‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 17 sur 24 · MISSION · texte numérisé non relu

MISSION

SnVOTËB

DU FORT DE CAPE-COAST DAÎfS LE PAYS DES ASHANTËBS

AfM ntt tÊtcxamm aumnon u a mumi, r h» mnom GiocuraïQvn wr L'iiniuiDS m L'uaigvi

PAS T. ÉDOUAaD'BOWDICB, CONDDCTEUR DE LA MISSION <Eitnit da JMnuI dtt Samut, IMV.)

La i^ation d'un nouveaa vo]rage en Afrique, d'un voyage qui ' rétuû, et qui sanil)te ouvrir une communication^ûre et duralile arec l'intérieur de ce vasie continent, jusqu'ici fermé aux Europient, ne peut manquer d'exciter une vive curiosité; mais un uilérét d'un autre ordre vient bientôt saisir ia réflexion, quaud, u lieu de ne voir, dans l'issue de cette entreprise, que le succès tiolé d'un voyageur hasardeux, on considère les motifs politiques <iui l'ont déterminée, et qu'on ea découvre les rapports avec le syïtème général de colonisation et de commerce suivi aujourd'hui »ec tant d'ardeur par l'Angleterre, système que l'état actuel de

la population rend presque ègalemeot Décessaire & toute l'Eorope, mais que, depuis lon^mps, l'Angleterre seule a su embruser avec persévérance, et qu'elle a pu étendre sans limites comme sans obstacles, à la faveur de la guerre maritime et pendant les orages du continent. Nous avons pensé quequelques considérations préliminaires sur ce sujet, en Taisant mieux sentir le caractère marquant du voyage de H. Bowdich, pourraient ne pas paraître superflues par elles-mêmes, surtout dans notre pays, o4 le despotisme militùre, et le malheureux état d'isolement causé pv la guerre, ont empêché pendant si longtemps la propagation d'Eu grand nombre d'idées et de vérités utiles, qui sont devenues générales et familières ailleurs.

La difficulté d'acquérir une existence suffisamment heureuse dans une société déjà complètement arrangée, et l'espéruice suavent trompeuse, mais toujours séduisante, d'obtenir une meilleure place dans un monde nouveau, sont deux motifs qui, de tout temps, ont fait naître le désir de l'émigration et de la colooisalion chez les nations d^à nombreuses : mais l'état du cmninerce, des lumières, et surtout du gouvernement de la mènpatrie, ont donné à ce penchant naturel des directions diversesel des résultats différents. Lorsque les portions émigrantes de la population se sont séparées librement pour aller porter l'agiicuiture et les arts utiles dans un sol fertile , auparavant inculte, et qu'un gouvernement doux, ou même une indépendan» complète, les ont laissées jouir sans obstacle des avantagei de cette nouvelle position , elles ont prospéré d'une manière iscro^able, et ont donné naissance à de nombreuses, et, ce qui importe bien davantage, à d'heureuses générations. Telles forai autrefois les colonies grecques qui allèrent s'établir sur les «Mes de l'Asie mineure; telles ont été dans les temps modernes les premiers établissements des Anglais sur le continent d'Amérique- Les colonies romaines, fondées sur d'autres principes, furent, pour l'aristocratie, un moyen d'étendre le pouvoir de la répii-

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blique, en indme temps qu'un expédient pour éloigner ube population devenue turbulente par la pauvreté dans laquelle elle était tombée. Elles formèrent donc des établissements politiques et mi- Ltaires toujours dépendants de la mère-patrie. Cette destinatioD même les faisant placer dans des pays déjà habités et cultivés, il ; avait, pour ceux qu'on y transportait, peu d'occasions, comme peu de penchant, à développer l'esprit d'économie et d'entreprise qui caractérise une colonie indépendante. Sous ces divers rapports, elles paraissent avoir offert assez d'analogie avec les établissements modernes des Européens dans l'Iode ; de même que les colonies carthaginoises, déterminées, moins par l'excès de la population, que par le désir d'imposer des tributs et de s'approprier le commerce exclusif de certaines contrées, ne sont pas mal représentées par les premières expéditions européennes sur les cèles d'Afrique et dans le continent américain.

Ces dernières expéditions, entreprises d'abord avec tant d'audace et suivies depuis cinq siècles avec toute l'ardeur que la soif de l'or inspire, ont été loin de réaliser les rêves brillants qu'elles avEueut bit naître. L'expérience a montré que les colonies qui [eumisseat l'or, l'argent, et les pierres précieuses, ne sont pas, h beaaconp près, les plus avantageuses à la mére-patrie, dont elles rainent l'agriculture en attirant ses capitaux et ses efforts vers le travul incertain des mines, en même temps qu'elles gênent son commerce, ou mêmele rendent nul, par les entraves que ce genre d'eiploilàlion exige. Les colonies, fondées sur la culture du sol par des esclaves, donnent des profits moins dangereux et plus durables; car, l'esclave produisant toujours plus qu'il ne consomme, l'excédant devient le bénéSce assuré du maître. Mais, outre l'immoralité révoltante de fonder ainsi les jouUsances habituelles d'une portion du genre humain sur la misère permanente d'une mtn partie, ce système a encore contre lui le désir immodéré des richesses, et des richesses rapides, qu'il excite chez les colons. Car ce sentiment, les faisant toujours se regarder comme pas-

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sagen sur an sol qu'ils aspirent h. quitter pour rapporter leur luxe en Europe, Tonne un obstacle insurmontable à ce que ce genre de colonie puisse atteindre l'état permanent d'aisance et de bonheur intérieur qui assurerait sa prospérité. L'exemple de l'Amérique anglaise a désormais prouvé d'une manière assez frappante que le meilleur système de colonisation est ceini qui, oflïant & la culture un so) fertile, inspire au colon le désir d'une aisance honorable, lui promet une heureuse iodépendaixe au milieu des tares qu'il aura lui-même défrichées, l'habitM ainsi par plaisir, autant que par nécessité, k une vie simple, passée dans l'exercice de l'ordre, de l'économie, des jouissaocet domestiques, et l'attache h son nouveau séjour comme à dk autre patrie. Pour que rien ne manquét k cette grande leçon donnée par des événements dont le souvenir est si prodie, on i pa voir que de pareils établissements tiennent bien plus forteœeDl qu'on ne serait porté à le croire, à leur patrie ancienne ; qu'il f&ut toutes les inconséquences, toute la dureté du pouvoir arbitraire, pour les déterminer à s'en séparer; et qu'enfin, lorsqu'ils c'en séparent, l'accroissement rapide des richesses que l'indépendanes leur procure, produit, dans l'augmentiition des relations commo' eiales, un ample dédbmmt^emeot k la métropole, vers laqodle leurs habitudes, et l'avantage plus grand pour eux dans ta coltan du sol que dans l'industrie manufacturière, les attirent encore longtemps. Avant la rupture de 1783, les colonies anglaises es Amérique tiraientd'Angleterre, dans les années les plus favorable, pour environ trois millions sterling d'objets mano/actorés. Lnsqu'elles se séparèrent, on crut, en Angleterre même, que l'ôpoqw de ce florissant commerce était finie : néanmoins, trente sus après, vers *813, l'exportation annuelle s'était accrue jnsqn'à onze et douze millions, et l'on s'attendait à la voir s'élever ai moins jusqu'à quinze, c'est-à-dire à devenir quintupla de ceqa'die était avant l'époque de l'indépendance.

Ce système de colonisation , le seul conforme aux r^les de b

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nnnle et de la juBtice; parait ôtre aassi celui qai convient )e mieux aux besoins actaeU des vieilles sociétés européeiiDes. L'accroiss»- ' ment de la population, manifesté par la pauvreté, Le malaise, et l'agilation des peuples semblent demander qu'on leur ouvre de nouveaux moyens de se procurer les nécessités de la vie, et même, jusqu'à un certain point, les jouissances auxquelles ils se sont accoutumés. L'extension de l'industrie et dii commerce intérieur DB peut fournir, pour de si grands besoins, que des ressources d'une instabilité dangereuse, on même aujourd'hui tout à fait idéales, s'il est vrai, comme le pensent des négociants et des manufacturiers du premier ordre, que la production manufacturière del'Burope soit en ce moment supérieure non-seulement à sa consommation propre, mais à celle de tous les marchés qui lui sont ouverts. On peut, il est vrai, trouver, pour presque tons les peuples, des secours moins périlleux, et plus efQcaces, dans le perfectionnement de leur agriculture et le défrichement des portions encore incultes de leur territoire ; mais ce sont là , en quelque sorte, de dernières richesses qu'il faut également ménager, et qu'il faut se préparer à remplacer bien avant (Qu'elles ne s'épuisent. Ces vérités, dont la connaissance est si importante pour le repos des sociétés d'Europe, semblent spécialement diriger le système nniversel de communication, de colonisation, et même de conquête, que l'Angleterre poursuit avec tant d'ardeur et de persévérance dans toutes les parties du monde. La prudente Angleterre préToit, disons mieux, elle ressent déjà Les dangers auxquels peut l'exposer cette population que le développement immodéré des manufactures a fait naître chez elle pendant la guerre, et qui, après avoir été alors alimentée par une excessive consommation du capital national, ne trouve plus aujourd'hui assez de travail dans les besoins bornés de l'élat de paix. C'est pour cela, autant que pour satisfaire à son ambition, qu'elle se presse de s'établir sur les rochers de toutes les mers et sur les terres encore libres de lous les continents. Attentive à la nécessité qui s'avance, comme

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UD pilote habile présage ia tempête, elle multiplie tontes les ressources qui peuïf nt l'aider à la combattre; elle garde pour raieoir les contrées qui peuvent encore servir à la culture ; et quand, par la force de la nature ou des évéoements, elle ne peut, on d'o» pas, être agricole, elle est conquérante. C'est ainsi que nous h voyons en même temps pousser ses établissemenls dans l'inléneor de l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, dont le climat salubre et tempéré lui réserve des champs fertiles qu'elle ne veut pas aitiver encore*, tandis que ses armées étendent dans l'Inde an empire dont les dépenses annuelles excèdent pour elle les revenu. C'est que, sans avoir les avantages moraux des colonies agrîcote et Axées, sans avoir aussi l'attrait qiie de semblables coloqies présentent comme nouvelle patrie, l'Inde est cependant encore on moyen puissant d'exportation et de travail pour une portion considérable de la population anglaise, qui trouve à s'y emplojeractivement et uUlement dans les armes, la marine, l'administraliofi, le commerce ; moyen d'autant meilleur qu'il s'étend à toutes 1» classes de la société, dont il ne dégrade point le caractère indiriduel, et que, sur un si grand nombre d'émigrants, il ne permetle retour dans la terre natale qu'à ceux dont la fortune est ordinùrement le fruit de la bonne conduite et du talent. Il est vrai que ces avantages attachés k l'empire de l'Inde ne peuvent se,conserver qu'à l'aide d'un système continuel d'envahissement et de conquête i qu'étant établis par dominaUon sur une population immense, il faut sans cesse combattre aux frontières de l'empire pour maintenir la paix dans l'intérieur, de sorte que la poliliipB et les armes y sont les (}eux seuls soutiens du pouvoir : mais ce

< Au moment où nom <mprimon$c«t article, nous voyons, pu les JoatMott que le gouTernement anglkls vient de ee détermiDer k user de celte renonm. Le parlement a ftccordâ une somms destinée k donner mix daiaes paunoi que te besoin pouue Ji rdmigraiion, de modiques secoura pour rivoriser iMi transport dan» i' Afrique anstrale, sans toutefois leur offrir des vanlages nffisanu pour leur inspirer trop d'intérêt t quitter la itrite-patrie.

sont là des iQconvénieQts Loévitablemeat aUacliés k un systënie d'Ëlablissement purement commercial el militaire ; et l'on est encore heureux de recoDDaltre que, malgré les dures conséquences qu'un tel système entraîne nécessairement pour la population indigène, l'étal de cette population, sous le gouvernement actuel de l'Inde, est moins malheureux qu'il n'était sous ces despotes militùres, sans loi et sans civilisation, qui s'arrachaient contiouellement ce beau pays avant que les Anglais s'en fussent emparés. Les mêmes principes qui, aux yeux du goavernement anglais, ont donné tant d'importance b des populations si éloignées, ont dû naturellement tourner ses vues vers la possibilité d'établissements qui seraient bien plus avantageux par leur proximité. Tels sont ceux que l'on peut former dans la partie australe de l'Afrique, sons le rapport de l'agriculture, et sur ses cdtes occidentales, pour le commerce: Aussi, que de tentatives diverses, qued'efTorts réitérés les An^is n'onl-ils pas faits pouf lier des relations -politiques et commerciales avec ce vaste continent 1 Tandis que leur gouvernement, mettant k profit l'abandon oii la guerre avait laissé les établissements des autres puissances de l'Europe, s'efforçait d'affermir et d'étendre les siens sur les cdtes occidentales, une association de personnes riches et éclairées entreprit ce que l'on pouvait appeler la découverte de l'intérieur de l'Afrique , en y faisant Pénétrer, de divers câtés, des voyageurs instruits et hardis, chargés d'examiner la nature du pays, la situation et ta force des peuples qui l'habitent, d'étudier leurs mœurs, leur industrie, leur commerce , et de recueillir toutes les notions qui pouvaient intéresser la géogra[lhie, l'histoire, ou servir de base aux spéculations commerciales. A cette époque [4788], la Cafrerie avait déj& été visitée par Sparmann, faterson, et surtout par Le Vaillant. Ce dernier en avait décrit l'état politique, les mœurs; et, s'avançanl avec autant de hardiesse que de bonheur dans ces contrées saoïBges, ilJf avait découvert dés peuples dont le nom même ^l^t, avant lui, inconnu aux Européens. L'Egypte, ta Nubie,

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L'Abyssinie, depuis longtemps accessibles, avaient été amplement décrites par Nordeo, Bruce et Volnej ; mais , de tout le reste de l'Afrique, on ne connaissait guère avec certitude que les cAles, et la petite étendue de territoire qui avoisinait immèdialemeu chaque Établissement militaire européen. Le premier voyageur envoyé par la Société d'Afrique fut Ledyard, Américain d'un espiil entreprenant et d'un courai^e à toute épreuve. Il partit en 4788, et essaya de pénétrer par l'Egypte. Ayant pris h Alexandrie l't»billenient et les manières des naturels du pays, il parcourut beareusement la Basse-Égypie, et recueillit, dans la coDversatioo des marchands d'esclaves, des idées très-justes sur le commerce de l'intérieur, la nature du pays et la roulé des caravanes ; mais il mourut en se rendant à Sennaar. En même temps que l'Associttion africaine essayait cette tentative, elle envoyait d'un autre cMé Lucas, autre voyageur qui, ayant résidé longtemps àlacoorde Maroc, connaissait parfaitement les manières et le langage des Arabes. Lucas devait aller de Tripoli auFezzan par le'déseftel revenir par ta Gambie ou la cûte de Guinée ; mais il ne put aller plus loin que de Tripoli à Hesurate. Deux ans après, «a 1799, l'Association envoya le major Hougbton pour pénétrer par U rivière de Gambie et traverser le pays de l'est & l'ouest. Hougblôi remonta en effet cette rivière jusqu'à une grande distance de sa embouchure ; mais, après avoir essuyé mille traitements barbue de la part de ces peuples sauvages, il mourut misérableœeul. Le sort qu'il avait éprouvé, n'empêcha pas le célèbre HuDgo-Parfc de tenter la même entreprise. Ce qu'il éprouva de dangers, de malheurs et de misère , ne peut se concevoir que lorsqu'on a Id sa narration ; mais; plus fortuné que sou prédécesseur, il écbappii et rapporta ainsi en Europe les premières notions autheotiquei sur l'intérieur du continent africain. Mungo-Park. s'était avasc^ jusqu'à près de quatre cents lieues de la côte; il avait pénétré jusqu'au grand fleuve du Niger, dont il avait trouvé le coun dirigé de l'ouest h l'est : il avait découvert plusieurs des vilkt

paissantes qui bordent les rives de cet autre Nil. La perfidie soupçonneuse des Maures ne lui permit pas de s'avancer jusqu'à Tombuctoo, de toutes ces villes la plus célèbre, et qu'il aurait tant sonbaité d'atteindre. Cootraiut de revenir, il suivit à sou retour ie cours de ce Niger qu'il avait te premier reconnu ; il chercha à Ttcneillir des renseignements sur la position de sa source, de celle de la rivière du Sénégal, et revint enfln aux établissemeola anglais, lorsqu'on n'espérait plus le revoir. Néanmoins, ce qui peut donner une idéede son incroyable courage, tant de souffrances l'avùent si pen abattu, qu'il résolut de tenter une seconde fois ce périlleux voyage-, il partit, mais ne revint plus. M. Bowdicb paratt avoir recueilli des renseignements qui rendent sa mort trop certaine. Suivant ces rapports, Hungo-Park s'était avancé sur le Niger jusqu'à la séparation de ce fleuve en deux branches , dont l'une, coulant au nordHSuest, va passer près de Tombuctoo ; il avait mËnie dépassé cet embranchement, et continué sa route en suivant toujours la branche principale, qui dés lors se dirige vers le ïud-est: mais, arrivé près de Boussa, le vaisseau qui le portait B'aTSDça vers des écueils cachés ; en vain des naturels, qui avaient vendu précédemment des vivres au voyageur anglais, essayèrent de se précipiter après lui pour l'arrêter; le vaisseau toucha. L'infortnné Mungo~Park essaya de se sauver k la nage; mais le courut l'entraîna avec une force irrésistible , et il fut englouti dans ^ flots. Il est m^eareusement bien difScile de douter de la réalité de ce désastre, raconté & M. Bowdicb par des Maures qui se donnaient pour en avoir été les témoins oculaires.

Tandis que Mungo-Park se dévouait avec tant de courage pour raconnattre la partie occidentale de l'Afrique, un simple particulier, H. W. Browne, excité par la curiosité et par le goût des aventures, entreprenait seul, avec ses propres ressources, de traverser ce continent de l'est à l'ouest. Parti d'Alexandrie le 24 féwier ^ 792, il pénétra jusqu'à Siwah, que l'on croit être l'ancienne cuis d'Ammon, et y reconnut des ruines que l'on a supposées

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être celles da temple de Jupiter : mais les otetacles que lui opposaient partout les Arabes, et des maladies cruelles, causées par le climat et la fatigue, le forcèrent de revenir en égyple sans arwr pu s'avancer plus loin de ce cflté. L'année suivante, il enlrepril sans succès d'aller par la Nubie en Abyssinie; mais, u'étanl pu découragé par ces tentatives infructueuses, il essaya encorede pénétrer dans l'intérieur par la route du Darfour, en se joignul alacaravanedusoudaD.il alla en effet jusqu'au Darfour: mus il lui fut impossible de s'aVaocer davantage ; et ce ne fut même qot par une adresse pleine de présence d'esprit et de courage qu'il put persuader aux marcliacds de la caravane de le ramaieree Egypte. A peine avait-il quitté ces entreprises hasardeuses, qn'il eut pour successeur un jeune Allemand nommé Homeman, tavoyé par la Société africaine. Horneman, parti de Londres en 1797, se trouvait k Alexandrie lors de la prise de cette ville par l'expédition française j le général en chef lui donna la liberté de conlinuer son voyage, et lui procura même tous les secours par lesquds il pouvait eu faciliter le succès. Homeman partit du Caire le 5 septembre i 799 avec la caravane du Fezzan ; il traversa le iléseil de Libye, parvint à Siwah, déjà visitée par Browne, et, ^irts soixante-quatorze jours d'une marche pénible, arriva josqn'i Mourzouk, capitale du Fezzan. Il Qt une courte excursion de Hourzouk b Tripoli, revint à Mourzouk, et, le 26 avril 1800, il écrivit à la Société africaine qu'il allait partir avec la caravane de Bournou. Depuis lors on n'a plus reçu de nouvelles de ce coungeux voyageur, et il est devenu de jour en jour plus vrais^nbUtde qu'il a péri comme ceux qui l'avaient précédé. L'Association lîncaine, aiSigée, mais non découragée par tant de funestes tentatives, renonça ii l'espoir de pénétrer en Afrique par le nord, et ramena ses vues sur les câtes occidentales. Le sort de Houglond de Hungo-Park la détourna des expéditions parle Sénégal et par la Gambie. Une nouvelle route fut suggérée par le Calabar, sur la cote de Guinée ; mais ce nouveau projet servit seulenieni â

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joindre un nom de plus, celui de Nichols, à ceux de tant d'infortunées victimes de leur zèle et de leur courage.

En génëral, si l'on considère les obstacles physiques qui s'opfoaoit, en Afrique, aux progrès d'un voyageur européen, et les obstacles moraux bien plus grands encore que font naître, à chaque instant, sous ses pas, la barbarie des habitants, leur féroce avidité, leur jalousie envieuse et leur superstitieuse méSance, ïD s'étonnera peu de voir qu'un si grand nombre de tentatives^le ce genre aient eu constamment une issue malheureuse, et l'on sera peu porté k leur en espérer une autre & l'avenir. Même, ta rèanion de plusieurs hommes courageux ne suffit pas pour surmonter des dangers pareils. On ne peut malheureusement plus douter du sort funeste qu'ont eu le mt^or Peddie, le capitaine Campbell et le naédecin Cowdry, que le gouvernement anglais trait envoyés dans l'intérienr de l'Afrique par le Sénégal ; et t'expèdition du capitaine Tuckey pour l'embouchure du Congo, qaoiqoe entreprise sur un plan beaucoup plus vaste, et munie de ressources bien plus puissantes, n'a eu non plus pour résultat que la mort de ce capitaine, des officiers envoyés sous ses ordres et de tons les naturalistes volontaires engagés dans le voyage, sans aucune découverte nouvelle sur la géographie de l'intérieur, ou même sur les moyens d'y pénétrer '.-

En comparaot ces résultats constamment funestes avec le succès

' Oepnii que ceci a été écrit, le Dombre d« ces entreprises Vest beaucoup ■Mni. Je me bornerai ï mentionner II p[uB récente, ceUe du doctear Liriagston , ■lùiélé tuHL,ie crois, Ia plus instnictiTe, ayunmoDtré.niieai que toute «utre, par UD luecte même, les difficultés spéciiles qui s'Mtactient k cea tentatives, n Ira moyens les plus efficues pour les surmonter. AprÈs avoir râsidâ pendant plniinn années, comme membre des missions proteslkntea, chet les peuplades **iT^es qui confinent bdi établissements anglais du Cap de Bonne-Espérance, V' LinngstOQ profila de l'expérience qu'ii avait acquise pour s'avancer au nord ■'■ni l'aie du coati Dent d'AMque Jusqu'au 33' parallèle de latitude australe. ^ syaot uquis la coofluice et l'estime d'un cbsl puissant, ceiui de Maitololti, <|ui n'tTiii pu encore eu de communications directes avec les Européens, il °WntdD lui des recomnt&n dations, et des secoun de fmldea, au moyen des-

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complet que M. Bowdich vient d'obtenir dans la mission dont nous allons rendre compte, et qa'il a exécutée sans prépantifi, presque sans frais » seulement avec l'assistaoce de deux offîders anglais et de deux soldats pris parmi les naturels de Cape-Cmst, à la solde de ta compagnie anglaise, on paisera sans doute que le plan qu'il a suivi, doit avoir eu des avantages pn^res, et amir été fondé sur d'autres principes que oeux des voyageurs qui l'ont précédé; c'est en effet c« que l'on reconnaîtra facilement par le récit abrégé des aventures mômes de ce jeune et heureux, vojageur. Le voyage de U. Bovdich fut déterminé par une occasion politique. Le principal établissemeni des Anglais sur la cAle d'Or, appelé Cape-Cotut-CasUe, avait, sous sa protection, une nalioii voisine, babitante des rives de la mer, appelée les Fantéet. Un iw puissant de l'intérieur, le roi des Athantéei, se trouvant ofEeiuè par cette nation, ou peut-être secrètement excité 'par qadipiB puissance européenne rivale de l'Angleterre sur ces cdtes, dédart la guerre aux Fantées, envahit leur territoire, brûla leurs villages, massacra leur peuple et les réduisit aux dernières extrémiléi. L'établissement anglais lui-même fut bloqué et courut les plm grands risques : mais, le même pouvoir étranger, qui avait probablement suscité l'orage, ayant été ouvertement sommé de le conjurer, le roi des Aghantées s'arrêta, cessa ses attaquée et coasentit à entrer en liaison avec les Anglais. On saisit cette occasira de lui envoyer une ambassade solennelle, et l'on en confia la

queli il put remouter dans le Dord-oueït Jiuqu'A riUUiHemant portu^k il Lo«iid&, tur U cilte occidenUle de l'Afrique, ven 13° de latitude. Beicas de h point k Bft BtAlion centrale de Hakololo, comme il l'anil pramii, il tu repaitii veri l'est nvec lee mêmes Kecoare, et par*int alnii ï njoindre U eûte oricatA vers le 33* ds latitude à l'embouchure du Zambeai, prodie de HoumbiqBe, ^partenut anni aui Portngai» , ^ant eu l'boDneur et la bonoe fanai» d'avoir le premier traTerad le continent d'Afrique àaat toute ta iMigàai. Ce qu'il loi a Tallu déployer de padeoce, de modénnioi), et de tnmqoille counft, pour le tirer uin et MuT des pdriisswnds à chaque pas butm raul«,iiepeniM comprendre qn'en liMot la relation pteiDe d'inUrtt et de liaplidt^ qu'il et « faite. Elle a AI^ imprimée à LondrexeDlSST. J. B.

D,.;,l,z.db;G00gIe

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conduite à UD membre du conseil de la compagnie, U. James, gouverneur d'Acra, que un &ge mûr et une longue résidence en Afrique umblaient rendre également propre k cet emploi difficile. H. Bovdicb, qu'un ardent désir de se distinguer avait conduit en Afrique, fut attaché k l'expédition comme cbargé des rechwcbes sctentiSques. On y joignit aussi deux autres jeunes'gens, comme lui doués de résolution autant que de prudence : l'un, nommé H. Tedlie, était chirurgien ; l'autre, nommé H. Hutchison, devait être établi comme résident, si l'on réussissait à former une alliance. Une troupe de Fantées les accompagnait, et devait leur servir de guides jusqu'à Coumassie, capitale des Asbanlées. L'entreprise était aussi importante que périlleuse; car, jusqu'alors, la méfiance des naturels avait été telle, que jamais un officier anglais n'avùt pu seulement s'avancer dans l'intérieur, hors de la vne du fort Cape-Coast, sans courir le. risque d'être massacré presque infailliblement.

L'expédition quitta Cape-Coast>€astle le 3S avril 1817, et suivit d'abord la côte jusqu'à Annabamoo, où les Anglais ont aussi un établissement militaire. Il- faut lire dans la relation même de M. Bowdich, tes étonnants détails qu'il donne sur la beauté du pays, ainsi que sur la force et la richesse de la végétation : un ni fertile, couvert d'iguEunes, d'ananas, d'aloës, nourrit des palmiers, des bananiers d'une proportion gigantesque, entremêlés d'arbres h coton de plus de cent cinquante pieds de hauteur ; mai», k cdté de ces riches présents de la nature, et malgré sa prodigalité, ou plutôt k cause de cette prodigalité même, la pauvre nce humaine n'offre aux regards que superstition, paresse et misère. Ce ne fut pas sans une profonde terreur que l'escorte de .fantées se résolut à entra- dans les forêts de l'intérieur, qu'ils «sujërent de se rendre moins redoutables en offrant uq sacrifice UK esprits des bois. Leur répugnance était encore fortiSée par dd motif d'une nature bien différente : habitant le long des cétes, ils avaient été jusqu'alors en possession de transmetu« aux na-

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tioDs de l'intérieur, parliculièremeDt aux Astaaolées, les marcbandises européennes. Us concevaient fort bien qu'une communication immédiate entre les Ang]^s et les Ashanlées délraisaii radicalement ce trafic si lucratif pour eux; et ils étaienl dêterminés à essayer de mettre à cette communication tous les obstacles possibles. Leur opposition, d'abord passive, et bornée & ddc mauvaise volonté évidente, ^la enfin jusqu'à une rëàstutct ouverte. Hatheiireusement la faiblesse de caractère du commaidant anglais, et le découragement qu'excitaient déjà en lui 1» difficultés inséparables d'un tel voyage, augmentaient encore le danger de ces dispositions; mais ia fermeté inébranlable di If. Bowdich et de ses jeunes compagnons en IriomphérenL An yeux de toute cette troupe de sauvages insubordonnés, ils osèrent arracher aux cbefs des Fantées leurs baguettes d'or, Hianiu distinctive de leur dignité, et les remirent dans des mains plus fidèles. Une punition sévère, mais non cruelle, exercée sur m des plus mutins, ât rentrer tout te reste dans le devoir, et 11 etravane continua sa route sans avoir désormais à vaincre d'uUa obstacles que ceux que la nature physique présente dans ces coitrées sans communication. Cette jalousie des naturels de la cM pour le trafic des marchandises d'Europe, est le premier dao^ que doivent rencontrer tous les voyageurs qui veulent pénilnt dans l'intérieur dû pays, et il ne cesse même jamais pour eux ; i les acctmpagne dans toute leur route : car des motifs de méflaett pareils existent entre les cbefs despotiques des 'différentes peoplades; et surtout ils existent au plus haut degré chez les Haares, qui, répandus dans toutes les parties de l'Afrique, sont, detemp: immémorial, en possession d'y transporter et d'y vendre tous Is objets manufacturés qui se tirent d'Europe ou du nord de l'Afrique. En lisant les relations du petit nombre -de voyageurs dooi nous avons rapporté plus haut les tentatives, on s'aperçoit lisément que ce sentiment de jalousie et d'avarice commerciale a été la cause la plus puissante, comme la plus ordinaire, des difGcuité

qu'ils ont éprouvées ; et ce résultat inévitable, qui s'est produit pour l'expéditioa de M. Bowdich à son entrée en Afrique, s'est CDCore fait sentir après son arrivé^ à Couroassie même.

La caravaue arriva à cette capitale des Ashanlées après vingthuit journées de marche excessivement pénible. A son entrée, un Bot de plus de cinq mille personnes, la plupart guerriers, l'accueillirent avec les démonstrations les plus tumultueuses et les plus bruyantes, mélantà leurs cris sauvages les sons effrayants de leur musique militaire, et des décharges de mousquelerie, faites de si près, que la fumée enveloppait les voyageurs ; tout cda accompagné de gestes et de danses guerrières, dont le mou- Tement allait jusqu'à la frénésie. Après avoir été retenus par celte multitude pendant une demi-heure, les voyageurs eurent enfin la liberté d'avancer, entourés par des guerriers dont le nombre, joint à la foule du peuple, rendait leur marche aussi lente que si elle avait eu lieu dans la rue la plus populeuse de Londres. Sur la route, un spectacle inhumain, contemplé par le peuple avec une attenlion stupide, arrêta forcément leurs regards pendant quelques instants : c'était un pauvre malheureux que l'on torturait avant de le sacrifier. Il avait les mains liées derrière le dos; un couteau était passé à travers chacune de ses joues, auxquelles ses lèvres étaient attachées; une de ses oreilles, déjà coupée, était portée devant lui comme en triomphe; l'autre pendait de sa télé, encore attachée par un petit morceau de peau ; il avait plusieurs blessures dans le dos, et un couleau était enfoncé dans chacune de ses épaules ; il était conduit par une corde passée à travers de ses narines, et que tenaient les bourreaux ayant la tète enveloppée par d'immenses bonnets noirs à longs poils. Les voyageurs, s' étant promptement arrachés à ce spectacle hor^ rible, obtinrent enfin la liberté d'approcher du lieu eu le roi élait placé. Quoique ce qu'ils avaient déjà vu de population el d'armes eÀt fort élevé leur attente, ils n'étaient nullement préparés au spectacle qui se développa tout à coup à leurs regards. Une élen-

306 UÉLAftaSS SCtRNTtFIQUKS BT LITTKRAIBBS.

due de près d'uo mille de circonférence était conrerte d'mH foule aussi rictiement qae siagulièrement parée. Le roi, ses trir bntaires, ses capitaines, paraissaient daas l'éloignement, avec une suite aussi nombreuse i^ue variée, et séparée dos Anglais par une masse serrée de guerriers, qui semblaient rendre leur i^ proche impossible. Les rayons du soleil brillaient de toutes pwb sur une telle multitude d'ornements d'or, que la vivaciié de bor réflexion devenait presque aussi insupportable que l'èlonlbnle chaleur de l'air. A l'arrivée des Anglais, plus de cent troupes de musiciens sonnëreot ensemble tes fanfares de leurs dieb : la éclats bruyants d'un nombre infini de cors, de lamboors A d'instruments de métal, ne cessaient de se faire entendra par inlH^ vaUes que pour liùsser succéder à leurs mâles accents, les uns plusd oux de longues (lûtes réellement hannonieuses; tandia qu'on voyait de toutes parts s'agiter dans les airs une multitode de parasols de soie de toutes couleui%, assez larges pour coonb chacun plus de trente personnes, et surmontés par des croissanti, , des pélicans, des éléphants, des armes et d'autres omemanli plaqués d'or. Sous ces abris étfdent portés les palanquins des chefs, garnis de coussins moelleux, recouverts en taffetas éorlate, avec les plus riches draperies pendantes sur leurs bords. Les vêtements des principaux chefs et ceux de leui*suite étaieat d'une magnifloence excessive, et devaient être d'un prix exorhitant par la diversité infinie de soie étrangère qu'il avait fallu défiler pour les tisser. Ils étaient excessivement lourds et rej^ sur l'épaule comme Ja toge romaine. Des amulettes moresqaes, chèrement achetés, richement encadrés en or, y étaient suspendu par des colliers d'or massif. Une infinité d'autres omemenls d'or étaient distribués sur toutes les parties de leur parure; Iran sandales étaient de peau blanche et délicatement travaillées;! leur poignet gauche pendaient des bracelets d'or, et des mane brutes d'or natif, si pesantes, qu'il fallait les soutenir en les faisant reposer sur la tête de Jeunes enfants. Des pipes d'or et d'ar*

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■ iLANOEB BCIB»TIFlQt}E3 Et LITTÉRAIRES. 307

gent brillaieDt de toutes parts. Des têtes de loup et de bélier en or, de grandeur naturelle, étaient suspendues aux poignées d'or des épées que l'on portait eu grand nombre autour de chaque chef : les gaines de ces épées étaient faites en peau de léopard ou iTec une espèce de coquille à surface cbagrinëe; les lances iluent plates, élargies h leurs extrémités en forme de raquettes, et routUées de sang. La richesse et la diversité des instruments militaires répondaient à cette magnillcence. Au milieu de cette cour noire, les voyageurs furent tout à coup surpris de voir un certain nombre de Maures, non moins remarquables par leur pré-' tence même que par leur habillement : ils étaient dix-sept chefs, TËUis de longs babits de satin blanc richement brodés, avec des panlalons et des chemises de soie, et de grands turbans de mous- Kline blanche, garnis de pierres précieuses; leur suite portait des turbans rouges et de longues chemises blanches; ceux d'un nng infârieur araient des turbans bleus. Ib levèrent lentement les jeux sur les Anglais, quand ceux-ci passèrent devant le front do leur troupe, et les suivirent d'un regard malveillant.

EnQn le redoublement des fanfares et le resserrement des tignes militaires annoncèrent aux voyageurs qu'ils approchaient ' du roi : déjà ils passaient entre les officiers de sa maison; le chambeUaD, le grand cor de chasse d'or, le chef des messagers, le chef des exécutions royales, le chef du marché public, le gonferoenr des sépultures royales, le dief de la musique, étaient Uùs au milieu d'un cortège qui annonçait leur dignité et l'importaace de leurs charges. Derrière le maître d'hdtel [littéralelaent le cuisinier], on portait un grand nombre de petites pièces ^ senice de table, couvertes de peaux de léopards, et devant lui Paient étalées un grand nombre de pièces massives d'argenterie, des aiguières, des bols à punch, des bouilloires, des cafetières, et un grand vase aussi d'argent, garni de poignées pesantes, qui PUaissait destiné à brûler des parfums; le tout semblait de fa-^ brique portugaise. L'exécuteur de la haute justice, homme d'une

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308 MÉLANGES SCIENTiriQOBS ET LITTEHAIRES.

immense stature [personnage essentiel dans toutes les lËles et toutes les représentations royales), avait sur la poitrine nne petite hache d'or massif : devant lui on portait le billot de mort, taché de grumeaux de sang, et en partie courert d'une couche Je graisse humaine. Les quatre interprètes du roi, aussi nchemtnt vêtus qu'aucun des autres chefs, se distinguaient par les Terges d'or, signes de leur office, que l'on portait de tontes parts ea faisceaux autour d'eux. Le chef de la trésorerie ajoutait à sa nor gniQcence propre celle que lui donnait la richesse de son malt». Les boites, les mesures et les poids étaient d'or massif. Le nonlHe tolal des guerriers qui parurent dans cette cérémonie, était ii plus de trente mille.

Cette description fait assez connaître de quel intérêt devait Uu pour les Anglais une alliance avec le roi des Ashantées : mais la même politique étrangère qui avait récemment armé ce ni contre eux, les attendait k sa cour; et elle trouvait un poissant appui dans la jalouse méfiance des Maures, qui, jusqu'alors, ayant joui d'une grande influence politique, religieuse et conmercii^e, sentaient bien que ces avantages leur seraient néctssairement enlevés par une alliance directe entre le roi et les Abglais. Aussi tous les moyens que la ruse la plus raffinée peut hirt agir auprès d'un despote, tout ce que l'esprit de séduOion et d'iltrigue peut imaginer de souplesse, enSn tout ce que cet art des cours que l'iutérét développe aussi bien parmi les féroces ssivànts d'un roi sauvage que parmi les courtisans polis des priaee d'Europe, fut mis en usage pour rompre les desseins des envoyés anglais. On trouva te moyen de donner contre eux itt soupçons au roi, de lui représenter quelques circonstances de li conduite du gouverneur de Cape-Coast comme iignrieuse potf sa personne; enfin, de lui faire regarder l'envoi même des !■glais it sa cour comme un piège qui couvrait les plus perfides desseins. Lorsqu'on l'eut ainsi irrité au plus haut point aaXtt eux, on les amena à son audience, pour s'entendre accabler des

MÉLANGES SCIENTIFIQUES BT LITTÉHillRBS. 30d

plus Tib leproqjies et des menaces les plus horribles. Le commandaDt d'Acra, chef de la missioD, surpris et troublé au dernier point de cet accueil, ne sut que s'excuser sur t'inooceace de ses îDleDlioDs persooneUes, sans nier rien de la conduite du gouv»nenr général, dont cependant il tenait sa mission, et demanda la permission de s'en retourner it Cape-Coast arec son escorte pour èclaireir ces sujets de plainte. Celte f^lesse étant naturellement prise pour un aveu formel, le roi, enflammé de colère, le reuToya^ de sa présence. Tout était perdu pour les Anglais, et leur ïie Œfiine était en grand péril, lorsque M. Bowdich et ses deux jeunes compagnons se décidèrent k prendre sur eux Seuls la conduite et la responsabAité d'ane affaire si désespérée. Ayant prévenu de iear résolution M. James» jusqu'alors leur chef, ils demandèrent à parler encore une fois'an roi; ce qui leur étant accordé, sans donle parce qu'on les croyait perdus sans ressource, M. Bowdich prit la parole d'une manière solennelle, repoussa les soupçons tlerés contre les desseins et la conduite du gouverneur général, et, pour preuve de la vérité de ses assertions, il annonça que son intention était de renvoyer H. James à Cape-Coast avec- l'escorte de Faotées, et de rester seul, avec ses deux compagnons, entre ^ mùns du roi à Coumassie, jusqu'à ce que les différends qui t'étaient élevés fussent aplanis. Cette démarche franche et hardie Klera tout h coup le crédit des Anglais ; leur offre fut acceptée, ^ ilsVempressèrentaussitdt de la mettre k exécution. Bn même i^ps, ils écrivirent au gouverneur général pour lui exposer le P^i qu'ils s'étaient crus obligés de prendre, et, en se soumettant ^ sa justice, ils ajoutèrent ces nobles paroles : c Toutefois, si, ( d'après votre réflexion et la connaissance approfondie que vous' * avez de l'état des choses, vous jugez que la demande du roi des «Ashantées ne peut pas s'accorder avec votre bonne foi et votre •honneur, l'histoire'de notre pays a fortifié nos 4mes par l'il- ' lusUe exemple de Vansittaart et de ses collègues, lorsque, se < trouvant placés dans une position pareille b. la nétre, fa une

3tO MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET tITTÊRAIRKB.

« ipoque OÙ le commerce anglais avec l'Inde était dans an Hai t aussi précaire qu? l'est aujourd'hui celui d'Afrique, Ut Acri-

< virent au conseil de la compagnie cette dernière demande que « nous répétons aujourd'hui pour nous-mêmes : Ne mettes pu

< nos vies en haiance avec l'honnâur et les iatérèts de notre «patrie. » Un cœur élevé doit avoir un vif plaisir h exprimer des sentiments si nobles ; mais il faut une grande force d'&me, et une rare constance, pour les éprouver encore en présence d'une mort certaine, et qui doit être accompagnée de tous les tourments que peut inventer la plus ingénieuse barbarie. Je n'ajoutera qu'un mot nécessaire pour fnire complètement juger un tel caractère : c'est que celui qui écrivait cette dépêche, et qui avah eu l'audace de prendre un parti si hardi et si décisif, avait vlogt-trots ans, et se troavait employé pour la première fois.

Un si haut dévouement ne pouvait être qu'approuvé ; il le fut. Les torts apparents ou réels dont se plaignait te roi des Ashuitées, furent expliqués ou réparés, et M. Bowdich reçut do gouverneur général l'ordre de prendre le commandement de la mi»sion qu'il avait sauvée. Son courage, sa noble franchise, ta belles qualités, et jusqu'à sa jeunesse, lui concilièrent l'estime et l'amitié du roi, désarmèrent même la jalousie des Maures, et amenërent enfin la conclusion d'un traité de commerce conçu dais les termes lés plus avantageux pour les Anglais : on le Iroure rapporté dans l'ouvrage. La négociation ne ^t pas toatefotj exempte de ces nuages qui, dans les cours d'Europe, s'indiqnenl par des réserves et des froideurs pleines de politesse, mais qui, chez un despote africain, s'expriment par des attaques pubUques et par des tentatives d'assassinat; mais la longanimité indomptable du jeune négociateur, et les avantages mêmes qu'il sal prendre des obstacles injustes ou perfides qu'on lui suscitait, flnirent par dissiper tous les orages. Cn commerce florissant, en pleine activité, et d'un avantage signalé pour sa patrie, est aujourd'hui le résultat de son dévouement et de ses efforts ; mais le

MÉLANOEB SCISNTIPIQUEB ET LITTÊBÀIRES. 311

terme de sa miiwion politique n'est pas celui des services qu'il a rendus uix sdeDces et aux lettres. Admis dans l'intimité d'un roi ifricaiQ, dont la puissance est telle, qu'il peut lever uoearméede deox cent mille hommes, considéré comme la seconde personne da royaume, aimé du chef le plus distingué des Maures, respecté de tous les autres, on conçoit qu'il a pu recueillir, sur t'iotérieur de l'Afrique, des renseignements qu'aucun voyageur isolé n'a eu 'autant d'occasions d'obtenir, et que Bruce même n'a pas pu se pTOCorer à la cour d'Abyssinie, trop éloignée, par sa situation et KS relations habituelles, des lieux et des objets que la curiosité européenne a aujourd'hui le plus d'intérêt de connaître dans le continentaMcain. L'examen des résultats obtenus à cet égard par M. Bowdich fera la matière d'un second article, où, en parcourant les divisions de son ouvrage, nous tâcherons d'indiquer ce qn'il a rapporté de plus remarquable sur les mœurs des Ashantto, leur gouvernement, leur histoire, et la géographie intérieure de l'Afrique. ' .

A la fin du premier extrait que nous avons donné de cette tntérets&nte relation, nous avons laissé l'auteur établi à Ja cour d'un ni puissant de l'intérieur de l'Afrique, ayant conquis l'estime de Kprince par la noblesse de son caractère, et ayant su lui inspirer usez de conQance pour lui faire conclure un traité d'amitié et de commerce aussi honorable qu'avantageux pour les Anglais. Cet heureux résultat, et les négociations mêmes qui l'avaient amené,

plaçaient H. Bowdich dans une position très-favorable pour acquérir sur les mœurs des Asbantées, sur U constitoiioa de œ peuple, ses lois, son histoire, ses relations politiques ou comm»dales, des notions sûres, et propres à jeter une lumière toute doqvelle sur l'intérieur si peu connu de l'Afrique. Quoique les honnnes qu'il avait sous les yeux fussent, en beaucoup de points, des barbares, livrés aux superstitions les plus stupides comme les plu féroces, ils oe manquaient ni de sagacité, ni de connaissances positives sur tout ce qui tenait & l'intérêt de leur fortune ou de lenr pouvoir ; et ils étaient en état de fournir sur ces objets d'aussi bons renseignements qu'auraient pu le faire les Européens la plus civilisés. A la première audience que H. Bowdich obtint^ roi, laquelle eut lieu, selon l'usage, en présence des grands desa cour, ce prince lui demanda, ou plutAt lui fil demander par ses ministres, d'où il venait et quel dessein l'avait amené dans son royaume. H. Bowdich, comme un autre Colomb, se mil à décrire en termes magnifiques la puissance et la richesse de l'iogh!terre, le nombre et la valeur de ses soldats, la perfection de ses arts, enltola multitude de ses vaisseaux couvrant toutes les men et allant porter les produits de son industrle'dans toutes les parties du monde.— Nous sommes, ajouta-t-il, venus de notre patrie pour vous faire part de tous ces bienfaits, pensant que les répandre chez tous les peuples est le plus noble hommage de reconnaîs- - saace que nous puissions offrir au Dieu & qui nous les devoDs. —Ce motif, reprit le roi, ne saurait être véritable. Je vois bien qee vous êtes fort supérieurs aux Ashantées pour l'industrie etlesarts; car dans le fort de Cap-Coast même, qui n'est qu'un petit établit' sèment, vous avez beaucoup de choses que nous ne savons pu fabriquer : mais il existe ici, dans l'intérieur, un peuple, celui de Kong, qui est aussi peu civilisé, comparativement à nous, que nous le sommes comparattvement h vous-mêmes. 11 ne saJI ni fabriquer les ornements d'or, ni bâtir des habitations commodes, ni tisser des vêtements. Cependant il n'est pas un seul de

HÉLANGBS SCIENTIFIQUES ET LITTéRAIRES. 313

mes Ashantées, mëine des plus pauvres, qui voulût quitter sa' maison pour l'unique but d'aller instruire le peuple de Kong. Maintenant coEiiment voulez-vous me faire croire que c'est seulement pour un motif aussi frivole que vous avez quitté celte Angleterre si belle et si ^heureuse, que vous avez traversé une grande ^duede mers, entrepris par terre un voyage pénible et dangereux, renoncé à coucher dans un lit, k jouir de toutes les douceurs de la vie, et qu'enfin vous êtes venu vous mettre ici prisoif- Diers dans mes mains, au hasard de vous faire couper la télé? L'argument était, comme on voit, assez vif. Il fut réitéré le lendemain devant l'assemblée publique de tous les chefs militaires; et,avantqneH.Bowdich put; répondre, un des ministres maures w leva, s'approcha du roi, lui dit lout bas quelques paroles, après quoi ce prince ajouta: — Et si tels sont aujourd'hui les desseins de votre nation, pourquoi donc en avez-vous agi si différemment dans l'IndeT Le jeune négociateur, sans s'étonner, allégua une différence dans les vues actuelles du gouvernement, fit valoir la dissemblance des circonstances, la nécessité où l'on s'était trouvé de recourir à une défense légitime ; enfin il finit par persuader. Hais cette anecdote qu'il nous a racontée, suffit, à ce qu'il nous sonblé, pour montrer que le roi des Asbantées n'était pas si mal inlormë de ce qui se passait hors de son rojaume, et qu'il devait au moins être en état de donner de bons renseignements sur ses plQs proches voisins. M. Bowdich ne manqu,a pas de mettre à profil une si belle occasion ; et, dans ses entretiens journaliers, tant avec ce prince qu'avec tes chefs maures qui résident h sa wur, il eut toute la Tacilité de recueillir sur la géographie, la politiqueetles mreursde l'iolérieur de l'Afrique une multitude de notions aussi précieuses par la confiance qu'elles méritent qn'inléressantes par leur nouveauté.

D'après une tradition trop générale et trop récente pour pouvoir être révoquée en doule, il parait que le royaume actuel des Ashantèes fut fondé, vers le commencement du xviii^ siècle, par

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31( UÉLAFiaES SCIENTIFIQUES ET LITTÊIlAtBBS.

un parti de guerriers venus de l'est. Le' chef de ces guerriers, nommé Saï Tootoo, devint roi du pays conquis, et ses premiers capitaines formèrent l'origiae d'une aristocratie militaire, dont le principal privilège, d'un prix immense dans ces mœurs bu^ barcs, était d'être il l'abri de toute peine capitale. Mais un des successeurs de ce pi*ince, nommé Saï Cudjo, redoutant la trop grande influence des familles de ces premiers fondateurs, eolen leur rang à la plupart d'entre elles, et le transporta à d'autres familles indigènes qui lui étaient dévouées, de sorte qu'il affermit ainsi son pouvoir, en conservant ce rouage essentiel du goiH vernement. Ces familles sacrées, aujourd'hui au nombre de quatre, forment le second degré de l'autorité. Le troisiëroe «t l'assemblée des chefs militaires. Le reste de la population est soldat, ou esclave, ou vassal des grands, et se compose en trèsgrande partie du peuple primitivement subjugué. Hais le gouvernement travaille sans cesse à effacer cette différence el à fùn disparaître la trace de son origine étrangère ; chose d'autant plos facile, que, l'écriture n'étant pas connue du peuple, et u'éUnt même pratiquée h la cour que par les conseillers maures, il n'existe pas de monuments historiques écrits. D'après des énluations qu'il croit très-modérées, M. Bowdich porte la forci militaire des Ashantëes h deux cent quatre mille hommes ; n qu'il considère comme indiquant une population totale d'environ un million d'individus. Celte esUmation pourrait paraître tnp faible au premier coup d'œil : mais il faut remarquer que, dsin un pays ainsi gouverné, la force militaire doit comprendre toos les individus m/Ues en état de porter les armes ; et, en supposait que leur Age s'étende de dix-huit aiis jusqu'à quarante-dnq, ot trouve en effet que leur nombre doit être d'environ deux «ol mille sur une population totale d'un million. C'est Ji peu près la populaUoD de l'Ecosse; mais M. Bowdich croit que les Ashattécs sont répartis sur une étendue de territoire deux fois aussi grande.

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H&LANOES 3GIENTIP10OE9 ET LITTÉRAIRES. 31 S

Lear goaveraemeiit, quoique despotique jusqu'à la barbarie dans les détails, présente, daus tes grandes atTaires, le baluicement de plusieurs pouvoirs. Le roi est le mattre absolu • de l'administration intérieure; les familles sacrées ne peuvent y iofluer qae par lenr crédit : mais elles participent de droit aux décisions qni intéressent la politique extérieure ; elles peuvent même alors inéter les volontés du roi par un veto formel. La guerre seule se décide par le concours de trois pouvoirs, qui sont le roi, les hmilles sacrées, et l'assemblée des chefs milllaires.

En observant des formas aussi compliquées de gouvernement, ciiez un peuple qui d'ailleurs diffère essentiellement de la race B^ par sa physionomie, autant que par ses mœurs et son iDlelIigeoce ; en tivuvant ctiez ce peuple la connaissance trèsperfectionnée de plusieurs arts, tels que le tissage, la broderie, la poterie, le travail des cuirs, celui des métaux, l'orfèvrerie et l'ardiitecture ; en y reconnaissant la pratique de plusieurs supmtitions singulières et d'usages bizarres, étrangers aux Nègres, tt même inconnus aux nations environnantes, M. Bowdich s'est trouvé naturellement porté ft imaginer que les Ashantées provenûent originairement de quelque contrée de l'Afrique, plus civilisa que celle qu'ils habitent aujourd'hui. Un examen apjJro- (ondi de cette idée l'a conduit à penser qu'ils descendent de ces ucieas Éthiopiens' qui, au rapport d'Hérodote, environ six cent trente ans avant cet historien, furent dépossédés de leur pays par nne colonie égyptienne, et qui depuis, toujours pressés par le mouvement de la population de l'est h l'ouest de l'Afrique, se sont enfoncés de plus en plus dans l'intérieur, en laissant au sud les Éthiopiens sauvages dont parlent Diodore de Sicile et Hérodote, lesquels se trouvent encore aujourd'hui, avec les mêmes ^ts et le même caractère disUnctif d'anUiropophages, dans les contrées où ces historiens ont marqué leur séjour. Je rapporterai snccinctement quelques-unes des analogies les plus frappantes <iue H. Bowdich indique à l'appui de cette opinion, et elles seront *

316 MÉLANGES SCIE>TIPIQUE8 ET llTTÉR&IBBS.

d'autant moins déplacées, qu'elles auront en même temps l'aTantage de faire connaître les traits les plus caractéristiques des mœars et du gouvernement des Ashanlées.

Déjà l'on a dû remarquer, dans ce qui précède, une similitude singulière entre le prénom de Saï ou Zaî, donné au roi des Ashautées, et celui de Za que prenaient les premiers rois de l'Àbyssinie ; or, d'après les observations de M. Sait, il parait que les Abyssins descendent aussi d'une nation d'Éthiopiens, auxquels se sont mêlés, dans la suite des temps, des colonies venues d'Egypte'. Une autre coutume commune à ces deux peuples, c'est que le roi n'est jamais censé parler en public par lui-même, mais par des ministres ou interprètes qui répètent ses moindres observations. Chez les uns comme chez les autres, le roi ne mange jamais en public : il vit retiré parmi ses esclaves et les officiers de sa maison, et c'est un crime capital de s'asseoir sur son siège, que l'on renverse dès qu'il se lève. En Abyssinie, loul défaut corporel exclut du tréne. Chez les Ashanlées, la cautome autorise tout ce qui peut contribuer k la beauté de la race régnante, jusque-là que les intrigues les plus multipliées sont pe^ mises aux femmes de la famille royale, même avec les hommes de la plus basse condition, pourvu qu'ils soient beaux et bien constitués. Une conséquence assez naturelle de cette coutume, c'est qu'ils attachent la légitimité à la seule descendance par les femmes. Ainsi, au roi succèdent d'abord ses frères comme issos de la même mère,, puis les enfants de ses sœurs. Une ressemblance plus marquée et plus singulière encore, c'est que le roi des Ashanlées, comme celui de l'Abyssinie, entretient une troape d'enfants de grandes familles, attachés k sa maison en quBlilè de pages, et qui sont élevés k voler avec adresse, comme les jeunes Spartiates. Les Ashanlées, de même que les Abyssins, ne

I des dÎTCrsO] caulumes aUrlbuécs ici aux Abysios (^ M ■ Dowdicli eu coDBtnlfe par les voyages de Bnice et de H. Sait.

eombaltent jamais la nuit, ni mdme après le coucher du soleil, quelques avantages que les circonstances leur préseateot : chez les deux peuples également le mariage n'est qu'un marché, qui s'annule en rendant les sommes reçues; et la circoncision, quoique pratiquée quelquefois, n'y est point obligatoire. Ces analogies, et beaucoup d'autres que H. Bowdich a réunies dans un Btémoire particulier qu'il a bien voulu nous communiquer, semblent trop caractéristiques pour être l'effet du hasard i mais ce qui leur donne encore plus de poids, c'est que Yor^Afoave uissi chez les Ashantées plusieurs usages tout à fait pareils à eeni de l'ancienne Egypte. Ainsi Hérodote raconte que les Égyptiena mangent dans les rues, mais que, pour les autres besoins de la nature, ils se retirent dans les parties secrètes de leurs maisons. Ces deux coutumes se retrouvent aussi chez les Ashantées; et, ce qui est une particularité qui ne se rencontre chez aucune nation nègre, ils ont, aux divers étages de leurs maisons, des latrines entretenues avec une recherche de propreté surprenaale. Comme les anciens Égyptiens, ils laissent croître leurs cheveux et leur barbe, pour témoigner de leur douleur : ils n'embaument pas leurs morts, mais ils les enfument pour les conserver. Le bianc est chez eux la couleur sacrée, de même qu'il Tétait en Egypte. Leurs prêtres sont vêtus de blanc, et se blanchissent aussi tout le corps avec de la cbiux : on fait la même cérémonie aux accusés Iwsqu'oo les acquitte. Le roi et tons les grands portent des habits blancs dans les jours de représentation. Chez les Ashantées, comme dans l'ancienne Egypte, OQ entretient des crocodiles sacrés, que les prêtres sont chargés de nourrir avec des poulets blancs. On y reconnaît aussi cette coutume, rapportée par Hérodote, que chaque famille s'abstient d'une espèce particulière de viande ; les unes, de monton ; d'au- ■res, de chèvre; d'autres, de bœuf; ce qui forme entre elles autant de castK tout à fait distinctes, et désignées par ces noms-là. l^r architecture légère ne ressemble pas sans doute h celle des

31S HiLANGBS SCIENTIFIQUES ET LITTÈBilIlBS.

iDODuments de Thëbes, et leurs palus de roseaux n'ont rien qui rappelle les pjramîdas ; mais ces grandes masses eUes-mémei ne D0U3 représentent pas davantage les humbles habitatioiude l'ancien peuple égyptien. Toutefois les frêles demeures des Ajustées ne sont pas entièrement dépourvues de caractères tiisloriques ; car, parmi les ornements nombreux et redierchès qù les décorent, on retrouve fréquemment une figure asses dislîDCte de l'ancien Ibis. N'y a-t-U pas quelque chose de frappwt dini ces anciens vestiges, tout efl&cés qu'ils sont en partie par la maiD du temps?

Après ce qui précède, un petit nombre de traits suffiront poor compléter le tableau de ce singulier peuple. J'û dit que le goovernemetit intérieur y est despotique ; il l'est en eflet de la eunière la plus absolue, et avec un rafSnement de politique iacroyable. Par exemple, le roi, pour s'assurer de la fidéUté des chefs qu'il veut honorer de quelque emploi considérable, prend tm de leurs enfants qu'il faitélever près de sa personne, et il leur eoTOit en échange à élever ses propres enfants ou ceux de ses frères. Est-on mécontent d'un chef qui régit une province éloignèetOi dissimule longtemps, et, s'il le faut, durant des années eaûha : cependant on accumule les preuves qui s'élèvent contre lui, oa attire dans la capitale les témoins qui peuvent l'accuser, on Itt cache et on les fait disparaître pour lui donner plus de sécnrili; enfin, lorsqu'on est parvenu à lui inspirer assez de confiina pour venir h la cour, on l'arrête, on lui présente ces tèmEHU qu'il croyait morts et qui semblent sortir du tombeau pour le confondre. Dans son U:t>uble, il est bientôt convaincu et misi mort, à moins qu'il ne rachète sa vie au prix de tous ses Ineas. En général, presque tous les crimes peuvent se racheter avecde l'or, et le roi hérite de l'or de tous ses sujets. L'État hérite ii>^ de tous les morceaux d'or qui tombent par terre dans le marcbi public; personne, pas même leur propriétaire, ne peut les nmasser, sous peine de la vie. Lorsqu'une forte pluie vient l>iâ

HÉLANQES SGIENTIF1QUK8 ET LITTÉRAIRES. 319

la place du marctié, tout l'or qui se trouve rassemblé par les eanx, eat religieusement couvert de terre, et laissé là comme un dépOt sacré. La récolta de cet or, durant le rogne du roi actuel, l'est faite deux fois, et chacune a donné environ soixante mille fnncs de notre monnaie. Ce produit, ainsi que L'or que l'on ealeire avec les membres de la famille royale, est considéré comme sacré, et on ne peut l'employer que pour la défense de l'État, dans des circonstances extraordinaires. Par une singulière fiction, qni indique une délicatesse d'orgueil bien susceptible, le roi est censé ne pas payer les services des grands officiers de sa cour; il leur fait seulement délivrer la quantité d'or jugée nécessaire pour iDbrenir k l'entretien de sa maison : mais cet or est pesé en poids ia roi, qui est d'un tiers plus fort que le poids ordinaire, de urie que 1(1 difTéreoce fait le revenu de leur charge. Lorsque le ni veut élever un de ses capitaines, en récompense de ses services, il lui prête gratuitement, pour deux ou trois ans, unfl quanUlé d'or, afin qu'il la fasse valoir b intérêt, et qu'il puisse lioti te mettre en état de soutenir la nouveile dignité qu'on lui destine. S'il ne réussit pas k s'enrichir avec ce secours, il est regardé comme un homme sans talent. En effet, la chose n'est pas difficile; car le taux de l'intérêt légal est de trente-trois un ters pour cent par quarante jours, ou plus de cent pour cent pour quatre mois : c'est sans comparaison plus cher que n'était l'intérêt à Rome. Car, lorsque le farouche républicain Brutus prétait aux illiéi de ta république, il se contentait de quarante-huit pour cent pv an. Dans un cas comme dans l'autre, cette usure effroyable M la conséquence nécessaire du despotisme, qui concentre tes capitaux dans les mùns du plus fort, et ne permet de sécurité dans la ïiropriâté qu'& celui qui peut se défendre. De quelque nom qu'on In revête, les mêmes causes produisent éternellement les mêmes effelB. Toutefois, il existe chez les Âshantées des moyens de se «uslraire à l'oppression quand elle devient.intolérable. Si un homme jure par la tôte du roi qu' un autre le tuera, cet autre est en

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elTet obligé de le tuer, parce qu'un tel serment est censé invoqno' la mort du roi s'iV n'est pas rempli; mais alors la famille du mort acquiert le droit de faire un procès au meurtrier, qui est obligé de payer un dédommagement considérable. Un esdave nultraiti par son mattre peut de même échapper à sod pouvoir en se donnant à un autre maître qu'il oblige de le prendre, en invoquant sa mort s'il ne le fait point ; et le premier propriétaire ne peat pas le réclamer après cette invocation. Le dernier (les esclaves peut ainsi compromettre dangereusement le chef le plus puissant, et même les premiers personnages du royaume, en jurant que le roi tuera ce chef ou celte personne, et il en coûte ensuite à cnaci beaucoup d'or pour se soustraire à l'accomplissement d'ni pareil vœu. Ce sont I& des espèces de garanties terribles contre l'excès du pouvoir arbitraire. A la vérité, il en coûte souvent la vie pour y recourir; mais le Nègre, habitué dès l'enfance à voir la mort et la torture même avec une profonde indifférence, Dc regarde pas & ce sacritic«, quand il a soif de se venger. Qudquesuns, pour échapper aux malheurs de l'oppression, vouent leur vie au roi, qui alors les nourrit et les protège. Ils vivent ainsi exempts de persécution et d'inquiétude; mais il faut qu'ils meurent avec le prince : on les immole tous sur son tombeau.

On conçoit assez que la religion d'un pareil peuple doit ftre Bupersti^euse et féroce ; tels sont en effet ses caractères. Ils croienl un Dieu et une autre vie : mais, n'ayant point de dogmes positifs, ils accueillent et pratiquent à la fois toutes les superstitions des Nègres et des Maures. Surtout ils payent au poids del'or cerlaim amulettes, semblables & de petits grains de poterie diversement colorés, et auxquels ils supposent un pouvoir absolu sur leur destinée. Ils assurent qu'ils les trouvent enfouis dans la terre, el le prix qu'ils y attachent prouve qu'ils ne savent pas se les procurer en abondance. On pourrait donc croire, avec quelque probabilité, que ces objets, analogues aux petites figures que I'ob trouve dans les catacombes des Égyptiens, sont d'une fabricalioB ,

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Uès-ancienne, dont le secret est perdu aujourd'hui ; de sorte que œai que l'oD se procure se trouvent dans d'anciennes sépultures oà ils ont été autrefois enfouis. Halbeareusement toutes leurs nipefstitions oe sont pas aussi innocentes. Le sang des victimes humaines se verse pour les moindres sujets, je dirai même pour la plus simple fantaisie, avec une facilité et une prodigalité tellei, que la barbarie de ces exécutions n'excite plus, aucun mouvement de pitié ni. même de surprise. Il y a des sacrifices humains dans toutes les fêtes, dans toutes les cérémonies un peu remarquables. Le peuple mé(ne, qui, dans ce spectacle, pourrait souvent présager son sort, ne s'en émeut pas; ou, s'il s'en émeut, (^«st pour s'en réjouir, et insulter au misérable que l'on torture. Il est affreux dé penser, pourtant M. Bowdich l'a vu et l'assure, il est affreux, dis-jc, de penser que l'abolition de la traite a augmenté sensiblement le nombre des victimes bumaines ainsi sacrifiées; et, pour que rien ne manque aux maux qu'a déjà causés cet abominable commerce, ce nombre s'accroîtra probabtement encore, à mesure que l'abolition de la traite deviendra pins réelle et plus générale, parce que, après s'être habitués & faire des esclaves pour nous les vendre, il faut qu'ils les tuent pour s'en débarrasser, aujourd'bui que nous n'en voulons plu$.

C'est trop s'arrêter à décrire ces mœurs féroces; l'espace qui DOiu reste sufSra k peine pour indiquer' les résultats do tout S^nre que notre voyageur a recueillis. H. Bowdich a réuni dans Un purrage le vocabulaire et les noms de nombre d'environ ■note langages inconnus avant lui. Il a de plus, avec un travail considérable, analysé particulièrement la philosophie et la conilrucUoD de deux de ces idiomes, et il y a découvert des ressem- Uioees très-curieuses entre leurs tours, leur syntaxe et celles de l'hébreu et du grec. Il a noté plusieurs morceaux de la musique ■les Ashaotées et des autres nations de l'intérieur, sans essayer d'en déguiser la simplicité par aucune altération. Il y fait remarquer qoe le mode mineur s'y renconlre plus fréquemment que le

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391 IliLANaia scientifiques BT LITTiRAlHKS.

mode majeur, et 'qn'iU passent ûsément de ^an à l'aatn dans le mâme air. H. Bowdich ilgaate avec soin toutes les contâmes qoi penvent être oaraotéristlqnes. Ainsi, il remtvqne qne les Ashaatèat ne pèsent qae l'or; les autres choses se vendentàlamesun: par exemple, la poudre en gros par baril, eu dëtidl par cha^ d'arme ; le tabac, par rouleaux oo par boots ; le fer, pu* barres ; le plomb, par petits barreaux longs comme le doigt, etc. Um» poids pour l'or sont les soivants :

8 tokoos font nne ackie, environ une piastre ou 5 francs;

16 ackies, un neweoiéen;

36 — uhbenda;

iO — 'un périguin.

I,eur«nnée commence le 4" octobre; ils la partagent, par Ions - cérémonies religieuses, eu divisions de trais et de six temaioes qui se succèdent alternatiTement. Us connaissent et emploient U semaine de sept jours*. Mais chaque bmille place le commencement de c«tte période i. un jour différent, où elle s'abstient ds travail. H. Bovdicb a, recueilli beaucoup de détails intéressant sur lea maladies, ainsi que sur les végétaux et les animaux les plus remarquables de ces contrées : nous ne pouvogs qu'indiquer ici ces objets, afin de nous réserver quelque place pour des résultats d'un intérêt plus génénd encore.

L'étendue de territoire que les Âsbaatées occupent, les relations nombreuses que leur richesse et leur puissance leur donnent arec les nations qui les environnent, la résidence parmi eux d'un cer-

' ravaù Kjoulé ici : Comme leiu Iti ONtrM piiiple*. U.»ia Vaaiieniiili qn l'on BoppoMlt i l'usage de la semalDe quuid j'dcrivb Mt article, ^uit aH tmvT. Vojret M que J'ai dit à m •□jet, u tomH 11, pafe 14), note. Lm Aïkif téta ont pu rec«roir la teisaliie de Isun communicatioDS avec lea Hanrai, m même temps que leur Tonne d'année usuelle, qui, commençaut au I" octobrt, aa tMNive, en cela, eonoorder avec la syiv-mBoMonieiiiM, poatMeuKBieM mplojée Buui par les Juifs et les anteuni arabea. Voyei MaoNi tulrmomlque, chap. ti. Halheureuaement H. Bowdldi oe donne que «eoles Indications anr le calendrier dea Aahantécs. J. B.

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HÉLAN6EB SCIENTiriQDKS BT LITTiflAIRKS. 933

tain nombre de Maures exercés au maniemeot des afTaires, el doDl l'office mAme exige une certaine instruction, le concours conli- Duel des marchands d'esclaves venant de l'iDlérieur, enfin une liaison familière et amicale avec tous les personnages influents au pays, et l'intelligence du langage, donnaient à M. Bovdieh des facilités singulières pour prendre des renseignements sur la géographie de cette partie de l'Afrique qui s'élend au sud du Niger, et relativement à laquelle on était resté jusqu'alors dans une ignorance absolue. Sans doute, des indications ainsi déduites de relations orales ne doivent pas être comparées, pour la certitude, avec les données positives que pourrait fournir un voyageur Instruit qui aurai t été lui-même sur les lieux. Toutefois, à défaut de ses dernières, le rassemblement des témoignages oraux peut être encore fort uUle ; car, s'ils sont en grand nombre, indépendants les uns des autres, et discutés avec intelligence, ils peuvent conduire i. de très-fortes probabilités. Nous croyons que le lecteur attentif reeonnalb^ ces caractères dans les informations recueillies par M. Bowdlch , et dans le journal de son compagnon de Toy^e, H. Hutchinson, qu'il avait laissé comme résident à Coumassie, capitale des Ashantées. Nous allons rapporter succinctement les résultats qu'il s déduits de ces divers renseignements.

Le premier et le plus important concerne le cours du Niger. Tout le monde sait combien de conjectures ont été faites sur la direction de ce grand fleuve, dont les bords sont couverts de cités populeuses , et dont les eaux fécondantes semblent donner la vie à tout l'intérieur du continent africain. Les uns ont fait couler ce tlenve de l'est à l'ouest ; d'autres, dans une direction contraire : on t'a fait tantdt se perdre dans une mer intérieure, tantôt se contioner jusqu'aux eûtes orientales ou occidentales, et verser ses eanx dans l'Atiantique ou dans l'Océan indien. Enfin , lorsque Mungo-Park atteignit ce (leuve près de Sego, et se fut assuré par Hs propres yeux qu'il coulait alors de l'ouestà l'est, on supposa, et ce fat aussi l'opinion de ce célèbre voyageur, on supposa, dis'

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32i HÉLANGBS SCIENTIFIQUES ET LITTÉ R&UBS.

je, que, dans la suite de soa cours, il se repliait sur lui-iDëme, et ■ que, relourpant vers les cAles occidenlates, il formait une des grandes rivières qui se déchargent dans l'Atlantique, telles qae le Volta ou le Congo. Les renseignemeats recueillies par H. Bowdicb contredisent toutes ces conjectures. D'abord , coaformément à ce qu'a vu MuDgo Pork, ils représentent le Niger coulant de l'eslui nord-ouest, depuis Sego jusqu'au lac Dibber ; ensuite, à la sortie de ce lac, comme Hungo-Fark l'a dit encore, mais seulemepl t^'après des témoignages, il se divise en deux branches, dont l'une, suivant M. Bowdicb, coulant au nord-ouest, va passer prte de TombuclOD, et l'autre, plus considérable, se dirigeant an sudouest, continue le véritable Niger, qui prend alors le nom de Quolla. Haintenaal, la première branche, après avoir remonté bu nord-ouest, un peu au ie\k de Tombucloo, se divise encore : une partie, coulant droit au nord, est appelée par les Maures Joliba, c'est-à-dire, grande eau, et Hah-mer par les Nègres; l'autre pwtie, coulant k l'ouest, prend le nom de Gambaroo. Celle-ci, poursuivant toujours sa roule dans cette direction, va enfin se perdre dans un lac intérieur, que les naturels décrivent comme volcanique, et qu'ils révèrent comme le réservoir des eaux du déluge. Quant h. la grande branche appelée Quolla, qui coule d'abord au sud-ouest, celle-ci, infléchissant peu À peu sa route, se tourne vers l'ouest même, donnant naissance, sur la rive droite, à un grand nombre de rivières qui coulent au sud-ouest jusqu'à la nier, et ea&n, affaiblie et presque épuisée par ces versements nombreux, elle va rejoindre le Nil au sud-ouest de Sennaar par une faible communication qui n'est navigable que dans la saison des pluies. Ce dernier îfùt était si remarquable et si peu attendu, que M. Bowdich a mis tout en usage pour en multiplier la probabilité. Il 9. non-seulement consulté de vive voix des Maures qui avaient fait plusieurs fois le voyage d'Egypte; il s'est procuré des cartes de roules dessinées par eux; il a comparé e\ opposé les récits de tous ceux qui pouvaient lui fournir à cet égard quelques

lumières : tontes les iadications ont été uDanimes. On peut avoir d'aotant plus de confiance & son témoignage , qae, dans d'autres cas, il ne dûsimule point les coDtradictions qui se sont rencontrées entre ceux qu'il interrogeait. C'est ainsi qu'il avoue n'avoir pas pu obtenir de reoseignements précis sur la source du Niger. * El il ne parait pas non plus séduit par le désir d'annoncer des rfsullatg extraordinaires; car, au contraire, il rappelle avec empressement toutes les indications des écrivains antérieurs qui peuvent avoir vu ou soupçonné les mêmes faits. C'est ainsi qu'en exposant ce qu'il a appris sur l'existence et le cours du Gambaroo, ii s'empresse de faire remarquer que cette branche du Niger anit déjà été indiquée sous ce même nom par notre géographe Delille, dans la carte de l'Afrique qu'il avait construite pour Uuis XV. Seulement Delille s'étût trompé en la supposant le protongement un^iquedu Niger, dont elle n'est qu'une dérivation. Cesl près des bords du Gambaroo qu'est située la cité populeuse de Houassa, centre de tout te commerce de l'intérieur de l'Afrique, el qui, en étendue, en pouvoir et eu richesses, le cède seule- ■nenl k Boumou. Houassa est aujourd'hui ce qu'était jadis Tom- Imctoo, maintenant sa tributaire. Cette dernière ville, dont la .praspérité décroissait déj& du temps de Léon l'Africain, qui représate les anciennes demeures de ses habitants. comme changées en de pauvres cabanes, n'est plus, dit-on, aujourd'hui, qu'un amas de chaumières nègres, où l'on reconnaît k peine quelques vestiges* de son ancienne splendeur.

Outre ces renseignements importants sur la distribution des taux dans l'intérieur de l'Afrique, H. Bowdlch a rassemblée une multitude de détails positifs sur les contrées moins distantes des "^eg, et principalement sur celles qu'il a pu parcourir lui-même. Ces observations donnent beaucoup de notions nouvelles, et en rectifient également un grand nombre qui étaient fausses ou inexactes, parmi celles que l'on avait précédemment admises. Ainsi H. Bowdich a tracé pour la première fois Le cours du grand

326 H^LANaKS eCIE»TlFIQ(JE3 ET LITTÉRAIRBS.

fleuve du Volta, depuis sqn embouchure jusqu'aux montagnesde KODg, appelées Montt'de la Ltine par les géographes. Lé La^, autre grande rivière que l'oD repréaenLait jusqu'ici comnie » dirigeaal au nord-ouest, coule directement nord jusqu'à nue distaace inconnue. Les esclaves venant de l'Intérieur dédareni qu'ils sont amenés pendant plus d'un mois le long de ses bords. On avait considéré les Monts de la Lune comme une chaîne continue d'où l'on faisait descendre plusieurs rivières, tant au sud qu'au nord : H. Bowdich a recoROU que ce sont des montagnes isolées , et séparées les unes des autres par des intervalles boSsants pour donner passage à de grandes rivières. Ainsi s'évaDouil une des données sur lesquelles la géographie physique s'appu^l avec le plus d'assurance pour délerminei' théoriquement le coun de ces fleuves et du Niger môme; ou pluUt, dans cette àrooD- ■ stance, comme dans beaucoup d'autres , ce n'est pas ie priDdpe théorique qui était laulif, c'est l'application que l'on en faïL-Ron content de ced découvertes, H. Bowdich s'est transporté sur ce mêmes plages oA avait échoué l'etpédidon anglaise récemmatl envoyée à grands frais pour remonter la rivière du Congo, qt» l'on supposait à tort être le véritable Niger. Il a voulu essaya sur cette *cdte ce que pouvaient les efforts bien dirigés d'un aaà individu, et les résultats de cette excursion sont rapportés dans su ouvrage. Il y a trouvé encore de nouvelles couûrmations des resseignemente qu'il avait recueillis ches les Ashantées sur la dodréalité du système qui faisait du Congo l'embouchure du Niger. II a exploré le cogrs de la large mais courte rivière, appelée Goboon. Cette rivière se divise en deux branches, Ji peu de distanœ de la cdte; mais, en traversant une péninsule déserte que ces branches comprennent, on trouve dans l'intérieur, à- trois ja^^ nées de marche.une autre rivière considérable, appelée Ogooawtà, qui, dit-on, est aussi une dérivation de la branche du Niger appelée Qaolla, et qui, après une longue course, se divise ^ en deuï branches, dont une se réunit au Congo.

■ ÉLANaBS SCIBNTlrlQUSB bT LITTiRAlRB8. 3S7

Outre ces rétultato de géographie gânérale, on trouve dans ronvrage de M. Bowdlcb une foule de détails locaux du plus grand intérêt. Ainsi le royaume opulent de Dagwmba, dont la renommée est parvenue jusques aui cAles de la Hëdilerranée, se trouve être un des tributaires des Ashantées et le Delphes de l'A- Irique. L&, d'après des témoignages unanimes, sont déposés un graod nombre de manuscrits que l'on peut maintenant espérer de posséder un jour en Europe. Plusieurs autres ro^raumes dont le nom et l'existence étalent précédemment tout li bit inconnus, ont été découverts par M. Bowdich, et leur position relative a été indiquée par ses recherches. En un mot, il a rempli de noms et d'intérêt ce grand espace vide qui existait dans la géographie de l'Aù'lque depuis la cote de Quinée jusqu'au Niger, et dont Ori ignorait même s'il était désert ou habité. Nous ne pouvons mleut tsire sentir le prix de ces travaux qu'en rapportant Ici l'éclatant suffrage dotit les a honorés le patriarche de la géographie : c Le ( travail de H. Bowdich, dit le major Hennell, contient beaucoup

* de tenseigtiemetits géographiques importants et nouveaux sur (la partie du globejuaqu'lcl la moins connue; Il offre des résuV-

< lats auxquels on ne pouvait nullement s'attendre. L'existence

< de la rivière de Gambaroo est une découverte nouvelle qui méc iHe la plus grande atletitton. En général , les recherches rap-

* portées par ce jeune voyageur présentent dans leur ensemble

< des preuves de véracité incontestables, et aitestetil dans leur

* uitetir beaticoup de jugement et d'habileté. *

Un des chapitres les plus intéressants et les plus uUles de l'oUvrage de M. BOivdich, c'est celui où il expose les moyens de lieides relations de cottimerce avec l'iotérieur de l'Afrique par les établissements de la cOte de Guinée, et surtout par Tinter- ' nèdlalre des Ashantées. Tenir envers ces peuples une conduite noble et juste, qui letir inspire du respect pour le caractère européen ; répandre chez eux, par la seule vole de la persuasion et de l'exemple, lea sratiments d'équité, d'humanité, les Idées de

Sm MÉLANGES 8CIKNTIPIQUE3 ET XITTKRllKKS.

travail, d'agricufture et de commerce qui conduisent & la ciTÎUsatioD ; les détacher ainsi naturellement et sans violence de leurs superstitions cruelles, pour tes îunener à une religion qui prescrit et inspire toutes les vertus sociales ; en faire ainsi des êtrts iKins. laborieux et heureux, teUes sont les voies que M. Bovdidi propose; tels sont les résultats qu'il regude comme possibles et même comme assurés en suivant ces iodicatioas. Puisse son plan être adopté par ses compatriotes et par les auti-es nations européennes qui ont des établissements sur les câtes orientales de l'Afrique I Alors la civilisation et le bonheur pourront enfin paraître sur cette vaste partie du monde, si longtemps en proie aux superstitions, aux massacres, à l'esclavage, k la t)arbarie. L'Europe doit ce bienfait h l'Afrique, en réparation des maux que la traite a répandus depuis trois siècles sur cette terre infortunée.

Uue des considérations sur lesquelles M. Bowdicb insisle le plus, et avec raison, h ce qu'il me semble, c'est l'inutilité presque certaine de tenter désormais de pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique par des entreprises isolées, qui, rencontrant à diaque pas des résistances, doivent presque inévitablement finir sassi malheureusement que celles qui ont été essayées déjà. Tous ]et intérêts, et tous les préjugés des naturels se réunissent contre ce genre de tentatives. Au lieu d'essayer encore cette voie hasardeuse, M. Bowdich propose de s'avancer graduellement dans l'intérieur par des liaisons politiques, de traiter progressivemenl avec les puissances maltresses du pays, et d'établir chez elles des résidents accrédités, ayant de la probité, de l'honneur, du caractère, et de l'instrucUoD. Quels moyens n'auront pas en effet des hommes ainsi placés pour recueillir paisiblement, sans obstade et sans inspirer aucune jalousie, tous les renseignements utiles qui peuvent faire connaître ces contrées à l'Europe et amener un jour leur civilisation ! Combien leur position ne sera-t-elle pas préférable à celle des voyageurs isolés, exposés à lamalvnllanoe, au soupçon, au pillage, et qui, Vils échappent, comme Mungo-

Park a ea une fois le bonheur de le feiire, ne devront ce hasard qu'à l'indifférence qa'aunLexcitée pour eui la profonde misère dans laquelle ils seront tombés I Dans ses vues nobles et généreuses, H. Bowdich demande que les résidents près des peuples d'Afrique deviennent aussi les correspondants de l'Europe entière: il veut qu'ils soient chargés de recueillir les renseigneneals de tout genre qui leur seront demandés par les savants de butes les nations ; et il espère, non sans vraisemblance, qu'à rude de ce plan nSus aurions dans deux ou trois années des stations d'observateurs, placées aussi loin que Tombuctoo même. Un semblable projet n'a besoin que d'être énoncé pour avoir Tipprobation de tous les hommes éclairés de l'Europe. On peut atsément se figurer tout ce que les sciences naturelles et l'étude de l'antiquité devront; gagner de découvertes. La physique y poDrr& enfla obtenir aussi les observations qui lui manquent pour compléter les lois de la distribution du magnéUsme terrestre, dent, pour tout l'intérieur de l'Afrique, on n'a pas la moindre notion. Elle y trouvera encore des données météorologiques d'un intérêt extrême dans les observations de ces ourapiii subits dont H. Bowdich a été témoin, et qui changent inslanlaDément la direcUoo, des courants sur les cêtes en même temps qu'ils versent sur la lerre un déluge d'eau. On pourrait >ussi, dans Ik établissements de la cAte de Guinée, et k Capel^t même, mieux que partout ailleurs, répéter avec une grande Dlitllé la détermination du pendule à secondesjet la mesure d'un vc du méridien. Car cette partie de l'Afrique est it la fois située Presque sous l'équaleur, et presque sur le prolongement du pwi arc du méridien qui va des lies Pithynses aux Iles Shetland, ^lur lequel on a aussi mesuré la longueur du pendule à secondes et celle des degrés, dans un grand nombre de stations. Uds opération correspondante faite en Afiique, eût-elle même une Étendue beaucoup moindre, compléterait admirablement les '^'^tions européennes, et achèverait de donner, avec la figure

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330 HÉLANSKS SClKNTinQUKS RT IITTÈRAIREB.

la plus exacte de la terre, ia base la plu& parfaite de mesures qui les hommes puissent adopter. Déjà H. Bowdicb a Uen toqIb prendre avec nous l'engagemebt défaire, & son prochain myage, l'expérience du pendule, plus simple, plus courla et plus hcihi que la mesure des degrés. Peut-être un jour aura-til les mo^reoi d'exécuter aussi cette dernière. ZMe, talent courage, il a toat te qu'il faut pour réussir. Puisse-t-il, dans le reste d'une loagas carrière, surmonter toujours aussi heureusement que daot oe premier voyage, les dangers de toute espèce que son dévooemtDt aux connaissances humunes lui fait affronter.

t*erge... . si qua l^ta asperfc rampu!

ADDITION

Les vœux que je formais, pour ce courageux et intéressaal jeune homme, n'ont pRs été exaucés. Revenu en Angleterre, Boidich ne mettait pas de bornes aui espérances de célébrité, de crédit, et de reconnaissance, que le succès de sA périlleuse enireprïse lui paraissait mériter. Ses prétentions pour lui-même Maint d'ailleurs bien modestes. Il demandait seulement qu'on l'aceiéditftt, comme consul, auprès du monarque nègre, aVecleqndit avait si habilement conclu un trtdté de commerce, et qu'on lui fourott aussi les moyens de poursuivre ses découvertes dans fiitérieur de l'Afrique. Mais la rudesse de son l&ngage, et sa taudiesse k mépriser les ménagements, qui poavairat r^issir à b

HBLANGBS SGIKNTIFIQUKB ET LITTÉRAIRES. 331

coor d'un prince sauvage, n'étaient nullement propres h le servir dins une société où l'on n'aime pas à voir troubler tes positions bien on mal acquises. Elles le rendireat désagréable à ceux qui occupaient les avenues du pouvoir î et le poste qu'il réclamait fui donné à un aulre. Ainsi reconnu incommode, l'une des revues littéraires les plus répandues de l'Ao^eterre 01 de son vDjage les critiques les plus amères et les plus injustes. Profondément irrité de ces mécomptes, Bowdich vint se retirer pendant quelques années en France, non pour abandonner ses projets de découvertes, mais au contraire pour se rendre plus capable de ks accomplir, en acquérant l'ensemble des connaissances scientiSqoes qui lui manquaient^ L'intérêt que nous inspiraient son lèle et son indomptable courage, se trouvait encore accru par la présence et le dévouement de sa jeune femme, personne émiiMoimeDt distinguée par son instruction, par une gr&ce touàizatà, qui s'associait avec une ardeur pieuse et une douceur Ugèlique, aux études comme aux malheurs de son inari. Après Irois années de travail et de gène ainsi écoulées, 'Bowdicb vit (ofln s'ouviir une occasion favorable de réaliser les rêves de toute sa vie. Sir Charles Macarthy, le gouverneur de rétablissement anglais, h Sierra-Leone, ayant fait un voyage à Paris, le (QDnnl, l'apprécia, et concerta avec lui le plan d'une nouvelle expédiUon dans l'intérieur de l'Afrique, qui s'exécuterait sous a protection. Bowdich, au comble de ses vœux, s'embarqua en 4829, avec sa femme et son enfant, pour l'Afrique, dans cette espËrance. Hais diverses circonstances l'ayant contraint de s'ar- ■^r à Lisbonne et & Madère, il ne put arriver que l'année suivante à l'établissement formé par les Anglais, à l'embouchure de la Gabbie, où il fut reQu avec toutes sortes de faveurs. Là, s'étant livré avec une ardeur immodérée aux préparatifs de son voyage dans l'intérieur, sans vouloir s'astreindre aux mesures de pru- ^ce que ce climat exige des Européens, il fut atteint d'une fièvre pernicieuse, h laquelle il succomba après quinze jours de

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332' MÉLANGES SCIENTI PIQUIS ET LITTÉRAIBE8.

souffrances, dans les bras âesa jeune femme, qui avait p&ilagè sesfaligues et ses périls. Sa mort, comme c'est l'usage ordinaire, amena pour lui une justice tardive. Elle excita en Angleterre, comme en France, de profonds et légitimes regrets. Walkenacr, dans le supplément à la Biographie universelle, a écrit une louchante et impartiale notice sur sa vie et ses ouvrages. J. B.

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