XIX. Jean de Bayeux, second fils de Raoul comte de
(i) D'après Huynes, Hildebert II serait mort le 3o septembre loaS. Il fut enterré auprès de ses trois prédécesseurs.
(1) Cerisy, commune du canton de Saint-Clair (Manche), était située, avant la Révolution, dans le diocèse de Bayeux. Son église est un des plus beaux monuments de la Manche.
Maugis eut pour successeur Hugues I«r. L'abbé Nicole n'en parle pas. U devint évêque d'Avranches en 1027, selon Dom Bessin, ou en loaS, selon la Ga2/iâ. Tous les faits qui sont cités par le curé de Carnet, et qui se placent entre Tannée 1027 et Tannée 1028, doiyent donc être reportés à Tépiscopat de Maugis. Voir notamment IsiGallia christiana, tome XI, p. 474 et 475.
(3) ThéodoriCy abbé de Jumiéges, ne fut abbé du Mont-Saint- Michel que quelques mois.
Bayeux (i) et d'Heremberge, sa femme, frère de Hugues, evéque de Bayeux, fut consacré et vint prendre possession de Pevêché d^Avranches Tan 1061, au mois de septembre, ce prélat h'étoit encore que laïque, quand il fut élevé à cette haute dignité, mais sa vertu Tavoit déjà rendu recommandable à tout le monde, et vénérable même à Tordre ecclésiastique. Sa vie sainte, religieuse, et sans aucun reproche, le faisoit admirer de ceux qui gouvernoient les consciences des plus parfaits. Il ne pensoit à rien moins quand il fut éleu, mais tous les prélats furent bien consolez de voir un homme de sa vertu et de son mérite avoir place parmy eux. Cest ainsi qu^en parle Guillaume (2), archidiacre de Lisieux, De Gest. iVbrm., Guillaume de Jumiége (3), liv. VII, ch. xxxviii, Hist. norm.,dit qu'on voyoit en sa personne une naïveté extraordinaire, une
(i) Raoul, comte de Bayeux etd*Ivri, était le frère utérin de Richard. U avait sauvé un jour la vie au duc de Normandie qui faisait une partie de chasse dans la forêt de Vievre. U reçut en récompense cette forêt avec la métairie de Saint-Philbert et ses dépendances. Cette métairie prit d'abord le nom d'Aleu de Saint-Phi Ibert, puis de baronnie. Raoul eut quatre enfants: Hugues, évêque de Bayeux ; Jean, d'abord évêque d'Avranches, puis archevêque de Rouen ; Auberée, femme de Richard de Beaufort ; Mathilde, femme d'Osberne de Crespon .
(2) Guillaume de Poitiers, chroniqueur, né vers 1029, à Notr^ Dame-de-Préaux (Eure), fut chapelain de Guillaume le Conquérant en Angleterre. Il a écrit les Gesta Guillelmi ducis Normatmorum et régis Anglorum a Guillelmo Pictavienxi Lexoviorum archidiacono contemporaneo scripta. Ces écrits ont été publiés par Du Chesne, Historiée Normannorum^ et trad. par Guizot, Mémoires relatifs à VHistoire de France, t. XXIX.
(3) Moine de Tabbaye de Jumièges, décédé vers la fin du xi^ siècle ; a écrit VHistoria Normannorum, imprimée par Cambden, Francfort, i6o3 ; par Du Chesne, et trad. par Guizot, Mémoires relatifs à V Histoire de France, t. XXIX.
solide vertu, une prudence singulière, une conduite que les plus grands politiques admiroient, une science profonde et une générosité inflexible, quand il fallait combattre le vice. Il gouverna (selon les chroniques de Saini- Estienne de Caën), Teglise d'Avranches Pespace de sept ans trois mois, avec tant de modération et avec une intégrité si inflexible, que le vice aymoit mieux être étouflé auparavant sa naissance, que de se voir obligé de parétre devant luy pour estre jugé par son tribunal.
Son zèle le porta à taire une reformation générale de tout ce qui avoit pu se glisser de défectueux dedans les personnes ecclésiastiques^ ou dedans leur ministère. Il avoit pour les vertueux une tendresse et un cœur depère, il n^est pas concevable avec quelle douceur il les recevait, il leur communiquoit ses desseins, leur inspiroit son zèle, et leur épanchoit son cœur, il desiroit non seulement uniformité dans le service divin, mais encore il vouloit une grande netteté et propreté dans les ministres de TEglise et dans les ornements qui servent à célébrer nos mystères. Il composa le beau livre des cérémonies de TEglise (i), qu'il dédia à Maurille, archevêque de Rotien. Ce livre contient toutes les cérémonies tant de la messeque du choeur, telles qu'on les pratique encore à présent dans l'Eglise d'Avranches, et qui sont celles quHl fit observer, et qui s'observent encore à présent en la Métropolitaine de Rotien. Il reforma et fit la reveuë du bréviaire et missel de son église, il fist plusieurs statuts et ordonnances pour le règlement de son diocèse, et touchant la vie et la conversation des ecclésiastiques. Il assista à la
(i) Johannis Atrincensis episcopi deinde Rotomagensis, archic" piscûpi, liber de Officiis ecclesiasticis , Rotomagi^ Impensis et tjrpis Bonaventurce Le Brun, On trouve également cet ouvrage dans Migne, Patrologie^ t. CXLVII.
dédicace de l'église de Jumieges en 1067. Tous les écrivains ecclésiastiques luy donnent le zèle de Phinées, se rendant inexorable à punir le vice et inflexible en tout ce qui regardoit la gloire de Dieu. Or, pendant qu^il alloit s^acquittant de sa charge avec tant de perfeaion, Maurille, archevêque de Rouen, mourut (i), et alla rendre compte à Dieu du gouvernement de son peuple. Lancfranc, abbé de Saint-Etienne de Caën, fut éleu en sa place; mais ce saint abbé se jugeant indigne d^une si haute charge, refusa de l'accepter et proposa au duc, et à tous les électeurs, Jean, evéque d'Avranches, comme seul capable d^en soutenir le poids : bien d^avantage afin que cette élection fût canonique, Tabbé Lancfranc alla à Rome pour la faire accepter à Alexandre II, qui tenoit la chaire de saint Pierre. Le pape étant bien informé du mérite de Jean, evéque d'Avranches, approuva cette élection, et luy en écrivit de la sorte {2) :
Alexander Episcopus, servus servorum Dei, Joanni Abrincensium venerabili Episcopo, ApostoHcam Benedictionem, Destitutd Rothomagensi Ecclesid Pastore, comperimus Sedunensis Episcopij et Lanfranci abbatis relatione, te ex electione 'Principis tui dilictissimi filii nostri Guillelmi Régis Anglorum, ob vitœ et morum probitatem ad majorem sedem promovendum, si ex Au" thoritate Sedis Apostolicœ fuerit assensus eut Deo authore prœsidemus. Nos igitur tnoti illorum precidus ob salutem illius Ecclesiœ, et omnium in tuis partibus,
(i) Maurille, quarante-cinquième archevêque de Rouen. Elu en io55, décéda le 10 août 1067. Il fut inhumé dans le haut de la nef de la cathédrale de Rouen, en face le crudfix. Voir Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen f édition Bouquet, p. 186.
(2) Ce bref est traduit dans V Histoire des archevêques de Rouen, de Pommeraye, p. 265 et 266.
Volumus, atque dilectioni tuœ Apostolicd Authoritate prcecipimus, ut quod divina dispensatio de te providit, non contradicas, et electionituœ te obedientem exhibeas. Admonemus itaque fraternitatem dulcedints tuœ, ut si in modico fuisti ftdelis, in majori bene operari non desinas, popuîum divini verbi pabulo reficias, ut merearis audire illam benignam vocem Domini dicentis : Euge serve bone et fidelis, quia super pauca Juisti fidelis suprd multa te constituant. De cœteroy secretiorem animi nostri voluntatem planius audies per legatorum nostrorum veridicam relationem.
Ayant receu les patentes de Sa Sainteté^ et voyant que tous les évéques de la province, unanimement avec tous les chanoines de Teglise métropolitaine Tavoient éleu, prit possession de rarchevéché de Rouen Pan 1069 ( i ), au grand regret de toute Peglise d'Avranches, qui pleura tendrement cette perte. Luy, pour montrer Taffeaion qu'il avoit pour cette première épouse, donna à cette église et à ses successeurs les evéques d'Avranches, la moitié de la terre de Guevre, qu'on nomme à présent la Baronnie de Saint-Philbert(2), au diocèsede Lisieux, proche de Pont- Audemer, consistant tant en terres, rentes, moulins, qu ^autres revenus et appartenances. Guillaume, âls d^Osbeme, approuva cette donation Tan 1079. Le pape Alexandre luy envoya le pallium par Lancfranc, abbé de Saint-Estienne de Caen, qui le lui présenta de la part de Sa Sainteté, en luy présentant ses patentes. Dès le corn-
(i) Vers le commencement de Tannée.
(2) Robert Cenalis donne, dans Hierarchia Normanniœ^ p* 3i, le texte de la charte de la donation de la barotinie de Saint-Philbert. Voir M. Tabbé Pigeon : le Diocèse (tAvranches^ tome II, p. 660 et 661. Cette terre est encore connue aujourd'hui sous le nom de la Baronnie. Elle était encore à vendre tout dernièrement.
mencemeot de son siège de Rouen, il travailla infatigablement au règlement de cette église : il fit plusieurs statuts, se montrant tousjours inflexible en tout ce qui regardoit sa charge, et comme il vivoit en un siècle où rimpureté regnoit beaucoup dans les personnes ecclésiastiques, voulant effacer cette tache de tous ceux qui étoient commis à sa conduite, à quoy ny les règlements quHl avoit fait sur ce sujet, ny les peines qu^il faisoit ressentir à ceux qui en étoient coupables, n^en ayant pas arresté le cours, il convpqua un Concile à Rouen Tan 1074 ( i ], oti il prononça anatheme contre les prêtres impudiques, les obligeant de chasser de leurs maisons les femmes de mauvaise vie, sous peine d^excommunication : mais on sMtonna fort qu^à la sortie de Teglise où se celebroit le Concile, il fu^ /chargé de coups de pierres et contraint de sauver sa vie par une fuite précipitée ; se voyant accablé sous les coups réitérez, il sMcria avec une constance de martyr : Deus venerunt gentes in hereditatem tuant, polluerunt Templum sanctum tuum, etc. Ord. Vital, Hist, L 4. Comme il estoit un zélateur inflexible de la dignité episcopale, il alla le jour Saint-Otien en Tabbaye qui porte son nom, pour y célébrer la sainte messe pontificalement, d^où il fut chassé à vive force par les moynes et eut bien de la peine à sauver sa vie. Voyant la rébellion de ceux qui luy dévoient obeyr, il mit Tabbaye en interdit. (2). Le Conseil assemblé, où présidoit le duc, les moynes furent punis de leur attentat et il leva la censure. Il dédia l'église de Saint-Amand de Rotien (3) et de
(i) Dom Bessin, Concilia Rotomagcnsis provincùs^p. 64,65, 66.
(2) Voir le récit différent que fait Dom Pommerayè d'après Dom Luc d'Achery, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Ouen de Rouen, p. 178 à 181.
(3) Voir Dom Pommcraye, Histoire de V abbaye de Saint-Amandy
SI
Saint- Estienae de Caên au mois de septembre Pan 1078. Enfin, ayant travaillé sans relâche en sa charge pastorale, et plus aSbibly par les travaux que par Paage, il devint paralytique de tout son corps. Se voyant hors de pouvoir de donner ordre à toutes les choses où son zèle le portoit, il se demist volontairement de son archevêché. Le pape qui étoit alors Grégoire VII n'y voulut pas consentir jusques à ce qu'il fut bien informé de l'état otila maladie Pavoit réduit : scacbant que quoy qu'infirme, par son zele, par sa prudence, et à cause de Testime dans laquelle il vivoit, il pouvoit tousjours bien s'acquitter de sa charge, et avancer la gloire de Dieu : c'est pourquoy il envoya un légat exprés pour en juger après l'avoir visité, et avoir diligemment examiné son mal, comme il se voit par la dix-neuvième Epist. du cinquième livre des Epist. du même Grégoire, pape, adressée à Guillaume, roy de la Grande-Bretagne et duc de Normandie l'an 1077. Mais la paralysie ayant affoibly tous ses membres et arrêtant le progrez de son zèle, le légat jugea aux instantes prières du même archevêque, qu'on pouvoit procéder à l'élection d'un successeur (i). Ce bon prélat ne quitta point son siège, jusques à ce qu'il eut la consolation de le voir remply par un autre. Incontinent que son successeur en eut pris possession personnelle, il se fit porter à Saint- Philbert qui étoit sa maison patrimoniale, oti il vécut
p. 4. Cette église ne fut pas seulement dédiée à saint Amand, mais aussi à la très sainte Vierge. La charte de fondation comprenait ces mots : EccUsia sanctœ Marias et saint Amandi episcopi, intra muros urhis Rotomagensis sita,
(i) Voir Bessin, p. 66. Synodus episcoporum Abbatum totiusque cleri cathedralis ecclesiœ Rotomagensis in causa depositionis Joaunis, archiepiscopi, ob infirmam valetudinem ab HubertOy cardinali sedis Apostolicce Legato Rotomagi, habita anno loyS
encore quelques années, ne pensant qu^à rétemîté. Enfin Tan 1079, accablé de travaux et chargé de mérites, il mourut, son corps fut transporté à Rouen et inhumé en l'église cathédrale, proche les fonds de Peglise, du costé du septentrion (i) ; on lui a dressé un tombeau de pierre blanche, sur lequel on a escrit, au rapport d'Ord. Vit. Hist., liv. V :
Metropolita tuus jacet hic, urbs Rothomagensis.
Culmine de summo quo moriente ruis :
Ecclesiae minuuntur opes, sacer ordo tepescit
Provida relligio quem sua constituit.
Hic neglecta diu Canonum décréta reformans,
Instituit caste vivere presbyteros.
Dona Dei sub eo vsnaiia nulla fiiére
Huic et opes largas contulit ecclesis.
Lingua, diserta, genus, sapientia, sobria vita
Huic fuit exiguus quem tegit iste lapis.
Nona dies septembris erat cum carne Joannes.
Expoliatus obit, sit tibi vera quies. Amen.
Pendant le siège de ce prélat à Avranches, le duc Guillaume fit bâtir le chasteau de Saint-James-de-Beuvron pour résister aux forces de G)nan III, duc de Bretagne, qui refusoit de luy venir rendre hommage selon la coutume. Ce fut environ Tan io65, comme le duc Robert, surnommé le Libéral, avoit fait bâtir le château de Pont- Orson, environ Tan 1028, pour contraindre le duc AUain a luy venir rendre hommage. Au même temps, Lehotiée, archevêque de Dol, étant chassé de son église et de sa ville à cause de sa vie dissolue, se retira au Mont-Saint-Michel, oïl ayant amassé des soldats, il faisoit souvent des courses
(i) Dom Pommeraye dit que ce fut entre la chapelle du Saint- Sacrement et celle de Saint-Sever.
aux environs de Dol, qui incommodoient fort les habitans de ce pays. Ce fut Fan 1075 qu^ilen fut expulsé.
XX. Michel I, italien de nation (i), fut canoniquement éleu Tan 1069, incontinent que Jean de Bayeux eut été transféré à RoQen; cMtoit un homme fort docte, grandement homme de bien, et très pieux, que tout le monde respectoit à cause de sa vertu. Il gouverna son église avec un zèle apostolique plus de vingt ans, il eut l'approbation de tout le monde. En ce temps, Raynaud ou Raynoul, abbé du Mont-Saint-Michel , envoya six navires à Guillaume le Conquérant en Angleterre, dont il étoitcou* ronné roy, dans lesquels il y avoit plusieurs religieux dont le duc se servit pour reformer les religieux Anglois qui étoient dans la déforme, et entre les autres, Scoliand, moyne profez du Mont-Saint-Michel, fut fait abbé de Saint-Pierre de Cantorberi, dont la vertu servit beaucoup à la reformation des autres. Environ ce temps, Hugues d^Avranches fonda Tabbaye de Saint-Sever Tan 1072. Le duc, de retour d^ Angleterre en Normandie, fit tenir un Concileà Nostre-Dame de Rouen (2), pour donner ordre à la reformation des ecclésiastiques. Jean, archevêque de Rotien, et qui avoit été évéque d'Avranches, y présida, et Michel y assista^ oU il signala son zèle après rinvocation de la Sainte-Trinité, et la profession de foy où il fit plusieurs statuts touchant l'administration des sacrements, les cérémonies de Teglise, Thabit des prêtres,
il) In loco ejus Michael, natione Italiens y eruditione litterarum imbutus, studio religicmis venerandus, ad culmen Abrincatensis
episcapatus electione légitima est promotus. Orderici Vitalis
Historiœ ecclesiasticai, Ed. Le Prévost, tome II, p. 171.
(2) ConcUium Rotomagense habitum in Basilica S, Maria Rotomagi a Joanne hujus nominis 11^ cum suis sujfraganeis pro res» tituenda ecclesiastica disciplina, anno Incamati Verbi 1072,,,,
et leurs vie et moears. Michel à ^n retour le publia en son diocèse, et le fit observer religieusement : il assista à la dédicace des églises de Bayeux, d'Evreux, du Bec et de Saint-Estienne de Caên Van 1076. La consécration s^en fit par Jean, archevêque de Rouen, qui à son retour à Rouen tomba en paralysie, comme nous avons dit. Michel consacra evéque de Seez Robert de Courbespine en présence de l'archevêque de Rouen, il reconcilia l'église de Saint-Oën par Tordre de Guillaume le Conquérant, laquelle avoit été profanée par Tinsulte que moynes avoient faite à Jean leur archevêque le jour Saint-Oén, lit donna aux moines de la Cousture l'église de Vezins (1), située en son diocèse, il fit les funérailles de Raynoul, abbé du Mont-Saint-Michel, etassista aux funérailles de Guillaume le Ck)nquérant, roy-duc, qui se firent à Caén, avec tous les prélats et abbez du duché, oti se trouva aussi Roger I^'^ du nom, abbé du Mont-Saint-Michel. Il mourut (2) un peu après les funérailles de Guillaume le Conquérant, et fut inhumé en son église d'Avranches. Pendant son siège, Robert, comte de Mortain, Matilde, sa femme, et Guillaume, son fils, fondèrent Peglise collégiale et chapelle royale de Saint-Guillaume de Mortain, environ l'an 1080 (3). On remarque qu^elle fut bâtie telle quelle est en trente-deux ans par trente-deux maçons, pendant lequel temps il n'en mourut que deux. Le prieuré du
(i) Vezins^ commune du canton dlsigny.
(a) En janvier 1094.
(3) Nous n'avons pas ici à entrer dans la discussion qui s'est élevée à propos de la construction de l'égl'se de Mortain, mais il n'est pas douteux qu'en dehors de la porte romane figuréb par M. de Caumont dans son Abécédaire, l'église de Mortain est du commencement du XIII* siècle.
Rocher et Tabbaye Blanche (i) aux Nonnains eat aussi de leur fondation.
XXL Turgis succéda à Michel en Tevéché d^Avranches (2), il assista environ l'an logôy à un Concile tenu à Rouen (3) sous Parchevéque Guillaume^ où on approuva ce qui avoit esté ordonné aitiConcile national de Clermont en Auvergne Tan 1096. L'an 1 1 1 2, la foudre et le feu du ciel tomba sur Teglise du Mont-^int-Michel et la brûla entièrement avec tous les bâtiments voisins. La même année, au mois de may^ les bleds, arbres, fleurs^ et même quelques forests furent brûlées par le feu du ciel, et l'air corrompu altérant les humeurs, dépeupla presque toute la Normandie par le moyen de la dyssenterie. Cette même année mourut en Angleterre Rc^r I, abbé du Mont-Saint-Michel, où il s'étoit retiré étant mal-voulu de ses moynes. On eleut en sa place Roger II, qui étoit moyne et prieur claustral de Jumieges, lequel se rendit inflexible aux ministres du duc, qui vouloient enlever les trésors de Tabbaye. En ce temps furent jettez les fondements de Tordre de Cisteaux, par le moyen de saint Vital, prêtre (4), lequel ayant quitté la maison du comte
(i) L'Abbaye Blanche, aujourcf hui petit séminaire diocésain, fut fondée en iio5, par Guillaume, comte de Mortain, pour y recevoir sainte Adeline, sœur de saint Vital, qui venait de fonder Tabbaye de Savigny. Quant au prieuré du Rocher, il avait été donné, en io83y par Robert et sa femme Mathilde, aux religieux de Saint-Martin de Marmoutiers.
(a) En 1094.
(3) Dom Bcssin, Cùttciliwn Rotomagense pacis et ecclesiasticœ disciplinai promovendce causa coactum, anno logS^ p. 77, 78, 79.
(4) Vitœ BB. Vitaîis et Gaufridi, primi et secundi ahhatis Saviniacensium in Normannia nunc primum editœ studio et opéra, E.-P. Sauvage, Parochi dicecesis Rotomagensis, fExeerptum ex Analectis BollandianisJ, Bruxelles 1882, 58 p.
de Mortain, dont il étoit chapelain^ pour se retirer dans le désert afin de ne vaquer qu^a Dieu, il bâtit un petit hermitage sur les confins de Normandie, du Maine^ de Bretagne et de T Anjou, qui fut incontinent fon hanté^ tant à cause de sa sainteté de vie que de ses excellentes prédications et des miracles qui faisoit» il demeura en ce lieu nommé Savigney, du nom du village voisin, sept ans, les autres disent dix, receut en sa compagnie plusieurs personnes qui s^abandonnoient à sa conduite pour gagner le ciel, à qui il donna des règles différentes de celles de Qairvaux^ qui leur furent données quelque temps après environ Tan 1 147. Saint Vital ayant gouverné cette sainte famille le temps susdit, mourut Tan 1 1 12. Il eut pour successeur le bienheureux Geffroy, qui étoit extrêmement austerey il étoit natif de Bayeux, et religieux de Tabbaye de Cerisy, il fit bâtir Téglise qui fut consacrée (i) par Turgis, evéque d^Avranches, assisté de Richard, evéque de G>utances, de Richard, evêque de Bayeuf, de Jean, évêque de Seez, et de Hildebert, evéque du Mans. Uaa 1 1 18 {2), il assista au Concile de Rofàen, il alla au G^ncile de Reims tenu par Caliste, pape, Tan 1120. L'an 1121^ le 17 septembre, Teglise cathédrale d^Avranches fut dédiée sous Pinvocation de Saint-André. L^an 1 128, il se trouva un Concile tenu à RoQen (3), oii présida Mathieu, evéque d^Alby, légat du Saint-Siège. II y fut derechef ordonné que les prêtres chasseroient de leurs maisons les femmes de mauvais exemple, sous peine d^étre privez de tous bénéfices et déclarés inhabiles à en posséder : défendu aux peuples d^assister aux messes des
(i) En 1124.
(2) Dom Bessin, Concilium Rotomagense, habitumanno 1 1 18.
(3) Dom Bessin, Concilium provinciale a Matthœo Albanensij 9edis Apostolicce Legato habitum Rotomagi anno 1 128.
concubinaires ; ordonné la résidence dans les bénéfices et défendu la pluralité à une même personne. Turgisà son retour publia en son diocèse ces décrets, Pan suivant 1 1 29. 11 célébra le mariage de Geffroy, comte d'Anjou, avec Mathilde, fille de Henry h', roi d^Angleterre et duc de Normandie. L^épitre 270 d'Yves de Chartres «adresse à ce prélat, lequel, après un siège d^environ trente ans, mourut en sa ville d'Avranches le jour des Roys Pan 1 1 34 et fut inhumé en sa cathédrale, en la chapelle Notre- Dame. Environ ce temps mourut Roger H, abbé du Mont-Saint-Michel, et futéleu en sa place Richard de Mère, moyne de Quny (i), qui ayant donné quelque sujet de se plaindre de luy, fut envoyé au prieuré de Saint-Pancrace, où il avoit pris l'habit et y mourut. Bernard du Bec luy succéda, homme de grande vertu, qui gouverna Fabbaye avec approbation dix-huit ans. Au commencement du siège de Turgis, évéque d^Avranches, le chapitre de Dol, du consentement d'Allain IV, duc de Bretagne eleut pour archevêque du même Dol, Roland, chanoine d^Avranches, homme d^une haute vertu, et qui mourut en estime de sainteté Pan 1 107. Cette élection se fit l'an 1095. Il désira estre sacré par Tévêque d'Avranches, qu'il respectoit comme son prélat naturel.
D*a\ur au chevron d^or et trois glands de même.
XXII. Richard de Bellefay, ou de Beau-fay, chapelain de Henri I«^ duc de Normandie et roy d'Angleterre, fut éleu évêque d'Avranches Tan 1184 (2), et fut consacré par Hugues, archevêque de Roiien, par le commandement du pape Innocent II. L'an 1 1 37, le comte d'Anjou,
(i) Richard de Mère, profès de Cluny, noble d'extraction, dit Dom Huynes.
(2) Eodemanno (1134) rexHenricus donavit episcopatum
Abrincatensem Ricardo de Bel/on, dans Robert de Torigni.
surnommé Plantegenest, assiégea la ville de Mortain et la prit le lendemain par composition ; pilla tout le plat pays et vat camper son armée devant Saint-Hilaire ( i ) : ne pouvant prendre la place de vive force, il empêcha tous les convois d'y aborder, et l'a réduit à composition. Pontorson ouvre ses portes et va au devant du vainqueur. Geiduin, comte de Dol» ayant pillé tout TAvranchin, et s^en retournant chargé des dépouilles de tout le pays, avec sept vingt chevaux et grande quantité de piétons ; le flux de la mer arriva au gué de TEspine (2) plutôt que de coutume, et luy ferma le chemin. Sur ces entrefaites, vingt chevaliers normans lui courent sus. Gelduin, qui tenoit rarriere garde, tourne visage pour leur faire teste, mais il fût chargé avec tant de fureur qu'il demaura sur place. Cette mort donna Fepouvente aux pillards, qui laissèrent tout leur butin pour se sauver. L'an ri 87 mourut le bienheureux Geffiroy (3), abbé de Savigney, etPan 1 141, le comte d'Anjou, poursuivant ses conquêtes, vint pour atta>> quer Avranches, mais Tévéque Richard et les bourgeois advertis de son dessein, et voyant qu'ils ne pouvoient résister à ses forces, sortirent au devant, le receurent, luy firent hommage, et luy jurèrent fidélité : le comte voyant leur procédé, descend de cheval, marche de compagnie avec l'évéque jusques à l'église où ses prières faites devant le grand autel, il donna en offrande son manteau, déjà il fut conduit au château, où tous les chastelains le recon-
(i) Saint-Hilaîre-du-Harcouét, aujourd'hui chef-lieu de canton, arrondisgement de Mortain.
(3) Le Gué de I*Epine, situé à l'extrémité du Val-Saint-Père, commune limitrophe d' Avranches, est un passags sur la Sélune. C'est la route la plus directe pour se rendre d' Avranches au Mont- Saint-Michel.
(3) Saint Geffiroy dirigea l'abbaye de Savigny de 1 122 à 1 138.
ntirent et lui jurèrent fidélité. On eteut pour abbé à Savigney Serlon, natif de Vaubadon (i), proche Bayeux^ qui avoit été disciple du bienheureux Geffroy, et qui avoit fait profession de la règle de saint Benoist avec luy à Cerisy. Ce fut cet abbé Serlon qui se démit de sa dignité abbatiale entre les mains du pape Eugène III en faveur de saint Bernard, qui unit Savigney avec toutes les maisons religieuses quî^ en dépendoient, à Tordre de Cîteaux. Auparavant cette union Savigney avoit ses règles et un institut particulier, et Tabbé étoit chef d^ordre, qui avoit plus de cinquante-cinq abbayes dépendantes de luy, qui toutes furent unies à Fordre età la famille de Cîteaux par la démission de Pabbé Serlon. En 1 142 mourut Richard, évêque d'Avranches (2). Son corps repose en Pabbaye du Bec.
XXIII. Richard de Subligney II (3), étant grand doyen d'^Avranches, fut élevé à Tepiscopat du même lieu, incontinent après la mort de son prédécesseur. Ce prélat etoit de grande naissance ; mais sa piété et celle de sa femille le rendront immortel devant Dieu et devant les hommes. Son frère Aygulphe ou Ayeul fonda Tabbaye de la Luzerne, ordre de Premontré dans le diocèse d'Avranches, la dota de grands revenus, luy assigna des terres et possessions dans la forestde Courbe-Fosse (4] qui luy appar-
(i) Vaubadon,- commune du canton de Balleroy (Calvados), Serlon gouverna l'abbaye de Savigny de 1140 à 11 53.
(2) D'après les Annales du Mont-Saint-Michel, il faudrait porter la mort de Richard de Beaufon à l'année 1 1429 et, d'après la Chro^ nique de Robert de Torigni, à l'année 1143.
(3) Au temps de Richard, on croit, dit M. l'abbé Pigeon, que ses armes étaient : Parti d'argent et de gueules à l'escarboudede gueules sur argent et d'argent sur gueules. — Subligny, aujourd'hui commune du canton de la Haye-Pesnel.
(4) Ce nom de Courbefosse n'est plus connu. Des bois assez
tenoit, et Richard consacra leur église au nom de la Sainte-Trinité, le jour saint Luc de Tan 1 145» Au même temps, Jean du Harcotiet de Subligney jetta les fondements dePabbayede Mont-Morel, deservie premièrement par des prêtres dans une maison de la campagne nommée Longue-Tombe, mais comme les revenus de cette abbaye n^estoient pas considérables, elle fut dotée ensuite par Rualem du Homme, chevalier, seigneur de Cbacilley (i). Environ Tan 1 144, Serlon, abbé de Savigney, se retira à Clairvaux où il mourut et Richard de Corcé luy succéda, qui après avoir généreusement défendu les droits de son abbayçy mourut Tan 1 1 5o. Bernard du Bec, abbé du Mont- Saint-Michel (2) étoit mort Pan précèdent 1149. ^P^^ avoir bien décoré son église d'ornemens précieux, renfermé les saintes reliques en des chasses d^argent, entr^autres le chef de saint Aubert tel qu'il se void a présent; il fit faire aussi plusieurs bâtiments et bâtit plusieurs prieurez, oîi il se retiroit souvent avec ses religieux pour y faire la retraite. Richard de la Mousche et Robert Hardy, moynes du Bec, furent tous deux éleus abbez du Mont. Le premier ne fut pas agréé du duc, et cependant avoit été confirmé par le pape Eugène IH. Cestpourquoy sur la difficulté qu^en faisoit le duc, il se reposa pour éviter sa colère, et on éleut Robert Hardy. Richard, evéque d^ Avranches, voyant que Télection n'étoit pas canonique, voulut tonsulter le pape sur cette difficulté, c^est
étendus entourent les ruines de l'ancienne abbaye de la Luzerne.
(i) Chacilly, aujourd'hui encore château de M. du Homme, situé sur la commune de Saint-Sénier-de-Beuvron, canton de Saint- James.
(2) L'abbé Bernard était qualiâé de vir sapientissimus, dissertissimuf et nimias eloquentiœ. Voir Histoire générale de l'abbaye du Mont'Saint'Michelf par Dom Jean Huynes, tome I, éd. de Beaurepaire, p. 167, 168, 169, 170.
pourquoy il prit le chemin de Rome, où il fut suivy par Robert Hardy, le dernier éleu, lesquels moururent tous deux incontinent qu'ils furent passez en Italie, où ils furent inhumez Pan 1 152 (i). *
XXIV. Herbert, chapelain du duc de Normandie, fut fait evêque d^Avranches, incontinent après la mort de Richard de Subiigney, Tan 1 152. Il assista au sacre de Henry II, duc de Normandie, et roy d'Angleterre à Vuesmonstier, qui fut le 14 des calendes de janvier Tan 1 1 53, un jour de dimanche avant Noël. D'autres disent que ce fut Fan 1 1 5^, en laquelle année il arriva un tremble-terre épouvantable au Mont-Saint-Michel. En 1 1 55, il leva dans l'église collégiale de Mortain, le corps de saint Guillaume Firmat [2) avec Hugues, archevêque de Rouen, Robert, evêque d'Evreux, et Richard, evêque de Coûtances. Le mois de juillet suivant, des tonnerres effroyables et des tempêtes extraordinaires tuèrent plusieurs personnes : l'abondance des pluyes fut si grande qu'on ne moissonna point de bleds, ce qui causa une grande cherté suivie d'une prodigieuse mortalité, qui dura toute Tannée suivante. Environ la feste de saint Michel, ce prélat receuten la ville d'Avranches Henry II, roy-duc, qui y fit son entrée avec les seigneurs de la cour et capitaines, où ils firent la reveuê de ses troupes û dessein d'entrer en Bretagne de vive force, pour prendre à force d'armes le comté Nantois, qu'il pretendoit luy apartenir.
(1) Mortuo Ricardo episcopo Ahrincensi in itinere Romce^ cum illuc perrexisset causa altercationis duorum electorum abbatiœ Montis Sancti Michaelis, Herbertus capellanus ducis Normanno^ rum factus est episcopus prœdictœ sedis. Chronique de Robert de Torigni, tome I, p. 279.
(a) Voir les Bolîandistes, avril, III, 334, et la Gallia christiana, XI, 5x1.
Le duc Gonan IV, sçacbant les desseias de Henry, le vint trouver à Avranches, oU il fut receu par Tevêque et présenté au roy par son ministère. Il lui mit le comté et ville de Nantes entre mains. Le vendredi 2i novembre de la même année, Henry II, avec ce prélat, partit d'Avranches pour aller au devant du Roy de France, qui venoit en pèlerinage au Mont-Saint-Michel, le dimanche jour saint Clément, leurs majestez firent leur entrée au Mont-Saint- Michel, la procession etoit composée d'un archevêque, de l'evêque d'Avranches, de cinq abbez, tous revestus pontificalemem et de tout le clergé séculier et régulier. Herbert célébra la messe pontificalement, puis les deux roys vinrent coucher à Avranches, où le même evêque, assisté de ses chanoines, jtous en habit de cérémonie, les receut, et les complimenta à la porte de son église, à la sortie de laquelle les roys se firent voir et donnèrent audiance. Le roy Henry II étoit allé quelques jours auparavant au Mont-Saint-Michel, et avoit donné aux abbé et religieux les églises de Pontorson qu'il alla visiter, et ordonna qubn rebâtiroit le château. En 1159(1), il assista à rassemblée des evêques et seigneurs de Normandie, tenue au Neumarché (2), touchant le schisme qui était pour lors en Peglise entre Alexandre et Octavien. Il fut arrêté qu'on obeyroit au premier, comme caooniquement éleu. Il avoit beny Tabbé du Mont-Saint-Michel, nommé Ro-
(i)n faut lire 1160.
(3) Neufmarché, commune du canton de Gournaf (Seine-Inf.). Au xiie siècle, Neufmarché était une forteresse « au milieu de laquelle, dit Dom Duplessis, il y avait une belle place d'armes... Les murs étiolent solidement bâtis, et leur épaisseur les rendait capables de résister aux plus grands efforts des armes et des machines de ce temps-là. » — Deux Conciles avaient eu lieu avant à Londres et à Beauvais.
bert de Torigny (i) à Saint- Philbert, Tan 1 154^ le jour de la Magdelaiae. Ce Robert e^t cet illustre bistoriographe tant recoiDOiandé, qui a fait le supplément de Sigebert, et a fait plusieurs volumes touchant diverses matières, l'Histoire manuscrite du Montasseur^ qu'il a composé jusqu^à cent volumes. Cétoit un homme d'une grande vertu, d'une rare prudence, et d^un courage généreuse* ment chrétien. A Tissue de rassemblée de Neumarché, Herbert, evêque d'Avranches, tomba malade ei mourut au mois de septembre i i6o. Son corps fut porté en Teglise du Bec oii il fut mis dans k même tombeau de Richard de Beaufay, son prédécesseur.
XXV. Acbard (z) qui etoit abbé de Saint-Victor, au faux-bourg de Paris, fut pourveu de cet evéché en 1 1 60. Il en prit possession le (7 mars 1 161 (3). Il fut parrain avec Robert, abbé du Mont-Saint-Michel, d'Eléonor, fille du duc, qui fut baptisée à Domfront par Henry, légat du p^pe (4). Il assista à une assembla de notables, tant
(i) Voir Vie de Robert de Torigni, par M. Léopold Delisle, au tome II de la Chronique de Robert de Torigni, — Dom Huynes, Histoire générale du Mont Saint-Michel , tome i, éd. de Beaurepairc, p. 172-179. Voir dans le même ouvrage, tome I, p. 248, réloge que Louis de Campi fait de Robert de Torigni. — En 1875, on n retrouvé le tombeau de cet illustre personnage. Voir Les découvertes du Mont-Saint- Michel et de Saint-Pair^ près Granville en i8y5^ par Eugène de Robillard deBeaurepaire, Caen, 1876.
(2) D'après le chanoine Cousin, les armoiries d'Achard le Bienheureux étaient : d'azur, au lion d'argent armé et lampassé de gueules, à deux fasces alaisées de même, brochant sur le tout.
(3) Le commencement du pontificat d'Achard est placé au 27 ipars 1 161, par les auteuiv de la Gallia christiana, XI, 481.
(4) Regina Aliéner apud Dominum Fontem flliam peperit, quant Henricus presbiter cardinalis et legatus Romana ecclesiœ bapti- ^avit, et Achardus episcopus Abrincensis, et Robertus, abbas Sancti Michaelis de periculo maris, cum aliis multis,, de fonte susceperunt;
ecclésiastiques, que seigneurs laïques, tenueà PIsle-Bonne pour le règlement des peuples (i ). Thomas Becquet, pre-» mierement chancelier d^ Angleterre, puis archevêque de Cantorberi, ayant été massacré dans son église (2) par les gens de Henry II, roy-duc, il voulut s'en purger, et pour ce sujet, demanda au pape qu'il envoyast des légats pour en faire information. Albert, cardinal du titre de Saint- Laurens et Theodin, cardinal du titre de Saint- Victor, vinrent en Normandie et firent leur première assemblée en Tabbaye de Savigney, puis dans Avranches : Henry le sçachant, vint promptement d'Hybernie où il etoit, et fit son entrée à Avranches, s'en purgea par serment solennel fait entre leurs mains ; après quoy ils luy donnèrent publiquement l'absolution en la ville d' Avranches, où le roy étoit prosterné contre terre, et accepta et jura d'accomplir une rude pénitence qu'ils luy enjoignirent à cause du mauvais traitement qu'il avoit autrefois fait à ce saint martyr qui fut incontinent canonisé. Le lendemain de cette absolution, les légats assistez du primat de Normandie, de tous les evéques et abbez, célébrèrent un Concile à Avranches, dans l'église Saint-André, où il fut ordonné plusieurs belles choses, touchant la police et authorité de Teglise, Tan 1 162 (3). En 1 169, le château de Saint-James fut pris et le Teilleul (4) brûlé par Raoul de Fougères. L'an 1 171, Achard mourut le 29 mars, son corps fut en
et vocata est Alienor de nomine mat ris suce. Robert de Torigaî, éd. de M. Delisle, t. 1, p. 334. Le légat du pape était Henri de Pise.
(i) Il 8*agit du Concilium Juliobonense jussu GuiUelmi Conquces* torts Collectum, tenu en xo8o. VoirDom Bessin : Concilia Rothonui' gensis, p. 67 et suiv.
(a) 29 décembre 1 170.
(3) L'auteur veut parler du concile de 1 17a.
(4) Le Teilleul, chef-lieu de canton de rarrondissement de Mortain.
terré en Teglise abbatiale de la Sainte-Trinité de la Luzerne (i).
XXVI. Richard III, archidiacre de Coàtances fut élevé en la chaire episcopale d'Avranches la même année 1 171 (2). En Tan 1 172, Henry II, roy-duc, vint à Pontorson ob il demeura quelque temps, à dessein de passer en Bretagne, mais le vicomte de Lion le vint trouver pour luy faire satisfaction, incontinent après son départ, Pontorson fut brûlé. De Pontorson, Henry II vint à Avranches, oti il trouva un Concile assemblé (3) qui le remit de rechef à la communion de l'Eglise, quoy qu'il eut receu déjà absolution de son sacrilège parles légats. On montre
(t) Les religieux gravèrent sur sa tombe cette inscription :
Hicjacet Achardus episcopus, cujus Caritate dilata est nostra paupertas.
Robert Cenalis dit de lui :
Anglia me genuit, docuit me Gallia^ le gis Doctorem tenuit illa patremque gregis
Pontiftcem faciens^fecit Normanniaftnem ; Hœc tulit, extulit fuec, abstulit hœc hominem,
(a) Richard, évêque d'Avranches, Gallia christiana, XI, 578. On possède aux archives de la Manche, fonds de l'abbaye de la Luzerne, un sceau ogival en cuvette de 67 millimètres. M. Demay, dans YInventaire des sceaux de la Normandie en donne la description suivante : Evêque debout, revêtu de l'aube, de la dalmatique et de la chasuble en manipule, mitre, crosse, bénissant avec l'inscription suivante : f Richard : Dei : Gra : Abrincensis : Epc. M. Demay en donne d'ailleurs la photographie.
(3) Dom Bessin. Concilia Rotomagensis provinciœ. An 1/72 : Concilium Abrincense in quo Rex Henricus pur gat publiée innocentiam suam morte 5. Thomas Cantuariensis et a Legatis Apostolicis
absolvitur Charta absolutionis Domini régis Décréta per
Theoduinwn etAlbertum Cardinalem apud Abrincas promulgata..., p. 84, 85, 86, 87.
encore au dehors de la porte Saint-André, une pierre sur laquelle (i) il se prosterna par deux fois. En 1173, Henry II et Henry III, père et fils, allèrent à Savigney, puis firent leur entrée à Avranches, oti Richard, evéque du lieu les receut. Le 19 mars 1 178 (2) fut dédiée Peglise du Bec par Rotrou, archevêque de Rouen, assisté de Richard, evéque d' Avranches, et Gilles, evêqued'Evreux ; en II 81 y Henry, evéque de Bayeux, dédia Teglise du Vœu (3), assisté de Richard, evéque d*" Avranches, en présence d^Henri II, et en l'an 11 83 (4), il mourut et fut fort regretté à cause de ses vertus, et particulièrement de la pureté et chasteté qu^il conserva toute sa vie avec tant d^integrité qu'il n^auroit pas souffert la moindre parole moins honnête, il étoit aussi fort docte, tant en théologie qu^au droit : il excellait en Tune et l'autre science; ce qui luy acquit un tel crédit, que le pape Alexandre III luy députa commission, dès le temps qu^il n^etoit encore qu^archidiacre de Coûtances, pour décider en dernier ressort un procez meu entre Tabbé de Saint-Vincent de Senlis, et un nommé Garnier, prêtre, touchant Peglise de Marins; cette cause étoit et difficile et de conséquence, attendu Pintervention qui y avoit été faite par Tevéque d^Auxerre, et par les abbez de Sainte^eneviefve, de
(i) Actuellement, on conserve encore, tout près de la sous-préfecture d' Avranches, une pierre ftur laquelle se serait agenouillé HenrllI.Une inscription rappellele grand événement du 2a mai 1 172.
(2) Quatrième dimanche de carême.
(3) Abbaye du Valasse, au diocèse de Rouen. L'église était dédiée à Notre-Dame-du-Vœu.
(4) Les auteurs de la Gallia christiana placent la mort de Richard au 29 juillet 1182. Voici l'éloge qu'en fait Robert deTorigni : Obiit pater noster Richardus, AMncensis episcopus, vir magnœ litteraturœ tam sœcularis quant divinas, morum honestate virgo ah utero laudandus, tome 11, p. 118^
Saint- Victor, d'Ange, et de Mortemer; on voit cette affaire traitée dans une des epitres d'Arnaud de Chartres adressée au pape Alexandre, il avoit aussi assisté en 1 177 (i), à réiection de Roland, archevêque de Dol, auparavant grand doyen d'Avranches (2), il fut élevé de la dignité decanale à Parchiepiscopale à cause de ses mérites; ilétoit recommandable à cause de sa science et de sa bonté, par laquelle il gagnoit tous les cœurs. Henry, evéque de Bayeux assista à son élection avec Robert, abbé du Mont. Richard, evêque d'Avranches le consacra, son élection causa des mouvements bien divers dans l'esprit de ceux d'Avranches, la tristesse les saisissoit de se voir privez d'une personne qu'ils aymoient tant, la joye leur dilattoit le cœur de voir un des ecclésiastiques de leur ville digne de Tepiscopat; mais ils ne pouvoit remplir cette haute dignité qu'en les abandonnant. Enfin il fallut les quitter pour répondre à la vocation de Dieu, et on vid quelques jours l'église cathédrale presque déserte, à cause que Richard, evéque, étoit allé le conduire en son siège, et Messieurs les chanoines qui aymoient la vertu de cet illustre doyen, qui concouroit avec son prélat à la consolation de tout leur corps, allèrent tous luy faire compagnie jusques en
(1) In festivitate Sancti Martini, (11 nov. 1177), canonici Dolen' ses elegerunt in archiepiscopum Rollandum, decanum Abrincensem, virum religiosum et litteratum ; cui electioni interjuerunt Henricus Baiocensis et Richardus Ahrincensis episcopi, et Roberius abbas de Monte, et multi viri relligiosi, Robzrt de Torigni, p. 72, tome II. — Roland était d'origine italienne et doyen d'Avranches dès ii63.
(2) A la bibliothèque de Rouen, on conserve encore le sceau de Roland. Il représente un personnage à mi-corps, tête nue, tenant un