait lui-mémç à table. Un jour, un treizième personnage vient prendre place parmi les hôtes sans être invité. (( Et nul de ceux qui étaient à table n'osa lui demander qui es-tu ? Car ils savaient que c'était le Seigneur ^ » Eh bieni s'il j)laisait à ce divin Sauveur de visiter encore une fois , sous une forme visible , les demeures des hommes, et de s'asseoir à table dans le lieu qui offrirait le plus d'attrait ii son cœur humble et doux , nous croyons fermement (jugez de notre simplicité) que nous aurions plus de chances de le rencontrer dans ce môme monastère des Carceri de Saint-François , lequel existe encore dans une crevasse des Apennins , près d\A.ssise , et sert toujours de théâtre aux mêmes scènes de pauvreté et de frugalité , qu'au sein d'une assemblée de ministres festayant dans la grande salle d'un collège de l'Université.

Peut-être dira-t-on que notre parallèle est défectueux. Mais nous sommes contraints d'avoir recours à ce terme de comparaison , faute de trouver dans cette branche pure et apostolique de l'Eglise, établie en Angleterre, quelque chose qui offre à

» Saint Jean, XXI. 12.

i '38 LES ACTES

priori une .^rniidc Jinaloi^ie-avcc le repas que notre Seigneur partageait avec ses apôtres. Et nous ne jjouvons nous empêcher de faire observer en passant comment, dans toute communauté catholique , il y a (juelque chose qui rappelle la présence de Jésus-Christ, instruisant ses disciples à leur table commune , c'est la lecture de l'Ecriture sainte pendant les repas , pratique qui , croyons-nous , n'est observée que dans notre Eglise, qu'on cherche à représenter comme ennemie de la Bible et en opposition avec les vérités qu'elle contient.

Mais l'objet principal que nous avons eu en vue jusqu'à présent, a été de démontrer que cette épouse tant calomniée, et pourtant seule fidèle , a été la seule aussi qui ait vu dans la pauvreté de son Seigneur une lej^on pratique , qui ait ctu en toute simphcité que ce n'était pas un effet du hasard , mais bien du libre choix du Sauveur, qui sans affectation Tait érigée en vertu et en ait fait la clef de plus d'un trésor caché, un sentier rude et escarpé pour monter au Thabor en passant par le calvaire. Oui , cette pauvreté de notre Seigneur Jésus^. Christ, doit à juste titre , être considérée comme le principe de toutes ses actions , depuis la crèche jusqu'à la croix ; elle les a toutes inspirées , réglées et leur a donné l'aspect sous lequel elles se présentent à nous.

Nous n'avons pas l'intention ou , pour mieux dire , la prétention tie parcourir ici les principales actions de cette vie. Nous nous bornerons à en prendre quelques-unes à part , et nous nous butons de déclarer que notre choix ne sera pas systématique ; seulement , nous commencerons par les premières , et nous préférerons des classes ou des groupes d'actions à des actes isolés. Dans la première période de la vie de notre divin maître sur la terre , ce qui doit d'abord nécessairement nous frapper, c'est l'influence que cette existence exerça sur une autre personne , infiniment inférieure , il est vrai, à celui dont nous parlons, mais qui se rapproche plus de lui que toute autre créature. Un catholique comprendra sans peine qu'il s'agit de la sainte mère de Jésus.

nu NOIVKAU IKSTAMKM. 1 o9

'J. Tonics lis lois (jiic nous in»iis soiiiiiirs iiirtHcs l\ ronlciii- |)l('i les scrni's |)irliiiiiii;nr('S dc riiisloiic /'v;mj<(''li(|ii(' , il lions A (oiijoiiis |);iii! ijiir l;i siluiilioli (U: Maiic ii';iv;iil pas ('!(' (Mivisiii^ée coinmc die dcNiiil I'jMi»' |i;ii' rapjjorl à ciii'laiiics (|llCstio!is loiilfovci'sccs. II est coiisl.inl (jiic Ir cafhoiifjUC allaclic iim» i^iandr inijiculaiici' à lout ct; (jui est lappoilc' dans rEvani^MJe au sujol dc la nine (\c Oicn . (;l (ju'ij y trouve des prouves inélVa^ahles di- sa \ crin . d(> sa di^nih' , de s(îs privilèges, dt* son influenee ou pluloL (K' sa {)uissanee. Le prolestant, au contraire, est toujours j)()rté h (lc])rceier, à rabaisser ce qui touche à la sainte Vicri^e , c^tà le eonsidérer eomme dénué d'importance : bien]>lus, il cherciie à le passer sous silence comme nm* (juestion ])n!eincMil secondaire, contingente et peut-être même pas exempte de danger. Assurément, il est de la plus haute importance (et ce n'est pas là une étude dénuée d'intérêt), de déterminer quelle est la place assignée à Marie par le Verbe et l'Esprittde Dieu dans la double économie de la foi et de la grace. C'est dans la pr-emière partie de l'histoii-e évangélique, qu'il faut aller chercher notre réponse.

1" Toutefois , nous craignons de fatiguer quelque peu nos lecteurs par la série de remarques que nous leur demandons la permission de leur soumettre. En effet, elles ne contiendront rien de nouveau ni rien même de très-brillant.

Il est clair que les livres du Nouveau Testament se présentent à nous sous un double aspect, comme des documents dignes de foi, et comme des compositions inspirées. Ceux qui les ont écrits , ont pris toutes les peines et toutes les précautions possibles à la nature humaine pour consigner ce qu'ils croyaient , ce qu'ils savaient être vrai ; l'Esprit-Saint , de son côté, a surveillé leur travail, guidé leur plume, les a garantis de la moindre erreur, et a apposé son sceau sur l'ouvrage que lui-même avait inspiré à l'écrivain. Deux excellentes raisons justifiaient cette méthode. D'abord ces livres, à leur apparition , devaient être examinés par des hommes qui ne croyaient point , et en présence desquels leurs auteurs n'avaient d'autre titre que celui d'historiens honnêtes, exacts et dignes de foi.

11 fallait (ju'ils fussent acce])lés par le païen et par le juif, plus tard, par les sceptiques et par les sophistes ; avant d'être reconnus pour inspirés. Us étaient destinés ii subirtoutes les épreuves que pouvait inventer le génie de l'homme et môme sa malice, à être torturés de mille manières , mis en comparaison avec toute es])èce de documents , contrôlés successivement par la géographie , la physique , l'histoire et la morale ; considérés tour ii tour sous tous les points de vue possibles, selon que celui qui les examinait était un païen , un rabbin , un gnostiquc ou un juif, enfin mis en lambeaux par la main de la philologie, [)hrase par phrase, membre par membre. Puis on établissait une enquête sur le caractère de chaque écrivain : quand vivait-il et dans quel pays? De quels moyens disposait-il pour arriver à la connaissance de la vérité? D'où lui venait le droit de parler? Quelle était sa langue, quels étaient son dialecte , ses idiomes et le tour particulier de sa pensée? Quel objet . quel dessein s'était-il proposé en écrivant , et de quels moyens s'était-il servi pour arriver à son but? Enfin quel intérêt avait-il à écrire , quelle chance de réussite? Quel gain a-t-il réalisé ou quelles pertes a-t-il éprouvées ?

En effet , des hommes qu'on invitait à renoncer à tout ce que la nature humaine chérit , à tout ce que les mauvaises passions ont , pour ainsi dire , rivé à notre ame , sur la foi de certains faits extraordinaires rapportés par des gens qui semblaient très-ordinaires , ne devaient pas vraisemblablement être disposés à se soumettre , parce que ceux qui exigeaient d'eux cette soumission se vantaient d'être inspirés. N'était-il pas plus naturel qu'ils cherchassent à constater l'évidence des faits dont nous parlons , en examinant le degré de créance que méritaient ceux qui les avançaient , avec toute la jalousie d'esprits auxquels il répugnait de les admettre ! Or, l'enquête qu'il s'agissait d'établir alors , devait embrasser les divers éléments qui constituent la vérité humaine. 11 fallait que l'écrivain terrestre apparût , sinon dans ses infirmités, du moins dans ce qu'il offrait de particulier, afin de fournir un point d'appui au

1)1 NOlVKAl il'.SIAMIÎM. 161

levier de la eiMli(|iie. I*lii ellcl , l:i où il n'y a ni veine, m libre, ni couleur, ni inL,'ré(lienls si'parahles , ni un point (jiieleoncjue susceptible d'i-lre pénélré, toute inVi'sti^alion est inutile, car elle seiait inlVuclueuse. (Vest |)uui(juoi tous ceux (jui si; sont consaerés l\ la défense de I'Kvani^ile , depuis les |)rerniers temps de FK^Iise jus(|u';i nos jours , ont tiré p;ii li des rapprochements, des coïncidences (|u'ils remanjuaient entie les écrivains inspirés et les autres auteuis , alin de prouver par d(\s ari;uments essentiellement humains la parfaite véracité des premiers. Pour cela on n'a rien éj)argné , et Ton a eu souvent l'ccours aux recherches les plus minutieuses pour découvrir c|ui^l([ue circonstance en ap])arence insii^nifiante , mais II l'aide de laquelle on voulait corroborer certains faits particuhers. Si le lecteur veut seulement jeter les yeux sur l'article du docteur llardner intitulé de la CrcdibUitè , il pourra juger par lui-même comment un protestant habile , cjui s'est constitué le défenseur du Nouveau Testament, s'acquitte de cette tAche. C'est la même méthode qu'emploient les catholiques, lorsqu'ils veulent prouver aux incrédules Tauthenticité des récits évangéliques^

Une seconde raison qui justifie cette disposition, c'est qu'elle est conforme à toutes les convenances. On ne pourrait supposer que le don d'inspiration ait été accordé à des écrivains négligents ou insouciants. Nous ne nous imaginerions pas facilement qu'un homme qui aurait conscience qu'il est inspiré (nous ne parlons pas ici de vision ni de révélation) , et qui aurait été témoin de certains faits, ne prît ensuite aucun soin et ne fît aucun effort, pour se rappeler avec exactitude ce qu'il a vu. Au contraire , il fait tout ce qui dépend de lui pour se rendre digne de ce don merveilleux , ens'appliquant à sa tâche avec zèle et avec diligence. Il écrit aussi consciencieusement et avec un désir aussi vif de dire la vérité , que s'il n'avait aucune garantie contre l'erreur. Le résultat de ses considé-

1 C'est ce que démontrera le premier cours de théologie venu , par exemple celui du P. Perrone , torn. I, eh. IV. p. 2 ; torn. IX, par. H , sect. I, co. I. pr. IJI.

|()2 I.FS ACTES

inlions csl done , ainsi (juc nous l'avons fait jcnianiuor, \o double aspect sous lequel le livre des Evanj^iles s'odre à nous. D'abord, envisagé au point de vue purement historique , avant d'entrer dans aucun détail au sujet de la révélation , il sort trionnphant des épreuves de la plus sévère critique, forçant ainsi tous les hommes à admettre les faits qu'il contient , faits qui forment la base du christianisme. Cette garantie donne une certitude morale à celui qui jusque là avait été incrédule. En second lieu , ce livre porte le sceau sacré de l'inspiration divine , circonstance dont il n'existe point de preuves suffîsantes en dehors de l'Eglise catholique et qui , revêtant l'Evangile d'une autorité surnaturelle , en fait l'objet d'une foi , non plus humaine , mais divine. L'évidence historique le rend croyable, l'inspiration le rend infaillible : l'une lui donne le caractère de la vérité, l'autre celui de la certitude.

Mais la preuve la plus incontestable que le premier de ces caractères se retrouve dans tout le cours de l'Evangile , c'est rappel que font les écrivains eux-mêmes aux motifs ordinaires de crédibilité. Ceux-ci se divisent en deux catégories. Saint Jean invoque en sa faveur ceux de la première, car il parle de choses dont il a été le témoin oculaire et auriculaire. « Nous vous annonçons la parole de vie qui était dès le commencement , que nous avons entendue , que nous avons vue de nos yeux , que nous avons regardée avec attention , que nous avons touchée de nos mains ; car la vie même s'est rendue visible , nous l'avons vue , nous lui rendons témoignage, et nous vous l'annonçons , cette vie éternelle qui était dans le Père et qui est venue se montrer à nous^. » Ailleurs, parlant du mélange mystérieux d'eau et de sang qui coule du côté de Jésus-Christ , il dit encore : a Celui qui l'a vu en rend témoignage et son témoignage est véritable-. » Enfin il termine son évangile par ces mots. « C'est ce même disciple qui rend témoignage de ces choses et qui a écrit ceci^. » Quant à saint

* Saint Jean .1.1. ii Ib. XIX. 3.5. ^' Ib. XXI. 24.

TU' NOrVHM I I si \MIM . I iV.\

FiUC , il se |t|;ic(Mlims lii sctomio c;iI(''^(mic : il ;i <oiisi}^iir o.xactiMîHMil les évônoini'nls (|ii'il ;i recueillis de l.i houclie (Jo ceux (jiii (Ml .ivni(Mi( ('!(' les incmicrs (rrnnins : (( Plusieurs personnes ;i\ iiiil v'uln'|Mis d'cciMit' riiisloiiT (l(!S choses (jiii out élé accoiuplies paiini nous, suivant le rapport (jue nous v.w oui fail ceux (|ui dès le eoruiueneeinoFit les out vues de leurs piopres \iMi\ , el (|ui oui ele les luinislresdo la |)arole, j'ai cru, trèsexcelliMit Théophile, (ju'aprrs avoir été informé d(^ toutes ces choses depuis le comnieneemeut, je devais aussi vous en représenter par écrit toute la suited »

Et en effet, si nous parcourons attentivement les Evangiles , nous verrons peul-étre avec surprise combien est petit, parmi tous les événements qui y sont rapportés, h) nombre de ceux dont la connaissance n'aurait pu nous être transmise par le témoignage des hommeip. La prière dans le jardin des Olives qui n'eut aucun homme |)Our témoin , ainsi que les premiers moments de la résurrection , forment peut-être les deux seules exceptions ; mais on peut et on doit supposer qu'elles ont été communiquées par celui dont le témoignage surpasse infiniment le témoignage de l'homme.

Il semble que nous ayons fait une longue digression et que nous ayons pris un chemin détourné pour arriver à notre but. Cela est vrai. Mais aussi nous avons constaté les deux points suivants : 1" que la chaîne des preuves sur laquelle^ repose le grand système chrétien , doit être forte , décisive et complète , à l'épreuve de la critique , sans un défaut ni une imperfection ; 2° que l'inspiration divine confirme la solidité . et sanctionne la place de chacune des mailles de cet immense réseau. De là vient la place élevée que les évangélistes occupent dans Tordre des saints. Saint Jean est appelé YEvangéliste plutôt que YAfiôtre . parce que le premier de ces titres marque une distinction plus élevée que le second. La gloire des apôtres consiste en grande partie en ce qu'ils ont été choisis pour être témoins des actions de notre Seigneur et les

< Sninf Luc, I. !-S.

I Oi LES ACTES

inanifcst(M' au monde. Cost pourquoi saint Paul n'hésito pas ;i déclarer (|U(' nous appartenons h la maison de Dieu , I)uisquc nous sonmies édifiés sur le fondement (c'est-à-dire sur le témoignage) des apôtres et des [)rophètes^

Mais quelle qu'ait pu être l'importance des faits ou des événements aux(juels ils étaient appelés h rendre témoignage , il y en avait un qui était plus important que tout le reste, qui devait servir de fondement au christianisme , et sans la certitude duquel le système tout entier s'écroule de fond en comble. Nous voulons parler du mystère de l'Incarnation tel qu'il s'est accompli sur la terre. Dans cette circonstance, Dieu n'a voulu qu'un seul témoin , qu'une seule bouche pour en raconter les inefTables détails, ce Que tout soit confirmé par l'autorité de deux ou trois témoins^, » excepté lorsqu'il s'agit du Verbe incarné. Cet auguste mystère devait être attesté à toutes les générations par un seul témoin , et ce témoin était la bienheureuse Marie toujours vierge. Qui pouvait nous dire que Gabriel descendît du ciel pour lui apporter un message de la part du Père éternel? par qui aurions-nous su que la salutation angélique avait jeté le trouble dans son cœur virginal? Qui nous eût fait connaître son hésitation à accepter la dignité de Mère de Dieu , à la pensée du prix auquel elle s'imaginait qu'il lui faudrait l'acheter? Qui nous eût dit comment l'ange lui manifesta la plénitude du don qu'il lui apportait , en lui faisant connaître que Dieu n'exigeait point d'elle un sacrifice si pénible que celui qu'elle redoutait , et en lui explicjuant par quelle opération mystérieuse sa parole serait accomplie? Qui nous eût révélé le consentement delà Vierge et l'effet qui s'en suivit aussitôt , le mystère de vie consommé , l'Emmanuel réalisé , Dieu fait homme ? Elle seule le pouvait , elle dont le Tout-Puissant avait fait choix , à l'exclusion de toutes les autres créatures , pour lui donner une part dans ses desseins les plus secrets.

1 Eph. II. 20. 2 Saint Matth. XVIII. 16.

DU NOUVFAl! TRSTVMKNT. 1 ().">

Sii|>|)i une/ in:iinl(>ii;iiil l<> liihiil i|ii(' l;i ixxK iic {U' .M.iric appoilc ;i ri'lvjiiii^ilc , clliicc/. le h'moii^iwif^c (in'rllr njnd :iii cluisliiuiisfiH' , cl (li's l(ns ce ii'csl p.is lin siiiij)l(' aiincjiii (jiuî vous avr/. hrisr , c'csl la chaîne ciilici c (jiic vous avez i(imj)ii(3 ; cv u'csl pas iiiK* |)iii*c soliilion ili' am\\i\\\\ir rjuc vous a\(»/ causcc, ce soni les IoikIcmicuIs nièiucs {\r l'cdilicc (ju(; vous avez détruits. Dans les lois de la ciovance l'ondée sur le léinoijunai^e , ce (jiii aillcuis paraît invraisenihlahh^ devient vrai. Si l'on vcul doiuici- une idée du manque de solidih': d'un édilice (juelconciue , ou le représente sous la Ibinie d'une p\ laniide renversée. Pourlan!, lois(|iie le nombre de ceux (jui croient à une vérité n'a cessé de t^M'andir avec clia(jue i,^énératiou, depuis le jour où elle a été manifestée au monde; (jour la première fois, il est évident (ju'un diagramme , destiné à donner une image de ce fait ainsi (jue de la vérité unique sur laqui^lle il repose , présenterait aussi la forme d'ime pyramide avec la pointe en bas. Or, la foi de tous les siècles et de tous les peuples dans les merveilles opérées dans l'incarnation , repose sur un seul témoignage , sur une unité , sur une voix unique, — celle de la bienheureuse vierge Marie.

Nous le répétons donc, mettez à néant son témoignage , et que deviendront tous les autres témoins? Si elle n'avait point révélé les secrets de son cœur , ou , pour nous servir d'une expression plus relevée et plus vraie , si l'esprit de Dieu ne l'avait point inspirée , comme il inspira les évangélistes , non pour recueillir mais pour répandre , non pour s'instruire mais pour enseigner; s'il n'avait fait d'elle l'évangéliste des évangélistes et l'apotre des apôtres ; enfm, s'il n'avait usé de la même influence à l'aide de laquelle il vainquit la résistance que lui offrit jadis la pureté de la vierge pour triompher de son humilité et la forcer à parler, tout cet épisode d'amour, qui remplit la plus sainte des histoires , aurait fait défaut et le livre aurait manqué , non-seulement d'un début plein de douceur et de tendresse , mais de la source même d'où vient tout ce qu'il y a en lui d'aimable et de gracieux. Nous aurions lu avec étonnement des discours admirables , le récit des miracles les plus

Kit) LES AC I ES

merveilleux et des verlus les plus divines; inijis il nous aurait été dilïieile de séparer, dans notre esprit, de tels récits de ce que nous attribuons aux pro])hètes et aux patriarches, si l'histoire si claire , si douce et si consolante de la venue de notre Seigneur sur la terre ne nous avait été conservée, de manière à le séparer totalement de toute espèce de sainteté humaine, et h nous le montrer, mt^me ici-bas , « comme audessus des cieux. » Remarquons aussi que les i)rincipales circonstances de la nativité de notre Seigneur et des premières années de sa vie reposent exclusivement sur le mcmejémpignage. Lorsque saint Luc s'adressa , pour former son recueil , à tous ceux qui avaient été témoins des actions de Jésus depuis le commencement, Josejjh était mort depuis longtemps ainsi que Zacharie et Elizabeth , aussi bien que Simeon et Anne. Elle seule , qui avait recueilli et conservé dans son cœur de mère le souvenir de tout ce qui était arrivé, survivait pour raconter le voyage à Bethléem , la fuite en Egypte , ainsi que les messages angéliques qui avaient accompagné ces événements et la présentation dans le Temple. Quel autre que Marie aurait retenu les paroles si admirables et si importantes pour nous d'Elizabeth et de Zacharie? Surtout, qui nous aurait conservé ce cantique si cher à l'Eglise , cette hymne qu'elle dit tous les soirs , le Magnificat , en un mot? Le cœur d'une mère est un trésor à la fois vaste et fidèle , où demeurent précieusement conservées les actions et les paroles qui ont passé de toutes les autres mémoires. Aussi, lorsqu'après quarante ans, saint Luc voulut retracer l'histoire des premières années de notre Rédempteur , il trouva un témoin fidèle et plein d'amour pour donner des preuves de ce qui annoblissait , ratifiait et marquait du sceau de la divinité chacun des actes, chacune des paroles de sa vie publique. Marie seule était là pour rendre témoignage à la conception et h la naissance miraculeuse de Jésus , ainsi qu'à l'accomplissement des prophéties dans sa personne virginale.

Mais il y a plus. Ces merveilleux événements étaient demeurés si complètement cachés , le secret du roi avait été

m MM \ I VI IIM \MI,.M . 1 ()7

si l)i(Mi :;iii(lf . (jiic l(»is(jii(' iiolir S«'if<iHMir |)iirii( (l(;\.'mt le |Mil)li(' , il jiiiss.i (l;ins ropiiiioii de Ions |i(HII' k (ils (je, Ji)S('l)li'. Les g(MJs (le sonpays n'Iirsitaicnl pas .'i duc : « N'estce pas 1,1 le lils du cliarj)LMiti(M? Sa incic ne se noinmn-t-cllo pas Marie? Ses frrrcs ne sont-ils pas .I.ilmjucs cl Juscîpli , Simon (*t Judc? Kl ses scriirs iiesonl-elles pas parmi nous*? » — l'iie antre fois, ils disiiienl encoie ; u N'est-ce pas lii Jésus . le Ills de .I()se|)ii, dont nous connaissons le père et la mère? C.omnuMit vient-il donc nons dire : Je suis descendu du cieP. )> (délaient là lWs éléments authentiques d'cvid(*ncc humaine , assez solides pour servir de hase à une assertion histori({ue. Si (pu^hju'un lui alh' (hins le pays, dans le voisinage où Jésus demeurait , pour prendre des renseii^ncîîients sur l'histoire de ses premières années, le témoignai^e unanime des habitants lui eut ap])ris qu'il était le fils du charpentiei'. Comme preuves de' ce fait, on lui aurait cité les fiançailles de Marie et de Joseph , ainsi que leurs noms couchés sur les registres du recensement ordonné par Auguste. On aurait pu invoquer comme un puissant- argument l'opinion publique, — c'est-à-dire le témoignage de plusieurs milliers d'individus. Qu'avons-nous à opposer à une autorité aussi imposante? La simple assertion de Marie. Tel est le respect, telle est la croyance absolue qu'on accorde à sa parole sacrée , qu'elle a sulli seule pour balancer, dans l'esprit des chrétiens de tous les siècles , toute assertion contraire.^ Elle a donc des droits incontestables à la première place dans l'ordre des témoignages de l'Evangile et , par là , dans l'économie de la foi.

Considérons de nouveau ce qui lui donne cette position. Lorsqu'un apologiste (c'est ainsi qu'on appelle à tort ceux qui ont écrit pour démontrer la vérité de la religion chrétienne) veut établir les droits que les évangélistes possèdent à notre confiance , avant d'invoquer la preuve de leur inspiration , il insiste à juste titre sur ce qu'ils ont fait et souffert pour prouver , leur sincérité. On nous fait voir qu'ils ont sacrifié tous leurs

' Saint Luc , III. i^. ^ Saint Matth.XIII. S3. 5 Saint Jean, VI. 4^.

intérêts, qu'ils onl renoncé ii leurs plus chères afTections , il leur avenir, à toutes les douceurs de la vie, au foyer domestique, à leurs amis, h leur famille; on nous les montre aux prises avec toutes les dilTicultés , bravant toutes les souffrances, depuis les misères d'une vie ])leine d'incertitude juscju'aux aflrcuses extrémités d'une mort certaine : et qui , nous demande-t-on ensuite avec une énergie bien légitime , qui aurait agi ainsi sans une ferme conviction et pour une autre cause que celle de la vérité? Puis on fait un éloquent appel aux miracles qu'ils ont eux-mêmes opérés, et aux dons surnaturels qu'ils ont déployés, pour attester leur véracité. Or , tout ceci étant parfaitement vrai , voyons maintenant quelle influence doit' en recevoir l'idée que nous nous formons du caractère de la bienheureuse Mère de Dieu. Longtemps avant que les trois premiers Evangiles fussent écrits , bien longtemps avant que le dernier fût sorti de la plume de saint Jean , les apôtres avaient porté témoignage devant le monde entier ," « leur voix avait retenti par toute la terre , et leurs ])aroles s'étaient répandues jusqu'aux extrémités du monde. )^ Quelques-uns d'entre eux avaient même scellé de leur sang la doctrine qu'ils publiaient. Peut-être aussi quelques-uns, comme saint Thomas dans l'Inde, ou saint Barthélemi en Arménie , ne se servirent jamais de la parole écrite pour enseigner le christianisme. On ne saurait douter que chacun d'eux ne parlât en qualité de témoin de la résurrection et des autres miracles, mais ils étaient également prêts à mourir pour soutenir la vérité de certaines choses qu'ils n'avaient pas vues , telles que la conception virginale de Marie et les merveilles de la nativité. Ils avaient une conviction intime et divine de tous ces faits, mais quand ils les annonçaient au monde païen et aux Juifs, ils parlaient comme témoins. Ils avaient donc le droit de réclamer la même créance et îa même autorité pour ce qu'ils enseignaient d'après le témoignage de Marie , que pour ce qu'ils avaient vu de leurs propres yeux. Et si on leur eût demandé sur quels motifs de crédibihté rei)0sait son témoignage, ils auraient dû nécessairement en donner d'une nature toute différente des autres. A Marie , en effet, ni

DU NOrVKAlI TKSTAMENT 1 tUl

le nomoii" de liiiicdcs mir.'icics , ni .iiiciiii don suin.'ilnicl n'avait (Mr accorde II ne lui lui |»(niil doniK' non j)lus de rcndic un lcni()ii;nai;c mahMicl en |ias>;nil |i.ir des c|)rcnvos cl (l(*s sonllranccs semblables à celles des apolros. Nulle prison, nulle loilure. nul i^laivc, hormis celui des douleurs, ur lui avail ('h' réservé. (!ommentcril-il \n\ en èhc anlicinc'nl? (»llc avail xéiii dans la liaiujuillile , elle mourut en j)aix.^ Quelles priMivcs les apol res pouvaienl-ils donc apportei' à l'appui de son temoii;nai:;e? son iimocenee pei iM'luelle , son couraij;e liéroùpuy , sa douceur inaltiM'able , sa sainlelé sans éii;ale , en un mot, son mcomf)aral)le vertu. Mais il y avail encore un autre ari;ument , cetint la pail (jui lui revenait dans les ])reuves de la mission divine (!« son Fils. Chaque; prophétie qui sortait de la bouche de Jé.^s-i'.hrist , chaque point de la doctrine céleste qu'il prêchait , cha(|ue miracle qu'il opérait , chaque ]:;rAce qu'il répandait , rendait témoignage en faveur de Marie, toutes les fois (pi'il ra[)j)elait sa Mère. Ce qui faisait connaître au monde ce qu'était Jésus, faisait connaître également ce qu'était Marie. Toute action qui prouvait qu'il était le Fils de Dieu prouvait aussi d'une manière irréfragable qu'elle était la Mère de Dieu, (c Bcatus venter qui te portavit et ubera quœ siixisti, )> telle était l'expression naturelle de ce que chacun ressentait pour l'une et pour l'autre. C'eut été donner un démenti h la raison et blasphémer contre Dieu , que de supposer qu'elle n'était pas digne de son titre sublime , de sa redoutable parenté ou plutôt du rôle qui lui était assigné dans la grande œuvre de la rédemption de l'homme.

Tels étaient les motifs de crédibilité sur lesquels reposait son témoignage , motifs qui le rendaient infiniment supérieur à celui des apôtres. Représentons-nous donc le glorieux chœur de ces saints hommes , qui vont se disperser par toute la terre pour prêcher l'Evangile , posant les bases de leur doctrine et rassemblant les grands faits qu'ils vont proclamer , et pour lesquels ils verseront en témoignage jusqu'à la dernière goutte de leur sang. La parole écrite delà loi nou-

170 LES AC IKS

vclle n'existe pas encore , ils représentent donc hi^gource primitive de l'enseignement universel. Cluiciin d'eux vient verser dans le réservoir commun l'eau vive qu'il a soigneusement gardée , afin que de là jaillisse le fleuve de vie du paradis terrestre qui , semblable au courant de la tradition dans l'Eglise, se répand partout et coule sans s'arrêter jamais. Les uns apportent plus, les autres moins; tandis que ceux qui' ne sont nés que plus tard à la foi, reçoivent presque avec jalousie les vérités que d'autres, plus favorisés, versent dans leurs cœurs avides de les posséder. Jean , son frère et Pierre attestent l'anticipation de la gloire céleste sur le Thabor. Le premier de ces apôtres peut seul raconter aux autres, qui baissent la tète en rougissant , ce qui se passa sur le calvaire et sur le chemin sanglant qui y conduisait : le dernier porte témoignage contre lui-même et avoue que , dans le vestibule du grand-prétre , il a renié trois fois son Dieu. Nicodème a recueilli, dans son mystérieux entretien avec Jésus, un trésor que jusque-là il avait tenu caché, mais qu'aujourd'hui il vient partager avec ses frères , et Magdeleine est la seule qui puisse raconter l'histoire de son pardon. Mais quand chacun a apporté son tribut de miracles , de paraboles , de paroles pleines de grâce et de vie , de sages discours et d'actes admirables , on n'a encore réuni que les matériaux nécessaires pour écrire trois ans de l'histoire d'une vie qui en dura trente-trois. Où les trente autres sont-elles cachées? Qui en possède les annales? A quel riche trésorier est confié ce précieux: dépôt de paroles bénies et d'actes divins? Une personne, une seule personne en a la garde. Oh ! qu'elle vienne enrichir le monde, en le faisant participer à la science secrète qu elle possède î La voici qui vient mêler aux eaux limpides et brillantes , qui découlent de la fontaine apostohque, le contenu de l'urne virginale que , Reine des vierges sages , elle a précieusement conservée , .et la lampe qu'e//e alimente ne saurait s'éteindre. Elle ne donnera que quelques gouttes , il est vrai , car on peut dire que c'était elle surtout qui devait profiter de ces trente années ; c'était à cette école qu'elle devait se former à la perfection ; mais chacune de ces gouttes est précieuse , c'est une

W iNOrVKAl IKMAMKM. 471

))(Mlt' s;iiis |t;ii('ill(' el dii plus f;i.iii(l |)ii\ ; u Oleum ('/fusuui lunnrn Imiin ' >' !,(• ikmh iih'iihmIc Jrsiis , cc nom di* Ix'-ntnlio lioii el (l(- s.iliil , (lie lions t'ait coiinaMit' coiiiincnl il Iim i'lit révélr (l'inic iniinirrc divine, avec la piomt'sso dc tont cc (jue lo SanvtMir devait accomplir sons ce nom , avec l'annonce de ce (ju'il devail (Mie par la vertu de ce nom l)éni. Tandis (pie les a|)(\ln\s l'cMivironnaient pour lui voir faii-e ses miracles, el que les multitudes st* pressaient autour de lui pour réc{)uter avec ravissement , sa uk^'c, plein(^ (\c sollicitud(^ parce qu'elle ('lait pleine d'amour, se tenait quehpicfois en dehors du cercle de la foule , d'autres t'ois sur le seuil de sa porte. Mais le cœur d'une mvvo se reporte toujours naturellemcMil aux jours de l'enfance (jui \ivenl Ji jamais dans sa mémoire, l.a femme se rap})elle volontiers le moment de la plus pure joie (ju'elle ait goûtée, c'est-à-dire lorsqu'elle s'est réjouie i)arce qu'elle venait d'enfanter un homme*. Oue devait donc ressentir celle (jui avait enfanté le )uerveiHeux,\G Dieu fort'^'f Tels seront les doux et|)récieux secretsque Marie manifestera pour la consolation des âmes pieuses jusqu'à la lin du monde. C'est à elle qu'il appartient de poser les bases du récit évangélique. Tout ce que l'Eglise a de gratitude pour ceux qui ont recueilli et conservé ses premières archives sacrées , elle doit le ressentir plus particulièrement à l'égard de Marie. Tout ce que la foi chrétienne attribue de crédibilité , d'autorité et de sincérité aux témoins de ce qui constitue la base de notre croyance, doit être étendu à Marie d'une manière plus exphcite encore. Oh ! oui , c'est avec raison que l'Eglise lui a décerné le titre de reine des api)tres, Regina apostolorum !

Il est une considération qui relève singulièrement cette obligation que nous avons contractée envers Marie , considération il laquelle nous avons fait allusion plus haut , et qui nous a frappé toutes les fois qu'il nous est arrivé de réfléchir sur un certain passage de l'Evangile. Nous permettra-t-on d'ajouter qu'il nous semble qu'on n'a pas fait assez d'attention à la beauté

♦ Cant. I. 2. î Saint Jean , XVI. 21 . ' Is. IX. G.

ni il liinporlanco de ce passage. D'apW's le premier chapitre de saint Maltliicu ^ il est clair (jiie la sainte Vierge avait gardé le plus profond silence sur la visite de l'ange. Un pareil trait ne semblo-t-il pas voisin do l'impossibilité? En effet, il était naturel qu'une telle grace cxcitAt une joie bien pure , mais aussi une joie bien vive , au delà de toute expression , une allégresse qui , de l'esprit , se fût reflétée sur tous les traits du visage , eut fait tressaillir ses lèvres et se fût trahie involontairement par toutes les marques extérieures du bonheur. Aussi, être exaltée à un si haut degré et ne pas paraître en avoir conscience ; être élevée infiniment au-dessus de toutes les dignités auxquelles il est donné h l'humanité d'atteindre, se voir devenue l'objet des prophéties, la réalisation des figures, le terme de l'ancienne loi , l'aurore de l'ère nouvelle , la mère de la vie du monde , en un mot, la mère de Dieu , et cependant ne pas laisser échapper un regard , ni une parole qui put faire soupçonner tant de grandeur; au contraire , montrer autant de calme , autant de simplicité , autant de naturel dans ses rapports avec Joseph que si rien n'était arrivé , voilà un trait qui nous donne une idée plus vraie de la beauté et de la perfection de son caractère , que tout ce qui est rapporté h son sujet. Puis quand, plus tard, elle vient naturellement à prévoir ou plutôt à connaître la cruelle perplexité de Joseph , elle préfère supporter cette épreuve , la plus terrible à laquelle son cœur pur et tendre put être soumis , que de manifester ses augustes privilèges et sa maternité divine : admirable preuve d'une humilité incomparable et d'une confiance dans la providence de Dieu digne.de ses bienfaits ! Les choses étant ainsi , sera-t-il téméraire de notre part d'affirmer, que si des moUfs aussi impérieux que ceux que nous venons d'énumérer n'avaient pas suffi pour vaincre sa modestie et lui persuader de manifester sa grandeur cachée , il faut qu'une raison plus forte encore ait agi sur elle, lorsque plus tard elle raconta dans ses moindres détails la visite de l'archange Gabriel et les diverses circons-

' Saint Malth. V. 18-:24.

IjMU'csdc 1,1 (liNiiic iiUMiiiiiilioii? ()|-, ci'llc iii\ isililc loicc (''t;iiL lii iiH^mc (|iii' celle (]iii poussa saint Jean . anivé à une exln^in(î vieillesse, l\ l'eeiieillir s(*s .soiiNcniis el l\ nous eonscrvrr par éeiil les tliscoiiis de noire SiMij;neiir , c'était rKspril-Sainl hiinuMne (|in inspirait une (rii\re aussi iiiiporlanle jiour noire nisiruelion, el parlant pour nolic salut.

1^1 niainlcMiant, nous pouvons deinandei- s'il m'\ a rien d'exagéré , rien qui soit contraire à la natiii'e où à la j)arole de Dieu dans l'idée (jue nous nous sommes faite de la place (pie doit occut)er la sainte Vierge dans l'écononiie de la foi? Nous sommes convaincus que non. 11 ne nous reste donc plus (pi'une (jucstion à j)Oser , à savoir si cette position assignée ii Marie est en harmonie avec les idées protestantes , avec les allections du protestantisme? Celte théorie conviendrait-elle à la chaire el à la pTume d'un anglican ou d'un dissident , d'un luthérien ou d'un calviniste? Serait-elle tolérée môme sous la forme d'une thèse purement spéculative , dans une université |)rolestanle , ou proposée comme sujet d'oraison par un directeur de la Haute-Eglise? Passons en revue les sentiments de toutes nuances dont les hérétiques ont été animés à l'égard de la mère du Verbe incarné , depuis la haine brutale (nous écrivons ce mot en rougissant), jusqu'à l'indifTérence formelle, et voyons chez lesquels d'entre eux il y a place pour les droits de Marie. Mais aux yeux d'un catholique, cette position de la mère de Dieu est toute naturelle et le remplit de joie. Il accueille avec bonheur tout ce qui tend à rehausser ses mérites, à augmenter sa gloire. 11 reconnaît humblement qu'elle est infiniment au-dessus des hommages qu'il lui offre , et qu'il ne saurait la louer dignement. Il est donc agréable et consolant pour lui d'apprendre , lors même qu'il n'en aurait pas été frappé auparavant , que la bienheureuse vierge , mère de Dieu , occupe une place élevée , ou la plus sublime , dans toute relation qui la rattache , d'un côté, aux desseins de la miséricorde de Dieu", et de Tautre , à ceux en faveur desquels ces décrets ont été rendus.

7i LKS ACiKS

2" (llierclions maintonunt <*i (létcrminor (jiio.llo place cette aii£j:uste hisloirede h\ vie do notre Seigneur assigne à sa mère dans l'ordre delà gr^lce. Un ange nous apprend de sa bouche ([u'elle était pleine de grince, lorsqu'elle fut choisie de Dieu pour être élevée h cette sublime dignité. O^ii pourrait douter ensuite que l'incarnation elle-m(^me, par l'infusion de toute grike dans ce vase déjii plein , ne l'ait fait déborder? Pour nous en convaincre , nous n'avons qu'à examiner ce qui arriva, la première fois qu'elle eut l'occasion d'en donner des preuves.

Ainsi que nous l'avons fait observer précédemment , chacune des histoires qui sont consignées dans l'Evangile , a été choisie parmi le grand nombre de celles qui n'y sont point rapportées , en vue d'une raison particulière ; on peut donc croire sans présomption que l'un des événements les plus remarquables et dont nous sommes appelés à tirer le plus de profit après l'incarnation , c'est la visite de Marie à Elizabeth. Rien de plus touchant que ce récit. L'humble condescendance de celle qui est maintenant devenue la plus grande des reines , son pénible voyage à travers une région montagneuse pour aller voir sa vieille parente et la féliciter de sa conception miraculeuse , le profond respect et la vénération avec laquelle sa visite est accueillie, enfin cette prophétie et ce cantique ( le premier et le dernier qui nous soit resté d'elle ) , s'échappant des saintes lèvres de Marie , voilà autant de traits qui font, de cette rencontre, une circonstance remarquable aux yeux mêmes du lecteur le plus superficiel. La méditation catholique entrera dans des considérations plus profondes. Marie fut salué par Gabriel d'abord , puis par Elisabeth : ces deux salutations se sont fondues ensemble dans celle de l'Eglise et sont maintenant aussi étroitement liées entre elles que le furent, dit-on , les chaînes que saint Pierre avait portées à Jérusalem et à Rome , lorsqu'elles furent rapprochées l'une de l'autre, a Je vous salue, Marie, pleine de grace, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni ! » Ne dirait-on pas que

Dl ^(»l M. A I IKSIAMI M .

cos paiolos soul sorties de la mi^inc hoiiclic, lani elles soul étroileineiil liées'M,)iioi (rélomiaiil , du icsie? [n areliaii^t; envo\é(l(^ Dieu el une sainle l'iMnine reinj>lie dti Saiiit-Ks|)iit ne soul (jue deux dilVéreiils insiniinents (juo le même souille fait vihrei" : aussi doiveul-ils rendre dessous pai failciin'ul en liai-moui(\ C'est pounjuoi Klizahelh est le second lé?noin extérM'ur de riuearnaliou , dont rKs|)ril de Dieu lui doiuia < ounaissaueo. Ouel siMUiment piol'oud di* la i^randeur (hîcc" redoutable mystère et tie l'aui^usle dignité de Marie respiic» dans les paroles d'Klizabelh ! a D'où me vient ce bonheur, (jne la Mère de mon Seigneur vienne* me visiter? vl soyez bénie, vous cpii avez (TU, pai'ceque les choses (jui vous ont été dites par le Seigneur s'accompliront en vous. )> Supj)Osons (|ue , trois mois auparavant, on eut annoncé à Elizabeth (jue Marie , sa parente, était venue la voir, celle circonstance aurait-elle rien présenté qui put rétonner? Elle était déjh avancée en age . et son mari occupait un rang élevé parmi les prêtres : pouvait-elle donc regarder comme une faveur ineffable , comme une condescendance inattendue, qu'une jeune fille , fiancée à un charpentier et sa parente, vînt lui faire une visite? D'ailleurs, Zacharie avait été l'objet d'une faveur inouïe ; un ange était venu lui parler ; honneur bien précieux h une époque oia la parole directe de Dieu était devenue aussi rare qu'aux jours d'Héli ! Observons, en passant, que les positions respectives de ^Zacharie et de Joseph, par rapport à Elizabeth et à Marie , sont clairement déterminées par la différence des deux annonciations. Dans la première , l'archange Gabriel apparaît et prédit la naissance d'un Fils h celui qui devait plus tard en être le père , tandis que , dans la seconde , il apporte le message à la mère qui conçoit immédiatement. Mais revenons à notre sujet. Elizabeth , elle aussi , avait eu le bonheur d'être l'objet d'un miracle , elle avait conçu un fils dans sa vieillesse , un fils qui avait été annoncé à l'avance par le plus grand des prophètes. Ainsi l'une et l'autre avaient été singulièrement favorisées dans l'ordre de la grâce. Mais combien plus sublime dut leur paraître la dignité de la bienheureuse Vierge , combien son rang dut leur paraître supérieur , pour que sa venue

j)nt à leurs yeux le caractère d'une visile royale dont ils ne se croyaient pas dignes! Il ne faut j)as oublier non plus que l'expression de ces sentiments ne procédaient pas d'une simple conviction personnelle , mais qu'elle était inspirée par l'Esprit- Saint dont Elizabeth était l'organe. Les termes dont elle se sert méritent une attention spéciale : « D'où me vient ce bonheur? » c'est-à-dire , (]ue suis-je ? qu'y a-t-il en moi pour qu'un tel honneur me soit conféré. Quelque favorisée que j'aie pu être d'ailleurs , quelque honneur qui rejaillisse sur moi du choix du Tout-Puissant et de la bénédiction du Très-Haut, la distance qui me sépare de vous est si grande, que je ne puis m'expliquer une telle marque de bonté ! Puis , comment la décrit-elle ? a que la mère de mon Seigneur vienne à moi ! » Elle était elle-même la mère du Précurseur, mais Marie était la mère ((de son Seigneur. » Son fils était destiné à clore l'Ancien Testament (en effet il est écrit que la loi exista jusqu à Jean ) ; le Fils de Marie devait donner et ratifier le Nouveau: à Jean . il appartenait de sceller le livre des prophéties , à Jésus deles accomplir; Jean ét^it le héraut, Jésus était le roi. Mais ces mots : « Mon Seigneur » , rappellent h notre esprit une expression semblable , où les deux idées de Messie et de Dieu sont rapprochées l'une de I'aujre : (c Le Seigneur a dit à mon Seigneur )) , comme parle David , parole interprétée dans ce sens par Jésus-Christ lui-même! (j. Mon Seigneur et mon Dieu ! » s'écrie saint Thomas , en faisant une application semblable de ces mots. Elizabeth donc , la femme juste devant Dieu , marchant exempte de blâme dans la voie des commandements et des justifications du Seigneur ^ Elizabeth, la mere du plus grand de ceux qui sont nés de la femme, de cet enfant qui lui avait été donné par miracle ; Elizabeth enfin, que l'Esprit-Saint inspire , assigne ici à Marie une place infiniment supérieure à la sienne, en vertu de la prérogative qui a fait de celle-ci la mère du Verbe incarnée, du Sauveur du' monde, du Fils unique de Dieu le Père.

Arrêtons-nous ici pour demander oùles sentiments d'Elizabeth (iouventun écho? Est-ce parmi les catholiques ou parmi

1)1 N(»i\i;ai iksiamI'M. 4 77

l(\s proti'slanis? Os (l(M'ni(M's , niiisi (jin» nous l'apprend un inip()rt;iiil onvi'iii;!' • pnhlir rrccnunciil , (•(uisidrrcnl la sainlc; Vi(M\m' coiiinu* uiH» lemnic \ (mIuciisc , pcul-iMic ini^nH* conimc imo sainlc Icnuiic. Mais, à rcxccplion dun pclil noinhit; d'hoinincs appailcnanl au\ opinions les plus avancc'îcs do la Ilauli^-Mi^lisf, luil , parmi eux, \\c soni^c à rcxallcr aussi (-oniplcU'incMil , (Ml \(mIu(I(' sa prt'i()i!;ativo, au-dessus (h; lout ordre di* saintelo , au-dessus intime (\r. ceux que la })ar()l(^ do l)i(Mi a di'claivs exempts de blame. Dans le système ra(lioli(jue, au eonlraiie , nul ne niera que cett^î supériorité , au lieu d'être une malière d'opinion, ne soit l'objet d'une croyance univ(M'selle , non un senlinuMit , mais une doctrine. l.'Eglise, en elFet . comme Klizabetli, rend cet homniai^e ;i Marie, en vertu du privilège incommunicable de la maternité divine.

Tout ce (pie nous venons de dire jusqu'ici ne tend qu'à prouver une seule chose , c'est-h-dire que la sainte Viei^ge occupe Ja première place dans l'ordre de la grâce , tandis que nous nous étions proposé de rechercher quelles étaient ses fonctions, par rapport h l'économie ou à la dispensation de la grûce. En effet , nous avons fait observer que la Visitation nous offre une occasion favorable d'étudier cette question. Si parmi les sentiments que les catholiques entretiennent à l'endroit de Marie, il en est un qui heurte plus que les autres la manière de voir d'un protestant , c'est sans contredit celui qui forme la base de notre confiance en sa protection et de notre dévotion pour elle , c'est-à-dire la conviction oii nous sommes qu'il a plu à Dieu de faire d'elle le canal de grandes graces spirituelles. Dans le fait, cette idée ne présente rien que de trèsnaturel , si l'on considère que c'est par l'intermédiaire de Marie que le Tout-Puissant a donné au monde la grâce des grâces , la source d'où procède tout bien. Si les lois ordinaires de la nature avaient été interverties, afm qu'elle seule eût une part dans cette œuvre divine , elles avaient néanmoins été

* n Jésus the son of Mary, » par le Rév. J.-B. Morris , prêtre catholique , chanoine du diocèse de Pivmouth.

UEL

1 "iH LES ACTES

siillisiimnionl consorvôospour (jik* cettp pjut IVit réell(.' et complète. La sainte Vieri^e est le seul être créé dont Dieu ait jamais reçu ou pris quoi que ce soit. Et ce fut cette humanité , véritablement sortie d'elle^ , comme on vient de le voir , qui , unie h la divinité et formant ainsi une personne unique , mais revêtue d'une double nature, constitua la rançon de l'homme et devint la source du salut et de la grAce. Après un tel prodige , pouvons-nous être surpris que les fruits de ce premier et divin don nous soient dispensés par la même main ? Mais voyons comment tout ceci s'est réalisé dans la Visitation.

Elizabeth s'adressa ainsi à la sainte Vierge : a Votre voix n'a pas ])lus tôt frappé mon oreille , lorsque vous m'avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein^ » La tradition de l'Eglise , comme l'atteste le témoignage unanime des Peres (à l'excejjtion peut-être d'un seul; , a constamment maintenu que, dès ce moment, saint Jean-Baptiste avait été purifié du péché originel et sanctifié dans le sein de sa mère. 11 répugnerait à notre intelligence de nous imaginer qu'il fut accordé au Précurseur, dans un age aussi tendre, de sentir la présence de son Rédempteur , et de manifester sa joie aussitôt qu'il en eut conscience, sans que la sanctification ait accompagné cette grâce. En effet, cette connaissance ainsi miraculeusement communiquée , devait nécessairement convaincre celui qui la recevait qu'il était en état de péché, car un rédempteur supposait un péché à racheter ; or , ce sentiment ne pouvait que devenir une source d'affliction , à moins qu'il ne fût accompagné d'un soulagement immédiat , par l'anéantissement de la cause du mal. La joie qui transporta saint Jean au moment où il reconnut son Sauveur, nous fait assez connaître qu'il en fut ainsi.

Saint Jean fut donc purifié et sanctifié dans le sein de sa mère , c'est là un des fruits de la rédemption , et, dans le fait, son résultat essentiel. Acheter le pardon de nos péchés , nous

' Misit Deus ftlium swum, factum ex muliere. Gai. IV. 4. 2 Saint Luc . [. 44.

1)1 .Nt)l M:AI II.MAMI..M nV«

rt'li'N iM- (If l:i innlt'dic'lion (link l'.iisîiicnl pc^^cr siii- nofis (li'pms It' coimiKMiccmcnt , hoik n'lidtc riicorr iinc Inis les cnLiiits (Ic DitMi el lu'iilicis dc s in i(»\ iiiiiiic : lirls ('laicnl Ic^ puissjilils molil's (|iii ;i\;ih'i!l t.iil (Ic^-'cciidic le Vcilx* di\iii dil S(*in (!(' son l*(M*(' sur l.i Icirc Lii piiiiliciilion i.\(' s.iinl .lr;iii Jiv.iiil s<i naissiiiu'c n'l'linl piis siMilciiiciil on IVinl dc la it'dcnijilion , mnis vWc pent c\\r considéri'i; comme le picinicr aclc de la vie de notre Seii^iieiir, le début de la ijrande reconciliation (|u"il vtMiail opérer. Il convenait (pie la première de ses actions qui nous ait été conservée , action accomplie par lui avani d'avoir vu le jour, fût le pardon d'un })éclieur. Il n'était pas moins juste (jue ci^te jjremicre (euvre de miséricorde el de i;rAce, avant-coureur de tant d'autres s(»ml)lables . se fit en faveur du PrécursiMU' tpii semble avoir trouvé . dans cette circonstance, le U \le de tous ses discours , U' sujet de tous ses chants prophétiques : a Voici l'agneau de Dieu qui efface les péchés du monde ! )^

Or, quel fut l'instrument à l'aide duquel s'accomj)lit ce premier acte de miséricorde, cette première ajjplication des fruits de la rédemption ? Rien ne s'opposait à ce que cette sanctification eût heu dans le plus profond silence. Jusqu'à ce que sa mission commençât , Jérémie ignorait qu'il eût été consacré avant sa naissance. Mais dans cette circonstance, Dieu daigna employer un agent extérieur, et le texte sacré nous le désigne. Ce fut la voix, la parole de sa mère. Aussitôt que le son de la voix de Marie eût retenti à l'oreille d'Elizabeth, alors, mais seulement alors, l'œuvre de miséiicorde fut consommée. Selon qu'il lui eût plu d'anticiper ou de différer son salut , la délivrance du prophète serait arrivée ou plus tôt ou plus tard. La salutation de Marie était la formule du pardon de Jean. De notre Seigneur seul sans doute émanait le pardon , à lui appartenaient exclusivement la grâce et l'amour ; mais à sa sainte mère en était réservée la dispensation : ce fut elle qui transmit au prisonnier , tressaillant de bonheur, la nouvelle de son pardon . avec la grâce et l'amour de son Fils.

Ce trail sullit donc pour nous faire connaître la place assii^née, par l'histoire des premières années de la vie du Sauveur , à sa très-sainte Mère, dans l'économie delà grûce. Elle est la dispensatrice de la première grâce qu'il accorde après son Incarnation, gnlce de l'ordre le plus sublime et conférée h celui de tous les saints qui lui fut le plus cher , ;i l'ami de l'Epoux. Rapprochons maintenant de ce fait un autre rron moins remarquable, et qui peut lui servir de parallèle. Nous voulons parler du premier miracle de notre Seigneur, de celu^^qu'il 0])éra à Cana. D'après le texte de saint Jean , il est évident que notre Seigneur agit en cette circonstance par déférence pour sa Mère et que même , pour l'amour d'elle, il anticipa le temps fixé : a Mon heure n'est pas encore venue. » Nonobstant cette protestation , Marie a la confiance que Jésus fera droit à sa demande, et elle ordonne aux serviteurs de prendre les dispositions nécessaires pour le miracle. Ici encore, nous voyons le même principe mis en action. La première grâce temporelle qu'allait accorder Jésus exigeait un miracle, et pour cela , il était nécessaire de se départir d'un plan formé à l'avance; néanmoins, il fait ce miracle pour elle, à sa requête, par son intermédiaire. Jamais les conviés n'eussent goûté ce vin délicieux, si Marie ne se fût interposée pour l'obtenir.

Ainsi que nous l'avons fait remarquer ailleurs , toutes les actions de notre Seigneur tendaient vers un but. Elles nous offrent des principes et des analogies qui ne sauraient nous tromper. Son premier acte surtout , dans un cas donné , peut être regardé comme destiné à servir de règle pour tous les cas analogues. Ainsi , on nous dit de quelle manière il appela à lui ses premiers disciples , Pierre et André , les fils de Zébédée et Matthieu. Il leur commande de tout quitter et de le suivre. Bien que nous n'ayons reçu aucune information sur ce pomt , nous ne doutons pas qu'il n'en ait été de même à l'égard des autres apôtres. Nous voyons, dans l'Evangile , comment il traita Magdeleine et la femme surprise en adultère , quand elle fut amenée devant lui ; aussi , rien ne

hi NOI \ r M 11^1 \MI M 1^1

pounail iKUis |)Oii('r ;i cioiic (iii'il sc >(mI |iim,us moiiln* diii' ni iiH'xoiiihlr. Oui, une seule jiction. (1(; notre ScigncHir siillit j)()iir ('Mal)Iir line loi (MMliiinc Ainsi, par oxrniplc, après avoir (Hé Irnioin dc sa condiiih* à (lana , os(;rions-nous croire que» si sa siiinlc Merc lui cùl dcinandr dans la snilc one faveur analof;U(' ou un arle de puissance scin1)lal)le , il ainait rcjelc sa })ricre? l.o sens eonniiun vi ranaIoL!;ie, en nous f)rcsenlant une sorh^ de raisonnement // fortiori, s'opposcMit 'i ce que nous nous arrêtions à une semblable li\ jiothese. Va\ eflet , Marie aurait demand»' une ra\ cur bien moins grande l\ son Fils, ensollieilant de lui un miracle lorscju'ii en faisait j)ar milliers, que lorsqu'elle demanda et obtint de lui le premier de ses prodip;es . leqiK^l fut , dans un certain sens, prématuré.

Cette sorte d'argumentation basée sur l'analogie ou sur un antécédent, emporte toujours l'Eglise au delii de cette vie. Il n'est pas nécessaire d'entrer ici dans de longs raisonnements ; nous exposerons mieux ce que nous avons à dire sui' ce sujet à l'aide de deux ou trois exemples. Nous assignons aux apôtres , dans la cour céleste, la même place qu'ils occupaient sur la terre auprès de notre Seigneur. Nous ne rapprochons pas leurs actions de celles d'autres individus , et nous ne jugeons pas de leurs mérites d'après les résultats d'une comparaison. Nous n'allons pas considérer si saint François Xavier ou saint Boniface ont accompli ou non de plus grands travaux, opéré de plus nombreuses conversions que saint Jacques, qu'Hérode fit mourir dès l'an quarante-deux. Leur martyre même n'est pour rien dans le rang qu'on leur attribue : en effet, saint Jean , a qui il ne fut pas donné de verser son sang pour Jésus-Christ, possède, en vertu de son titre d'apôtre , une prééminence qui le met infiniment au-dessus de tous les martvrs , et l'on ne changerait en aucune façon la place d'un apôtre, si l'on parvenait à prouver qu'il n'est pas mort pour la foi. Pourquoi cela? parce que notre Seigneur, en vertu du choix qu'il fit de ses douze apôtres pour être ses compagnons ; en vertu de la mission sublime et des pouvoirs qu'il leur confia , leur a assigné un rang supérieur à celui de

|(S:^ LES ACiKS

tous les aiitnis saints, et nous croyons que ce privilège se perpétue dans le ciel. D'un autre coté, Magdeleine et Marthe étaient sœurs. Celle-ci conserva toute sa vie une réputation pure et sans tache : l'Eglise l'a mise au rang de ses saintes canonisées. Elle suit l'agneau dans le ciel partout où il va. Sa sœur n'a pas le même privilège : elle est sainte aussi , mais dans la classe des j)énitents. Toutefois . l'Eghse réserve ses plus grands honneurs à Magdeleine et ne rend à Marthe qu'un, culte inférieur^. Pourquoi encore cette différence? simplement [)arce que la conduite de notre Seigneur sur la terre a légué cet exemple à son Eglise. Evidemment, il avait accordé l\ l'ardente pénitente, dont^ l'amour et les larmes avaient effacé jusqu'à la moindre trace du péché , une supériorité marquée sur sa -sœur plus innocente, mais aussi moins fervente. C'était la véritablement la parabole de l'enfant prodigue mise en action : le fils sans reproche- qui n'avait jamais quitté la maison de son père, vit préparer la robe de fête et tuer le veau gras , pour célébrer le retour de son frère revenu de ses longs égarements.

S'il y a quelque vérité dans toutes les remarques qui précèdent , nous en tirerons les conclusions suivantes : 1 ^ qu'il a plu h notre Seigneur de faire de sa sainte Mère le canal de la grâce le plus sublime , et de se servir de sa main pour dispenser le premier fruit delà rédemption après sa venue sur la terre ; 2" que par un décret semblable, il a voulu qu'elle fût la cause première , le motif qui dirigeât l'exercice de sa puissance miraculeuse et bienfaisante en faveur des hommes: 3" que sa conduite , constituant toujours un principe ou une règle , nous pouvons en inférer que , dans des occasions analogues, il lui aurait attribué des privilèges et des droits semblables ; enfin i"* cette argumentation , fondée sur l'analogie , ne s'arrête pas au seuil de cette vie , mais elle donne à l'Eglise

* La fêle de sainte Marie-Magdelcine , tient le rang de double-majeur; celle de sainte Marthe n'est (ju'un semi-double. A la messe de la première, on récite aussi le symbole de Nicée , lequel ne se lit jamais à une fête de sainte , excepté aux fêtes de la sainte Vierge.

l»l NOl VKAl IKSIAMH.M . |S;{

lie jnslcs raisons do supposer (|ii(' ctîs lappuiis «'iilrc hi M«t(^ ct Ic ImIs si* pcipi'liiciil depuis (jii'ils soul réunis dans Ic ciol. Ainsi, loin (jii'il \ ail neii d'etranjj;e on d'lnconvcnanl à eonsidi'rer hi samie Vicri^o eoiimie le canal ordinaire d(^ la gnkc otdo la ij;nU:e la plussuhlinic, colU^ inaniùre d'envisager sa position scMubh^ coniph'lenKMil justin(''e par la conduite de noliii wScj^Mieur, inlcrpnHée à l'aide des relaies ordinaires (jiio nous lui avons appliijuées. (ie raisonnenicnl ;;•.- ;;ni; ii la saii.le Vicri^c, dans rccononiic de, la i^rAce, la mt'ine place» (juo nous lui avons vu occuper dans rcconoinie (U\ la foi. Kllc vient immcdialcnicnt aj)rcs son Fils, cl se ti'ouve infiniment audessus de toutes les autres créatures.

Si nous comparons sa [juissancc l\ celle (\rs apôtres , nous verrons ([u'elle esl revêtue d'un caractère diflércnt et plus élevé. Ils possédaient dans toute sa plénitude un double don : la faculté d'administrer les sacrements avec tout ce qui est inhérent à cette faculté , et un pouvoir miraculeux sur la nature et sur ses lois. Assurément, la première de ces facultés n'était pas à comparer à celle par laquelle Marie fit passer directement la vertu du salut, dii Fils de Dieu qui était dans son sein, au Précurseur dans le sein d'Elizabeth ; par là, celuici fut non-seulement purifié du péché originel , mais il reçut probablement aussi une égide puissante pour le garantir des transgressions actuelles , en même temps que la sanctification nécessaire à sa noble mission et à la vie sans tache qu'il devait mener. Et qui oserait soutenir que ce fût un don plus sublime de tenir, en vertu d'une délégation, le pouvoir de faire des miracles , que de recevoir l'hommage de l'obéissance de celui qui communiquait cette puissance et qui daignait se soumettre à Marie avec tous les dons qui émanaient de lui. C'est alors qu'on voit se vérifier les paroles du texte sacré : (( Et erat subdiins illis, et il leur était soumis. )) Leur signification apparaît tout entière dans l'acte qui clôt la vie cachée de notre Seigneur, lors du miracle de Cana.

3. A mesure que nous avançons dans la vie active du Verbe incarné , chaque action devient d'une éloquence irré-

sisliblc , cl la difriciilh' «jiic nous éprouvons est, parmi tant de choses admirables, de choisir ce qu'il y a de plus excellent. Nous allons donc . pour faire ressortir nos principes , prendre une série d'actions, qui , séparément, peuvent paraître indifférentes, mais qui , prises collectivement , présentent une signification tro|) frappante , pour qu'on puisse la regarder comme l'effet du hasard , bien (ju'elle ne trouve sa raison d'être que dans le système catholique.

Notre Seigneur choisit ses principaux apôtres parmi les pécheurs de la mer de Galilée. La vocation de quatre d'entre eux en particulier , les deux frères Pierre et André * , ainsi que les fils de Zébédée^, est rapportée d'une manière spéciale. Thomas et Nathaniel , qu'on suppose être le même que Barthélemi , appartenaient aussi tous deux à cette profession^. Les raisons qui présidèrent à ce choix sont étrangères à l'objet que nous nous proposons d'examiner ici, quoiqu'elles ne soient dénuées ni d'intérêt ni d'importance. Mais une fois ce choix fait , il est évident que notre Seigneur associa sa vie à celle de ses apôtres , et , embrassant le même genre d'existence, il le fit servir à ses desseins adorables. La première partie de §a vie publique , se passa en grande partie sur les bords de la mer de Tibériade ou de Galilée , et plus d'une fois il eut recours à l'adresse de ses apôtres et à la connaissance qu'ils possédaient de la côte , pour passer d'un endroit à un autre. Les iv% v% \f et vii^ chapitres de saint Marc font voir qu'il avait en quelque sorte élu domicile à bord du bateau du pêcheur^. C'était là qu'il venait goûter le sommeil ''. c'était de là qu'il parlait à la multitude ^, c'était là enfin qu'il venait chercher du repos '^. A ce fréquent usage du bateau, se rapportent quelques passages remarquables de sa vie qui, en dehors de leur caractère miraculeux , offrent quelques traits importants pour notre instruction. Peut-être ne sera-t-il pas

* Saint Matth'^IV. IS. '^ Ib. :2f. ^ Saint Jean, XXI. 2.

4 Saint Marc, IV. 35; V. 2. 18. 21 ; VI. 32. o4 ; VIII. 10. 14.

3 Ib. IV. 38 fi Saint Luc, V. 3. ^ Saint Marc , VI. 32

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sii|)(M"llii (le i('iii;ii(|ii(M' (|iic (l.iiis (|iii'|(|iics-iiii('s des .iclions (1(^ noire ji(l()i;il)l(' K/dcinplciii , l.i |);irli(' iniiiiculciiscî pciil (Mn* considérée coniiiie sccondiiiii» : "e'esl-ii-dire (jiic si nous envisaj^eons Tiieh^ lui-même, iiid(''|)endiimiii('iil du |)ro(Jii,'(3 qui raeeom|);ii;iiail . nous déeouviiioiis ([imI reiilciinait uiic Jocjoii à la(|uelle loiil ee (ju'il y asail dc merveilleux en lui était subordonné. Les exemples que nous allons développer feront rcssortii' ee princi])C mieux (jue lout ee (pie nous pourrions dir(\

(Jue notre Seigneur lui-même ait vu , et par consécjuent indiijué , une analogie entre les fonctions de l'apAtre et les occuj)ations du pécheur, c'est un fiiit dont on nv, saurait douter, car il a daigné nous en informer lui-même : « Je vous ferai pécheurs d'hommes • ; » et ailleurs : a Désormais vous prendrez des hommes-. » Tels sont les termes dont il se sert, et qui naturellement suggèrent ce parallèle. Mais outre cette analogie qui se présentait d'elle-même , il y en a d'autres qui , considérées sous un point de vue différent, doivent paraître également ingénieuses. Où trouver une image qui exprime mieux la position de l'Eglise , lancée sur cette mer orageuse qu'on appelle le monde et se dirigeant , avec son céleste chargement , vers un ])ort assuré , que ce vaisseau qui , portant les apôtres au milieu desquels se trouve notre Seigneur , battu par les vagues courroucées et par les vents en furie , ballotté sur les flots dont il est devenu le jouet , semble à chaque instant sur le point de s'abîmer , et poursuit néanmoins sa course intrépide en dépit de la mer et de la tempête? Cette comparaison est tellement naturelle , qu'elle a cessé d'en être une. La nef ou vaisseau de l'Eglise matérielle n'est plus une simple métaphore ; c'est à peine si on qualifierait encore du nom d'allégorie une description de l'Eglise visible , quoique spirituelle, sous les traits d'unnavire dont Jésus-Christ est le pilote , ou , pour parler comme les catholiques , sous la forme delà barque de saint Pierre. Depuis la galère informe gravée

1 Saint Matth. IV. 19. "^ Saint Luc, V. 30. •

sur la pierre des plus antiques monuments des catacombes. jus(|u'à la mosaïque de Giotto placée au-dessus -du portail de Saint-Pierre et la pèche miraculeuse de Ra|)hael, le même symbole s'est perpétué d'âge en age dans l'Eglise, et aujourd'hui il n'y a pas un enfant qui ne le comprenne.

Mais poiHYjuoi la barque de saint Pierre? Voilà ce qu'il nous faut examiner. Si notre adorable Sauveur a daigné se retirer sur un esquif et s'en servir pour voyager, il n'a pas pris le premier que le hasard offrait li sa vue ; il a , par un choix spécial , désigné celui ii qui il destinait l'honneur de le porter. « Et il dit à ses disciples qu'ils lui tinssent là une barque, afin qu'elle lui servît pour n'être pas accablé par la foule du j)euple^ » Quel était donc cet esquif auquel était réservé un si glorieux privilège et qui devait être le théâtre de tant de merveilles? ce Ceux qui descendent sur mer dans les navires, et qui travaillent au milieu des grandes eaux , ont vu les œuvres du Seigneur et ses merveilles dans les profondeurs des abîmes. Il a commandé, et aussitôt il s'est levé un vent qui a amené la tempête , et les flots de la mer se sont élevés. Ils montaient jusqu'au ciel et descendaient jusqu'au fond des abîmes : leur ame tombait en défaillance à la vue de tant de maux. Ils étaient troublés et agités comme un homme qui est ivre : et leur sagesse était toute renversée. Ils crièrent vers le Seigneur du milieu de leur atiliction, et il les tira de l'extrémité où ils se trouvaient. Il changea cette tempête en un vent doux et les vents se calmèrent. Ils se réjouissaient de ce que les flots s'étaient calmés : et il les conduisit jusqu'au port où ils voulaient arriver^. » Tout ceci s'est réalisé plus àlalettie dans la barque du pêcheur , sur les eaux azurées de la mer de Galilée , que dans les plus fiers navires , qui ont jamais sillonné l'Océan jusqu'à Ophir.

Il y avait sur cette mer intérieure deux bateaux qui marchaient toujours de conserve, et ils sont tellement inséparables que nous ne saurions éprouver de difficulté à déterminer quels

• Saint Marc, III. 9. 2 pg. CVI. 23.

1)1' NoivKAi! rKsi\Mi;M |H7

(Ml sont les |i(>ss('ss(*ins. L()is(|m' nulic Srij^nciir \ iciiL ;ijjj)(;l( r ses ;i|)(Mr(\s |M)ur la prciuiric lois, res deux navires étciienl (oui près l'iiii (le l'antre ; Jcsiis ii'eiil (jiie (jnel(|ues pasii faite pour passeide la haiMpie de Pierre ii celle de /élx'dée el de ses Ills', l'iie anliiHois, eoinme il allail \ ci s le lac , <( il vil deux banjues ari'iMées près du Ixud. Il cnha dans l'une d'enli'e elles , (|ui était à Simon , cl le pi la di' s'cloii^ncr un peu delà terre : c\ s'élanl assis , il enseii^nait h; peuph; do dessus la hari|U(\ » L'autre esquif (Mail, à /chédée. a (lar Siinon , ayant pris une (pianlité prodigieuse de [)oissons . ils Twent signe ;i leurs conipai;[ions cpii étaient dans uik^ auli'e l)ar(jue de veinr les aider. » Alors Simon use jeta aux pieds di) Jésus, en disant : Seigniuir, retirez-vous de moi, paice(pie je suis un pécheur. » ('ar il était tout épouvanté, aussi bien (jue tous ceux qui étaient avec lui , de la pèche des poissons (ju'lls avaient faite. ,]ac(|ues et Jean, (ils de Zébédée , qui était compagnon de Simon , étaient dans le même étonnement. Mais Jésus dit à Simon : a Ne craignez point , votre emploi sera désormais de prendre des hommes.- »

Ce passage remarquable dissipe tous nos doutes sur certains points intéressants. Deux barques sont voisines l'une de l'autre sur la mer de Galilée. Elles naviguent de conserve et se prêtent une assistance mutuelle l\ la pèche ; en un mot , il existe entre elles ces rapports que les pécheurs de la Méditerrannée ex])riment aujourd'hui par le mot de paranz-e. L'une d'elles appartient à Pierre , l'autre à ces frères aimants et zélés qu'on a|)pelait les fils du tonnerre. Mais on a soin de nous dire que Jésus choisit le premier. Assurément , un pareil détail n'offrait pas une importance autrement grave en soi ; si donc il est spécifié , il faut qu'il y ait pour cela une raison particuHère. Ce fut la barque de Simon que choisit notre Rédempteur. Quel intérêt cette circonstance pouvait-elle présenter à Théophile et aux Grecs pour lesquels écrivait saint Luc , si Pierre n'était pas puisqu'un autre apôtre? Oui , la seule mention d'un tel

' Saint Matth. IV. 13-21. 2 Saint Luc, V. 2. 10.

fait indique que si notre Scii^neur a pris cctt(î baïque pour son usage, ce n'est pas l'edet du hazard, mais d'un choix délibéré. Quel était donc le dessein de Jésus?

D'abord , d'enseigner de dessus cette barque. C'est de cet esquif privilégié que notre divin Maître enseigne la multitude.

En second lieu, pour donner à Pierre le gage de ses succès futurs comme apôtre des Juifs et des Gentils. Il est impossible de se méprendre sur le sens de cette allégorie , présentée en action aussi bien qu'en paroles. Notre divin Sauveur nous en a lui-môme donné l'explication. Désormais, vous prendrez des hommes en aussi grande abondance et aussi merveilleusement que vous venez de prendre des poissons. Vous jetterez vos filets dans les vastes et sombres profondeurs de la terre , vous les retirerez sans qu'ils se rompent, et vous amènerez dans votre barque des milliers de gens qui béniront l'heure de leur capture. On ne saurait non plus se tromper sur la position relative des personnages qui sont en scène. Pierre remplit le principal rôle ; Jacques et Jean sont ses subordonnés et ne se présentent que pour lui prêter assistance. A lui l'initiative. Ses compagnons se contenteront de le suivre; c'est à Pierre que notre Seigneur a accordé ses dons , sa bénédiction et un miracle ; les autres participent à son abondance et s'enrichissent de ses trésors. Il y a chez lui surabondance de richesses, exubérance de biens , et les autres viennent partager avec lui , en quelque sorte , comme pour le soulager, en absorbant le trop plein. C'est pourquoi on a soin d'ajouter que c'est h Simon exclusivement que s'adressaient les promesses de Jésus-Christ.

Ici se présente un cas où le miracle s'efface devant l'action. La leçon qu'elle renferme revêt , par là , une plus grande importance à nos yeux, parce que le miracle n'a été opéré que pour nous l'inculquer. Mais il est un autre prodige , parfaitement analogue à celui que nous venons de décrire , et accompli à une autre époque terrestre de notre Seigneur , c'est-à-

DU NOUVEAl TESTAMKNT. \H\)

(lire ajM^'S s;i h-siiuccIkui. Diii.iiil le Iciiips (|ni s'cMiiit ('cuiilc onliHM'Cs (l('ii\ iiiiriiclcs , Picirc ;iv.iit (ioiim'' des |)icuv(;s d(î su lVj^ij£lil('î , (lisons le mol , de s.i l.lcliclô. DHii .lulnî cùté, .loiin s'olail inoiilic lidric , cl le (•alvairo mriiK^ n'avait pas chranlc sa coiislaiicc. Opcudant Pierre a\aiiL expriini', on |»i('\st>nee de Jean , de son frère et d'aulres dis(!ij)les , le d(':sir de s'en aller j)èclier , ils lui dirent : u Xous allons aussi avec vous. » Voilà donc Pierre eneoi(^ uru^ fois l\ la t(Me de la pelile Ironpe ; il est, pour nous seivir d'une expression moderne, le capitaine du vaisseau ; les autres sont ses conipaii;nons , ses aides , en d'autres termes, son é(piii)ai,T. — Ils s*(Mi vont done, mais celle nuil-lii ils ne ])ii'nnenl lien. Le malin étant \enu , Jésus paraît sur le rivage, sans (|ue ses disciples sachent (jue c'est lui, cl leur ordonne de jeter leur filet au c(jté droit delà barque. Leur obéissance est aussitôt récompensée par une péclie abondante , et Pierre se préçi])ite aussitôt dans la mer jiour rejoindre son maître , car Jean lui a dit : c'est le Soiiîneur. Cette fois encore, c'est en faveur de la barque et du filet de Pierre que la mer est forcée de livrer sa proie ; or , ce qui donne à cette circonstance un ciiractère plus ])ersonnel et plus marqué , c'est qu'elle est immédiatement suivie de la mission que Jésus confie à Pierre de paître ses agneaux et ses brebis. C'est alors que la promesse faite après la première pèche miraculeuse reçoit sa consécration et son accomplissement. A cette époque , l'humilité de Simon avait été récompensée par l'assurance de l'apostolat qui lui était réservé; l'amour et le repentir de Pierre sont couronnés par son élévation à la dignité de prince des apôtres. La première fois, sa vertueuse timidité Favait poussé à se jeter a genoux et à supplier son Seigneur de s'éloigner de lui, parce qu'il était pécheur ; dans la seconde occasion , emporté par son ardeur et ses regrets, il se précipite dans la mer, et va droit à son maître qui l'attend le pardon sur les lèvres. C'est ainsi que la pèche, dans la barque de Pierre après la résurrection , correspond parfaitement à cette même action, faite avant que l'apôtre eut renié son maître.

I*.KJ LKS ACTKS

Ainsi donc .h'siis cnscii^na (hins la baique dc PiciTc el liii altiibiia le pouvoir de réiniir d,ms ses filets la nnultitude des liabilanls de l'abinie. Mais cet es(juit" privilégié n'était pas destiné à jouir d'un eaime constant; des tempêtes devaient l'assaillir un jour, en dépit même de la présence bienfaisante de Jésus, et telle devait être la violence de ces orages, que ceux qui montaient la barque commençaient à craindre que leur maître ne les eût oubliés ou (ju'il ne se souvînt plus de sa puissance, k Aussitôt, il s'éleva sur la mer une si grande tempête , que la barque était couverte de flots , et lui cependant dormait. )) Mais Jésus ne tarda ])as à s'éveiller à leur voix : il les reprit de leur manque de foi, et, se levant en même temps, il commanda aux vents et à la mer et il se fit un grand calme, ici encore nous demanderons à qui appartenait cet esquif, auquel fut accordé cette faveur divine d'apaiser l'orage et de calmer les flots? 11 ne sera pas ditïicile de le constater. On nous dit que : (( Jésus étant venu en la maison de Pierre , vit sa belle-mère qui était au lit et qui avait la fièvre ; et lui ayant touché la main , la fièvre la quitta ; elle se leva aussitôt et elle les servait ^ » Sur le soir, des malades se présentèrent pour se faire guérir, (c Or, Jésus se voyant environné d'une grande foule de peuple, ordonna à ses disciples de le passera l'autre bord du lac. Il entra ensuite dans la barque accompagné de ses disciples. » C'est en sortant de la maison de Pierre qu'il entra dans la barque , qui pourrait douter que ce fut celle de l'apôtre? Remarquons , en passant , que notre Seigneur agit comme s'il était le maître delà barque. Il la requiert pour son usa.i;;e , comme plus tard il requit l'ànesse pour faire son entrée à Jérusalem. «Dites-lui que le Seigneur en a besoin et il la laissera aller *^. » Un autre privilège est accordé à la barque de Pierre , c'est que si la tempête peut l'assaillir, elle ne sau rait l'engloutir, ni même la faire chavirer. Les lames la couvriront peut-être et menaceront de l'abîmer ; nous nous imaginerons que tout va j)érir , Jésus même paraîtra endormi et insensible aux dangers de ceux qui lui sont chers. Mais

» Saint Maith. VIll. 14-28 '^ Saint Malth. XXI.. 3.

m iNOlN I VI IISIAMKM . MM

t|ii:iiul le inoiiicnl csl \t'iiii. il se if-vcillc. sini i<'t;;ii(l i;i\<»iiiir comme le soleil suv les vnj^iies , el sii m.iiii . comme par (Micl\jmlcmciil . iiiipose silence ;i l:i lemjxMe ; ;il<»rs. I.i surface (le l'ciui , li'i^èrcmcut emiie el c(»iiiiiie Ik'ss.iiIIiiiiI de joie . resj)l(Miilil en rélléchissanl l:i lumière (jui l'iiHHide, huidis (ju'uue hiise caressaule \ leul e\)nrei- niolleiiieiil d.uis la voi|{\

Si la barque représcnlc l'Ei^lise de Dieu , où ^.s7 cotte Eglise? Est-il uu(^ inslitulion (jui revcndi(|ue ce nom, (jiii ait alTronlé imc vérilablo lomp(Me, ou plutôt don! ruxistencc (oui entière se passe au milicîu des orages, sans (jue rien j)uisse lui At(M' la conscience d'une vie indesli'uctible et d'unie vigueur indomptable? Serait-ce la religion stationnaire de l'Oiicnl (jui , enlbneée depuis des siècles dans la vase d'une eau slagnante et malsaine , sans lutter contie les tlots , sans tUre assaillie par eux, subsiste au milieu d'un calme perpétuel, mais fatal? Pauvre navire , troj) solidement construit pour (Hre mis en pièces ; mais dépouillé de ses mAts et de ses voiles , il se laisse lourdement bercer par le flux et le reflux de l'élément dans lequel il se trouve comme enseveli , et demeure là (( sans vie , sans mouvement, immobile comme un simulacre de vaisseau, sur un Océan en peinture ^ )) Dédaigné par la persécution et ne pouvant même pas montrer sur son front la marque de la haine du monde , le christianisme oriental soutient sa chétive existence, grâce h un tolérantisme païen, sans que l'espérance lui arrache une aspiration, ni la charité un eflbrt.ll n'envoie point de missionnaires cueillir dans des contrées lointaines la palme du martyre ; il ne donne au monde ni sœurs de Charité, ni frères de la Doctrine chrétienne. Son clergé n'a jioint d'activité, ses prélats point de science , ses moines point d'amour pour rétude , ses laïques point de zèle. Sa vie est un long rêve qui se poursuit d'âge en âge , sans rien achever de grand , sans rien inspirer de bon : n'allez point lui demander d'ajouter son tribut a la science ou à l'expérience des siècles passés , ni

* Coleridge.

d'ouvrir une carrière brillante aux espérances de l'avenir. Non , il n'est pas digne d'exciter les fureurs de la tempête , le misérable et inerte navire ! Il n'a point non plus de filet qu'il puisse jeter et ramener à lui jilein de poissons. Evidemment, ce n'est pas là la baïque de Pierre.

Que dirons-nous donc d'un vaisseau plus splendide et mieux monté , qui se rapproche davantage de nos côtes et se contente de s'appeler modestement une branche de l'Eglise de Jésus- Christ^? Celui-là au moins présente le spectacle du tumulte , sinon de l'activité , et à défaut de progrès sur l'Océan, il offre im certain mouvement intérieur. Toutes les inventions modernes ont été mises en œuvre pour j)allier ses défauts , pour remédier à ses imperfections : tout est propre , net et en bon ordre, comme sur tous les autres vaisseaux appartenant à l'Etat. Rien de plus splendide que son équipage : il est monté par des ofliciers habiles et des matelots zélés , dont le sort dépend du salut de leur navire. On a pourvu abondamment aux besoins et aux aises de tous ceux qui sont à bord. Mais ceux-ci laissent prudemment leur navire à l'ancre , et ne quittent point le bord où ils sont en sécurité, pour aller affronter la tempête et les périls de la haute mer. Les voiles et les mais de ce bâtiment ne sont pas faits pour lutter contre les vents et les vagues : il aime les eaux plus douces et le voisinage de la terre.

Nil pictis timidus navita puppibus Confidit : tu , nisi ventis

Debes ludibrium , cave^.

Il n'a point reçu la bénédiction du pécheur ; il n'attire à lui aucune proie du dehors ; de temps à autre , il tend modestement et sans bruit ses élégants engins , comme ferait un amateur de qualité , péchant pour son plaisir et non pour gagner sa vie ; mais il ne prétend pas même obtenir par là le moindre développement. Toutefois les conflits et les clameurs de toute

* L'Eglise anglicane. 2 Horace.

i>i! N()ivi:\r ii:sr\Mr"Nr. I'.Kt

('Spree lie lui Ion! pas (li'laiit. A l)()i(l , riiMï «(lie (lissciisioiis , liillos, coiilusioii. II in*s( pas étonnant (pi'il ne hou^^c point. Si Iccapilainc fait ti'iuJic les \ oilcs d'un cAtéjSon second les tourne iinnu'diatiMnenl dans un sens eontniin; siu- un autn^ nvM. L'ini raine-t-ilen avant? Tant hî saisit immédiatement un aviron pour imprimer au hAlimenl une direction opposée. VA , pour comble do bizaïKM'ie , il y a des ij;ens qui battent des mains et (pii se lii;urent (pu' la barque avance ii p;is de t^éant, parce (pie, sur vini.:;t hommes occupés ii la dirii^^er, il y en a un (|ui rame a l'enconlre des autres. Assurément, ce n'est pas i)lus ii ce navire qu'à l'autre qu'il a été dit : « Duc m allîim , » va , i;agno la haute mer , aiïronte les values en courroux et jette dans leurs abîmes les filets apostoliques. Ce n'est pas là la barque de Pien-c.

Mais ce n'est pas tout. 11 est une circonstance qui porte un coup fatal à ces malheureux bâtiments , ainsi qu'il d'autres encore , et les réduit à une impuissance absolue. Ceux qui les montent, proclament hautement qu'ils ne sont pas la barque de Pierre. Us répudient tout rapport avec elle; ils s'indignent h la seule supposition qu'ils puissent avoir quelque chose à démêler avec son patron. Us ont fait choix d'un autre navire , ou d'une multitude d'esquifs plus petits , mais ils ont bien pris garde que ce ne fut pas le sien. Tout , excepté cela. Or, saint Marc nous dit que , lorsque notre adorable Sauveur descendit dans la barque où. il dormit pendant l'orage , « il y avait d'autres barques avec lui^ , » c'est-h-dire marchant à sa suite. Que devinrent-elles pendant la tempête? nous n'en entendons plus parler. Une seule barque possédait Jésus à bord , et c'est de celle-là seule dont il est fait mention dans le récit évangélique. Quant aux autres, il se peut qu'elles soient restées dans le port , ou qu'elles aient été dispersées au milieu des ténèbres; peut-être même quelques-unes ont-elles été rejetées sur le rivage. Quoi qu'il en soit, nous n'entendons parler que d'une seule qui soit arrivée à sa destination, parce

< S.iinl M.itr. I\'. ."(>.

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