‹ Mélanges (volume 2)Chapitre 3 sur 39 · IVL. NICOLE · texte numérisé non relu

IVL. NICOLE

OPTIMO DIGNISSIMOQVE

RECTORI DE CARNET &c.

EPIGRA MMA TA.

OfFcr. DIONISYUS BUSNEL

Presbytcr Abrinc.

Cœlicolis jucunde labor, féliciter i nunc

Integer ; et seclo curre secunde tuo.

I^udis inanis amor, siquidem non sistitit orbî,

Mascula sed pietas : te manet orbis amor.

Junctus honos aderit, socius virtutis et hospes;

Veri germanus frater amoris honos.

Sed, memorande labor, ne quse tibi gloria desit;

Perge tui auctorem jungere Cœlicolis.

Enfin Von voit Docte Nicole Ton second chef-^anivre éclatter Où les plus sçavans de V école ^ Trouvent de quoy se contenter.

Chacun adore cet Ouvrage Où se fait voir avec éclat De nôtre admirable Prélat La naisve et vivante image

DOCTISSIMO VIRO DOMINO D.

IVLIANO NICOLE

RECTORI DE CARNET •&€.

EPIGRAMMA.

Docte Nicole refer! quo-nam facunde Sacerdos

Auspice, cœlitum pandere facta vales ?

Resp. Accipe quippe silere neÊis : super œthera raptus. Vidi, quae nusquam linqua referre queat.

Mentis in excessu, supera agmina circumspexi

Agmen ovans mitris, gemmiferis que pedis.

Hic Abrincantina manus supereminet omnes,

Longo pro meritis ordine laeta sedens. Parte sub extrema pretiosa cathedra paratur

Tesse ter iascriptum tessera nomen habet.

EIDEM ANAGRAMMA

IVLIANVS NICOLE

DIVINVS IN CiELO.

(CuM ferat in cœlo Divinus) nominis omen, i

Sœpe nihil mirum te super astra rapi.

Divinum populi merito venerentur honore, I

Sunt tua divinâ scripta notata manu. i

Tui observantissitnus iEcioiusTuRPiN

Presbyter de Cupis.

Avranches est une ville très-ancienne, qui s'appelle en latin Abrincœ ou Arborica, d'autant que selon Popinion de Cenaiis, elle estoit autrefois environnée d'arbres et de bois. Elle est située entre* les rivières de Coesnon et de Cée ; bâtie sur un coteau élevé, qui découvre la mer Océane du coté du couchant (i). On ne sçait pas précisément en quel temps elle fut érigée en evesché, mais il est constant qu'elle a receu la foy catholique, apostolique et romaine, non seulement dès aussitôt qu'elle a esté préchée, mais encore elle Ta toujours gardée inviolablement, sans que jamais aucun de ceux qui l'ont gouvernée ait esté capable d'aucune erreur. Elle conte plusieurs saints parmy ses evesques : saint Léonce, saint Perpétue, saint Pair, saint Sever, saint Senier, saint Leodoûald et saint Aubert, sont ceux dont la sainteté est plus connue, et de la plupart desquels on fait la festeavec plus de solemnité. L'église cathédrale est dédiée à Dieu sous l'invocation de saint André, apostre; ce fut le 1 7 septembre de l'an 1 121 que la dédicace en fut faite. Il y a dedans la cathédrale six dignitez (2j; vingt chanoines, vingt-huit chapelains, six vicaires perpétuels au grand autel de Téglise, un sous-chantre, quatorze choristes et six enfants.

(i) Avranches se trouve placé entre la vallée de la Sée, au nord, et la vallée de la Sélune, au sud. Le Couesnon, qui sépare le département de la Manche du département d'IIle-et-Vilaine, se trouve plus au sud.

(2) Les six dignitaires étaient le doyen, le grand-chantre, le trésorier, les deux archidiacres d' Avranches et de Mortain et le scho-

Il y a dedans le diocèse environ cent quatre-vingt-deux parroisses; cinq abbayes qui sont : le Mont-Saint-Micbel, de l'ordre de Saint- Benoist ; Savigny, de Tordre de Cisteaux (ij; le Mont-Morel, de Tordre de Saint-Augustin (2); la Luzerne, de Tordre de Premontré (3), et Tabbaye des Blanches- Dames, de Tordre de Cisteaux, qui est une abbaye des 611es (4). Il y a dedans le diocèse deux chapitres : celuy d^Avranches et celuy de Mortain,

lastique. Les six dignitaires et les vingt chanoines formaient le haut choeur. Le bas choeur se composait de vingt-huit chapelains, de six vicaires perpétuels au grand autel de l'élise, du sous-chantre, de quatorze choristes et de six enfants.

Les chanoines étaient titulaires des canonicats de Braffais, du Val- Saînt-Père, de la Godefroy, de Plomb, etc.

Les titulaires des chapelles de la cathédrale se trouvaient nommés en partie par Tévêque, en partie par les chanoines.

Le doyen résidait au doyenné, grande construction, située tout près de la cathédrale. La ville d'Avranches conserve cette ancienne demeure, intéressante au double point de vue historique et archéologique.

Le diocèse d'Avranches se divisait en deux archidiaconés, Tarchidiaconé d*Avranches et l'archîdiaconé de Mortain. Les deux archidiaconés se trouvaient divisés en huit doyennés.

(i) Savigny-le- Vieux, commune du canton du Teilleul. L*ancienne abbaye présecte encore des ruines intéressantes.

(2) L'abbaye de Montmorel se trouvait située sur la paroisse de Poilley, aujourd'hui commune du canton de Diicey. Il en reste peu de chose.

(3) L'ancienne basilique et les bfttiments claustraux, aujourd'hui en ruines, sont cependant encore très intéressants. La Luzerne est une commune du canton de la Haye-Pesnel.

(4) Il reste de l'ancienne Abbaye-Blanche de Mortain, aujourd'hui Petit-Séminaire diocésain, l'église et le cloître, qui sont du xiic siècle.

Nicole ne parle pas de l'abbaye bénédictine de Moutons, fondée au XII* siècle, sur la paroisse de Saint-Clément, près Mortain. Elle avait été réunie, en 1693, au couvent des Bénédictines d'Avranches.

dont Péglise est collégiale (i) et chapelle royale, il y a encore grand nombre de prieurez (2), chapelles, etc.

I. Saint Léonce, premier evesque d'Avranches, vivoit environ vers la fin du iv* siècle : on a sujet d'en douter avec Cenalis si saint Léonce a esté apôtre d^Avranches^ ou sMl en a esté seulement un des evéques; veu qu^il y a grande apparence que la foy y estoit plantée auparavant la fin du iv« siècle. Seulement il est constant que saint Léonce, qu^une constante tradition asseure avoir esté le premier evéque de ce diocèse, est différent de saint Léonce, évéque de Xaintes, puisque le dernier vivoit plus d^un siècle après le premier. Car saint Léonce, evéque de Xaintes, receut par plusieurs fois saint Malo et luy donna en Tan 612, la sépulture en son église, après Tavoir assisté pendant sa vie; et Nepus avoit souscrit au premier Concile d'Orléans en qualité d'evéque d'Avranches dès Van 5 II. Le Martyrologe romain fait mémoire, le 19, d\in saint Léonce, evéque, sans rien asseurer de son siège, ce qui fait conjecturer que c'est le jour de la feste de saint Léonce, premier évêque d^Avranches, que tous les habitants honorent sous ce titre.

(i) Fondée en 1082 par le comte Robert, frère de Guillaume-le- Conquérant, la collégiale de Mortain se composait de seize chanoines.

(2) Nicole fait allusion plus loin au couvent des Capucins, fondé à Avranches en 16 18. On comptait treize prieurés, dont voici seulement les noms : le Rocher-lès-Mortain, Saint-Jacques ou Saint- James, Saint-Hilaire-du-Harcouôt, le prieuré de Pontorson, Sacey, Saint-Léonard-de- Vains, le prieuré de Saint-Martin des Biards, Saint- Cyr-de-BailIeul, le prieuré de Céauz, Saint-Jacques, près de la Haye-Pesnel, Tombelaine, Saînt-Maur-de-Sautbernon, la Blanche. Voir Vabbé Pigeon : Le diocèse (t Avranches, tome I, 142-147.

II. Nepus (i), que les autres appellent Nepos, assista au premier Concile d^Orléans et y souscrivit Pan 5 1 1 . Ce fut sous Tauthorité de Clovis que ce Concile fut assemblé.

III. Saint Perpétue (2) fut présent au deuxième Concile national d^Orléans, célébré Tan 22 du règne de Qovis, et de notre salut Pan 533. Il délégua un prêtre, nommé Bandastes, pour assister au troisième Concile d^Orléans, sous le pape Vigilius et sous Tauthorité du même Clovis, l'an 540. Le même Bandastes souscrivit au nom de saint Perpétue au quatrième Concile d^Orléans, l'an 541.

IV. Gilles assista au cinquième Concile d'Orléans, tenu sous le pape Vigilius, l'an 549, et y souscrivit avec les autres Pères.

V. Saint Pair (3), que le vulgaire appelle saint Poix, saint Patier, saint Pater, saint Paterne, étant premièrement religieux, puis abbé à Scysci, qubn appelle à présent. Saint-Poix -sur-la-Mer (4) au diocèse de Cou-

(i) La Gallia Christiana ne parle pas de saint Léonce et reconnaît Nepus comme premier évoque d'Avranches.

Vitam, Nepe, tuam cœtus saccr Aurelianus Illustrât^ cœcâ cœtera nocte latent.

Robert Cenalis.

(2) Perpétua, te Perpetuum, célébrât honore

Poster itas; nomen tolUt in astra tuum.

Robert Cenalis.

(3) Saint Pair naquit à Poitiers, d'après Fortunat.

(4) Aujourd'hui Saint-Pair, commune importante du canton de Granville. Voir : Ad. et Jos. Tardif. Saint-Pair-sur-la-Mer et les Saints, Rennes, Alphonse Le Roy, x888; in- 12, 178 p. — M. l'abbé Pigeon, Le Diocèse d'Avr anches, t. I. — Abrégé de la vie de saint Gaud, evesque d'Evreux; de saint Pair, evesque d'Avr anches; de saint Scubilion, abbé de Saint-Senier, aussi évéque éPAvranches, et de saint Aroaste, prestre, par M. L. RoOault, curé de Sainl-Pairsur-la-Mer. Paris, in-80. Monulant, 1734, 271 p.

tances, ayant esté fait diacre afin de pouvoir prêcher l'Evangile, et ordonné prêtre à cause de ses mérites, fut esleu evéque d'Avrancbes à Tâge de soixante-dix ans (i ) ; dont ilremplit le siège treize ans. Le cardinal Baronius au tome VII de ses Annales (2) fait une mémoire illustre de luy, et dit quMl assista avec saint Germain et plusieurs autres saints evéques au troisième Concile de Paris, Pan 547. Surius (3) a escrit sa vie au tome II de la Vie des Saints, le 16 avril. Fortunat (4) au troisième livre de sa poésie (5), chap. 9 et au neuvième, chap. 23, lui adresse ces vers :

Nominis auspicio fulgcnt tua facta Paterne

Munere qui proprio te facis esse Patrem Servetii nostri non immemor omnia pnestas,

Et tibi devotis das pia vota libens Ut bona distribuas modo qui tam promptus haberis,

Unde magis praestes, ampUficentur opes (6).

(i) En 552.

(2) Baronius, Annales, a. 514, no 39; 559 ^^ ^^^

(3) De probatis Sanctorum historiiSt Coloniœ, 1571, II, 654.

(4) Fortunat, comtemporain de saint Pair et de saint Scubilion, a écrit leur vie à la demande de Marcien, abbé d*Eusion. Voir : Surius, De probatis...; — Acta SS. mensis april, t. Il, p. 426; — Krusch, Venanti Portunati opéra pedestria (Monumenta Germaniœ historica),

(5) Venanti Fortunati opéra poetica^ 1881 {Monumenta Germa» nias historica).

(6) Saint Pair fut inhumé comme saint Scubilion à l'extrémité orientale de Toratoire de Scissi. Au commencement du x* siècle, les reliques des Saints de TAvranchin et du Cotentin furent sauvées par les prêtres et les moines fuyant devant Tinvasion. Une partie du corps de saint Pair fut donné par Hugues Le Grand à l'église de Saint-Barthélemi de Paris, appelée plus tard Saint-Magloire. L'abbé Crochet a soutenu que les reliques de saint Pair avaient été transportées à Orléans. Voir ses Recherches historiques sur saint

Son corps repose dans la paroisse de Saint-Poix-sur-Ia- Mer, où ii a un beau tombeau ( i ). Il y a plusieurs églises tant en ce diocèse qu'en ceux de Gîutances, de Bayeux, d'Evreux, etc., de son nom, il mourut le lundy de Pâques (2).

VI. Saint Senier ou Sénateur succéda à saint Paër, ainsi que nous Papprend Pancien Bréviaire d^Avranches, il estoit natif de la parroissede Cottainville (3), evéché de G>ûtances, et avoit esté religieux à Scysci. Rob. Cen. de re Gal^ liv. II Perioch. 5, descritses miracles et sa vie. Il mourut le 18 septembre (4), et fut inhumé, et ses funé-

Paterne éPAvranches et sur la translation de ses reliques de Paris à Orléans^ dans le tome XX des Mémoires arch. et hist, de VOr~ léanaiSf et l'Etude présentée par M. A. Bligny, à l'Académie de Rouen, pour réfuter l'abbé Crochet, intitulée : Les Reliques de saint Pair d'Avranches et l'église Saint'Pateme d'Orléans. Rouen,

(i) Citons en Normandie, dans le diocèse de Coutances et d'Avranches, les églises d'Yquelon, de Sartilly, de Ducey, de Marcey, de Gerville, de Morville, de Saint-Pois; dans le diocèse de Bayeux, les églises de Saint-Pair, du canton de Troarn, et de Saint-Pair-du- Mont, du canton de Mézidon ; dans le diocèse d'Evreux, celles de Saint-Pair, près Gisors, et, dans le diocèse de Rouen, celles de Saints Paér, près Duclair, et, à Rouen avant la Révolution, celle de Saint- Pierre-le-Portier, nom défiguré.

(2) 16 avril 565.

0) Coutainville, commune d'Agon, près Coutances.

(4) Mort en 570 ou 58o à Scissi, où il fut inhumé. En 1875, on a retrouvé, dans l'église de Saint-Pair, son cercueil presque vide, ses reliques ayant été transportées, pour la plus grande partie, à Rouen, où on conservait, dans la cathédrale, une chfisse de saint, qualifiée d'antique dès 1437. Cette chftsse occupait, près du chœur, la place affectée à la sépulture de Bedfort. (Voir Ch. de Beaurepaire: Notes historiques et archéologiques; Notes sur les anciens Reliquaires de la cathédrale de Rouen^ p. 170). — La cathédrale d'Avranches possédait aussi des reliques de saint Sénier.

railles faites en sa cathédrale d^Avranches, où ses reliques ont reposé dedans une chasse élevée de terre, et gardée fort religieusement en la mesme église, jusques à Tan 1 562. Au mois d^avril, que les hérétiques calvinistes ayant pillé et ravagé Teglise cathédrale, bruslant les vénérables ossements de saint Senier avec quatre autres chasses de saintes reliques, comme il se void par le procez verbal qui en fut fait^ qui est aux archives de la même église.

VII. Saint Sever (i) étoit aussi natif de Coutances, il fut éleu evêque d'Avranches contre sa volonté. Il gouverna cet evéché quelque temps, puis se voulut retirer en une solitude, où il y a présentement une abbaye (2) qui porte son nom au diocèse de Coutances, où il est mort et ses saintes reliques y ont longtemps reposé en un tombeau qu'il s'estoit luy-méme préparé dedans la chapelle de la Vierge, d^où elles ont esté religieusement transférées en Teglise métropolitaine de Rouen, où elles reposent présentement (3). Et quand les anciens manuscrits de Fabbaye de Luzerne disent que saint Sever est enterré en son église cathédrale en une chasse élevée derrière le haut autel, ils ont confondu Sever avec Senier, estant certain que saint Sever n^a jamais reposé à la cathédrale d^Avranches, mais bien saint Senier, comme nous avons dit, dont

(i) Vers 570.

(2) Saint-Sever, aujourd'hui chef-lieu de canton, arrondissement de Vire.

(5) La châsse de saint Sever est aujourd'hui conservée au Musée des antiquités de la Seine-Inférieure. Avant la Révolution, elle avait cessé d'appartenir à la cathédrale de Rouen. En 1786, elle était encore mentionnée en ces termes dans l'inventaire : « Une châsse de saint Sever en bois couvert de lames de cuivre argenté, orné de 18 grandes roses de cuivre doré et émaillé. » Ch. de Beaurepatre, Notes historiques et archéologiques. Notes sur les anciens Reli" quaires de la cathédrale de Rouen, p. 170.

la chasse des reliques estoit derrière Tautel Saint-André.

VIII. Saint Leodoûald (i) estoit evêque d'Avranches du temps de Grégoire de Tours, environ Tan 578, il fait mention de ce saint évêque au deuxième livre des Miracles de saint Martin, ch. 36. En ce temps on transpor* toit les reliques des saints en divers lieux, afin qu^un chacun eust la liberté de leur rendre Phonneur qui leur estoit deu : C'est pourquoy saint Leodoûald, evêque d'Avranches désirant avoir la satisfaction de voir reposer en son église la chasse de saint Martin, afin de contenter sa dévotion, envoya son prêtre pour en faire la demande, ce qu'ayant obtenu, il sortit hors la ville pour aller au devant, or comme il fut à l'entrée du fausbourg, estant encore cependant dans le désert, il se rencontra un pauvre paralitique qu'on portoit entre les bras^ on lui permit de baiser le voile qui recouvrait le reliquaire. Payant fait avec foy, il se trouva sain et guery, marchant seul, et s'en retournant à pied, bénissant Dieu et le louant en son saint. On a fait bâtir une église à Dieu sous l'invocation de saint Martin au lieu du miracle dit à présent Saint- Martin-des-Champs (2).

IX. Childoald (3) assista au Concile de Rheims sous l'archevêque Sonnarius, l'an 63o, après lequel plusieurs noms des evêques d'Avranches sont perdus.

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