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DE LA. MAUVAISE PRESSE

œNSIDËRÉE GOUME EXCELLENTE

Qui n'a pas lu la Vie d'Esope le Phrygien, écrite par le moine Planude, et traduite par Jean de La Fontaine? Placée en tête des Fables, on y retrouve toute la bonhomie du fabuliste, la pureté négligée de son style, le paisible et doux murmure de son élégante diction. Pendant des siècles on a eu foi à cette vie d'Esope le Phrygien ; mais il paraît que, déjà au temps de La Fontaine, la critique cherchait noise à ce Planude, et prétendait que ses histoires fussent contes en l'air. La Fontaine s'afflige de voir les gens partager cette façon de penser : « Je ne

vois presque personne, dit-il tristement, qui ne tienne pour fabuleuse la Vie d'Ésope que Planude nous a laissée.... C'est à cause de ce qui se passe entre Xanthus et Ésope : on y trouve trop de niaiseries. Eh! qui est le sage à qui de pareilles choses n'arrivent point? Toute la vie de Socrate n'a pas été sérieuse, etc.. » Sur ces motifs, La Fontaine passe outre et traduit. Critique pour critique, nous trouvons que la sienne vaut celle des doctes : elle est naïve au lieu d'être érudite ; légère, pleine de finesse, au lieu d'être lourde et tracassière. Mais c'est d'autre chose que nous voulons parler.

Dans cette Vie d'Ésope , le monde d'il y a deux mille ans nous est peint sous des traits qui font envie, à moi du moins. Il n'y avait point alors de débat sur les sucres, point sur les cheminé de fer, point sur la réforme électorale, et si de monarque à souverain Ton s'envoyait des défis et des notes, c'était de la façon la plus courtoise et sur des objets merveilleusement récréatifs. « Les rois d'alors, dit le moine Planude, s'envoyaient les uns aux autres des problèmes à soudre , sur toutes sortes de matières, à condition de se payer une espèce de tribut ou d'amende, selon qu'ils répondraient bien ou mal aux questians proposées, d Ainsi fit Lycérus,

roi de Babylone, à Nectanébo, roi d'Egypte, deux excellents monarques, comme on n'en voit plus. Tous les deux , ils étaient habiles à proposer plus qu'à soudre, mais ils payaient et entretenaient des c personnages d'esprit subtil et savants en questions énigmatiques, i> lesquels se chargeaient de soudre pour eux, quittes à se voir quelque peu maltraités si, faute de subtilité, < ils demeuraient court. » Le bossu Ésope, passé maître en ces finesses, portait de cour en cour ses talents, choyé des rois, admiré des peuples, et témoignant par son exemple que la sagesse, même laide et bossue, est une royautéflus réelle, aussi glorieuse que l'autre. Assurément ces excellents^ monarques, ces personnages subtils, Ésope lui-même, trouvaient dans ces défis d'amusants passe-temps; mais les peuples! les peuples, simples alors, point subtils, émerveillés de tant d'inventions, s'essayant respectueusement à deviner, à prévoir, à soudre, se partageant entre Nectanébo et Lycérus, et attendant comme un jour de fête et de surprise celui de la grande épreuve, qui dira bien ce qu'ils devaient trouver d'agrément à ces défis royaux dont ils avaient le spectacle et Fattente! Je m'imagine voir sur la place publique de Babylone, à l'heure du soir, les

séve native f Mais non ; l'imbécile monarque a ses flatteurs, ses bouffons, ses courtisans, qui le trompent pour mieux le conduire, qui le corrompent pour le maîtriser. Il croit à tous ces prôneurs qui le prônent, il sourit à tous ces sourieurs, il se mire et s'admire dans ces glaces menteuses dont l'entoure incessamment une tourbe de valets à gages, et, leurré par tant d'artifices, le vieil édenté se pavane, il fait le beau; à défaut de bonheur, il compte ses esclaves et se repaît d'orgueil. A la vérité, de sourdes tristesses le visitent; parfois il sent ses vermoulures, et, dieu qu'on l'a fait, il se doute qu'il était plus Me sa félicité d'adorer que d'être adoré... Mais, tiélas ! il ne s'appartient plus. Dès le matin, charlatans, dramaturges, histrions, bateleurs sont là, avides de dévorer sa journée et de cueillir son obole. Voici l'heure de s'oublier, pour écouter la presse qui hurle ses fureurs, ses haines, ses oracles... Yoici l'heure de s'oublier, pour regarder sur la scène le drame qui se déroule chargé de forfaits, tout impur d'adultères et d'incestes ; pour voir les fantômes plaintifs , les rois poignardés, les infantes, pudiques de maintien, fraîches de fard, dignes objets d'universelle convoitise... Yoici l'heure de s*oublier, pour contem-

pler d'un regard avide comment un souple assassin dispute sa tète à la loi, et de quel air il la porte sur réchafaud... Voici l'heure de livrer ses loisirs au romancier, de raccompagner dans l'ombre des alcôves et dans les ténèbres des mauvais lieux... Ainsi distrait, mais non pas amusé, le malheureux tue ce temps quMl ne sait plus remplir : ses joies sont vides, son rire , menteur. Ah I si nous n'avions pas foi au siècle, foi au progrès, foi en la presse, nous serions bien près de croire qu'il fait fausse route, Tesprit humain, qu'il devient libertin à mesure qu'i} est plus blasé , glouton à mesure qu'il perd l'appétit , ennuyé à mesure qu'il a plus de jouets, capricieux et fantasque à mesure qu'il est plus ennuyé. Nous irions jusqu'à croire que, tout bien conservé qu'il paraisse, grâce au progrès qui a des faux cheveux pour les têtes chauves, des râteliers pour les bouches détruites, des yeux d'émail pour les orbites vides , il a néanmoins ses plaies secrètes, ses ulcères honteux, ses emplâtres, ses tisanes, ses palliatifs secrets aussi, et honteux aussi!... Mais nous avons foi en notre siècle, foi au progrès , foi en la presse , et c'est ce qui nous empêche d'avoir foi en nous-mêmes.

Une chose singulière, lorsqu'on y réfléchit, c'est

de reconnaître, rien qu'en regardant autour de soi, combien il y a peu de gens aujourd'hui qui aient foi en eux-mêmes, malgré Taffranchissement de la pensée qui pourtant ne nous a guère laissé, à défaut d'autre foi, que la foi en nous-mêmes. A la vérité, de notre temps, tout le monde a des opinions sur toutes choses : c'est en cela que Consiste le progrès. Il n'est point rare de rencontrer parmi de simples commis voyageurs, et aussi parmi les commis qui ne voyagent pas, plus bas encore, parmi les habitués d'estaminet, des hommes qui savent très-bien ce qui convient à l'humanité, qui formulent trèsclairement une solution péremptoire à toutes les hautes questions de politique, de gouvernement ou d'administration, dont ne s'occupaient autrefois ni les droguistes, ni les apprentis quincailliers, ni les fumeurs de profession, ni les courtauds en paletot, ni bien d'autres. Mais ce qui est rare, de notre temps, c'est de rencontrer parmi ces mêmes théoriciens un homme qui, si, par exemple, le journal de son estaminet lui étiquetait progrès ce que ses yeux lui montreraient recul, voulût en croire ses yeux plutôt que son journal. D'où vient cela ? Évidemment de ce que, pour ces théoriciens, comme pour nous, la foi qu'ils ont en la presse les

empêche d'avoir foi en eux-mêmes. Sans doute, il est bon que .l'esprit humain en soit venu là, mais c'est un progrès qui a son côlé drôle ; il donne à l'esprit humain un air jobard qu'il n'avait pas.

Au surplus, en ceci, l'esprit humain suit sa loi ; car, comme l'ont fort bien démontré les philosophes, l'homme ne peut se passer d'une foi quelconque en quelque chose,' sinon de supérieur, au moins d'extérieur à lui : ne croire qu'en lui-même, c'est une foi qui ne suffit pas mieux à sa moralité qu'à la dignité de sa nature. Et en effet, croire en soi-même, c'est-à-dire ne reconnaître aucune loi morale, aucun principe, aucune autorité extérieure à soi ou supérieure à soi, qu'est-ce donc, sinon croire uniquement en ses penchants, ou en ses mstincts, ou en ses appétits, ^ou en ses caprices? Qu'est-ce, sinon s'approcher autant qu'il est en soi de la brute , dont ces choses-là sont bien évidemment l'unique règle? Il est donc de l'homme de croire en autre chose qu'en soi, et c'est son privilège ; comme il est de la brute de ne croire qu'en soi et pas en autre chose : c'est son lot, et le caractère essentiel de son animalité. D'ailleurs , l'histoire est là pour témoigner de la vérité de cette assertion, et notre siècle est là aussi pour en mon-

trer l'évidence. Nos grands-pères, par exemple, avaient foi en Dieu, foi au prêtre, foi au roi, foi au magistrat , foi à la vertu , foi au savoir, foi à toute sorte de dioses supérieures ou extérieures à euxmêtaes, et c'est sur toutes ces fois que reposait Tordre religieux, moral et politique d'alors, tout misérable qu'il fût. Nous, hommes du dix-neuvième siècle , à toutes ces fois qui ont fait leur temps, nous avons substitué la foi en la presse, et c'est sur cette foi uniquement que repose Tordre religieux, moral et politique de notre époque. Qu'importe alors que l'esprit humain ait aujourd'hui l'air plus ou moins jobard, s'il a suivi sa loi, s^il a satisfait à sa moralité et à sa dignité ; si, en s'abdiquant lui-même au profit des hommes de la presse, il s'éloigne ainsi de la brute qui ne s'abdique jamais, ou qui ne s'abdique qu'en se dépravant? Hais, tout en suivant sa loi, et précisément parce qu'il la suit, l'esprit humain, qui s'est abdiqué ainsi au profit des hommes de la presse, peut désirer que ces hommes-là soient en tout dignes de la foi qu'il a mise en eux. Nous disons plus , il le doit ; car, autrement, quelle garantie aurait-il que ses propres dieux ne le mèneront pas au diable ? Aussi, cet air jobard, qui est presque toujours l'in-

dice d'une présomption un peu niaise ou d'une sottise peu irigilante, nous causerait-il de l'inquié* tude, si heureusement il n*ëtait de priiicipe aujourd'hui que la presse remédie elle-même aux maux qu'elle fait. Elle dit une sottise, mais elle la contredit. Elle lance une calomnie, mais elle réfute cette calomnie, et il n'en reste que ce qui reste toujours d'une calomnie. Elle dénigre ce qui est, mais elle prône ce qui a été, ou ce qui sera. Elle loue des livres infects , mais elle annonce la Bible Genoude. Elle professe en masse l'incrédulité, mais elle ne vit que de la crédulité des masses. Si elle abaisse, elle élève ; si elle démolit, elle replâtre; si elle balaie, elle salit. Équilibre partout. Je me représente une belle femme assise au chevet du corps social, et tenant d'une main un bistouri, de l'autre un emplâtre. Avec le bistouri elle taillade ; mais avec l'emplâtre, elle recouvre la plaie, si encore elle ne la guérit. De cette façon, l'esprit humain chemine toujours vers le mieux. Qu'avec cela il soit un peu jobard, son affaire n'en est que meilleure ; puisqu'on a remarqué que, dans toute opération, le sujet qui se laisse faire est préférable, pour les opérateurs, aU sujet qui s'enquiert indiscrètement du membre qu'on lui coupe, qu de

12 façon dont on le coupe, ou de ce quMl deviendra avec son membre coupé.

Toutefois il j a eu de tout temps des esprits défiants, difficiles, qui veulent peser même, et sur* tout, les vérités qui sont de principe. Ce furent ces espriis-Ià qui, dès Forigine , considérant que telle entaille faite au corps social par un charlatan de carrefour peut devenir une dangereuse plaie et at-^ teindre peut-être jusqu'aux gros viscères, auraient été d*avis qu'on se passât d'entailles, quitte à se passer d'emplâtres. La presse leur démontra victorieusement qu'autaait vaudrait demander à un Arabe engagé dans les sables qu'il se passât d'avoir soif, quitte à se passer d*eau. Alors, ces mêmes esprits, s'élant franchement rendus sur ce point, se bornèrent h demander qu'au moins on exigeât de ceux qui tailladent le corps social des garanties de savoir et des certificats de moralité; car, disaient-ils, le corps social est intéressé pourtant à ce que ses opérateurs ne prennent pas une artère pour une veine, soit volontairement, soit involoMairement. La presse leur démontra victorieusement qu'exiger des garanties et des certificats, c'était, en fait, conférer le privilège d entaille et le privilège d'emptâtre à la seule classe des bompies moraux ef

instruits, ou, en d'autres termes, détruire de fond en comble la liberté de la presse ; que chacun , à la vérité, est maître en ce qui concerne son propre corps d'exiger des garanties, parce que, autrement, il courrait le risque de se faire estropier par quelque frater> mais que, en ce qui concerne le corps social, personne n'a le droit de réclamer ces garanties, puisque le corps social appartient à tout le monde, chacun n'étant, au fond, qu'un membre plus ou moins considérable de ce même corps so* cial. Dès lors, l'immense majorité des esprits s'est rendue à la force de cette argumentation ; tandis que d'autres , mais en très-petit nombre heureusement^ s'obstinent à croire qu'il n'est pas de nécessité absolue que la presse , pour être bonne, soit en grande partie mauvaise ; que le corps social, comme tout autre corps, a besoin des soins de mé* decins ou de chirurgiens probes et instruits, mais qu'il a moins besoin, comme condition de santé, d'étrCs quotidiennement drogué par tous les charlatans et les fraters à qui: la chose peut convenir ; qu'au surplus les charlatans et les fraters sont mal placés pour trancher cette question*là. Ce sont ces esprits que la presse appelle incorrigibleg , réiro^ ffradêSy éteignons, étemels ennenus des lumières, du

progrès^ de la liberté, de V égalité et même de VhxL" manité. Elle les bafoue, elle les traque, elle les rosse partout où elle les rencontré.

Ces esprits-là ne sont certainement pas aussi jobards que tant d'autres, mais il faut avouer qu'ils ^nt étrangement têtus. Quand toute la presse leur crie que la presse est excellente par elle-même, et que c'est là une vérité de principe, ils s* obstinent, eux, à se préoccuper de ce que sont ou de ce que valent les hommes de la presse I Quand la presse tout entière leur crie que c'est à la chose seulement qu'il faut regarder, et pas aux hommes, ils s'obstinent, eux, à regarder aux hommes surtout, et à la chose aussi ! De là leur inconcevable erreur, et ce ridicule auquel ils sont en butie. C'est la presse en effet, non Tliommé de la presse, qui régit l'esprit humain. C'est dans l'instrument qu'est la garantie, non dans celui qui manie cet instrument. Si un piano est juste et si la musique qu'on en tire est belle, variée, expressive, ir^z-vous, avant de jouir ou au lieu de jouir, vous enquérir si le muâicien est honorable, s'il paie ses dettes , s'il a une, deux ou trois maîtresses, si même il sent réellement cette musique qu'il exécutait avec un regard insp'wéy avec des poses inspirées, et avec des grimaces

inspirées aussi ? Point : vous payez, et vous écoutez. Pareillement, une fois qu'il est de principe que la presse entretient par elle-même la santé du corps social, irez-vous, avant d'en tirer bénéfice, ou au lieu d'en tirer bénéfice , vou« enquérir si tel qui prêche l'émeute et le bouleversement n'aurait point pour principal mobile de dévouement au bien public l'envie de devenir président, sénateur, ou seulement sous-préfet ? si tel qui sape la religion et les mœurs n'est pas intéressé à ce qu'il n'y ait ni religion ni mœurs? si tel drôle dont la société, ou seulement un corps de l'État , a froissé l'orgueil , est bien libre de les calomnier impudemment ? si tel autre que l'opinion méprise a le droit de parler au nom de l'opinion, de s'en faire l'apôtre, de se donner pour son homme de confiance et de s'in* troduire ainsi déguisé dans les maisons respectables? ou bien encore s'il est bon qu'il la corrompe , cette opinion , afin que, cojfrompue , elle n'ait plus le droit de le mépriser? Point; vous payez, et vous laissez dire. Il vous suffit de savoir que ces hommes , honorables ou avilis , sincères ou hypocrites, bassement jaloux ou noblement ambitieux, manient tous un instrument dont le jeu est toujours salutaire , ou, en d'autres termes, que

C'est la presse qui entretient là santé du corps social. Et ici, j*aime encore à me la représenter sous Tair de cette même belle femme, veillant au chevet de son fils malade et bien-aimé. Dans sa sollicitude, elle appelle auprès de lui, avec les médecins de l'endroit , tous les drogueurs de la banlieue , et tous se mettant à l'œuvre tous à la fois , ils traitent dans toutes les méthodes ce fils chéri ; et tant qu'il lui reste de quoi rétribuer leurs services , ils lui prodiguent les soins les plus désintéressés. Un malade ordinaire ne résisterait pas à ce régime ; mais le corps social y trouve la vie , parce qu'il est immortel de sa nature.

Au surplus, il est si vrai qu'il ne faut pas se préoccuper trop de la valeur morale des hommes de la presse , que le jeu même de cet instrument semble réclamer, de la part de ceux qui veulent le 'manier avec avantage, une souplesse et une liberté

de mouvements bien peu compatibles avec les gênes de toute sorte qu'impose le respect de soi-même etdes autres. Sans doute, beaucoup l'ont manié, beaucoup le manient à cette heure , qui sont des hommes honorables, bien intentionnés, dignes de tout respect. Mais justement, si l'intention les enhardit, l'honneur les gêne ^ la décence les retient :

ils sont gauches, inhabiles, modérés surtout, modérés dans Tattaque, modérés dans la riposte ^ modérés partout, et, en fait de presse, qui dit modéré, dit vaincu, battu, mort. Ne Yoyez-vous donc pas l'autre qui, après avoir lancé sur cet homme honorable telle sorte de projectiles qu'on ne saurait lui rendre, parce qu'il faudrait pour cela les ramasser , sonne la victoire , triomphe, fait le fort, le clément même, afin que son mort revienne, et qu'il puisse le salir de nouveau pour ^triompher encore? C'est que, si

La liberté n'est pas une comtesse,

la presse n'est pas non plus un salon où Ton vienne s'asseoir pour discourir avec une société choisie ; c'est une arène un peu boueuse , où l'on descend pour se battre contre le premier venu. Par consé* quent, moins on y apftorte d'équipage , plus on y est preste et alerte; plus on y est malpropre ou mal vêtu, moins on y craint la boue et les déchirures; moins on y présente de surface à l'adversaire , mieux on évite ses coups ; plus on y est fait, à ces coups ^ moins on en souffre. Cest pour cela que d'ordinaire , le jeune homme qui débute dans cette lice pose son nom avant d'y en^

trer, tout autant pour en être plus libre, que pour ne l'y pas salfr. C'est pour cela aussi que tant d'aventuriers qui n'ont éiébons à rien sont encore bons pour écrire dans un journal ; que tant de gens à qui vous ne confieriez pas la gestion de vos affaires, ni la moindre de vos afTaires, sont encore bons pour que l'esprit humain leur confie les siennes. La chose convient à l'esprit humain, comme elle convient à ces gens-là. En effet, celui qui n*a pas le sou a une opinion, ou peut, sans rien débourser, s'en procurer une; celui qui n'a pas assez de moralité pour trouVer une place de caissier ou de commis dispose d'assez de loisirs pour diriger la moralité publique ; celui à qui ses désordres ont ôté toute influence peut encore se faire craindre en s'armant d'une plume ; celui qui n'aurait qu'à se montrer pour soulever le dégoût et le mépris peut encore, caché derrière son masque de journaliste, trpubler les simples, passionner les stupides, enrégimenter les méchants , ameuter les misérables, et inquiéter les honnêtes gens. Donnez à cet homme la valeur morale qu'il n'a pas, et le voilu aussitôt garrotté, manchot, incapable ; sans compter qu'il a tout à perdre, là où l'autre a tout à gagner. De là vient que la presse qui, en fait, ne convient par-

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faiiemeot qu'à un pistit nombre de personnes, appartient en principe à tout le monde , car si l'on veut qu'elle ait toute sa puissance, il faut absolument qu'elle ait toute sa liberté. Du moment que vous voudriez gêner le dernier des chiffonniers dans la manifestation publique de ses doctrines, tout est perdu. Et cela est évident; puisque vous ne sauriez entraver un seul chiffonnier dans la manifestation publique de ses doctrines, sans qu'il en résultât ipso facto que l'opinion du pays n'est plus représentée, ou du moins qu'elle ne l'est plus qu'imparfaitement, misérablement.

C'est pourtant en ce point que j'ai éprouvé dans le temps ce scrupule-ci : à savoir si la presse représente bien réellement, bien fidèlement le pays. Qu'elle le gouverne, c'est autre chose. Tout le monde admet bien que l'on peut gouverner les esprits, sans pour cela les représenter; les mener perdre, sans que pour cela ils vous en aient chargée C'est donc représenter que j'entends , non gou-vemer^ ce sur quoi je n'ai point de scrupule. Au surplus, voici l'histoire. Je m'amusais un jour, dans un cabinet de lecture, à chercher, parmi les feuilles publiques, celle qui représente les gens tranquilles, dont je suis un, laborieux, tout en<

tiers k leurs petites affaires , lorsqu'un monsieur qui me regardait faire prit la peine de m'a?ertir que j'étais occupé là à perdre mon temps. Je crus qu'il se moquait. « Parions , dit-il , que vous êtes de ceux qui veulent de Tordre, un peu de sécurité, pas trop de révolutions?../ Tenesf je le vois, rien qu'à votre figure. — Assurément », dis-je. Il se prit à rire : — c Et alors, comment pouvez-vous bien vous imaginer que la presse qui a tout juste-* ment pour mission d'accélérer la mouvement social, au moyen de révolutions faites qu^elle voudrait défaire, de révolutions mal faites qn^elle voudrait refaire, et de révolutions pas encore faites qu'elle voudrait faire, aille se mettre à représenter tout justement ceux que le» émeutes inquiètent, ou que les révolutions dérangent? — C*est juste, dis-je; seulement je n'y avais- pas songé. » Et comme il vit mon effroi de n'être pas représenté : — «Il n'y a pas là, repril-il, de quoi vous alarmer. Les gens laborieux et paisibles se représentent eux-mêmes. On les voit à l'œuvre, et leur affaire chemine sans le secours des gazetiers. — C'est juste, dis-je, et bien heureux 1 .. . Mais faites-mm alors l'amitié de me dire qui donc la presse représente? — C'est bien facile , répondit-il. Elle repré*

seiite ceux qui, pour réussir plus vite et à moins de frais, mettent à la loterie politique leur enjeu d'argent, d'babîleté, de docirines ou de passions.

— Vous entendez les abonnés? — Pas du tout.

J'entends les journalistes; car tous ne pouvez ^^norer que, dans cette loterie^là, le bon numéro, kNTsqu'il vient à sortir, est pour les journalistes avant d'être pour les abonnée. — Ainsi la presse ne représenterait réellement et fidèlement que les seuls journalistes? — Mais sans doute, » dit-il, comme étonné lui-même de mon étonnement.

- En effet, je n'en revenais pas. Et à peine l'eusje quitté, ce monsieur, que, tout en regagnant mon logis , je me posais à moi-même des problèmes. Une supposition, disais*je. L'émeute éclate. Si elle n'a pas réussi, pour qui les coups de sabre? — Pour les ouvriers. — Si elle a réussi , pour qui encordes coups de sabre. — Pour les ouvriers. — Et danis le premier cas , pour qui ne sont pas les coups de sabre? — Pour les jounialistes. — Dans le second cas, pour qui les préfectures, l'intérieur, les finances, le gouvernement tant provisoire que définitif? — Pour les journalistifô. — Or, qui est-ce qui a dressé les ouvriers pour l'émeute qui donne des places aux journalistes si elle réussit , et rien

que des coups de sabre aux ouvriers , si elle ne

réussit pas, et encore si elle réussit? — Les jour-

nalistes. — Qui donc la presse représenfe-t-elle infidèlement? — Les ouvriers. — Et fidèlement? — Les journalistes. Béte que j'étais ! pensai-je.

Je n'étais pas bête, si Ton veut , mais j'étais ce qu'est l'abonné. L'abonné serait-il abonné, s'il ne tenait pour certain que son journaliste le représente? Et c'est bien pourquoi, quand l'émeute lui brise ses vitres, quand elle lui envoie des balles dans sa chambre à coucher, quand elle lui pille sa boutique, ou se rafraîchit de ses denrées , au lieu de s'en prendre à son journaliste qui lui a lancé l'émeute jusque dans sa boutique , il s'en prend invariablement ay gouvernement qui délivre sa boutique de l'émeute. C'est que le gouvernement ne le représente pas du tout, tandis que son journaliste le représente tout à fait. Il va plus loin en^ core, l'abonné. Son journaliste le raille, il l'insulte, il le livre, lui , en personne, à la risée publique, sous le nom à* épicier, de boutiquier*, et lui, en personne, rit avec son journaliste, comme il veut, tant qu'il veut, à commandement ; en sorte qu'on jurerait que c'est lui qui représente son journaliste, et non pas son journaliste qui le représente.

Ce inoiisieur avait donc mis le doigt sur là chose. Mon erreur n'était autre que celle de Ta^ bonne. Je croyais que le journalisme aime une opinion pour autre chose que pour ce qu'elle lui rapporte ; je croyais qu'il cherche à la représenter parce qu'elle est bonne, tandis qu'il cherche seulement à s*en emparer pour la vendre. En un mot, je me représentais le journaliste comme un homme qui remplit une mission, tandis qu'il faut se le représenter comme un homme qui exerce une industrie ; et alors tout s'explique , tout se légitime aussi. Car si le marchand de draps ne cherche, au su et avec l'approbation de tout le monde, qu'à tirer bon parti de ses draps, pourquoi le journaliste devrait-il, sous peine d'être méprisé, ne songer qu'à tirer parti de seë idées pour le bien d'autrui, et en particulier pour le bien de ceux qui le salarient à cet effet ? Demande-t-on au marchand de draps qu'il habille l'humanité pour l'amour d'elle? à l'agent de change qu'il tripote pour l'amour des capitalistes? < Les agents de change, dit M. J. Janin, n'agitent que des écus; les journalistes remuent des idées ; ceux-là vivent de leur argent, les autres de leur esprit. S'inquiéter de la fortune d'un écrivain, lui demander pourquoi il n'habite pas un

Renier avec une femelle ef cinq ou six petits; lui demander pourquoi donc il se permet d'avoir un domestique pour le servir, une pendule pour lui diaoter les beures, un tapis à fouler aux pieds, une femme jeune et belle à aimer, une voiture qui l'emporte hors de la foule, qui le fasse pénétrer à son tpur dans le monde des heureux et des riches : c'est là une de ces questions insolentes que nous ne permettrons plus à personne ^ » Voilà qui est parler ! Or, M. Janin doit s'y connaître. Faire de son esprit marchandise, de sa marchandise argent, de son argent bonne vie, et honni qui mal y pense. Aussi, quand M. de Balzac, qui doit s'y connaître tout autant que M. Janin, a attaqué la presse et dévoilé ses turpitudes dans son roman des lUmixms perdues; quand tout récemment madame E. de Girardiu, qui doit s'y connaître tout autant que M. de Balzac, a attaqué les journalistes et dévoilé leurs pratiques, dans sa comédie de l'École desjoumaiùtes, qu'afait M. Janin ? 11 a bravement défendu sa chose, h tout aussi bon droit, aux mèm^ litres, avec les mômes arguments que la betterave emploie contre la canne k sucre... Parce que M. Janin n'a vu dans sa chose

' Lettre à madame E. de Girardin, insérée dan^ VArlisie du 17 novembre dernier.

qu'une industrie, ni plus, ni moins : industrie d'idées , au lieu d'être industrie de draps , de bitumes, ou de bonnets de coton. £t il aurait dû ajouter que son industrie a cet avantage sur les autres industries, que Tabonné s'y contente du Ittstre , de l'apprêt , ou seulement du nom du fa« bricant ; tandis que le chaland du marchand de draps, outre toutes ces choses, veut du bon, du solide, de l'étoffé, sans quoi il plante là son marchand de draps, et s'en va droit chez un autre.

Et puis, si le journalisme était autre chose qu'une simple industrie, s'il était une mission par exemple, comment , je vous prie, s'expliquer ce phénomène quotidien de journalistes qui , après s'être injuriés, délhirés, après s'être accusés réciproquement de lâcheté, de vénalité, d'infamie, dans leurs feuiUes du matin, s'en vont ensuite dîner ensem-* bie, à la même table, le plus amicalement du monde? Bon Dieu ! pom* peu que ces missionnaires -là prennent au sérieux leur foi et leurs anathèmes, il faut bien vite ôter les couteaux , ne pas kissev les bouteilles. Iklaîs ce sont des industriels, et alors, laissez les couteaux , apportez des bouteilles. Quand les marchands de draps ont passé leur matinée a se dénigrer les uns les autres

^auprès de la pratique, ils se réunissent vers une heure h leur fable d'hôte, et là tout est union, cordialité. On se passe les plats, on boit à son voisin, à son vis-à-vis, on noue des parties, on fume le cigare de Tamitié. C'est que, si des draps sont des draps, des opinions sont des opinions, voilà tout ; tandis que d'être confrère, c*est un lien ; de faire dans la même partie, c'est une communauté de mœurs, d'habitudes, d'intérêts surtout, qui rend ces dîners délicieux, dit-on. La discrétion y est de rigueur; à cela près on y fait de bons rires, c Vous allez lire, écrit H. J. Janin à madame E. de Girardin, vous allez lire devant des gentilshommes , imprudente que vous êtes, une comédie où vos frères de la lutte périodique sont traités sans réserve et sans respect! Allons donc! Comprenez donc mieux votre dignité et la nôtre. Rions de nous, si vous voulez, mais en famille '. » Plus je relis cette lettre de Ml Janin, plus je trouve que M. Janin est non-seulement le plus spirituel des journalistes de Paris, mais aussi le plus franc, le plus drôle, le moins pédant , le plus exempt de cette hypocrisie qui est l'àme cachée de cette partie de la presse, dont l'âme

' MèjRie lettre. Voyez V Artiste du 17 novembre dernier,

avouée est la fureur désintéressée du bien public. Ainsi donc, le journalisme ne représente que les journalistes, et pour qu'il représentât fidèle« ment le pays, il faudrait que le pays fût tout entier composé de journalistes; mais alors qui serait abonné? Â la vérité le journalisme affirme bien qu'il représente le pays ; mais suffit-il donc, pour re« présenter réellement, d'affirmer qu'on représente? Suffii-il même d'être salarié par dix mille, par vingt mille abonnés? et le berger, parce qu'il tond les moutons, peut-il dire qu'il les représente ? Pour représenter, en effet, il faut avoir avec ceux qu'on représente des habitudes, désintérêts, des aifections, des devoirs communs ; et alors on les repré* sente réellement quand même on ne l'affirmerait pas chaque matin, et fidèlement, quand même on ne recevrait pas un sol pour cela. Pour représenter les gens, il faut s'aimer dans eux, et les aimer dans soi, comme font entre eux les journalistes, comme fait H. Janin quand on touche au journal. Pour représenter les gens, il faut, non pas savoir seulement , mais ressentir leurs besoins , afitf qu'à la connaissance s'unisse la conviction , et à la con-» viction le zèle sérieux, chaud, honnête, sincère. Pour représenter, enfin, il faut, avant tout, que

?otre pensée ne soit pas aux gages de votre intérêt^ ni votre fortune à la merci de votre opinion, ni votre opinion au plus offrant ; et comment y parviea-sdrez^vous si votre industrie, comme le dit si lAen le même M. Janin, consiste tout justement & faire ai^nt de vos idées? On ne représente que ses pairs. Que si j'étais mouton, je n'irais point prier le berger de me représenter,

Éiaat de ces gens-là qai sur les animaux Se font un chimérique empire.

Tout aussi peu en cbargerais-je le loup , le renard, ou quiconque vit de mouton, ou s'habille de laine, aimant mieux n'être pas représenté du tout que de VUre d'office par quelqu'un de ces officieux-là. Si donc le journalisme est bon , c'est parce qu'il est bon en principe, et pas du tout parce qu'il représente les abonnés; bien qu'il soit bon que les abonnés croient qu'il les représente, puisque, sans cela, ce n'est pas le principe qui le ferait vivre » qui lui achèterait des tapis, ni des pendules, ni des femmes jeunes et belles à aimer, ni des carrosses pour emporter les journalistes loin de la foule qu'ils re- ' présentent, ou loin de Témmite qui les représente.

Aussi trouvé-je qffie, eonirounémeDt, on ne rend pas assez de jastke à Tabonné. C'est sa bourse qoi nous défraie, c'est sa candeur qui nous sauve. Essayez un peu, par la pensée et rien que pour Toir, de le supprimer un instant. Tout aussitôt le Journalisme se tait, et le journaliste a les dents longues. Contre du pain , il vend à la hâte et à vîl prix tapis, pendules, carrosses; faute de pain, il renvoie celle qu'il aimait , comme fit Titus Bérénice, mvitns tnvitom. Jusque-là, c'est à merveille. Mais figurez -vous bien le consommateur d'opinions, celui qui les achète toutes faites, et pour cause ! Figurez-vous Thabitué de cafés, d'estamt^ nets, et généralement tous les habitués quelconques! Figurez -vous, pendant que les docteurs vendent leurs pendules, le corps social qui gft abandonné sur son grabat comme un. incurable sans ai^ntî Figurez-vous I'eq)rit humain sans vrai Dieu, comme un païen ; «ans prêtres, comme un athée J Figurez-vous enfin Tabonné, le pauvre abonné, qui éclate de graisse, qui étouffe sous sa laine, qni bêle amèrement de ce qu'on ne le tond plus?... Heureusement qu'une pareille catastropht» n'est aujourd'hui plus à craindre, parce que le journalisme qui entretient les plaies qu^l guérit,

entretient encore bien mieux les besoins qu'ji exploite. Les boulangers se bornent à cuire le pain, et pour le vendre ils comptent sur l'appétit public. Mieux avisés, les journalistes ne comptent pas du tout sur Tappélit du corps social qui commence à se faire vieux ; ils l'excitent , ils Taiguisent, ils Taffriandent; ce sont chaque jour plats nouveaux, sauces nouvelles, hachis, salmigondis; cuisine d'enfer !

L'on peut donc considérer l'abonné comme acquis désormais à la civilisation et aux journalistes. Déjà l'on remarque que la littérature tout entière tend à se faire journal , à l'exemple du roman qui s'est fait feuilleton. Pourquoi cela, sinon parce que l'esprit humain tout entier tend à se faire abonné? Ah! vienne ce jour! Qui peut bien dire quelles seront alors les destinées de l'esprit humain ? Personne. Mais tout le monde, dès à présent, peut bien dire quelle vie feront les journalistes.

Plus qu'un mot. Il y a des abonnés qui se doutent parfaitement que le journalisme ne représente pas du tout le pays, et qu'il représente encore moins les abonnés, mais ils s'en consolent galment» drôlement même , en pensant qu'il représente l'opinion publique et que c'est tout ce qu'il faut.

Mais, abonné, c^est au contraire tout ce qu'iLne faut pas! Car, l'opinion publique, qu'est-ce? C'est l'assemblage des opinions particulières, ikiais pris uniquement dans ce que ces opinions ont de commun , autrement on ne rappellerait pas publique. Et le journalisme , qu'est-ce? C^est l'assemblage des opinions particulières aux journalistes, mais pris tout justement dans ce que ces opinions ont d^opposé, de contredisant et de contradictoire. Le jour donc où deux journalistes auraient une opinion commune, au moins un, surles^ux, deviendrait superflu : aussi est-ce ce qui ne se voit pas. Le jour où les trente-six gazettes d'une grande nation auraient une opinion commune, ne fût-ce que sur le bien et le mal, il y aurait assurément là un commencement d'opinion publique, mais il y aurait en même temps là un commencement de ruine pour le journalisme : aussi est-ce ce qui ne se voit pas non plus. Ainsi, abonné, prenez garde ^ vos propos. Disons, si vous le voulez, que le journalisme représente l'opinion publique, mais comme un jeune héritier représente la mère qu'il a mise 3U tombeau.

D'ailleurs, ouvrez Thistoire, ou seulement les yeux. Vous vous assurerez que partout où règne

me qpinioa publique, c'eat-à-dire commune à tous, hommes et ehosea étant jugés par tous d'à* près eette commune mesure, il y a gloire et mépris dans la société, ccMntne il ; a vice et vertu. C'est oe qui s'est tu dans d'autres siècles que dans le dîx«neuvîèroe. Mais là où régnent trente-six galettes qui professent sur chaque homme et sur chaque chose trente-six opinions opposées, par eette raison qu'dles mourraient de faim le jour où dies CTi professeraient de semblables, chacun ayant toujours à sa disposition trente-six mesures pour juger hommes et choses, il n'y a plus précisément ni gtmre ni m^ris dans la société, parce qu'il n'y a précisément ni vice^ni vertu. Le scélérat y a son ap<dogiste; l'homme de bien y a son calomniateur. Qmioi y est atrahîlaire , presque a|roce; Lacenaure ^ y est énergique^ suUime presque. Le mariage y est hoaoiéj l'adultère aussi. L'cMrdre y est prêché, l'émeute aussi, l'assassinat aussi ^ pourvu qu'il soit politique; la religion même, en latin par de Qué- Ira, en français par ChAlel, en bonnet rouge par Lamennais» C'est ce qui ne s'est vu que dans le dix-neuvième siècle. Ainsi le journalisme ne représente pas l'opinion publique, il la met en lambeaux, et c'est de ces lambeaux qu'il se nourrit.

Aussi vivrait-il tant qu'il y aura des pouvoirs à abattre, quels qu'ils soient ; tant qu'il y aura des croyances à détruire, des principes à saper, ou seulement des opinions à mettre en poussière. Il vivra tant qu'il restera quelque chose à dissoudre, c'est-à-dire tant qu'il sera nécessaire qu'il vive ; car, une fois la société dissoute, à quoi bon le journalisme ?

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