‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 12 sur 24 · P»KM 3S&-37S · texte numérisé non relu

P»KM 3S&-37S

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du pays, dans Ips ioteir^lles de tactps oà Von y imiùsui de gu^lqiie trapquiUiM. C'est en effet ce qui résulte des doenmqb TMueillis par H- Delisle; et celase voit trop bien par la mtplaisance avec JaimaUs Ffoissart racnDte les grands pillages ^ irouraient loujours k fairs. dans cette tnalheurense praviDGe, tu bandes armées anglMses oa fpançaises, uni venM^t tqnr i tsv l'envahir.

La maniàpe dQnt qh ganrematt les grands troitpeaux i)e MtH 'k laine est décrite dans le traité Hofa'. C'est la mfime qne l'sa i employée de tout temps, dans les paya où la rigueur dei \mn oblige de tenir alors les anîmaui Fenferm^s. I^s soins de labsrgerie se réduisaient h mettre en lots séparés ceux qui deriint recevoir une dose d'alimentation commune, ft leur doonw m bonne litière, il les entretenir sàebemeni, et ii les surveiller vm attention, pour isoler en tampa convenable ceux qui se trounini atteints de maladie. La nourriture d'biver se eooiposait de fi>ii , sec et de paille ; celle d'été se^trôuvait en abondance <tan« la prairies, les fondes, les terres décoarerlaf , et les forêts. L«s hit bis mères étaient en ^nde proportion exploitées pour leorltil, qui se consommait en nature, ou servait à foire des frooig»'- Ceta exigeait qu'on leur enlevU de bonne heure leurs agnetu, pour les livrer à la boucherie, comme cela se jHutique sKjeu^ d'hui dans nu provinces du njidi de la France. Gependtst <* élevait aussi des moutons, eastrata, maltonça, probablemesi» petit nombre, comme viande de luxe '. Las vieilles brsbis, « c^Iaa que l'on ne jugeait pas à propos de garder comme laitiMt. étaient mises, entr« Pâques et la Pentecéte, .dans des pUuragti clos on elles s'engraissaient promplement; et oq les veodiil pour la consommation k la Saint-Jean d'été, après avoir prit Ipir toison. Ce sont U les opérations naturelles, et pour ainsi dit

* Fleta, lib. n, cap. lxxh, De patlortbut,

* PUta, ibtd. Delisle, pige 340, note M ; p«ge 3&7, noie 13S \ pas* ^^ ■ Page S&O.

l|B(.iNQBS seiEIfTtPIQUBB KT LITTéKAlRES. 311 primitives, de l'éduc^tioii des bétei à laine dans on climat boréal Aussi les voit-on déjà di^crites dans le code des Gragas de l'Iilanâe, contrée poi^r le moins aussi sauvage, au ii* siècle, que le Paneoilirli et la Norwéga d'oïi les Normands étaient sortis ; et il étiJt da tODtfl nécessité qu'ils les connussent, puisqu'ils ne pouvaient avnjr de troupeaux dans leur ancienne patrie, qu'à' cette wndition. Un élal social plus iffGné, où les exigences du luxe et de l'industrie sont plus étendues. o(| la terre est moins libre et la pftturages oommuns moins abondants, fait naître l'art, qui iDppléa à ta natui^. Alors la cultivateur s'ingénie k préparer des DiHirnlnrei ^rtificieli^ ; & les f^ire consommer avec le plus d'a< TsnDige; àc))oisir, h fabriquer des mces d'animaux physiquenoit disposées pour l'engraissement, Qil distinguées par les WiîHi ppéciale^ de toison^ qup l'indqstrie réclame. On ne doit PM epnfoBdre cw iem phases successives de l'agriculture ; et )(. ûelisl^ qie semble le faire, quand il dit': i Ep lisant les rares I détail) qui nop^ sont parvenus sur l'éducation des bétes à laine I au pejen Age, on est tout surpris de trouver que les cultivateurs

< ite cptie Époque sientà. peu près connu, et pratiqué, tout caqui,

< ait xnii' et au xii' siècle, noua a été proposé comme innova-

• lion. • A la vérité, il s'antorise de oet que, en t90&, sous le fifn de Philippe-Auguste, un seigneur des environs de Caen, l^t, par testament à l'abbaye d'Ardenne, des brebis et des cbë- 1RI qu'il avait fait venir de Séville'. Hais. cet essai isolé, dont fJDipartance n'est pas indiquée, et dont on ne voit pas la suite. Ml loin de suffire pour légitimer la généralité de l'assertion.

U'cniture du blé, et des autres céréales, sur laquelle H. Delisie rapporte d'ailleurs des détails très-curieux, lui suggère une riHexioa du même genre, et non moins étrange*, t Un fait im-

* portant, dit-ii; et qui n'échappera pas à l'attention, c'est rét«(

' PigB asi.

■ Delurue, Eiurii hiuariqut* wr la vtU» de Caen, tome II, p. 139 et lOB, ' Priftce, pige il.

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312 MÉLANGES SCIENTiriQURS ET LITTERAIRES.

* slatiouDaire dans lequel notre agriculture est restée, deptm

< près de trois siècles. Presque toutes les pratiques que bous

< décrivons d'après nos cartulaires, sont encore aujourd'hui soi' c vies par DOS laboureurs ; tellement qu'un paysan du xm* siècle, c visiterait sans étonnement, beaucoup de nos fermes. * Ceti pourrait bien arriver à d'autres personnes qu'à des pajsamihi xiii* siècle, si elles ne savaient pas apprécier les détails de li culture. Dans une ferme normande , aujourd'hui comme m moyen ftge, on sème le blé d'hiver en automne, l'avoine au prialemps, et on les récolte dans la même saison qu'alors. On iabooFi de même, avec des chevaux ou avec des bœufs ; on a aussi àa oiseaux de basse cour, et du bétail pour faire des engrais. Hù, avec toutes ces conditions communes, et aujourd'hui mâme,eDlit une ferme bien tenue, et une mal tenue, la différence est grande, pour qui sait la voir. Elle consiste toute daus les détails. O » ront : des soins plus ou moins intelligents, donnés à la disp!» tion des étables, & l'aménagement'des fumiers, b leur emploi; un choix raisonné d'assolement, et de cultures tour k tour époisutts ou non épuisantes, selon la nature ou l'état du sol ; en un nol des méthodes, non des routines. H. Dellsle prouve que les ciliîvaleurs normands du moyen Age n'ignoraient pas l'utililé ^ amendements minéraux renfermés dans leur sol*. Ils employiini la marne blaneke, iéjk connue des Romains ; la manu noin, qui devait probablement sa couleur k un mélange de lignited de tourt)s; surtout la tangue, cette sorte de sable fertile, qui K trouve répandu en abondance sur la c41e occidentale du Cotatin*. Ce sont là sans doute d'excellentes pratiques^ dont l'ipi^'

< Delisle, pagm3as-S71.

> Lt «unie UomV est dd ulc&ire giUf, qui m fendille et m rtduit ep pM^ par l'efTet de la gelée. SoDTeotee colc^re eU argileux. Alonil wdjlitepi'l'' olternatiTes de sécheresse «t d'humidité, qui font gonfler et fendre l'argiic- 1' marnage a ainsi pour but, et pour résultat, de rendre K ta terre la dose de ehui et d'argile qui est la plus propre i la rendre Tertile. ConséqnemiiMat II fflSW Irès-charg^ d'argile convient i un m1 ealcwro; la marne trte-calcalre » »■

MiLAKOBS SCIBNTIFIQUSS KT LITTÉRAIRES. 913

eation devait être rendue bien pénible par le mauvais état des Toies de transports ; tel que, dans certaines localités, le service de corvée imposé aux paysans pour reptrer les foins du seigneur, devut, par stipulation expresse, s'effectuer avec des chars à quatre roues, attelés de seize, et même de vingt et un bœufs*. Mais ces procédés d'amélioration, propres au pays, devaient éti-e coanui des habitants qui l'avaient cultivé, bien avant les Noraands du xi* siècle. H. Delisle mentionne encore, et cite même textuellement, dans son appendice, des baux à termes, dont la dorée diverse est réglée sur les mêmes périodes de temps, qui tont encore assignées de nos jours h ce genre de transactions iaas les mêmes parties de la Normandie ; et, ce qui peut sembler eacore plus singulier, au premier coup d'oâl, les conventions ttipulées entre le propriétaire et le fermier, sont, dans leur entemble, toutes pareilles à celles qui se font aujourd'hui *. La rai- <0B en est que les intérêts des parties contractantes sont aujour* d'hui les mêmes qu'ils étaient alors ; qu'ils ne sont ni mieux, ni plus mal compris, des deux cêtés. Hais la différence des deux époques pourrait se manifester bien davantage, dans la perfecti(m Tdative des détails de la culture. Malheureusement, ces ■ctei De sont pas de nature h les faire connaître ; et l'on n'en peut juger que par des indices qui ne seraient guère sensibles qu'aux praticiens. En voici un pourtant qui semble assez clair. Nos cul-

mI «rgilcui, La manu meire est un c&lcairo mkrneai mélutgd de llgnit«a on de toartKi, qai ta lendenl émineniiiieiit IkTor&tde à la régétation. Celle* *« 1» Konoaadie devaient être analognea t eo qu'on appelle, en Picardie et '''W le Soissoooaf», de» ttnériirt*. La tmgiu est on détritos granitique, mêli! ^ ^ détritua do coquillei. Lea inlnérM» en décompaBition dans le dritrltns Fuittque, fourniBMnt l la Tégétation, dea alcalis. Le» dëbris de coqaitlei Touf "■■Ml de la chani et des pbospliates. La tangue est ain^ principalement con- 'n*Ue lux lerrain» argileux, surrout k ceux qui proiiannent de la dâeompo- •^i»» de» Khlatea, parce que dam ce» terrains il n'y a que très-peu d'alcalis, <tpH du tout de chaux.

' ÏWùla, page 76.

lU MBLAIfOËS SGlRrtTIPlQUHi KT Iittt JRAiilB8.

tivaleurs font sorcier letlrs blés bien avtiat l'épiage, éa PitaîH» dans le mois d'avril, quftod Ils sont enctire eb hetbi, pdrce qu'on peut alors j entrer saas letlr huire, et que les diauTalsfes plutn s'y motitrent déjà hora de terhe. AU tooyeil âge, d'aprts le biitt Fleta, et les textes normands cités par M; Delislé) on les àtinisait,' comme l'ivraie de l'Évangile, aoant là moistan, rersli SaiDt-Jean d'été*. Des femmes entraient alors dabs les bl^sd^jl épiés, et coupaient à \A faucille Iti eHatdonê^ let partlUt, ia yèblea, toutes les autres planleË Sauvages, après quoi on moimiiiiait. Or ces pratiques décèlent une agriculture peu soigheait H peu intelligente. Car d'abord il faut qtie les terres soieni bin sales, pour -qu'on y voie de pareilles plantée, dans It» blés, la outre, elles ont des ntcines pivotantes et vivaeei que la fattâUe ne détruit polat; et, en les coupant si tard, plusieurt aurantd^ infesté la terré de leilre graines. Enllti, il fallait que les tigei dn blés épiés, fussent bien écartées iei unes de« autres, pour que l'on pût ainsi passer entre elles sdns en rbbipre. On n'entrenii pas h pareille époque dans boa blés, sans y faire un grand dommage. De tout cela, on peut je crois conclure, sans faire tort n moyen Age, que notre bulture actuelle est mieux conduite, et plu raisonnée. Au reste, ce progrés est une conséquent» néctsnin des changements qui se sont opérés dans les conditionB Molle de la classe agricole, et de la nation tout entière.

Si le manque de grandes communications, et le mauvais èlil des chemins vicinaux, fais^enl obstacle à l'agriculture de cet» époque, en rendant les transports difBoiles et les relalioiu de vente peu étendues, le pailvre peuple tirait de là quelques sranlages. Excepté aux abords des villes, les vastes forêts qui couvraient alors ta Normandie, ne pouvaient pas, avec profit, éin mises en coupe, par les seigneurs qui les possédaient. C'est pour-

■ Pagu 307, letU

iiii vulgaire du n

qodi, ils &e«)tdaletit toleiiilërs atix paysans» pour tine faible redevanoe, l'autoHsatloli à'j prendre le bois Hécessalre & leur chaulTdge et ti leurs petites coDStnlctlotis rurales, comme aussi d'7 tneoer pattre \éat bCtallf surtout des porcs. Le nambrë de ces ^ilDaux qu'bti ; bdurrissait dibsi, pendant presque toute l'année, était iintneiise: Les cblnitunautés religieuses, les seigneurs, les ducs thèmes, Avaient des porcheries qui s'exploitaient k leur ' eoilipte, comdJe Us araîent des vacheries et des bergeries. L& viande de pitre se consommait dans le manoit- seigneurial, et sous la chatitnlëre. C'était te fond de là nourHture animale, pour toute la populatiol). CélA resuite naturellement de la facilité d'entretenir ces anioiaUx, à peu pl^ sans frais, dans de telles clrconsunces ; «t, partaul eQ elles existent, on a 6U les mettre & proSt de cdtut itienie manière. Les pitres normande disaient, tans douiei flans \&xt pAtois^ p^ttncfê! tUei Imi i-edèunl, tdut comme les patres roftltiinâ.

Udg autre brahche de l'indestrle agricole qtii a dû être, et qui B (i£ effecUvemiJnt fort exploitée en NorfflfUidlei an tnojen âgtf, c'est l'éducation des chevaui, particullëremebt de trait, de soinnie ei de mircbe. Dons ce temps^là, par le mauvais état des cheminSi on ne pouvait voyager qu'à pied ou a cbeval ; et presque tout le mohdaallait monté, les paysans mêmes. Ceux de la Normandie ne peuvaienl donc pas manqua d'élever alors des chevaux de service, comme ils le font encore aujourd'hui; et les tommunautés» les seigneurs qui possédaient de grands domaines, ne négligeant pas non plus une industrie si profitable, avalent des haras nombreoi pOnrrus d'étalons de choix, auxquels Ils attachaient beauwap d'importance. Ils avaient sans cesse besoin de forts chevaux ponr monter leurs hommes de guerrOi et c'était le moyen le plus éeeoomique, ainsi que le plus sûr, de se les procurer. Hais il est peu à croire que la noblesse belliqueuse btiuv&t dans les chevaux de Normandie, ces brillantes montures, ces fleurs de coursiers, dont parte Froissart. A la manière dont les guerres se faisaient

i\6 HiLAKGKS SGtENTIFlOtlES KT LITTiRlIKBS.

alors, quasd ud brave chevalier avait nne bonne armnre de 1er, une épée solide et bien affilée, ua corps robuste, et de bons bcu, sa gloire, sa vie, sa fortune, dépeadaient de son cheval. U na arabe, la race d'E3{mgDe, pouvaient seules lui assurer ces teillants avantages, quei qu'eu fût le prix; et les commerçants de Caen, à leur défaut tes juifs, devaieutbien savoir faire venir da ' coursiers de Barbarie. Comme preuve qu'on n'ignorait pas lear mérite, H. Detisie rappelle qu'à la bataille d'Hastings, GaUlume le Conquérant, ou pour dire comme lui, notre Guillaume, mur tait un cheval arabe que le roi d'Espagne lui avait envojé.

M. Delisle a rassemblé dans son ouvr^ toutes les indicalioai qu'il a pu découvrir sur les opérations de l'agriculture normande, sur les instruments qu'elle employait, sur les conditions loiquelles s'accomplissaient les travaux. Il énumëre toutes la espèces d'arbres, d'arbustes, de plantes, que l'on cultivait pour l'utilité, ou l'agrément. Comme cultures industrielles il fût nmarquer celle de la cardére à foulon, qui sert à la fabrication da draps; celle du lin, encore aujourd'hui renommée; cdlé des bois plantes tinctoriales qui donnent les couleurs les plus traochto: la gaude pour les jaunes, la gaëde ou pastel pour les biens, h garance pour les rouges. Il prouve que ces trois plantes ootM cultivées en Normandie pendant plusieurs siècles ; sans donte jusqu'à ce que les communications, devenue» plus faciles et plnt assurées, aient permis au commerce de les tirer directement des localités' qui étaient mieux appropriées k lés produire '.

M. Delisle prouve, qu'au xi* siècle, la boisson babitndie a Normandie était la bière*. On l'obtenait par la fermentation da rroment, de l'orge, et de l'avoine, auxquels on ajoutait comiM rondiment l'ivraie, sans doute l'ivraie enivrante, totium temtdmlum, plante annuelle qui croît spontanément, et en trop grande

' Pages S38-331.

^ r»EEes H9 et suiv.

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HiLANQBS SGIENTrPIQDBS CT LITTiRAtRES. %M

sbondance, daos les champs de céréales mal nettoyés. Les fruits dubonbloD, qui remplacent aujourd'hui cet ingrédient dang»reax, ne )ui ont été substitués que beaocoup Iplua tard. Car leur emploi n'est pas mealionné dans le traité Fleta qui est du »ii*-si6cle; soil qu'on ne leureûtpas encore découvert cet usage, uit que le mode de culture qui les y rend propres, fût ignoré ou trop (li6Scile pour le temps. Le cidre, devenu maintenant une boisson si générale en Normandie, n'y est mentionné comme produit agricole qu'à partir du xii* siècle*. Jusque-là on ne conluitsait sous ce nom que le jus ^re qui s'extrait des pommes iUTages. Hais l'industrie des cultivateurs normands ne tarda pas k transformer, en frnits savoureux, ces maigres productions de learg forêts ; et déjà, dans le ini* siècle, un poëte que M. Delisle cite, Mte orgutil, chantait dans ses vers le cidre mousseux de la vallée d'Auge. Le lecteur qui aura goAté ce délicieux brenvage, devra se borner à l'enthousiasme, s'il n'est pas Normand.

Od se perdrait à vouloir mentionner l'incroyable multitude de ditails qu'on trouve dans ce livre. Je renonce donc à tes indiquer. Haiïj'en extrairai, pour la curiosité de nos lecteurs, ceux que H. Miale donne sur une culture industrielle, qui a été, pendant I^Dsieurs siècles, très-développée en Normandie, comme dans pliuienrs autres provinces de France, oA, de même, elle est aujourd'hui complètement éteinte. C'est de la vigne que je veux parier. Quels motifs ont pu l'y faire introduire? Bt comment s'y prenait-oQ pour en obtenir des vins, non-seulement supportables, mais estimés des gens du pays, et admis même à la table des princes ; tandis qu'aujourd'hui les vignobles ont tout à fait dis- PVD de la Normandie, et d'autres localités plus favorables, ou D'î produisent plus qu'une liqueur âpre et acide, n'ayant du vin que le nom et la coulenrT Ce sont là des questions que l'on a dû

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iié utLkHQti BOIBNTIPlQtBfl feT LITTftiilKtl.

se fdira sôHvent ; et le chapitre W de H Dellsle fdilralt iBtu let documents nécessaires pour y l^pnhdre.

On j Voit que des le vin* slMe^ bien aTUlt peut-être, d« [tlaBtations de vignes avaieut étë faites sur 1^ coteaux de U Sôm, autour de mohaatères apt»Henanl aui diocteee de Houen etffi^ vreut. Ces teniatlTes s'expll^uebt par U riécessitfl â'assuierm eiftbiissemetits rellsleut l'approvisionnement de fid otosstin pour le sacriace d« la messe ; les incursions des pirates rar Iti cOlés, et les dilEcultés des comtnUnicatiotis par terré, mttlul trop souvent obstacle b ce qu'on pût s'en procurer par laVsleda commerce^ et toujours h des prix très-élet 6b. Plus tard, quand II Normandie, sous ses premiers ducs, eut ud gouvememeDl iod^ pendant de fait, et souvent bosllle aux provinces françaises qni l'environnaient, les vins de OasËOgne, du Poilon, de l'He-dï- Prance et de la Bourgogne ne purent habituellement lui pamoti qu'après avoir acquitté, outre lés fhits do voyage» des droits iBHitipliés dont les chargeaient dans leur parcours le roi de tmat et ses grands vassaux; h quoi Succédait t'ImpossibiUté de l'n procurer en temps de guerre. Stimulés par ces circonstsncts, la seigneursnormandSileséféques, les ducs marnes, tous iesgrudi propriétaires du sol, suivirent l'exemple donné par les dkpdulëres, et oouvrirdnt de vignoble^ tous les eoteaux de la NomUdie, dont l'exposition se trouTBît la plus favorable h ce geortfe culture. Elle s'y maintint et y prospéra pendant le xi" ttlt XII* siècle, adlaDt qu6 durèrent les oiroooslànces politiqua el oommerciales qui en avaient déterminé l'introductiOD. Mais ellet commencèrentà ohfmger vers la fin du xil' siècle, Idrsqne HsorilL roi d'Atigleterre et duc de Normandie, se trouva en possésstDode l'Aquitaine* dont les yins purent alors arriver librement ai Nv mandie par la mer. Un peu plus tard, ]& conquête de Philq)^ Auguste ouvrit l'accès aux vins do l'Jle^de-Franoe et de ta Voitgogne. Cette double concurrence, jointe à l'usage du cidre qui commençait à se répandre, acheva de décréditer les vins de Nw-

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HiLltlBltfi saiEfttlPlQUkS fcT LITTilAlHKB. Htf

mandie chM las NdroiEiDds mdmes, et Ils abaadona^at graduel" loaiMl la cultun de la vigne qui n'était plus profitable. M. DtAii\é ratrouve avec une ârudltioa minutieuse, toutes les localités ot oH l'avait prati(]u6e ; et il distingue dans leurs produits, les degrés de célébrité relatirs, ootnme on les assignerait daas la BourgOgbd méffle.

On se demandera sans doute, arec une curiosité mêlée de dé^ Suce, qu^ devait être le mérite absolu de ces vins normand).. d'Airan et d'Argences dans la vallée de la Dives, de OailloA dans la vallée de la Seine, qui furent alors si renommés qu'on les ser^ vaitsurles tables des princes. Les nombreut détails que H^ Déliais aréuDlssnriessoius qu'do donnait fc la culture de la vigae,etBUF lesépoques des vendanges, expliquentparfaileraent ces singularités, quand on les combine avec les conditions plljsltjnes du climat.

La température de la Normandie n'aurait pas permis' d'j adoirtire les plants de nos protinces méridionales. Ils n'y seraient pas venus & maLbrïté, et la gelée les aurait trop facilement détruits. Parmi tous les cépages que nous avons aujourd'hui en France, les seuls qui aient pu convenir b la Normandie, appar-^ tiennent à la variété des plants de Bourgogne que l'on appelle des pmeowt. Établis en culture permanentei c'est-àrdire en laissant les ceps indéfiniment vieillir, sans les renouveler autrement que par le pravignagei ils pouvaient^ surtout étant ftgés, donner, en Normandie même, des vins de bonne qualité, dans les années assez favorables pour que le raisin pût arriver k une maturité eompléle. Cette variété de plant est la même qui, cultivée ainsi «iK environs de Paris, sur les coteaux de Suresnes, d'Argenteuil et de Sarcelles, y produisait il y a un siècle de très-bons vins d'ordiniire, dans les bonnes années.

A. ces coaditions d'appropriatioQ, 11 faLit ajouter bomme preuve ronllrmative, que les procédés de culture décrits par H. Delisle d'après le» textes normands, sont identiquement, dans lulirs moindres détails, ceux que l'on applique encore aujourd'hui en

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390 HÊLANGItS BCIEKTiriQIIKS ET LITTiSAIIIS.

Bourgogne à ce genre de pbnt, quuid on le traite avec le plindt soin. Les commonRatés religieuses par leur instructioa et rél» dne de leun correspondances, étaient en position de se procuiet des renseignements exacts sur cette cnllure; et la stabilité de kor existence les mettait en état de la conduire avec la continuité de principes, ainsi que de pratiques, d'où sa perfection dépod. Voilfa comment et pourquoi, on a pu remarquer que nos plu précieux vignobles, te Clos-Vougeot, par exemple, et r&ennitagi, étaient possédés par elles, avant la révolution de i 789 qui les u a dépouillées. C'est qu'elles les avaient créés ou améliorés pir une industrie aussi éclairée que patiente. Aux époques ncaVxt où leur plantation remonte, le clergéseul, avait assez derichesus, d'intelligence, et d'esprit de suite, pour concevoir, et mener à bice, de pareilles opérations ^ -

Les pineaux de Bourgogne qui, étant &gés, pouvaient donner de bons vins, en Normandie même, dans des expositions favorih blés, sont généralement peu productifs ; et, quand la gelée atlniK leurs pousses de l'année, les bourgeons adventifs qui leur succèdent, ne portent presque pas de fmit.'Le premier de ces ioeomiènients n'avait qu'une faible importance, pour les commuDAUlés, lesévdques, les seigneurs normands, propriétaires riches, qui devaient préférer la qualité à la quantité. Quant au second, la teapérature de la Normandie, adoucie par le voisinage de li DWf, pouvait y rendre les gelées printanières, moins vives que dans da localités plus intérieures.

Hais, pour les simples vignerons des environs' de Paris, (Cs

< La place que le clergé occupait, comme partie intelligoite, dam U MdAJ dn mofen Ige, a éU il oalTement dépeinte par Froissari, an chap. urn A livre III de «es chronlquee, année 1S8S, que je ne pais me défeadra denp porter ce paasa^ : • Néant plua qae le tay-iEaT (le jaune), ne peol un I*

■ gltire, ni la glaire sans le my-ienr, néant plus ne peurent lea aeignm* ^

■ le clei^, l'unMDs l'antre. CarleiseifneursMKit gouvernéaparledoif!" o ils ne sauraient vivre, et seraient cnmme Mtes, ai le clergé n'éuili <*ic

■ clerfé conaeUW et dnorte les sdgneurs, i faire ce qu'ils font. ■

HiLlNORS SCIBNTiriQtlS ET LITTArAIRIS. %U

doDx incoaTéoients étaient bien ahtrament graTes; «t, i> meanre qae les airirages par terre, surtout par eau , out baissé de prix, les Tins communs de la basse Bourgogne leur faisaient une concurrence qu'ils ne pouvaient plus soutenir. C'est pourquoi tU ont arradié tous le» anciens plants qui couvraient leurs coteaux, et les ont remplacés par d'autres variétés de cépages tels que le cornât, le nteunter, qui ne coûtant pas plus h eoltiver que les pineaux, ont sur eux trois avantages : d'être beaucoup plus productifs, moins déLcats, et de donner encore des bourgeons adventits qui portent fruit, quand les autres ont été atteints parla gelée. Les vins fournis aujourd'hui par ces nouveaux plants, sont toniours &pre8, grossiers, voisins du vinaigre; toutefois, leur atwDdance et leur bas prix satisfont les producteurs, ainsi que les consommateurs, qui vont les boire hors barrières. Voilà par qn^e métamorphose, les vignobles de Suresnes et d'Argenteuil ont cessé d'être dignes de leur ancienne réputation. Hds ces descendants dégénérés d'ancéUvs vantés par nos pères, disparaîtront dans peu du sol qu'ils oi)t usurpé. Les vignerons de la basse Bourgogne détruisent aujourd'hui presque partout leurs anciens plants de pineaux, pour les remplacer par des gamais. Les plantations de vignes communes, qui se multiplient en abondance IJt ti ailleurs, dans toutes les localités favorables, se trouvant, par les chemins de fer, comme établies aux partes de Paris, leurs produits remplaceront avantageusement ces gros vins de nos environ); et l'on arrachera les plants qui les portent, comme on a déjà presque entièrement arraché ceux de Beauvais et de Sarcelles. Par l'effet de ces mômes causes , le temps n'est peut-être pu éloigné, où, dans les champs de la Picardie, de la Normandie même, te dommage que font à la culture les plantations de pommiers surpassera le proQt qu'on en retire; et (dors, si on ne détruit pas celles qui existent, on ne les renouvellera point.

Hais c'est assez nous occuper de l'avenir, je reviens au passé, l'ne des questions d'érudition les plus curieuses, et aussi les plus

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difficil«. c'est d^ ^ivoir qi)Bne » été auv diTdrws ëpaquei àt notre hietoira la vf^^r àa |'arg«Dt, Gomme matière tehsogaable contre les j)i)[peD)>l«i| 1^ denrées dp cpnsoepnniiQB, les iqvphftndi^ 4» ooiqpiercâ, et le travail de i'bORiinei eeqos |a Bçiepca éconpinigiie Gomppend dans un seul mot, hpùtoùir 4t ('aTgenl- La diversité de oes appUc^tioQs , inanUe cqmbin cette que^ian «st comptne. n ne teut donc pas s'éionoer, û In écrivains qui ont voulu I4 traiter coDime simple, et en faire dè< peoifre la «ilution d'un ^lénieqt uniqiie, sont anlFés b des riuiitvts tot4le[neat dissefpbl^bles entre eux. pour exenfiplea d'uM meilleure péthode. je me twrner^i ^ r^p^er deux puvntgn et le problème s éH (ilt^qué dftn» eoq easefQble, avec toute; tes msources que l'éFDditlQR pouTftit fflurnir- Is premier) qui s'étdd depifts tes preipières époques de aqtre histoire jq^u'^ ^*f^ megne, est dû &M. Guérard. I) est iq^éré d^ns ses pn\ègmim au Polyptyque de l'abbé Jrmjnon. I^'autre, qui s'applique m siècles poalérieun, est dû à lyi. Leber. Il est inséré au tome l" i^ mémoires présefités à l'Académie des inscriptioos et belles-letbw. par des savants étruigers. lA méifte problème s'est D^urelleqieDl oSert Jt H. Delisle, pour les temps qu'il av^it à considérer, Mut, trop sage pour l'aborder légèrement, como^e il aurait été rëdgii it le faire, il 11 berqë sa tâche tt rectteillir dape te^ textes qD^ mands tous les élément^ pumériques relatifs k ce si^^, Ainsi- 1» prix d'aphata et de locations des terres, les pri^i des besti^x. du chevaux, des grains, des denrées 4e conspm motion, d'une infinité de produits divers, 4es journées de travail, tout ceU tU rapporté en détail dans son livre, avec les dates d'epnées el ta indications de lieux. Il a laissé Ji d'autres, la tAc)ie périlleutA d'extraire de ces documents les conséquences économiques, (uuquelles ils pourraient conduire. Op ne peut que le louer de celU prudence. Les travaux que j'ai mentionnés ne font que trop comprendre les difHcullés inhérentes à ce genre de rechen^c^ rétrospectives. Elles ne consistent pas, comme on pourrait le

croire, dans l'appréciation intrinsèque des monnaies employées aux échanges; car on en possède des modèles de.presque tous les temps. Elles tiennent surtouf à l'ignorance où l'on est, dans chaque cas, sur la qualité, et la quotité des objets vendus : la qualité qui est presque toujours de nature varïable entre des limites impossibles à Qxer; la quotité qui dépend d'étalons locaux, aiiiourd'hui perdus, Sont la diversité devait être extrême, à en juger par ce qui ayùt lieu dans toutes les autres provinces françaises, avant l'établissement du système métrique. On ne ■peut donc pas faire de reproches à H. Delisle, de n'avoir pas Qxé des rapports dont un des termes manque toujours.

Quand un voyageur revenu d'un 'pays éloigné, expose aux curieux la collection d'objets naturels qu'il en rapporte, les simples visiteurs ne peuvent qu'y jeter une vue générale, en laissant l'étude des détails aux savants de profession. H. Delisle m'a semblé élre ici un voyageur qui revient d'un autre &ge, et j'ai lâché de faire l'ofOce de curieux, en promenant nos lecteurs dans la wliection de documents qu'il a réunis. L'aperçu que je viens de donner de son ouvrage, montrera Je crois suffisamment qu'il méritait les couronnes dont il a été honoré. Si le démon du changement, dont nous sommes depuis soixante ans possédés, n'avait pas iabvduit chez nous un système de division territoriale, qui, eo brisant toutes les communautés naturelles d'intérêts, de topographie, et d'histoire, a, on peut le dire, émietlé la France ; s'il y avait encore une Normandie légale , je souhEùlerais k cette province, qu'elle prit notre jeune auteur pour son archiviste historiographe. Elle n'aurait jamais trouvé personne, qui pAt remplir cette double charge avec autant de talent, et d'amour, chose plus nm encore aujourd'hui que le talent.

' Ce betD travail da H> Lâopold Delisls « été saïTi de plusieari ftutret, renuijaables par d«a qualités pareille». Et la spécialité de ton talent. Jointe A ■a periérérance, lui ont mérité l'honneur d'étn élu membre de l'acadéaiie des ^ intcriptioiis et belle«-leltrea, ayaDt t peine atteint sa 31* année. J. B,

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