‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 2)Chapitre 2 sur 34 · III · texte numérisé non relu

III

34 IfiLANGES SGIBNTiriQUSa ET LITTSEAIRES^

prooès de Galilée. Je do pouvais puiser & une meilleure source. Car tous les embarras, tous les périls, auxquels il se trouva alor^ exposé, se voient, dans cette correspondance, officiellement suivis, et racontés sans réticences, avec le tendre intérêt d'un ami en position de les bien connaître, qui employait chaleureusemeo: son crédit & les prévenir, les détourner, ou en adoucir les conséquences. Si, contre toute apparence, Galilée avait été gouniiâ à des tortures corporelles, Niccolini s'en serait aperçu; il Taurait écrit à Florence, et s'en serait hautement plaint au pape, comme d'une inattendue et violente injure faite au grand- duc, dans la personne d'un de ses serviteurs, auquel on le savait particulièrement affectionné. Ne trouvant donc, dans les faits extérieurs, aucun indice, aucun vestige, de cette inutile cruauté, qui aurait été, en outre, souverainement impolitique, il ne nous reste plus qu'à connaître les scènes intérieures de ce drame, c'est-àdire, à savoir ce qui s'est passé dans les séances secrètes» où Galilée fut examiné par les commissaires du Saint-Office. Or, les interrogations qu'on lui adressa, les réponses qu'il y fit, ses excuses, ses désaveux, ses soumissions définitives, se voient aujourd'hui imprimés, d'après les registres mêmes de ce tribunal, dans l'ouvrage de Monsignor Marino-Marini, intitulé : Galileo e Vinquisizione, qui a paru à Rome en 4850. Je n'aurai donc qu'à les en extraire.

Les interrogatoires subis par Galilée sont au nombre de quatre. Les deux premiers eurent lieu le 43 et le 30 avril 4633, pendant sa première détention au palais du Saint-Office, où il n'éprouva d'autre rigueur que de n'en pouvoir sortir. Le troisième, en date du 10 mai, ne l'empêcha point de continuer à résider chez l'ambassadeur. Le quatrième et dernier eut lieu le S4 juin; Ce fut à la suite de celui-ci qu'on lui déclara sa condamnation, et qu'il dut faire le lendemain 22 son abjuration publique. Nous allons nous j transporter successivement à ces quatre séances du tribunal, dont Monsignor Marino-Marini nous rapporte les procès- verbaux.

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Dans tous, nous diMl, les interrogations faites par les com* missaires sont exprimées en latin, les réponses en langue vulgaire. Monsignor Marini nous donne les premières, traduites sous la même forme. Cette transformation est regrettable. La traduction des pièces d*ùne procédure, a toujours moins d'autorité que les originaux. Ici nous serons forcés de nous en contenter.

La première séance, celle du 43 avril, s'ouvre, suivant la forme de Jurisprudence particulière à ce redoutable tribunal, qui veut que Tinculpé s'accuse lui-même. Le commissaire demande d'abord à Galilée s'il sait, pour quelle cause il a été mandé à Rome. Â cela il répond : « Je m*imaglne que c'est pour rendre compte du € livre que j'ai dernièrement publié. J'en ai jugé ainsi, d'après « ce que, peu de jours avant qu'il me fût ordonné de venir à « Rome, on enjoignit au libraire ainsi qu'à moi , de ne plus € mettre ce livre à la disposition dû public, et, qu'en outre, le « libraire reçut l'ordre d'en envoyer l'original à Rome, au Saint- « Office, » Étant provoqué à dire, quel est le livre, pour lequel il s'imagine lui avoir été enjoint de venir à Rome, il répond : « C'est « un livre écrit on dialogues qui traite de la constitution du « monde, des deux grands systèmes (astronomiques], de l'arran- € gement du ciel, et des éléments. » Lui étant montré un livre intitulé : tDialogo di Galileo Galilei, Linceo, etc., imprimé à FI o- « rence en 4632, il le reconnaît pour sien, et composé par lui « depuis dix ou douze ans, dont il y en a employé, quoique non « pascontinuement, sept ou huit.» 11 parle ensuite de l'intimation qui lui avaitété faite par le cardinal Bellarmino, en 4646, laquelle il n'avait pas cru nécessaire de m'entionner au 'maître du sacré palais, en lui demandant l'autorisation d'imprimer son livre. « N'ayant, dit-il, dans ce même livre, ni tenu, ni défendu l'opi- « nion de la mobilité de la terre et de la stabilité du soleil; « ayant même démontré l'opinion contraire, et que les raisonne- « ments de Copernic sont sans force et non concluants [sono

« invcUidienonconclUdenti). » Ainsi finit le premier interrogatoire que Galilée confirma de sa signature :

Moiy Galileo Galilei, ai déposé comme ci-dessus .

J*ai tiré, mot pour mot, ce passage du livre de Monseigneur If afini, pages 426, 437. On voit qu^il n'y donne pas le texte môme, mais un simple extrait de Tinterrogatoire. En cela il a eu, selon moi, un grand tort. Car, non-seulement il manque à la condition d'entière publicité qui avait été acceptée, mais encore il porte préjudice à la vérité que Rome avait tant d'intérêt à mettre au jour. En effet, tout son livre est empreint d'un tel sentiment de malveillance si continu et si aigre, contre le malheureux Galilée, qu'il semblerait, en vérité, s'être proposé, non pas d'exposer avec sincérité les circonstances de son procès, mais plutôt de le lai refaire, pire qu'il n'avait été alors. De sorte que l'ardeur de sa passion rendant son témoignage justement suspect, on pourrait croire qu*il aurait volontiers dissimulé des violences corporelles, s'il y en avait eu d'exercées. Heureusement, nous avons tiré d'ailleurs, des preuves indubitables, qu'on ne s'est pas porté à de tels excès. Ainsi nous pourrons profiter sans crainte , des détails de ces scènes intérieures, que Monsignor Marini a bien voulu nous laisser voir.

La deuxième séance tenue par les commissaires instructeurs eut lieu le 30 avril. D'après ce que Monsignor Harini en rapporte à la page 429 de son ouvrage, elle aurait été entièrement ou presque entièrement remplie par un long discours de Galilée, où il confesse humblement ne s'être peut-être pas assez strictement conformé à la défense que le Saint-Office lui avait faite autrefois de soutenir et d'enseigner, quovis modo, l'opinion déjà condamnée de la mobilité de la terre et de la stabilité du soleil ; ce qu'il rejette sur le penchant naturel qu'on a, en écrivant des

dialogues, < à faire parler chaque personnage avec toute la force « et la subtilité imaginables en faveur de l'opinion qu*on lui at* « tribue. Ainsi, dit-il, en revoyant aujourd'hui mon livre, comme

< un ouvrage qui me serait étranger, je reconnais m*étre laissé « quelquefois emporter „ par un sentiment de vaine gloire , à

< mettre dans la bouche de Tadversaû^e (le partisan de Copernic) « que je voulais réfuter, des arguments si vifs et vigoureux, qu'un « lecteur non prévenu, pourrait bien ne pas les tenir pour faibles « et facilement récusables, comme je les croyais, et les croîs en- « core... Si j'avais à écrire aujourd'hui les mêmes arguments, je « suis bien assuré que je les écrirais de telle manière, qu'ils ne « présenteraient' plus cette apparence de force , dont ils sont « essentiellement et réellement dépourvus... » Puis, revenant sur ca thème, à la fin de la séance, « si l'on voulait bien, ajoute-t-il, « me donner l'occasion et le temps de montrer que je n'ai jamais « tenu, ni ne tiens pour vraie l'opinion condamnée de la mobilité « de la terre et de l'immobilité du soleil, j'ajouterais aisément à « mes dialogues deux nouvelles journées, où je promets de re- « prendre les arguments déjà présentés en faveur de cette opi* « nion fausse et damnable,*pour les réfuter avec toute la force < que le bon Dieu me pourrait donner... » L'infortuné espérait vainement que cette condescendance simulée pourrait le soustraire au péril où le mettait l'accusation d'avoir désobéi au Saint- OfiBce. La haine de ses ennemis était trop clairvoyante pour se laisser tromper à ces apparences. Mais que penser de Monsignor Marini qui, à la suite de ce discours, prend soin de faire remarquer que les[raisons alléguées par Galilée, pour se justifier, sont tout à fait insuffisantes ?

Après la séance du 30 avril, Galilée est reconduit chez l'ambassadeur, sous la condition expresse de n'avoir aucun commerce avec des personnes étrangères à l'ambassade {de non traciando cum aliis quam cum familiaribus et domesticis iUiuspalatn\ et de se représenter en personne au Saint-OflSce, quand il y serait

mandé*. On Ty appela effectivement le 40 mai, pour lui signifler de se tenir prêt, dans le terme de huit jours, à présenter ses défenses, si quas facere trult aut intendit; car Monsigfior Marin i se montre très-scrupuleux à citer le texte latin , pour des choses de nulle importance. A cela Galilée répond: « J'ai entendu ce que « Votre Révérence vient de dire; et en réponse, pour ma défense, « c'est-à-dire, pour montrer la sincérité et la pureté de mes inten* «tions, sans prétendre m'ei^cuser complètement d*étre tombé « dans quelque excès, je lui remots l'écrit ci-joint, accompagné € d'une attestation signée du cardinal Bellarmino, m'en rappor- « tant d'ailleurs en tout, et pour tout, à la bonté et à la clémence

« de ce tribunal. » Alors, après lui avoir fait apposer sa signature au procès-verbal de cette séance, on le renvoya chez l'ambassadeur ; et habita ejus auecriptione , fuit remisêM ad domum supradicti oratoris serenissimi tnagni ducis. Voilà encore une de ces phrases peu compromettantes, pour lesquelles Monsignor Marini se ferait scrupule de ne pas citer le texte latin» ce qui, apparemment, a dispensé sa conscience, de nous le donner pour beaucoup d'autres, qui nous auraient paru bien plus importantes. Par les passages de cet écrit de Galilée que Monsignor Marini rapporte, on voit, qu'en substance, il s'y efforce d'atténuer le tort qu'on lui reprochait de n'avoir pas fait connaître au maître du sacré palais, quand il vint lui demander l'autorisation d'ini«primer son livre, la signification expresse de ne plus soutenir, ni quoms modo docerey le système de Copernic, que le cardinal Bellarmino lui avait adressée par écrit, en h 6f 6. Cette réticence, dit-il, ne doit pas être imputée à mauvaise intention; elle n'a été que l'effet d'une inadvertance, d'un manque de mémoire, d'autres motifs tout aussi plausibles. Mais Monsignor Marini ne se laisse pas prendre à ces apparences. Il s'applique à prouver que Galilée avait sciemment désobéi aux ordres du Saint-OfiSce, et

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il ne se montre nullement disposé b Tabsoudre mr Vintention. Ce fut en effet, sur ce chef périlleux de l'intention , que porta le quatrième et dernier interrogatoire du 94 juin 4 639 , à la suite duquel Galilée fut condamnée Le pape en avait ordonné ainsi» par un décret spécial daté du 4 6 juin, qùeMonsignor Harini a trouvé mentionné au procès, dans ces termes : Sanetifiimus mandamt ipsum interrogandum esse super intèntione. Vraisemblablement, cette détermination fut le résultat de conférences dans lesquelles la congrégation de cardinaux, instituée pour juger la cause, eut entendu et discuté les rapports des commissaires instructeurs. Mais, Monsignor Marini ne nous révèle point ces mystères. Il ne donne même qu*un maigre extrait de cet interro-gatoire si important. Voici comme il le résume, page 64 : Galilée étant mis en présence des officiers [officiali) de l'Inquisition, il lui est demandé, s*il tient, ou a tenu, etdepuis quel temps, 11 aurait tenu (pour vraie] Fopinion de Copernic? A cela il répond : « Autrefois, € c*e8t-&-dire, avant la décision portée par la sacrée congrégation « de l'index, et avant qu'il m'eût été fait aucune injonction à ce « sujet, je restais. indifférent, et je tenais les deux opinions, de « Ptolémée et de Copernic, pour disputables, parce que, l'une et « l'autre pouvaient être vraies en fait (in natura), Mais, depuis « que la décision susdite, a été établie par la prudence des auto* « rites supérieures, toute ambiguité a cessé dans mon esprit ; et « j'ai tenu, comme je tiens, pourtrès-vraie et indubitable, l'opinion « de Ptolémée, c'est-à-dire Fimmobilité de la terre et la mobilité « du soleil. » Alors, lui étant opposé, comme présumable, que, depuis Tépoque Indiquée, il aurait suivi encore la doctrine condamnée, ayant imprimé le livre des dialogues, sur quoi il ait à dire librement la vérité, s'il la suit encore, il répond : « Quant « au livre des dialogues, je ne me suis pas mis à l'écrire, par la

* Pour ridentification de cette date, voyei plusbaat la dépèche de NiccoiiDÎ, du 2e JniD 1638.

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« raison que je tieDoe pour vraie Topinion copemicienne ; mais « seulement, dans la croyance d^être utile au publiCi j*ai exi>osé « les raisons naturelles, et astronomiques, qui peuvent être pro- « duites pour celle-là ou pour celle de Ptolémée ; mlngéaiant à « montrer comment, ni les unes, ni les autres, pas plus du côté « de la première que de la seconde, elles n'ont la force d*argu* « ments démonstratifs; et conséquemmeht que, pour procéder « avec sûreté, il faut recourir à la détermination tirée de doctrines « plus $u1}limes, ainsi qu'on le voit manifestement dans beaucoup « d'endroits des dialogues. D'où je conclus que depuis ladite dé « termination venue des autorités supérieures, je n'ai tenu, ni ne < tiens, l'opinion condamnée. » Mais sur cela, il lui fut dit, que, même d'après le livre précité, et d'après les raisons qu'on y voit apportées en faveur de la partie aflSrmative, c'est-à-dire que la terre se meut et le soleil reste immobile, il se trouve sous la présomption d'avoir suivi le système de Copernic, ou du moins de l'avoir suivi quand il lui en fut fait la défense : qu'en conséquence, il se résolve à confesser la vérité, parce que faute de le faire, devenielur contra ipsum ad remédia juris et facii opporiuna, page 62 ; ou, page 59, suivant une autre version plus explicite, alias devenietur ad torturam. Sous l'effroi de cette menace, l'infortuné répond : « Je ne tiens pas , et je n'ai pas « tenu cette opinion de Copernic , depuis que l'on m'a signifié « l'ordre de l'abandonner. AusurplutS^ je me trouve ici datus « vos mains , faites de moi ce que vous voudrez. Je suis ici « pour faire ma soumission {perfar obedienzia], je n'ai pas tenu « cette opinion depuis qu'elle a été condamnée. » Là, dit Monsignor Marini, se termine ce quatrième et dernier acte de* son procès. Après quoi les commissaires ajoutent : et cum nihil aliud posset haberij remissus fuit ad locum suum; c'est-à-dire au palais de Vambassadeur de Toscane^ suivant l'interprétation de Monseigneur Marini.

J'éloigne, pour un moment, les réflexions que ce document

suggère. Je ne veux d'abord qu*en fixer la valeur. L'interprétation que Monsignor Harini donne de la dernière phrase, dit plus que le texte; et ce plus, est à la {ois sans vraisemblance et sans vérité. Les deux mots, locum SHum, peuvent tout aussi bien désigner le * logement qui avait été assigné à Galilée dans les appartements du Saint-Office, que le palais de l'ambassadeur, oà, après les premiers interrogatoires, il lui avait été permis de se tenir, en attendant qu'il fût appelé de nouveau pour être définitivement examiné et jugé. Ce dernier examen eut lieu dans la séance du 21 juin. Le délibéré du jugement dut immédiatement suivre. Car la sentence de condamnation lui fut signifiée le lendemain 22 ; et il fut conduit, ce même jour, à l'église de la Minerve, pour y faire publiquement l'abjuration qui lui était imposée. N'est-il pas bien naturel, qu'entre ces deux actes consécutifs, et si proches, on l'ait gardé au Saint-Office, plutôt que de le renvoyer en liberté chez l'ambassadeur, d'où il aurait dû revenir après quelques heures, pour entendre prononcer son jugement, et accomplir la formalité pénale qui en était la conséquence? Mais, qu'est-il be-. soin d'alléguer des vraisemblances? L'alternative est décidée par la dépêche de l'ambassadeur, en date du 26 juin, que j'ai rapportée plus haut. Car il y est formellement dit, qu'après la séance du 21 juin, Galilée resta détenu au Saint-Office, et fut conduit le lendemain à la Minerva.

Je suis persuadé que Monsignor Marini a donné cette légère entorse à la vérité, dans la bonne intention de s'en faire un argument décisif, pour démontrer que Galilée n'a pas été mis à la torture. Car, à la page 61 de son livre, il en tire précisément cette conséquence favorable, en ^présentant d'avance, comme un fait, ce qui, à la fin de la page suivante, se trouvera n'être qu'une affirmation fausse, prêtée par lui au texte, qui ne la contient pas ^

* Voici les propres paroles de Monsignor Marini, page 61, qu*il fait senrir de préambule à ce quatrième et dernier interrogatoire du 21 Juin, dans lequel

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La portion de ce dernier interrogatoire, qui a été transcrite par Honsignor Marini , constate positivement que Galilée a été menacé de la toriwe. Elle ne dit rien dç plus. Heureusement, nous avons démontré, à posteriori, par des preuves certaines, quUl n'a pas été matériellement torturé. Tenons*-nous*«n à oetle conclusion, et ne la laissons pas vicier, en y associant l'argument faux de Monsignor Marini. On perd les meilleures causes, quand on altère les faits, ou que Ton corrompt le sens des textes» pour les défendre.

Un autre trait compromettant pour la véracité de Honsignor Marini, ce sont les deux énoncés dissemblables de cette menace, qu*îl cite, à trois pages de distance , comme également transcrits du texte original. De ces deux versions, laquelle est vraie, laquelle fausse? ou seraient^Ues fausses toutes deux? On ne peut le ; savoir. Monsignor Marini affecte de citer littéralement le texte latin, pour des phrases de nulle importance. Comment ce scrupule Ta-t-il exceptionnellement abandonné pour celle-ci, la plus importante de tout le procès f

Non ! Oalilée ne fut pas alors physiquement torturé dans sa personne. Mais quelle affreuse torture morale ne dut-il pas souffrir, quand, sous la terrible menace des supplices et des cachots, il se vit misérablement contraint h se parjurer contra luimême ; à renier les immortelles conséquences de ses découvertes,

Galilée fut examiné « super intentiane.,, Una proya, convincentissima, ch*egU « a cagione di esso non tu martoriato^ dallo stesso esame si rileva, poiche noo « fa costretto di altfo aggiungere a quello che apontanemeate avea coofesaato, « ma liàeramente dimesso e rimandaio al palazzo deW ambasciatore Toscano. > Or le fait énoncé dans ce dernier membre de phrase, est positivement démenti par Tambassadeur lui-même qui , dans sa dépèche du 26 Juin 1633, écrit à sa cour x « U signer Galilei fu chiamato lunedi sera al S. Ufficio, ove « si transferi martedi mattina confprme ail' ordine, per sentire quel che potes- « sero desiderare da lui^ ed essendo stato ritenuto, fu condotto mercoledi allt « Minerva, avanti alli signori cardjnali e prelati délia congregazione, dore « non Bolamente gli fu letta la sentenza, ma fatto anche abjurare le sua opi- • nione. » (F., IX, p. khk et ft&5») Mous avons plus haut retrouvé les dates des trois jours, désignés ici par leurs noms seuls.

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à déclarer yrai ce qu'il croyait faux, et à faire serment de ne plus soutenir désormais ce qu'il croyait la vérité! Comprend^n bien les angoisses de ce martyre : les amertumes dont cette intelligence d'élite fut abreufée? Et Ton ne proscrivit pas seulement ses penîées d'autrefois ; on s'efforça de les ^chaîner pour toujours. Depuis c^tte époque fatale de 4 633 jusqu'à sa mort, arrivée le 8 janvier 1642, c*est«à-dire, pendant les neuf dernières années de sa vie, le malheureux Galilée resta dans un état de suspîcion sourde , et de surveillance inquiète, dont la rigueur le poursuivit au delà in tombeau. Des théologiens fanatiques voulurent contester la Talidiié de son testament, et lui faire refuser la sépulture ecclésiastique, comme étant décédé sous le coup d*un ch&timent infligé par rinquisition. Mais ces odieuses tentatives furent judiciaire* ment repoussées, et Florence, sa patrie, n'eut point à rougir de s'être montrée infidèle envers la mémoire d'un si grand génie, qui loi avait fait tant d'honneur.

Voilà la vérité sur le procès de Galilée. La postérité, dans son im|)artiale justice, a interverti les rôles du persécuté et des persécuteurs. Mais, en honorant le génie et le malheur de Fun, sans absoudre les autres, elle ne doit ni exagérer les violences trop réellement exercées, ni taire ou dissimuler les provocations imprudentes qui les ont fait nâttre. C'est ce double jeu des passions humaines, que j'ai voulu mettre en évidence, dans l'événement que je viens de raconter.

De nos jours, au xix* siècle, la cour pontificale devra profondément regretter d*avoir confié la publication du procès de Galilée ^ Uonsignor Marini. Son livre est une compilation sans ordre ni méthode, rédigée dans un esprit de polémique ardente, qui, ^ulieu de persuader et de convaincre, par une exposition fidèle des faits et de leurs causes, s'engage imprudemment dans des récriminations périlleuses , où la partialité de l'écrivain pourrait rendre suspecte la fidélité du récit. Combien n'aurait-il pas été préférable pour les intérêts de la vérité* comme pour l'honneur

du Saint-Siège, que la confection d*une œuvre si importante eût été remise aux mains d'un personnage aussi savant, judicieux^ éclairé, que l'était le commissaire du Saint-OiBce, avec lequel j'eus l'honneur de m'entretenir , en 1825, dans les salons do Vatican ( Sans doute, des esprits de cette distinction sont rares; mais il n'est pas à croire qu'ils manquent aujourd'hui, à Rome. Celui-là connaissait bien mieux que moi le fond , et les particih larités du procès. Il était bien mieux instruit des intérêts et desi passions qui y concoururent, que je ne l'étais moi-même alors. Tout ce qu'il me dit des torts personnels de Galilée envers Urbain VIIT, et de la prise qu'ils donnèrent sur lui à ses ennemis, était parfaitement véritable. C'était réellement le nœud de l'affaire, que j'ignorais. En me l'indiquant avec une gracieuse aménité, comme il le fit, il usa envers moi d'une grande indulgence. Je saisis l'occasion de rendre cet hommage à sa mémoire. Il n'est jamais trop tard pour se montrer sincère et reconnaissant.

Pour compléter cette étude, je joins ici, en note, le texte original de la sentence portée contre Galilée , ainsi que la formule d'abjuration, qu'il prononça en conséquence, le tout ayant été rendu public par le tribunal de l'inquisition. Les considérants résument tous les griefs religieux que le tribunal pouvait ostensiblement alléguer contre Galilée. Il n'y est fait aucune mention des griefs particuliers à Urbain YIII, qui eurent cependant le plus d'efficacité pour envenimer sa cause, et le mettre en péril. On a répandu, comme un fait traditionnel, qu'après avoir abjuré, à genoux, la doctrine de la mobilité de la terre, il aurait impa-

tieinment murmuré, en se relevant, epur' si muof>e, et pourtant elle se meutl Mais, outre qu'aucun des personnages contemporains les mieux informés, ne lui attribuent ces paroles, ce que nous avons rapporté de ses aveux, et des renonciations; en apparence volontaires, sur lesquelles il fondait sa défense, éloignent toute idée, qu'il eût osé se jeter témérairement dans un pareil péril. Il devait se sentir trop heureux d'être sorli, sain et sauf,

les mains aies inquisiteurs, pour s'exposer à irriler de nouveau eur courroux, par qne vaine bravade. Ce e pur' si muove^ est m de ces mots de circonstance, inventés après coup, que la tralitioD adopte et rend célèbres, mais qui n*ont jamais été proloncés.

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