‹ Mélanges religieux, scientifiques et littérairesChapitre 4 sur 30 · MV.L · texte numérisé non relu

MV.L

loi LE5 ACTES

qu'elle portait le pilote qui ne fait jamais défaut , celui qui apaise les orages , et c'était la barque de Pierre.

Ici , il nous reste à parler d'une autre circonstance dans ce qu'on pourrait appeler la partie maritime delà mission du Sauveur, circonstance qui a ra{)port aux {)rérogatives de Pierre. Nous voulons parler du miracle de notre Seigneur marchant sur les eaux. Ce prodige est rapporté succinctement par saint Jcan^ et avec plus de détails par saint Matthieu^. Dans l'orage que nous avons décrit précédemment, Jésus était dans le bateau , mais il dormait : cette fois , il était absent , sans néanmoins être éloigné. Au fort de la tempête , il apparaît , marchant sur les eaux. Les apôtres sont frappés de terreur et leur divin Maître les rassure. Cependant , il y en a un parmi eux plus hardi que les autres. De môme que plus tard, il sejettera à la nage pour rejoindre son Seigneur, ainsi, en cette circonstance , Pierre demande une preuve redoutable de la présence de son maître, il veut marcher jusqu'à lui sur les eaux. Certes, l'épreuve était digne de lui , de son ardeur et de son zèle. « Seigneur, si c'est vous, commandez que j'aille à vous en marchant sur les eaux. Jésus lui dit : Venez. Et Pierre, descendant de la barque , marchait sur l'eau pour aller trouver Jésus. )) Toutefois , il importait qu'il fut informé des dangers auxquels son tempérament ardent l'exposait. De même que , dans la suite , il devait protester de sa ferme résolution de mourir plutôt que de trahir son Seigneur , et néanmoins finir par succomber; ainsi, dans la circonstance présente , il était bon qu'il sentît de quel faible secours ses forces personnelles étaient pour lui , dès que l'assistance surnaturelle lui ferait défaut. En effet, ((voyant un grand vent , il eut peur, et il commençait à enfoncer, lorsqu'il s'écria : Seigneur , sauvezmoi ! Aussitôt Jésus, lui tendant la main , le prit et lui dit : Homme de peu de foi , pourquoi avez-vous douté ? Et étant montés dans la barque, le vent cessa. » Ici, plusieurs circonstances dignes de remarque se présentent à nous. Pierre

1 Joan , Vî. 19. '-^ Saint Mn?th. XIV. 26.

1)1 \(H\l\l li:si AMK.M . 195

nVlanu' pour lui s/iil \r droil de iiKirclicr sur les eaux, (le n'est pas hi hiuMpic (|ui doit Ir sii|)|;orl(M" ; ce n'csl pas parr»; (ju'il so tiouvo di'dans (ju il ne doil pas prrir. Il a une [)uiKsancf (pii csl , pour ainsi dire, iiidt'jirudanlc do t;ol t'sijuif cl (pu» nul autre apôlrcî no possi'dc. La main (imite de Jésus- (Ihrisl est son appui immédiat , lorsipj'il s'élance seul et intrépide sui' les eaux agitées. DouIim' (|ue ininii d'un tel secours, il ne possède pas ce! te meiveilleusc j)réroii;ative, c'est avoir peu de loi. Jésus permet qu'il enfonce (mî partie, afin de lui faire ce reproche, lecpiel nous est adressé dans la personne de Pierre. Puis , lorsqu'//^' sont enlrés dans le bateau , le vent cesse. Car Jésus et Pierre marchent ainsi en se tenant par la main : l'un représente le chef suprême , invisible et divin , l'autre le chef inférieur , visible et lerreslre de l'Eglise. Dans la , main du premier réside la puissance , dans la main du second la confiance , et ces deux mains ainsi entrelacées sont un gage de sécurité. Tous deux montent ensemble dans la barque dont l'un est le patron, l'autre le pilote, et pour laquelle ils semblaient avoir perdu toute sollicitude ; ils entrent , et leur présence réunie rétablit le calme. Peut-on admettre qu'il n'y ait eu aucune connexité entre l'acte de notre Seigneur et celui de Pierre , que l'un n'ait pas été accompli pour donner naissance à l'autre? Est-il probable que Jésus ait différé d'accompagner ses disciples, qu'ils les ait suivis en marchant sur les eaux, enfin qu'au lieu de traverser ainsi d'un bout à l'autre ce petit bras de mer, il soit entré dans leur bateau au miheu de sa course , uniquement pour les remplir d'un stérile étonnement? Tout ce qui se rapporte à Pierre est-il purement secondaire? Loin de là. Quiconque lit ce passage doit être convaincu que cet épisode tout entier n'est rapporté qu'en raison de la part qu'on y attribue à l'apôtre. C'est là évidemment l'a leçon qui ressort de ce récit.

Tirons maintenant les conclusions pratiques des faits que nous venons de rapprocher.

1" Il est évident que notre Sauveur, durant sa mission en Galilée, désira ou plutôt ordonna qu'une barque fût toujours

pr(Hc , afin qu'il pût s'y retirer j)Our prêcher ou s'en seiTir pour naviguer sur le lac. Son disciple bien-aimé en avait une à sa disposition : toutefois , il donna la i)référence à celle de Pierre ;

2" Trois classes de miracles sont rapportées au sujet de cette barque et des occupations auxquelles elle était affectée : deux pêches miraculeuses , deux orages apaisés , enfin notre Seigneur et Pierre marchant sur les eaux ;

3" Chacun de ces prodiges est opéré en faveur de cet apôtre ou de sa barque , et les discours dont ils sont précédés ou suivis se rapportent à lui.

A l'occasion de la première pèche , ainsi que nous l'avons vu , il reçoit l'ordre d'aller vers la haute mer et de jeter son filet ; c'est après que son obéissance a été couronnée de succès, que Jésus lui promet qu'il prendra des hommes. En d'autres termes, notre Sauveur montre que l'acte matériel était le symbole d'un acte spirituel , et que le miracle opéré était une preuve ou une garantie de ses promesses. C'était comme si notre Seigneur avait dit : (( De même que par un prodige extraordinaire vous avez aujourd'hui rempli vos filets d'une quantité inouïe de poissons , ainsi , quand les temps seront venus, en vertu de la même puissance et avec un succès, égal , vous retirerez les âmes des hommes des abîmes du péché, delà misère et de l'ignorance où elles gémissent. )) La seconde fois , c'est Pierre qui a conduit les apôtres à leur travail, et, dans cette circonstance encore, une pêche miraculeuse vient le récompenser d'avoir obéi à la même injonction. Il est tellement vrai que la pêche lui appartenait que , lorsque Jésus leur dit : « Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre , )) Simon Pierre s'en alla et tira le filet h terre ^; ajoutons que, bien que ce filet fut complètement plein , Dieu ne permit pas qu'il se rompit. Les autres apôtres avaient apporté le filet au bord de l'eau , mais la présence de

< Saint Jean , XXI. tO.

in N(H M'AI iFVIAMKNI. 197

l*iono ('(.III iK'ccssimiî pour rjiltiici- ;i Ir.vvv. KL ii (jiioi Jihoiilit ccMuiiacIo? ji conlirincr vl li nMioiivclcr rassiiniiicc (jik; Jôsus lui aviiil (lonuro prrc/Mlcinmcnt dans iirif^ ciicoiislanci; analni^uc. Notre SiMi^iuMir paraît n'avoir (Ui (i'autn; hut dans celle, occasion (jue d'investir Pierre, enpréscneo des autres apAln^s, de la diiïnité di* |iaslein' siipr(^me. Le seuL discours (]iii suive ee pi'odii^i* , est eelli* plirastMrois fois répétée , par la(]uolle la mission (K» paîlre le troupeau est confiée à Pierre , puis, comme pour monlrei- (jue tout était fini, Jésus prend à ])arl celui qu'il vient di* consacrer son vicaire , comme pour l'entrctenir en confidence , en ajoutant : a Suivez-moi ! » Cet appel s'adressait uni(|ucment li Pierre, et, ce qui le prouve, c'est que loVsqu'il veut (jue le disciple qu'il aime et (jue Jésus aimait aussi se joigne h lui, il voit sa demande rejetée, et reçoit lui-même cette ré])rimande : n Que t'importe? suismoi! )) 11 semble impossible de nier l'analogie qui existe entre les deux passages, et de ne pas considérer l'un comme le complément de l'autre. Dans tous les deux, Pierre est évidemment l'objet du miracle , car tous les deux ont été opérés en sa faveur , comme pour servir d'introduction à ses privilèges.

Dans les deux exemples de tempête apaisée , on retrouve la même connexité avec le prince des apôtres. C'est dans sa barque que notre Seigneur paraît sommeiller , et qu'il se réveille pour reprocher h ses disciples en général leur manque de foi , de confiance en lui , et le sentiment pusillanime qui leur fait craindre de voir sombrer l'esquif dans lequel il a daigné prendre place. Dans la seconde occasion, il leur semble que Jésus est éloigné , qu'il n'est point dans la barque , et la tempête continue à gronder jusqu'à ce que le Sauveur et Pierre soient montés à bord.

Enfin , pour ne pas répéter ce que nous avons décrit quelques lignes plus haut, Pierre est instruit à marcher seul et sans crainte sur les eaux. Lorsqu'il vient à manquer de confiance et à douter du succès de ce qu'il a entrepris , Jésus le reprend en particulier, et dans les mêmes termes qu'il a

I, IS u;tks

cinj)l()\»'s niii^iK'ii' iioiii' i"(''primiiii(Ji'i- les apùtics, loiS(|u'ils litMnblniciit durant le premier orai^T. 11 seirible qu'il lui parle ainsi : « Si les autres ont montré de la faiblesse en doutant de leur salut dans la barque, tu fais de môme maintenant en ne te croyant pas en sécurité , parce que tu es hors de cet esquif. Les autres avaient la présence du Sauveur pour les rassurer . toi , tu as de plus sa main droite qui te soutient sur l'abîme et qui veille à ta sûreté. Les eaux ne sauraient t'engloutir plus (ju'elles n'ont englouti la barque. » Et pour lui en donner l'assurance , Jésus fait un miracle.

Assurément , nous ne cherchons pas l\ nier que notre Seigneur ait pu, dans le cour de sa mission en Galilée, entrer dans d'autres barques que dans celle de Pierre , mais nous tenons pour certain que le Saint-Esprit a daigné choisir pour notre instruction particulière , parmi un nombre indéfini d'exemples , ceux où Pierre joue un rôle marqué. Un protestant dira : a Cette circonstance est purement accidentelle et secondaire ; qu'importe que la barque fût à lui ou atout autre , les leçons et les miracles de notre Seigneur étaient tout à fait en dehors de cette considération. » Un catholique a trop de respect pour l'Ecriture sainte pour la traiter ainsi. Pour nous, il n'y a rien de fortuit , rien d'accidentel dans ce que Dieu fait ou dit. Nous ne saurions considérer comme le simple résultat du hasard que tous les évangélistes aient consigné dans leur livre des exemples où ils nous montrent (c Jésus allant sur la mer dans un vaisseau , » et que, dans chaque occasion, ils aient eu soin de nous faire savoir que c'était à Pierre qu'appartenait la barque choisie. D'ailleurs, nous ne pouvons regarder comme un effet accidentel que chacun des miracles opérés à bord de cet esquif aient eu Pierre pour objet. S'il était parfaitement indifférent de savoir à qui appartenait la barque que Jésus montait, si nulle leçon n'était attachée à ce choix, pourquoi nous dit-on expressément qu'il y avait deux barques et qu'il en choisit une , qui était celle de Simon ?

Toutes ces considérations sont sans importance pour un protestant, parce qu'elles n'exercent aucune influence sur

lU! NdlVIM li;SI\Mf'.M 1il'.>

son sNslciiiL'. Lois iik^'iiic (jn'il scimiI dispos/^ ;j ircoiiMJiltir. (|ii(' l(^ vaissiNUi l):illii pai" In l('in|)(H<* ('liiil un ciiihlriiH' diî rili^lisr , el (|ii(' Jcsiis , i(''t;il)lissiiiil Icciliiic |i;ii iiu 1rs clffnriils (li'diaiiirs, rliiil un hcurcMix s\ iuIkjIc (1rs cUcIs dc s;i [irc'scncc dans K' scin de celle l\i;lis(' (|ui est l,m)ii\ ci née \),\v lui, l(; proleslani ne saurai! \()ii' aueune corrélation enti'e les desliné(\s du navii(» el la |»iés(mec do Piorrc. II n'alliihuo aucun scMis défini à cos passaj^cvs si clairs, si osscnlielleinenl doi^inali(jU(»s, dans l(\s(|uels la su])réinalic est conféiée à Simon. Aussi, loulo la biMulé (M lout l'inlérél (|ui l'ésullonl d'une application oxaclo de chn(|uo délnil , sond)liihlo l\ celle (|uo nous avons faite, non peul-ôtre sans fatiguer le Iccteui'. sont perdus ])Our lui.

Un catholique, au contraire, commence par accepter dans toute la force de leur sens littéral ces passages en vertu desquels il s'établit entre saint Pierre et la constitution de l'Eglise des rapports aussi étroits qu'entre les fondements et le reste de l'éditice. Le salut de l'un est le gage de la sécurité de l'autre. Il prend ime part essentielle et non accidentelle h sa formation dont il devient un élément, non point secondaire, mais principal. L'Eglise de Pierre est aussi l'Eglise do Jésus-Christ , parce que le troupeau de Jésus-Christ est aussi le troupeau de Pierre. Ces principes une fois posés conformément à d'autres enseignements positifsde Jésus-Christ , tous les récits que nous avons analysés s'adaptent admirablement les uns aux autres, et reçoivent la signification qui leur convient , en même temps qu'on les voit tendre vers un objet défini. Non-seulement ils s'enchaînent de la manière la plus admirable , mais ils complètent la signification de l'Eglise à laquelle ils ajoutent un magnifique commentaire.

Si l'on se place à ce point de vue , l'Eglise doit être une : car , bien que d'autres vaisseaux aux proportions gigantesques aient peut-être été lancés sur l'Océan, il n'y en a nécessairement qu'un dans lequel Jésus daigne demeurer, c'est celui de Pierre. Lui seul est assuré de son salut . quels que soient les orages qui viennent l'assaillir, car lui seul possède

celui iHiqut'l obéissent les vents et les Ilots. Quiconque est à bord de ce navire béni est sauvé ; malheur à qui n'y est point î A lui seul est confiée l'œuvre , non-seulement de conquérir , mais plutôt encore de gagner le monde. Ce n'est pas un galion chargé de trésor , ni une pompeuse galère sur les rames de laquelle se courbent des captifs ; encore moins est-ce un redoutable vaisseau de guerre tout hérissé d'instruments de mort ; non , c'est tout simplement une barque de pêcheur , montée par des gens qui cherchent à le remplir de proies arrachées vivantes à l'abîme de la destruction. Aussi , lorsque le catholique rencontre ces vérités présentées sous la forme d'une allégorie et figurées par les actes de notre Seigneur sur la mer de Galilée , il remarque avec quelle exactitude elles s'adaptent à la théorie qu'il professe au sujet de l'Eglise dont Pierre est le chef : sa foi se retrempe dans de telles pensées, et son cœur y puise d'ineffables consolations. En effet , dans chaque détail, dans chaque mot, il découvre une intention , et il voit qu'il n'en est pas une qui n'ait été enregistrée pour lui. Ces coïncidences secondaires servent à confirmer une croyance basée sur un enseignement direct ; elles sont là pour remplir le tableau auquel elles donnent du ton et de la vie. Si le principe catholique est vrai , si Pierre était destiné à occuper dans l'Eglise de Jésus-Christ la place qu'il lui attribue , alors le moindre détail de ces récits revêt une signification, et il est constant qu'il a été soigneusement conservé pour un motif important. Otez Pierre de la place que nous lui assignons, et dès lors toute intention disparaît des récits évangéliques ; ou plutôt , nous le disons en toute révérence , ils sont de nature à confirmer ce que les protestants doivent considérer comme un système erroné.

Non-seulement le catholique se sent fortifié dans ses convictions par ces arguments supplémentaires qui viennent corroborer d'autres preuves , mais il y puise encore les plus consolantes assurances. Ce n'est point un tableau de fantaisie qui s'offre à ses regards, lorsqu'il vient à songer à la barque du pêcheur battue par la tempête. Il suit des yeux ses épreuves

DU ^(»l \i;\i iiM \mi;m 'i(H

vi scsli'ioinplics l\ hiiNcisIc inilicn ohscurdivs siècles. Il r;i|)i'i- ^•()it dans le loinliiin , (inillaiil la cùlc où jxMir la prcinicTe fois elle a r\r mise à l'eau, v\ de la NO^Miaiil, pleine de ("Oli- (iaiiee e( de séréiiilé, vei'S la ea|)ilale du monde Mais les, ])ortes de l'eiifei' iitMaideroiil pas à s'ouvrir |)oiii- Mniiii- une leni|)(Me plus luruMise (pie toutes celles (pi'l'lole pouvait déehaîn(M' du fond de ces cavernes où il tenait les vents captifs, l/abînie se soulève, et toute la ])uissance de la terre Ibnd sur l'audacieux aventurier pour le détruire :

PonU) nox incubât j»tr;i ,

Intomioro poli ot crobris mirât ignibus x\\\cv : PriTSontoin(|no viris inUMitiint omnia morlcm *.

Mais un tel sort a des charmes pour ces hardis navigateurs. L*intré[)idc escpiif poursuit sa course; tantôt il disparaît à nos yeux au milieu des fureurs de la |)ersécution , tantôt nous l'apercevons triomphant au sommet de la plus haute vague , jusqu'h ce que nous le trouvions naviguant en sûreté dans des eaux plus calmes. Pierre vient d'ôtre reconnu pour le conquérant spirituel de Rome. Toutefois , l'heure du repos n'a pas encore sonné. Après la résurrection , il avait dit : « Je vais aller pécher; » c'est là ce qui fera son* occupât io.n et ses délices jusqu'à la fin des siècles. Quel glorieux emploi! S'il s'était réjoui à la vue des cent cinquante-trois gros poissons qui formaient le produit de la pèche miraculeuse , combien son cœur dut battre avec plus de force, lorsque Patrick tira à terre ses filets sur le rivage d'Erin , lorsque Augustin jeta les siens sur les côtes d'Angleterre , et Boniface dans les eaux profondes de la Germanie , amoumt tous les habitants de ces heureuses contrées dans le vaisseau qui les attendait. Mais cet intervalle de calme et de tranquillité ne devait pas être de longue durée. Les nuages s'amoncelaient du côté du septentrion , et bientôt une nouvelle série d'orages allait éclater sur la barque qui poursuivait sa marche à travers les siècles. Le flot de l'inva-

' Virg. Enéide , I.

sioii , loui' il loui' roprôscntû j)ar les lluns , les Vandales , les Goths et les Lombards, vint à plusieurs re[)riscs s'abattre sur elle et menaça de l'engloutir. Mais le |)ècheur ne s'en émut point. Tandis que son esquif , bravant la lcmj)ètc , rejetait à la mer les cataractes qui l'avaient successivement inondé, Pierre jetait ses filets jusqu'au fond de ses abîmes , et en retirait la proie vivante qu'ils renfermaient. A ces violents orages , le calme succéda de nouveau et l'Océan sembla redevenu tranquille. Mais cette fois encore, ce n'était qu'une paix éphémère. Des tempêtes soulevées par les prétentions d'un siècle de fer et d'une féodalité indocile, assaillirent la barque enchantée de Pierre. La lutte se prolongea , pendant plusieurs siècles , et les vagues impuissantes à submerger ce vaillant esquif, vinrent se briser contre sa proue blanche d'écume. Puis survint une épreuve telle qu'on n'en avait point connue depuis longtem|)s, c'est-à-dire depuis qu'Arius et Nestorius avaient divisé l'Eglise. L'insubordination et la révolte éclatent sur le navire même. Un équipage de traîtres, désertant son bord , arme une flotte ennemie et tourne contre lui l'adresse et l'expérience qu'il a acquise dans son sein. Des ennemis redoutables, armés par les puissances de la terre , menacent de détruire et poursuivent d'une haine implacable le noble et intrépide esquif qui , sans tenir compte de leurs imprécations, accomplit sa mission. Il les voit devenir le jouet des vents , faire route isolément , sans boussole pour les diriger, se querellant les uns les autres, et ne se réunissant jamais que pour l'attaquer. L'esquif béni remarque que les autres n'ont pu emporter avec eux la grace nécessaire pour ( remplir ses plus nobles fonctions , ni lui ravir la moindre parcelle du filet apostolique. Lui seul a arboré la croix et la porte pour bannière ; lui seul peut se vanter que Pierre , dans la personne de son successeur, est assis à la barre de son gouvernail ; que dis-je? il a seul le droit de proclamer que Jésus- Christ lui-même est présent à son bord, comme il l'était à bord de la barque des pêcheurs de la mer de Galilée. Tel est le tableau qui s'offre aux regards du catholique , lorsqu'il jette les yeux sur le passé , et il y trouve une garantie pour

DU N(H \IM II.M \Mi:!S1 . 2()Ii

l'iivciiii-. Oiuiiul , il \ .1 (iiulijiics iiiiinrs ' . l'Aiif^ltli'i i c hc \r\,\ en massif pour anrlcr les pro^irs du calliolicisriK; ; qiiJiii<l on vit le poiivoii' oxrciilil', l<' |»ai Icinciil , l'I'li^lisc ('"tahlic , la prcssr el raristocTatie foriin'r iiiic li.mic itiiissaiilc pom- s'opposer à im acte |)iii'('m('iil spinliicl de Tl^^lisr ; (jii.iikI des claimnirs sVlovaiiMil de loiit(»s [)aiis conlrc nous; (piaiid tous 1rs ollbils de rrlo(jUCiu'e , (hî riiisolcncc cl de la calomiiK; se inullipliaitMit sous millo formels diverses : adresses, discours, niirdngs, paniphli^ls; ipiand enfin le journalisme redoiihlail . pendant des mois entiers , ses |)lus violentes altacjues pour surexciter les esprits vl accahlcîr la liiéraichic nouvellement constituée, doii nous venait l'espoir, ou plutôt la ferme con- (iance que nous ressentions alors , (]ue la |)aix nous serait rendue , et (pie les résultats se chargeraient de justifier la sagesse de la nouvelltî mesure adoptée par l'Eglise? Elle ne provenait pas uniquement de la certitude que nous avions que ce projet avait été soumis à de longues et mures réflexions, ni même de la haute estime que nous avions conçue pour les vertus et les qualités du pasteur suprême dont il émanait. Mais, sachant que les lettres apostoliques qu'il publia à cette occasion avaient été données sous Yannenu du pêcheur, il ne nous était pas permis de manquer de foi et de douter que ce qui était ainsi déclaré l'acte solennel de Pierre , ne participât aux promesses qui lui avaient été faites , et à l'assurance réitérée que sa barque ne serait pas engloutie par les tempêtes de la terre. Ainsi, lorsque plusieurs pontifes successifs, comme le sixième, le septième et le neuvième Pie , semblèrent être emportés hors du navire qu'ils dirigeaient pour affronter seuls toutes les fureurs de l'orage , et pour marcher sur des eaux agitées et perfides , jamais un catholique digne

* En 1850. les catholiques d'Angleferrc , dont jusque-là les intérêts spirituels avaient été administrés par des vicaires-apostoliques, eurent le bonheur de voir le pape ériger leur jiays en province ecclésiastique, avec une hiérarchie composée d'un archevêque et de douze évoques. Cette mesure, purement ecelésinstique , qualifiée par les protestants du nom d'agression papale , souleva des clameurs inouïes dans ce pays , où la liberté de conscience a tant de peine à s'acclimater.

(Note du tr.adlctelr )

iOi LES ACTES

de ce nom n'a douté un instant que cette main puissante, dans laquelle le psaliniste avait mis sa confiance et qui fut tendue à Pierre , ne s'avançAt pour les soutenir , les guider et les ramener , s'il était nécessaire , parmi les amis fidèles du sein desquels ils s'étaient vus arrachés : (c lUuc manus tua deducet me et tenebit medextera tua. »

h. Nous allons maintenant rassembler et énumérer brièvement quelques passages qui se rapportent à un point d'une importance secondaire , quoiqu'il soit loin d'être dénué d'intérêt. Au nombre des contradictions les plus inexplicables du protestantisme, il faut ranger sa théorie de l'observation du dimanche. Après avoir protesté sous toutes les forilies possibles contre la tradition et l'autorité de l'Eglise /le réformé accepte sans murmure la translation du sabbat des juifs au dimanche des chrétiens, changement qui, n'ayant pas la tradition pour base, n'a pour garant que l'autorité ecclésiastique. Jamais peut-être ce témoignage n'avait été aussi loin , jamais cette autorité n'avait accompli un acte aussi arbitraire : n'importe, le protestant l'accepte ; mais une fois cette circonstance admise, il oublie aussitôt qu'un changement a eu lieu, et il transfère au nouveau jour dejepos toutes les charges et toutes les restrictions qui pesaient sur l'ancien. Il s'efforce de ne pas remarquer que c'est le premier et non le dernier jour de la semaine; que dis-je? s'il est devenu plus grave dans ses discours par suite d'un redoublement de rigorisme dans les idées religieuses , il rejette le nom profane de dimanche, et , avec une emphase étudiée , il dit ^e sahhat. Ces deux termes sont devenus en quelque sorte les mo^S^rdre respectifs des deux camps opposés , et un catholique ne se sert jamais du dernier. Dimanche rappelle à son esprit l'idée d'un jour de sérénité et de joie , un jour où tout sourit au logis et où l'air retentit des joyeuses volées qui s'échappent du clocher de la paroisse , un jour enfin consacré à celui qui aime qu'on le serve dans la joie, et dans lequel on chante h Dieu des hymnes et des cantiques, en vaquant au noble exercice de la prière. Au contraire , le mot de sahhat n'éveille que le souvenir du

DU NOrVKAl' TKSTAMFM. -0*'»

jiiiiihnifsiiit' ^ (le voix ii;i/.ill.ii(K'S , de iiiiiics i('clii}^MH''OS, (I'liiw lhr()l()i:;i(M'h:ii;iiiH' cl d'iMlrriiuirs de I'.iimiIIcs siii' I('S(|ii('Is csl irpiiiidii nil ail- do tristesse et i\i' malaise. Il n'y a licii dansecî nom (II" snave ni de doux. Il appailienl à nnoidic (1(3 elioses (jni n'(*st plus , à des (xbliij;i>li()iis(|ne la loi d'amoiii- a m()(lifi<''es ou abolies. N'est-il pas hizariHMjn'im sysli-mc , (|irnn(' idi.^ion (jui alVeetede mettre toute sa loi dans .l('\sus-('Jirist, t!t de di'daii^ner la loi et ses (puvrcs, s'attache pircisément aux hianclies mortes de celte loi et y cherche les sues dont elle se nourrit? Un tel aveuglement ne doit-il pas (Hre eonsidf'uVî comme un jui>ement de Dieu? Après avoir i-éduit l\ ini seul joiu' par semaine le temps cpi'il consacre aux praticpies du culte , le protestantisme lait de ce jour un objet de superstition : une telle condensation ne saurait eni^endrer (jui^ la coi'ruption.

Ce qui rend cette bizarrerie ])lus incompréhensible encore, c'est que dans le Nouveau Testament elle est clairement désignée comme formant le trait saillant du caractère des pharisiens. Une personne douée d'une certaine simplicité d'esprit qui lirait l'Evangile , demanderait naturellement qui , de notre Seii^neur ou de ses ennemis , défendait la stricte observance du sabbat? Par qui le parti rigoriste y est-il représenté? L'hésitation est impossible , quand il s'agit de répondre h une pareille question.

Dans sept endroits différents de l'Evangile, notre Seigneur expose sa doctrine touchant le sabbat , et l'oppose aux objections des pharisiens. Certes , il faut qu'il ait jugé que c'était là un point important de morale et de discipline ecclésiastique , puisqu'il s'y est appesanti si fortement. Toutefois , faisons encore une fois l'application d'une règle a laquelle nous avons déjà eu recours précédemment. En supposant que notre Seigneur ne se soit jamais expliqué verbalement à cet endroit , le soin qu'ont pris les écrivains sacrés de rapporter plusieurs circonstances tendant toutes à nous pénétrer de la même idée , n'indique-t-il pas une intention conçue d'avance? Si , d'un autre côté , nous prouvons que le plus souvent il eut recours au raisonnement pour établir ce point , nous devrons

20() LES ACIFS

encore en conclure qu'il fallait un motif puissant pour raniener tant de fois le nnc^mc sujet dans un livre aussi circonscrit que l'Evangile. En d'autres termes, la môme chose répétée sept fois dans celte histoire sacrée, dont les matériaux ont été choisis parmi une multitude d'autres événements que l'on a négligés, prouve que ce sujet était agréable à Dieu, j)arce qu'il était nécessaire que nous eussions une connaissance exacte de la doctrine divine dans la nouvelle loi. De plus, cette circonstance dénote une sérieuse intention de mettre le christianisme à l'abri d'une théorie particulière, et, ajouteronsnous sans crainte de nous tromper, d'une théorie qui serait infailliblement enseignée. Il nous faut donc prendre, non des utopies, mais des systèmes réels, et déterminer ceux dont notre Seigneur a fait choix pour les enseigner et ceux qu'il a rejetés. Sans entrer dans des détails sur aucun de ces différents cas , nous nous bornerons à faire l'analyse des preuves que nous avons sous les yeux, et à les ranger sous un certain nombre de chefs.

1 "" D'abord , nous ferons remarquer que dans chacun des Evangiles on trouve plus d'une circonstance où notre Seigneur est attaqué pour ne s'être pas montré strict observateur du sabbat. Saint Matthieu et saint Marc en donnent deux exemples, saint Luc en cite quatre , dont deux sont les mêmes qui ont été rapportés par les évangélistes précédents ; enfm saint Jean en a trois , parfaitement distincts les uns des autres. Le concours des écrivains inspirés sur un point secondaire n'estil pas frappant?

2° Parmi ces divers exemples , trois consistent dans l'accomplissement de certains miracles , trois se rapportent indirectement à des œuvres miraculeuses, le septième enfin à une action ordinaire ;

3" Nous commencerons par la première catégorie. Une main desséchée est guérie en pleine synagogue ^ Remarquons

• Saint Mii'th. Xl[. 10 - Saint Marc. Itf. -2. —Saint Luc VI. G.

I>1 Nol \r vr MM \MIM f07

(jU(* r;ilUMili(Mi (Ic ((MIS ;i\iiil |tr«'';il;il»l('iii('iil clc ;itlin''(' siii Ic fiiif (jiii' c'cl.iil It' join" (111 s;il)l);il ; les |)li;uisi('iis .iv.iicnl posé hi ()iit'sl;()ii (le sii\()ir s'il ('lail |)i'iiiiis i\i' ^iKMir i\('s in;ilii(le.s CO joiii-là , c[ Jcsiis, iiprrs ;i\()ii soiilciiii (jiul cliiit l(''{^iliiii(; (i(; \v l'aire , avail coiilii in '• son assoilioii par line i^iK'risoii iiiiracu- IcMisr. Un lioiniiu' alleinl (rhulropisio vient (laFis l:i maison d'un pharisien dont noire Seiii;n(Mir esl rii(')le. (/est encore U* jour du sabb:il el ses ennemis Yohsrrrrnl. Celle l'ois, c'est lui qui leur fait à son tour la (|uesli()n (juils lui avaient jadis ]K)sée : c( r,sl-il |)ermis d(^ i^iiérir des malades \i\ jour du sabbat? )> 11 soutient encore raflirmalive, et opère un miracle h l'oppui de sa thèse ^ Une femme , courbi'^o par une maladie dont elle souIVrait depuis dix-huit ans , se trouve dans la synagogue le jour du sabbat. Elle no demande pas à être guérie, mais Jésus l'appelle, lui impose les mains et au mémo instant elle est redressi'^e. Cependant un chef do la synagogue, étant dans l'indignation de ce que Jésus l'avait guérie au jour du sabbat , dit à la multitude , car il ne voulait pas s'adresser directement h notre Seigneur contre lequel il était irrité : cell y a six jours destinés au travail , venez en ces jours-là pour être guéris et non pas le jour du sabbat -. » Alors notre Seigneur prend la parole pour justifier sa conduite , et commence sa réponse par ces paroles significatives : a hypocrites ! »

Dans l'exemple suivant, l'attaque est dirigée indirectement contre Jésus , dans la personne de celui qui a été l'objet du miracle. Notre Seigneur avait guéri un homme auprès de la piscine de Bethsaïda , en lui disant ces simples paroles : «Levez-vous, emportez votre lit, et marchez. » Celui-ci obéit. Or, ce jour-là était un jour de sabbat. Les juifs dirent donc h celui qui avait été guéri : a C'est aujourd'hui le jour du sabbat, il ne vous est pas permis d'emporter votre lit. » Plus tard, quand ils eurent appris que c'était Jésus qui lui avait donné cet ordre , ce fut lui qu'ils accablèrent de leur haine. « C'est pour cette raison que les Juifs persécutaient

< Saint Luc, XIV. ). 2 ib. XIII. 10.

'2()H Li:s ACTES

Jésus, parce qu'il faisait ces choses le jour du sabbat. » Et lorsque notre Seigneur voulut se défendre en disant que son Père n'avait point cessé d'at^nr jusqu'alors et qu'il agissait aussi incessamment , c'est-à-dire que puisque son Père continuait, le jour du sabbat, l'œuvre de sa bienfaisante providence , il faisait de même , lui qui possédait la même puissance , il ne réussit qu'à exaspérer ses ennemis. « Mais les Juifs cherchaient encore avec plus d'ardeur à le faire mourir , parce que non-seulement il ne gardait pas le sabbat, mais qu'il disait même que Dieu était son Père ^ ))

Après ce discours , notre divin Sauveur quitta Jérusalem où il était alors , pour aller enseigner en Galilée ; à son retour .dans la ville samte , il revint sur le même sujet dans les termes suivants , qui paraîtront peut-être singuliers : (( J'ai fait une seule action le jour du sabbat, et vous en êtes tous surpris. Cepen.dant Moïse nous ayant donné la loi de la circoncision , quoiqu'elle vienne des patriarches et non de Moïse , vous ne laissez pas de circoncire au jour du sabbat. Si un homme peut recevoir la circoncision le jour du sabbat, sans que la loi de Moïse soit violée , pourquoi vous mettez-vous en colère contre moi, parce que j'ai guéri un homme dans tout son corps le jour du sabbat^? » Or , nul miracle ne précède ce discours dans le récit évangélique , et comme nous ne pouvons guère admettre que ce soit une allusion à un miracle antérieur ( car notre Seigneur ne se serait pas servi , pour le désigner, de ces mots une seule action, puis que tant d'autres prodiges avaient été accomplis dans l'intervalle), nous sommes naturellement amenés à supposer que saint Jean , ou plutôt le Saint-Esprit , jugea qu'il était plus important de conserver le discours que le miracle. Ce dernier a donc été omis , et le premier seul est venu jusqu'à nous.

L'esprit pharisaïque se réveille encore une fois lorsque Jésus opère le plus sévèrement jugé de tous ses miracles , la guérison del'aveugle-né. Il lui aurait sutfi, ])Our rendre la vie

* Saint Jrnn, V. 1. '^ Ib. Vil 22.

hi \(»l \ I U II sf WHM H)*à

à (N'l ililni'lillic (Ic iHolci'iM' line |i.ii()l(' on sitn|ili'tiit*iil (l<- !'• loiicluM". II piM'I'i'i";! le i;ii<'iir |iiii' cc (lu'on poiinait iippi'ln iin tr:i\;iil inrM',-iiU(|ii(* , on i\\\ moins riMiini-l II lit d*' l.i hone r\ . ;iv(»c ('(Mir 1)0111' , il oii^nil les sciix i\{' crl homme. uOr, r/ôlait lo jour (111 s;il)l):il (|n(' Ji'sns aviiit fiiit celle 1)0 i(î cl lui .ivail ouv(M'l les yiMix. » (!cllrscul(î cotisidérnlion siiflit aux pharisiens pour rejeter le miracle : a Col homme, diseul-ils, n'est j)()iiit (Mivoyé (le Dieu, piiisijii'il ne i^ardi* pas le sahhat '. «

Il reste (MieorcMin e\empl(\ hMpiel ne s(M"altache i» aucune 0[)ération miiaeiiIcMise , mais (pii néanmoins est rapporté f)ar Irois évangélistes. 1/ineidcnl en lui-même n'est qu'une bagatelle , mais la leçon qui en découle est Irès-imporlanti;. Jésus passait le loni^ d'un champ de h\v le jour du sabbat, et ses disciples , ayant faim , se minant ii rompre des épis et à en mani^er. (r que les pharisiens^ voyant , ils lui dirent : c( Voilà vos disciples qui font ce qu'il n'est j)as i)ermis de faire le jouidu sabbat. )^ Notre Seigneur se lève pour les défendre luimême. Ce qui donne un intérêt particuher ;i cet épisode, c'est que chacun des évangélistes qui le rapporte , |)asse immédiatement au récit de la main desséchée , comme si notre Seigneur avait opéré ce miracle exprès pour justifier ses apôtres.

i" De tous ces faits, nous pouvons conclure que, dans sept difTérentes occasions, des discussions sur la manière dont il convient d'observer le sabbat , s'étant élevées entre notre Seigneur elles Juifs, Jésus-Christ se prononça toujours pour l'opinion la plus douce et la plus modérée, tandis que ses adversaires étaient les partisans déclarés de l'intolérance. Or, la même divergence d'opinion existe aujourd'hui sur ce point, entre les catholiques et les protestants , et il n'est pas difficile de dire qui , parmi les nouveaux antagonistes , s'est range sous le drapeau de Jésus-Christ et qui combat dans le camp

' Saint Jean, IX. 14.

- Saint Matth.XI! 1. — Saint Marc, M. 23. —Saint Lu.- , VI. 1.

uiL. 44

:^|0 LES ACTKS

des Juifs. Mills, dira-t-on ])(nil-iHre , dans chacun des exemples cités plus haut , les Juifs déploient, à l'égard du sabbat, un zèle indiscret et qu'ils poussent infiniment au delà des exigences du plus fougueux sabbataire de nos jours. — Je n'en répondrais point. En effet , sans remonter aux beaux jours du puritanisme pour trouver des exemples d'une extrême rigueur à ce sujet , sans môme aller jusqu'à Banbury pour évoquer le souvenir d'un exemple sévère destiné à inculquer le respect du sabbat à la race féline en général , et en particulier à un pauvre chat qui s'était permis de prendre des souris le dimanche , nous nous rappelons un événement plus récent et bien autrement sérieux. 11 y a à peine quelques années qu'une personne mourut d'inanition dans une grande ville de l'ouest de l'Angleterre, parce que la société à laquelle on s'adressa pour obtenir des secours refusa impitoyablement de les donner le jour du Seigneur ! Plus dernièrement encore ^ , les journaux retentissaient d'un autre fait du même genre. Il s'agissait cette fois d'une dame , appartenant à une grande famille d'Ecosse , qui implora en vain l'administration des chemins de fer de lui fournir des moyens de transport , pour se rendre au lit de mort d'une proche parente. On rejeta sa demande et cependant des trains-postes, complètement vides, passaient et repassaient constamment. Nous savons aussi de bonne source qu'un ecclésiastique catholique , qui occupe un rang élevé dans l'église d'Ecosse, éprouva un refus semblable, lorsqu'il n'avait pas d'autres moyens à sa disposition pour porter les derniers secours de la religion à un de ses paroissiens mourants. Dans ces différents cas , l'observance du sabbat est évidemment préféré à l'exercice de la charité, bien que , dans une circonstance , la mort ait pu en être , comme elle en a été effectivement , la conséquence. N'est-ce pas là la dernière expression du principe pharisaïque : venez vous faire guérir les jours de la semaine ? Dans le fait , qu'au-

^ Quelle que soit la rigueur avec laquelle les anglicans observent le sabbat , les presbytériens d'Ecosse les laissent bien loin derrière eux sous ce rapport.

iNoTE DU TRADUCTEUR.)

hi N(M NKAl iKSiAMKM . J\ I

liiit |KM'»lii iiiicim (les (|ii;ili(' mroiliim's (|iii Inifiit j^iHM'is ii dessein le jour do sahhiil, s'il ciil :it(('ii(iii |iis(jii'.iii l('ii(lein;iiii ? Après dix-luiit on Irente-six ims dt* soii(lVanc(;s , iiii jour dc plus n'iiuiiul |»;is l";iil une dilVéreiicc, l)icn sensible; I'liydmj)i(pie pouvait eiieorc^ inareher , par eoiiS(''(|ueul il im'I.iiI pas en danger ininiédial ; (juanl l\ la main desséchée , ses services n'étaient pas d'uiu^ ijiande iitilih» un jour de sabbat juif. Si done notre Seii!;neur avait dit dans ces deux cas : u Venez demain et je vous ij;uérirai , car aujourd'hui c'est le jour du sabbat, » il aurait |)rol'éré une parole dont les murs d'Excîter Hall retentiraient sans cesse , et donné un texte que les faiseurs de pam|)hlets protestants auraient stéréotypé sur tous leurs exemplaires et qu'ils auraient £j;ravé et donné comme exemple d'écriture h tous les petits enfants. Mais Jésus dit précisément le contraire en toutes les occasions ; et nous voyons les partisans de la superstition du sabbat, ceux qui prétendent prendre notre Seigneur })0ur modèle en toute 'chose, détourner volontairement leur attention de ce qu'il a enseigné sur ce point , ne tenir aucun compte de ses paroles et courir chercher leurs inspirations dans la loi de crainte , dans ses rigueurs abohes, que dis-je? dans ses traditions exagérées.

5° D'un autre côté , ils accusent les papistes , surtout ceux du continent , d'être des violateurs habituels du sabbat. Nous condamnons complètement toute violation des lois de l'Eglise , partant toute espèce de trafic , de travaux publics , de ventes , d'achats , en un mot toutes les affaires qui ne sont point de stricte nécessité. Mais nous ne réprouvons pas moins l'extrême contraire qui constitue le principe protestant. Repos n'a jamais voulu dire oisiveté, et l'Eglise n'a jamais eu l'intention de faire de ses fêtes des jours de tristesse et de deuil. On ne peut s'empêcher d'être frappé de la sévérité du langage de notre Seigneur, lorsqu'il condamne la manière d'observer le sabbat que nos réformateurs modernes ont adoptée : « Hypocrites ! » s'écrie-t-il. Et l'imputation de ce vice odieux est pleinement justifiée par ce que nous lisons dans les divers

LKS ACiKS

|)a-;sai<.'S au\(iii('ls nous a\iiii.s fail allnsoii. I.(;s |)aiivies disciples ayaiil f.iim , cueillirent quelques épis joui- les manger. Les pharisiens s'écrient aussitôt : '< Voilii que vos disciples font ce qu'il n'est pas permis de faire le joui' du sabbat. » Ailleurs, nous voyons (( qu'un jour du sabbat , Jésus entra dans la maison d'un des princi})aux pharisiens , pour y prendre un repas , et ceux qui étaient lii l'observaient. » Or, n'esl-cepas exactement ce que font nos sabbataires modernes ? Ils ont une mesure pour le riche' et une autre pour le pauvre. Celui-ci ne peut pas cueillir un épi de blé le jour du sabbat , sans que le riche le reprenne aussitôt ; après quoi , ce dernier s'en revient chez lui faire un somptueux repas avec ses amis. On proposait bien , il y a quelques années , de supprimer, le dimanche , le service des fours publics , c'est-à-dire l'unique moyen que possèdent les pauvres de se procurer un repas chaud dans le seul joui^de repos qui leur soit accordé ; mais il n'est jamais venu h l'idée d'un sir Andrew quelconque de lancer l'interdit sur les fourneaux et sur les broches des cuisines aristocratiques. Il y a un mélange repoussant d'hypocrisie et de profanation dans le spectacle qu'on contemple le dimanche à la porte des principales églises écossaises. Une vingtaine d'équipages, avec leurs accessoires humains , attendent à leur sortie des gens qui écoutent dévotement un sermon contre les voyages du dimanche. Nous n'avons jamais entendu dire non plus que l'éloquent Boanerges se soit permis d'articuler une parole de blâme à l'adresse des gens de la haute société , ni qu'il n-t trouvé mauvais le zèle avec lequel ils font peser le joug de la loi sur les épaules déjà surchargées des pauvres. Soyez-en certains, il ne les a jamais appelés hypocrites, et cependant cela est dans l'Ecriture.

6" Quelque inconséquente que fût la théorie du pharisien qui se réservait un souper succulent et se scandalisait à la vue d'un pauvre homme qui, ayant faim, cueillait quelques épis pour les manger , notre Seigneur n'hésita pas à venir partager son repas , car il avait en vue une leçon utile à notre instruction. Aussi, pour justifier sa conduite, guérit- il

rhoimiic li\(lr(>iii(|iir , UmjucI s'i-LuI luoliiihh'rijfnl |ii'<'srtili* iiNcr l:i (•(Minivi'iKU' du mailrc dii lo;^is , i*;ii I'-lm-ci , jiinsi (jiic vSCs iimis ohscrrdil, Jcsiis. Toiilrlbis/son ni<*in'is pour les préjugés d(\s Juifs alhi pins loin (Micoit. il .illVonl.i Iciii- li.iinc et leurs [)orsr('ulions poin- exposer au i^iaiid joui' sa manièro de voir el d'a^ii' ;i l'cMulroil du sabbal. Saiut Luc nous apprend (JU(; les scribes el les pharisiens , en le v;)^ anl (merer des Lçuérisons ce joui'-là , ('((tient rcin/ilis de jitrcitr ni rpiils s'cnfiu*- (oinioiit rtfscfnhli' de ce (/x'i/s pintvrtiicitl jaii'i' contvp Jêsîis. Sainl Mallliieu ivsl plus explicite el nous dil (pic, dans cette délibération , ils c/icrc/Kiii'iil les nwi/ens de d(''friiire J/'sus. (( C'est poui' celte raison , dit saint Jean , (pie les Juifs persécutaient Jésus, parce (pi'il faisait ces choses le jourchi sabbat. » Ce mépris poiu' les préjugés et h^s superstitions des Juifs, le fait seul que Jésus brava leur haine (M leurs persecutions , pour faire triompher un principe sur un tel sujet, imprime à la théorie de ces hommes \v sceau de la méchanceté et de la réprobation. Jésus, si bon et si doux, Jésus ipii était veiui f)Our accomplir toute justice, qui alïirmait , hardiment et avec l'autorité de la vérité divine, que pas un iota , pas un point de la loi ne passerait, Jésus qui en observa lui-même toutes les prescriptions, depuis sa douzième année juscju'h la veille de sa mort , Jésus qui ne voulait pas écraser le roseau brisé , ni éteindre la mèche fumante , tant il pesait légèrement sur la terre , Jésus enfin qui était piét à racheter l'ame du jilus cynique pharisien, au même prix que celle de sa sainte Mère , dut nécessairement considérer comme un principe dangereux celui qu'il écrasa impitoyablement par sept fois ; et , pour le déraciner, il brava la fureur et la haine d'un jjarti tout-puissant dans l'Eglise et dans l'Etat. De là le moraliste catholique conclut que le terme scandahim pharisaicum est oj^posé a celui-ci : scandalum piisillorum ; nous pouvons sans danger dédaigner le premier, mais le second , jamais.

7" Entui. notre Seigneur dont l'exemple justifie d'une manière si éclatante les idées modérées et chrétiennes de l'Eglise catholique sur cette importante matière, pose des

il i LES ACTES

principes conformes ii sa conduite, hîsquels forment la base de la conduite de cette Eglise. « Lx3 Fils de l'homme est aussi le maître du sabbat; le sabbat a été fait pour l'homme , et non l'homme [)Our le sabbat. » Toute notre doctrine et toute notre^ discipline sur ce point se trouve dans ce double aphorisme. Celui qui s'est déclaré le maître du sabbat a dit aussi à ses disciples : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre : je vous envoie comme mon Père m'a envoyé. » Le sabbat rentrait dans le cercle de leurs attributions ; et le catholique acquiesce volontiers à l'acte d'autorité que firent les apôtres, lorsqu'ils transférèrent au dimanche les obligations du sabbat. Si d'un autre côté le sabbat a été institué pour l'utilité de l'homme, et non pour que l'homme soit l'esclave du sabbat, il s'ensuit que les véritables intérêts de l'homme doivent être la règle d'après laquelle l'Eglise formulera ses principes sur ce point. La maussaderie et la débauche sont également loin de sa pensée : et jamais l'épouse de Jésus- Christ n'aurait inventé , pour passer le jour du repos , cette méthode absurde qui consiste à en vouer la matinée à la tristesse et la soirée à la dissipation Elle n'y aurait pas entassé les devoirs spirituels des six autres jours de la semaine , ce qui en fait un joug insupportable. Elle n'aurait pas, pour le sanctifier, proscrit , ce jour-là, jusqu'aux œuvres de charité. Enfin , elle ne l'aurait pas consacré à uiïe stupide oisiveté , en interdisant toute espèce de récréations innocentes , une douce et salutaire gaîté. En effet, ce n'aurait pas été là considérer et traiter l'institution du sabbat comme étant faite pour l'homme : il ne peut en être ainsi que lorsqu'elle contribue à son bonheur , c'est-à-dire lorsqu'elle éclaire son esprit , qu'elle applique son intelligence à des objets dignes de la captiver, que par une douce influence, elle répand dans toute sa personne, un sentiment de bienveillance inaltérable , qu'elle élève ses pensées par les cérémonies d'un culte noble et pompeux , qu'elle resserre les hens de la famille et de la société en les épurant, qu'elle communique au corps une vigueur nouvelle, , en lui permettant de^rendre le repos dont il a besoin^avec l une récréation modérée ; lorsque enfin elle soumet~l'ame ,

mi Noi vKAi ri:si \mkm . :: 1 •>

nil |()m' sur scpl , ;i lii (lisciplinc saliiliiiic (1(î In rcli.ijion , cl plus (Micorn ;i la doiico inlliuMicc du rcj^aid de Dion doiil , cc jom-lii, on sen! micMix la présciK'O, la honir rl la i;randeijr, car si son (imI redouble do vi^ihncci à IN'i^'ard du mal , il est éiçalcMucul (Mivoil |)oui' voii- les honnos aclious (juc nous faisons. Voilà U) joui- du Sci.^nour sous la nouvelle loi , voilii le dimancluMjuc hi i^loire du liiinament spirituel ilh.ininc lout entier.

5. Nous avons coinnicncé cet essai par quel(jues considération sur l'enfance du Sauv(Mir ; nous allons terminer par une rétlexion sur la dernière action de sa vie. Nous j)renons rengagement dVMre aussi bref que possible.

Ici, comme dans la plus noble tragédie, l'action devient l'équivalent de la souffrance, et l'on peut dire qiie notre Rédem[)teur fait pour l'homme tout ce que l'homme fait contre lui. Or, à notre avis , rien n'est plus propre à décider la question de savoir laquelle , de l'Eglise catholique ou de l'Eglise protestante , a le droit de s'appeler la religion du Nouveau Testament, que la vue des sentiments que font naître respectivement , dans l'une et dans l'autre, les pages les plus solennelles de l'Ecriture, celles où est rapporté l'acte final de la rédemj)tion. 11 est de l'essence môme du protestantisme moderne de traiter ce grand acte comme une pure abstraction. Leur esprit s'est habitué à n'y voir que l'accomplissement d'une expiation dont la mort a été l'instrument. Par un calcul éminemment égoïste , le prix de l'objet acheté et cet objet lui-même sont transférés à l'ame de l'individu , laquelle était devenue la propriété de celui qui l'avait achetée si cher , sans que nul songe à les rapporter à leur possesseur légitime. La contemplation n'entre pour rien dans l'idée que le protestant se forme de la passion , elle se réduit à une application personnelle. Pour mieux faire ressortir la différence qui existe entre cette manici e de voir et le point de vue catholique , on nous permettra peut-être d'avoir recours à une parabole fort simple et fort courte.

? 1 f) LES An FS

Supposons deux JLMiiies dissipaleiii S, |)our lesquels un père plein (le tendresse s'est j)orté caution : le jour de régler les com))tes est arrive , et il vient volontiers remplir ses engagements. L'un de ses fils est là , animé j)eut-ètre d'une eertaine reconnaissance , mais il reste froid et calcule. Sans faire attention aux sommes considérables qui viennent d'être comptées, il attend avec impatience que la dernière pièce de monnaie ait été jetée sur la table ; alors , phnn de joie . il s'écrie : k Je suis libre ! » et s'en va. Mais l'autre contemple d'un air sérieux \c, moindre centime de cette somme immense, parce qu'il se rappelle tout ce qu'il en a coûté ;» son père pour l'amasser. Chaque pièce lui représente le fruit d'une privation endurée . de quelque cruelle humiliation subie. Sur l'une il lit le souvenir de la faim qui a torturé son père , sur l'autre les pénibles travaux auxquels il s'est livré. En voyant verser le contenu d'un sac , il se rappelle que cet argent a valu à son possesseur les calomnies et la haine de ses amis , ou bien qu'il a été acquis pai* la ])erte de ceux qui lui étaient le plus chers. A chaque versement , il observe les traits de son père chéri . il remarque sa douleur muette et les diverses émotions qui se peignent sur son maie visage , à mesure que ces tristes souvenirs se succèdent dans son cœur , et , bien qu'à la pensée de ce qu'il vient de faire pour ses enfants , l'amour paternel amène un sourire sur ses lèvres lorsque la dernière obole s'échappe de sa main , ce sourire même achève de briser le cœur du bon fils, et il ne songe plus qu'il est libre . lors qu'il voit ce que sa libération coûte à son père. Il ne pense pas ii lui-même , car l'amour n'est pas égoïste. H ne s'en va pas en chantant : « Ma rançon est payée , je suis libre ! » Il se jette aux pieds de son père en s'écriant : « vous m'avez acheté , je suis à vous ! »

Telle est , cro\ ons-nous , la véritable différence qui existe entre l'idée que les protestants et les catholiques se forment respectivement de la passion de notre Seigneur. L'un la re^ai de avec les veux de l'intérêt . l'autre avec les veux de l'amour. Pour le protestant rien ne serait changé , si la mort

in Nni \ K M II si VMIM i I /

tic iiolii' S •ii;iii'iii t'liiil siiii:»|cini'iil coiisi};!!!'»* (l,iii> ThNan i^ile, el (|iM' rcciiviim s.nic cut siijijuiinr les circoiislancfh (|iii roil |)i t'ccdi'r el iicc()m|);ii,Mît'('. II ii'n .iiiiail perdu .luciiur (MHolMtii ill. (r;i|HTs son syslèinr , .iikuii .ivanlnj^c. Que lui procure lii cnicllc. ;iii;oiiic dans je jardiii (\i' (iclhsémniii? vr u'csl p;is \,\ (jii'il IroiiM' s;i rcdciuplioii. One p;;i^nel-il i\ CCS pliiics doiil Ic loucl des bourreaux meurlril le corps du Snuvoui? ce n'est pas lii sa rançon. Oiiel profit rc'tire-l-il des hominai^cs (lérisoir(\s riMidus au loi couioinK' d'épines? ce n'est point là ce (]ui consomme son salut. Puis, cpie font pour lui Marie (*t Jean au pied de la croix? il declare? (ju'il ne s'en inquiète point. Que lui imjioile (jiie la robcî sans coutur(î ait été tirée au soil ? elle n'oIVre point ;i son esprit rembléme d'un profond mystèr(Ml(* la toi. Pourvu (pi'il saisisse l'instant où le dei'nier soupir s'échappe des lèvres de la victime . il est satisfait; — car c'est l'expiatiori dont il avait besoin.

Cependant , toutes les souHrances que nous venons d'éniimérer ont été endurées pour l'amour de nous , et rapportées pour notie avantai^e. Bien que la dernière pièce ait complété le prix de notre rançon, toutes les autres ont contribué ii former la somme. Car qui oserait dire que notre Seigneur ait fait quoi que ce soit en vain , quoi que ce soit de superflu ? Il était généreux sans doute, mais non prodigue. C'est ])Ourt|uoi le catholique recueille précieusement dans son cœur le moindre don de son amour , car le plus petit a une valeur immense. De cette délicatesse exquise de la perception catholique nail un sentiment de la réalité, un ra|)prochement d'émotions qui fait revivre dans notre esprit, et même nous met sous les yeux, des événements entre nous et lesquels le temps a mis un espace de dix-huit siècles. De l'autre côté nous trouvons des généralités vagues et vaporeuses qui ne représentent qu'une abstraction de l'esprit , au lieu d'un fait positif. Cette absence de réalité engendre une espèce d'incrédulité qui sape sourdement les fondements du christianisme. L'esprit s'habitue h ridée qu'il n'est pas nécessaire de s'embarrasser des détails , tant qu'on est assuré de la vérité principale. v( Le Christ est

ils Li:s ACTES

mort pour nous , peu importe comment , » voilà ie seul dogme nécessaire à un membre de l'Eglise évangélique.

Il est encore un point de vue dont l'œil du protestant se détourne habituellement , mais sur lequel le catholique arrête hardiment ses regards ; nous voulons parler du tableau qyie présente le cercle complet des mystères divins, lorsque le commencement et la fm de l'Evangile, en se rejoignant, unissent d'une manière indissoluble l'Incarnation et la mort de Jésus-Christ. Le premier de ces grands mystères n'occupe pas une place proéminente dans le protestantisme moderne , parce qu'il répugne à sa foi timide de croire que celui qui est mort était le Verbe incarné. Or, c'est précisément le manque d'une foi robuste qui engendre cette tendance dont nous parlions , à généraliser la doctrine , et à la rejeter dans le vague. Dites à un protestant : (( Dieu a été frappé au visage ; Dieu a été battu de verges ; Dieu a été couronné d'épines , » il n'ose point regarder en face cette doctrine. L'œil de l'aigle qui peut regarder fixement le soleil n'appartient pas à son système; il n'est qu'un oiseau lâche et poltron. Il se sent incapable de saisir ce redoutable mystère. S'il niait la divinité de notre Seigneur, l'expiation disparaîtrait aussitôt. Mais il n'est pas assez hardi pour contempler le dogme lui-même dans ses divines applications, et il éprouve une horreur instinctive pour les phrases du genre de celles que nous venons de citer. Il en est choqué : elles lui paraissent malsonnantes et presque profanes. C'est ainsi qu'il est amené à faire abstraction dans son esprit des conséquences détaillées de l'Incarnation, et à s'arrêter à la perception imparfaite de deux doctrines qu'il n'a pas le courage de fondre ensemble. Le socinisme devient alors le dernier mot de ceux qui ont échoué dans la tentative qu'ils ont faite pour croire.

L'Eghse catholique est étrangère à ces oscillations. Elle poursuit une doctrine à travers les dédales de l'autre et les attache ensemble d'une manière indissoluble. L'enfant et la victime sont également des réalités , ou plutôt ils n'en forment qu'une seule dont Dieu est à la fois le principe et la fin ; Dieu

im N(U!VKAU TKSiAMKM. .iW^

s'y rt'lroiivc parloiil , dans la faiblosso el dans la jniissaMCfî , dans rohscuritr coinino dans la splondcur , dans les souffrances roinnu^ dans la i^loirc. liicn n'est |)('til en lui, rien n'est indigne de sa grandeur ; la rolx^ d'insensé est aussi sacrée sur ses épaules , (jue le inanleau éel.ilant ch* blancheur dont il était rev(Mu sin- le Tliahor ; le fouet de corde dans sa main levée est aussi ledoutahle (jue la foudre; il y a autant de sagesse dans les premières parohvs (jue bégaie sa bouche enfantine , que dans son sermon sur la montagne ; enfin, une plaie sur son corps est aussi belle aux yeux des anges, aussi digne de l'adoration des honunes, (jue le rayon de lumière dont son premier sourire illumina le visage de sa mère. Voilà comme croit l'Eglise , voilà comme elle réalise sa foi. Elle seule comprend la véritable doctrine de la mort du Sauveur, telle qu'il l'a lui-même expliquée , car nul autre n'a jamais tiré de ses actes divins cette leçon sublime , que l'amour aussi bien que la foi est une condition essentielle du pardon , et c'est l'amour qui s'arrête avec complaisance sur chaque détail d'amour.

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