‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 15 sur 24 · PENDANT LBS ANNÉES 1806, 4807 IT · texte numérisé non relu

PENDANT LBS ANNÉES 1806, 4807 IT

PAB H. LÉOPOLD DS BUGU TBAItOIT DE l'ALLIHAND PAR J.-B. ETRIÉS

(Eitnit dn fovnuU det SatuiU, 1816.)

Pert un dévouement bien respectable que celai des savants qui, dans le seul dessein d'Atre utiles, sans intérêt, sans ambition, ofdiiuirement sans récompense, quittent leur patrie, leur famille, nooncent k toutes les douceurs d'une vie tranquille, pour aller as loin agrandir, par de pénibles voyages, la sphère des connais- ■UKM humaines. Ce dévouement, dont les Balley, les Bouguer, luToumefort, les Linné, les Humboldt, nous ont donné de si . Intnt exemples, est, on peut le dire, aujourd'hui géhérai' parmi Km qai cultivent les sciences physiques et naturelles avec quelque distinction ; et il D'est aucun d'eux qui ne fût prêt & exécuter tonte entreprise de ce genre qui offrirait à le science qu'il aime quelque espoir d'accroissement. L'excellente méthode qui dirige

360 UÊLANGES SCIENTIFIQUES BT l^lTTÉRAIIieS.

à présent les recherches scientifiques assure l'ulilité de ces efforts. On ne voyage plus pour apprendre des opinions, miis pour étudier la nature et pour découvrir, dans la divoïiif de ses aspects, le secret de ses -lois générales. Hais le i% des savants, sans perdre rien de son application spéciale, penl avoir encore des résultats d'une utilité plus étendue. Un honiH insUiiit, éclairé, qui parcourt un pays peu connu, dans lequel ti civilisation ne fait, pour ainsi dire, que de nailre, et il ; a de is pays-lfc même en Europe; un tel homme, dis-je, pourra, sBrsm passage, recueillir une infinité de résultats qui intéres.sen)nt lepoblic; et le simple journal de son voyage méritera d'être tu delonl le monde. Tel est précisément l'ouvrage de H. deBuch, dont «m annonçons ici la traduction. Ce savant, depuis longtemps célèbre par ses travaux minéralogiques, a voulu,' sans doute, com[délcr ses connaissances dans cette partie en visitant la Laponie et li Norwége : m^s ces contrées, tout h fait inconnues sous ce raj^ port, étaient encore nouvelles sous beaucoup d'autres. Il D'eiiftait point de relation de voyage le long de la côte septenlrioaik de la Norwége ; et ce n'était que dans quelques dissertations snédoises, non traduites, que l'on pouvait avoir des renseigneoeïts sur la manière dont les communications sont possibles au Doid deToméo,entre les deux Laponies-suédoise et norwégienne. EoGa, il était du plus grand intérêt pour la géographie physique qn'i» ; voyageur instruit observ&t exactement, le baromètre à la mûn, j dans ces contrées boréales, l'influence progressive que le diasement à diverses hauteurs, et à des latitudes de plus en plu^ rapprochées du pdie, exerce sur la nature de la végétation, ar ses limites, et, par suite, sur la manière de vivre deshoaiDie< ainsi que sur le mode possible de leur existence. C'était une iét question à résoudre que celle de savoir jusqu'à quelle tempénbt moyenne la société humaine peut naturellement se souleoir, d de déterminer comment les relations commerciales peoTfliili faire subsister encore presque fndéfinimeDt au delà de c«s II"!'

db,Googlc

MÉLANGKS SCIKNTIPIQDIS ET LITTÉRAIRES. 261

tes, en traDsportant parmi les glaces polaires les aliments nés sdus de pins doux climats.

Quelque mérite que puissent avoir les observations minéralogipes de H. de Buch, c'est principalement sous ce point de vue moral que nous essaierons de présenter aujourd'hui son ouvrage i nos lecteurs. La description locale de la nature des roches, de tears gisements et de leur superposition est, sans doute, très-utile pour la géologie, parce que les faits, ainsi rassemblés de toutes parts, sont le seul rondement solide sur lequel puisse s'élever celte science. Mais, jusqu'à ce qu'elle ait atteint la géuëralilé de vues dont quelques esprits éminenls de nos jours l'ont montrée capable, les matériaux qu'elle rassemble se présenteront comme de ùmples détaib, que les seuls esprits dont je viens de parler poui^ nient rattacher à leurs grandes vues. C'est pourquoi nous remettons à l'un d'eux le soin de grouper ainsi les faits importants de géologie que M. de Buch a découverts dans son voyage; et, dans ce premier extrait, nous nous bornerons à faire connaître ses obsnrations morales; dont les conséquences sont plus faciles à concentrer : beareusement elles ne sont pas les moins intéressantes, comme portant sur des objets nenfs, et faites par un observateur jsdicienx.

Hais d'abord rappelons-nous la situation géographique des. coDtrées qu'il a parcourues. Partout oà des hommes vivent en société, la nature du climat leur impose certaines conditions d'existence plus ou moins difficiles à satisfaire. Elles sont douces daos ces régions heureuses de l'Inde et des tropiques, séjour d'une étemelle indolence, où il suffit, pour vivre, de s'abandonner à la nature ; elles sont déjà plus sévères dans nos contrées tempérées, où les alternatives des saisons exigent de l'homme des efforts pour se garantir des rigueurs du froid et des souffrances de la faim; mais elles sont âpres et redoutables dans les cHmats voisins des pOles, oiï tous les êtres vivants ont à soutenir la terrible lutte d'une nuit d'hiver qui dure six mois. Pour donner un

ans UÉLÀNatS tCIBNTiriQUKS BT LITTÂHIUKI.

tableau fldAla des eonséquMtces que cette position ealTaI)ie,ieu puis mieux faire que de citer le passage suiTUit du diiconrs pti- Uminaire que H. de Humboldt a composé pour la tradoetioide l'ouvrage de H. de Buch. < À la Icmgue nuit d'un tàits dmili I température moyenne descend à dix-buit degrés au-desuoi do

< poinidelacongélation, succède an été pendant lequd,m£mepv c les BoixanteHlix degrés de latitude, le thermomètre s'âèw too- « vent, k Nombre, & vingt-sii ou vingt-sept degré». Cette ceinluic

■ de glaces éleraelles qui, sous la zone lorride, se soutient i la

< bauleur de la cime du Hont-Blanc, atteint, sur les cales du ta- « marck, des collines & peina cinq ou six fois plus élevées qoa la â clochers de nos gnndes cités. Cependant, malgré le peu d'espue € que, sur les alpes voisines du pAle, les frimas laissent m déw-

< lDppemeDtdesètragorgaaiséa,IaplupartdBceuxquisoDtpro|m c h cette région atteignent un haut degré de vigueur rt de foroe. Ut

< rives escarpées de ces bras de mer dont les rennes neimal

< boire l'eau salée, et qui, par leurs sinuosités, leurs divisiDsitt

< leurs courants, ressemblent h des fleuves majestueux, sont cosc ronnées de pins et de bouleaux. Après avoir été {riongéi dut

< un long sommeil d'hiver, les wbres & feuilles herbacées, «tiafr

< lés pendant la saison du jour par les rayons solaires, exhslot, « sans inlerniption,etpourtaQtsaas épuiser leurs(orce3ntalai,aD

< air éminemment pur. En paroourant,'eD été, les montagoet^ € la Laponie, le botaniste y trouve, dans la zone du rbododendnn « et des tndromédes, cette sérénité du ciel, cette constwcapmc que immuable du beau temps que l'on admire min les tiopi- € ques avant l'entrée de la saison des pluies. L'effet de l'obliqnili

■ des rayons solaires, est compensé par la longue durée dn jour; « et sous le cercle polaire, près de la limite inférieure des naipi « perpétuelles, comme dans les forêts humides da l'Ûr^DO^ c l'air est rempli d'insectes malfaisants. Cependant tous ces pbfr- « nomènes de la vie organique sont restreints & un court espitt

< de temps. L'aslre qui a répandu une si grande masse de !>■

bvGoogk'

MBIAKGIB SCIINTiriQUCB KT LITîillAIRRS. 863

f mière s'approche progreBsiTementclerbomoD. Les rigueurs de f l'bivffl- B'aDDoneeot d^ que le disque du soImI dUparalt pour ( la première fois et que les nuits se suocôdeot & de courts iuterf valles : aiasi rexistence des plaoles qui embellissent la tene est f coffluie bornée à la durée d'un jour qui lés voit naître et périr. I Celle iaflueDoe de la lumière vivifiante est célébrée daai les I chaniE des anciens ScaudinaTCs; iis dous retracMt, sous l'em- 1 blême d'une roche nue, humide et froide, la croule primittve I du globe, que les premiers rayons dp soleil du midi recouvrent > de graminées, t Au spectacle de ces changemeots rapides duts le monde

■ physique se joignent des phénomènes d'un intérêt moral. L'ex* ( béotilé de l'Europe est habitée par une race d'hommes essen- I liellement différente de celle que l'on trouve depuis le Caucasa (jusqu'aux oolounes d'Heraute, depuis le golfe de Bothnie Jus^

* qu'au sud du Pèloponèse. Les peuples d'origine lartare, slave, ( germanique ou cimbriqus, si différents dans leurs mœurs et

< leur langage, appartiennent tous à cette grande porUon de Veê'

* pâce humaine, qu'assez arbitrairement on a appelée U race dq I Ctucase. Im traite qui caractérisent cette race paraissent a'eSift* I cer d/az les Lapons de l'Barope, las Esquimaux de l'Amérique, «elles Samoïëdes de l'Asie, trois peuples circompolalres qui ap*

* prochent, sous quelques rapports, de la race mongole. Sans ( Fraachir les limites de l'Europe, le voyageur qui cherche & lira

■ rhisioire de son espèce dans la physionomie des peuplas et dans f l'analogie de leurs langues, trouve ti résoudre, sous le cercle

< polaire, ces mêmes problèmes qu'offrant les tribus sauvage» t dont nous sommes séparés par l'Océan. Le centre de l'Afrique

* réunit deux races également exposées b l'influence d'un climat

< brûlant, les Maures et les Nègres : de (néme l'extréipilé de l'Ëu-

< rope offre, à câté les uns des autres, les Finois Agriculteurs et

* les Lapons nomades, uniquement adonnés à la vie pastorale.

* ^ipi l'éoorme différence de la coosUtution physique ia ces

264 HiLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTisilKES.

< peuples, on ne saurait cependant révoquer en doute que le dû- ■ lecle de U race trapue dérive de la même source que ceux te « Finois et des Estoniens. L'analogie de ces langues, déâgnéei

< sous la dénonÛDation générale de langue tschoude, nes'urtie € pas là où commence la dissemblance des traits physionomi-

< ques. Il y a plus encore : une des plus belles races d'hommes c qui habitent l'Europe tempérée, les Hadjars ou Hongrois, of-

< freut, dans leur idiome, plusieurs rapports frappants stccIc

< dialecte tschoude des Lapons. Dans le fiux et reflux des peuples

< qui se sont subjugués mutuellemeot en Asie et en Europe, € l'empire des langues s'est étenda par celui des armes A des

< lois. >

Après avoir ainsi envisagé généralement les circonslancespbyùques de ces contrées , voyons comment rhomme en a tira pmi et s'est modifié pour elles ; mais ici tout diffère selon l'époque. D , n'y a aucune ressemblance entre l'ancienne Norvège, penpUe de familles isolées, presque sans communications les nues arec les autres, et la Norwége actuelle, où des villes, heureusement plicées pour le commerce maritime, deviennent, pour l'intérieur, coause autant de foyen de chaleur et de vie. Nulle part l'effet de ces (entres de population n'est plus sensible que dans les contrées boréales. lA, le blé des sones tempérées, se trouvant apporté par le commerce, assure la subsistance- de l'habitant des campig» i bien mieux que ne ferait jamais la récolle incertaine et cbèlin qu'il pourrait arracher d'un sol sans chaleur, et le rend maltiï d'en exploiter les véritables richesses, qui, portées dans les nlla et embarquées, vont alimenter l'industrieuse adresse des penpte du Midi. Dans la Norwége australe, l'hiver est l'époque decet échanges et des grands rassemblements. Alors, dit H. de Bniii, on voit affluer de toutes parts les paysans des rallées et des noDlagnes environnantes jusqu'à dés distances considérables, difRrents d'aspect, de costume, d'intelligence, selon que les rappofts commerciaux, plus ou moins étendus, plus ou moins utiles, ni

MÉLANGES SCIKIfTIPIQUKS KT LITTiltAIRES. 2ftK

oOTert et exercé Içur esprit. A Christianîs l'auteur fut, pour la première fois, témoin de ce spectacle. Il décrit d'une manière Irès-Tjve l'impression qu'il en ressentit. « On éprouve, dit-il, une ( Téritable satisfaction lorsque, vers le milieu de janvier, époque f de la foire annuelle, oq rencontresur les chemins des cara> f ranes de pajsans conduisant leurs nombreux traîneaux ; ils t apportent une si grande quantité de beurre, de fromages, de ( suif, de cuirs, que l'on ne peut concevoir comment ils s'en dé-

< [eront : mais chaque propriétaire, chaque ménage de la ville,

< attoid avec impatience l'arrivée de la caravane des ti'alneaux; t les paysans sont rarement embarrassés pour placer leurs den- ( rées, et ils ont presque toujours la faculté de mettre le prix k t leurs marchandises. Dès le mois d'octobre, peu avant la chute

< des neiges, ils ont amené à Christiania des milliers de bceufs,

« afin de fournir à la ville sa provision d'hiver : ils prennent en .

* échange du blé, de la drëche pour la bière des festins et.des f jours de fêtes, du fer, de la quincaillerie, quelquefois du pois-

< son sec, et beaucoup de petits objets qui tiennent plus à la

< commodité qu'aux nécessités de la vie. Telle est la véritable

< répartition indiquée par la nature et par le climat du pays. Le «bétail prospère dans les cantons raonlueux; ils en fournissent

* la Tille : le blé arrive à la ville par le commerce; elle en appro-

< visionne les montagnes.

< A Christiania, le blé vient presque tout du Jutland, soit dans

* de gros navires, ou par des embarcations très-petites, telles que

* les jachts, et même des bateaux. On est surpris de l'audace des ( hommes qui osent affroiiler ainsi une mer généralement ora-

< geuse ; mais la traversée ne dure que douze heures , et le dé-

< bouché comme le profit sont assurés. On voit même, en temps

< de paix, arriver h Christiania du blé des autres pays plus éloi-

* gnés, situés le long de la mer Baltique, lequel est meilleur que

* celui du Jutland ; ce qui prouve que cette ville et le pays

* d'alentour possèdent des ressources qui leur permettent de se

S66 HÉLANOKS BCtBNTIPIQUBS RT LITTéHAISBS.

■ procurer plus que le Béc«uaire. Ses ressources sont les pludKi « et le fer qui attlreot l'or de l'Angleterre en Norvège, etpeat^

< à Christiania plus qu'ailleurs; car tes plantes qui en nraDeni

• ont toujours été les plus renommées. Il parait bien simple de « partager, au moyen d'un moulina scies, un arltre en poûbdJn

. « et en plancbei, et les mouliné de cette ville ne diffèrent pm ie « ceux qui exigtent ailleurs. Christiania n'est pourtant arritiei

< un haut degré de prospérité que parce qu'on y' sait mieux tàet

< les planches. Le pointilleux Anglais rebute celles de Drontheioi,

< et les envoie en Irlande, où l'on est moins difficile ; mais il pije

* plus cher celles de Christiuiia et de Fredcieslat. Cette préférena « tient moins h la qualité supérieure du bois qu'à l'épaiuear « constamment égale des planches , au parallélisme exact de

< leurs deux surfaces les plus larges, et peut^tre k bien d'autre» . < particularitésquisonlcoDnuesduscienretdunégocianlaiiglus,

< et qui décident de la richesse et de la prospérité d'un paya en- « tier- Quelle activité, quand, en hiver, de longues files de tnl-

< neaux chargés de planches arrivent du haut pays, et les portent

< au dëpél général, qui occupe, le long du rivage, tout l'etpace

< compris entre la ville et le Weleriand, et qui se prolonge encore « tellement vers rexlrémité du golfe, que les navires touchent t presque aux planches entassées I A la Bn de l'hiver, elles for-

< ment une espèce de ville : on se perd dans le grand nombre de

< rues et de passages de ces chantiers. Tant que la présence de la c neige sur la terre permet le transport en traîneau, le mouvenoit « des paysans qui amènent des planches ne discontinue pas. I>êt « qu'ils les ont livrées aux inspecteurs, ceux-ci leur font sur le « dos, avec de la craie, des marques et des chiffres qui désigMl

< leur droit de propriété, l'endroit d'où viennent laurs plsncb»,

< la quantité qu'ils en ont apportée. Il est singulier de voirie c paysan, portant sur son dos cette lettre de change d'un geot a original, courir à toiiU^a jambes au comptoir du négociant dans « le quartal. Le moindre délai, une affaire quelconque, pouniil

UéLÂHQSS BCIENTIPIQUES ET LITTÉRAIRES. S67

( faiie courir à la marque inscrite sur son habit le risque de dist paraître: alon il perdrait irrévocablement le titre de sa créance. ( Arrifâ devant le caissier, il n'a pa£ besoia de dira uq mot; il < présente le dos, il est payé sans observatioD : la brosse que le t caissier promène sur son habit donne la quittance. >

Ce fut dans ce commerce qu'un habitant de Christiania, nommé Bemlanker, acquit une fortune prodigieuse, qu'il légua tout entière à cette ville pour le soulagement des pauvres, des oiphelins, â pour aider les voyageurs qui iraient chercher à l'élranger des luiniëres utiles à leur pairie. Christiania doit k ce môme homme bieDfaiïant, et à sa famille, la fondation ou l'embellissement de plusieurs institutions d'utilité publique : un ctdiinet de physique, DDe bibliothèque, une académie militaire, qui, par la généralité de l'iDstruction qu'on y donne, a beaucoup da rapports avec notre École polytechnique, et qui ne serait pas indigne de lui servir de modèle en quelques points de ses règlements. Depuis le iDjBge de H. de Buch, la gouvernement danois avait projeté d'établir aussi à Christiania une université, un observatoire ; et, KloQ ce qu'en avait appris alors celui qui écrit cet article, ces (tndalîonB eussent été dignes, par leur grandeur, de l'état actuel des sciences. Puisse le uouveau gouvernement de la Norwége poursuivre ces utiles projets 1

M. de Buch partit de Christiania le 21 avril 1807, k la suite d'an hiver qui avait paru doux pour cette latitude. La fonte des Dnges était arrivée.plus tét qu'& l'ordinaire; les paysans, redoutant pour leurs traîneaux l'amollissement des routes, s'empressaient dequiiterla ville et de regagner les montaguea, ob l'hiver régnait encore. H, de Buch arriva ainsi, avec quelques difficultés, & Drontheim, dont la population de 8,000 habitants est regardée comme considérable pour une ville si enfoncée dans le nord. Amsi on y fait un grand commerce de stockSsb, de harengs, d'huile de poisson, de peaux, et surtout de cuivre. Il s'y est formé une société des sciences, qui s déjb publié plusieurs volumes de

268 MÉLANGES SCIEMIPIQUES ET LITTÉIAIKBS.

mémoires remplis de recherches tatéressantes, et qui, par sa positiva boréale, pourra fournir k la physique des obserratiODs trèsprécieuses. Un grand nombre de maisons de campa^pie entonroil la ville et augmentent l'agrément de sa situation. CependaDldéjà, à celte latitude, la plupart des fruits ne mûrissent plus :..le cfatac même n'y croit qu'avec peine; car, ainsi que H. 'de Buch le remarque, il exige à peu près la même température moyenne qae les arbres fruitiers. De Ib, continuant toujours sa roule vers le nord, en suivant la cête, notre voyageur arrive sous la latitude da covle polaire. Ici, la température moyenne de toute l'année n'est plus guère que d'un degré au-dessus de la congélation, et la plus grande chaleur du mois de juillet n'excède pas onze degrés à demi. On n'y voit plus du tout de chênes ; les sapins même ont disparu. Cependant l'aspect du pays est loin d'être dénué de beautés. « Ici, dit M. de Buch , nous vîmes , pour la première fois, le

< soleil, resplendissant et donnant même de la chaleur à miniiit

< Les bouleaux étaient entièrement verts, une grande quantité de € neurs couvraient la pente des montagnes. A peu de distance de '« l'habitation, une belle chute d'eau se précipite entre des rochers

< pittoresques ; le ruisseau qu'elle forme serpente en murmorul

< au travers des prairies. On est frappé du nombre inQoi de toc chers que l'on aperçoit, et surtout du coup d'œil de Fuglœ, Ile « haute et escarpée, où deux cascades semblables à deux rubani « argentés tombent de plus de mille pieds de haut. » Ou conçoit qu'un pareil séjournedoit pas être désert i et, en effet, onjtroate environ trois cents habitants par mille carré. Mais H. de Bucb prévoit encore l'espérance d'un meilleur avenir pour ces. régioK boréales dans la formation d'établissements Sses destinés à des pêcheries, dont les produits seraient portés immédiatement a Angleterre et en France. Alors l'habitant du Nordland se trou»rait dispensé d'employer plusieurs mois de la belle saison pour porter à Bergen ce qu'il a péché dans le reste de ce temps précieux. Ce furent autrefois des établissements semblaUes qui

■DdbyGoogle

' deTiorentla source du commerce de Bergen et de sa grande prospérité; mais liiainlenaDt ['extension des comiaiiaicatioos commerciales et de la navigation donDerait aux pèches de ces deux poiotsde lâcAte des débouchés suffisants pour qu'ils ne se fissent ancan tort. Au reste, la civilisation est encore ici tellement peu STancée, que, dans tout le Nordland, qui a eiactement la grande'ur du Portugal, il n'existe qu'un seul lazaret et un seul médecin, que l'on vient chercher en canot pour le transporter aux points de la cAte où sa présence est nécessaire ; ce qui exige quelquefois qae le malade qui a recours h sa science attende plusieurs mots avant de l'obtenir. Cependant on trouve encore, dans ce pays si pénible, des pasteurs éclairés, qui peu k peu y répandront l'insbuction et les connaissances les plus nécessaires à la vie. M. de Buch nomme un de ces hommes respectables, U. Simon Kindal, le pasteur de l'tle Stegen , chez lequel les enfants du pays vont apprendre Ji lire, à compter, et même prendre quelques notions de géographie. Qui le croirait? dans celte paroisse située à soixante-huit degrés de latitude, et, par conséquent, au delà du cercle polaire, il y a une petite bibliothèque publique k l'usage des paysans, et quelques habitants du canton contribuent, chaque année, d'une petite somme pour l'augmenter. Le pasteur, qui a écrit en norvégien plusieurs ouvrages pour l'enfance, se propose de les traduire en langue lapone poun les introduire chez les Lapons du Finmark. Quoi de plus admirable que ce dévouement obscur qui n'a pour témoin que la Providence I

Au delà de Stegen, M. de Buch remontant toujours vers le nord, traverse le Westfiord, golfe dangereux par la rapidité des courants qui se forment entre la multitude des lies dont ses cAtes sont semées. Le flux et le courant général qui vient du sud, y pénétrant ensemble, poussent dans les détroits formés par ces lies une masse d'eau si considérable, que, ne pouvant s'écouler assez vite, elle s'y gonfle en torrents impétueux. Lorsque le reflux % (ait sentir, ce torrent prend une direction contraire, et le

S70 uiLAAQSI SdIENTirtQDKB ET LttTÊBAI ftl8.

molodra rent de md qui le retarde par sa résistance, at^meota ' encore sa furie. Dans les points où le détroit se resserre danittage, cette lutte terrible forme nn véritable gouffre. Tel est «M qui est si fameux sous le Dom de Haelstroem, près de Modcosoe et de Varoe. < Le Haelstroem, dit H. de Buch, n'est rMIfr* c meut redoutable que lorsque le vent du nord-ouest souffle ta t opposition avec le reflux. Alors les vagues se soulèvent, for-

< ment des tournoiements et entraînent dans l'abîme les polic sons et les bateaux qui s'en approchent- L'on entend, à phi-

< sieurs milles au large, le mugissement et le fracas du connuiL

< En été, ces vents impétueux ne se font pas sentir. Alon le c Maelstro^n est peu ndooté, et n'interrompt pas la commimlc cation des habitants de Varoe et de Hoskeusoe ; l'espoir di € voie en ce lieu quelque chose de grand et d'extraordinaire eat « géuéralemenl.déçu, parce qu'il n'amène les voyageurs qu'a «été.»

L'année 1807, pendant laquelle, H. de Buch bisait ui voyage, avait été désastreuse pour les habitauts dn Nordiud. Pendant le mois de février, une pèche abondante leur avaîtdoitttf d'abord les espérances les plus heureuses, lorsque tout à coop la chute tardive d'une énorme quantité de neige vint couvrir poor plusieurs mois les établissements où le poisson séchait, etforçi les habitants h tenir leurs vaches renfermées dans les établa jusqu'au mois de juillet. I^ arêtes et les tètes de poisson, le résidu des huiles, les herbes marines, la mousse des rennes, \a branches de bouleau, en un tnot tout ce qui sert à nourrir le bestiaux en hiver, était consommé. La plupart moururent fsott de nourriture; et, pour comble d'infortune, le poisson se tmtm pourri sous la neige. Le peu de jours pendant lesquels txOt masse de neiges a tombé, a fait au Nordiand une profonde blessure. Tel est l'état inévitable de la société naissante dans ces r^ gions, d'où la nature semblait l'avoir exclue. Elle n'y peut subsister qu'A force d'art et de travail, en luttant sans cesse contre

MiLANGES flCIENTlPIQDBS KT LtTTéHAIRKI. 974

l'Apretô du climat, dont trop souvent L'incldmenw prolongée ou les retours tardifs viennent ruiner en quelques jours les eilorts de plusieurs années. Id H. de Boch discute avec sagacité nue opinion généralement répandue dans la Norwége et la Suède : c'est qne, sur les bords de la mer, de même que dam l'intérieur du pays, le climat se refroidit sensiblement, c Autrefois on n* t connaissait, dit-on, que deux saisons, l'biTer et l'été : malnt&--

< nant il y a un printemps ; mais U «rire & l'époque où l'été se f raisait sentir jadis. A Dronthelm, dans le Helgeland, à Stegen, i l'époque actuelle des semailles est de hait jours et même de t quatorze jours plus tardive que les vieillards ne l'ont connue

< dans leur jennesse. Autrefois on récoltait des fruits à Drouflheim; ilya longtemps qu'on n'y en voit plus. On monUe,-. f en certains points du pajs, de petits glaciers qui commençât € à le former, tandis qu'autrefois on n'en voyait pas la moindre

< tpparence. Enfin la neige reste étemelle sur des rames qui

< autrefois s'en dépouillaient annuellement. > Quoique ces obsenaUDUB soient malheureusement trop certaines, M. de Bucb lA^be à montrer qu'il n'en faut point conclure un état de ro' tnidissement durable. Il appuie cette opinion sur d'ancien^ poèmes remontant à plus de huit siècles, dans lesquels il est parié, avec beaucoup de détails, d'une époque funeste où l'on m tixa\\& absolument rien depuis Dronibeim jusqu'au Finmark, non pas seulement pendant une année, mais pendant plusieurs années consécutives. Alors, sang doute, dit M. de Bucb, on dut bien davantage croire & une cause de refroidissement générale et pennaoente. Néanmoins cette cause ne fut qne passagère. Des Mt plus favorables revinrent ; la végétation reparut, et avec elle !■ vie et la prospérité. H. de Boch pense qu'il en sera de même del'Ëpoque actuelle; il suppose, avec beaucoup de vraisemblance, i}ne les régions boréales sont sujettes à des alternatives de climat incomparablement plus prolongées et plus influentes qu'elles Ile le sont dans nos zones tempérées. En elTel, dans un paya

bvGoogk'

dont la température moyeane est à peine d'ua degré centésinu] au-dessus de la congélation, ce qu'oD peut juger, comniele^t très-bieo M. de fiuch, par la nature des végéttuix qui y «vissent librement h des hauteurs diverses, le plus petit abaîssemrat ocosionné accidentellement pendant une année doit avoir pour eSa immédiat de tuer tous les végétaux qui trouvaient, à cette limilc, justement le dernier degré de choeur nécesstûre à leur exisleaœ, et, en conséquence, de les faire disparaître du sol, qui ne peut plus s'en recouvrir qu'après une longue succession d'amtéts favorables. Combien ces considérations ne soDl-elles pas propm à nous faire supporter avec patience les légères vicissitudes qta la température annuelle éprouve dans nos heureuses contrée I

Hais quels avantages peuvent donc attacher le Nordlandais l un climat oà il faut toujours combattre ûnsi la nature? Cesonl tes profits considérables, quoique hasardeux, de la pèche. U pécbe,outre ses produitsordinaires,oSre à l'espérance des chance favorables qui occupent l'imagination. Elle peut être comme la chasse, une passion, et par les mêmes causes. « Lenombn c total des bateaux pécheurs qui se réunissent chaque anoée « & Naage, chef-Ueu des pêcheries de Nordiand, est de près de

< quatre mille, montés chacun de quatre ou cinq hommes ; ce qui

< fait au moins dix-huit mille pécheurs, c'est-à-dire plus de lamw- « tié des hommes qui habitent cette contrée. A ces bateaux ff c joignent plus de trois cents bâtiments venus de points plnsméf ridionaux delaNorwége, chacun monté de sept à huit hommes;

< de sorte qu'à l'époque où ils se réunissent, pendant le mois de * février et de mars, il y a, sur ce seul point de la cd(e, plusde « vingt mille personnes employées avec une activité incroyable.

< Il n'y en a pas davantage au banc de Terre-Neuve. » H. de Bacb évalue le produit moyen de cette pèche à seize millions de morues, valant environ deux millions de francs. La plus graode partie de ce poisson est expédiée àBergen et fait sa richesse; maif, comme nous l'avons dit, un établissement Hxe qui se formerait à

dbvGoogle

MÉLANaES SClKHTiriQOES ST LlTTÊltilRKS. 373

Naage même, aAn d'épargner ce transport iotermédiaire, aurait de grands avantages pour l'accroissement du travail et de la population. Ce gui pourra produire de meilleurs effets eocore, ce BODt les établissements formés dans l'intérieur du paya, comme autant de colonies véritables, destinées & exploiter ies immenses forêts qui couvrent le sol, et à découvrir toutes les ricbesses minérales qu'il peut renfermer dans son sein. M. de Bucb décrit ' des établissements pareils qui se sont formés à soixante-neuf dopés de latitlide, dans des déserts ot jusqu'alors les Lapons mêmes avaient eu peine à pénétrer, et qui maintenant nourrissent déjii plus de trente familles heureuses de leur industrie. Ces résultats loat dns an zèle et à la persévérance d'an seul homme, H . Hoimbce, receveur de Tromsœ. Jusqu'ici la culture des prairies, celle d'un peu de blé ' , la nourriture des bestiaux et le sciage des planches, ont lait l'occupation principale et ont suffi amplement ^ la subsistance des colons. Chaque année de nouveaux défrichements ■ccroissent leur richesse. Après que les récoltes de l'été ont payé leurs peines, ib se renferment dans leurs maisons lorsque l'hiver commence; Ih ils se livrent au travail de leurs vêtements et h l'apprêt des laines et des cuirs. Les gains hasardeux de la pêche ne les tentent point, et, dans cet état paisible, ils passent doucement leur vie. La longueur de leurs hivers est compensée par celle des beaux jours du mois de juillet, c Alors, dit H. de Buch, la dou- « ceur et la sérénité constante de l'air donnent aux longs jours < de ces contrées un charme particulier. Quand, aux approches

' Ca lenlt nne clioee bien Burprenuite, qae le blé pfit eibter encore i cetu lultide : tout» ka obuntUoiiB fRltet Jmqu't présent paniuent contredira M>a ■Mertton, Ne «enJt-ll pu pouible que le traducteur eQt ité trompé par I* iMi générique du mot illemand ion, qui ne ilgnifle pu leulenieDt le Idétnmoit, mdi unit toute espèce de céréalee ; et que dam ce pa«age et dans queK 4DMMtiei qui Tout suinv, H. de Buch eût tduIu ddslgner par tera, uonpM 1b m, mab l'orget En effet, on s&It que l'orge croit encore dans des contrées trop froides poor que le blé puisse y Tlvra, ce qal tient i ce que s& m&turation Ulgc one ioniroe toule de chaleur moindre que le blé.

bvGoogk'

!i7( .UÊLàNOES SfllENTIPIQUES BT LITTÉRAIRES.

t de minuit, le soleil coQlinue sa marche vers le nord, tout le

• pa|s, quoique éclairé encore, jouit, comme les contrées plu

• méridionales, du calme du soir. Lorsque cet astre s'élève di « noureau, on croit de Qiéme voir recommencer te jour; et 1

• mesure qu'il monte progressivement, il répand une ehi^ t nouvelle sur tout le pays. La clarté est à tous les instants li

< même; et à peine s'imagine-t-oa que la soirée est avaneét, f lorsque le Uiermomètre, par son abaissement, annouce que nic nuit est déjà passé. La sensation qu'imprime l'aspect du soleil « e3t toujours pure, car l'impression mélancolique qu'il produit

< en se plongeant dans les ondes ne vient pas la troubler. Un « peu après minuit, toute la nature commence & s'animer lentet ment; les nuages s'élèvent de la terre et se répandent en formel

< variées dans l'air et sur les montagnes; de petites vagues k li

< surface de la mer font voir que l'air qui -vient du Dord se presH

< graduellement avec plus de force vers le sud. Le soleil moDU t sur l'horizon : ses rayons agissent progressivement sur le toi.

< Le murmure des ruisseaux, gonflés par la fonte des neiges dMl f le pays est encore couvert, augmente sensiblement : le ventdu

< nord s'est entièrement élevé; il oe souffle plus par bouffées, « mais avec une régularité continue. Vers huit heures du mît, « tout est rentré dans le repos; plus de nuages dans l'air, plus (te

< vent du nord. On ne ressent plus pendant la nuit que la douce c chaleur du soleil. »

M. de Buch, rem ontanttoujours vers le nord, arriva vers le SO Jsillet liAltendansleFinmiirk.; lii il vit encore de nouvelles preoffis de ce que peut l'induslrie humaine contre la plus rebelle nature.

< A.lten, dit-il, est le point le plus peuplé, le plus agréaUi M « le plus fertile de tout le Finmark; il est aussi le seul où Tob c cultiva le blé*, et le point du ^obe le plus s^teolfioHlti

' D'kprès 1* remarque àé\i. Toite plus haut, H. de Bnch a nntia probthtfita déaigaer l'orge, et non le bld, comme on le dit dus la traduetioD.

HKLlNaSS SCIENTIFIQUES ET LITTiRATREB. 970

t cette cullare ait lieu : on en a l'obligatioD aux Quines [PinoU]; t car, af aat qu'ils se fussent établis dans ca canton on n'osait pas

< l'essayer. Il y a environ un siècle qu'ils sont venus habiter celle f province, et ils y ont amené l'aclivité et l'industrie. Ce furent, f sans doute, les guerres de Charles XII et les dévastations des t Russes en Finlande qui les forcèrent d'abandonner leurs foyers . I Foursuivant constamment leur marche vers te nord, ils se flxè-

< reat & Allen en 1708. Ces premières émigrations en ont amené (d'autres et n'ont pas discontinué, circonstance (rès-avanta- «geuse pour la Laponie; elles sont même si considérables, que

< les Lapons craignent avec assez de fondement que les Quënes

< ne finissent par occuper leur pays, et les en chasser tout à fait, ( inconvénient qu'il leur serait cependant facile de prévenir, si, à t l'eumple des Quénes, ils prenaient des habitations flxes et cnlt tivalAit la terre. Les Quénes n'ont rien changé h la manière de

< livre et aux usages de leurs ancêtres. Ils parlent le flnois, qui t a moins de ressemblance avec le lapon, quoique d'origine com-

< mune, que le suédois n'en a avec l'allemand, tes malsons sont

• distribuées comme celles de la Finlande; la plupart ne con- I filent qu'en une grande pièce construite en poutres, et qui n'a t d'autre plafond que le toit. A l'un des cAtés se trouve un poêle I énorme, qui occupe la plus grande parUe de la paroi, et qui a't

• [osde tuyau extérieur; de sorte qne la fumée s'élève Jusqu'au ( toit, se rabat le long des murs, et sort par de petites ouvertures

< carrées, à trois pieds environ au-dessus du sol. Lorsque le bois testenlièrement consumé, et qu'il ne reste plus qu'une braise « ardente, on ferme les Incarnes, et l'on concentre dans la pièce « nne vraie chaleur de Syrie. La partie supérieure du poêle sert

< attx bains de vapeur, usités en Finlande comme en Russie.

< Les Quénes ne se distinguent pas des Lapons par le vêtement,

< mais ils en dHfërent totalement par les mœurs. Ils sont, sans c ncepter les Norvégiens, les habitants du Finmarlt les pbis • dvilisès et les plus Industrieux. Ils ont de l'esprit naturel, l'tn-

276 MÉLANGES SGIENTIPIQOES ET LITTÊKAIRKS.

< lelligence vive et prompte, et De redoutent pas le travail : aassi

< apprennent-ils aisément tous les métiers qui sont nëcessairM

< aux besoins du ménage; et l'exemple des paysans de Toum,

< d'Uleaborg et de Cajanetraurg, prouve quels progrès Us peuTCDl « faire diuis l'agriculture et dans les »-ts indispensables à \i rie. € L'influence Tuneste de la vie maritime, l'attente noncbaluite di

< gain, contraire à toute prévoyance d'économie pour le temps it

< nécessité, ne se sont pas autant manifestéescbez les Quénaqoe

< chez les Norvégiens et les Lapons ; ce qui pourra faire qn'nec € le temps ib expulseront non-seulement les Lapons, mais aussi

< les Norwëgiens. La prospérité du pays n'y perdrait cerlainec ment pas. »

D'Alten, l'auteur arrive à Hammerferst, dans l'Ile de Qualoe. Cette ville est seulement d'un degré plus septentrionale qn'Altn; mais cette différence, qui> dans les contrées tempérées, n'annil sur 1& température qu'une influence insensible, en exerce une ter rible dans ces contrées boréales. « Aussi, dit M. de Buch, quelle

< prodigieuse différence entre te climat de ces denx endroits et c l'aspect du pays qui les entoure I Qualoe ne produit rien ; li

< nature y est plongée dans un engourdissem^t continuel; qb « brouillard sans an y étouffe la végétation ; il n'y croit mem « arbre : on cherche en vain & élever des herbes potagères aotour

< des habitations. Quelques groupes de bouleaux se montrent « dans les vallées; ils sont assez touffus : mais ces arbres s'effor- « cent vainement de gagner la pente des collines. A une âévatioi « médiocre. Us se rapetissent et disparaissent; ils ne peuvrait p*s

< même vivre dans les hautes vallées. Telle est la partie des Alpe f sur le Saint -Gothard. Pas .la moindre trace du s^our des

« hommes ou de culture Le soleil ne se montre que rarement

« dans ces parages; l'été y est sans chaleur; à peine ; jouit-on de « quelques jours sereins. Le vent de nord-ouest amène «a un îos- « tant sur la terre des nuages qui couvraient la snrfece de la mer :

< ils se résolvent en torrents de pluie. Pendant des journées eo-

i:,C00gIC

• tières, des brumes épaisses resleot suspendues au-dessus du f sol. > .

Le seul moment où ce pays présente un aspect de vie, c'est dans le mois de juillet , à l'époque de l'arrivée des navires norvégiens e( russes, qui apportent avec eux des carçaisons de blé et de farine, pour les échanger contre le poisson péché par les Pinois. Mais, en outre, les Russes commencent aussi à venir pécher euxmimes devant Hammerferst. Plus adroits ou plus hardis que les naturels, ils font aussi des pèches plus abondantes ; et le Finois, qui les hait k cause de cette rivalité, ne s'est pas encore déterminé i employer les procédés par lesquels ils l'emportent sur lui.

Un peu plus loin, k soixante et onze degrés de latitude, l'auteur arrive à Maasoe, petit port habité « par un commerçant, un past leur, UD maître d'école et un officier de justice. Les deux pret miera vivent dans des maisons, les autres dans des' hutles de

< terre. L'église est construite en poutres. Le ciel, la mer, les ( montagnes, les brumes et la pluie semblent, se confondre en ce « lieu. Le soleil perce rarement l'épaisseifr des nu^es ; et ce n'est «que pour quelques instants que la cAte de Mageroe, quoique ■ b^haute, et le singulier rocher de Stappen , dans le voisinage

< du Cap nord, se montrent au-dessus des vagues continuellement

< agitées, semblables k des fantômes : ces objets ne tardent pas à

< disparaître de nouveau au milieu des brouillards. Les rochers ( de Maasoe ne sont couverts que d'herbes peu nombreuses ; l'on

< n'y voit pas même l'apparence d'un arbrisseau, rien qui rappelle

< un arbre. Quel séjour 1 L'étranger y est ordinairement enlevé «par le scorbut dès la première année de résidence. S'il est jeune,

< vigoureux, prudent, s'il surmonte l'influence désastreuse du * climat, sa santé n'en est pas moins en peu d'années détruite

< iiour jamais, lors même qu'il retourne dans les cantons plus mé- ( hdioaaux ou dans ceux de l'intérieur. 11 réside cependant ici

< no pasteur qui a constamment besoin de force et de courage ' dans l'exercice de ses fonctions. On en a vu quelquefois y sé-

j=,Googlc

S78 uihkKQMi SCICNTiriQDKa ET LITTÉRIIKES.

■ journer pendant six, huit et même douze ans, jasqti'k ce qn lé « scorbut et le désespoir les précipitassent dans la tombe, i

BnflD, en conlinoant toujours sa route, l'auleur arrive K Kidvig, dans lea environs du cap nord ; il découvre de loin la roa d6 ce fameux promontoire, qui, placé comme le pilier de l'EanjH auHlevant des étemelles tempêtes du pâle, a sa base morcdéfla longues aiguilles qu'use lentement la fureur des Dots.

• Des rochers énormes entourent la baie que j'ai K mes pied).

< Quelle solitude, quelle tristesse sur les montagnes de i'intérietirl

< Tout y est mort, ou n'offre que le premier effort de la rie. Dus t les parties basses, on voit encore de grands espaces conveiuilt

< neige ; lea éminences ne consistent qu'en d'énormes am» de

< pierres; pas la moindre trace de végétation, h l'exception de

■ quelques lichens blanch&tres. C'est comme une terre sortie

< récemment des eaux du déluge; la nature reste éteruellenwot

< engourdie dans ces déserts affreux que l'homme s'empresse de

< fuir. H

D'après les lois de la géographie des plantes, H. de Bncb fiic la température moyenne de l'année sur ce point du globe à ni degré et demi au-dessous de la congélation ; toutefois un été de quelques instants parait encore, même dans ces latitudes, te mots d'août l'amène : en peu de jours les neiges se fondent , les montagnes se couvrent de fleurs ; pendant qtielques jours le tbem»mètre se souUent à quinze degrés. L'hiver de œ pays est moini redouté à cause du froid que pourses affreuses tempêtes, dootlt furie surpasse tout ce qu'on peut imaginer. < Les vents da «xi • < et du nord-ouest, se précipitant impétueusement du haal da

< montagnes, mettent tout dans la commotion la plus terrible; € aucun son ne se peut distinguer, aucune voix humaine k

< peut se faire entendre au milieu dé leurs mugissements. Muet « de saisissement, l'homme cherche à résister au froid en s'n-

< veloppant de vêtements et de fourrures : il n'a pour apaiser

< sa faim que le peu d'aliments qu'il trouve prêts et à sa portée;

HÉLàNOSS SCIBHTiriQDBS BT LITTiltAIRIS. BTft

« carie feu ne peut brûler, et l'habiiation tremblaute a p^ne h

< se Muteoir : état terrible qui dure quelquefois plusieurs jours.

< Ces tourmentes se font ordmairement sentira l'âpoque ab la

< soleil commence à s'élever sur l'horiaon ; mais, circonstance

< remarquable, elles dimiouent constamment k l'entrée de la nuit,

< et n'ont que peu de forces tant qu'elle dure : leur fureur rendt « avec le jour. Peut-fitre Eont-elles plus fou^eu»es k Kielvig qu'en f d'autres endroits de la câte ; mais ces violentes agitations de 4 l'air en hiver sont communes à toute la mer de Fiomark. > Qui le croirait, si un observateur tel que H. de Buch ne nous en donnait l'assurance? L&, dans ces extrémités boréales de la'terre, près d'un petit port nommé flelvog, se trouvent des raison» spiable*, élégantes , habitées par des hommes polis et instruits, qui découvrant de leur fenêtre les glaces du cap nord, lisent Ari»> tôle, le Dante, le Tasse, Holiére, Racine, Virgile et Hilton. Cest que Relvog oSre une anse trës-sAre et trës-favorable pour la pédie, Tous les ans, plusieurs navires chargés des produits de ces mers en partent pour l'Espagne, et les vaisseaux russes viennent y prendra leurs cargaisons. Admirable effet du oon^ merce, qui dompte la nature, et force la terre à recevoir l'homma umme son maître, partout oA l'appelle l'intérêt de la grande ■ociété 1

Arrivé à ce terme qu'il s'était proposé d'atteindre, H. de Buch tffectaa son retour par l'intérieur des terres, k travers la Laponie Dorwégienne et la Laponie suédoise. Nous ne le suivrons pas dans cette route, parce que les mœurs des Lapons ont été souvent décrites, et parce que la vie nomade de ces peuples, les tenant inévitablement dans un éuit de civilisation stalionnaire, B'ftumit pas de rapport avec le but principal que nous nous étions proposé dans cet article, lequel consistait surtout à examiner les Closes par lesquelles la société humaine peut se propager et l'élever dans ces climats.

Ce voyage, comme on a pu le voir, renferme un grand nombre

byGoogk'

860 H^LANSKS 8CIENTIPIQUKS ET LITTÉRAIKBS.

d'observationa judicieuses et instructives, dont qndqnes-niKt marquent beancoup de sagacité; il eût été peut-être à dèsmr . qu'elles eussent été présentées sous une forme qui les tiU danittage entre elles; que leurs détails, groupés autour de dinn centres d'idées générales, se présentassent avec plus d'uisonble; en&Q qu'un motif continu d'intérêt, puisé soit dans qudiiie grande considération morale, soit dans les événements qoitmyent au voyageur lui-même, soutint l'attention du lecteur, elle guidât parmi tous les détails à travers lesquels il doit passN. Ctsl là le seul moyen, non-seulement de rendre une relation itSichante, mais encore de la rendre aussi instractive qu'die pal l'être, car on ne se laisse guère inftruire que par ce qui plall. la, an contraire, tout>est mêlé et confondu ; des descriptions leduiques de roches succèdent brusquement à des réflexions morales; et la remarque d'un gneiss ou d'un schorl vient interrompre det observations sur les mœurs ou sur le progrès de la civilùatioD. Le voyageur lui-même disparaît dans ce désordre : à peine stilon quand il part et quand il arrive; on est étranger à tout et qu'il éprouve; on le perd, à chaque pas, dans cette moMtode de petits endroits, nommés et décrits dans s>oq journal avec n» Qdêlité si minutieuse, que les limites mêmes des provinces s'j confondent; et il ne faut pas moins que la ferme volonté d'an lecteur déterminé à s'instruire, pour ne pas perdre patience iua ce chaos. Néanmoins, je le répète, le fonds est assez riche pour dédommager de cette fatigue ; c'est la forme seule qui maD([De : il n'est pas douteux que le -traducteur nous a rendu un sonce véritable en faisant passer cet ouvrage dans notre langue. Itm, soit que l'absence de liaison que je viens de faire remarquer lit agi aussi sur son imagination, soit que la contexture ordintire des phrases allemandes lui ait donné trop de peine pour en loniBer le sens avec la rapidité et la oettelé française, j'avouerai que s» style m'a paru généralement embarrassé, pénible et plein d'idées si enveloppées, qu'il était souvent diCBcile de les saisir. Oo s pa

même s'apercevoir de ces défauts dans les morceaux que j'ai cités, quoique j'aje, en général, dû choisir ceux dont l'intérél élait le plus rif, et, par conséqueat, l'expression la plus naturelle. 11 y a lussi beaucoup de passages où la pensée de l'auteur n'est vraisemblablement pas rendue par le mot propre. Par exemple, le traducteur fait dire à U. de Buch que U. Pilh, pasteur norwégien trèft-iastruit , et exercé aux observations astronomiques ainsi qu'au travail même des instruments d'optique, lui montra-une lorgnette qu'il avait Fabriquée lui-même, et qui avait trois pieds de long: eu vérité, jamais un instrument de cette dimension ne s'est appelé ep français une lorgnette ; c'est une vraie lunette de trois pieds. On annonce aussi des cartes comme jointes h cette traduction ; et, en effet, il y en a : mais ce sont des découpures de cartes, plutôt que des cartes réelles. La cAte parcourue par H. de Biich y est représentée toute droite, avec des interruptions qui indiquent cbaque endroit ob elle s'indéchit, et des raccordements angulaires qui marquent le sens dans lequel l'inflexion a lieu. Une vraie carte spéciale de cette partie de l'Europe eût été inftniment plus utile et plus commode: on a toutes les peines du monde à se figurer la continuité réelle de tous ces petits morceaux, et l'on y perd absolument de vue la forme de la côte, qui est cependant souvent nécessaire pour l'intelligence des phénomènes décrits par l'auteur.

Page 1