GÉNÉALOGIE DE LA FAMILLE DUCHESNE
14)7. — Louis, noble bourgeois de Paris.
1469. — jAcauES, noble bourgeois de Paris.
1502. — Guillaume, noble bourgeois de Paris.
153s. — François, noble bourgeois de Paris.
156^8. — Jean, maître serrurier.
1607. — Denis, serrurier ordinaire du Roi.
1663. — Nicolas, prévôt des bâtiments du Roi
1708. — Antoine, architecte, peintre et prévôt des bâtiments du Roi.
1747. — Antoine-Nicolas, naturaliste, prévôt et professeur.
Branche aînée | Branche cadette
1779. — Jean, conservateur des 1781. — Guillaume, conservaestampes à la biblio- teur des estampes â la thèque royale. bibliothèque royale.
Postérité. Postérité.
VOYAGE AU HAVRE (août 1762).
Passant par : La Queue, Houdan; — Dreux, Nonancourt, Verneuil; — Danville, Evreux;-— Saint- Aubin, Elbeuf; — Rouen; — Duclair, le Vaurouis, Caudebec; — les Forges, le Havre.
Revenant par : Les Forges, Caudebec; — Ducler, Jumièges; — Ducler, Rouen; — Fleuri, Ecouis, Andelys; le Vaudreuil, Gail-' Ion, Vemon; — Mantes, Meulan; — Saint -Germain, Versailles.
Le bois de Pontchar train. — La butte de Ponchartrain. — Le samedi 3 1 juillet, nous sommes partis avec M. Boudier, traînés par Catogan et Cadet gris blanc, surmonté d^ Antoine (Bleu), nous avions derrière nous Gentil verd. Sortans des deux parcs, dès les Plaisirs nous avons trouvé aux terres Taparence normande, terres fortes, et force .pommiers. Le cidre cependant n'est pas excellent, au dire d'un chartier que j'ai vu en faire de la soupe. Le bois de Pontchanrain est un beau pays de chasse, mauvais terrain, frênes de ligne de deux ou trois ans de plantation. La butte de Pontchartrain est comparable aux travaux de Juvizy. Les terres que Ton a coupées sur la cime, font une haute chaussée dans le fond.
Château de Pontchartrain. — La Queue (v^ dinée). — Le château de Pontchartrain est en face de la butte. On a établi une poste à la Borde, à Textrémité du parc de Pontchartrain. On travaille actuellement à la chaussée vis à vis Neaufle-le- Vieil qu'on laisse sur la droite. Nous avons diné à ia Queue, à l'image Saint-Pierre. La fille de
l'hôtel très jolie et sage en aparence. Cette hôtellerie est bâtie depuis dix ans. L'escalier, la distribution des alcôves et du corridor n'est point mal trouvée. La Queue n'a qu'une longue rue et quinze auberges, c'est la dernière couchée des voitures qui vont à Paris (i).
Samedi 3i juillet, — Houdan [ v^ couchée], — Dreux (2« dinée). — Nous sommes arrivés à Houdan pour coucher chez M«n« Rognon, aux Trois Rois, Cette honnête dame m'a guéri d'un dévoiement de huit à dix jours avec une copieuse rôtie au vin et au sucre, qui m'a fait relever six fois dans la nuit et m'a guéri radicalement. La ville est ancienne. Les maisons de bois sculpté. La rue de la paroisse loge la noblesse du pays. L'église est en gothique assez léger, elle n'est point achevée ; les puits sont profonds, on tire les sceaux par le moyen d'un treil et de deux manivelles. Le treil est couvert d'un chaperon en planches (2). Un reste de vieux château, dont il ne subsiste qu'une tour, apartient à M, de Ckevreuse. La Tour du Midi delà paroissen'estpointachevée, elleest couverte provisionellement et les cloches placées dans cette charpente d'attente ; on a gâté le rond point du chœur par un mauvais rétable d'architecture romaine. Le rond point extérieur et le pourtour des chapelles est de même architecture et du même tems. Nous sommes partis de Houdan (3) messe entendue, à sept heures du matin, et arrivés à Dreux à dix heures un quart (4). Nous sommes encore dans la généralité de Paris et nous n'en sortirons que ce soir en arrivant à la couchée, à Nonancourt. La Collégiale de Dreux est au sommet de la montagne, à coté des ruines de la citadelle. Dreux est sur la petite rivière de Biaise, Nous avons trouvé quelques plantes sur la
montagne (voyez l'herborisation, ch ). C'est la patrie
de Rotrou et de M. Godeau, évêque de Vence. Nous
étions logés au Paradis terrestre, dans le marché (5). Nous avons remarqué de distance en distance des pierres numérotées que je soupçonnois être de mille toises à mille toises, et cela est ainsi.
Dimanche i^' août. — Nonancourt (2« couchée). — Nonancourt. — Le dimanche i^ août nous sommes arrivés à Nonancourt^ chez M™« Four nier, à la Ville de Rouen et au Grand Cerf réunis. Le père Fournier s'est retiré ; il a une jolie maison vis-à-vis le portail de Téglise Saint-Martin. Le lendemain, avant que de partir, nous avons visité le château de Saint- Lu bin qui appartenait au président de ce nom, seigneur de Nonancourt, et qu'il a vendu depuis huit ans à M. de la Boissière, fermier général, mort en 1762. M. de Cremille, son frère, y loge dans la maison du jardinier, qu'il appelle son hermitage. La rivière d'Avre y forme diférens canaux. Une partie de jardin du territoire de Nonancourt a été achetée par M. de la Boissière, qui y a fait faire un parterre d'orangerie et de petits pleins bois de rosiers et autres arbrisseaux. Le tilleul y forme des portiques très joliment élagués. Une terrasse, une corbeille de fleurs, en face du grand chemin, ont rendu cet endroit agréable. Le château est ancien, en briquetage et crépi, un pont mène à l'église de Saint- Sabin, très près du château. Au rond point de l'église est une sacristie neuve et un fruitier qui forme décoration extérieure sur le jardin (6).
Lundi 2. — VerneuiL — Séjour (3« et 4« couchée). — Quartier, jardinier fleuriste. — Vemeuil. — Le lundi 2 août, nous sommes arrivés à Verneùil (7), ville assés considérable, six paroisses, dont la principale est la Madeleine. Sa tour gotique et élevée est remarquable pour la gentillesse et la légerté de son amortissement; après diné nous avons visité M^^ Milon, veuve d'un notaire. Il n'y
a pas dix ans que la femme d^un notaire n^avait point de montre d^or, de dentelles^ ni de mantelet. Ce luxe s^est introduit ici (8). On nous a enseigné le nommé Quartier, jardinier fleuriste et potagiste. Son terrain est joignant la rivière d^Yton, près Tabreuvoir, par delà la porte de Rouen, sur le chemin de Rouen. Le voisinage de cette rivière lui a permis d'y faire une saignée qui remplit un bassin au milieu de son jardin et va se décharger par une pareille saignée à Pautre extrémité, ce qui lui donne un grand avantage pour cultiver ses plantes de marais et fleurs ; il a donné quelques graines et cueillettes de fleurs pour Therbier. Il promet de la pervanche pannachée, si elle fait plaisir à M. Richard. Il a vu Barbier revenant des Baux. Les façades des maisons de Verneuil sont en colombage, en briquetage, en bizet, en bardau pour couvrir le colombage. Les nouvelles maisons sont en briquetage et ravalement de chaux et sable qui font un fort joli effet. Nous avons logé au Grand MO' narque^ chez M. Pinson, grande rue Notre-Dame. Nous avons vu la rue Pont-aux-ChèvreSy la grande rue de la Madeleine, oti demeure M'"^ Milon. La tour de Saint- Jean passe pour la deuxième en curiosité. Près de cette église, la femme d^un garde de M. de Courteil nous a conduit chez le jardinier Quartier.
M, Villette^ apothicaire de Verneuil. — M. Villette, apothicaire, a un jardin hors de la ville, près la tour grise. Il y a fait plusieurs établissemens, une faïencerie, un moulin à moudre l'émail à la manière des hollandais, une cirerie à Timitation de celle de M. Trudon, à Antoni. Son jardin a peu de plantes, il est négligé. Au reste, M. Villette a marié son fils à la fille de M. Duvaly qui a une des jolies maisons de Verneuil et qui nous a donné fort bien à souper (9).
Château de CourteiL — Le château de Courteil est a cinq quart de lieues de la ville sur le chemin de Paris. Il est rebâti depuis peu, les peintures du rez de chaussée ne permettent pas encore d^ coucher. M. Carpentier en est Tarchitecte. La façade du côté de la cour, jointe à celle des écuries en retour par une aile basse circulaire^ fait un bel effet. L'avant-cour, les fossés^ la grille^ une foret de barrières, ont un air de magnificence peut-être un peu dé^ placé. Les jardins ne répondent pas à Tintelligence du bâtiment, une terrasse immense au coin du jardin a coûté immensément et empêche de voir la campagne qui se présente là tout naturellement. L'art a gâté la nature. L^enfilade du château se termine mesquinement par un boudoir sur lequel on a mis une entresole. Le point de vue de cette enfilade est un petit parterre de mauvais goût terminé par un petit mur d'apui qui empêche de voir la forêt. Le potager est un grand quarré divisé en quatre parties, avec un bassin au centre, et entouré de quatre terrasses de niveau pour faire un parterre. M. de Courteil a perdu son fils, âgé dbnze ans, lorsque le bâtiment étoit commencé. La forêt de Courteil est le plus bel ornement de ce château. M. de Courteil est aussi gouverneur de Vemeuil et jouit des fossés et des tours et murs de la ville. Il a obtenu la permission de démolir les graisseries de la porte de Tilières, dont les restes font trembler les passans qui craignent d'être écrasés sous les ruines. Il a fait de ces graisseries le patin de son château jusqu^à hau* teur de retraite ; c'est là ce qui sera le plus durable. Le briquetage des croisées et corniches et le ravalement en chaux et sable des trumeaux fait actuellement une jeune maison joliment fardée, qui vieillira bientôt et ne sera plus qu'une vieille recrépie.
VemeuiL — La Madeleine est la principale église de
Verneuil, oti nous avons logé au Grand Monarque, chez M™' Neveu ; Saint^Jean est la deuxième ; il y en quau^e autres^ celle de SainULaurent, près la Tour Grise, un couvent de Cordeliers et un d'Augustines. La Tour Grise subsiste encore; elle est bâtie d'une matière qu'on appelle du grison, que Ton trouve dans les environs, sur la superficie, à un pied de profondeur à peu près, comme on trouve la meulière des environs de Versailles. J'en aporte un échantillon. Ce grison est durable (lo). Nous avons vu avec M. Du val, sous-fermier de Tabaye de Jumiège, Pétang de France, Cest un étang desséché qui fait une belle prairie basse arrosée par Vlton, qui sépare la France d'avec la Normandie, Les fossés de la ville sont très profonds. Le commerce est peu de chose. Quelques tanneurs, beaucoup de petits marchands. La ville mal peuplée. Aux enterremens, deux sonneurs lugubres, marchant devant avec leurs sonnettes, plusieurs confrères en noir ont une espèce de chaperon couleur de feu sur Tépaule. Les femmes, parentes ou amies, marchent derrière. En général, on est paresseux à Verneuil; les femmes tricottent pour les bonnetiers; plusieurs personnes se sont retirées en cette ville depuis quelques années. On y abandonne le colombage, on bâtit en briquetage, ce qui embellit la ville.
Départ de VemeuiL — Le mercredi matin 4 août, départ de Verneuil à sept heures et demie. Le souper de la veille, chez M. Du val. nous avait donné la maladie du pays. Nous avons commencé à trouver les vrais chemins de Normandie. Des fourches à tout instant sans indication ; il faut se conduire par la carte et la boussole, car on ne trouve personne sur la route, et si nous n'avions eu le bonheur de voyager pendant la moisson, c'eût été bien pis. Des landes assez fréquentes, des terres excellentes à
côté. Est-il bien sûr qu^on ne puisse défricher ces landes?
Damville (5« dinéé), — Nous sommes arrivés à Damville à midi, chez le maître de la poste, maître écorcheur; un saule a fixé nos regards, il a plus de soixante pieds de haut, et fait une belle pyramide. La tige droite et saine; il est au bord de Vlton, près du pont. Les vestiges du duché de Damville ne sont plus qu'un tertre sur lequel est bâtie la maison du garde, La paroisse joignante de Pautre côté de Tlton est la paroisse de Monceau, Le bordage de la rivière est parsemé de plantes aquatiques dans le plus bel état. La verveine 7 a trois à quatre pieds de haut. Le garde général nous y a reçu avec politesse ; il connaît quelques plantes et nous a demandé le nom de celles quUl ne connaît pas. On vient de tems en tems herboriser dans cet endroit qui est abandonné à la simple nature (12). Deux marchés couverts, celui des bouchers et celui des grains, sont les seules choses à voir. Les habitations indiquent la misère des habitants. M est
seigneur de ce duché. Le garde en est le receveur général. Cest un paysan renforcé qui jouit de tous les agrémens d^un seigneur. Il ne chasse que pour son plaisir. Son cabinet est plus rempli de papiers dWaires que celui de bien des gens de finances. Il a une enfilade de pièces sans autres meubles que son lit, de grandes tables couvertes de papiers et quelques chaises. Notre ami Boudier se ressouviendra de Damville oti il n^a point herborisé, ce qu'il déteste.
Mercredi 4. — Evreux. — Séjour [couchée 5«, 6« et 7«), à vingt'trois lieues de Paris, — Nous sommes partis de Damville à trois heures et demie, et nous avons fait le chemin moitié en chaise, moitié à pié. Nous avons trouvé quelques gentilhommières qui annoncent la plus complette pauvreté. Les mœurs anciennes s^y sont réfugiées.
C'est dommage qu'elles en aient chassé la propreté; elles en seraient plus estimables, mais elles n'ont souvent pour compagnes que la paresse et l'orgueil. Une fumée épaisse dans le bois nous a fait voir qu'on y faisoit du charbon. Il étoit presque cuit. La masse étoit couverte de poussière; une échelle posée dessus pour visiter et charger la cheminée centrale; plusieurs trous donnoient sortie à la fumée. Un abrivent de bourrées placées debout côte â côte au dessus du vent. Tout cela nous a donné l'idée de la manière dont on fait le charbon. L'encyclopédie nous donnera les détails. La forêt (TEvreux est de toute beauté et d'un grand rapport. Ce sont des chênes de retontes. Quelques villages, quelques clarières, des routes font de ce lieu un beau pays de chasse ( 1 3) . Les aproches d'Evreux sont très difficiles; un chemin creux et rapide, des ornières fort creuses obligent les voyageurs de faire une demi lieue à pié avant que de descendre à la ville. Nous sommes logés au Grand Cerf chez le maître de poste, oli M, le Président Turgot venoit de descendre. Il nous a fait demander des nouvelles. Il est dans l'impossibilité de marcher. La goutte le tourmente depuis dix ans: il n'a que quarante ans. 11 est bel homme et fort poli. Quand il a su le sujet de notre voyage, il nous a donné plusieurs indications : vis à vis Jumièges, la Meilleraie et la forêt de Brotonne ; au sortir de Rouen, le Vaudreuil. Il doit me donner chez lui, à Paris, un mémoire sur la manière d'élever des figuiers dansTeau courante. Il m'a conté que M. le chevalier Turgot (j'ai vu depuis, à Trianon, M. le chevalier Turgot avec M. de Jussieu, et M. Richard nous a donné à dîner), et M avoient trouvé, dans un bouquin, la manière de conserver les œillets dans le sable, que le laquais de en faisoit usage ; après que M. Turgot avoit communiqué ce secret à M. de R..., celui-ci avoit voulu faire
enfermer le domestique. M. le chevalier Turgot, pour conserver la liberté du laquais, a fait mettre dans les papiers publics le procédé de la conservation des, œillets et a cité le livre et la page oti Ton trouve ce petit secret. C'est ainsi que la charlatanerie a été découverte.
Evreux dans un fond malsain. — Evreux est placé dans un fond entouré de hautes colines de tous côtés, ce qui doit rendre cette habitation mal saine. On descend rapidement pour y arrriver. On commence présentement un chemin sur la route de Paris; la misère du temps Ta fait abandonner. Un bonhomme de vigneron, âgé de quatre-vingts ans, possède un petit héritage qu^il a acheté cinquante pistoles qui sont, dit-il, le fruit des travaux de sa jeunesse; il'n^ose l'engraisser parcequ^on doit y faire passer le nouveau chemin, a Ils prendront mon héritage. Je ne sais, ajoute*t-il, s^ils me rembourseront, mais je le cultive toujours en attendant, parce que je suis élevé dans les vignes et que je m^ennuierois à rien faire. » Que cette tranquilitè est estimable et qu'elle aura peu d'imitateurs! Il ne murmure point, il est résigné à la volonté de la Providence.
La Cathédrale N. D. est un monument de plusieurs siècles et que d^autres siècles ont restauré. Le chœur est le plus ancien. Cest un gotique léger du xii« auxin« siècle. La neuf a été bâtie vers le xv^ et la chapelle de la Vierge encore après. Le portail principal est de deux tems diSérens. La Tour, à droite du spectateur, est toute de pierre et n^a que trois ordres Pun sur Tautre. Les ceintures des colonnes sont dans le stile de Philibert de TOrme, architecte des Thuileries. La Tour à droite se nomme la Tour du gros Pierre, du nom delà cloche qu'elle renferme; elle a cinq colonnes Tune sur l'autre, d'une petite proportion, et pourroit être de Bular. Le défaut général de la
eathédrale est d^étre plus basse que la ville, comme celui de la ville est d^étre plus basse que la campagne qui Tenvironne. On voit partout les armes de la maison de France d^Evreux. Le bufet d^orgue est peut être de la plus ancienne décoration, comme celui de Compiègne, et d'une meilleure, à coup sûr, queceux de Saint- Roch, de Paris, et de Saint-Louis, de Versailles. Cette orgue ne bouche pas la rosette et paraît avoir été faite pour PEglise, au lieu que les deux autres paroissent des hors d^oeuvre, faits après coup, et sans aucune convenance avec Tédifice qui les renferme, et à qui elles dévoient être subordonnées.
On a gauchement amoderné les arcades de la nef, de voûtes d'ogives on a fait des arcs en plein ceintre. On en a diminué la force, et la voûte principale de la nef s^en est ressentie et a fléchi en dessus des vitraux des deux côtés.
M. Carpentiera été chargé, il y a quelques années, de la décoration intérieure du chœur et du maître autel. Une gloriette dorée, une vierge en marbre au-dessus du second autel du rond point, ont bouché la vue de l'arcade du milieu qui n^a plus sa proportion gotique. 11 n'a pas tenu à lui qu^on n^ait jette à bas le Jubé, ouvrage léger du tems. Seroit-il possible qu'il ait eu cette idée? N^auroit il pas senti que le défaut de cette église est d^être ridiculement étroite pour sa hauteur et sa longueur? De plus, la grille quMl vouloit mettre au chœur auroit fait passage à la vue et auroit fait apercevoir la disparatedes deux morceaux, du chœur et de la nef. Il a proposé de jetter à bas un méchant rétable qui est à Tautel de la chapelle de la Vierge et il a eu raison. Le portail du nord est pur gotique, celui du midi n'a aucun ornement et ne sert que de passage à révêque. LMvêché est un vieux bâtiment lourd et triste. Le portail d^entrée du doyenné est bien autrement décoré ; il paraît être du tems de Louis XII ou de la jeunesse de
François I^^. La couverture est bien plus haute que le bâtiment. Les balustrades des deux tourelles sont décorées de pierres découpées à jour. On leur donne le nom (TAmbroise le Veneur qui aparament a fait constuire cet édifice aux dépens de la flèche de la tour de Tabaye de Jumiège dont il étoit abbé. Il en a fondu le plomb, c^est ce que j'ai apris depuis à Jumiège. Les autres églises n^ont rien de remarquable et ne méritent pas d'être décrites. M. Chevalier, éducateur du Roi, travaille actuellement à décorer Tautel principal et le baldaquin de la paroisse Saint-Pierre aux dépens de la fabrique (i6).
Château de Navarre, — Le vendredi 6 août, promenade à Navarre, à demi lieue d^Evreux. Cest la seule gorge par laquelle on puisse sortir de la ville. Une belle «chaussée bordée d^arbres et arrosée de deux bras de Piton est un ouvrage tout nouveau. L^avenue de Navarre est large et belle. On vient de relever la chaussée. Les eaux sont ici d'une limpidité charmante. Deux grands bassins ont au milieu un ajoutage qui fait aller deux jets d^eau de quarante pieds environ. Ce sont les seules eaux saillantes; les eaux plates sont en abondance. La grille ferme la cour du château qui est un gros pavillon quarré surmonté d'un dôme. La façade est composée d'un avant corps, dont le rez de chaussée est décoré de deux colonnes et de deux pilastres formant un vestibule. L^entredeux des colonnes et pilastres est vitrée. La fermeture du Dôme a pareille décoration de deux colonnes et de deux pilastres et les entrecolon nemens sont fermés par des glaces. Le plan du pavillon quarré est composé de quatre vestibules, de quatre appartemens et d'un salon central éclairé à ritalienne par les croisées du premier étage. A droite et à gauche de la façade d^entrée, en arrière corps sont des harpes qui attendent deux ailes qui dévoient former ar«
rière corps et monter seulement jusqu^à la balustrade du premier étage. L^avant-corps est surmonté d*une attique et d'une balustrade et le dôme central surmonte la tour. Cest dommage que les cheminées paroissent Une terrasse sert de patin au corps du château. Ce château est du dessin de M. Buisettaqui en a pris la conduite, à ce que je lui ai entendu dire. On y monte par quatre escaliers. On a perdu de vue Tancien plan et M. le prince de Bouillon a fait bâtir un petit château à ralignement du devant de la terrasse d^entrée. Ce petit château est isolé et laisse un jour entre ce bâtiment et le château. Le prince compte bâtir une seconde aile isolée sur la gauche, ce qui laissera le château en arrière-<orps. On trouve l'île d'Amour sur la gauche du château au bout de Pallée de maronniers. Une décoration d^orangers rangés en positioot circulaire termine le point milieu de la âiçade postérieure du château. Le potager, les serres chaudes sont sur la droite et Pavant-^cour, les écuries sur la gauche. En traversant les écuries, on entre dans un bosquet que Ton appelle le cabriolet. Ctsx un petit salon octogone flanqué de deux cabinets dont les quatre faces principales donnent sur quatre canaux. Les canaux ont à chaque bout une chute formant cataracte, qui font de loin Teffet d^une butte d^argent ; des fleurs forment les bordures et des blocages et coquillages le revétissement. Les pleins bois sont bordés d^osiers ou d'ormilles; Un des pleins bois étoit garni de plantes médicinales actuellement négligées. Il y a un rocher artificiel oti Ton a eu dessein d'imiter la nature. Des rochers placés çà et là sont entremêlés de plantes aquatiques bu de rivage. Les peintures intérieures du sallon et des cabinets répondent à la gentillesse de celles de Textérieur. Tout annonce ici la volupté en ce salon
Qu'amour exprès Fit pour toucher quelque inhumaine.
Abaye de SainUTaurin. — Manufacture de velours de cotton, — Abaye Saint-Sauveur. — Le lieutenant des chasses du Prince étoit autrefois apothicaire et fort intelligent dans la botanique. Son goût pour la chasse Ta fait changer de profession. La verdure est ici des plus belles aux mois de juillet et d^aout. Cest le repos de Gérés; mais les vendanges y doivent être fort humides et mal saines (17). En rentrant dans la ville on trouve sur la gauche Vabaye de Saint-Taurin, composée de huit bénédictins de Saint-Germain-des-Prés. Le portail est du dessin de M. Hue, architecte de Fhôtel de ville de Rouen, qui demeure à Saint-Denis en France. Il a été construit en 1718. Ce sont deux ordres l'un sur l'autre. Le portail est fait sur le moule ordinaire. L'intérieur de Péglise est d'un gothique fort lourd. Le clocher et ses cordes sont au milieu du chœur. Le maitre autel est du tems et du goût du portail. Le cloître est ancien et joli gothique. Le dortoir est moderne, propre et modeste. La manse abatiale a été cédée par l'Evéque de Poitiers aux religieux, moyennant une pension de cinq cents livres. Les religieux Pont cédée à M. Riquet d^ Anvers, maître de la manufacture royale de velours de cotton, qui est aussi directeur de celle de Vemon. Nous avons visité cette manufacture dont notre jeune homme doit nous donner la description, tant des métiers que des moulins à tordre, etc. (18). Nous y avons acheté trois culottes de velours noir et nous en raportons des échantillons de velours chinés» L'aprés midi, nous sommes allés à Saint-Sau' veur, abaye royale des Bénédictines, Le Tabernacle est une chose curieuse; les gradins sont d'ébene ou bois noirci, ainsi que le tabernacle, le tout recouvert d^argent
ciselé, d'ornement de frise, de colonnes, de chérubins, etc. Je croirois ce morceau un présent de reine, peut-être de Catherine de Médicis; je ne puis croire que ce soit un ouvrage des Anglois. On ne travailloit point ainsi dans le xnie siècle. Ce tabernacle est dans le goût de celui des Grands Jésuites de Paris. C^est une la Rochefoucaud qui est abbesse. Les maisons des villes des Provinces que nous avons vues jusqu'à présent n'ont qu'un rez de chaussée et un premier étage avec le comble au dessus quelque fois percé de lucarnes sur quelques fenêtres, mais le plus souvent le comble n*a que quelques jours de passage pour les couvreurs. Le rez de chaussée est habité Tété et le premier étage l'hiver.
Samedi 7 août, — Saint-Aubin (8« dinée). — Château de Saint-'Aubin. — Le samedi 7 août, départ d'Evreux par le chemin de la côte de Saint-Sauveur, pour aller dtner à Saint-Aubin et coucher à Elbeuf. C'est le premier jour désagréable pour le voyage. Une pluie froide, des chemins rompus par les ouvriers, des descentes fréquentes de chaise, peur de verser, nous ont fait ressentir l'hiver dans la canicule. Quand les terres sont bonnes, les chemins sont mauvais et réciproquement. Malheureusement pour nous et fort heureusement pour les propriétaires, les terres sont excellentes dans la campagne de Neubourg. On y loue vingt livres l'acre, et du côté d'Evreux il n'est loué que dix. Nos chevaux n'estimoient pas plus que nous cette terre forte et grasse oîi l'on ne rencontre pas une pierre. Les adroits normands bordent leur chemin de pommiers dans la plaine. Il faut une attention continuelle pour ne pas se laisser briderpar les branches. Dans|;es plis de terre ils font passer le chemin dans la gorge qui, à la moindre pluie, devient une petite rivière. Antoine a été si souvent obligé de cartayer qu'il est bientôt passé maître.
Nos demandes fréquentes nous ont fait enfin arriver à SainUAubin, à onze heures et demie, dans la seule auberge qui y soit. Une soupe au lait, des œufs frais, une omelette et de mauvais cidre à discrétion, voilà notre diné, qui a donnéia foire à notre jeune homme. Après notre diné nous avons visité le château, conduits par une grande fille de dix-neuf ans, dont la main est noire et le bras blanc. Le château appartient à M, Pavyot, troisième président de la chambre des comptes de Rouen . Ce château a de Faparence : un pavillon d^avant corps, deux corps de logis et deux avant corps, le tout sur une ligne. L^avant cour au devant de laquelle est une chaussée et deux grandes marres, la cour du château flanquée de deux mazures ou pommeraies. Le potager sur la gauche. Traversons le château. Le parterre et quatre grands bosquets, autour du jardin ; deux pavillons, dont Pun est le logement de Phomme d^affaires et Pautre Pinfirmerie ; un saut de loup termine le jardin. M. Pavyot a ouvert la clôture du parterre, le long du château à droite et à gauche, et y a placé des grilles; aux deux côtés du parterre sont deux grandes pièces de prés. Une partie du château n'est point vitrée. Il y a trop de bâtimens ; à Pentrée de Pavant corps est le logement du chapelain. A droite et à gauche les écuries et bassecours. Cette terre raporte deux mille écus de rente et a coûté cent vingt-sept mille livres (19).
Elbeu/(B^ couchée et g^ et io«). — Bec Thomas. — Départ de Saint-Aubin à quatre heures après midi. Le maître de Pauberge est venu nous mettre dans notre chemin. Le soleil avait succédé à la pluye et ranimé notre nature engourdie. Après un bon trajet de plaine, nous avons enfin rencontré les côtes . Le voisinage de la rivière de Seine nous a découvert un paysage riant que nous avions perdu depuis longtems. Un bon Normand qui nous