‹ Mélanges religieux, scientifiques et littérairesChapitre 5 sur 30 · LA PREMIÈRE ÉPITRE DE SAINT JEAN · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE ÉPITRE DE SAINT JEAN

AU RÉDACTIÎUU EN CIlF.l' DU CATHOUC MAGA'/.INK

Sur ([uclqucs points do controverse

au sujet (lu verset 7 du cinquième chapitre do la première épttro de saint Jean V

avec des considiMations sur l'origine do la promièro version latine

de l'Ecriture, connue sous le nom d7/a/a-.

Mon cher monsieur ,

Un recueil périodique comme le vôtre me paraît la voie la plus convenable pour publier des recherches sur certains points de la littérature sacrée qui , par suite de leur aature isolée et partielle , ne méritent peut-être pas les honneurs d'une publication spéciale. C'est pourquoi je ne chercherai point à me justifier auprès de vous , ni auprès de vos lecteurs , en venant vous transmettre aujourd'hui quelques remarques sur plusieurs points de l'importante controverse

* Très sunt qui testimonium dant in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus , et hi très wium sunt.

■■^ Ces deux lettres sont datées de Rome , et ont été écrites à l'époque où Monseigneur Wiseman était directeur du collège anglais dans cette ville (1832).

<|(it s'csl t'ltn'j'c all sujet dii lamnix viM'set 1'' du cinquième cliapitre de la j)remiei'(* épîlrc. de saint Jean. Ces observations a| (paraîtront plut(M sous la fo'me do notes jetées sur le papier, que sous celle d'iuie disscMtation com[)lète. A vrai dire même, je prévois, dès le début , que mon travail manquera essentiellement d'ensemble , car je serai [)robablement entraîné h donner mon humble opinion sur diverses choses qui n'ont point un rapport immédiat avec l'objet j)rincipal de mes recherches.

Les plus solides preuves peut-être à l'appui de ce passage si longtemps controversé , consistent dans l'autorité des témoignages latins, dans la Vulgate et dans les écrits des Pères de l'Eghse latine. Ceux mêmes qui contestent l'authenticité de ce verset , sont forcés d'admettre qu'on le retrouve dans la plupart des manuscrits latins, mais ils allèguent par contre que les plus anciens de ces manuscrits ne le contiennent jjas. Le docteur Porson insiste sur cet argument dans les termes suivants : « A quoi faut-il nous en rapporter , à l'âge ou au nombre? D'un côté , les témoins sont des personnages graves , respectables jrar leur age et qui vivaient à une époque plus rapprochée de celle où se passa le fait qu'ils aiïirment : de plus, ils sont tous unanimes dans-leur témoignage , tandis que leurs adversaires , bien que supérieurs en nombre, écrivaient beaucoup plus tard et, par conséquent, ne peuvent être considérés comme des juges compétents de ces matières ^ » Quelle est l'antiquité respectivement attribuée par le savant docteur à chaque classe de témoignages? D'après ses observations sur les deux manuscrits de la Bibliothèque harléienne , il semble que, selon lui, le verset en question n'existe dans aucun manuscrit latin antérieur au dixième siècle. En effet, voici ce qu'il dit : (( Le manuscrit porté sous le luiméro 7551 au catalogue de la collection harléienne , contient trois exemplaires de la première épître

1 Lettres à M. rarchi(iiarro Travis, en réponse k la Défense des trois témoins eélestes. Lond. 1790.

Sl'll I, A I'HKMIKHK r^l'lillK DK SAIN I JKA.%. :?f:")

(Ic saint .lean \.r iiiciiiicr scinhic iciiioiilci an •lixiciiiisirch; , 1(5 second an niMivicinc , el lonsdcMix onicllcnt cc (jiii (U)n(:(Miu' l(\s liois Irinoins crhistos. » D'un aulrccAlé, le pins anliijiKulcs nr.UHisciils on il sii^nalt; TahsiMuu* (In 7" versci csl Ic ('él(H)iv li'clionnairc pnhln'' pai' iMaliillon , IccjncI passe ponr avoir mille (h'n\ eenis ans d'(!xistenee , ce (jni le leiail i cnionter an vn'' siècle. L(; sentiment de Gi"iesb;u;li païaît couicider avec celni du docteur Poison an sujet des dales |)iéeédentes : a Codices laliui mile s(vailiiin nonnm scripli vcrsum se])linuini plane iion habent a prima iiuuiu. Invenitur in nonnnUis sariilo decimo exaraiis ; fartasse eliam a prima manu in una et altera sœcido nono scripto , si quidcm de earum œtate rectejudicarunt qui eos tractaverunt^ . »

Monsieur llornc , en traitant ce sujet , a commis une singulière inadvertance , que du reste on s'exj)li(|uc ])arfaitement chez un compilateur qui n'a pas to'ijours pris soin de concilier les passages contradictoires qu'il a recueillis dans des auteurs difïérents. Il dit : a Ce passage n'apparaît dans aucun manuscrit (latin) antérieur au dixième siècle. » Quelques lignes plus bas, à la mémo page et dans le même paragraphe, il poursuit en ces termes : (c Apres le huitième siècle , Vinsertion en devient générale . En effet, dans les manuscrits postérieurs c\ cette époque, on retrouve généralement , mais non toujours , ce verset dans le corps du texte ^. )^ Les manuscrits latins appartenant à la période qui relie ces deux dates , c'est-à-dire au neuvième siècle , doivent être des documents excessivement intéressants. Contiennent-ils' ou omettent-ils le fameux verset? S'ils le contiennent, la première assertion de monsieur Horne est incorrecte ; s'ils l'omettent , c'est la seconde qui tombe à faux.

Comme -il est évidemment de la plus haute importance que tout ce qui tend à jeter du jour sur cette grande question

1 Nov. Testam. éd. Lond, 1818, vol. 11. p. 640. ^

2 Introduction à l'étude critique et à la connaissance des saintes Ecritures. B'^édit. Lond. 1828, vol. 4. p. 468.

soil mis SOUS les yeux du public, robjet |)iinci|);il (Jiuî nous nous sommes proposé dans celle coirespondance est de présenter (juekjues observations sur deux manuscrits latins d'une date antérieure à celle que les adversaires de l'aulhenlicité du verset ont attribuée jusqu'ici aux manuscrits qui le renferment. Or, nous ferons voir qu'il se trouve dans ces deux manuscrits. Le premier document sur lequel je désire appeler l'attention des critiques, est un magnifique manuscrit de la Vulgate , conservé dans le vénérable monastère des bénédictins de la Cava , situé entre Naples et Salerne. Les archives de cette antique demeure renferment plus de trente mille rouleaux de parchemin dont quelques-uns remontent à une époque fort ancienne; la bibliothèque possède aussi plusieurs manuscrits précieux. L'un d'eux est l'exemplaire de la Vulgate auquel nous avons fait allusion plus haut. Visitant cette partie de l'Italie, il y a quelques années, nous nous détournâmes de notre chemin pour explorer le monastère , avec le désir exprès de consulter le précieux manuscrit. Toutefois nous eûmes bientôt une occasion plus favorable d'en étudier le texte , car l'infatigable monsignor Mai , bibliothécaire du Vatican , le jugea d'une assez haute valeur pour mériter qu'on en fît une copie exacte. Ce travail fut aussitôt entrepris par l'ordre du pape Léon xii , et vers le milieu de l'été de mil huit cent trente-un, les dernières feuilles étaient déposées dans la bibliothèque du Vatican par le père Rossi, archiviste de la Cava. Il serait difficile, sans avoir été sur les lieux , de dire quelles peines et quels soins cette transcription a coûtée. 11 ne s'agissait de rien moins que de copier ligne pour ligne , mot pour mot , l'Ancien Testament et le Nouveau , en imitant exactement les peintures et les ornements dont il était couvert. Outre deux copies aussi parfaites qu'il fit de ce manuscrit , le savant et actif archiviste trouva , dans l'espace de deux ans , le temps nécessaire pour mettre en ordre ses archives tout entières et pour dresser un catalogue raisonné de neuf mille documents.

SI U I, A I'llKMIKHK lil'IIUIv hi: SUM JKAN ^ J

N'iiN.iiil i|ii(' |KM (Ic l('iii|)s ;i consiicrci ."i riiispcclioii «In mamis(;iil ()ri;;;inal , ikmis (l'imcs nous (•(MilciiItT d's jrlcr un (U)iij) (I'dMl r.ij)i(l(' (|iii lit' nous pMinil p.is d' |»(»ilt'f iiii jii^^'ciiuMil iissiirc siir riintiijiiili'' ;i hKjiicllc il icnioiilc. II csl sjilcn- (iidiMnrnt pciiilsiir vcliii el lormc un foil \oIniiic in-(|u;ir(o : ('ha(|Ui' pai^c est iliviséc en trois colonnes eoiiiine dans Ic (•('•!(•- I)!i> manusci il , nuinéio I iOl) , du Valican. I)('s points [ilacés eà el là loiincnl la seule sé|)aralion enircî les mots. Les caractères sont d'une linesse extnhiio : les lettres initiales de ehaijue paraii;ra|)lu\ un peu plus û;rand(^s (jue les autres, s(î trouvent rejetées en deliois dt\s lij^nes ; (piant aux notes éeriles à la niari2;e, il faut une forte loupe pour [Parvenir ;i les déchiirrer. Toutefois, il existe une description complète et détaillée de ce manuscrit, publiée par l'abbé Kozan (jui a recueilli avec soin toutes les données ii l'aide desquelles il pouvait espérer d'en déterminer Tage. Nous allons faire connaître le résultat de ses investiii;ations*.

Sur les trente-un signes caractéristiques observés par l'abbé Rozan, treize sont cités dans le traité de Di])lomatique comme étant les preuves d'une haute antiquité ; cinq comme désignant une époque antérieure au neuvième siècle; trois, comme indiquant une période qui ne saurait être postérieure au huitième ; quatre comme étant des marques décisives du septième au plus tard; et quatre comme représentant des traits caractéristiques du sixième. Quant aux deux derniers , ils sont trop vagues pour être de quelque utilité. Il est vrai que Tabbé Rozan luimême voit des inconvénients à attribuer une trop haute antiquité à ce manuscrit , et ses objections reposent surtout sur la finesse des caractères et sur la forme des lettres , dont quelques-unes sont des minuscules. Mais il résout cette difficulté en citant des exemples de lettres semblables qu'on retrouve dans des manuscrits du cinquième siècle ; aussi est-ce avec une ^extrême surprise que ses lecteurs le voient conclure que le manuscrit en question ne compte que 1000 ans d'existence.

' Lettre à M. le bibliothécaire de là bibliothèque du roi de Naples (ISS?).

i'iH LETTRES

Une telle conclusion semble , d'après la manière dont il s'ex- ])rime , découler moins des prémisses que de la crainte qu'il éjjrouve de voir ses éloges taxés d'exagération.

Peut-être ne sera-t-il pas déplacé de faire remarquer ici qu'on est tombé plus d'une fois dans des erreurs graves par suite de l'opinion qui a trop prévalu depuis la promulgation des canons dij)lomatiques de la congrégation de Saint-Maur. Les partisans de cette opinion prétendent que les majuscules étaient exclusivement en usage dans les premiers siècles. Il existait nécessairement des caractères susceptibles d'être rapidement tracés et destinés à servir dans les circonstances ordinaires de la vie : on trouve des preuves irrécusables de ce fait dans un précieux manuscrit de saint Hilaire conservé dans les archives du chapitre de Saint-Pierre. A la fin de ce manuscrit il existe une note écrite en caractères bien liés et si rapidement tracés qu'on pourrait supposer qu'il est l'œuvre d'une main moderne. Voici les termes dans lesquels elle est conçue : a Contuli in nomine Domine Jesu Christi, apud Kasulis constiiutus , anno quarto decimo Iransamundi regis ^. » Cette circonstance fait donc remonter la note à l'année 509 , et , par conséquent , le manuscrit auquel elle a été ajoutée appartient à une époque plus reculée. Or, les lettres de ce précieux manuscrit se rapprochent beaucoup , par leur forme , de celles de la Vulgate de la Gava ; et , sur la foi de cette ressemblance ., monsignor Mai^ , dont nul n'a jamais contesté la science ni l'expérience , n'hésita pas à considérer cette dernière comme appartenant au if siècle au plus tard. Il se peut même qu'elle soit plus ancienne encore. L'antiquité de ce document est en outre confirmée, par ce que son texte offre de particulier, bien que ce soit celui de saint Jérôme.

Nous allons maintenant donner cette partie de la première épître de saint Jean qui contient le verset où il est question

1 On voit un fac-similé du manuscrit de saint Hilaire et de cette." précieuse inscription , dans le Symmaque de monsignor Mai (Rome ISâS*.

- Depuis cardinal.

sill I. A rUKMIIHK KI'lllll. I»!' SAIM JKA.N. 2'i\)

(li!s li(»is Iciiioiiis ccli'stcs ; nous coiiiiiiciiccrons iwi \(;rs(.'l (jiiadiriinMlii ciiKiuirinc ch.ipiliMi, (ui .ly.iiil soin do conscrvftr exactoiiHMil I'okIic el r()illi()i,Mii|)hc (les mots, avec les notes placées à la marge.

Ouoniaiu liomnc (piod iiiilim) (■<! ex Hco vincil,

inuiidiim rides iii;i Huis ost aiiUMii (jiii sincii imiri-

(I) Kl Arius ppDiiitat duiu iiisi (|ui (Tcdil (juiu (1) Jhs filins (ici <'sl. Hic

rriMliirAiii.

(vsl. (jui vciiil per iKniani v\ sarii^Miincm cl, sprii Jlis xps.

Va non in utiuii solum sod in uquu et sun^'uino cl.

(i)si Tcriias ^llo ino.io Spifilus (1) cst (jui testificiitur (jiiin .liis est veritas.

criMtuiM vera esse possit. .

n.ni(iiu- (K- null» ans.-io- <J"''^ ^^pos sunl (\u\ tostinioniuni diinl in terra, ^i, Spirilus et aqua et sanguis : el lui très liununi

sunt in xpo Jhu. Et très sunt qui testimonium dieunt (i)Aiidiai hoc Arius cl iu copio Pater verbum etSps. Et liii (1) très hunum

sunt. Si testimonium hominum accipimus

Nous allons clore ici par quelques observations fort simples ce qui nous reste h dire au sujet de ce document.

h Dans le quatrième verset, nous trouvons un exemple remarquable de la puissance de ce monstre dévorant qu'on appelle (.i omoiotekuton », ])0ur nous servir de l'expression qu'emploie quelque part le docteur Person dans un accès de bonne humeur. A ceux de nos lecteurs qui ont une moins grande expérience de ces matières , il sera nécessaire de faire connaître ici que, dans la critique sacrée, comme dans la critique profane , une des causes les plus fréquentes d'omissions dans les manuscrits , c'est le retour des mêmes mots à des intervalles assez rapprochés. La personne qui transcrit détache ses yeux de dessus l'original après avoir lu le premier passage ; puis , lorsqu'elle les y reporte , son regard tombe par erreur sur le même mot un peu plus bas , et c'est ainsi que tout ce qui se trouvait entre ces deux membres de phrase est omis dans la copie. Cette ressemblance dans les désinences

coiisliluc ce (iiHMi (l''s;iiii(! sous Ic noil) h'clmi(jue doinoiolc- Iciiton. On suppose généralement, |)jiriTii les auteurs qui ont pris la plume i>our défendre ce verset , qu'il s'est perdu dans l(^s manuscrits i>;recs par une erreur de ce genre : en effet , le passage (jui le précède immédiatement se termine ])ar les mêmes mots. Or, les deux premières lignes du manuscrit que nous venons de transcrire, nous offrent précisément un exemple intéressant de la facilité avec laquelle de telles erreurs ont pu se commettre. Avant les mots Fides nostra on a omis un membre de phrase tout entier : et hœc est victoria quœ vincit mundum; la raison en est sans doute que la période précédente se terminait également par les mots vincit mundum , ce qui aura trompé l'œil du copiste. Une erreur semblable ne peut-elle pas aussi aisément avoir eu lieu à l'endroit du verset controversé ?

2" Dans le manuscrit dont nous nous occuj)ons actuellement, le huitième verset vient avant le septième, et Griesbach fait observer que cet intervertissement se retrouve dans la plupart des anciens manuscrits : ce Anfiquiores fere anteponunt comma octavum septimo. »

3" Le parti qu'on a tiré de ce texte au point de vue dogmatique , ainsi que l'attestent les notes placées à la marge , mérite aussi d'attirer particulièrement notre attention. L'ardente sollicitude avec laquelle celui qui a fait ces notes saisit tous les arguments possibles en fdveur de la divinité de Jésus- Christ , tendrait à nous faire supposer qu'elles furent écrites à l'époque de la grande controverse arienne. Celte remarque si énergique et qui va droit au but , audiet hoc Arius et cœteri , démontre mieux que ne pourraient le faire de longs commentaires , la force que l'auteur attribue au verset dont nous nous occupons, et sur l'authenticité duquel il ne paraît pas avoir l'ombre d'un doute. La seconde note peut paraître un peu obscure , mais ce manque de clarté résulte de l'omission du second membre d'une antithèse. L'auteur prétend qu'on peut dire sans doute d'une créature qu'elle est vraie, mais qu'on ne saurait légitimement l'appeler la vérité.

sin I, A I'iii;mii;iii. ki'imii, i>i >vim .ii;an. iiU

CoiicliHtiis : lions iivoiis ciiIk^Ics inaiiis iiii iiianiisciit i.ilin (|iii coiiliciil Ic nassaLÇc colli lovorsé , et ci- in.imiscrit est aritr- TKUir (If h'ois sirclcs an iiioiiis ;i r(''po(|iit' on nos advfîrsaircs adiniMltnl rmscMticm dii vcrsrl en (jiicslioii dans Ic Icxtc Siicro. Dc |)lns, ciMlociimciil Tail noii' en iiKMnc l('in|is I'lisat^M' do^matiqui* (|n'on a sn liicr do ce passaj^^e.

I.a seconde aniorilé sur lacpicllc nous desirons appeler l'alUMilion des eriti(jues, est d'un inléiiM pins £j;rand encore;; ce n'est pins seulenKMit celle d'un tnanuscril des saintes Ecrilur(\s, c'est celliMrun auleur ancien (jui cite le verset, avec l'inlenlion expresse d(* pi'ouver le doiçine de la Trinité.

Dans la hibliolliècjue de Sanla (Irocc* in Gernsaleinnie . on conserve un manuscrit contenant d(uix traités ecclésiasli(]ues. Le second est le livre de saint (]yprien ad Quirinum. Q)nanl au premier, il ne porte point de titre au commencement de la main du copiste primitif ; mais sur la dernière page, on lit ces mots ^explicit liber te stimoniorum. C'est cette circonstance qui a probablement inspiré le titre suivant placé en tête du traité, à une époque beaucoup plus rapprochée de nous : De tesiimoniis scripturariun Aiigustini contra donatistas et ydoln. Mais, d'après la description que saint Augustin lui-même nous donne du livre qu'il a écrit sous ce titre , il est évident que ce n'est pas celui qui contient le manuscrit de Santa Croce. Dans ses Rétractât iones, il parie de son ouwage Probationum et testimoniorum adversus donatistas, comme étant une réfutation de ces hérétiques , sîve de ecclesiasticis , sive de publicis gestis , sive de scriptiiris canonicis^. On ne saurait douter qu'il ne s'agît ici du même ouvrage que son impitoyable biographe Posidius désigne sous le titre : De testimoniis scripturarum, contra supra scriptos et idola^. Or, notre manuscrit se compose exclusivement d'un bout à l'autre de citations tirées de l'Ecriture , et ne tend en auciuie façon à réfuter les donatistes.

* Rétractai. 1. "i. cap. 27. tom. 1. p. 51. t!d. Maui. '^ Indical. opusculor. ib. tom. X, p. 284.

2'.\2 LKUUES

Une main plus ancienne avait assiii;né un titre inliniment plus probable à ce traité , en inscrivant sur la prennière page : Libri de Speculo. Ceci nous amène à soulever une discussion intéressante , et de la plus haute importance pour l'objet de nos recherches : il s'agit de déterminer si nous possédons véritablement ici l'ouvrage de saint Augustin intitulé Speculum, ou si ce titre est entièrement supposé? Nous mettrons toute l'impartialité possible dans nos recherches pour lesquelles nous adoptons l'ordre suivant. Nous commencerons par donner une analyse du livre , tel qu'il existe dans notre manuscrit. En second lieu , nous présenterons les arguments qui tendent à démontrer que saint Augustin n'en est pas l'auteur; enfin , nous proposerons les raisons qui semblent faire supposer que l'ouvrage est de lui. Nous procéderons ensuite à l'examen du degré d'autorité que , dans toutes les hypothèses , ce document possède , et nous verrons de quelle utilité il peut nous être , pour prouver l'authenticité du verset controversé.

1 " Le traité contenu dans le manuscrit de Santa Croce , se compose déplus de cent chapitres, et embrasse les points les plus importants de la doctrine , comme des principes du christianisme. Sur chacune de ces matières , les textes de l'Ancien Testament et du Nouveau qui s'y rapportent sont cités sans une remarque , sans un mot de commentaire. En résumé , cet ouvrage est à peu près le même que celui qui parut sous le titre de Speculum de saint Augustin et que pubha Jérôme Vignier^. Toutefois, il faut signaler une différence très-importante , c'est que le texte dont on s'est servi dans notre manuscrit , n'est pas la version de saint Jérôme pour l'Ancien Testament, ni pour le Nouveau, celle qu'il a corrigée ; c'est l'ancienne Vulgate telle qu'on la retrouve dans les citations des Pères de l'Eglise, et recueiUie dans les grands ouvrages de Nobilius , de Bianchini et de Sabbatier. Le manuscrit de Santa Croce comble de nombreuses lacunes qui exis-

• s. Aur. Augustin! operum omnium supplem. Par. 1655 , tom.1 . p. 517.

Sl'li LA l' Il h M 1 1: H K hl'IlUI-: l>K SAINT JKAN. 'i'.V.\

ijiieiU dans l'cdiMnici- cl iinriciix oiiMJigo; sous c(î nipjujit, c'est donc un ditciiinciil d'une li.nilc \alcm à ajouter aux trésors delà chIkiuc siciee. Du reste l'-iclif et inlellij^'eut hihiiolhécairc de Santa (Iroec , prépare la publication de l'ouvraj^e enlier ; le piineipal objet (ju'il se j)ropose f»nr là est de conii2;er et do porfcetionnei- le lc\t(î de ranciennc Vult^ate* ()U(^ nous |)ossédons.

Le manuscrit lui-même forme un volume in-(juarto , p(!int sur vélin en huîtres onciales et carrées (jui, pour la forme et la gi-andeur , se rapprochent du texte latin du Codex Bczœ , ou manuscrit du Nouveau Testament qui se trouve à Cambrid£,'e. Il est admirablement écrit d'un bout l\ l'autre, et nous recommandons instamment à nos lecteurs de se garder d'en juger d'après le spécimen- donné par Bianchini , dont nous avons invariablement trouve les fac-similé incorrects ^ , par ce qu'il a négligé de les calquer. On peut hardiment assigner pour date à ce manuscrit le sixième ou le septième siècle. Nous en avons placé un fac-similé au commencement de cet essai.

Nous arrivons maintenant au point le plus important. Le passage où il est question des trois témoins célestes, est cité dans cet ouvrage comme une preuve dogmatique de la Trinité. Dans le second chapitre , qui est intitulé : De distinctione Personarum , fol. ^9, ver. , nous trouvons le morceau suivant : ftem johaunis in œpistidn... Item illic Très sunt qui testimonium dicunt in celo, Pater ^, Verbum et Spiritus et hii très

< Malheureusement la mort vient de surprendre cet ecclésiastique distingue , au milieu de ses travaux.

2 Evangel. Quadrup Romae, 1743, tom. 2. fol. 595. pi. 2. n» 2.

"^ C'est ce qui arrive à l'endroit de tous les anciens fac-similé , qui n'ont été faits qu'à l'aide des yeux. Le spécimen du Codex Yatic. , reproduit par Zacagni pour Grabe et publié par Horne , ne rend pas justice à ce splendide manuscrit, qui ressemble davantage à l'Homère Bankésien, publié dans le premier numéro du Museum Philologicum. Puisque je viens de prononcer le nom de ce précieux débris de l'antiquité , je saisis cette occasion de faire connaître que , dans la collection des papyrus du Vatican , existe un très-petit fragment de l'Iliade , lequel , selon moi, pourrait bien avoir appartenu, originairement , au manuscrit de M. Bankes.

"* Ce mot avait d'abord été écrit parter : mais le copiste lui-même, d'un trait de plume , a effacé le premier r.

23 'l LE I TUES

timiiii siml . Sans doiile , nos lecteurs ont remarqué la coïncidence (]ui rapproche ce manuscrit de celui que nous avons cité précédemment , c'est que , dans l'un et dans l'autre , le mot dkuiit a été substitué à dant. Telle est la leçon d'Idatius Clarus^, le plus ancien des écrivains ecclésiastiques , lequel cite cette portion de texte.

2" Le titre attribué primitivement au second traité de notre manuscrit est-il correct, et possédons-nous le véritable Speculum de saint Augustin? En effet, rien ne saurait être plus intéressant que de constater si le texte qui nous occupe , a été cité par cette grande lumière de l'Eglise ; nous examinerons d'abord les arguments qui paraissent indiquer qu'il n'est pas l'auteur du présent traité. Deux ouvrages complètement distincts ont été publiés sous le titre de Speculum de saint Augustin. Le premier est celui auquel nous avons fait allusion plus haut, c'est-à-dire le livre édité par Vignier, lequel se rapproche beaucoup de notre traité. Mais les bénédictins de Saint-Maur rejetèrent ce dernier ouvrage en le déclarant apocryphe , et lui en substituèrent un autre complètement différent i)ar la forme ^. Celui-ci consiste simplement en une série de textes tirés de l'Ecriture sainte , en commençant par l'Exode : mais nul ordre n'a présidé à ce choix , et ces extraits ne sont point classés. Toutefois , cet ouvrage a un avantage marqué sur l'autre , et , par conséquent , sur le nôtre , c'est qu'il a une préface en tète , tandis que l'autre n'en a point. Or, Posidius nous fait connaître que le Speculum était précédé d'une préface. Nous allons citer ses paroles textuellement , car nous aurons plus d'une fois Toccasion d'y faire allusion dans la suite. « Quique prodesse omnibus volens , et volentibus multa Ubrorum légère et non volentibus , exutroque divino testamento, vetere et nova, prœmissa prœfatione, prœcepta dwina seu vetita ad vitœ regulam pertinentia excerpsit ,

' (Nestle nom que prend Vigile de Japsus. Op. éd. Chifflet , p. 304. S. Eucher est plus ancien , mais son texte est l'objet d une grande controverse.

? Op. tom. III. p. 681.

M II l,\ l'IlKMIKHK M'IlHi; l>K s.M.M IKAN . 'i«J'>

alijiii' Cl' /lis iiniiin codicrin frcil : ni iini rcllcl /l'ijnrl , ri m m vri (junni ohrdicns Dcd ifiohcdions nr esse (Kjiiosn'vrl , cl Ihk ojius vohiil si'KCiiLiM (ip}H'll(tri^ . » Ainsi donc \v. Sjtnuhnn <l(î sailli Anj^'uslin riait pircrdi' iVwwr prrfac-c , et , si la f)r(*race (|iii csl iMi l(M(' (le Trclilion des hrnrdictins csl aiitliniticjntî , raiilluMili{'il('* de iouvraf^c tout cntior est ainsi j)roiiV(''C. (!ar la prrfaco so termine par ci^s mots : « Ah ipsa ifjihir Icf/r f/inr data est pn' Moifsen , divinorinn praroptoruiii ,, (jualid nos l'onwwnwrdturos esse promisimus ^ aggrcduimur exordium. » Les éditeurs bénédietins s'ap|)iii(^nt sur une autre raison pour rejeter \q speculum de Vignier, et donner la préférence au leur, ils prétendent qu'un ouvrage dans lequel les preuves tirées de l'Ecriture sont partac;ées en un certain nombre de chapitres, semble avoir pour but d'éclairer l'intelligence plutôt que de former un cor|)s de morale. C'est là une opinion qui, selon nous , rencontrera un grand nombre d'adversaires. Il est beaucou]) jilus aisé d'embrasser dans un coup d'œil , la théorie que l'Ecriture sainte professe sur un point donné de morale , et d'y conformer sa conduite , lorsqu'on a réuni devant soi tout ce qui a été écrit sur ce sujet , que si l'on était obligé de feuilleter le volume sacré pour trouver les divers passages qui s'y trouvent , dispersés et mêlés à des matières étrangères et hétérogènes. Tels sont les arguments, en vertu desquels les éditeurs bénédictins réclament la préférence pour leur texte : la seule parmi ces raisons qui ait quelque valeur, c'est la circonstance de la préface citée par Posidius.

3" Il est un fait qui milite singulièrement en faveur de l'authenticité du texte de Santa Croce, c'est que toutes les citations en sont tirées de l'ancienne Version latine, et non de celle de saint Jérôme. Tout le monde sait que saint Augustin fit une violente opposition à son ami , lorsque celui-ci lui eût communiqué son dessein de traduire l'Ecriture sur l'hébreu, et qu'il refusa constamment d'approuver sa version. « Je préfè-

' Vita Aug. ubi sub. p. '111.

236 LEIIRKS

rerais , iui écnl-il . vous voir traduire les saintes Ecritiues d'après la version autorisée des Septante. En efTct , considérez ce qui pourrait arriver , si votre version venait à être adoptée dans un certain nombre d'églises ; il en résulterait que des dissentiments perpétuels s'élèveraient entre l'Eglise latine et l'Eglise grecque ^ » — « Je vous prie de m'envoyer la version que vous avez faite d'après le texte des Septante , afin que ceux qui pensent que je blâme les utiles travaux auxquels vous vous livrez , comprennent enfin , que si je m'oppose à ce que votre traduction de l'hébreu soit lue publiquement dans les églises , c'est uniquement parce que je crains , qu'en produisant quelque nouveauté contraire à l'interprétation des Septante , nous ne jetions le scandale et le trouble parmi les fidèles , dont l'oreille et le cœur sont accoutumés à cette version , laquelle , d'ailleurs , a pour elle l'approbation des apôtres^. » A l'appui de ce qu'il avance, saint Augustin cite l'exemple d'un grand scandale qui avait eu lieu dans une église voisine par suite d'une tentative faite pour y introduire la nouvelle version. «Un évéque , mon collègue , ayant voulu faire usage de votre version dans l'église , à la tète de laquelle il est préposé , l'attention fut éveillée par un passage de Jonas , que vous avez rendu d'une manière totalement différente de celle qui, depuis longtemps, était familière à l'oreille , comm.e à la mémoire de tous , et que l'usage et les ans avaient consacrée. Il s'éleva un tel tumulte parmi le peuple , surtout à l'instigation des Grecs , qui vous accusaient hautement d'infidélité , que révèque ( car cela se passait dans une ville ) , fut obligé d'en appeler au témoignage des Juifs...-. Quelle fut la conséquence de tout ceci? qu'après avoir couru de grands dangers , il se vit contraint de réprouver votre version et de la déclarer infidèle , pour n'être point abandonné de tout son troupeau^. » En présence de preuves aussi manifestes de l'attachement de saint Augustin à l'ancienne version et de la con-

» Ep. LXXI. — Op. tom. II. p. 160.

2 Ep. LXXXIII. — Ib. p. 203. ^ Ib.p. 161.

sill I, A I'nKMI^MlK iVUWV. It| ^MM IIIAN ^'M

victjon on il «'l.iil (lu'il si'i;iil iiii|)i ihIchI . |iniii nc poiiil due piolniic , (le clicrclu'i' il en iiiliodiiirc une .iiilic ; après :»voir VU, comme nous vouons de U) vou\ iujuel poinl C(d illusln; Père éliul persuadé , cm couscieuci; , <jU(; le lemoiL;na;^(' dv. ranli(|uiLé , rautorilô des ap(Mii's , l'unilc de l'Kf^lise allaient cMro i^raveuuMit eompiouiis par l'adopliou de celle uouv(;llc ti'adueliou ; enliu saeliaiil p(Mir certain (|iie dans aucun des écrits (jui sont reconnus comme étant de lui , il n'en citcî jamais d'aulie (jue rancienne , nous ne saui'ions iiésitei' un inslanl , à déclann" que le SpecAiluni publii'; pai* Jes bénédictins, lequel consiste entièrement de citations extraites de la version de saint Jérôme , nc i)cut , dans son état actuel, être considéré comme le véritable ouvrage de saint Augustin.

Hàtons-nous d'ajouter , que les savants éditeurs ont tenté de résoudre cette dilliculté , en supposant que saint Augustin avait triomphé dans la suite des répugnances que lui ins])irait la nouvelle version , et qu'il avait pu s'en servir surtout dans un ouvrage destiné à l'usage du peuple. A l'appui de cette hypothèse, les bénédictins allèguent qu'il cite la traduction de saint Jérôme dans ses derniers ouvrages , notamment dans le quatrième livre du traité de la Doctrine- chrétienne , qu'il composa sur la fm de sa vie. Nous avons plusieurs réponses h faire à ces observations. D'abord saint Augustin écrivait pour le peuple , dites-vous : raison de plus pour qu'il préférât l'ancienne version. Celle-ci était encore en usage à Rome au cinquième siècle , car saint Léon s'en servit , et même au sixième nous voyons saint Grégoire recourir indifïeremment aux deux traductions, ce qui indique clairement l'époque de la transition de l'une h l'autre. En second lieu, un examen attentif du passage auquel les rehgieux de Saint-Maur font allusion , sullira pour convaincre le lecteur que saint Augustin se crut obligé de donner une explication pour avoir , dans une circonstance extraordinaire , fait usage de la nouvelle version : et même , il ne supposait pas que tous ses lecteurs dussent nécessairement avoir connaissance de la traduction faite

i>îl8 I.KTTRES

|).ir (de prf^tre Jérôme , homme habile et versé dans les deux hmi^iies*. »

Il est juste de dire qu'il existe encore une autre manière d'écarter la dilliculté, c'est de su()[joser qu'une main plus moderne a fait subir quelques modifications au texte , et a refondu l'ouvrage, d'après la version de saint Jérôme. Je dois reconnaître que rien n'était [)lus facile à faire : et l'existence même , du ces deux éditions difïérentes du Sp cidum , l'une, basée sur l'ancienne, et l'autre , sur la nouvelle version, prouve qu'il s'est rencontré des gens qui ont jugé à propos d'entreprendre celte tâche. Toutefois, appliquée au texte des Bénédictins , cette supposition ne repose sur aucune garantie. Quelle preuve avons-nous que leur livre ait jamais existé , autrement que sous sa forme moderne ? aucune ; et, tel qu'il est , il ne saurait être l'œuvre de saint Augustin , tandis que nous avons des preuves irrécusables , que l'autre se composait dès le principe, du texte employé par cet illustre Père de l'Eglise.

Il existe encore, en faveur de l'authenticité de notre manuscrit, un autre argument , lequel est dû aux observations de la personne qui en prépare la publication. Ce savant ecclésiastique nous a informé qu'il a remarqué une certaine ressemblance , entre les titres de quelques-unes des sections , et l'interprétation mystique que saint Augustin fait des passages correspondants. Il ne serait pas difficile de donner des preuves, de ce fait, car nous en avons aussi rencontré des exemples, mais il est à la fois plus loyal et plus avantageux de laisser le soin de développer cet important argument à celui qui Ta découvert.

Avant de passer outre , il nous faut ici attaquer de front une sérieuse dilFiculté qui exigera de longues et déhcates investigations. On pourra avec beaucoup de vraisemblance nous adresser cette objection : l'existence même du verset où

• Dedoct. christ. 1 IV. ch. 7. torn. III. p. 71.

SI II i,\ niKMiiui ii'inii: lU' s\im jivn '2VA

il t'sl(jiirsli()ii (les trois t«''muins ccicsics . nr |;i<Mi\t'-l-i')lr iia.*» tjiic le maïuiscril (\sl siipposi'? I',sl-il piobahic (jiic saitil Auj^'iislin aiiiail cilc ici «c vnsi'l , jioiii' ('tahlii' le doj^mc de la samlL* Trinilc , ri ci'itriulanl , (jn'il l'aurait passe'' coiiipli'lcinnil sous silonci^ , (Iniis sou (^oiniucnlain' sur r<''|>lti(Ml(; saiut Jean, ainsi (juo dans ses oiivra^^'cs siii la Triuih* , c'cst-ii-dirc* , dans dt\s endroits on l'ordre du UîxIc d'une pari , elles besoins de rarguineulalion d'iuK* autre p:u*t , cxit!;eaienl impérieusement ipul en parl;U? (loneilier ces conlradielions ap[)arentes , devient une partie de notre tA(*he, et il ne faut pas (juelc lecteur s'efTraie , si nous paraissons remontcM' hien Iiauf pour mieux atteindre l'objet (jue nous avons en vui^ : car, l'artisan est (jueKjuetbis obligé d'attacher à une grande distance , les fils à raid(^ desquels il ourdira peu i» jieu une trame eompjaetc et durable.

Nous supposons que tous nos lecteurs savent que saint Augustin est le seul des écrivains anciens (jui parle d'un texte latin des écritures désigné sous le nom d'Itala. Voici les paroles dont il se sert : (( In ipsis autem inlerpretatmiibus Itala cœteris prœ ferai ur ; nam estverborum tenacior , cnm perspicuitate senteiitiœ^. )> Ce passage a donné naissance h l'un des problèmes les plus ditticiles de la critique sacrée ; et c'est à la solution de cette dilïiculté, que nous allons nous appliquer, car cela est important pour répondre à l'objection que nous avons nous-mêmes soulevée. En môme temps , nous retirerons de ces recherches un puissant secours pour dégager toute la controverse qui s'est élevée au sujet des trois témoins , de quelques difficultés assez graves , pour expliquer certaines anoraahes étranges dans les témoignages rendus en sa faveur , et pour préparer les voies à des preuves ultérieures. Indépendamment de ces motifs, et de la déclaration que nous avons faite dès le début , de la nécessité où nous serions de nous éloigner de notre sujet, nous osons espércyi- que l'effort que nous tentons pour résoudre une des difficultés les plus

' De doct. christ. 1. II. ch. 15. p. 27.

2ïi) LETTRES

sérieuses et les plus complicjuées de la littérature biblique , sulbra jjour excuser la Ionique cJigressiuii dans laquelle nous allons entrer.

Le passage que nous venons de citer a servi de base à deux hypothèses. On suppose d'abord qu'il existait dans TEglise primitive d'Occident une version authentique appelée Itala , à laquelle saint Augustin donne ici une préférence marquée sur toutes les autres. Cette hypothèse a été presque universellement admise. Partant de ce principe , Flaminius , Nobilius, Bianchini et Sabbatier, se sont mis à reconstruire cette version, à l'aide de passages qu'ils ont tirés indifféremment des écrits de tous les Pères, sans distinction de pays, et la plupart des écrivains qui ont traité des matières bibliques et théologiques , lui ont attribué une existence réelle sous le nom de Vêtus Itala. Ce nom peut être considéré comme irrévocablement sanctionné.

La seconde hypothèse est en partie fondée sur un autre passage de saint Augustin , où il parle de l'existence d'une multitude de versions latines. Nous donnerons tout à l'heure ce passage, et nous le discuterons. Les partisans de ce système , généralement attribué à Mosheim^ , quoique le docteur Whitby^ lui ait le premier donné naissance, supposent que ritala était une des nombreuses versions dont l'usage était alors général , et que l'illustre Père , pour des raisons que nous ne pouvons approfondir aujourd'hui , lui donnait la préférence.

Ces deux hypothèses présentent des difficultés si évidentes que quelques critiques plus hardis que les autres les ont abandonnâmes, et qu'au lieu de chercher à expliquer le texte de saint Augustin , ils ont mieux aimé le modifier. Beuttez proposait de substituer respectivement aux mots Itala et nam , ceux de illa et de quœ. Ernesti dont le nom n'est pas sans quelque autorité en pareille matière, adopta chaudement cette

^ Comm. de rebus christ, ant. const. Helmest. 1753 , p. 225.

'^ Observât, philolog. crit. cum praef. Havercump. Lugd. Bat. i723 , p. 84.

SI M I \ l'IlKMIlillK KI'iniK l»K SAINT JKAN 2\ I

()|>iiU(Mi ; in.iis |)liis l;ii(l C.asIcN , s'ii|)|)ii\ iiiit siii un seul iiiiiiuiscril , s';ivis;i de les coriifccr ;i l(Mir lour. Ouoi (]u'il (^n soit , si\s cllbils pour cliaiii^cr le loxlc du |»;iss;i^o sont aujoiircriiui ahiuidonnrs.

J'ai dil (juc les drux h\ jjodicsi's citrcs |)lus haul, sont environiH'cs de dillirullrs insurniontaljlcs.

Pouc ce ijui est de la pi-eniière, si l'on (iésic:nait sous le nom d'ilala, une version universellement a(]oj)tée dans l'I-lL^lise d'Oeeidenl , eomment se fait-il cpie ce nom ne se trouve nulle part dans les annales de l'anfuiuité , si ce n'est dans ce passage uniijue de saint Auiîuslin? Est-il croyable (ju(; saint Jérôme, saint Gréi^oire , saint Isidore, (lassiodore , Aleuin et d'autres qui ont écrit sur les versions anciennes, n'auraient pas même cité le nom de celle-ei? qu'aucun manuscrit contenant le texte ancien n'ait été trouvé sous ce titre ? Ce' sont là des ditlicultés qu'il est impossible de résoudre , chacun doit le reconnaître.

Passons maintenant à la seconde hypothèse. On peut dire qu'elle ne repose que sur l'autorité d'un passage très-équivoque que nous discuterons tout à l'heure.

Plusieurs écrivains ont recueilli les diverses leçons données par les Pères de l'Eglise, avec le dessein exprès de supporter cette hypothèse : mais ils n'ont pas atteint leur but. En effet, il existe entre les citations des différents Pères de l'Eglise , des divergences si marquées , qu'on épuiserait les conjectures les plus ingénieuses sans parvenir h les expliquer. Mais il y a plus : il n'est pas rare qu'un Père citant le même passage en divers endroits , diffère de lui-même aussi profondément qu'il diffère des autres ; devons-nous donc en conclure qu'il était dans l'habitude de se servir de plusieurs versions selon les circonstances? Du reste , on trouve dans les Pères grecs des anomalies de ce genre , non moins bizarres que celles que nous venons de citer ; et Christian B. Michaelis , dans sa célèbre controverse contre Bengel , a cité des exemples de divergences aussi étranges , aussi inexplicables dans leurs diverses

lïÉL. 1 6

242 LETTKKS

logons que colles (\\\\m retrouve dims les écrivains de l'Eglise latine ^ Cependant, nul n'a jamais supjjosé qu'ils eussent autant de versions, autant de textes indépendants. D'un autre côté, quoiqu'on puisse réunir des preuves nombreuses d'une telle diversité, quoique l'art du ciiticjue le plus ingénieux se trouve sans cesse en défaut , quand il s'agit de concilier entre elles les leçons variées qu'on apporte comme preuves de la multiplicité des versions, même en ayant recours à toute sorte de suppositions , telles que citations de mémoire , sens accommodatif , oublis, etc., néanmoins , je suis convaincu qu'un examen rapide de l'ensemble des citations des Pères de l'Eglise latine, suffirait pour persuader à un critique doué d'un certain discernement , et possédant quelque expérience , que l'unanimité de ces écrivains sacrés sur certains points remarquables, ne peut provenir que.de l'usage d'une seule et même version , peu importe quelles modifications elle ait subies par suite des causes ordinaires. Mais ce qui rend à mes yeux cette objection hors de doute , c'est le ton qui règne dans toutes les citations de l'Ecriture , faites par les Pères et le style dont elles sont revêtues. La forme peu châtiée des phrases en général , l'emploi fréquent de mots qui ne sont pas en usage dans les auteurs classiques , la parfaite ressemblance entre la traduction et l'original sur lequel elle semble calquée d'un bout à l'autre, enfin l'aspect uniforme des principaux traits de leur texte , ces circonstances réunies font voir que dans toutes se retrouvent le même type , l'œuvre d'un seul pays, et, pour ainsi dire, d'un seul homme. Or, si l'Eglise avait reconnu cette liberté de traduire , que quelques écrivains déduisent du texte de saint Augustin ; si la coutume de se servir de plusieurs versions , coutume dont ils supposent l'existence d'après la variété des leçons des Pères , avait réellement prévalu , pouvons-nous croire que les écrivains les plus polis , les hommes les plus érudits de leur temps , ayant à choisir parmi une multitude de traductions, en auraient pris

^ Tractatio critica de variis lectionibus N. T. cautè colligendis et dijudicandis. Halle, 1749, p. 20.

SMI i,A I'Hi:mii:iii; kimiuk di-; s,mm jkan. :ii.i

mil' lol.-ilcincnl (l('|)(»iiillc(' (\i' i^v.Wi* r[ (r«'*l('*«<jui('r M )n hirii , «'sl-il iulmissihic (jiii* If pi i\ ilf^'c dc faire imc ikmincIIj' veMsidii rlail n'scivé l\ (les plumes moins (exercées? INiis , si mi Jiussi i^Maiid iiomhiT dc veisioiis ('taiciil <mi nsiii!;e , el si cii iikHiic Icmits, il siiilisiiil (ic rmti'odiiclioii d'im mol iioiiNcaii jxmi C'lu)(|ii(M' et scandaliser les aiidilems , ainsi que nous l'avons vu dans ruxomple eilt- par saint Ani-nslin , comment un ('Vi'quo on mi piiMie appartenant à un diocèse (jUcicon(|Uc , aurait-il pu prêcher et instruiie dans un autre, sans exciter du trouble et de la confusion? Mais jcî me propose de reprendre ces ari;uinenls ol de les corroborer dans un(; seconde lettre.

Examinons maintenant si le texte de saint Augustin justifie les conclusions qu'en ont tirées d'habiles écrivains, même de nos jours? Voici ses jiropres termes : ({ Qui eniin scripturas ex liebvœa lingua in grœcnm vertcrunt mimerari possunt ; latini auton intcrprelos millo modo. Ut enim cuiqnc j primis fidei temporibus, in manus vcnit codex grœcus, et aliquantulum facultatis sibi iitriusque linguœ habere videbatur , ausus est interprétant. » Au premier abord, les mots interpretari et verterunt semblent exprimer clairement une véritable traduction. Toutefois, il faut prendre garde de ne point donner à ces expressions une tro'i grande portée. Chez les anciens , elles étaient souvent prises dans un sens moins rigoureux , et ne signifiaient rien de plus que la correction ou la révision d'une version déjà existante. J'ai prouvé ceci dans une autre occasion lorsqu'il s'agissait des écrivains grecs et syriens ^ : il ne sera pas plus difiicile de le démontrer à l'égard de saint Augustin. Par exemple, il écrit à saint Jérôme : iiProinde non parvas Deo grattas agimus de opère tuo , quod Evangelium ex grœco inter pretatus es^. Cette dernière expression est précisément la même que celle qui se présente dans le passage cité plus haut. Or, il est constant que saint Jérôme ne traduisit jamais le Nouveau Testament , maïs qu'il ne fit que le revoir.

' Dedoct. christ. XI. p. 25 ^ Horae Syriacae, p. 94. ^ Epist. LXXI. p. 161.

;j>44 LETTRES

ciw il dit (^n propres termes : a Novu7n Tcstamcutum Grœcœ fidei rvddidi duioritnti^ . » Et ce qui jjroiivc qu'il donne h la phrase de saint Augustin inkrprctatus es , ce sens restreint , c'est qu'il lui répond : k Et si me in emendatione Novi Testament i suscipis^. )) Du reste saint Augustin se charge lui-même d'expliquer sa phrase dans une autre occasion. Voici ce qu'il écrit à son ami : (( Ego sane te mallem grœcas potius canonicas nobis interpretari scripAiiras , quœ lxx interpretum autoritate perhibentur. » Quelques lignes plus bas , il s'ex])lique ainsi : c( Ac per hoc phirimum profueris , si earn grœcam Scripturam quam lxx operati sunt, latinœ veritati reddideris^. » Le mot vertere n'offre guère plus de difficulté. Saint Jérôme, dans sa lettre a Sunnias et à Fretela , dit : a Ex autem (la version des Septante) quœ habetur in Hexaplis , et quam nos vertimus ^. )) Cependant il nous assure ailleurs qu'il n'a fait que corriger la version existantQ : « Septuaginta interprètes quos ante annos plurimos diligentissimos emendatos meœ linguœ studiosis dedi^. )) — « Septuaginta interpretum editionem et te habere non dubito , et ante annos plurimos diligentissime emendatam studiosis tradidi^. »

Ainsi donc il est évident que le seul argument sérieux et historique qu'on puisse alléguer pour défendre l'hypothèse d'une multitude de versions dans l'Eglise , ne prouve rien de plus que l'existence d'une grande variété de recensions ou de corrections du texte. De là nous concluons que le moi It ala ne doit pas être considéré comme le nom d'une version spéciale , distincte et opposée à d'autres traductions. Nous avons vu aussi qu'on ne saurait désigner ainsi l'unique version qui fût alors en usage. Outre ces arguments , l'analogie porte à croire que dan» l'Eglise d'Occident, comme dans les autres, on ne se

1 Pe viris illust. CXXXV. p. 941.toni. 2. Ep. ad. Lucius. LXXI. tom. I. p. 432.

-^ In op. S. .^ug. Ep. LXXV. tom. II. p. 178. ^ Ib. p. 160.

4 Ad Sunn, oi Fret. Ep. CVI. lom. I. p. 637.

^ Adv. Rusin. Lib. II. tom. II. p. oIS. ^ Ep. ad Lucin.

Sim I. A i'iii;mii:iii: i.i'iiiii: m. saim jkvn. ih')

servnil (jik* d'imc seule vcisioii , I.KjiiclIt' , |i.ii \'r\\r\ du li.is.ml ou (l(^ hi voloiilédes hommes , «'-tiiil soumise; h do nombreuses moihlicnlioiis , m;iis (|ui restait partout hi incVno, (juaiit à hi suhslaiu'(\ (les ehaiii^emeiils (h'vaieiit tendre FK-eessairement i\ produire e(Mlaiiies variétés priiieipaU^s d'éditions, (h'termiuees par h\s i^randes (hvisions i<éoi,Maphi(|ues , ou circonscrites aux limites dos (lill(''rentes juridictions ecclosiastiijiies. Ces variétés sont hicMi eonnues (hins hi eritiijiie hiblicpic; sous h' nom (h; /'(unilli's ow mrusiDu^. Va\ Orient, nous avons le texte grec (jui nous oIVre un (*\iMn|)h' tVappanI (\v hi vérité de ccttiî nimar- (jue; hi traduction syria(iu(* a sul)i la mémo loi, et h;s cathoiitjues , les nestoriens et h^s jacohites possèdent tous leur édition rc^sjiective de la version dite Pesliito. Ce n'est pas là une circonstance particulière à l'Ecriture, et tout autre ouvrai^c (jui aura été fréquemment transcrit présentera le même jiliénomène. Ainsi M. Genee dans son édition criticjue de l'imitation de Jésus-Christ a indiqué clairement des recensions flamandes , françaises et italiennes , dont les manuscrits de l'abbaye de Maeck , de la Chartreuse de Villeneuve et d'Arona peuvent être considérés comme les types et qui embrassent une multitude de manuscrits, lesquels s'accordent tous entre eux, quant au fond, mais j)ortent respectivement les signes distinctifs d'une circonscription critique aussi bien que géographique.

Ainsi en est -il de la version latine de l'Ecriture , et 'les textes de la Gaule , de l'Italie et de l'Afrique présentaient nécessairement des traits particuliers , qui servaient h caractériser les diverses éditions ; or, ces traits devaient se révéler beaucoup plus facilement h ceux qui possédaient , non de simples fragments, mais des textes entiers. En effet, il nous est permis de douter que Griesbach ou Scholz eux-mêmes auraient jamais découvert les recensions grecques et latines, quelques indices qu'ils eussent de leur existence , s'ils n'avaient eu , pour les aider dans leur travail , que les citations éparses des Pères de l'Eglise.

iiC) LETTRES

D'^iprrs les lémoijj;nagcs réunis de l'histoii e et de la critique , il me paraît parfaitement clair (]iie, dans le passage oii il parle (le y/fnla, saint Augustin voulait sinai)lenrient spécifier la préféi-encc qu'il donnait au texte des exemiilaires ilaliens; c'està-dire que le mol /(ala n'a qu'ime signification relative i)ar raj)port à saint Augustin (jui liabilait l'Afrique, et c'est dans ce sens qu'il le prend.

1" Lorsqu'un individu, guidé jjai- le hasard ou par son choix , a adopté un certain texte ou une certaine édition , il continue naturellement à s'en servir et à lui donner la préférence. Quiconque connaît l'histoire de saint Augustin peut avoir une certitude morale que l'exemplaire ou les exemplaires dont il faisait usage devaient être italiens. 11 nous apprend luimême que lorsqu'il était a Carthage avant sa conversion , il avait un souverain mépris et une indifférence profonde pour les saintes Ecritures à cause de l'incorrection de leur style ^ Il se rendit à Milan , sans que la .religion fut pour rien dans ce voyage , et ce fut là qu'il commença à les envisager sous un point de vue totalement nouveau^. En écoutant saint Ambroise , il découvrit qu'une foule de choses qu'il avait trouvées absurdes et abjectes dans le texte sacré , étaient au contraire pleines de sens et de grandeur. Il flotta quelque temps dans le doute , car de graves obstacles l'empêchaient de se livrer tout entier à la recherche de la vérité. Laissons-le parler luimême : (c Ecce jam non sunt absurda in libris ecclesiasticis quœ absnrda videbantur , et possunt aliter atque honeste intelligi. Figam pedes meas in eo gradu , in quo puer a parent ibus positus eram ^ donec inveniatur perspicua Veritas. Sed ubi quœretur? quando quœretur ^ non vacat Ambrosio , non vacat légère. Ubi ipsos codices quœrimus? unde et quando comparamus a quibus sumimus? » Jusqu'alors donc il né s'était encore j^rocuré aucun exemplaire de l'Ecriture. Aussitôt après sa conversion miraculeuse, il se retire h Cassiciacum dans la villa de Verecundus, et de là il écrivit à saint Ambroise pour lui

» Confess. III. 5. 2 lb. VI. 3-4.

sun I.V I'MI'MirilK ll'IIHK l)K SMNF IFSN. 2il

(Icmanflcr (picls li\ res d»' I'l'ici iliiic il (|i'\;iii lue Le piciix tW(^(|ii(' liii iccoiiim.mdc Is.iic , el s.iinl Auf^uslin Ic liil ;il(ns. ovidcmiiHMil |)(Mir l;i piciiin'ic lois. (( Vcrtniihimcn , cf/o primnm hujus Ircliomm non inlr/h'(/nis , tolunK/ur fn/rni (irhitnins, (lisifili rc}U'tv}\duni , cvvvrildtiav in doniiinco rhrptuf. » (!e flit l;i aussi (lu'il comincnra la Icclm-c des psaumes.

Aprils son haplèmc , saint Aui^Misliii so rendit a Koine. Daius l'intervalle ipii s'eeoiila enli'e sa conversion et son relonr en Afriijiie, il écrivit pliisieiiis oiivrai^^es , entre aiiti(;s ses Soliluijucs, SOS traités de licdhi rihi , do Ordinc , dc Libcro Arhitrio ^ de Immort (dit ate (ininur , de Movibus manicJiœorum et da Moribus Eœle.siœ. Q(w\(\uci^-unii de ces écrits , surtout le dernier, font voir par la facilité avec Luiuelle l'auteur y cite les Ecritures , (ju'il les avait gravées profondément dans sa mémoire et (|u'il les avait étudiées ;i fond, dette courte esquisse historique suHira pour démontrer que saint Augustin puisa sa connaissance des livres sacrés tout entière dans le texte italien; or, il est très-peu probable (]ue , de retour en Afrique , il ait rejeté cette édition ])Our en adopter une autre. Au contraire , il semblerait qu'il dut donner durant tout le cours de sa vie , une préférence marquée au texte qu'il avait d'abord étudié.

i2" D'ailleurs , il existe dans un de ses ouvrages de controverse, un texte qui me paraît expliquer à la fois ses sentiments et les expressions dont il s'est servi a l'égard de Vltala. Ecrivant contre Faustus , il donne une règle critique pour guider notre choix parmi plusieurs leçons contradictoires. (( Ubicumex adverso audieris proba , non confugias ad exempta veriora, vel plurium codicum , vel antiquorum ^ vel linguœ prœcedentis , wide hoc in aliam linguam interpretatum est^. » Voici donc l'ordre qu'il propose : 1 ° de consulter lesmanuscrits qui renferment un texte , dont l'authenticité et la pureté sont mieux prouvées ; 2" d'en supputer le nombre ; 3" d'en calculer l'antiquité ; enfin 4" si la question reste encore indé-

* Adv. Faust. X. 2.

2i8 LKITRES

cise d'avoir rccouis aux originaux. Un|)OU plus bas, il poursuit en CCS termes : « Quid agis? (juo te oonvertes? quam libri a te prolad originem . quam vetustatem , quam sucoessionis testem citahis? » Si l'on compare ce passage avec le precedent , en ayant soin de remarquer que ce qui a rapport au nombre des manuscrits est omis dans celui-ci , parce qu'il s'agit d'un seul exemplaire, nous voyons que les exempla veriora doivent se découvrir par Icmu" origine ; car cette preuve est substituée à l'autre dans la série des autorités critiques. Quelques lignes plus bas, il explique quelle est l'origine qui doit décider de la sincérité et de l'authenticité d'un manuscrit. Il reprend la même série d'arguments , avec une nouvelle et importante substitution, sous la forme d'une conclusion de son raisonnement antérieur : (c Ilaque sidefîde exemplarium quœstioverteretur. . . vel ex aliquarum regionum codicibus unde ipsa doctrina commeavit , nostra dubitatio dijudicaretur ; vel si ibi ipsi quoqiie codices variarent , plures paucioribus , aut vetustiores recentioribiis prœferentur ; et si adhuc esset incerta varietas, prœcedens lingua, unde illud interpretatum est, consuleretur . » Je demanderai la permission de présenter quelques remarques au sujet de ce passage. D'abord, saint Augustin par cette expression, codices aliarum regionum, veut indubitablement désigner les exemplaires latins , car il propose de se référer au grec, prœcedens lingua, comme une dernière et distincte ressource. En second lieu, ce passage nous autorise h conclure que les diverses Eglises ne se servaient point de différentes versions ; en effet, il serait absurde, quand ils'agitde variantes , de renvoyer un critique à une traduction complètement différente et tout à fait indépendante de celle dont il s'occupe.

En troisième lieu , la règle de critique posée par saint Augustin , veut que lorsqu'il s'élève un doute au sujet de l'exactitude d'une leçon , on ait recours tout d'abord aux exemplaires du pays d'où la foi est venue. Saint Augustin écrit en Afrique; nous n'avons donc qu'à nous demander d'où , selon lui , la foi avait été apportée dans ce pays; et il suit de ma première observation , que ce doit être de l'Eglise latine.

sill I.A I'llKMIKIll'; ll'lini hi -MM JKAN. 2i\)

OiHioNiiil (l;ms rKi;lis(' (rAIVi(|ii(' (jiic l'Iliilic , el |»liis pal ticiilirrcnu'iil lloiin' , dail la source dii (•liiisli.iiiisiiic SainI (irrti;()ii'(i ôcril (•(' (|iii suit, ii DoiniiiMjiK^ (;v(''(|ii(' dc, (lailluij^'i; : Srinitcs privlcrcd nude in (ifnCdtu's fKirtihus suinj>srril ordiudtis sdccrdolalis v.rordium , huKhthi/ilcr (KjHis (j\((td ^ srdcin apostolii'din diliii('nd(),(id o///V/7 trsfri orif/inrtïi , pvndi'tifi rrnfrddtionr. rccurrills.cl prolxdu'li in ejus (i/l'ccln nnisluntid pcrifuinrlis^ . » Il est nianil"(^sl(' tjui^ saint Aii.mistin pill laLîciiil celle opinion, comme rallesle le passai^o suiviint : (( J'Jnil cl in m {Carlhdf/o) IrnnsnKirinis ricina rnjionihns, cl f/nna cclehcrrirnd nohilis ^ unde non ïnvdiocris uh^juc ductorildlis /idbchdl cpiscojjum, i/ui posset noil cni'di'o conspiranfcDi nniUHudinvm inimiconmi , cum se videvi't et Jionuinœ ecclesid' , in qua semper apostoUcœ cathedra' viguit principdtus , et cœteris terris unde evdnfjelium in ipsdm Africam venit ^ per communicator ias literas esse conjunct um^. » L'Eglise romaine et les antres pays d'où l'Evangile est venu en Afrique : — voilà une phrase sufTisamment claire. J'ajouterai cjue ces deux expressions : les régions au delà des mers dont Carthage n'est pas éloignée et Jes autres Eglises , désignent évidemment une seule et même contrée. EnefTet, la réputation dont l'évéque de Carthage jouissait dans les unes, et le fait qu'il était en communion avec les autres , sont présentés comme une garantie identique de sécurité. Quant à ces Eglises au delà des mers, il ne saurait y avoir aucun doute que l'illustre Père ait voulu désigner par là les Eglises d'Italie. Car, faisant allusion au jugement de Cecilianus, il dit : (c An forte non debuit Romanœ Ecclesiœ Melchiades episcopus , cum collegis transmarinis episcopis y illud siln usur pare judicium.? » Mais nous apprenons de saint Optât , que les collègues du pape Melchiade étaient tous Italiens, excepté trois évêques des Gaules, mandés à la requête des donatistes^. Saint Augustin considérait donc l'Eglise d'Afrique , comme la fille de l'Eglise d'Italie.

• Ep. I. VIU. no 33. , ^-i Ad Glor. et Elaus Ep. XLIII (al. CLXIII;.

^ Adv. l'arin. I. 23.

Cet illustre Père a donc posé clairement celle règle de critique en vertu de laquelle, lorsqu'il s'élevait des doutes en Africjue au sujet d'une variante quelconcjue , il voulait qu'on se référAt tout d'abord aux manuscrits d'Italie ; c'est-à-dire , qu'on devait commencer toute 0])ération critique par coUationnor attentivement le texte controversé avec le texte italien. Rapf)rochons maintenant de cette règle le passage où il est question de l'itala , et voyons si ce dernier n'en reçoit pas quelque lumière. D'abord ici , comme dans son ouvrage contre Faustus, saint Augustin traite exclusivement des diverses leçons et de la correction du texte. La phrase qui précède immédiatement celle dont nous nous occupons est celle-ci : « Plurimum hic quoque juvat interpretum numerositas , coUatis codicibus , inspectaque atque discussa , tantum absit falsitas; nam codicibus emendandis primitits debet invigitare solertia eorumqui scripturas nosse desiderant , ut emendati non emendatis cédant, ex uno duntaxat interpretationis génère VENiENTES^ )) Ensuitc , après avoir dit ainsi, que les exemplaires les plus corrects doivent être préférés, pourvu qu'ils émanent de la même version originale , il poursuit et nomme le texte auquel il faut donner la préférence; ce qu'il fait sous la forme, non d'une assertion, mais dune règle critique : « /n ipsis autem interpretationibus Itala ceteris prœferatur. » En troisième lieu, il persiste à dire, toujours comme dans le livre contre Faustus , que même après cette épreuve , il faut encore , en dernière analyse , recourir au grec ; a Et latînis quibuslibet emendandis , grœci adhibeantur.

Quiconque se livrera à une étude impartiale de ces deux passages , demeurera convaincu qu'ils tendent tous vers le même but, et que la préférence attribuée à l'itala ne vient que de ce qu'elle est l'édition la plus authentique de la même version, conservée dans le pays d'où l'Evangile a été apporté en Afrique : c'est une question de rnajiuscrits et d'éditions , mais nullement de versions.

' De doct. christ. II. 14. III. I. 27.

sill I \ l' H KM IK UK KI'MIIK DK SAIM JKAN. VU

It" II scinhic (|iril III' iM.'iiKjiic plus (|iMini> diosr |m)IIi- (oiiipiclcr l;i soliilinii (Ic l.i (lilliciillc i|iii s'csl clcv cc ;iii sij)('l (l(! riliila , c'est niu^ vim ilicalioii crilicjiK; on |)riiti(jii('. Si sjiint Aiii!;iislin ii iippoiir ses m.iinisciits (ril;ili(^ el s'il s'en csl servi (Ml AfVi(|U(* , soil Icxic prc'seMilc-l-il les ,i|i|);ir(Mi(('s ijiii sont |;j consnjiuMici' iialiiri'llc (l'une telle supposition? Ouoiijinl so serve d'une (nuluetion (|ui est essenlielliMiKMit la ni(^rne (\\Hi C(*lle (l(\s P(M"es (le rKi;lis(Ml'AtVi(jue , ne s'('"loiL:;ne-l-il j)as d'eux dans e(M tains passai^es, sur l{\s(|uels ceux-ci sont lojs d'accord (Mitri^ (Mix , el ik* se rapproelu!-t-il |)as au contraire des P(M'es de I'Kglise d'Italie? La discussion de cette (jucstion entraînerait un exauKMi criti(iue des dilïVM'cntes le(^'()ns , lc(juel n'oIVriiait aucun int(M\*t à la y;én(M-alité des lecteurs, lors UK^nie ([u'ils en auraient t!"ouv('^ dans les derails (}uc nous venons de donner. Je serai donc bref. Il y a (|uel(|ues annt'ves (jue , consacrant à r('^tude criticjue de la Bibk; les loisirs plu3 grands dont. je jouissais alors , je portai mon attention sur ce point. Malgré les circonstances qui vinrent trop tôt m'arraclier h mes travaux, j'eus le temps de rc^unir un assez grand nombre d'observations pour me satisfaire sur ce point ; aussi la th(?orie que je pressente ici au public touchant la Vulgate a-t-elle fait plus d'une fois l'objet de mes leçons dans le collège où je professe. Je vais tirer quelques exemples de variantes tirtk's des premiers psaumes et qui établissent une distinction entre le texte des Pères de l'Eglise d'Afrique et ceux de l'Eglise d'Italie ; de ces rapprochements, il résultera manifestement que saint Augustin n'h(?site })as à se séparer des Pères africains et à se ranger du côté des italiens , toutes les fois que les écrivains des deux nations différent ostensiblement les uns des autres. .

Ps. I. Psalt.rom. etmedioL, codd. corbes. Sangerm. Amb. Hil. Cassiod. etc. , donnent cette leçon, a In lege Domini fait voluntas ejus. » Tert. Cyp. Opt. opus imper f. in Mat. omettent le mot fuit. Saint Augustin est d'accord avec les premiers , et cette leçon est tenacior verborum, car le grec porte içzi ; la clarté y gagne aussi beaucoup.

Ps. II. Tertullien et S. Opia! lo considrront comme le ])rcmicr; saint Augustin , avec les Pères de l'Eglise italienne, le regarde comme le second.

1. Cod. Sangpvm. Amb. //il. a Quare fremueriint gentes. » Ter t. Cjip. constamment tumultnafœ sunt. Saint Augustin se range de l'opinion des premiers.

2. Sangerm. Amb. //il. a Conveneriint . » — Tert. (génélement) Cgp. « Congregnti sunt. » Saint Augustin est encore avec les premiers.

Ps. VI. — 6. Psalm rom. cod. Sangerm. Amb. Hil. Leo. Cassiod. Phil, ont « in inferno. ))Tert. Lucif. Cular^ : « a pud inferos. » Saint Augustin est encore avec les premiers.

Ps. XVIIl. — 9. Psalteria, cod. Sangerm. Amb. Hil. Cassiod. Maximus Jaur. Philast. « Sponsus procedit. » Tert. Cyp. (( Egrediens. » Saint Augustin s'accorde encore avec les premiers.

Il me faut maintenant laisser poursuivre cet examen par quelque critique qui jouisse de plus de loisirs que moi. C'est une tâche aride et souvent ingrate , car en général les différentes leçons ne sont qu'une masse d'irrégularités et de confusion , qu'on ne peut rapporter à aucune loi et qui ouvre à peine un champ à des conjectures plausibles. Toutefois, dans la partie que j'ai examinée , je doute qu'on puisse trouver un exemple où les écrivains d'Afrique soient d'accord entre eux et en opposition avec les écrivains italiens , sans que saint Augustin se range du côté de ces derniers. Ceci suffit pour éclaircir toutes les difficultés. Car si les Pères des différents pays se rapprochent assez les uns des autres pour prouver qu'ils se sont tous servis de la même version , néanmoins leurs divergences sur certains points constatent l'existence d'éditions distinctes dont l'usage était hmité par les circons-

1 II était Sarde, mais la Sardaigne était considérée comme la septième province de l'Afrique.

sun I.A I'llFMIKIlK l^:i'ITIlK DK SAINT JFAN. !^5H

ci'iplions ii;(M»t!;r;i|»lii(jii('s ()i, Icl-nl (|iic s.iiiit Aiimistin rsl loiijouis d'iiccoul ;i\(M- les ll.ilit'iis , Jijoiih'* ;iii\ |»i('ii\ rs liislori(Hi('S(|iir n(His;i\()iis dcjii (loiinccs , drmonlrir (lu'il sc servait d'uiHMMlilioii il.iliciiiic el iKui d iiiic icccnsiun alVicaiiic ; c'chIa-dirc (jiic sou Iciiioii^iiai^c sc laitporic à l'K^lisiî d'llalio et non ;i I'Ki^lisi» d'AlVicine , dans (oiilos les (|iieslions ciilicjMes ijui peiivenl (Hrv soulevées à I'endioil (h.'S Kciilnres. Les ini|)()i'tant(\s consniiuMices (|iii découleront de C(;lle eonelnsioFi juslifuM'onl la loni;iieur de la discussion ii lacjueile nous nous sommes laissés aller. Nous espérons aussi (ju'oii rei^ardera eommi^ une excuse sullisanli* pour le manîjue de discrétion dont nous nous sommes pinit-élre rendus coupables (jans ces longues recherches , le service (]ue nous avons rendu en donnant aux paroles de saint Augustin au sujet de l'itala un sens en harmonie avec les faits, avec sa pr()])re histoire et les citations qu'il a faites , enlin avec le silence com])let des autres écrivains anciens.

Mais quelque excusable que puisse être ma digression , je sens que mes lecteurs ont le droit d'avoir oublié ce qui l'a ])rovoquée et de s'attendre à ce que je les ramène au point d'où nous sommes partis. Revenons donc sur nos pas. Saint Augustin , dans tous ses autres écrits , omet le verset où il est question des trois témoins célestes ; or, ce verset se trouvant dans le manuscrit de Santa Croce , cette circonstance n'estelle pas une preuve suifisante que cet ouvrage n'est point de saint Augustin? C'est pour répondre à cette objection que nous nous sommes lancés dans cette longue discussion , et voici l'argument qu'elle nous suggère. Saint Augustin, dans ses œuvres ordinaires, s'est servi de l'édition italienne , de laquelle le verset qui nous occupe avait disparu à une époque trèsancienne. Son Specuhnn , ainsi que nous l'apprend Posidius, était écrit pour le vulgaire : c'est pourquoi il a eu recours dans cette circonstance à l'édition africaine, dont tous les exemplaires contenaient le verset. Afin de constater ce fait, j'ai prié l'ecclésiastique qui a entrepris la publication du manuscrit de Santa Croce de faire particulièrement attention

i54 LETTRES SUR LA l'HEMIÈRE ÉPITHE DE SAINT JEAN.

aux diverses leçons qu'il renferme : et il mu assuré qu'elles concordent toutes avec les Pères africains d'une manière remarquable.

Dans ma prochaine lettre, j'examinerai la valeur du témoignage de ce manuscrit , dans l'hypothèse ou saint Augustin n'en serait pas l'auteur , et je ferai en même temps quelques observations sur d'autres points ([ui se rapportent h cette célèbre controverse.

J'ai l'honneur d'être , etc.

N. Wiseman.

Collège anglais , à Rome , le 26 juin 1S')2.

Mon cher monsieur ,

A\)vcs avoir discuté la ((iieslion de savoir si saiiit Aiii^ustin est raiitoiir du traité contenu dans le manuscrit de Santa Croce , je vais maintenant, pour remplir, ma promesse, recliercher le degré d'autorité qu'il convient d'attribuer h cet ouvrage dans la controverse des trois témoins , en sup[)Osant qu'il soit sorti de la plume d'un auteur plus obscur. Disons quelques mots d'abord du pays et du siècle auxquels il appartient.

Peut-être un examen plus minutieux que celui qu'il est pour le présent en mon pouvoir de faire , fournirait-il de nombreux renseignements que je n'ai pu recueillir dans le cours rapide de mes observations. Je me flatte toutefois que ces dernières sufliront pour remplir l'objet que je me propose. La précision avec laquelle sont posées certaines propositions qui se rapportent à la sainte Trinité , fait voir que le traité a été composé après que les controverses auquelles ce dogme important a donné lieu se furent élevées dans l'Eglise. Le chapitre d'où j'ai tiré le texte de saint Jean que j'ai cité porte en titre : (( De distinciione personarmn. )) Or, le mot persona ne semble pas avoir été employé dans le sens spécial qui lui est attribué ici avant le troisième siècle. Le docteur Waterlond a remarqué qu'il est appliqué par TertuUien aux Hypostases ou Personnes de la Trinité. En effet , ce mot se rencontre fréquemment dans

\r livic cl{; T(3rtulli('n contre Prnxens, surtout à partir du onzième cha|)itre juscju'au quinzicme. Toutefois il semble qu'il ne soit pas devenu si tôt un terme défini de théologie. Facundus Jh'rmnniensk j)rélend (ju'on ne commença à s'en servir dans l'Eglise qu'à l'occasion de l'hérésie de Sabellius , en deux cent cinquante-sept. Voici ses propres termes : a Persunamm autem nomen nonnisi cmn Sahdlius impugnaret Ecclesiam , necessario in usum prœdicationis assumptum est , ut qui semper très crediti sunt , communi personarum nomine vocarentur^. » Mais cette assertion est en opposition directe avec celle de saint Grégoire de Naziance, qui prétend que le sabellianisme prit naissance en Occident par suite de l'usage de ce mot. Les latins , dit-il , furent forcés ,

Propter egestatem linguae et rerum novitatem ,

d'appliquer le mot de personne h la sainte Trinité et qu'en résulta-t-il? qu'une fausse application de ce mot^ donna naissance à l'hérésie de Sabellius. Pour concilier ces deux témoignages opposés , il suflira de dire que le mot de personne était déjà en usage , il est vrai , du temps de Tertullien , mais qu'il ne possédait pas encore ce sens clair, défini et théologique qui lui fut attribué par suite de la controverse contre Sabellius , et des dissentiments qui s'élevèrent plus tard au concile d'Alexandrie. La manière dont ce mot est employé dans notre traité , fait voir que celui-ci a été composé à une époque où la signification du terme personne avait déjà été déterminée.

Il est une autre considération qui nous porte à assigner une date postérieure au traité de Santa Croce. Après la section dans

4 Uef. Irium. capit. 1 li. p. 19.

^ AXX cj âvvxfjiûvci^ (rc7i,' \rcr.Xoi^) ^ty. rifv G7ev6ry,Ta. riji Trap' ccjtoIç T-AwTTj/s , Jc^/ cyofx.XTa-/ Trev'iav , ara rijit; cvaxq t^v ô^ê7TX<Jiv , xal àix rovro xv-Eiax'yoÙGi rx xpoacoxx , Ivx fx.-/} rpuq cj^ixi Tcxpx chiX^îoG! ^ ri <yh£Tai ] àç Xixv ysÀotcv îj kXssivév ; — eirx ^.x^eXXixui'S/xo^ évrxuôx

£T£voi}Ô£ To7s T/3/(7/ TrpoGOorciç. Gtcg Naz. De Laude Athan. Op. Paris, 1609. I. p. i69.

SlIFl I. A IMlKMIKIlh: irnUK DK SAINT JKAN. 21)1

la((ii(5ll(^ nous iivniis IroiiVM' Ic Icxlc (Ic siiml Jciin (jik; nous jivoiiscilc, lien est line ;mli «• consacrrc loiil ciiIi'Mc ;i |»ioiivcr lii (liNinilc ilii Siiiiil-M.s|)ril . Dc lii nous avons (jin |(|iif raison d'inl'criM* (|ut^ la conlrovcMsc (|ui s'r.Uîva au sujcl (h; ce doi^ino iniporlani , en «Ichors dc la (jucstion i^^rnciajc (i(; la Trinito , avail (Icjà coininrncr. (Icitc circonstanc(î placerait réj)0(jue (1(* nolii" inanusciil au temps des Macédoniens, c'cstti-dire v(ms \v milieu du iv'' siècle. Le tc^xtc de l'ancienne version latine dont l'auteur a fait usai^^o ne pei'inct pas de lui assii^ner une date plus moderne ; et , à vrai dii'e , aucime des eonsidéi'alions (\uc, nous pouirions lirer de l'ouvrage luimême, no justifierait une telle conclusion.

Quant au pays d'où notre traité est oriirinaire , il n'est pas dillicile de le déterminer. 11 se trouve réuni à un ouvrage de saint Cyprien qui fait partie du même volume et vient immédiatement après le nôtre : cette circonstance nous prédispose au j)remier abord à considérer ce dernier comme étant d'origine africaine. Mais ce qui achève de décider la question , c'est la coïncidence frappante de son texte avec les leçons des Pères de l'Eglise d'Afrique. La publication de l'original mettra ce point important à l'abri de toutes les contestations.

Peut-être quelques-uns de mes lecteurs regarderont-ils comme un médiocre avantage d'avoir obtenu le témoignage d'un obscur écrivain du quatrième siècle, en faveur du verset controversé. Quant a moi, je ne partage pas leur opinion. J'avoue qu'à mes yeux un nouveau témoignage d'un auteur africain quelconque a plus de valeur que tous ceux qui pourraient venir des autres parties de l'Eglise d'Occident. La raison de cette préférence paraîtra peut-être à beaucoup de gens un paradoxe de plus; c'est qu'on peut dire que toutes les autorités qui ont été découvertes jusqu'à ce jour, en faveur du même verset, appartiennent à l'Eglise d'Afrique.

Quiconque a quelque expérience des études bibliques, connaît le grand principe de critique que Bengel posa le premier , mais qui ne reçut force de loi qu'après la publication

UEL

(les roccnsions de Gncshncli. Kn vertu de ee principe, il est établi que les témoii^nai^es , en faveur d'une variante quelcon que, n'ont pas de valeur en dehors de la recension ou famille à la(|uelle ils appartiennent ; et qu'une leçon doit être adoptée , non en vertu des autorités isolées , mais sur la foi de la recension qui la renferme.

Il est évident que le même principe s'applique non-seulement à la traduction grecque, mais à tout autre texte dans le(|uelon peut distinguer des recensions. Après avoir démontré qu'il en est ainsi de l'ancienne Vulgate , nous avons le droit de faire l'application de ce principe, en faveur du verset de saint Jean qui a été l'objet d'une si vive controverse. Or, tous les écrivains qui ont traité cette question n'ont pas manqué de faire remarquer que presque tous les témoignages rendus en faveur de l'authenticité de ce verset proviennent d'auteurs africains. Saint Cyprien , Marcus Celedensis , saint Fulgence , Victor Vitensis, les quatre cents évêques qui s'assemblèrent à Carthage sous. Hunnéric étaient tous membres de l'Eglise d'Afrique. Mais si tant d'auteurs ont observé ce consentement unanime d'écrivains appartenant à la "même église , ils n'ont pas exposé ce témoignage sous son véritable jour, lis ont vu dans chacun des témoins autant d'écrivains africains, voire même le corps de l'Eglise d'Afrique , constatant l'existence d'un passage , mais ils ne les ont pas considérés comme les représentants de la recension ou texte africain , comme élevant la voix au nom d'une grande famille critique, dont l'antiquité et l'autorité, relativement à celles des autres textes , doivent être également soumises aux lois de la critique.

Si le lecteur veut bien ne point perdre de vue ces faits , surtout celui que j'ai établi dans ma première lettre, à savoir que les Pères d'Afrique et d'Italie se divisent en deux classes tout à fait distinctes, non-seulement au sujet de ce verset, mais encore sur une foule d'autres passages assez nombreux pour prouver la différence de leurs recensions , je poursuivrai cette étude en faisant les observations qui , selon moi ,

sin l,A IMIKMIKUK I'lMTUK DF SMM JKAN. 'HW^

|K)rl('i(Mil SIM lii coiiIkjvcisi' ;<rn('*rali' d.ms s.'s r;i|»|)()rtH îivcm \v m.iiiiisciil (Ic S.mta C.i'oce.

1" I/('\isl(Mic(Mriiii(' ircciisiou ;ilVi(\itii(' conton.'int Ic vrrsct (Ml (jiii'slioii , nous (loimr Ic dioil dc considrrer comiiH.* aiil.nil dc ciliilioiis , les cxliiiils dus écrivains africains qui , a[)|)araissanl dans les ouvrai:;cs dos auteurs italiens, pourraient laisser d(>s doules au suji'l de leiu' orii^inc. C'est en insistant sur la Ibnne incomplète dos citations, dans Tertullien et dans saint CypricMi , (lueCîrii^shach et d'autres se sontelloicés d(^ les faire [)asser pour de pures interprétations mysti(iues. Or, l'examen de lémoii^nagos postérieurs nous a donné la certitude (jue l'Kglisc entière à laijuclle ils appartenaient, 'coimaissait et citait le verset controversé ; cette circonstance fournit à la critiquede justes raisons pour allirmer que ce sont de véritables citations que ces écrivains ont laites, l.e système adopté j)ar les adversaires du texte , qui attribuent au respect pour l'autorité de Tertullien et de saint Cyprien , d'abord les allusions au verset précédent, puis sa conversion en un texte nouveau , est totalement insoutenable. Ces deux auteurs étaient tenus en vénération égale , sinon plus grande , parmi les Italiens ; pourquoi donc leurs écrits auraient-ils exercé une influence plus considérable sur les autres écrivains africains, que sur leurs admirateurs d'outre-mer? D'ailleurs, pourquoi saint Augustin n'a-t-il pas agi de même? pourquoi n'a-t-il pas tiré des conclusions^ comme on prétend que les autres écri • vains africains l'ont fait, du huitième verset expliqué dans un sens allégorique? pourquoi dit-on qu'il n'a jamais cité ce verset?

^^ Mais si, au lieu déconsidérer ces passages comme une argumentation , nous n'y voyons que des citations ; si nous laissons de côté ces écrivains de l'Eglise d'Afrique pour ne parler que du texte africain , nous écartons une dilliculté dont tous les partis ont en vain cherché la solution , je veux dire le silence de saint Augustin. Un écrivain moderne a fait une remarque en apparence très-concluante ; c'est que l'illustre évêque d'Hippone qui a tant écrit sur cette épître a fourni à

S;ib;iticr des matériaux sulïlsants pour rétiiblir l'ancien texte jusqu'à ce verset exclusivement, et qu'il lui revient en aide immédiatement après, mais que, sur ce point seul, il lui fait complètement défaut. Au premier abord , cette circonstance paraît un argument négatif d'une force considérable. J'accorderai même qu'en se plaçant au j)oint de vue d'où l'on envisage ordinairement la controverse , cette objection est irrésistible. Mais les propositions que nous avons exposées précédemment écartent toute la difficulté. Le verset appartient essentiellement au texte africain , et saint Augustin se servait de l'édition italienne. Après cette observation, toute anomalie, toute difficulté disparaît. Je serais même presque tenté d'ajouter que si le verset se trouvait dans les œuvres de saint Augustin, ce fait demanderait une explication. Sans doute, il ne serait pas difficile d'en trouver une , je l'ai même suggérée ailleurs, et je vais la répéter ici. L'illustre père appartenait à l'Eglise d'Afrique , et il pourrait très-bien se faire que , dans une circonstance donnée , il renonçât à un texte favori pour ne consulter que les sentiments et les intérêts de son troupeau. Toujours est-il que, lorsqu'il s'agit de faire des classifications ou de répartir des objets quelconques en un certain nombre de familles, ce sont les variétés sporadiques (pour nous servir d'une expression empruntée aux naturalistes), qui causent le plus de perplexité et d'embarras. Plus les différentes catégories sont clairem.ent circonscrites, plus les lois et les circonstances qui les régissent sont nettement définies , plus elles sont exemptes d'exceptions, plus la valeur et l'étendue de chacune sont exactement déterminées ; plus aussi les raisonnements auxquels elles servent de bases sont satisfaisants. Ainsi, loin que le silence de saint Augustin nous embarrasse en aucune façon , il nous aide plutôt à écarter une difficulté.

3° Il suit des remarques que nous venons de présenter que la découverte d'un ancien manuscrit africain , quelque obscur qu'en soit d'ailleurs l'auteur sous d'autres rapports , est d'un plus grand poids pour prouver l'authenticité du verset contro-

Sim I. A i'iii:mii:iik i:niiiK dk saint jkan. 201

vcM'sr , s'il le, conlicnl (l;iiis son lr\|c , (jnc mi; \r sci.iil Ic; (rnu)ijj;niii,'(Mriin rciivain iliilicu dont \v. nom scrjiit iiifiiiiiiKwil |)liis illuslrc. : en clVt'l , I»' |ti('iiii('i- lend ii C()ii.soli(l(^r ot .'i complotor l'aiitoril/' (I'lin loxfr. , (andis (juô Ic second Fi'.i|)|)ortcrnit (iiriiiic voix \so\rc v\ vn désaccord avcîc les autres. Ce principe détermine donc- la loicc^. du lémoic:nn,qo du marujscrit de Santa (j'0(h\ C'est une nouvelle allii ination ii ajouter au consentenu*nt unanime des écrivains africains , une preuv(î de plus (jue le verset existait dans le texte ou recension do cette Eglise.

La controverse étant ainsi réduite aux proportions d'un désaccoid entre deux recensions , celle d'Afri(juc et celle d'Italie , il ne reste plus qu'à chercher la(|uelle des deux possède la plus fi;rande autorité, la(|uelle peut être considérée à juste titre comme représentant véritablement la version originale. En effet, s'il paraissait tros-|)robable , ou même certain que la traduction latine a été faite en Afrique, et que, par conséquent , le texte africain , conservé par les écrivains de cette Eglise , remonte à une plus haute antiquité que tous les autres manuscrits connus, non-seulement de l'Italie mais encore de la Grèce , nous obtiendrions ainsi un argument beaucoup plus fort, plus défini et plus solide en faveur de l'authenticité du verset controversé , que si nous avions recours à l'examen ordinaire des citations et des textes.

Monsieur Nolan a donné plusieurs raisons pour établir que l'autorité de l'Eglise d'Afrique sur ce point , devait être considérée comme d'un grand poids ; mais iln'elUcure môme pas les véritables arguments , qui doivent décider les résultats de la controverse ; c'est-à-dire , la question de savoir si elle possède ou non le texte original.

Je dois à la justice , à moi-même et surtout à la cause que je défends , de déclarer que l'examen qui va suivre , non plus que celui que contenait ma première lettre , n'ont été entrepris en vue de cette controverse : c'est simplement le résultat de recherches faites par moi dans l'accomplissement

ibi LEiniEs

tl(î mes devoirs ;ic;idénii(|iics , lorsque je Iniitins de la Vulgate dans un cours de théologie.

Un palimpseste contenant une version latine antéhiéronyméennc , ayant été découvert , il y a quelques années à Wurlzbourg , le docteur Fcder en transcrivit tout ce qui était suscc[)tible d'être lu , c'est-à-dire , Jérémie , Ezechiel et Daniel. Il transmit ces fragments à feu l'évécpie de Sceland, le savant docteur Miinter , qui en publia un compte rendu dans une lettre adressée au fameux M. Grégoire. Ce travail parut dans la Revue Encyclopédique, au mois de mars 1819, p. 545. La lettre est datée de Copenhague, le 7 février. L'auteur suppose que ces fragments ont une origine africaine ; il dit qu'ils ne peuvent appartenir à l'Itala , « parce que la phrase manque de clarté ; » il termine par la promesse de les publier ; et , si mes souvenirs sont fidèles , ils ont efïectivement paru dans le troisième numéro des Miscellanea Ilafnensia. Toutefois , n'ayant pas ce journal sous la main , je n'oserais rien affirmer h présent. Tout ce que je puis dire , c'est que je les ai trouvés dans une publication de ce genre.

Quoi qu'il en soit , Eichhorn fut le premier auteur qui hasarda la conjecture que la Vulgate latine était originaire d'Afrique. C'est là une simple conjecture , car il n'essaie même pas de prouver ce qu'il avance. Son principal , ou plutôt son unique argument , est le langage barbare dans lequel cette traduction est écrite. Nous devons protester contre ce mot de barbare, en nous appuyant sur l'autorité du célèbre lexicographe Gesner , qui avait coutume de dire qu'il considérait la Vulgate comme un auteur classique, car elle lui permettait d'embrasser la langue latine dans toute son étendue.

Au lieu de cette vague conjecture , je vais m'efTorcer de mettre sous les yeux des personnes versées dans l'art de la critique biblique , quelques preuves s]:)écifiqucs, lesquelles, à mon avis, tendent à démontrer que l'Afrique a donné naissance à la version latine.

Sim i.v I' It i; mm; UK i I'lnti: im; smm jkan. .liV.i

l)'jil)()i(l , ji' IriMi i-('m;ir(|ii('i- (jiic |;i lillrriihirc gn;((|ii(' jouissait (run si liaiil ckmIiI en ll;ili(; sous Icsd/jsars, el (jii'dh; y riail vu si i^iiiiid lioinuMir sons Trajan ct sous 1(5H Aiiloiiins , (ju'iuin version dc I'lMiilnic n'clail. ^uri'o nf'ccssairc à cdtle (''()0(|U(\ C/t'st un fail ass(v. sini^nlici' , (juc |)i"('S(jU(' lous les noms (juisi» ])i'rsonl('nt dans I'liisloiic (Jo.s promiors foi?i|>^ d(; rKi;liso roniaino , ont uno IbruK^ G;r(*C(|UC , tels sont : (!lot, y\naclet , Sotcr , KIruthric , Lin , hlvaristc , Trlcspliorc , Ilyij;in. Quclcjuc^s-uns dc (m^s jicisonna^M^s riaient V(''rilal)l(;nient grecs do naissanc(*.; leur I'hu'lion au ponlilical nidi(jU(î donc (|ue Iimii" nation exerçait une certaines |»n''|)0nd<''rance dans l'Ei^lise romaine, el (mi mènn^ temps (jue l(;ur tioupeau était versé dans la langue groe(|ue. Mais ce (pii démontn; mieux (|uc tout le reste ce que nous voulons piouver , c'est que dans tout le cours des deux premiei's siècles de l'ère chrétienne , et même au commencement du troisième , on ne rencontre pas un seul e\emj)le d'un écrivain a[)partenant à l'Eglise italienne , (jui ait écrit dans une autre langue qu'en grec.

L'épître de saint Clément, ou Clemens Romanus , pour nous servir du nom sous lequel on le désigne j)lus particulièrement, fut écrite en langue grecque, vers l'an 96 ^ Ce pontife était romain de naissance ; mais rien dans son écrit ne tend à faire supposer qu'il ait eu recours à un traducteur ou que son travail lui ait coûté quelque peine. Je pourrais ajouter que la lettre est écrite , au nom de l'Eglise romaine tout entière.

Je ne parlerai point de saint Justin ni de Tatius ; car rien ne prouve qu'ils aient appartenu à l'Eglise d'Italie , bien que tous deux aient publié à Rome leurs ouvrages en langue grecque.

Modestus qui , selon Cave , tlorissait vers l'an 176 , devait être latin : du moins son nom l'indique ; cependant il paraît

' Euseï). 11. E. m. c. IG.

avoir (''crit en Grec , car saint Jérôme dit : Fcruntnr sub nomine ejiifi et alia o-uvray/y-ara ^ » Euscbc fait mention de lui conjointement avec saint Irénée*.

On ne saurait douter que la correspondance qui eut lieu sous le j)onliricat de Soter , entre les Eglises de Rome et de Corinthe , n'ait été suivie en Grec ^.

Saint Irénée , évoque de Lyon , en 1 78 , écrivit la totalité de ses ouvrages dans cette même langue. La fameuse lettre des Eglises de Vienne et de Lyon est également rédigée en grec.

Saint Jérôme dit que TertuUien est le ])lus ancien écrivain latin après Victor et Apollonius*. Le i)remier est indubitablement le pape de ce nom : l'histoire de l'autre est plus obscure. Le catalogue de saint Jérôme fait mention de deux écrivains de ce nom. Le second d'entre eux était un sénateur romain qui composa une apologie et qui certainement écrivit en grec^. En effet, il est cité ailleurs parmi les écrivains grecs^ et il est pour sur le même dont l'apologie a été publiée par Eusèbe"^. 11 peut se faire qu'il ait écrit d'autres ouvrages en latin , mais il suffît à mon objet présent qu'il ait employé indiftéremment les deux idiomes.

Caïus , le célèbre prêtre romain qui florissait vers deux cent douze, rédigea ses nombreux traités en langue grecque. Tous les critiques admettent ce point, que Tillemont établit de la manière la plus solide.

Quant au dialogue contre Artémon dont l'auteur est demeuré inconnu , les fragments que nous a donnés Eusèbe^ et d'autres circonstances encore nous portent à croire qu'il a été écrit à Rome et qu'il est l'œuvre de quelque ecclésiastique ; néanmoins, on ne saurait douter qu'il n'ait été composé en grec.

4 Dcvirisillus c. XXXII.j 2 l. IV. 23. ^ib. v. 31.

4 Loc. cit. LUI. S ib. XLII. 6 Ep. ad Muz. LXX.

Si:il I.A I'llKMIKIlK KI'UIIK l)K SAINT JEAN. SO.'i

Aslcniis Urhnmis , si Ton en jiii;«' |>.ii' son nom , scriihic avoir c'l(* ilalioii : loiilclnis, il |»iir;ill (jii'il ('crivit el (lis|)ula va\ grec. Son livre riait dédié a Ab(Mciiis Marcrlliis. S'il faut ajoultT loi ;i ce rapport d'Kusrbe, cc furent des circonstanees foitiiiles (jiii amenèrent Urbanus (;n Galalic , on ses conférences eurent luii'.

Saint lli|)[)ol\le {Portucttsis) ])asse aux ycnix dc» j)lu.sicurs historiens pom- avoir été évécjue d(! Porlus /{omnnus, autremiMit dit, Aden en Arabie; d'autres, an contraire, (JU(î son siège devait être Porlus, aujourd'hui Porto, à l'embouchure du Tibre. Les raisons sur lesquelles s'api)uient res])ectivement les défenseurs de ces deux oi)inions se trouvent dans les œuvres du docteur Lardner, cjui, toutefois, a omis de rappeler que l'église de Porto est placée sous l'invocation du saint, aussi bien qu'un puits pour lequel les habitants du pays ont une grande vénération. Du reste, cette question est insignifiante ; tout ce qu'il importe de savoir , c'est qu'Hippolyte résida a Rome et qu'il écrivit dans cette ville. On peut encore voir son cycle pascal gravé sur sa chaire que l'on conserve dans la bibliothèque du Vatican. Ce document est en grec comme tout le reste de ses écrits.

D'après ces exemples , on voit que Victor est le seul auteur appartenant h l'Eglise d'Italie ou des Gaules qui, selon les rapports de l'histoire, ait écrit en latin , avant l'an deux cent trente ; encore ne manque-t-on pas de raisons pour supposer qu'il comprenait également le grec. En même temps, on ne trouve pas en Afrique un seul auteur qui se soit exprimé en grec , tandis que d'un autre côté TertuUien , saint Cyprien , Lactance etMinutius Félix , qui sont les plus anciens des Pères latins, appartenaient tous à cette nation. Il est encore une considération qu'il faut ajouter à celles qui précèdent : tous les anciens écrivains admettent que l'Evangile de saint Marc a été rédigé pour l'instruction de l'Eglise romaine , et cependant il est en grec ; c'est dans cette langue aussi que

266 LETTKES

sjiint i^iiiil adresse son rpilre ;i celle même Kglise. N'aurail-il j)as élé bien élrani^'c qu'ils eussent agi de la sorte, si une traduclion latine; avait été nécessaire? Ne vaut-il |)as mieux en conclure (]ue le grec élait parfaitement intelligible pour les fidèles et que cet état de choses devait se prolonger encore quelque temps? C'est là ce (jui ressort des preuves que nous avons données plus haut.

De toutes ces réflexions résulte un motif puissant de probabilité historique pour sup[)Oser que la première version latine de l'Ecriture a été faite, non jias en Italie, maison Afrique. Il va Ih phis qu'une simple conjecture. En effet , les citations extraites des auteurs africains nous donnent des preuves irrécusables qu'une version de ce genre existait dans leur pays, avant le quatrième siècle; tandis que tous les témoignages historiques que nous possédons au sujet de l'Italie, nous portent à croire que le texte grec y était en usage jusqu'au commencement du siècle. Or, comme j'ai démontré dans ma première lettre que la version dont on se servait était la même dans les deux pays, il s'ensuivrait que le texte italien aurait, été apporté d'Afrique.

Du reste, la méthode la plus satisfaisante pour déterminer le pays d'où la Vulgate tire son origine , c'est un examen attentif des mots et des phrases qui la composent. Ces recherches auront un double résultat. D'abord nous découvrirons que la Vulgate abonde en archaïsmes, c'est-à-dire en expressions surannées et qu'on ne retrouve que dans les écrivains antérieurs au siècle d'Auguste. C'est là un des indices les plus forts qui dénotent l'origine provinciale de la version dont nous nous occupons, car ces sortes de locutions se perpétuent ])lus longtemps dans les pays lointains que dans le voisinage de la capitale. Quiconque a quelque, peu étudié les auteurs africains des premiers siècles, a du remarquer que leurs écrits fourmillent d'expressions de ce genre ^. Les exemples que je

^ ^Arnobc, par exemple, se sert de tournures et de mots évidemment surannés. Il serait facile de donner de nombreux exemples de ce fait , si cela était nécessaire.

SI;H I. a I'llKMIKItK ll'IIHK l»K SAIM JKA.N i<*>7

VJiis (-ilcr (Ml Irroiil loi. A duo vr;ii , r.iiiciciiiic 'Vul^iilc coiilonail |>i'(>l)iii)l(Mn(Mit inruiiiiiciit plus (r;in-|iinsiii(>s (|iril nVn n3st(WHij(Mii(riuii . A (MUSC (les iiomhrciiscs (•(Micctioris (ju'clle asiihios. l*ai('\('iii|'l(', rancicn ('\crii|ilaii(î de saiiil Miillliicu , j)iil)li('' |»ai- M()nsii;ii()r iMai , dans sou oiivrai^'c; iiililulf Srri])fornm. rcicruni iiiiraco/IccUif , ((niic in, l^unc lSd!S., |»()rl(j lo iiiol reliant ati Ikmi {\c. rctcm '. Or, ceci conlirinc la m(''inc l('(;(ui (laiis l*laiil(» , ciU' par l*risci(;n : (c Xatn liinc el (tjwnna ludos fecissci ct rclùim. » Kii second lieu , nous y li'ouvcrons un certain nombre d'atVicanisnuvs sur lcs(jiiels on lu; sauiaif so méprendii\ Nous enlendons par lii des expressions (pi'on no rencontre (|ue dans les auteurs africains, ([ui ilorissaient vers lepiKpie où parut notre ancienne version'^. Il va do soi (iU(* le j)rinci})al d'eulr(* eux est Tertulli(!n. Dans les exem- ])les i]ue je vais citer, et (jui sullironl du moins pour tourner de ce côte* l'attention des j)lus habiles philoloi^'ues , j(î me tiendrai presque exclusivement au Nouveau Testament . aux

C'est ainsi (ju'il emploie le mot stribilicjines {Lib. i. ad Gent.). Or, voici ce (|ue Aulu-Gellc dit au sujet de ce mot : « Solœcismus... vetustioribus Latinis stribiliyo dicebatur, quasi sterobiligo quanlam. » (Noct. att. Lib. v. cap. 20) Dans le passage d'Arnohe, auquel noiis taisons allusion , cet écrivain prend la défense du style peu poli de l'Ecriture , peut-être veut-il parler de l'original. Comp. Clem. A\cx.-Pro~ trept. II n'est pas rare non plus cpi'Arnobe ait recours aux anciennes formes d'infinitif passif , comme velarier, coronarie*", converlirier.

* Saint. Matth. IV. 18. p. 257.

'^ Quiconque a lu les premiers auteurs chrétiens appartenant à l'Eglise d'Afrique, doit avoir été frappé de l'air de famille qui se fait sentir dans tous leurs écrits, et qui se décèle par l'emploi de locutions et de tournures particulières, qu'on ne retrouve guère que dans les anciens écrivains. C'est ainsi que le mot striculus , ou comme d'autres l'écrivent hystericuJus , pour signifier un garçon , n'existe que dans Arnobe ^Lib. v) , et dans TertuUien De Fallio 'c. iv). Les autres éditions portent Withcolas , ce qui est un non-sens. Arnobe se sert aussi souvent de qu au lieu de c, comme dans les exemples suivants : arquata sella [L. ii.) , arquitenens , hirquinus. Cela provient d'une confusion assez fréquente chez les anciens auteurs. TertuUien , par une substitution contraire, dit licet au lieu de liquet {De Pœn. vi). Plante et Terence s'y sont également trompés. Heraldus [animad. ad Arnob. 77) , semble considérer cette erreur comme un africanisme ; mais d'après les remarriucs de Aulu-Gelle sur Insece et Inseque , il résulterait qu'elle a été commise par les anciens auteurs. Je pourrais encore citer d'autres exemples , et montrer des traits nombreux de ressemblance entic TertuUien , Lactancc et saint Cyprien ; mais cela n'est point ••lécessaire.

psaumes et h l'Ecclésiastique , restes de l'ancienne Vulgate qui ont été incor|)orés dans la version adoptée par TEglise. J'aurai soin aussi de nommer dans le texte les auteurs auxquels je me référerai pour ne point fatiguer le lecteur ni jeter la confusion dans son esprit , par des renvois continuels au bas des pages.

Un archaïsme ou , comme on l'appelle souvent à tort , un solécisme , fréquent dans l'ancienne version , c'est Tusagedes verbes déponents pris dans un sens passif. Priscien nous dit expressément que c'est là un archaïsme : « Ex his multa antiqui tam passiva quam activa significatione protulisse inveniuntur. » (p. 790). Et ailleurs : « Multa similiter ancipiti terminatione in una eademque significatione prœtulerunt antiqui. » ( 799). D'où il paraît que ces verbes déponents étaient anciennement actifs. Dans un autre endroit, il dit au sujet de ces mêmes verbes ; « Prœterea plurima inveniuntur apud vetustissimos quœ contra consuetudinem activam pro passiva habent terminationem. » Au nombre de ces derniers, il place consolo et horto. Aulu-Gelle {L. ix. c. 13. p. 681) dit précisément la même chose au sujet de ces deux verbes. L'un et l'autre se trouvent employés passivement dans la deuxième épître aux Corinthiens {ch. i. 6). Le premier reparaît également dans le psaume cxviii , 52 , et dans saint Luc XVII. 25.

L'Epître aux Hébreux (xm. 16) nous offre un exemple analogue : « Talibus enim hostiis promeretur Deus. » Que mereo ait souvent été usité au parfait et dans les temps qui en dérivent, c'est là un fait notoire pour quiconque est versé dans l'étude des classiques. Promereo néanmoins ne paraît pas avoir été employé avec la même facilité par les écrivains de l'âge d'or de la httérature. Nonius {de cont. gen. verb. p. 475. Ed. Paris 1 661 ) consacre un article à promeres , mis à la place de promereris; et à cet effet il cite Plaute, [Irinum. A. 3. Se. 2. v. 15). Cette locution se rencontre souvent chez ce poète aussi bien que dans Terence. {And. A. 2. Se. 1. v. 30, — Adelph. Ac. 2. Se. 1 . v. 47). Ovide en fait également usage

SHU I.A rHRMI^'IlK ftlMTIlK DK SAINT JKAN. 201)

«'t |)(Mil-(Hr(' (I'aiilics ciicoic Miiis (uilic (jii'il \ .1 lii im arclKi'isiiu^ rvidcMil , (•(MiioI scinhlc iilliicr ciicoic rallculicm par lo S(Mis do rendre propice par un sdcn'lirr , (jm I m est alli'il)iir ihns la Viili^aliî v[ {\\\'\\ nc possrdt^ dans aucun aiit(!ur (•|assi(jiu\ Aulaiit (|ut; jc puis 1110 rappeler , il n'est ainsi (Mnpioyé (pie piU' un auleiu' , l'Alricain Aiiiobe , (pn dit (piejipn; jiail, : a /hi nihil pvodest proniereri relie per hustids Deos lœvos {Adc. dent. vin. )

Ministrari , |)ris dans le sens passif, se rencontre frécpjemment dans le Nouveau Testament : on en trouve des |)reuves dans saint Matthieu (xx. 28); dans saint Mai'c (x. 45); dans la seconde épître aux Corinthiens (vni. 11). 20.); dans la seconde épître de saint Pierre (i. 11), tandis que les bons écrivains italiens n'en offrent guerre d'exemples. Plante, cité par Nonius, aurait dit : a Boni ministrmitiir, il lum 7iu7ic irrident malt. » Toutefois une édition plus ancienne, aussi bien que celle dont nous avons parlé , porte la leçon suivante : « Boni immiserantur , illum irrident mali. » Columelle qui, quoique écrivain élégant, était natif de Cadix, fait aussi usage de ce mot.

La désinence ibo, au futur des verbes de la quatrième conjugaison , subsiste dans certains endroits de la Vulgate , comme dans le psaume lix. (8) où l'on voit pnstibor et metibor ; or, les anciens grammairiens signalent cette forme comme surannée. Nonius en cite plusieurs exemples, tous extraits des écrivains antiques , comme Ennius , Accius, Novius : nous les donnons après lui : reddibo, expedibo [p. 476), esuribo, invenibo{p. 479), audibo (p. 505), aperibo (p. 506), operibo et oboedibo {p. 506) etc.. Il est singulier que Charisius (Instit. gram. p. 222. éd. Putsch. ) donne feribo comme étant le futur régulier de /è no. Cependant Horace a dit : a Nos humilem feriemus agnum y) (Oc/, ii. 17). Il est vrai qu'ailleurs {od. m. 23. V. 19) il a employé l'autre désinence : a. Mollibit adversos pénates. » Quoi qu'il en soit , cette forme est décidément un archaïsme.

Le vorho odio (Hait d'un usage plus frccjiiont dansTanciennc Viili^ato (jucdans cello (jiie nous possédons aujourd'hui , bien (pic dans celle-ci subsistent cnconî cerlains temps non usités |)ar les classiques, tels qu'odimtes. Ainsi, dans le passage de l'Evangile selon saint Matthieu auquel nous faisions allusion un peu plus haut, c. v. i\ 44. {p. 259), nous trouvons odiiint, et ailleurs vi. 24 {p. 260) odiet. Tertullien cite un passage emprunté au Lévitique (xix. 6. ) : « non odies fralrem tuum, » [adv. Marcion. lib. iv. c. 35.), tandis que saint Augustin donne la leçon suivantes odio liabebis {Quœsf . l. xx. in Levit. torn. 3. p. 520) Festus {sub voce) dit que les anciens se servaient du verbe odio, mais qu'il est diflicile d'en trouver des exemples , excepté dans Tertullien chez lequel on lit odienies[Ib. c. xvi), oditur (ApoL c. m). On prétend que ce mot se trouve une fois dans Pétrone , mais audienies est une leçon bien préférable. Sans mon respect pour l'autorité de Feslus, je serais tenté de considérer ce terme comme un Africanisme.

Saint Matthieu (xxii. 30.) nous offre le mot nubentur. Nonius nous dit que « nubere, veteres , non solum mulieres sed viros dicebant » (p. 143). Cette expression peut donc être considérée comme un archaïsme ; toutefois les auteurs africains sont les seuls qui l'aient employée de cette manière. Tertullien a dit : (( Apud Patriarchas , non modo nubere , sedetiam mullifariam uti fas fuit » {Ad uxor. Lib. i. c. 1). Ailleurs^ {adv. Mar. Lib. iv. c. 38). a Prœstruxit hic quidem nubi, ubi sit et mori. » Plante s'en est également servi {Persœ. net. III. 5c. I. 58) : (( Casusmodi hic cum fama facile- nubitur. » Saint Jérôme qui semble souvent imiter les écrivains d'Afrique pour lesquels il a une si vive admiration , s'en sert aussi ; mais peut-être est-ce en faisant allusion au texte de saint Matthieu {Ep. xxii. n" 19).

Psaume lxi. 7. « Emigrabit de tabernaculo tuo. » Voilà un archaïsme manifeste. Nonius le cite d'après Titinius {p. 2) : « Quot pestes , senia , jurgia sesemet diebus emigrarunt ; leçon h laquelle quelques critiques modernes ont substitué celle-ci :

si'ii \.\ I'll KM I i: UK KiMTin: dk saint jkan. :''71

(( Scsi' inn's (idiliiis cniif/riiriitil » Aiiln (i<'ll<' ^Vn scil' ; a At(/fH' ilii ciissihi m'lhini nii<iniril)> i^Llh. li. r. \\\. p. 2i)\ ;. TliysK'iis, dims son ((Minnciilaiic , iviii;ir(|ii(; (jik; c'est lii line |)lir;is(' siii;imi(M'. (iionovms Ir iiif r.l iiivoijiu^ l'jml(Mit«'' dc (li('('M*()ii ^ Do offir. lih. 1 . r. 10). !\liiis hicii (jiu; hî^r.iiul (unlciir fasse iisai;e dii mol ///////v/rr dans celte cii'conslimc.c. el ailleurs {('oumw lie I'm. Jjh. iii. c. 'iO. DcU'tj. in. i.'), c'est lonjonrs dans le sons de lransLi;r(^ss(M' une loi ou un dcvoii ; Tciiiillicn l'emploie a\ee la nu^me sii^nificalion. 11 dil (jnel(|iie pail; (( AVr (hihilnfjuosdn^n scriplunis vninjrare. Mais le sens d(î ces îTiots est ti'ès-obscur.

,1(^ ni^ sais si jc^ devrais insister snr la j)lirase coninmclinm facore qui se rencontre fivcjuemmcnt dans récriture , comni(» dans le second livre des Macchabées, dans saint Luc (xi. 47), dans l'épîlre aux Hébreux (xi. 29) et une fois dans la version de saint Jérôme (i!//c. vu. 6.). Plusieurs de nos lecteurs se rappellent j)robablement la sévère critique que Cicéron fit de celte exjiression dont Anloine s'était servi {Phil. m. 9.): (( Quid est porro facere conhnneliam? Qms sic locjuidir? )) Toutefois , cette criti(]ue ne s'applique pas à la phrase dont nous nous occupons, car Quintilien {Inst. lib. ix. c. 3.) nous dit que dans celle que Cicéron relève , l'expression contumelinm facere avait été prise dans un sens passif , de la môme manière que nous pourrions d'wG facere jacturam. Le passage de Cicéron n'en a pas moins été un champ fertile que d'ingénieux critiques ont habilement exploité , comme mes lecteurs pourront s'en convaincre en lisant Muretus {var. lec. vt. 18. ), ou Gronovius l'ainé [observai, lib. m. 8. p. f88. ) Quoi qu'il en soit , je doute que l'on puisse retrouver cette phrase , même employée activement , ailleurs que dans les plus anciens au-

1 Sans doute, de ce qu'une phrase se trouve dans Aulu-Gelle, il ne s'ensuit pas qu'elle ne soit pas un archaïsme. Au contraire, constamment plongé dans l'étude des auteurs anciens, il dut nécessairement se laisser entraîner à employer des expressions avec lesquelles il s'était familiarisé. De là vient que Saumaiso dit de lui : « Antonianorum œvo Agellius (A. Gellius) politissime et eîegantissime scripsit , etprorsus a/J?^a/xov dicendi modum imitatiis est. » (De Hellen. 37).

leurs. Elle existe dans un fragment d'un discours de Q. Métellus Numidius , (ju'Aulu-Gclle nous a conservé : « Tanlo vobis quam mihi majorem conlumeliam facit)) (L. xii. 9). 11 est à remarquer qu'AuIu-Gelle ayant besoin de revenir sur ce sentiment et de l'exprimer en son propre nom , évite avec soin cette tournure et rend sa pensée dans les termes suivants : (k Major i vos contumelia effecit quam me. » On retrouve la même phrase dans Vlduie [Asin. ii. 4), et dans Terence (Hecyr. m. 5. — Phorm. v. 7.)

Jusqu'ici je me suis borné h donner quelques specimens des archaïsmes qui se trouvent dans l'ancienne Vulgate, et dont la plupart existent principalement dans les écrivains africains. Je vais maintenant citer des exemples de ce que j'appelle des africanismes.

On ne peut s'empôcher d'être frappé du nombre extraordinaire de mots dans la composition desquels entre la préposition super , qui se trouvent dans les parties de la Vulgate appartenant à l'ancienne version. Je vais donner une liste de ceux qu'on ne rencontre dans aucun des écrivains profanes ; il ne sera peut-être pas inutile de faire observer par manière de contraste, que saint Jérôme, au contraire, n'en a pas employé un seul qui ne fût sanctionné par les autorités classiques , excepté superexaltatus qu'il a emprunté à l'antique version. Supergaudeo {Ps. xxxiv. 19. 24. — xxxvii. 17); superexalto (xxxYi. 35 ; S. Jacq. ii. ); supercado ( Ps. lvii. 9) ; superextollo [Ps. Lxxi. 16 ) ; super spero [Ps. cxviii. 43. ) ; supervaleo [Ecoles, xuii. 327); superdico [i Esd. vu. 23); superpoUuo ( XV. 6) ; superinvalesco ( 29 ) ; super signor ( vi. 20 ) ; super substantialis [S. Matt. vi. ii) ; super semino (xiii. 25) ; superlucror (xxv. 20); supereffluens [S. Luc, vi. 38); super erogo (x. 35.); superadultus [i. Cor. vu. 36.); super vestior [n. Cor. v.); superimpendor (xvi. 15); supercerto [S . Jud. 3). J'ai donné cette longue liste de mots parce qu'elle semble indiquer assez clairement les tendances d'un dialecte particulier. Je pourrais y ajouter superœdifico , qui se reproduit sept fois dans le Nouveau Testament , bien qu'il n'existe nulle part

sill I.A I'UKMIKIIK KI'ITHK DK SAINT JKAN. H'A

jKirini lt\s ('crivains cliissiiincs. INiil-iMro ces mots /îtaicnt-ils j)liis ;il)()ii(l;mls ciicoic dans les jiiiciciis cxrmpl.uicîs portant stijhTo. Or, n'csl-il |)as sinf^nliiM' (jii'ori dt-coiiN ic pfécisément la ini^nu' Iciidaini' dans les ôcrils do va Vnv de I'l-i^^lisc; d'Ali ii|ii(', (|ni vi\ai( ;i iiiic (''p()([ii(' si i a|)|)r()(li('(? dc celle on se; lit la version lahiic ? Jo vais donc donner une liste des mots d'untî form(^ anal()L;iie (pii se trouvent dans ses œuvres et nulle j)art ailleurs: Siipcriiuluco i^Adr. //crmofj. e. ~0.); suporarfjuuwntor[lb. c. 'M) ; suju'raccrvo {Adc. Adt. Lib. c. 15.) ; supcrlrtdico(Adi\ V(d. c. 3d)] suiH'rindnctius^Adv. Marc, lib v. c/?. 3); superordiiio [Ib. c. '6.) \ auper indumentum [Ib. cli. 1^. Deresuvv. cavn. c. 42.); supcrex(()l/o{/b. 24); supereater roi us [/b. i\)) ; supcrcœles(is[/b. cl de (ininiu ^'23)\super- 7nundi(1lis{d^'(luinl(^ , c. 18) ; supersapioi/b. ) ; supcrscniinalor {Ib.c. I()^; supcrnielior [Ib. 38); siipernoniino {Apul. c. 18.); superscicndo (De pœn. c. 10); supervecto [De bapl . c. 4). Entin , pour arriver à un terme de comparaison , Terlullien se sert aussi du mot superœdifkalio {Adv. Marc. lib. \. c. 6.) , lequel est également em[)roYé par Victorin , autre auteur africain (J/^t/, Scrip. vet. Il 2 ). Certes , il serait dillicile ou plutôt impossible d'extraire de deux recueils aussi peu considérables que ceux que j'ai cités un nombre si grand de mots composés qui tous se ressemblent parla forme, et qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. En effet , dans la Vulgate comme dans Tertullien , ou plutôt dans les fragments de l'un et de l'autre que j'ai cités , j'ai omis une foule de mots composés , appartenant à la même famille, mais qui sont communs a la version latine , à l'apologiste et à d'autres auteurs.

Il est encore une classe remarquable de mots , dont l'emploi est particulier à la Vulgate et aux écrivains africains : nous voulons parler des verbes terminés en ifico, dont quelques-uns ont ensuite reçu droit de cité dans la terminologie ecclésiastique. Quelques exemples suffiront pour établir ce point. Mortifico est souvent employé dans le sens de tuer (Ps. XXXVI, 42; XLUi , 22; lxxvii, 11; Rom. viii , 36), Saint Jérôme l'a adopté une fois ou deux dans sa version. Et jusque

uÉL. 48

dans ces passages où , d'après la signification attribuée par lEglisc à ce mot, nous le rendons par mortifier , comme par exemple dans le quatrième verset du septième chapitre de répître aux Romains , il a véritablement le sens de tuer ; de même que morlificatio , dans le premier verset du quatrième chapitre de la deuxième épltre aux Corinthiens, signifie indubitablement la mort ou plutôt Vacte de mourir. 11 sulïira de dire que ni le verbe inortifîco, ni ses dérivés ne se trouvent nulle part dans les auteurs classiques , mais qu'ils sont très-fréquemment employés par Tertullien , qui s'en sert sans se référer aux textes cités plus haut. C'est ainsi qu'il dit : aCaro non prodest quidquam , mortificatur enim » {De resur. c. 57. ). Et ailleurs : a Quod si sic in Christo vivipcamur omnes , sicut morlificamur in Adam, quando in Adam corpore mortificamur , sic necesse est et in Christo corpore vivi/icemur. Cœterum similitudo non constat, si non in eadem substantia mortificationis in Adam, vivificatio occur ret in Christo y) [Adv. Marc, lib. Y. 9. ). Peut-être sera-t-il bon de signaler un passage de Festus(/)e verb, signif. Amst. 1700, lib.w, p. ^53), dans lequel il explique le mot munitio , à l'aide de ceiax-ci morlificatio ciborum. Scaliger propose de lire mortificatio . Néanmoins , Mursius préfère conserver la leçon ordinaire ; mais il donne la vd^OAnemortareconterere , expression qui, je crois, ne se trouve dans aucun auteur ancien. Vivifico est un autre terme de l'Ecriture non usité par les écrivains profanes. Il est superflu de citer des exemples , car il y a peu de livres où il ne se trouve point. Saint Jérôme s'est vu souvent contraint de l'adopter , car l'idée de donner ou de rendre la vie est si essentiellement chrétienne , qu'il n'aurait pu trouver dans le vocabulaire des païens un mot pour l'exprimer. J'ai fait voir dans Tertullien des exemples de l'emploi du verbe et du substantif. Il a aussi le mot vivificator (De resurr. c. 37 , et adv. Marc. ii. 9. ). Glorifico se rencontre aussi fréquemment que le dernier mot , et a été comme lui adopté dans la seconde Vulgate. La plus ancienne autorité qui justifie cette insertion est encore Tertullien [Idol. c. 22 ; adv. Prax. c. 25). Clarifico n'existe que dans l'ancienne version {'d.Esd. vm. 28. 82. -IX. 53. — 5. /ea«. xii. 18.23. 28; —

suit I A rm-MlflllK KPIIHK UK SAINT JKAN. If?.')

(s<tl. I. i'l . !. On li(»ii\';iil cc inol dims les iincicimcs «'(IiIkiiis do VWnv {f/ist. tuif. \\. Ill) ; il y rl.iil piis diins Ic S(M)S d'érlaivcir ^ a visum chivijkdt ; )) iii;iis I»; P. ll-iidouin . d'apirs (|ii('I(]ii('s manuscrils , lui a suhstiliK' nmijutvijut . Lo j>liis aiicici» aiilciir (jiii ail ('iii|)l()y(' chwillvo d;iiis Ic sens (pii lui est allrihuc pai I'l'li'iilun', (3st Laclance (/jVy. m. c. 18); v\ saint Aui^uslin s'ost s(3rvi du substantif r/^/////6Y/7/'o ( /> div. Qiuvst. c. LXH, torn. VI, 'M ). Cos dcu\ écrivains sont afiicains. Sdnrdfico ost un jiutro viTbo inconnu aux aulfMirs profanes, cepcMulant il so tioovo à chafiuo pai^^c dans la Vuli^ato. Torlullion son sort dans son Cotninontairo sur l'oraison doniinioalo {De oral. c. 3), ot aillours ( /i'-r/zo?*/. ad cast. c. 7.), connino aussi des substantifs snuctificntov {Adv. Prax. c. 2) ct sanetificalio {Exhort, c. I ). Salvi'llco appartient h la ni(^me classe de mots et se préscnle dans saint Jean (xii. 27. 47. ). Sedulius s'en sort, mais c'est évidemment en faisant allusion à ce passage (//6. VI. 7.). On trouve le mot salvi/icator dans cevtaines éditions de Tertullien(Z)e pudic. c. 2) : a Salviftcafor omnium iiomimim maxime fidclium. )) Toutefois les plus anciennes éditions \^o\ieni sal utificatos. Justifico , autre terme d'un usage très-fréquent dans l'Ecriture et inconnu aux classiques , apparaît dans presque tous les livres de Tortullicnsous toutes les formes possibles. {Adv. Marc. lib. ii,c. 19;iv, \ 7. De oral. c. 13.) — Magnifico est également pris dans un sens ignoré dos écrivains profanes , pour signifier rendre grand, comme dans les psaumes xvii (54), lvi (11). Je ne sais si l'on ne le trouverait pas ainsi employé dansïertuUien. Voilà donc huit exemples de mots d'une forme toute particulière, ignorés par les classiques, mais presque tous d'un usage fréquent parmi les écrivains africains qui florissaient h une époque voisine de celle h laquelle remonte la Vulgate. Si l'on venait me dire que les auteurs africains ont pu les emprunter h la version latine de la Bible , ou même à des écrivains d'Italie qui les auraient inventés , je répondrais sans hésiter qu'il ne saurait en être ainsi. En efTet, j'ai remarqué qu'outre les mots énumérés ci-dessus, on en trouve constamment dans les auteurs africains une foule d'autres qui ont une forme analo-

guc , et sont ('\^Jilemcnt inusités par les autres écrivains II paraît donc probable (juc ces derniers étaient dans l'habitude d'ennployer des mots de ce genre et d'en forger au besoin , en leur donnant la forme favorite qu'ils avaient adoptée. Donnons quelques exemples à l'appui -de ce que nous avançons. On trouve dans Tertullien la singulière expression angelifico {De Resur. Cam. 25. ) : (( Quœ illam {carnem) manent in regno Dei reformatamct angclificatam; )) il a aussi les dérivés salutifîcator [Ibid.c. 47. — De cam. Christ. 14); vesti/îcina {-De Pallia, c. 3), et dei ficus {apol. c. ii.). C'est ainsi encore qu*'Arnobe emploie souvent le verbe auctifico dans le sens d'honorer, surtout les dieux par des sacrifices {adv. Gent. pp. 224), 233). Ce terme lui appartient exclusivement comme les autres appartiennent à Tertullien.

Dans l'Epître aux Ephésiens {v. 4.) nous trouvons le mot stultiloquiuni ; et dans saint Matthieu (vi. 7.) multiloquium , lequel est également conservé au livre des Proverbes (x. 19). Ces mots n'existent, je crois, dans aucun des écrivains anciens, hormis Plaute , qui emploie stultiloquium {mil. glor. act. ii. se. 3); stultiloguus [Pers. ac. iv. se. m. 45), et stultiloquentia {Irin. ac. i. se. 2); il se sert aussi de multiloquiiim [Mèrcat. prol. 31); de multiloquus {Pseud. act. ni. se. 2. Cistel^ac. i. se. 3.). Ce qui doit confirmer l'opinion que ces mots composés appartiennent à l'Afrique, c'est qu'on trouve des formes analogues dans Tertullien , telles que tuvpiloquium {De Pudic. c. 17.); spurciloquium {De resurrect, car. 4), et même risiloquium {dePœnit. \0.) Les termes vaniloquus {Tit. i. 10) et vaniloquium (i. Tim. 1) appartiennent à la même famille ; le premier n'est pris que par Plaute dans le sens qui lui est attribué dans le texte sacré {Amph. act. i. se. 1 .), bien qu'il soit quelquefois employé par d'autres dans une acception différente. Quant au second, on ne le trouve dansaucun auteur.

Le texte que je viens de citer en a amené un autre sous mes yeux; il s'agit de l'épître à Titus (i. 7.) , dans laquelle nous trouvons le mot grec composé (xi(jy^poy.spor, rendu par turpis lucri cupidum. Plaute se sert exactement de la même

sill !, \ I'llIMir.lll- I:IMIIIK 1)1' SAINT JKAN. 'HI

expression , sciilcmcnl il r.nMal^iime en tin sciil nir»! : (tirpilucrintj>i(luiti vonint Ic circs lui. (/n'n. dc. i. sc. 'ij.

Cnndi'ijnus est un des mois l'avons du liadneleui- de l'ancicnnt^ Vult^ale. Nous le rcneonlrons, par exenipN", dans le 2" livre des .Ma('chal)é(\s(iv. '^H)cl dans TrpHrc; aux Romains (vni. 18). Piaule en a fail un frécjueni usi\l;v. {Ampft. act. i. se. 3; voir aussi Cnss. i. l'y. el les linccJi. ni. i). Aulu-Gelle s'en sert dans une ou deux eirconslances [pp. 51-222); et Arnobe l'emploie très-souvent {lib. i. p. 1-15, ii. 55).

Minoro et son dérivé Minoratio appartiennent exclusivement à l'ancienne Vuli:;ate , où on les rencontre sans cesse. On voit des exemples du verbe dans le |)saume (lxxxvui. 44) ; dans I'Kcclesiasle (xxxi. 40. xl. 3); dans le 2" livre des Macchabées (xin. 19) ; dans la seconde cpître aux Corinthiens (vin. 15) ; dans l'épître aux Hébreux (ii. 9), et dans maints autres endroits ; quant au substantif , il se présente dans l'Ecclésiaste (xx. 11 ; xxxix , 23; xl. 27). Ces deux mots n'existent que dans les auteurs africains. Tertullien se sert souvent du verbe : « Périt anima si minoratur » [de anim. 43); (( a quo et minorattis canitur in psalmo modicum quid citrd angelos. » {Adv. Prax. 7; — De cor. mil. 14). Je n'ai rencontré le substantif que dans Ferrand de Carthage qui a dit : (( /Equalitas quippe ejus secundum divinitatem non accepit initium , minoratio secundum carnem accipit initium. )) (Script, vet. M2). Tertullien emploie aussi le mot diminoro {de anim. 33; adv. Prax. 15). il/m oro y est encore répété.

Au vingtième chapitre du Lévitique , on lit dans l'ancienne version : a JVon accédât ad minister ium Dei . . . si fuerit ponderosus. )) A ce dernier mot, saintJérôme substitua herniosus. Le seul passage où l'on retrouve cet adjectif employé dans la même acception est probablement le suivant tiré d'Arnobe : (( Ingentium herniarum magnitudine ponderosi. » {Lib. vu. 240). •

Un mot d'un fréquent usage dans l'ancienne Vulgate et dont saintJérôme s'est servi une fois {Zac. xiii. 7), mérite d'attirer

278 LETTRKS

notre attention , par suite de la situation particulière qui lui est attribuée. Il s'agit de framed pris dans le sens d'cpee, sens qu'il a toujours dans la Vulgate ; on en peut voir des exemples dans les endroits suivants : Psaumes ix. 7; xvi. 7 ; xxi. 21 ; 4. livre d'Esdras, xiii. 9, etc. Tacite nous donne l'origine de ce mot : (( Hastes , vel ipsorum vocabulo frameas geriint , anqiislo et brevi ferro , sed ita acri et ad usum belli habiti , ut eodem telo , prout ratio posuit ^ vel cominus vel eminus pugnent. » {Demor. Germ. c. 6). Wachter fait dériver ce mot du vieux verbe teutonique frumen , jeter ^ {Gloss. Germ. i. 471 ). Mais saint Augustin {Ep. 140) nous dit positivement que par framea on entendait une èpée ; et il nous donne ainsi le témoignage d'un écrivain d'Afrique sur le sens qui est attribué à ce terme dans la Vulgate , bien qu'une telle signification soit en désaccord avec celle qu'il a dans les classiques.

Improperium est encore un mot qui revient à des intervalles trcs-rapprochés dans notre version , et il appartient exclusivement , aussi bien que le verbe impropero d'où il dérive , aux parties de l'ancienne Vulgate qui ont été incorporées dans la nôtre. Il est douteux qu'il existe aucune autorité classique en faveur du verbe ; quant au substantif , il est certain qu'il n'y en a point qu'il puisse invoquer. Certaines éditions de Plante reproduisent le premier [Riid. act. ni. se. 4. ) , mais peut-être opprobras offre-t-il une leçon préférable. Les deux mots se trouvent dans quelques sermons ariens publiés par Angelo Mai , et tout me porte h croire que ces morceaux sont d'origine africaine : a Ne ab aliquo super eo improperium accipiat » {Script, vet. 219). Le verbe se présente quelques lignes plus bas.

L'ancienne Vulgate ofTre de nombreux exemples de pascua considéré comme substantif féminin , comme l'on pourra s'en convaincre en lisant le psaume xxn(2) et le lxxviii (13). Cette forme a même été conservée dans la nouvelle version : elle est inusitée par les classiques , mais se retrouve dans Tertullien : « Quœ illi accuratior pascua est.' )) {Apol. 22. )

SIK I. A l' H i; M 1 1; UK II'MIIK KK SAI.M JI.A.N. :il\)

Oil iviUMmtic rii(lj<'(lil7///r/;/^////\ (liiiis l(! Iivri; di; Tot'clc'Siiisti(|ii(^ ( VIII. i. XXV. i7 j. 'rcihillicii est ('iicoic la siuilcnitorit/* (in'oii puisses iiivocjiu'r vu oiilicii l'.n)|)iii di^ cc mot : <c Apost(>lus At/tents cd-pcrhis est Uinfuahun civitdtcin. » ( De unimdy 3.)

Je no sais si jo dois fair(^ inonlioii dos mots salvo, snlvnUtr , sdlrdlio. Los plus aiioioiis ('cri vains dans loscjnols on los ro- Irouvo appartionniMit Ions à i'Afri(juo. Co sont Torlnllion {ddv. Mar. III. 18) , Laotanooot Viotorin [script, vet. p. ii). Lcdcrni(M' om|)loio sahmtio. Cos trois mots ont une orii^inc essontiollomont chrolionno ; do là vient quo saint Aui^ustin dit : (( Salrare et salvntor //o// fuerunt Juvc latina , rmtefjuam veniret snlvator , quando ad latinos venit , et hœc latinn fecit. « {Serin, ccxcix, 6). En oiïot, Cicéron nous apprend que le mot grec (jMTYip {{ latino uno verbo cxprimi non potest.)) [In Ver. i. 63.)

Evactmre revient sans cesse dans le Nouveau Testament pour rendre le mot grec xarapysco, rendre inutile, détruire , etc. (i. (lor. XIII. 8. 10 ; xv. 24 ; Gai. Il . et ailleurs). Dans certains endroits, il corros])ond au verbe xevoo) , comme dans la première épîtrc aux Corinthiens (i. 17). Tertullien, citant cotte même épitre (vi. 13), dit : aDeus autem hune ethane cvacuabit » (Ep. de cit. jud. post med.), dans l'endroit où nous lisons aujourd'hui destruet. C'est ainsi que dans les vieilles éditions de ses ouvrages , on lit : « Hanc evaciiationem etsubjectionembestiartimpollicetur. » (adv. Mar. iv. 24. ) 11 vient de citer le XXVII chapitre d'Isaïe , il veut donc exprimer l'acte de tuer ou de détruire. Autant que je puis me rappeler , j'ai rencontré plus souvent ce mot dans les écrits de Tertullien , mais je ne puis retrouver les différents endroits où il s'en sert. 11 emploie souvent le mot racMws dans le sens de non substantiel, dénué de solidité. En voici un exemple : « Phantasma res vacua » {lb. 20). Arnobe a une phrase tout à fait analogue : (.iPericuhnn cassttm et vacuum » (ii. 44). Ajoutons , pour être impartial , que dans le premier passage de Tertullien , Rigaltius donne erogationem au lieu de evacuationem .

iSl) LETTKES

L<' mot infcnifilor {saint Jncrpip.s, i. I i est excessivement flôsaç^rcnble ii l'oicille , et on chercherait en vain dans les écrivains les moins [)ohs un terme d'une forme analogue qui l'égahU en dureté. Toutefois , on ne peut s'empêcher d'être frappé de la quantité de termes bizarres , composés à l'aide delà particule négative in , qui fourmillent dans les œuvres de Tertullien , aussi bien que dans celles des écrivains de cette école. C'est ainsi que nous nous trouvons en présence de mots comme ceux-ci : imbonitas {ad JTiartj/r . c. 3 ):immisencordia {de sped. c. 20); incriminalio ' De resurr . cam. c. 23.); ingratia [De Pœnit. i. 2. ) ; insuavitas {ih. c. W). Ce dernier mot se présente aussi dans Aulu-Gelle(i. 21 ) ; irnprœscientia {Adv. Marc. ii. 7.); illaudandys ni. 6); invituperabilis , (il, 10 — IV. i); inconiradicibilis (iv. 59); ininventibilis , ininvesti g abili s { Adv. Her m. 45) ; innascibilis { DePrœsc. 49) ; incontemptibilïs {Apol. 45); illiberis [Adv. Marc. iv. 34); intestis{de Pallia, 3), selon la leçon deSaumaise. Ce mot se trouve aussi dans Arnobe (v. 160); investis {Ad uxor.n. 9. ); incommunis {de Pali. c. 3) ; inunitus ( Adv. Valent. 29) ; on peut Hre la même expression dans Apulée ; inemerebiîis {De resur. cam. 18). Lactance a aussi illibabilis {u. 2), et Arnobe incontigiius (i. 7. ), ainsi que d'autres niiots non moins étranges de la même famille. Cette forme avait aussi des charmes pour Aulu-Gelle , comme onpeuts'en convaincre en jetant un coup d'oeil sur le catalogue , bien imparfait sans doute , des termes particuliers à cet écrivain qu'a dressé Fabricius {Bibl. laf. Lips. 1774. m. 77) Apulée, autre écrivain d'Afrique , qui se rencontre souvent avec Tertullien dans le choix des expressions , se sert fréquemment de. cette forme. Et même la phrase suivante : « Deus ènim intentator malorum est , » qui se rapproche plus de la Vulgate qu'aucune autre que j'aie jamais vue, appartient à Apulée. C'est encore lui qui appelle Dieu (.analorum improbator . )) {De Deo. Soc. ii. 156). Le mot improbator se trouve également dans Tertullien {De Pat. 5).

sun l,A FMI I'M I Kill" lilMTMK DK SAINT JFAN. 2H^

Jo VJiis m.nnlcii.inl (loimcr des (îxcmpics de (•(îrljiiiuîs constructions i^M'aminaliciilcs (|iii scfiihlcnl (l/cclci- une orij^inc africaine.

Le V(M'I)(' (loniifior i^onvornc |)rcs(|iio loiijoiirs le i^cnilif, voir poiii' exemples les psaunuîs x (ii), xxi (-0), le xxiT clia- ])ilre de sain! Lue, etc... Je lu» sache pas (pie celle loninure se rencontre ailleurs (jin' dans les écrivains afiicains. C/esl ainsi (pie Tertullien a dit : a Xuiifjuafii doinindhin' ejus , si Dco non di'/i(iuiss('(. )) [ApoL 2i).

Le PsaiiuK* xxxvi nouî5 oflVc un (exemple de zelnre avec Taccusatif ; on en trouve encore d'autres exemples dans l'Ecclésiaste (ix. i. li), et ailleurs saint Jérôme a employé cette tournure en deux circonstances , bien qu'en u;énéral il ait recours à celle-ci : zelnins sum pro. Cette construction appartient aussi exclusivement aux auteurs africains. Ainsi l'auteur du poème contre Marcion , j)cu importe que ce soit Tertullien ou saint Cyprien , a dit :

Qui /olat populum summo pietatis amore

{carm. adv. Marc. iv. 36. m op. Tert. Rigalt. p. 636). Saint Augustin s'en est également servi {De civit. Dei, Lib. m. 3) : DU credo non zelant conjifges suas; et ailleurs contre Faustum (xxii. 79).

L'emploi d'un infinitif ac/«/ ou pfifss?'/" après le verbe facio , est une expression qui manque essentiellement d'élégance : Faciam vos fieri piscatores homm:um..y^ [S. Matt. iv. 19); figuras quœ fecistis adorare {act. viii. 45). Cette tournure est tout à fait étrangère aux autres classiques , à moins que facto ne soit pris dans le sens de s'imaginer ou de supposer , comme dans cette phrase de Cicéron : « Plato construi a Deo atque œdificari mundum facit. y) {De nat. deorum. i. 3). Arnobe a cependant adopté cette forme grossière , et on en trouve chez lui de nombreux exemples : a fecit oppidum claudi ; » (v. 159.) « fecit sumere habitum priorem . » {Ib. 174).

(( Potesfatem habeo crucifujerc. te , nt potestatem habeo dimittere te. » {S. Jean. xix. 10). Il est^vrai'que les poètes mettent l'infinitif après poteslas ; ainsi Lucain a dit :

« Nunc flcre potestas Quum pendet fortuna ducum ; » [Phars. ii. 40)

et Stace :

Neque onim h,TC jiivoni foret ire potestas. [Theb. iv. 249).

Toutefois, ces tournures poétiques elles-mêmes ne sauraient être comparées aux paroles de la Vulgate que nous venons de citer. En effet , les infinitifs qui suivent potestas n'y sont pas employés activement , et ce mot lui-même peut être considéré comme un équivalent du verbe impersonnel licet. Cependant Victorin , l'auteur africain que nous avons déjà cité , se sert de l'expression suivante : (c Potestas dare vivere. » {Apud Mai, prœf. ad script, vet. p. xvii).

Ab intus est une tournure de phrase qu'on trouve dans le psaume xliv (14). Elle existe également dans un commentaire sur saint Luc, publié par monseigneur Mai, (76. p. 192), commentaire dont la latinité paraît indiquer une origine africaine.

On trouve dans l'ancienne version de fréquents exemples de temps substitués les uns aux autres. Ainsi, il n'est pas rare de voir l'imparfait du subjonctif mis à la place du plus-queparfait : (( Ciim complerentur dies Pentecostes, » au lieu de completi essent {act. ii. 1 ). On pourrait aisément multiplier les preuves. Qu'on me permette de citer une remarque de Heraldus sur les paroles suivantes d'Arnobe : « Nunquam rebus ejusmodi credulitatis suce commodarent assensum. » (Lib. I. p. 33). Voici maintenant ce qu'ajoute l'annotateur : « Afri xituntur sœpissime prœterito imperfecto pro plusquam perfecto , ut loquentur grammatici. Extat hœc Ivallayh apud Arnobium et TertuUianum , locis quam plurimis; quin et apud antiquos Scriptores , ut apud Plautum non raro. Hinc igitur Augustini célèbre dictum illud : « Non crederem Evangelio ,

SHU I.A I'llKMIKilK ÛiMTKK DE SAINT JRAN. ^H!)

nisi nil' hA'clcsiir comuiorrrct (iinhinlds. « Id est non rvcdulisscin , hini (juuni cnnn vKinlc/nrns. Sic hoc Iih-d rouimodnrcnl prnconnnoddsscnt. » [Dcsir. Ilvrnldi (inimndv. nd Arnohiurn , Lib. I. p. 1)4).

Jc vais aussi citer le jn£:;cm(MU du m(^m(* savant critifjue sur une* autre eonstrucliou assez IVéqucnlc dans notre Vulgate, el (jui consiste à passer subitiMucul d'une tournunî indircîcte à remploi de l'infinitif, l^lii voici un exemple tiré de saint Luc (i. 7i!) : (( Ad facicndani niisc}'i''()rdi(nn cum pdlrihus nostris, et memornri tcstamcnti sui sancd. Arnobe a dit (ii. 74) : n/lli- Imtum nccesse est permanent et intactnm , neqiw illum sensum murtiferœ passionis assumere. » Sur ces paroles, son commentateur présente l'observation suivante : (( Probn lectio. Nam qui scvibendum existimanl assumât, plane falluntur. Ilis modorum mutatïonibus delectantur afri scriptores. Infra : causam convenit ut inspiciatis , non factum , nec quid reliquerimus opponere [Ib. 83). >) Je dois faire observer que dans ce passage subit d'un mode à un autre , le traducteur de la Vulgate n'a fait que suivre son propre goût. En effet, un tel changement ne peut lui avoir été suggéré par l'original dont la construction est parfaitement régulière d'un bout h l'autre de la phrase : Troiriaat £)ico<;.../cat pLvy;aGyîvai (^laGy^x./];.

Il est possible qu'aux yeux de certaines personnes les recherches que nous venons de faire , pour déterminer l'origine de la Vulgate, ne paraissent pas assez complètes pour prouver d'une manière définitive qu'elle a été composée en Afrique. Toutefois , je ferai observer que les meilleurs auteurs qui ont écrit sur la langue latine s'accordent à considérer les écrivains d'Afrique comme formant une famille particulière et se distinguant de ceux des autres nations. Voici , par exemple, ce que dit Walchius : a Afri propria dicendi rafione latinum sermonem omnino corrupuerunt , constat id enim de TertuUiano , Cypriano, Arnobio . aliisque. » Or, je doute qu'on puisse réunir autant de points de ressemblance entre deux écrivains africains quelconques , que nous en avons rassemblés pour montrer l'afFinité qui existe dans les mots et dans les construe-

lions entre la Vulgate et Tertullien ou Arnobe. Si Ton m'objecte que ces auteurs ont été classés d'après les traits saillants de leur style et le m inque d'élégance de leur diction , plutôt que par des rapprochements marques dans leur phraséologie, je répondrai que la ressemblance de style , par exemple entre Arnobe et saint Cyprien , est loin d'être assez décisive pour révéler tout d'abord une connexité aussi étroite entre eux ; et même à ce point de vue , si l'on prend en considération que la Vulgate n'est qu'une traduction , elle peut parfaitement rentrer dans la même catégorie. Quant à moi, cette étude m'a donné la plus entière conviction que l'ancienne Vulgate a été faite en Afrique , et que Tertullien est l'auteur qui se rapproche le plus , en raison du siècle et du pays où il vivait , de cette ancienne version.

Dans la discussion précédente , j'ai mis sous les yeux de mes lecteurs une preuve bien forte à laquelle j'avais fait allusion dans ma première lettre , et qui démontre clairement que , dans toute l'Eglise d'Occident , on ne faisait usage que d'une seule et même version , quelques modifications qu'elle eut subies depuis son origine. En effet , dans les citations de tous les Pères , qu'ils appartiennent à l'Italie , à la Gaule ou à l'Espagne , nous trouvons les mots étranges que nous avons signalés. Si chaque Eglise faisait usage d'une traduction différente ; bien plus , si quiconque s'en jugeait capable se croyait autorisé h traduire pour son propre compte, est-il probable, est-il possible même que tous , quels que fussent leurs talents , leur éducation , leur pays , se soient servis des mêmes mots , aient adopté des tournures de phrase analogues , qui toutes sont plus ou moins étranges, qui ne se rencontrent que dans les écrivains d'une seule province , et dont quelques-uns même n'existent nulle part ailleurs que dans ces versions? Peut-on croire , par exemple, que les verbes glorifîco , clarifco , salcifco, magnifico ^ justifico , mortifico, vivifico , aient été inventés ou adoptés par une foule d'écrivains qui traduisaient à l'insu les uns des autres , lorsqu'on vient à considérer qu'ils ne se trouvaient dans aucun auteur italien avant que l'usage de la Vulgàte se

SI ri i,\ PUKMii;iii': i.iMiiii': ni; s.mm jkan. '285

fiH g(''nrr;iI(Mn(Mil icpiiiulti ' Poiikiuoi nul p, mm celle picicn duc multitude de liadueleurs n'.i-l-il p.is eu iccours ;i jiisfum ri'ddcrc , rilaiu dure {)\i ;i joule .muIk! pliiiise de; ce genre? Scion moi , il n'\ a (ju'une i(''|i()ns(; ;i l'iiiK* ii ces dillV'rcnUîS (picslions, c'est de supposer (|ue ranciennc version des KcrituiTS csl l'anivi'c d'un simiI homme ou de plusieurs fjui , vivnnl l\ la nu^nie cpo(|ue cl d.ins le lUi^mc pays, lui onl doime ce caiactèreet celte Icinle imiformes, (jui dislingucnl lous les IVai^menls qui nous en reslenl.

Mais, sous un rap|)orl, je crains d'avoir clé Irop diffus, car il nie faut encore une fois ramener le lecteur au point d'où nous sommes partis ensemble , poui' faire celle loniLçue digression. Je m'étais eflbrcé de réduire la discussion, louchant l'autorité des Pères latins , en faveur du verset 7 du y" chapitre de la première épître de saint Jean, aux proportions d'une simple question de recensions. Ceci m'a rejeté dans des recherches assez longues pour retrouver l'origine de la Vulgate. Or, comme c'était lii un point auquel on n'avait pas encore louché et qui importait à l'intérêt de la critique biblique en général , je m'y suis arrêté en entrant dans des détails, dont il aurait mieux valu peut-être faire un traité à part qu'une digression. Le résultat de cet examen est que l'Afrique a donné naissance h la Vulgate , par conséquent que la recension Africaine en représente le type le plus ancien , et que son autorité est infiniment supérieure à celle de la recension italienne. Nous possédons ainsi l'assurance que le verset controversé existait dans la traduction primitive , et que si les Pères italiens ne l'avaient point , c'est que leur recension l'avait perdu. Nous sommes donc amenés à conclure que les manuscrits , dont on s'est servi pour faire cette version , contenaient le verset ; or, ils devaient nécessairement remonter à une antiquité beaucoup plus haute qu'aucun de ceux que nous pouvons maintenant examiner.

Et maintenant , après avoir tant de fois invoqué l'autorité de TertuUien , je me permettrai de faire observer que, selon moi, on n'a pas bien compris le passage qu'on a coutume de citer

de lui par rapport au texte dont nous nous occupons, [adv. Prax. 25). Je crois que pour apprécier toute la force de son expression , il faut pousser la lecture de ce morceau un peu plus loin qu'on ne le fait d'ordinaire , et ne s'arrêter qu'après les mots suivants : a Num et spiritus substantia est sermonis, et sermo operatio spiritus, et duo uuum sunt. » 11 est certain que Tertullien ne se réfère pas ici au passage qu'il a déjà discuté dans tous ses détails : a Ego et pater unum sumus, » car ce n'est pas là un argument pour prouver que le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu. Cependant, il semble faire allusion à quelque texte également fort , d'où il résulterait que le Verbe et l'Esprit ne font qu'un , et ce texte doit être le même qu'il avait déjà , dans le passage qu'on cite ordinairement , comparé à celui où il est question du Père et du Fils. 11 dit duo unum sunt ^ parce qu'alors les besoins de l'argumentation n'exigeaient pas qu'il répétât le texte tout entier : c'est une allusion qu'il fait, et non une citation. Mais il faut me hater de conclure.

Je me suis engagé simplement à rendre compte de certains manuscrits dans lesquels on avait trouvé le verset controversé de saint Jean , et j'avais alors principalement en vue les deux manuscrits latins, que j'ai décrits dans ma première lettre. Cependant , je me suis efforcé d'établir une sorte de connexité entre les preuves particulières qui résultent de l'un d'eux et la masse des témoignages rendus en faveur de la cause que je défends. J'espère avoir démontré que le poids de cet argument est plus considérable que son volume ne semble l'indiquer. J'ai tâché, par ce moyen, de donner aux preuves en faveur de ma cause une plus grande autorité parmi les critiques que celle dont jouissaient des témoignages dispersés. En même temps, j'ai écarté certaines objections provenant du silence de saint Augustin , et que nos adversaires avaient coutume de faire valoir victorieusement. Que mes lecteurs me pardonnent de les retenir encore quelques instants pour leur présenter de courtes observations sur certains manuscrits grecs qui , dit-on , contiennent ce célèbre verset.

SUR I. A IMlKMlf:UK KIMIIli: Kl. SMM JKAN 287

Jhnis lu jn'ôfdcc il l<i srcondc nlitum d itiir lettre de I'/'r/hptt' de Snlishyi'i/ à Mistress liiiHUe^ à hnnicllc je ni.' puis nicn'frvvv (riiiic inaiurtc plus prrcist;, |)ar(MM|ii'ollc, m'a {\\(\ envoyée |)ar Sa S(Mi;ii(Miri(' sur une l'cnilh^ s(''|iai(''(' , il (;st fait mcîntion d'un inîiiHiscril (|iii a\ail de vu à Vonist; cl (jiii contciiail l(î vorscl , ol)j(*t (le la controviMso. D'aprrs le Icinoii^naf^cî de llarcinbiM'i^, dans la Hihliotheni /ireinensîs , il paraîtrai! (jiniii manuscrit lj^vvc trcs-prccicux , << <inti)vit(itis non modicd'. ^ » aurait vie montré par un (ircc au Prrcî Antoine pendant son séjour à Venis(\ Otle circonstance a été singulièrement conlirniée par une note placée h la marge de l'un des « manuscrits canoniques, » (|ui se trouvent aujourd'hui dans la bibliothèque Bodléienne. Une coïncidence plus extraordinaire encore fut un troisième renvoi que je découvris ici à un manuscrit grec existant h Venise. Je communiquai brièvement cette circonstance à Sa Seigneurie qui publia un extrait de ma lettre dans un appendice à la Dissertation de sir Isaac Newton sur la suppression du v. 7. de la première épître de saint Jean, qu'elle eut la bonté de me faire parvenir sur une feuille à part. Je vais ici entrer dans quelques détails sur la nature de ce renvoi. On conserve dans la Bibliothèque Angélique, appartenant aux Augustins de cette ville et ainsi appelée du nom de son fondateur, le Père Angelo Rocca , l'exemplaire de la Bible dont se servit ce savant religieux , en sa qualité de secrétaire de la commission chargée par le Pape Clément vu du soin de reviser la Vulgate. C'est l'édition romaine de \ 592. Sur les feuillets placés en tète du volume se trouvent les minutes des actes de la Congrégation , et à la marge sont notés les passages que le secrétaire désirait soumettre à la discussion. 11 les accompagnait d'un résumé des arguments sur lesquels il se fondait pour rejeter, retenir ou modifier chacun de ces passages. A l'endroit du texte de saint Jean (m. 4) , on trouve h la marge la note suivante écrite avec une foule d'abréviations : ce Hœc verba sunt certissime de iextu et allegantur contra hœreticos ah Athanasio , Gregorio Nazianzeno, Cyrillo et Cypriano^ et Hieronymiis in prologo dicit ab infîdelibus scriptoribus fuisse prœtermissa. In grœco etiam que-

dam aniiquissimo exemplar i quod habetur Venetiis leguntur ; unde colligitur grœca, qiiœ passim feruntur , in hac parte esse mendosa, et omnia latina manuscripta in quibiis non habentur ilia verba signata. II faut avouer que ce témoignage , confirmé comme il l'est par les deux autres que nous avons cités , est d'un poids considérable , et la circonstance dans laquelle il a été donné le rend encore plus digne de notre attention.

Il me reste maintenant h parler de l'existence supposée de deux manuscrits contenant le verset sur lequel je désire appeler l'attention des critiques- et des voyageurs. J'avais souvent entendu dire à un homme , connu dans le monde littéraire pour un habile helléniste et un savant versé dans la connaissance des langues orientales, qu'il avait rencontré dans le Levant plusieurs manuscrits contenant le verset en question. En effet, il avait parcouru , dans ses Voyages , la plus grande partie de la Grèce , uniquement pour coUationner des manuscrits du Nouveau Testament, dont il se proposait par la suite de publier une version latine. Désireux de recueillir les informations les plus exactes, je le priai de me donner tous les détails possibles à ce sujet. Quelques minutes après notre conversation, je rédigeai une note des observations dont il m'avait fait part, et comme il s'est écoulé plus d'une année depuis cette époque, je me contenterai de transcrire ici ce bref document.

(( Il m'a dit avoir vu plusieurs manuscrits d'où l'on avait fait disparaître le verset , et deux dans lesquels il se trouve écrit, prima manu, à la marge. L'un de ces derniers est à Nicosie, dans l'île de Chypre, et il appartient à un Grec instruit qui exerce la profession de commerçant , si j'ai bien compris mon interlocuteur. Ce manuscrit est peint en grandes lettres onciales : à la marge se trouve le verset , évidemment écrit par la même main que le reste, quoique en plus petits caractères ; il est accompagné d'une note pour attester qu'il appartient au texte. — Le caractère et les manières de la personne dont je tiens ces renseignements ne permettent pas de douter qu'ils ne soient parfaitement exacts. Je n'ajouterai

sni i,\ I'ftKMrftiiK fti'iiHi: dk saim jkan. 280

ri(Mi ;i ccltc iiolc ; jk'iiI-iMic (|ii('I(|ii(' voyiif^rur scra-t-il tenté

de vriilicr les I'iiils (iircllc toiilicFil ? »

II y a oiicorc ccrliiins points (jiic j'ainiiis voulu Irailcr, (Mitrc antics, robjcclioii (jiic Ton a souvcMil a|)|)()rl(''(; coiitnî la lihrc (lisciissioM dc celle (jucslioii de coulrovorsc; , objection tirée du di'crcl du (loncih; de TicmiIc. Oiu^hjucs ailleurs ont propai^é à ce sujet d(\s notions luul à lait erronées, et rien ne sérail plus aisé ji réfuler si l'on voulait eonsulUîr les act(î3 (les diirérentes c()ni,'réij;alions clioisi(\s pour e()rrii,'er le texte delà Vuli,^ate. 1/une de ces eongréi:;ations semble avoir pris en sérieuse considération les arguments c]ui tendent î'i faire rejeter le verset. Ce qui le prouve , c'est (|ue la Uible dont on se servit dans le sein de e(ile congrégation (Bible (]ui se trouve aujourd'hui dans la Bibliothèque des Barnabiles) porte la nol(î suivante, écrite en marge de la main du secrétaire :

(( /// gra^ cod. vati. cl

Al gnu codd. nec non et

lu aliquihus latinis non habentur

IVrba virgula signala. »

Les lettres en italique ont été suppléées, car elles manquent dans le volume d'où elles ont été éliminées par la main du relieur. Je ne m'appesantirai point sur ce sujet , car une histoire aussi importante qu'intéressante des corrections de la Vulgate , puisée à des sources presque entièrement inédites , doit sortir prochainement de la plume de mon savant ami , le père Ungarelli. Une foule d'erreurs qui existent à ce sujet seront alors rectifiées. Bien qu'il m'en coûte d'ajouter rien de plus h une lettre qui a déjà pris des proportions si volumineuses , je ne puis m'empecher , avant de terminer , de mettre le lecteur en garde contre les conclusions erronées auxquelles l'ouvrage d'un savant catholique , dont nous regrettons la perte , semblent conduire , en prétendant que le décret du Concile de Trente et l'évidence résultant des recherches de la critique, sont en^opposition directe. L'auteur fait cette observation : (( Ici , le chrétien soumis au siège de Rome se place

2ÎK) LETTRES SIR LA PREMlèHE ÉPITRE DE SAINT JEAN.

sur un tcrrijin }>lus élevé... Ceux donc qui sont en Communion avec l'Eglise de Rome et qui jicrsistent à rejeter ce verset , tombent sous le coup de l'anathème du Concile. » Les réponses à cette objection sont également dénuées de force et d'intérêt ; toutefois l'objet de la dissertation entière est de montrer que la critique exige le rejet du verset en question ! Une telle opposition ne saurait être, et n'existe certainement j)as.

J'ai l'honneur d'être , etc.

N. Wiseman

home , 27 Mars 1855.

liTlDE IIlSïORigUE,

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