XLI. Jean Haut-Frine V (3), que les autres appellent
{i) Johannes de Musca passus est sibi refragantem Johannem Tesson, rectorem ecclesiœ de Godofridd : Robert Cenalis. — D*après Guérin^ ses armoiries étaient : dta:{ur, à trois gantelets ou trois mains armées de gantelets d'or 2. i , — La Godefroy, paroisse voisine d'Âvranches, commune aujourd'hui de 200 habitants.
(a) Cet évéque était destiné aux procès, car l'abbé Desrues nous dit qu'il c plaida contre les seigneurs pour les poissons de la grève, et pour les bestes rousses de la foret de Lande pourrie et pour les franchises d'icelle. » Description de la France, p. 35 1.
(5) Léopold Delisle. Actes concernant les évéques de Coutances et d^Avranches conservés dans les collections de Gaignières. Saînt-LÔ, i8g3.
AustrieQy qui avoit été grand vicaire du diocèse, et avoit gouverné Fevéché pendant que Jean de Vienne le tenoit dès l^année i339, commença à le gouverner en chef, incontinent que son prédécesseur eut été transféré ailleurs. Cétoit un homme qui sMtoit acquis un grand crédit et une authorité puissante. Toutes sortes de personnes le respeaoient, Paymoiçnt et llionoroient. Il sçavoit manier avec une adresse admirable toutes sortes d^affaires. C'est pourquoy la province de Normandie se trouvant en ce temps extraordinairement surchargée, tous les notables de la province, tant ecclésiastiques, nobles^ que du tiersetat, étant assemblés pour délibérer, tant des affaires du temps, que de celles qui regardoient les immunités et privilèges de PEglîse et noblesse, députèrent pour aller faire leurs très humbles remontrances à Sa Majesté trois des plus illustres prélats de ce temps; sçavoir Pierre Roger, archevêque de Rouen (i), qui fut incontinent après éleu pape et gouverna toute l'Eglise avec approbation sous le nom de Clément VI, après avoir gouverné celle de Rouen avec un zèle prudent, le second fut Guillaume Bertrand, evéque de Bayeux et le troisième fut Jean Âustrien {2) ou Haut-Frine, evéque d'Avranches, lequel avec les autres conduisit l'affaire avec tant de prudence que nonobstant la difficulté et la résistance qu'on leur fist, ils obtinrent plainement l'effet de leur requeste, non seulement en ce qui regardoit les ecclésiastiques et les nobles, ce qu'on leur accorda plus librement, mais encore en ce qui touchoit l'interest des peuples. Il dédia l'église
(i) Pierre Roger, moine de la Chaise-Oieu, abbé de Fécamp, évêque d'Arras, ensuite de Soisaons, et archevêque de Rouen en i33o.
(a) Guillaume Bertrand, evéque de Noyon. U fut transféré à Bayeux en i337. Dix ans plus tard, il devenait évêque de Beauvais.
abbatialle du Bec-Hellofien le i5 septembre 1342, en présence de Guillaume, evéque de' Lysieux, de Jean, evéque de Papie^ et de plusieurs abbés et autres ecclésiastiques considérables, et de tous les grands de la province. Le grand autel fut dédié à la Sainte Vierge, et les autres consacrés sous l'invocation de divers saints, et ce fut la troisième fois que cette église fut consacrée. Enfin ce prélat après avoir fait mille belles actions qui le feront vivre à tous les siècles à venir ; il en alla recevoir la recompense de Dieu Tan i358, le quatrième jour de may. Son corps receut Phonneur de la sépulture dans Peglise abbatialle de Saint-Ouen de Rouen, où il attend la résurrection générale (i), et son âmealla rendrecomtede vingtsept ans de gouvernement au diocèse d^Avranches; ce fut pendant son episcopat que Jean, chanoine et trésorier de Peglise cathédrale d^Avranches, fut créé cardinal, diacre du titre de Saint-George ad vélum aureum. Ses mérites et sa vertu luy acquirent cette dignité; il est fort parlé de luy dans Thistoire des Cardinaux; ce fut aussi pendant quMl étoit evéque que mourut au Mont-Saint- Michel Jean de la Porte qui en étoit abbé, homme grandement recommandable à cause du zèle qu'il a toujours eu pour la discipline régulière; il voulut être enterré en la chapelle de Saint-Jean-FEvangeliste, quMl avoit fait bâtir dans Taile de son église, vers le midy.
De gueulles au sautoir de vair.
XLII. Foulques Bardol, de la maison du Plessis Bardoul, au diocèse de Rennes en la province de Bretagne, étant doyen de Teglise cathédrale d'Angers, fut créé
(i) Autel des Saintes- Reliques, autrefois de saint André, patron du diocèse d'Avranches.
evéque d^Avranches Tan ï358. Nicolas Le Vitrier, abbé et originaire du Mont-Saint^-Michel, en fut établi gouverneur par le Roy, qui connaissoit sa fidélité, avec pouvoir de choisir tel lieutenant qu'il voudroit : mais pendant le grand bruit des armes, la discipline religieuse se diminua beaucoup en son abbaye. Foulques Bardoul mourut environ Tan \3yS.
De gueulles au portai d^or.
XLIII. Robert de la Porte, natif de Caen, succéda à Foulques Bardoul, il étoit docteur et professeur en droit canon, sçavant en toutes scienceSy conseiller du roy de Navarre, homme d'une grande intelligence et fon respecté des Grands : le roy de Navarre rétablit exécuteur de son testament et de toutes ses dernières volontés, comme il se voit par Pacte testamentaire, donné à Pampelune le dernier novembre Pan 1376. Il mourut trois ans après, sçavoir Pan 1379.
De gueulles à la croix fleuronnée d'or.
XLIV. Laurens de la Faye, originaire de Tours, fut nommé à Tevêché de Bayeux, puis vint gouverner celuy d'Avranches onze ans, sçavoir depuis l'an 1379, jusques à Fan 1390 quUl mourut : il assista à la translation de Saint-Vincent Ferrier à Vannes (i), où il fut présent à l'ouverture de son tombeau et à l'élévation de ses saintes reliques; en ce temps Gefiroy de Servon étoit abbé du Mont-Saint-Michel, natif de la maison de Servon en ce diocèse, ce fut luy qui obtint du Roy, que personne n'entreroit dans le Mont-Saint-Michel, s'il ne laissoit ses armes à la porte, obligeant à mettre bas toute
• (i) 11 y a une erreur en ce qui concerne saint Vincent Ferrier,
Ce saint mourut en I4I9«
sorte d^annes, jusques aux couteaux : il obligea les hommes vassdux de Tabbaye de comparestre au Mont, le jour Sai'nt-Mîchel, et d^envoyer des soldats à la garde de son église, et commença tout Tordre de milice qui s'y observe, et mourut le 28 février 1 386. Laurens de La Faye mourut subitement auprès de sa porte.
D e gueulles à une croix neillée d'or, chargée cTune coquille de sable, accompagnée de quatre merlettes de même.
XLV. Jean de Saint-Avit VI (i), natif de Chateau- Dun, au diocèse de Chartres, fut evêque d'Avranches (2) quarante-neuf ans, ce fut un prélat religieux, observateur de la majesté episcopale et défenseur intègre de tous les droits qu'il croyoitétre deusàcette haute dignité. Pendant son siège, Pierre Le Roy (3), du diocèse de Coutances (4), abbé de Saint-Taurin d'Evreux et de Lessay (5), fut abbé du Mont, où il établit étroitement la discipline régulière, enrichit son église de riches ornements, fit professer les sciences chez ses religieux, et faisoit une grande estime des gens sçavans, c'étoit un
(i) Ch. de Beaurepaire, Note sur Jean de Saint-Avit, évêque d'Avranches. Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine- Inférieure, tome IX, p. 88 à 99.
(2) Nommé évêque le 8 octobre 1391. On conserve, aux Archives de la Manche, le sceau de Jean de Saint-Avit ; malheureusement la légende est détruite. M. Demay en donne la description dans Vinventaire sur les sceaux de Normandie^ p. a 34. — Sous Tépiscopat de Jean de Saint-Avit fut rédigé le Liber Albus seu Liber Ponti* ficalis, qui est, malheureusement, perdu.
(3) Voir réloge de Pierre Le Roy, par dom Huynes : Histoire générale du MonUSaint-Michel, tome I, p. 189 à iq5.
(4) Né à Orval, commune du canton de Montmartin (Manche).
(5) Lessay, aujourd'hui chef-lieu de canton de Tarrondissement de Coutances, avait autrefois une abbaye de Bénédictins.
homme accomply en toute sortes de sciences, tant divines qu^humaines, il receut Charles VI, roy de France, au Mont-Saint-Michel, qui le fist gouverneur du Mont, et ayant reconneu sa prudence et son esprit, il Tappela à la Cour pour s^en servir : il l'envoya en ambassade à Rome, en Hongrie, en Aragon et en Angleterre, il fut au Concile de Pise, il travailla fort à Pelection d^ Alexandre III, qui le fit son référendaire. Jean XXIII luy continua cette charge, enfin il mourut à Boulogne (i), après avoir été vingt-quatre ans abbé, pendant lequel temps il a avancé la gloire de Dieu et le bien de son église infatigablement ; il fit faire les chaires du chœur du Mont-Saint-Michel, oii il fit mettre ses armoiries (2), ce que personne n^avoit encore fait, qui sont d^argent au chef de gueulles, chargées d^un lion d^or : au mois de juillet Tan 1442 (3), mourut Jean de Saint-Avit, son corps fut enseveli à Rouen, en Pabbaye de Saint-Oûen (4), Le pape Benoist III ayant condamné les Carmes de Dol à démolir leur couvent, d^autant qu^ils Tavoient bâti sans y appeler le Chapitre et recteurs de Dol, adressa un mandat à Tofficiat d^Avranches, etc., pour en poursuivre Texecution, il est datte des ides de novembre de l'an 1406.