‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 16 sur 24 · VOYAGE AUTOUR DU MONDE · texte numérisé non relu

VOYAGE AUTOUR DU MONDE

DB 1806 n 1812.

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l'ttàx niuNT DU lua MitDWiCH ET d'dn tocudlàibi ci unit. LAxanit

FAR ARCRIBALb CAMPBELL

(Eitrait du JowiuU iu SmmUt, KIT.)

Les objets et les lieux mentionnés dans ce titre promettent as> Borément un ouvrage du plus vif intérêt. Parmi les contrées que le voyageur a visitées, let unes offrent, comme le Japon, une difiSealtâde communication qui en rend tes moindres observations importaates; d'autres, comme les lies Aleutiennes, font espérer des données nouvelles sur le progrès des établissements et de la puissao» des Russes ; enfin, les Iles Sandwich appellent l'attention du philosophe par le curieux spectacle du développement rapide de leur civilisation. Toutes ces espérances sont un peu déçues quand on voit, dans la préface, que l'ouvrage entier n'est que le récit des aventures d'un pauvre matelot écossais, qui,

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après avoir fût plusieurs voyages aux Iodes, et y avoir perdu les deux pieds dans une maladie, est venu en Ecosse jouer du viobm sur la Clyde, pour l'amusement des passagers des bateaux !i npeur. C'est là que l'éditeur l'a rencontré ; et lui ayant enlenda raconter ses malheurs, et comment il avait passé quelque \mfs aux Iles Sandwich parmi les naturels, il a imaginé d'écrire cette relation, et de la faire imprimer au profit du pauvre musiata. D'après cela on peut penser qu'il ne faut y chercher ni des ottsavatioDS précises, ni des considérations bien profondes. Tonlce qu'Archibald Cainpbell dit du pays se réduit à peu près & vous apprendre que le bAliment où il se trouvait y est arrivé en tdie année et en tel mois, qu'il y afait du bois et de l'eau ; qu'il est resié à bord ou qu'il s'est engagé sur un autre navire; qu'en route ob a eu du beau ou du mauvais temps, et d'autres particularife aussi peu importantes. Mais, dans la suite de ses courses, il se trouve qu'il a passé aux Iles Sandwich , qu'il y a séjourné quelque temps, engagé au service du roi du pays ; qu'eu conséquence il a eu des occasions fréquentes et faciles d'étudier les nalnrdi et d'observer les changements rapides de leurs mœurs. Les circonstances de ce séjour, sa date récente, et la naïveté du namteur,donnent(i cette partie de sa relation un véritable intérét;aDSi est-«lle la seule sur laquelle nous insisterons. Mais avant d'ea entretenir nos lecteurs, il faut rappeler en peu de mois l'histoin singulière de ces Iles, depuis l'époque de leur découverte.

Les lies Sandwich forment un groupe situé, dans le grand Océan, vers 20° 1 7' de latitude nord et 1 58° 1 9' de longitude i l'occident de Paris. Elles furent découvertes en 1778 par le of*taine Cook ; mais il n'en connut bien l'étendue et l'imporUMS que l'année suivante, dans une seconde rel&che, oà il perdit li vie au milieu d'une rixe survenue entre les Anglais et les ulurels. Jusqu'à cette malheureuse époque, ils s'étaient montrés fort douK et empressés à procurer aux vaisseaux des vivres et des rafraîchissements; ils avaient rendu au capitaine Cook des tioo-

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neurs presque divias, et leur conduite, avant comme après ce fuDesle événement, ne donna lieu de soupçonner en aucune manière qu'il eût été perfidement prémédité. C'est ane justice que le compagnon même de Cook el son continuateur, le capitaine KiDg, s'est plu k leur accorder. Ce qui rend la découverte de ces Iles si importante, c'est d'abord leur fertilité et leur population, qui, en 1T78, s'estimait à plus de quatre cent mille, iodividus; c'est ensuite leur situation qui en fait un pbint de relâche excellent el presque nécessaire pour les b&timeats américains qui vont fùre te commerce de fourrures dans le nord, ou gui se rendent à laCbine. Les Anglais, dans leurs premiers voyages eu 4778 et 1779, b^uvërent les naturels dans un état absolument sauvage; mais ils y reconnurent plus d'adresse, d'intelligence et de dispo- ' ûtioo à s'instruire que cbez aucune autre peuplade du même Océan, quoique les analogies des mœurs, du langage et des coutumes religieuses décelassent dans toutes une même origine. Le capitaine Vancouver, qui visita de nouveau les lies Sandwich en 1792, 4793 et 4794, trouva jeu r état coDsidérableinent changé. Plusieurs bâtiments de commerce, américains et russes, y avaient ajourné; ils avaient donné à quelques chefs des armes & feu et de la poudre à canon en échange de leurs vivres; ils leur avaient donné aussi un goût désordonné pour les liqueurs spiritueuses, et plusieurs autres vices de la classe inférieure des Européens. L'im- ■neose supériorité que les armes à feu assuraientà ceuxqui avaient le bonheur d'en posséder, les leur faisait rechercher avec ardeur. Ua des chefs les plus braves, nommé Tianna, avait fait exprès un Tojage à Canton, sur un navire anglais, pour en obtenir, et s'instruire dans leur maniement. Les richesses de ce genre qu'il avait rapportées, et son extrême adresse à en faire usage, lui avaient donné une grande importance, et avaient redoublé les efforts de ses compatriotes pour s'en procurer par le commerce, la ruse ou même la force. Ce besoin avait porté un des chefs à s'emparer fdnsi d'unp petite goélette américaine, montée par quelques hommes

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qui farent impitoyablement massacrés. La teotation était d'autant plus terrible, que, depuis plusieurs années, ces lies ëtaienl citées par des guerres furieuses qui, & l'arrivie du capitaine Vancouver, avaient considérablement afTaibli lu population. Hais dn sein de ces orages il est sorti un homme supérieur, une soiuds Pierre le Grand , qui a rapidement changé la face de son pa^ Son nom est Tamaahmaah; il est flis de Téréoboo, qui rignut sur l'Ile d'Owyhée lors des voyages de Cook , ce qui indique qw le pouvoir chez ces peuples est héréditaire. Déjà, k l'époqoe dn passage de Vancouver,- en 1 799 et 1 794, Tamaahmqah avait Fort étendu le domaine de son père. Avec le secours de Tianna et de quelques matelots anglais qu'il s'était attachés, il avait ridait sous son obéissance la plupart des Iles qui environnaient ta sienne ; et par sa politique, autant que par sa bravoure , il awl fait de tous les chefs secondaires, des vassaux ou des alliés. Concevant que l'emploi delà force avec les Européens ne pouvait que lui être funeste, et empêcher des communications dont fl pouvait tirer le plus ferme soutien de sa puissance, il s'est attaché à leur donner toute sûreté; il a empêché ou puni les moindres torts qu'on aurait pu leur faire; il s'est rendu lui-mémelw négociateur. Si, par cette conduite, il n'en obtint pas toujoun et qu'il souhaitait avec ie plus d'ardeur, c'est-à-dire de la poudre d des armes, il ne cessa pas pour cela de les servir, et il en tira souvent d'autres avantages plus importants, qu'il savait parfaitemnl apprécier *. Ainsi le capitaine Vancouver, en lui refusant coutammentdes moyens de destruction, consentit à faire commCDcet pour lui, par ses charpentiers, la construction d'un petit nsTirc,

• Longue Vancoanr Tliit& le» Um S*Ddif1ch en 1103, Il naît «ppatM* Ctlifornle, quelques piire» de beiei 4 liine et de biu» i conMi, dou il * présent ou roi Taiiia>hinïik1i, en lui expIi'quaDt l'importance tutan qn'dlB poumlent oIMr, comme inicle d'allmeniMioD ot de commerce, »U Tsnld ■'engifari protéger leur propigatloo paria défCDUeipreue d'en tan- ucut avant qull se Wt écoulé dli anoée*. Le roi sauvage comprit, accepU l'a^vtnent, et mit le petit troupeau sous n sauTegarde de la cérémonie du Tthi,

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et posa ainsi les premiers fondements de la marine du roi des lies Sandwich , lequel fut si charmé des bontés du capitaine, qa'il se reconnut solennellement sujet du roi d'Angleterre, dont il arbore dès lors le pavillon .

Ce même homme qui, en 1794, demandait ainsi k Vancouver niw paire de pistolets comme un prëseot inestimable, qui reçut comme la faveur la plus éclatante et la plus honorable, un manteau de drap rouge dont Vancouver couvrit ses épaules nues, ce même homme se trouvait avoir, en 1810, une batterie montée de Mize canons sur sa plage, un magasin à poudre, et faisait célébrer la naissance de ses fils par des salves d'artilleris. Il avait dans ses porls plus de soixante bâtiments, dont la plupart sloops et goëleites, du port de quarante tonneaux, outre un grand bftliment de deux cents tonneaux, auquel les seize canons appartiennent, et qu'il a acheté des Américains. Tous ces bJLUments sont complètement garnis de leurs agrès, el entretenus dans le meilleur itat par les charpentiers de Tamaahmaah, dont une partie sont des naturels, et d'autres sont des matelots anglais et russes, qu'il ■ fixés près de sa personne. Il a des habits à l'européenne, dont il De se rerét, à la vérité, pas tous les jours, mais dans les grudes circonstances; par exemple, lorsqu'il va à bord de quelfine b&timent qui vient rel&cher ou commercer dans ses porta. Il > {doreurs chevau x de main qu'il monte avec beaucoup d'adresse, et li est passionné pour cet exercice ; il a une maison en briques, elun trésor en dollars, qui s'accrott tous les jourrpar la vente des vivres qu'il fournit aux bâtiments de commerce, ou par les t que lui envoiwt les gouverneurs des établissements

fd h imUh MKTé pour tout le monde, à peia* do mort Ilftis, ftTtiit l'eiplr»tMD de* dix uin£es, le* bete* k uirne» s'éiftient si rapidement miiltlptlé«i, qs'dlBi étaient devenues un fléau pour le pauvre peuple, dont elles envahisntait le* Jnnlliis, et Mvigeileot les rtcoltee. Tamaahmaali m vit klon «bligé de 1* itiéguer dans les pkrtJei montaguenseï et non hablidei du pays, où elle* ont cOQlloaédeu propager libreinent à l'état sauvage, en si grand nombre, qu'elles unstliuail miinteitant une des plus importaotee richesses de ces Ueè. 1. B.

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russes. Tel a été pour lui le profit de ces communications, qull est parvenu à assembler assez d'armes et de poudre ponr ca eavojer sur ses propres b&ttments à la cAte nord-ouest de l'Amérique, et les employer comme articles d'échange dans le eoin< merce des fourrures. Enfin, si j'en crois des renseignements plot récents et assez ccrlïdiis, il parait qu'il a maintenant dans set lies des écoles d'enseignement mutuel établies pour l'instnictioD de ses sujets ; et tout ce changement de mœurs, de costume, de puissance, toutes ces notions nouvelles de peuples étrangers, de navigation lointaine, d'armes & feu, de monnaie et de relattom commerciales, tout cela s'est fait Chez cet homme extraordioure dans l'espace de seize années.

Lorsque le petit b&timent que montait Archibald CampbeU rel&cha aux lies Sandwich, le roi Tamaabmaah vint k bord, selon sa coutume: il était vêtu ^ors à l'européenne, avecun habitbiea et un pantalon verl. Honte sur le pont, il secoua cordialement la mùn du capitaine, et se mit aussitôt à faire diverses questions: d'où venait ce bâtiment, s'il était anglais, américain ou russe! On lui oITrit en présent un beau manteau d'écarlate doublé d'hermine, de la part du gouverneur des lies Aleutienoesi il l'examina et le donna aux gens de sa suite pour l'emporter k terre. La reine, qui l'accompagnait, ayant vu le pauvre Camphell privé de ses deux pieds, s'intéressa k lui ; et, ayant appris du c^itainc qu'il désirait rester dans l'iie, elle lui proposa de s'attacher k sob service, et elle vit avec plaisir qu'il y consentait : car c'est ub luxe très-recherché par tous les chefs de la plus haute classe, que d'avoir des blancs auprès d'eux ; et il y en avait ainu, es 1840, plus de soixante, dont deux surtout, par leur bravoure H leur caractère, étaient parvenus au rang de chefs, et jouissaieot d'un très-grand pouvoir. Le pauvre Campbell, avec ses infirnùiés physiques, ne pouvait espérer rien de semblable. Le roi l'eni' ploya à raccommoder les voiles de ses navires ; il eut mène le bon esprit de chercher k naturaliser celte industrie, en eng»-

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geanl Campbell & construire des métiers, et à fabriqaer de la linle avec des matières prises dans le pays mftme. Ces relations donnèrent h celui-ci beaucoup de facilité pour observer les indigènes; et ses souvenirs ajoutent quelque chose aux nombreux détails que Cook et Vancouver avaient dëjk publiés sur ce sujet. On y voit que la forme du gouvernement est une sorte de féodalilë : les terres appartiennent aux chefs, qui les fout cultiver, pour leur compte, par les individus des classes inférieures dont ils priment soin dans leur vieillesse; h peu près comme les seigneurs russes nourrissent leurs paysans, mais avec cette différence toutefois que les naturels des Iles Sandwich sont tous libres et peuvent passer, selon leur volonté, d'un chef & un autre. Le roi est il la fois, comme l'avait dit Cook, le chef du gouvernement et de la religion. L'usage que Campbell a fait de la langue du pays, lui a permis d'en donner un vocabul^re un peu plus étendu que celui de Cook. On y reconnaît toujours les rapports que ce grand navigateur avait remarqués entre la langue des Iles Sandwich et celles des autres lies du même océan. Campbell resta ainsi plus d'une année près du roi Tamaatimaah, et n'eut qu'à se louer de ses bontés, de sa générosité même. Hais s'étant rendu un jour h bord d'un b&liment apglais qui util abordé dans l'Ile d'Oviryhée, la vue des Européens lui in^ira un si violent désir de revoir encore sa patrie, qu'il ne put ; résister ; il demanda au roi la permission de partir. Celuici lai témoigna les regrets que lui donnait cette résolution ; et, tprés s'élre assuré qu'elle ne venait d'aucun mécontentement qn'it aurait éprouvé, il lui dit que, s'il avait envie de partir, il Ëtait libre*. Il chargea Campbell de présenter ses compliments

' L'eipretsion employée parTamuhmaah signifie que, «lion Mn(re(A/tMfï) tai aoteillait de partir, il était libre, Ced me parait se rapporter i uns iiUe ùn- (alitrede ces insulaircB qui, Toyin^les navigateurs toujours et uni queioeni enipras^ d'acheter d'eui des Tivres de toute espèce, ont conclu qu'ils venaient de ptf> affamés où ils ne trouvaient i te nourrir qu'avec une peine eitrènie. On pentToir, dsns lesToyagesde Cook, le principe et iPiiprenves de cetk' opinion. III. I«

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an roi George, quand il aérait de retour en AngMure; et le pau¥re matelot s'en étant excusé sur ce qu'il n'avait jamais tu ce prince, Tamaahmaah parut fort étonné, et sa aurprise (nt u comble lorsque Campbell eut ajouté qu'un grand nombre de us compatriotes n'avaient jamais eu cet honneur. À\on il lemudi comment, en ce cas, le roi pouvait accommoder les différend) de ses sujets, qu'il ne connaissait point; et, sur ce qu'il lui (ni répondu que le roi s'en faisait instruire par des consùllen, il secoua ia tête en disant que personne ne pouvait remplir ce devoir aussi bien que le roi lui-même. C'est le cas de dire iâ vk Montaigne: Voilà de belles r^exions; mais quoil ces gau-tt ne portent pas de baut-de-chausse I

ADDITION

Aujourd'hui iine nous voici arrivés k l'année 4858, on sen sans doute curieux de savoir ce que sont devenus ces premiffl ' commencements de transformaQon sociale, que je viens de décrire. L'histoire en est très-singulière. Mais, comme queiip!»- ! .uns des articles qui suivront celui-ci, nous donneront l'occaiion | de l'observer dans plusieurs phases intermédiaires de son itrt- ^ loppement, et de connaître certaines circonstances extérieure qui ont puissamment concouru à lui donner de rimponanct, j'attendrai que ces préliminaires aient passé sous les jein du > lecteur, pour lui en présenter les résultats actuels et à peu pi^ J. B.

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