ASTORIA
lURtciT d'une ENTREFRISB AU DELA DES HONTACNES ROCHEUSES PAR WASHINGTON IRVING
(EittnUt da Jonmal da Smtmli, ISS? et 18S8.)
Voici UQ livre qui, à la réalité &aM histoire, joint l'intérêt d'un roman. Le sujet en est annoncé par l'auteur lui-même dans les lignes suivantes de son introduction, où nous abrégeons seule^ tneotquelques détails.
tïans le cours de divers voyages au Canada que j'eus l'occa-
< sion de faire, il y a maintenant beaucoup d'années, j'entrai en
* relation intime avec plusieurs membres de la grande compagnie ( engagée dans la traite des pelleteries, et connue sous le nom
< de Compagnie du Nord^OmsX.... A leur table hospitalière, je trencoQtrai accidentellement des associés, des agents, et de
< hardis trafiquants, venus des postes intérieurs, gens qui avaient
* passé des années entières hors du monde civilisé, parmi de
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33i MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LlTTÉRilKES.
c lointaines tribas sauvages, et qui eu rapportaient de mem^ f leux récits, sur leurs longs et solitaires voyages, leurs eipioits c de chasse, et les périlleuses aventures où ils avaient écbappf
< de l'épaisseur d'un cheveu au fer des Indiens. J'étais dans du
< ftge où l'imaginatiOD colore tontes choses de ses teintes bii^
< tantes ; et les histoires de ces Sindbald du désert me çrisa-
< talent la vie d'un marchand de pelleteries et d'un chasseur de
< castors comme pu roman délicieux. J'eus même nn instant la
< pensée de visiter les postes les plus éloignés de la compagnif,
< par l'occasion des canots qu'elle envoie annuellement remonls f les rivières et les lacs. J'y avais été invité par plusieurs des di-
< recteurs, et j'ai toujours regretté depuis de n'avoir pas mis »
< projet h exécution. Par une suite de ces îftpressions première,
< les vastes entreprises des grandes compagnies pour le comoMm « des fourrures, et les courses périlleuses de leurs associés, ont
< toujours été pour moi des otijetsdu plus vif intérêt; et j'ùlao-
< jours recueilli avidement les détails de leurs expéditions ateit- ' c lureuses parmi les tribus sauvages qui errent dans les profonde» . c solitudes de notre continent américain.
« n y a environ deux années que, revenant d'un vojige «n « dernières limites des États de l'Ouest, j'eus un entretien aîK « mon ami M. John Jacob Astor, sur cette portion de notre paj^i
< et sur les hardis marchands qui vont traiter jusqu'à Santa-K c (du nouveau Mexique) et sur la rivière de Columbia. Celilt « conduisit à me parler d'une grande entreprise conçue et biot*
< par lui, il y a vingt ou trente ans, pour étendre la traite te c pelleteries & travers les montagnes Rocheuses et snrtooleli € côte de l'océan Pacifique.Tpouvantqu» je prenais intérêt*»"
< récit, il m'expliqua la nature de cette opération, dontl'étemliK « et l'importance nationale n'avaient jamais été comprises; pa>Ji « enfin, il me témoigna le désir que j'en fisse une relation àtbà\^ « Cette suggestion luiimant les premières impressions de rot'fit- « nesse qui ne s'étaient jamais effacées, il me parut qu'un pu*"
uitAtiaae scibntifiqubb et littèrairei. 335
■ ooTrage pourrait comprendre une muHUude de ces curieux c détails qui m'avalent tani intéressé.et qni donneraient de justes € Dotions sur le commerce des pelleteriea, sur ses lointaines et f Bveotureuses entreprises, comme aussi sur les oouluipes, les (mœars, les caractères des peuples, des tribus, des classes ( d'hommes civilisées ou sauvages qui sont affectées par ses opé-
■ rations.... Je me décidai donc à entreprendre cette t&che.... t Tons les documents relalifa h l'enb-eprise, tous les journaux (Originaux do voyage furent mis sous mes yeux.... J'y ai joint
■ les lumières auxiliaires que pouvaient me fournir les voyageurs *^iont visité les mêmes scènes.... Mon récit sera donc nécesmàremeot formé de parties disjointes, comprenant diverses
* npfditioDs par mer et par terre.... Cependant tous les faits se
< rtuacheront à an vaste dessein, conduit par un esprit siipé-
< tieur...; de sorte queVeoseinble possédera cette unité que l'on (lecherche toujours dans les ouvrages de fiction, et qui est
* considérée comme si importante dans les ouvrages d'histoire. > A ces motifs généraux d'intérêt que l'auteur présente, on nous
pcnneltra d'en joindre un autre, particulier à nos lecteurs. Un officier distingué de la marine française, M. le capitaine Duperrey, >^ra bientdt compte dans ce journal du voyage récemment Qtoité par le capitaine Back au nord du continent d'Amérique, pour la solution du grand problème géographique relatif & la i^Bunication ou à la disjonctioD de deux océans du pèle nord. Sws doute la nature du sujet, autant que l'avantage de nos leo- •*"», le porteront à rattacher cette dernière expédition aux ten- ^fs précédemment faites, pour le même but, dans ces rudes %ons du globe. L'extrait que nous allons donner de l'ouvrage ^H. Irviog pourra, s'il n'est pas trop impartit, servir comme ïiUrodnclion à ces savantes études géographiques, en présen- •wt une sorte de tableau général des contrées dont elles sont le tiiUlre, tableau oil Tiendront se peindre aussi, dans une action ^ie, les habitudes, les nécessités auxquelles sont soumises les
peuplades réparties sur celte vasiA étendue de terres, aioâ que les difficultés spéciales et les périls sans nombre auxquels s'aposent les voyageurs qui se dévouent à les parcourir.
Lorsqu'on jette les yeux sur une carte de L'Amérique seplefitrionale, on y remarque une loDgue cbaiue de montagnes inlèrieures qui s'y étend continuement du sud au nord. Celte espèce d'épine dorsale se rattache au sud k la Cordilliëre des Andes dont elle est le prolongement, et, s'abaissaot par degrés dqiuts ceUe origine, elle va enfin se perdre au nord dans la mer polaire. La ' portion située vers cette extrémité, depuis le 50* degré de laiiiadt, a reçu le nom de Montagnes Rocheuse*, k cause de sa D&Uut stérile et toute de rodies ; l'homme et les animaux mêmes n'f pouvant trouver à vivre que dans les étroits replis où qudque torrent entretient un peu de végétation pendant quelques mois. Aussi, les hommes de race blanche qui osent traverser ce<le chaîne s'exposent aux plus grands périls, et Les hasards d'uie pareille tentative ne forment pas la partie la moins altachaole dti livre que nous analysons.
Presque parallèlement à cède chaîne, mais sur les flaiici du continent américain, s'étendent deux autres lignes de montagnes, moins longues toutefois et moins hautes: ce sont, à Test, les monts Alleganys, à l'ouest ceux des Californies. Ces deui lignis servent comme de digues contre les flots de l'océan Atluntiqueei du Pacifique, ce dernier ainsi nommé, comme on appelait Euinénides les furies. En outre, de distance en distance, la chaîne intérieure jette vers les deux autres de nombreux rameaux, par lesquels le terrain intermédiaire se trouve ainsi entrecoupé Inasversalemënl.
Cette chaîne n'étant pas centrale, mais fort rejetée vers l'ooesl du continent américain; l'espace qui la sépare de la ligne orieD' laie forme comme une immense vallée dans laquelle les mi descendues de leurs fiancs intérieurs, se versent, puis s'éteadesl en vastes lacs, ou coulent en grands fleuves dont la décharge ne
peol s'opérer que dans l'océan Atlantique, en tournant la ligne orientale, soit au sud, soit au nord des monts Alleganys. Ces bcs, véritables mers intérieures, ne connaissaient, il y a moins d'un siècle, que la frêle pirogue de l'Indien sauvage. Ils sont aujODrtt'hui sillonnés dans tous les sens par les bateaux à vapeur des Etals-Unis; et les fleuves, chargés de vaisseaux dans toute lear portion navigable, sont devenus les grandes voies d'un coDunerce qui, de là, se porte dans toutes les parties du inonde.
C'est l'industrie de l'homme blanc qui, par une action inceaunle, irrésistible, a eSec,tué ces transformations. Son avidité lui I fail affronter tous les périls, braver tous les obstacles, et sa persévérance les a surmontés. Les peuplades indigènes, d'abord groapées autour de ses établissements de commerce, ont progrès* tÎTemeat reculé devant lui, avec les animaux sauvages qui les Doarrissaient, et il s'est installé à leur place sur la terre' où elles ne pouvaient plus vivre. Elles devront reculer plus loin, et plus loin encore, à mesure que sa race s'accrott. Sans doute, de tels dttngemeats' ne s'opèrent pas sans causer de grands maux et de ' lÏTes douleurs aux infortunés qui les subissent. Hais le sauvage, <|QUidilestfort,esl>'il moins cruel? L'hommea toujours été en lutte iKcl'bomme par toute la iwre. Telle est apparemment sa destinée, et l'époque où la force brutale cède au pouvoir intelligent n'est pas, en somme, la plus déplorable.
Il D'y a peut-être point d'exemple où les phases successives pe nous venons d'indiquei: aient été aussi marquées, aussi saitissables, que dans l'action exercée par le commerce des pelleteries sur les peuplades indigènes du Canada. Lorsque les Fran- ?ût, en 151 i, découvrirent cette portion du continent américain H s'établirent sur ses rives, ils la trouvèrent en la possession de Iribos sauvages disséminées à de grandes distances, vivant de P^he, de chasse et d'un peu de maïs occasionnellement cultivé. , Divisées entre elles par des haines profondes, d'où naissaient des wtes continuels de vengeance et de pillage, la guerre, la guerre
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9M «il.AI1QIS SfilHHVlCI^DSB IT MTTiKlIllU.
4'eit9miination était pour eUea ua état constant, gni evptehrà tpU8 lea dévètoppament» qu'aurait pu amener uae cultun pù- «ble. AjDUten qu'allas n'avaient point d'animaux de liaia& ; of le leul qui aurtut pu leur serrir ^ «d usage, le bisou, parait tri»difficile, si ce n'est imposaible, k souotettre aps travaux A'm domesticité babituelle. Ceux de ces travaux que la ne «igenl étaient donc inévitablement dévolus k la partie de la popaUtin qui ne pouvait ni chasser ni combattre, c'est-à-dire aux femioa; et aussi leur sort était-il celui de véritables esclaves, exclusivemat employés à la confection des vêtements, des aliments, au laboar da la t^re et k porter des fardeaux. De Ik encore, comme conséqueoce inévitable, la polygamie; car, plus on pouvait nounirdt femmes et en garder, plus on étMt riche *.
Or ces barbares étaient vêtus de peaux de castors, d'oun, U renards, de loutre, de nii^rtre, et d'autres fourrures qqe l'iDdaïtrie européenne connaissait, recherchait, appréciait depuis te siècles, comme étant d'un ban service et d'un grand prïi- 13 premiers FruiQais établis au Canada, colons, marchvids, soW, gouverneurs même, exploitèrent «videment wtte spHroe ^ ta''
> L'eilrtMice de Ift polygimlfl cboi lae unTagsB de l'AmMqns Mptauilaill fSt un r«lt géodrolemaat ittssid. Lqs voyageurs les plu* digaaa de toi, HeyiN, Hackeaiie, Lewis et Oarke, l'ont reiiian]uâ et en rapportent mille eiempte- U baron de La Hontaji est, Je crois, le seul qoi dise le contr^re ; et EitaiK, M flo racoQDaieaaat 1^ licence l« plu« slMolite 4e nceura dua les fillqs afqnps, il attribue aui remmes mariées, uosi qu'ï lenrs maris, des principea de Bdditi mutuelle portas Jusqu'au scrupule, tant que dure leur union. Mais, outn qo'M «e point il est contredit par tuai les auteurs, il l'euenoope par lui-mèOHia' en parlant d'un gentilhomme fr&nçain qui avait été rirre en Acadie dam dm tribu de sauvages, qui l'avaient élu pour chef, il dit qu'il ne vouIdi anv Jamais qu'une seule femme, pour leur donner le bon oiemple. En sésM, k iijK de Lï Hontai) demande à Être la avec beaucoup de précaution dtai >n< ce qui toucbe les habitudes des société civiles ou les opinions religieoui; ^ k évidemment sur cas deui points nn système philosophique qu'il rsol AIU^ atles opinions abatraites qu'il attribue mii sauvages semblent n'en eue fN l'eiposé. Ces opinions offrent un singulier rapport avec oeU«s de BoosiM et 11 n'est pu Impossible qu'elles aient urfi de texls k ns dloqueoMi did» piatioas.
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vÉLiNcKs Bct^ivTirtauïa et DTTÊniims. 339
tqne. D'«l)(>rd, quelques bagatelles d'Europe leur obtinrent ces béion; puis il ff^llut, pour les avoir, dQuner d^vant^ge; it fallut eilQq donuçr des armes, des fusils, du plomb, de la poudre, pour atteipdre les animaux devenus plus rares, plus défiants, el pour s'qi procurer un plus grand nombre. Ces armes mêmes, ces ATRies merveilleuses, irrésisUbles, étaient une instigation puisnnteà aller cbasser plus loin, dans l'intérieur, et aussi triomphalement, sur le territoire des tribus ennemies qui les ignoraient encore,' satisfaisant ainsi ii la fois l'instinct de la vengeance el l'&vidité. Quelques colons européens se hasardèrent à accompagner ces partis de chasseors dans les forets encore vierges, et ij^en ramenèrent des canots richement chargés de pelleteries précieuses qui ne leur avaient presque rien coûté. Aussitôt celle invention fut agrandie et régularisée. Les commerçants qui s'étaient d^ le plus enrichis prirent à leur service ces hardis explonieura des salitudes; ils leur avancèrent h crédit toutes les diwrses marchandises d'Europe qui pouvaient plaire aux sauvage^ OQ^ontils pouvaient avoir besoin, et ils les envoyèrent vendre «s pacotiltea m détail dai;is l'intérieur. Ordio^eiueut trois ou quatre decea hon)mes sa-réunis^aienti et après avoir coostruU. eoi-ménies up canot d'ècorce de Iwulçitu, ils y embarquaient Isars marchaadi^es, pîlia remontaient bardîmenl les rivières pour aller ohercher les sauvages des tribus intérieures dans leurs rend%vDus de chasse, ou dans leurs stations temporairçs des diverses amo» ; et après douze ou quinze m'ois de cette vie hasfU'deusç, ajuit échangé toutes.leurs marchandises, ils revenaient toucher la part de bénéfice qui leur était allouée dans leur riche cai^ EùsQD, part qu'ils dissipaient bientôt dans le désordre et les pro- %tlitég les plus insensées. Alors, ils s'engageaient dans une eipédiLioQ nouvelle qui avait les mêmes chances el la même issue. Comme ils n'exerçaient plus d'aulie métier, on les nomma courewt 4es bois.
On conçoit ce que devaient être des hommes habitués & une
3i0 MÉLANGK8 SCIENTIFIQDBS BT LITTÉRAIRES.
par^lle vie. La plupart ; prirent tant de goût, qu'ils QDirent pv se fixer chez les sauvages, tandis que jamiUs, mulgré des tentatives spécialement faites pour ce but, le sauvage n'adopte volontairement la vie civilisée. La cause de ce fait est évidente; car le sauvage qui entre dans une société civile ; perd la jouissance libre dfi toutes ses passions, etn'y trouve en échange qu'one place généralement inférieure; tandis que l'homnie qui qukte les derniers rangs des sociétés civiles pour la vie sauvage, acquiert me indépendance d'action, une liberté brutale, et souvent une aotonlt qui le satisfait. Les coureurs des bois découvrirent bientôt que le plus séduisant moyen d'échange avec les Indiens était les liqutars fortes qu'ils n'avaient jamais connues. Us les leur parlèrent ea abondance; et, pour obtenir ce trésor de l'ivresse qui les jtiait dans une exaltation féroce, les pauvres Indiens donnaient pdleteiies, vêtements, femmes, provisions d'hiver, après quoi venaient les querelles, les combats, la faim, la misère, et souvent la mort de leurs familles. De pieux missioJiDaires, qui s'étaient établis parmi eux pour les convertir à la foi chrétienne, virent avec douleur des v^abonds qui venai^iit ainsi détruire tous leurs tn* vaux apostoliques. Us réclamèrent avec zèle contre l'interventiin des coureurs des bois ; et comme ce zèle n'était pas sans crédit, ils obtinrent que personne ne pourrait désormais trafiquer snc les sauvages sans une permission expresse du gouvernement. Ces permissions furent d'abord accordées conformément aux vues des missionnaires; mais ensuite elles devinrent naturellemeat nue récompense des services militaires oucivtls.On en accorda ides officiers, à des veuves d'officiers qui, ne pouvant en faire persoO' netlement usage, les vendaient à des négociants, lesquels employèrent de nouveau pour agents les coureurs des bois. Les plaintes des missionnaires recommencèrent et devinrent plus vives. Le remède n'avait fait qu'augmenter le mal. On se résolut donc & établir des postes forliBés dans l'intérieur, surloutani points de jonction des grands lacs, tant pour mettre quelque frein
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MELANGES SCIBNTIFIOVES ET LITTERAIRES. 3i1
à ces d^rdres, que pour proléger le commerce et occuper le pajs plus sûrement. Alors, des hommes honorables, la plupart des militaires retirés du service, et qui avaient obtenu des permisgioDs pour la traite des pelleteries, se mirent personnellement & k tête de ce négoce, qu'ils conduisirent avec non moins d'honnêteté que de hardiesse et d'intelligence. Ils surent se concilier t'estime des missionnaires, ainsi que l'afTeclion et le respect des iBQvsges; mats les missions n'obtinrent nulle pari sur ceux-ci l'influence qu'on avait espérée, et elles n'y ont laissé aucune traça daiablfl.
Les succès des Françus dans la traite ne pouvaient manquer d'eiciter l'émulation des Anglais, déjà établis sur la même cOte du conUoent d'Amérique, au sud et au nord du Canada. Les commerçants de New-York et la compagnie privilégiée de la baie de Hudson envoyèrent aussi leurs explorateurs chez les sauvages pour acheter des pelleteries, ou pour leur persuader de les apporter à leurs établissemenls. La lutte fut, ou sembla pacifique, tant que régnèrent les Sluarts; mais, après l'aTénement de Guillaume m, ce fut la guerre, la guerre avec des sauvages pour aoiili^res. Enfin, en 1762, la France perdît le Canada et le riche commerce qu'elle y faisut fut éteint. Mais l'exploitation de ses dépouilles ne fut pas d'abord facile aux vainqueurs. Ne connaissant pas le pays, n'y ayant aucune habitude, leurs opérations iso> léts étaient infiniment hasardeuses, et se nuisaient mutuellement (wrleur rivalité. D'ailleurs, les naturels haïssaient dès longtemps les Anglais comme alliés des Iroquois, leurs mortels ennemis; et les coureurs des bois. Canadiens d'origine, la plupart de sang BDËié, partageaient celte haine qu'ils rendaient plus tenace comme ploE habile. Cela profita extrêmement à la compagnie de la baie de Hudson, dont les sauvages et les' coureurs des bois s'habituèrent à fréquenter l'établissement, devenu le seul débouché assuré de leurs pelleteries. Aussi ne négligeait-elle pas d'entretenir des dissensions si utiles à ses intérêts; et, dans les instructions
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Ui HiLAJiakS SdiEflf IFIQOÏS fcf LtfTfiRÂlkkB.
données à l'tln de ses agents, Samuel Hearo « qD'eUe mtfpài éxplorw l'intérieur des cohlrées du nord-Oilesl en 1769, où lilea propres termes : t Vous he manquerez paâ d'exciter )« nalbns « sauvages à potier la guerre chez leurs rcisins, afin de se p»"
< curer des pelleteries et autres articles de commerce, en les >s- € surant qu'on leur en. payera un très-bon prix & la factorerie de
< la compagnie. >
L'unité d'action et l'établissement de postes inbMeur«, io^ bèrent bientôt à la compïgnte de la baie de Hudson une snpéritK rite presque exclusive sur les commerçants anglais isolés, qdi, par leurs propres rivalités et leurs désordres, provoquèrent etiBo contre eux une guerre d'extermination à laquelle ftUculi n'aurait vraisemblablement échappé, Si un fléau naturel, terrible, n'éliit tenu frapper les indigènes et rédnire leur popiiUUon à iln defrt de faiblesse dont ils ne se relevèrent jamais. Ce flëau était la petite vérole. Il produisit parmi eux des ravies doitt rborreor H peut 8e décrire; Des peuplades, des nations ebtféres périssaieol Poussés dans un déliré frénétique pitrlé désespoir, ces mtdbea- ^ux massacraient leurs femmes, leilrs enfants, brûlaient leon villages, et se tuaient eux-mêmes après. L'éruption qui rësulle de cette maladie et qui la termine, serait'-elte donc plus diffink pour les peaux rouges que poilr la blancheT les rouges sootelles . naturellement plus épaisses; ou l'exposition habituelle aux iotempéries de l'air, et l'usage de peindre le corps, leurdoDiKolils une dureté que cliez nous le linge adoucit? Quelques hatitudes modifiées, quelques aliments nouveaux introduits peurtot changer l'élat des nattons; et quelques atomes de plus oa<i' moins, dans l'air que nous respirons, modifieraient loule lantt humaine.
A la suite de ces tristes épreuves, les commerçants anglais de pelleteries sentirent enfin la nécessité de se réunir en unegTsmK associatinn commerciale, agissant avec ensemble. Ce fut la coBtpagnie dite du Nord-Ouest, qui, plus l^ ralliée ft celle de Hud^
«DD, hit aujourd'hui tbiit le commerce des pelleteries hU Canada et ûaas l'iotérledr des teftes teti le tiord, jusqu'aux étàblisseinetibi russes de la tdte occidentale. Led latitudes iuKriebres Sont ékpLoi' têes par les cominerçanta des États-Unis.
Ub membre de la compagnie du Nord-Ouest, bommé Alexandre Bftckensie, Conçut le hardi projet de travefser le cohUnent amfr» ricain dans toute sa largeur, en éiablissant sur sa route des postes pour la traite, et débonchani enfin sur la cOte occidentale par un^ Eraode rlTiére déjh reconnue des navigateurs et appelée la C<h Inmbia. Toute* le» pelleteries apportées sur cette longue ligné par les bâtions dé l'iniètieur, dont un gr&Ud nombre ti'ttTaient pss ehcore connu les blane«, devaient être tohduites à l'embou* thure de la Columbia et embarquées direclement \)0\ir la Chine, oà ce gehfé de in^rëhandtses est ton fecherCbé. A la grande ex-< teasion ^Ue recevait aitSl Id traite, se joignait l'atdntage de ba-< lancer avec plus d' égalité le commerce des éULblisseblents russed sur la même cAle, lequel portait ainsi ses produits à la Chine directeraenl *.
^haCUnett repotittay, journal anglais iinpriinâ ï Csnton, conlienl dans MD numéro d'avril IS3S, un articla spécial sur le commerce des pelluteries. En cittnl la Chine comme un dca pays où elles sont le plui recherchées, l'auimir de l'article attribue cette grande cbnsoinmation ï une cause asseï remarqushle. Voici ses propres expressioua : ■ 11 se vend, k la Chine, une quantité • (fiiliidérable de pelleteries. Le Chinois est oblige de réserver tout le combus- > tibl« du pajs pour la cuisson des ^ituenCs et les IraTaui des manurocturest ■ et, pendant l'hiver, il doit se charger de viitements chauds pour éviter la
A ce sujet Je ferai l'observation snivante. En Chine, le principal combustible * en le charbon de terre, dont 11 se trouve des gttes très-abondftnia dana les ■ociiitapiM du nbnd, et tnéme dahR les Diontsgnes du midi. Bon usage paràlt «m ancien, tiuisqu'll est (dté dans le ChMi-kinff. Ordinairement les Chinoh la mélangfenl avéfc de li terre détrempée et eu font des espèces da boules : eetta piéparatlota prouve qu'ils cherehetit t étonotniser mt les fl-ais de chauffage. D'iprès le voyageur russe Timkovski. qui tistta la thine et) iSlO, lË charbon ^ terre coûte, à PtUn, de t k S tt!en l« MM, ce qui tevieot I 0 et 7 O. tes l*t kilogrammes, bt Ibrine un prix auie* élevi. Il doit ttre ptas cber dans lea pni'iBees du dwtK.
U grande ditiaion dM tèittt et i'eiteiuloi] He lu peUte csltun dolteut t^a-
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344 HÉLANOES SCIENTIFIQUES ET LITTÊRAIIRS.
Hackenzie avait toutes les qualités nécessaires pourunepare^ tentative. Engagé trés-jeune dans le commerce du Canada, la habitudes des sauvages lui étaient familières. Son tempérameiit était robuste, son esprit curieux ; son caractère hardi, prudoit, ferme et généreux. Déjà, en 1789, il avait fait un voyage d'iDl£rieur très-remarquable. Parti des derniers établissements ai^to au tac des montagnes,- il s'était avancé directement vers le nord, jusqu'aux bornes du continent qu'il avait trouvé terminèsur cette longitude par la mer polaire. Hais alors les connaissances d'astronomie lui manquaient, et l'expérience liii ayant montré combira elles sontutiles, sinon indispensables pour ces sortes d'entreprises, il n'bésila point h se rendre à Londres pour les acquérir. De retour, il effectua enfin ce voyage vers l'ouest longtemps médité, et t'accomplit à travers mille périb, en 1792 et 1793. Anjourdlmi cette voie est frayée, et le plan tracé par Hackenzie reçoit au complète exécution.
Lorsque les colonies anglaises d'Amérique eurent conquis leur indépendance, les négociants des États-Unis portèrent ausù des
dre le boli tris-rftn dam la m^eare putla de la Chine. SaiTMit TiintafAi, le bote de chauffage wùte, à l*ékîa, 6 tiien le Un, ou 7 O. les IW ka»grammes, ce qui esl fort cher, et preeque le double du boii i Vvis. Va inpK considérable est perçu aur le transport des roseaux deatinéa, uÛTaat ttm appareuce, i Être brAléa comme chauffage.
Enfla, d'aprèa le récit de tons les Toyagtiura, loi maUona cfaiDDiae* «nt b&tiea tort Ugèremeat; les appartements sont mal fermds, généralement nos cheminéw, et mal disposa contre le froid des hiiers, aaaal idgoureai daixa paya tfu'ea Amâriiiue iparelUe laUtude. (Ëdopud Sim.)
HÉLANGES SCIENTlrlQDKS ET LITlidAIBES. 345
Toes de rivalité sur le cotnmerce des pelleteries; mais ils trou- Tèreol bientôt que le pouvoir, les capitaux, et l'influeace de la compagnie du Nord-Ouest, étaient trop forts contre leurs tentatives isolées. Quelques-uns pourtant s'y enricbirent, et de ce nombre fut H. Astor; mais, doué d'un esprit d'entreprise singulIÉrement audacieux et persévérant, il n'abandonna jamais l'idée et l'espérance de mettre, par une combinaison étendue et redoutable, une bonne part au moins de ce commerce aux maios de tes concitoyens d'adoption.
llcnit en avoir trouvé enfin l'occasion favorable en 1809. Le vaste territoire de la Louisiane cédé, ou, plus exactement, vendu tui États-Unis par Napoléon, en 1803, avait étendu leurs pos- Bessioas, ou du moins leurs droits, depuis l'océan Atlantique jusqu'au Pacifique. Le gouvernement américain avait fait explorer ces iramenses domaines par diverses expéditions, qui avaient successivement reconnu la nature physique des lieux, le cours des fleuves, l'état et la force des populations indigènes, encore sauvages, auxquelles il avait bien fallu annoncer aussi leurs nouveaux maîtres, dont elles ne saviùent pas avoir déjii changé tant de fois. La plus mémorable de ces expéditions, celle de Lewis et Clarke, avait enfin, avec mille périls, traversé la baute barrière des montagnes Rocheuses, descendu leur versant occidental, reinnt l'océan Pacifique à l'embouchure de la Colurobia, puis eEfectoé également son retour par l'intérieur. U. Astor entreprit de réaliser, par ces nouvelles voies, te plan de commerce que Mackeozie avait projeté. H s'ouvrit de son dessein au gouvernement, CI forma, pour ce but, une association spéciale, légalement con- Glilaêe par une charte, sous le nom de Compagnie Américaine pour le commerce des fourrures, compagnie réellement fondée sur ses seuls capitaux propres. Procédant aussitôt ik l'exécution, il organisa deux expéditions, dont l'une, diiigëe par mer, devait touraer le continent au sud, remonter au nord dans le Pacifique, établir immédiatement une factorerie à l'embouchure de la Cq-
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3iA HfiLJllfljeS hblENTIPlQUÈS ET tltfiftAlBKri.
lumbia ; tandis qtle l'atitrei difigée par l'intërienr, àerat rémois ter le Missouri jusqu'aait tnoDiagnes RochBUsee, InTerser t6 montagties, et les redescendre pâl* la ColumbU jusqu'à la met, ot l'on Rejoindrait rétablissement déjà formé. L'histoire de ces den eJipèdiliDns est l'objet du livre de H. trring. Elles jdéril^ait d'être racontées par un narhiteur alissl hElbile. Le plan, aoiiiit on Toit, était vaste, et l'exécution presque téméraire pour m simple particulier. Toutefois c'ét&it le plan tn£mé formé par tvkenzie, et la prédilection de l'ëcrivaid pour sob béros, pi est Aussi son ami, de suffit pas, à ce qu'il nous semble, pour que l*» puisse, historiquement du moins, lui en attribuer \A conC^tin. H. Astor choisit donc uh bittlifent de deUx cent quatre-tingt' dik tonneaux, nomme tè Tonqnin, ayant dix canons et linsl bottinieï d'équipage. H le that-geii d'un assOi^imént de mtrtbu' ; dises prcpres à ta traite ; il y joignit des seihehces pout établir Sa | eultutïs pel-nianentës dans ta station projetée, et les pièces dé' i montées d'une goélette, pnu^ aller coromenier sur lés cAtCa. U | dontta le coRim&ndemen t ft JtiniithrUi "rhom, liélitrâant de miriDc : des Étals-Unis. Ces préparatifs né constituaient pas enccire b : partie difGclle de l'Opération. Le difficile était de rassemUer UiK troupe d'homtnes convenablenlelit pWparôS et coordonnas pour ; l'établissement de la nouvelle colonie. tS. Astof choisit ffabori quatre personnages principaux, aUjqnéls il donna un Ihtérfl ds» l'entreprise, avec le titte d'associés. Un d'entre eux, qu'il s»|lpasi sans doute le plus expérimehlé' oU le plus digne de sb Coofiann, devait particulièrement agir comme son représentant dans twtt délibération. Il plaça sous leurs ordres dOuie employés, etigsi^ pour cinq ans, plusieurs ouvriers, et treize <^anadiens de cm qu'on appelait Bo^a^-ettrï. C'étaient des hommes qui tivaietUpDiif unique métier de conduire les canots des coureurs de bois, llnien les labyrinthes des laOs et tjes rivières intérieures, ce qn'ib , faisaient avec une adresse et une pratique merraillelises; du reste, parlagéïmt de leUr mieUx U Vie désol^onnée tle ceux ^a'ibw-
mËipogatieRt, si te D'est quti Ita coupa de fusil n'^enl pis dé Nr profession. Tbus ces geos ïTSient été dëj& plus Ata mofbs eiU-' phtfés dans fa traite des pelleterie^ pour le compte de Iti tiompa-' gniedD Nord-Otiest; U plupart étalent nléme,p&r nalstaoce, SU" jets anglais, et, k ce titre, légalement susceptibles d'être pressés par les b&tfmenls de guerre de la Grande-Bretagne, ce qui n'élftit pat an médiocre dAnger pour l'opérstion. Ils avaient, k la rérilé, promis ft H. Astor de prêter le serment de naturalisatfOD comme Américains; inais ils ne jugèrent pas à propos de réaliser cet acte ' dfcisif. Deux des nouveaux associés, qui étideitt Écossais, porlèRnt même le scrilpule de la nationalité jusqu'à découvrir tout le plan de H. Astor au ministre anglais, résidant alors il New- Tort, lêqu^ tranquillisa leur conscience^ en reeontlEiissance de ce bon avis '.
Toute cette hiérarchie composait tane ea^lsoU assez embat^ nsuntepour le capitaine; et il ne fut pas plutAt sous voile qu'ils lai ilevinrMit insupportables par leurs etigences^ leur importance, si tout le tracas qu'ils lui dénnaient. Après cinq mois d'une oa- Tigation remplie ainsi de contrariétés personnelles, il toucha aut Bes Sandwick, comme on lé fait toujours dans ces sortes de TOjages pour prendre des provisions fraîches, et engager quelques naturels qui devaient servir d'interprètes dans la nouvelle colonie et le long des cdtea. Autant le capitaine voulait abréger œtte relâche, autant sa trOUpë d'oisifs la voulait prolonger; et ce fut encore le sujet de nouvelles dissensions.
n [^lut négocier pour l'aclial des vivres avec le roi de ces lies, sar lequel H. Irvîng donne quelques détails déjb Connus, et qui auraient pu, à ce qu'il dobb semble, être envisagés plUs sérieuse'
' t>Bniii les lodividuB suxqiietH H. Astor avait donna le raag d'asaoctds, il ■^ tiDiiTkit ud, Aleiandre Hackaft l") *vait Bccomiiagné Hackeuiie dana ""' 'ojage t tnvers lei moatagnes Elocbeu«e!i ; ce qui prouve avec âvidenca qiia Il Aller ne devait pas ignorer le plan de ce voyageur célèbre pour l'dtablisl'^'Knt d'uDs ligne comaMrciUe d« l'est k l'euest, ft mTen l'intérieur.
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848 MÉLANGES 8CIENTIFIQ0BS ET LITTiKAIRBS.
ment. Tamaabmaah, c'était son nom, a été pour les natoreb ia lies Sandwick. une sorte de Pierre le Grand, qui leur a donnt cette première et rade ébauche de gouvernement régulier par bquelle il faut qu'un peuple passe pour sortir de la bariMrie. Nout avons raconté plus haut les débuts, l'histoire, de cet homme extraordinaire. Il suffira ici de rappeler qu'en 1794, il sollidtiii vainement du capitaine Vancouver une paire de pistolets comou an présent inestimable; etiiue, en 1810, il possédait une fioUe année fc l'européenne, un magasin à poudre, des forls, des srienaux, une batterie de seize canons sur sa plage, et des écola pour l'instruction de ses sujets. Tout ce développement s'était opéré en seize ans, par ses relations avec les vaisseaux des lalions civilisées qui venaient reiftcher dans ses Iles, et à l'aide de quelques matelots européens qui lui avaient donné connaissuM de nos arts. Quel instinct ne lui avait-il pas f&llu, pour saisirii rapidement tant d'idées nouvelles, se les approprier, et les réali^ en applications! Le manque de succès même devenait pour loi un enseignement expérimental dont il savait aussitAt proflltr. H. Irving raconte qu'ayant voulu s'ouvrir aussi des voies de commerce, Tamaahmaah expédia une cargaison de bois de sandal i Canton. L'équipé se composait de naturels : les officiai étaient anglais. Au retour, on lui présenta un compte m règle, d'où il résultait que, toute sa cargaison vendue, it redevait encore tnûs mille dollars (15,000 francs). Il lui Mut quelque temps pooridmettre un tel résultat, et surtout pour comprendre les principtia item relatifs aux frais de pilotage, d'ancrage, et de douane, qu'oa lui porlaiten compte. Convaincu enfin du fait, Tamaabmaali éuil déjà trop civilisé pour ne pas payer. Hais il en tira aussitdlla juste conséquence : ■ Voilà qui est bien, dit-il, je mettrai aussi des droils dans mes ports. > Il en mit en effet, qu'il faut acquitter non moins exactement, et qui ont fort augmenté son rêves*. On n'aurait pas conclu plus habilement à New- York. Xamanhmaali est mort tranquille, vieux et regi-etté. Ses lils lui
HÂLAirOES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. 349
oQt succédé paisiblement, et OQl contioué sod œuvre d'organisation sociale, .que l'introduction quoique incomplète encore et imparfaite da christianisme, paraît avoir déjà considérablement unéliorée*. Le Chinese repository, recueil périodique anglais, imprimé & Canton, nous donne, dans le numéro d'avril 1835, la furieuse annonce de quatre publications, faites et imprimées à Huwii, la principale des lies Sandwick, dans 1^ années de Jésui- (Aritt 183i et 1835. Il y a d'abord l'Alinanack d'Haawii, cac nous ne saurions traduire autrement le tilre Alemanaka, puis, ■iMxjoumatu; .destinés à l'instruction du peuple, et enfin un code de lois, en cinq chapitres dont on rapporte la traduction. Mous pourrons quelque jour, le faire connaître à nos lecteurs. K'e«t-ce pas en effet, pour la pensée, un digne sujet d'étude que CK premiers efforts des sociétés humîûnes pour se purifier de la ^barie; que ces institutions, encore barbares elles-mêmes, qui Glissent, ou pluMt qui créent les liens des relations morales, les sanckionnent par la pénalité, et préparent les esprits à les tdoieltre enfin comme idées habituelles, après que de longues gioérations s'en sont imprégnées! Cette marche a été celle de
. s qni vondraient consulter, sur ce point, las docamenU ori' l>ouii ft>uniU par la correspondiuicfl des missianoftires protesUmU et catboll- 4>n> n tnHiTeroat dm is daui recueils périodiques fruiçais, intitulés : JournMl "nJ! tuuigitiipit, imprimé ï Paris, st les Annaiet pour la propagaHon de I* M, imprimées à Ljod. Il y en a aussi de trto-intôressaats dans un ourrage *4a>i. ou plutôt américain, iatitltuld : ytâU lo ihe Soaih wu In thf Vntttd- ^""tUpviVcSVVBS, durlng iht yeari ISIS sjirf 1830 ; mais nous ns con- OBWnxKt ouTrasBque par un extrait fort étendu et fort intëressant que le VwBtaKar mittB en a donné dam sou numéro d'arril 1833 , et auquel on a Joint no dacumsDt très-remarquable tird du rapport officiel adressé au gouTor- ''"'^'dn États-Unis par le commaadaat du vaisseau envofé exprès aut Iles ™''<^ck, ea 1830, pour visiter et cumplimenCer le roi TamBahmash. BuBn, *>« indiquerons encore \\ SotUt lur l'Ile de TaVI, réceininent publiée par ■ Csmot, médecin en chef de la corvette française (iiCoflii(W«(Louïiers 1S36), forcé pu 1» mauvais état de sa santé de s'établir k terre i. Talii, pendant la "^^Atiala coquilU, en (833, H. Gamot a étudié l'état actuel des iodigfenes ••"rindiipendance d'esprit que sa iràiiliou lui doiinikit; al il le décrit avec one ''**'Ke de préventions qui rend sa Notice Irés-boimc fr consulter.
tous lef climats el de tous las t^mps- Qt\ I4 reUoqve i»fii \a premières pages 46 U Bible, coffliue ^aos ^ anùess codwde 9QS fûam evrapéens. Lorsque ces ruittipenU de aotions monki se sont fc I& longue incorporés aux iqcwrs. des liCBs pltu dili- ÇKts m fornenti des s^timent» i^ouvfiau:^ ^ plus purs s9 dËn* loppent; alors des insiituUoQs plus coinposées de^iepoent Dec»- Sftires pour les régler. EdBii, ^ une relIgiOD. qui riTèle low la ^^ti^)e|lt£ de boitte, de charité dont te cœur humain est swceptible, vient conppléter' cette ceuvre de perfecUouiteqteot ^« faire une loi divine, la société alteiot cet état final que l'on fM seul lëgitinieaient appeler civilisation. Uais des siècles, et nu tendance continuelle vers ce uoblp but, sont indispensables pou y parvenir. On n'est pas civilisé par cela seul qu'on a des onons, des bateaux b, vapeur, une constitution républicaine w autre, une active industrie, et de gntpds trésors d'argent. Oo d$ l'est pa$ même pour être dirétien, si l'on applique le cbrisiii^ niame ji justiâcr des institutions ou des ^çte& dont aA monlei horreur, Avec tout cela, on peut être matériellement puissant et 'riche; on n'est pas moralement civilisé.
Le Tonquin ayant prolongé ainsi sa relAche pendant àiistfi jours, malgré les instances et l'autorité du capitaine, qniâa eoSi les Iles Saitdwick \ et, après vingt-deux jours d'une nsvigaiiBi contrariée par tous les symplAmes de dissensions et d'insnbofdination intérieures, il arriva le %% mars ^81) ^ rçmboucbun de ia Columbia. Le capitaine avait la plus grftnde bile de jM & terre cette troupe indocile, qui l'inquiétait autant qu'elle l'embarrassait. Mais un vent violent du nord-ouest portant à la cAie, toute bordée de récifs, il jugea prudent de se tenir à trois lieuei au large, et d'envpyer explorer la barre du fleuve, aur laquelle II mer rompait avec fureur. One chaloupe mise dehors, chargée de cinq hommes, disparut bientdt parmi les vagues, et l'on svt pti» tard qu'ils avaient péri. Le vent ayant semblé un peu feiblir, le capitaine, dansi son anxiété, se rapprocha dd terre pour ^J0
4e reopDQaltre la passe. Uais, les Uines présentapt noe borribla bairiëra dans toute sa largeur, il dut chercher en h&te jt regagner I9 hauie qier. U lendernam qq trotiva qiie \» vaisseau avait d£riTé vers la terre, et t) faliul jeter l'ancre danq qualpne brasses d'ean. Coqmie ]e vent était toipb^, Qp tenta de mettre en mer la pinasse; elle ne put trouver dç passage praticable, «1 regagna k grand'peine le vaisseau- Le vent prêtant de qouvwu élevé, le eajiitaiiie se hasarda jusqu'il une lieua de terre, et mit de nou-r veau lapinasse dehor»; elle revint encore celte foi» sans .succès; mais, dans une troisième teutative, la violence des lames l'emporta misérablement, et t'engloutit avec cinq hommes, dont un seul put se sauver k lerpeT. Tout semblait perdu à bord ; le vais- Kau, secoué par les vagues, dans une eau peu profonde, heurta plusieurs fois rudement contre le fond. Enfin, après une cruelle nuit d'angoisses, passée à l'ancre dans le dernier péril, le vais-t Kau parvint à gagner une petite baie, où il trouva un salut inespéré. Le capitaine ae h&ta de jeter h terre les hgmmes et les maiériaux de la nouvelle colonie; puis, navré de regrets, il r&^ toigoit la haute mer, pour continuer son voyage le loug dfô ç6\f^, duudissaat le fardeau doi)t il s'était c^iargâ.
Les aouveaux colopi, échappé^ ^ tant dq périls, U^vaijléreqt nec ^tivité ^ leur établissement, qu'ils nommèrent Astoria, çf tlientél iU eurent construit un fort palissade, armé de canons, où leurs personnes et leurs marchandises se trouvèrent tt l'abri coutr? toute attaque des naturels- Ceux-ci, au reste, n'annonçaient au-ïuae ÎQlention hostile. Us vivaient principalement de péçhe et l|uel({De peu de tuasse, ne s'éloigoaot janu^'s qu'à que petite diabDc« de la mer. Ils se montrèrent fort empressés d'apportor au tort toutes les provisions dont ses habitants avaient besoin. lia appartenaient i. la tribu des têtes plates, aiqsi nommée d'après le singulier usage qu'elle a d'aplatir le devant de la tête de tous les entants, par une pression constante, exercée & l'aide d'une marine, durant toute la première année de leur vie. C'est chez euii
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353 HÊLINOES SCIENTIPIQQKB KT LITt£kAI1ES.
non-seulement un caractère de race, mais un sipe de liberté. Ln esclaves , car ils ont des esclaves, sont privés de cette distinction. Cet usage est très-répandu parmi les nations de la cdte, et il Hteste ainsi entre elles une origine commune.
A peine les Astoriens s'étaient établis, le bruit coamt pinni In Indiens qu'un parti de trente hommes blancs s'était montré h haut de la seconde Rapide de la Columbia, et ; b&lissait an M. En effet, on ne tarda pas k voir arriver un canot monté par neuf blancs, qui se trouvèrent être des associés et des agents de U coopagnie du Nord-Ouest. Ils étaient venus aussi à travers les moif tagnes Rocheuses. L'éveil donné au ministre britannique sarks projets de H . Aslor n'avait pas été sans fruit. Cependant tes Astoriens ne perdirent pas courage, ils se résolurent an contraire i envoyer promptement un parti des leurs remonter la Colum)nii pour se saisir des postes où la traite pouvait avantageusenent s'opérer.
Hais, après que leur nombre fut ainsi réduit, ils s'aperçnmt que les Indiens les visitaient moins fréquemment; d enfin m jour on n'en vit plus un seul. On pensa d'abord que, peut-élre,9s n'avaient pfus de pelleteries à échanger. Hais bientôt œ mystère s'expliqua d'une manière plus alarmante. Le bruit courait que It Tonguin avait péri,- et que tout son équipage avait été massacré. Cette nouvelle, vraie ou fausse, coïncidant avec l'éloignemeotsaDdain des sauvages, annonçait évidemment de leur partune attaqne prochaine, à laquelle le petit nombre d' Astoriens resté àais)t fort ne pourrait résister. Celui qui avait alors le commandemat ne perdit pas la tète. Il convoqua la plupart des chefs sauvig» qu'il supposait engagés dans la conspiration. Quand ils furent tous assis autour de lui, il leur déclara qu'il avait appris la ttHàson exercée parleurs fières contre /e Tow/uin, et qu'il était rés(J« à en tirer vengeance. « Les hommes blancs qui sont parmi tod-S « leur dit-ii, ne sont pas nombreux, mais leur science peut tout * Dans ce flacon, qui est sous vos yeux, je liens enfermée It
HiLAKGBS SCISNTiriQUEB ET LITTÉRAIRES. 353
t petite-Térole : que je l'ouvre, et celle peste fera disparaître de la < surface de la terre vos hommes, vos femmes, vos eafaots et c TOUS. » Les sauvages, saisis de crainte et d'horreur, supplièrent le commandant astorien de laisser la fiole intacte : « car, ajouf lèrent-ils, il ne voudrai) pas, dans sa Justice, puoir également f ses amis et ses ennemis. » Dès ce moment ils restèrent Ûdëles ; mais ils lui donnèrent le nom redoutable de chef fetite-vébole. Toutefois la nouvelle était -trop véritable : le Tonqitin afait péri misérablement. Le capitaine, s'élant élevé au nord jusqu'à l'Ile Vancouver, avul jeté l'ancre dans une petite baie pour traiter avec les naturels, malgré tous les avertissements de son interprète, qni, lui-même originaire decescdtes, l'avait prévenu de se mettre en garde contre leurs habitudes de perfidie. Un graad nombre de canots vint bientôt se présenter avec des peaux de loutre ; mais, comme il était tard, on remit la traite au lendemain. En effet , le lendemain, & leur retour, le capitaine déploya sous leurs jeux un riche assortiment des objets qui pouvaient leur plùre. Hais ils étaient guidés, dans leur traâc, par tes conseils d'un vieux chef habitué au commerce des blanc s, et qui ne craignait pas de surfûre sa marcliandise d'une manière tout h fait exagérée. Néanmoins, son astuce dépassa 8ônbut;carlecapitùne, ne répondant plus rien & ses offres, se mit à se promener tranquillement sur le pont sans dire un seul mot, bien qu'à chaque allée , et à chaque retour, l'impassible sauvage lai présent&t sa même peau de loutre en M demandant de traiter. Vojant que ce moyen ne réussissait pas. il en prit un autre, et se mit à touroer les offres du capitaine in mépris. C'était plus que celui'Ci ne pouvait supporter. Il lui vracha cette peau des mtùns, lui eo frappa la figure et le jeta sans ^oo, avec elle, par-dessus le bord. Tous les sauvages s'eDfuirent ^ terre irrités.
Celai des associés qui avût accompagné Hackensie, M. Mackay, représenta alors au capitaine, qu'après cette insulte faite à leur <t>ef, il serait prudent de lever l'ancre et de gagner la haute mer.
361 HiLANOBB SfiIBNTIFIQUKS BT LITTBSAIIIIS.
MUS le capitaine qui, avec us canons, tenait en grand mèpiii 1« sauvages, n'ea voulut rien faire ; et, en effet, il parut avoir laisoi le lendemaip. Car, d^s la pointe du jour, ud canot monté de vingt hommes sans armes, approcha le vaisseau, demandant ï oaiia aux conditions mêmes que le capitaine avait Bxées la vnlle. Parai ' eux se trouvtùt l'un des Sis du roi du pays. On les laissa rnooter, et les échanges commencèrent. Dtautres canob se prèsentèreol, puis d'autres, les hommes toujours sans armes : on Les re^qt t bord, et la traite continua de se faire tranquillement.
BndD, l'officier de quart, alarmé de leur nombre qui croisstil toujours, descendit avertir le oâpilùae, lequel s'était retiré im sa chambre, se félicitant peut-être de sa fermeté. Il lui dit qneles •auvages paraiss^ent porter des armes cachées, et U. Hackaj u joignit il lui pour supplier qu'on mit à la voila. Le capitaine a rendit à leurs instances, monta sur le pont et donna sas ordre, que les matelots se mirent aussitôt à exécuter. Alors les ntUurdi, comme s'ils regrettaient de voirie vaisseau les quitter, se prétirut aux coaditioDS d'échange les plus favorables, et une rapide tnitt s'ensuivit. Mais on remarqua qu'ils demandaient surtout dtt couteaux ; et, dès que quelques-uns d'eux en avaient obtenu, d'autres leur succédaient, en demandant de même. Le capitaiat sentit qu'il fallait sortir de cette position. 11 ordonna péresptmnment de quitter le vaisseau. A l'instant un affreux cri de gnem fut jeté : tout ; répondit, et les sauvages, brandissant leurs csa»léles, commencèrent à massacrer tout ce qui se bvuvsit sur k gaillard d'arrière. Le c^itaine fut tué un des premiers. En mèste temps une mêlée non moins furieuse s'engagea dans toutes la parties du b&timeni. Les blancs qu'il renfermait, écresét parle Dombre, furent tous égorgés. Bept «eulement, qui étaient moolii dans les manœuvres pour larguer les voiles , se trouvaient en et moment hors de la portée des sauvages, et contemplaient d'ee haut cet affreux spectacle. Mais ils étaient sans armes , et k ko'' descwle ils leraient aussi massacrés. Leur unique ressource éisii
HÉLANQBa 8CISNTIFIQUKS KT LITTÉRAIRKS. 3SS
de.se laisser tomber dans t'ealre-poot par les écoutilles , es g)i»unt le loDg des cordages ; quatre y réussirent et gagnèrent I4 chambre du capitaine où étaient les armes. Ils y trouvëreol un des employés, U. Lewis, mortelleinent blessé, mais encore vivant. S'étant aussitdt barricadés, ils percèrent des ouvertures dans la cloison, et Qrent à travers un feu si bien nourri, qu'ils nettoyèrent bientôt le pont de sauvages. Ceux-ci effrayés se jetèrent en désordre dans leurs canots et ramèrent en h&te vers la cdte, emmenaat avec eux l'interprète qui n'était point blessé, et qui n'avait pris aucune part k l'action. Alors les quatre blancs sortirent hardiment de leur retraite, coururent sur le pont, et déchargèrent encore sur eax quelques canons qui en firent un grand massacre. Aucune tentative nouvelle n'eut lieu la nuit.
Le lendemain, lorsque le jour parut, li Tonquin était encore dans la baie, à l'ancre; ses voiles détachées de leurs agrès, flottantes, livrées au vent. Quelques canots se hasardèrent à ramer vers lui pour le reconnaître, ayant avec eux l'interprète et se tenant d'abord à une grande distance. Après quelque temps, un homme, on seul, se montra sur le pont, et l'interprète leur dit que c'était Lewis, n les engagea par signes h s'approcher, et à monter à bord. Kais il eut granâ'peine & les persuader. Les premiers qui le firent ne trouvèrent nul obstacle ; il n'y avait sur le pont personne. Lewis même avait disparu. Alors d'autres canots arrivèrent en grand nombre, les sauvages montèrent en foule, et une multitude avide de pillage encombra bientôt tous les étages du vaisseau. Tout i coup une épouvantable explosion eut lieu , et te Tonguin sauta en l'air avec les sauvages.
Ceux de la tribu qui étaient restés à terre, dans la joie du Inompbe, furent frappés de consternation et de stupeur. Hais leur âouleur se changea en rage quand on leur amena quatre blancs qui venaient d'être faits prisonniers sur la plage ii quelque dist^ce, et se trouvèrent être les mêmes qui, la veille , s'étaient si coui^usement défendus. On les fit interroger par l'interprète,
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lequel, par hasard, n'ét^t pas h bord aa moment de l'explonin. Us lui direot que Lewis leur avait conseillé de couper Imr câUe et de mettre k la voile. Mais, comme le vent était trop fort et po> tait à la cAte, ils avaient préféré se jeter dans la chaloupe, espfrut gagner Astorïa. Lewis, se sentant blessé à mort, avait vonln mier pour les venger tous. Ces quatre infortunés furent plus à plûDdn. Ils périrent dans toutes les cruelles tortures que les sauvigu parent imaginer.
On apprit ces détails par l'interprète, gui réussit à i'tciapfa et à rejoindre Astoria. Comme il était lui-même né surces cOIcs, ils avEÙent épargné sa vie, et se bomaîent à le retenir prisoDnier.
Dans un troisième article nous raconterons les aventures de l'expédition envoyée par terre.
.11 y a déjà près d'une année que nous avons annoncé à dds lecteurs ce curieux ouvrage. Il nous donna alors l'occasioD d« leur présenter un tableau général du commerce des petlelens dans l'Amérique septentrionale, de montrer l'influence eiercée par ce commerce sur l'état des peuplades indigènes, et de raconter les chances aventureuses d'une expédition maritime daiil il avait été le but spécial. Il nous restait à décrire les hasards d'uu autre tentative dirigée simultanément, par la même pensée <i
t Le reate de ce* vticlea a été rëdigé uec I» cMpérktion de »«■ "* Ëdtmard Biot, dé<:édé au mois dn mtre 18S0.
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HÉLANQKS BCIKNTiriQOBS BT LITTiRAIKBB. 357
poar les mômes intérêts, i traTers l'iDtériear des déserts qui sépainDt les rives orientales et occideotales du continent américain. Le retard que nous avons mis à compléter cet ensemble ne lera peut-être pas sans avantage; car, en ce peu de temps, de graves événements survenus dans ces contrées où tout marche si Tite, ont donné un intérêt nouveau et actuel au récit qu'il nous restait à terminer.
Nos deux premiers articles ont foit connaître l'origine et le poJDt de départ de ces deux grandes expéditions. Ce n'est pas, comme on )e croirait dans nos idées européennes, le gouvernemenl d'une puissante nation qui les conçoit et les ordonne; c'est QD ûmple marchand de New-York, M. Astor, qui, en 1610, eotreprend de se rendre maître du commerce des pelleteries, sur toute l'étendue de l'Amérique du Nord située entre les montagnes Rocbeuses, prolongement des Cordillières, et l'Océan ocddental. Nous avons dit comment, par ses seules ressources, sans aucun secours du gouvernement américain, auquel le succès de cette entreprise allait rapidement acquérir un immense territoire, H. Astor organisa deux expéditions qui devaient se diriger, l'une pir mer, l'autre par terre, vers l'embouchure de la Colnmbia, lur les bords de l'octeo Pacifique. Nous avons raconté la marche de l'expédition mariUmâ, la fondation ^u nouvel entrepôt d'Astoria, et le désastre, du b&tiraeot le Totvjuin. Maintenant nous aUoQs passer à l'histoire de l'expédition de terre, qui, traversant par son milieu le grand désert d'Amérique, le véritable pays des wivages, nous présentera le tableau extrêmement curieux des nuears et du caractère des peuplades indiennes, soit dans l'état de nature, soit déjti modifiés par la communication et l'influence des blancs.
Suivant le dessein de H. Astor, cettti seconde expédition avait pour objet principal d'explorer toute la ligne du Missouri, jusqu'il l'embouchure de la Columbia, en partant de Saipt-Louis, la colonie la plus avancée vers l'ouest que les blancs eussent encore
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fondée. Le long de cette ligne, la caravane devait {cbcdonnernoe suite de postes avec des agents chaînés d'acheter les pelletnin aux Indiens et de les expédier à Salnt-Lonts pour les États-Unii, à Aatoria pour la Russie et la Chine. Cette distance, qui embrassait de 1000 à 1200 lieues, avait déjà été pareoarae, en 180t,pu les deux officiers américains Lewis et Clarke. Mais les difficulfe qu'ils avaient rencontrées efFrayërent le gouvernement des Étab- Unis. Il renonça h diriger de ce côté aucune entreprise, et parut agir prudemment aux yeux du public. M. Astor seul ne doulail pas du succès. Il se regardait comme le créateur certain d'DM nouvelle civilisation qui Tiendrait se rallier k son futur établi»!»ment de la Columbia; et l'on peut penser avec H. Iningqu celte noble ambition le soutenait au moins autant, dans god i»sein, que de simples vues d'intérêt l'auraient pu faire.
M. Astor confia l'expédition de terre au commanderaenl à» M. Hunt, l'un des associés de la nouvelle compagnie, qu'il désigna aussi comme chef de l'entrepût projeté à l'embouchure de li Columbia. H. Hunt était un homme droit, ferme, consciencieui, et doué de manières engageantes, n avait fait le cammerceà Saint-Louis, mais 11 n'avait jamais pénétré dans le pays des sasvages. H. Astor lui donna pour second l'un des nouveaux associés, à qui rien ne manquait sous ce rapport. Son nom ètût Donald Hackensie. Il avait séjourné dix ans parmi les Indîou, au service de la compagnie anglaise du Nord-Ouest, et se vuitiil de connaître pariaitement leur caractère ainsi que tous les myitires des bois. C'était un homme d'une constitution robuste, rompu à la fatigue et au danger, renommé pour la justesse desi carabine, et se portant fort du genre d'expérience dont manqniit H. Hunt. '
L'expédition devait partir en 1810; mus elle fut retardée pu les difficultés singulières que son chef éprouva pour se procurer le nombre d'hommes nécessaires, tant en chasseurs qui deraisit approvisionner la caravane de vivres et de fourrures, qu'en n>y(^
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MÊLANQKS SCICNTIFIQUKS ET LITT^ttAIHKI. 3B9
gtws OU hommes de peine, pour diriger les canots et porter les iM^ges. U. HuDt fut obligé de lutter, à la fois, contre rinsoaciance de ces hommes- du désert, qui ne s'engagent que lorsqu'ils n'ont plus rien & dépenser, et conlro ta jalousie rivale de deux usoclations déjà existantes-, la puissante compagnie anglaise du Nord-Ouest, et la compagnie américaine dite du Missouri, dont les agents k Montréal et à Saint-Louis représentaient la nouvelle eDlreprise comme irréfléchie et Impossible.
La seconde de ces compagnies exploitait le commerce dm pelleteries sur te Missouri même, et, dès 1 806, elle avait poussé ses postes jusqu'au confluent des deux bras supérieurs de cette grande rivière. Elle se trouvait donc sur la première partie de la ligne que voulait établir M. Astor, et conséquemment elle mit louten œuvre pourarréterson expédition. Âgrand'peine, M. Hunt pirrint-U à emmener le seul homme de Saint-Louis qui pAt lui tervir d'interprète chez les Indiens Sioux et Pieds-Noirs, dont il allait traverser le pays; et même, à son départ de Salat-Louis, le SI octobre 1 81 0, il fut obligé de cacher cet inlcrprëte pendant plusieurs jours, afin de le soustraire h. un mandat d'arrêt, lancé «inlre lui, pour quelques dettes qu'il avait contractées. Retardé juiqa'à ta mauvaise saison, M. Hunt dut remettre te passage des noDlAgnes Rocheuses au printemps de l'année suivante (1841] ; et, remontant seulement le Bas-Hiisouri avec soixante hommes et miis canots, Il alla prendre ses quartiers d'hiver au confluent de ce Qeuve avec la Nodowa, h 430 milles anglais de Saint-Louis, SOT la hmlte extrême du pays des planteurs.
Vers la fin d'avril, loreque le nouveau printemps eut ramené 1h Immenses volées dé pigeons sauvages qui dévorent tout sur leur passage, la troupe s'embarqua dans quatre canots et commença k remonter le fleuve, tantét ti la voile, tantêt & la rame, ou en se halani par des cordes quand le vent n'ëlalt pas favorable, ''oui le travail de cette navigation était h la charge des Canadiens ^>^B>géB comme voyageurs, et ils s'anlfnaient gaiement par des
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ctiaDts français; car la langae française est toujours la langu populaire du Canada, quoique plus d'un demi-siècle se soit écouté depuis la conquêle anglaise. Au-dessus de la Nebnska, ou Rivière Plate, l'expédition trouva un canot de sauvage ùil me une seule peau de bison. Telles sont les légères nacelles qui serrent aux guerriers indiens pour traverser les rivières. En outre, pendant la nuit, le ciel parut au loin éclùré de lueurs rouges, signal connu de l'embrasement de vastes étendues de prairies. Ordinairement, les Indiens allument ces incendies pour dérober leais traces h ceux qui les poursuivent. On était donc désormais eu pays ennemi. Ce canot et ces feux annonçaient que des baode» sauvages erraient dans le voisinage, et il fallait se tenir sor s» gardes. Car, dans cet état de nature, si vanté par quelques pbilosophea, l'homnie est toujours pour l'homme un danger.
Le 10 mai 1811, l'expédition atteignit le cantonnement on village des Omahas qui formaient autrefois l'une des plus paissantes tribus des prairies. Cette tribu avait été peu k peu diminiiée par ses guerres avec les Sioui, guerres d'embûches et de traiùsons bien plutAt que d'attaques à force ouverte. En 1809, U petite vérole avait fait périr les deux tiers de ceux qui restaient; et, & l'époque du passage de H. Hunt, cette tribu ne comptait plus que deux cents guerriers. Aujourd'hui elle est presque anéantie ; et ainsi disparaissent successivement les peuplades iodiennes, agents mutuels de leur destruction. PNb de l'emplseement qu'occupût le village des Omahas, on voit encore la toinb6 d'un de leurs chefs nommé l'Oiseau Noir (Blackbird), lequel était grand ami des blancs et de leur commerce qu'il exploitait à son profit. Arbitre, par son rang, du prix des peaux qu'i^rtaient ses compagnons, il fixait ce prix très-bas, et se feisait secrëtemeat indemniser par l'acheteur blanc, sans qu'aucon des Indiens osftt murmurer. Car U était pour eux une sorte de maavais génie, grâce k l'enseignement atroce d'un blanc qui lui anit donné une provision d'arsenic et lui en avait appris les morteb
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MÉLANGES 8CIENTIFIQDRS ET LITTÉBJtIR ES. 364
^els. Si quelque Indien se plaignait du prix âxé, la vengeance M se disait pas attendre. Le chef annonçait la mort du mécontent pour une époque déterminée, et sa prédiction se réalisait iofoilliblement. Il conserva tant qu'il vécut ce fatal s^ecret, source trop sûre de pouvoir autant que de richesse, et demeura ainsi mattre absolu de la vie comme de la mort de ses sujets. Hais il ne put échapper lui-même au fléau indien, la petite vérole. En nnurant il ordonna que son corps, assis sur son cheval, fût enterré au sommet d'un promontoire dominant une grande étendue ia cours du Missouri, et sur lequel il avait coutume de se poster pour découvrir au loin les canots des blancs. Les pauvres Indiens, qu'il avût si cruellement dominés, oublièrent leur propre misère pour entourer religieusement son lit de mort. Ils exécutèrent fidèlement ses derniers ordres ; et le tombeau de ce chef redouté, Hisëne du désert, sert encore de signal pour diriger la navigation. Mais les frêles canots sont devenus des bateaux à vapeur, qui portent k la race sauvage des atteintes aussi fatales quoique moins cruelles.
An sortir de ce village, la troupe, de H. Hunt se trouva sur le territoire des Sioux-Telons, peuplade liée par des échanges habituas avec la compagnie anglaise du Nord-Ouest. Cotte compagnie Iwr avait livré des fusils ; et, soit à son instigation, soit par la jalousie du commerce que les tribus situées sur le tieuve auraient pu ouvrir avec les blancs de l'ouest, ces Sioux-Tetons s'étùent faits les pirates du Missouri. Four eux, toute embarcation commerçaDte, civilisée ou sauvage, étût de bonne prise s'ils iltient les plus forts. M. Hunt, toujours en crainte de leurs al- ■xpies, fut alors rejoint par un compagnon de voyage presque SQssi dangereux. C'était le directeur de la compagnie américaine ■tuMissonri, qui se portait, avec vingt hommes, à une station du baat fleuve pour ; attendre un de ses principaux agents de l'in- '^or. Déjà ce directeur était fort soupçonné d'avoir, deux ans auparavant, employé les Sioux eux-mêmes, pour wrôter une expè-
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369 HtLAItGES BGIENTIPIQCBS ET LITTÉRilBIl.
dition commercialo tentée par deux associés de H. Hant. A Sùst- Louts, 11 ftTalt entravé ce dernier, autant qa'il araltpo, due «m rficrulemeni ; et tout portait k croire qu'il venait encore aàUt les Stoux contre la nouvelle entreprise. Aussi l'entrevue des dm rliers blanos fut-elle pleine de suspicion et de réserve. De put a d'autre, les armes étaient prêtes ; et, de peur d'en venir aux niiisi, chaque troupe dut suivre une rive différente du Oeuve. Ce fat dans cet état de deml-hoslilllé qu'ils arrivèrent, le f 1 juin, k no eantonnement indien, appelé le village des Aricaras. ToateliNi, les deux partis eurent ass^ de prudence pour ne pas donner va sauvages le spectacle et les avantages d'une lutte violente, qui la aurait également exposés en les aflUiblissant. Chacun exerça séparément son trafic sans apparence d'opposition. H. Hant, qm devait pousser sa route vers l'ouest, par terre, avait besoin d'os grand nombre de chevaux que les Aricaras pouvaient lui foDmir. n resta, pour cela, chez eux près d'un mois, ce qui lui pennit d'observer leurs mœurs et leun usages aases intimement, pou en constater plusieurs points curieux.
Ils obéissaient & deux chefs, l'un souverain par hérédité, rnin éltgible et chef de guerre. Ce fut dans la hutte conique do wiverain, devant une assemblée formée par les anciens et les guer riers présentsde la tribu, que les deux chefs blancs vinrenttip»ser les motifs de leur voyage, annoncer que, bien qu'ayant dn intérêts distincts, ils se défendraient mutuellement contre tonte attaque, et accomplir enSn la cérémonie, jusqu'alors considMf comme un contrat inviolable, de fumer le calumet de paliiTK la nation. Ce partage de pouvoir par droit de succession et d'tiulioD, ces assemblées délibérantes, présidées par le chef héréditaire, BOQt déjà mentionnées par Cbarlevolx, dans sa descriptin du Canada, comme aussi elles se trouvent dans tes premiersiges de la Chine et de la Germanie. On pourrait remarquer eoeon d'autres traits de ressemblance entre les usages de ces peuples ii éloignées. Mais de U < tout esprit philosophique conclura sesle-
HiLANOES SCIENTlriQUES ET LITTÉHAIRES. 303
I ment que l'analogie des situations Impose à l'homme des cou- < tûmes et des mœurs analogues, dans les contrées et aux époques (les plus distantes*. ■
La richesse principale des Aricaras consistait en chevaux qui paissaient en troupe autour du village, et provenaient, en grande partie, (les handes de chevaux sauvages, errant dans les plaines enTironnaotes. Le cheval a 6té introduit au Pérou et an Mexique, par les Espagnols, lors de la conquête, et pour la conquête. De Ib, il a passé chez les Indiens par voie de rapine, et son aoqul- (ilion a changé leurs mceurs. Acheter, et plus souvent voler de? chevaux dans les autres tribus, s'en servir pour aller chasser an loin le bison et le cerf, afin de vivre de leur chair et rendre leur peau, telles sont les occupations de l'Indien qui habite ces con< trteg. Rentrés au camp, les hommes se reposent, causent entra eux, et jouent à des jeux de hasard, pour lesquels ils sont pa*tionnés. Cest la femme qui fait tout le travail domestique ; et, quoique sa condition soit fort dure, die est pourtant moins malheureuse depuis qne le cheval est venu la soulager. Il l'a au moins déchargée des fardeaux accablants qu'elle portait aub»fois pendant les marches de ces tribus. Elle n'est plus bète de BOtnme, comme chez les Indiens du nord, 06 Heame, Hackensie, Prsnidin même, l'ont vue, succombant sous la brutale exigence âo maître dont elle partageait la couche. Le cheval, amené par l'Européen pour conquérir, sera aussi le dernier auxiliaire de l'Indien, pour se défendre contre les progrès incessants de la culture qui le repousse dans les déniés des montagnes. Avec son B^urs, il descend comme un torrent dans la plaine, pille les plantations, et fuit rapidement sans être atteint. Car, depuis trois siècles qu'il connaît le cheval, l'Indien s'est complètement iden-
' Celle phraw en de Robertaou 1 tojw U 7* note k riatrodnction de ilàt-
'"^fi ii Ctiïr1ea.Qujn[^ où il compare les luages des Germaini et ceni des In-
■lieMdaCaMda.
364 uéLANGBS SCIBNTIPIQDBS RT LITTÎIIIIKS.
liûé avec lui. AuparavaDl marcheur intrépide, il est uiioardliiB excellent cavaliH*. âommele BedouîD, il sa lance avec son dienl dans les passages les plus périlleux; el comme lui aussi, il époin en peu d'années ce noble animal par le brutal usage qu'il fait de ses forces et de son ardeur.
Le village des Aricaras, entouré de ses troupes de cberaDi, c( tout composé de huttes coniques, ressemblait aux camps te Bédouins ou des Tartares. Ses sauvages habitants vivaient es proie à la crainte continuelle d'être surpris par les Sioux, leon mortels ennemis. Pendant le court séjour de H. Hunt, trois oa quatre larmes furent données. AussitAt les femmes et les afants jetaient des cris d'épouvante, et les hommes se disposaiol au combat. Il n'y eut cependant point d'attaque. Les arrivaoli étaient des guerriers de la même tribu, qui amenaient des chevaux, volés par eux, pour vendre à H. Çunt, ou revenaient d'un expédition contre les Sionx, dont ils étaient sortis victorieux. L'entrée des vainqueurs- fut célébrée par une sorte de céréiwh nie triomphale. Un d'entre eux, des plus jeunes, morteileiiMol blessé, la soutint jusqu'au bout, puis expira parmi les cris de . joie. Mais, après, les mères des morts allèrent les pleurer m une colline voisine, hors de la vue des vainqueurs. Leurs tristei accents, prolongés dans le silence de la nuit, rappellent à M. Irriog les lamentations de la Rachel biblique. Héme situation, mêHKi douleurs I
lie 18 juillet 1811, H. Hunt quitta les Aricaras; puis, touniDl k l'ouest, il entra avec ses hommes et ses chevaux dans la ré^in de ces plaines immenses et nues, au solde sable, aux oasis nres, et sans habitants fixes, qui s'étendent jusqu'au pied des m»tagnes Rocheuses. On les a nommées, avec raison, le grand disert d'Amériiiue. Il y rencontra tous les obstacles que la nabut et l'homme sauvage peuvent accumuler. A cette époque de l'u- Tiée, ces plaines désertes sontpresque partout sans eau. Un soleil brûlant les dévore d'une ardeur qui serait intolérable, si quelques
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t>rïses descendues des montagnes, ne venaient parfois la tem- [>ërer. On n'y trouve point d'arbres, si ce n'est dans quelques rallées rares et distantes, stations de repos souvent inévitables, nais toujours périlleuses par la présence de l'homme ou par ses imbûches. Hors de ces oasis, le peu d'aliments que fournit ta ;hasse des bisons sauvages, lorsqu'elle est heureuse, doivent être ;Dits avec les résidus sécbés de la flente de ces animaux. Ualheur iQ voyageur qui s'écarte de la vue de ses compagnons dans ces iteppes uniformes, où la route qu'il fautsuivre n'est rappelée à la mémoire par aucun accident du sol 1 Trois chasseurs de l'expédition furent ainsi perdus durant six jours ; ils errèrent pendant tout ce temps au hasard, courant sur leurs chevaux à trarers le désert, sans aucune notion de routa quelconque. La fortune seule les ramena enSn sur les traces de leurs compagnons, qu'ils suivirent dès lors et purent rejoindre, en se guidant sur les grands feux queM.Hunt faisait exprès allumertoutes les nuits pour les rappeler. Heureux encore de n'avoir rencontré que le désert ! La première bande d'Indiens qui se trouva sur le passage de la caravane avait déjà eu quelques rapports avec M. Hunt, par les députés qu'elle avut envoyés au cantonnement des Aricaras. 8Ue était campée dans un petit vallon, et appartenait à la tribu des Indiens Chiens, tribu devenue errante après avoir eu longtemps des habitations fixes sur la rivière Rouge. Chassés par les Sioux, ces infortunés avaient perdu leurs anciennes habitudes, et même leur ancien nom. Car ils s'appelaient autrefois Tcha- «ays; et la dénomination de Chiens leur était venue dii nom d'un affluent du Missouri, de la rivière des Chiens, près de laquelle ils s'étaient retirés. La bande rencontrée se composait de cinquante hommes, vêtus de peaux de bison', tous à cheval, et
* Le nom an^ii de cet mnimal est tufiUo, qal h Induit d'ordinaira en tnnftb par le mot iuffle. Ifaii duii «on lyiplication au continent américain, te mot tufalo désigne toujours le quadrupède que noan appeloni en français lehiioB. i. B.
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pauaot les Quits aoua des teoteg de peaus. Us se réuDireot asx chasseurs blancs pour (aire Que battue, où l'on tua grand nonbre de cerfs et de bisons que la saison du rut rendait plus bdlet h approcher.
Cette horde était trop faible pour être oOensive. Hais les fiia redoutés des coureurs du désert étaient les Indiens Corneilles, pillards féroces, qui, d'après les récits récents du capitaine Bosneville, eurcent encore aujourd'hui leurs brigandages dans la plaine du Hissouri. Cachant leurs femmes et leurs enbnts au fond de quelques vallées intérieures des montagnes Bodieoses, les hommes de cette borde sont continuetlement eu course pour piller la plaine et reporter leur butin dans la montagne, tqIIîgéant ainsi que les oiseaux nipaces dont ou leur a donné le nom. Us cherchent surtout à voler des chevaux qu'ils veodeot aux tribus du bas Missouri pour des fusils, de la poudre, et d'autres produits apportés par les blancs. En sortant du territoire des Sioux, la caravane de U. Hunt entra dans les districts de ctile horde dangereuse, et l'on ne tarda pas à en reconnaître les traces. Après quelques jours de marche dans tes déloun de leurs montagnes qu'il fallait inévilablement traverser, on rtficontra successivement plusieurs de leurs camps. Hais les blancs étaient nombreux, bien armés, et faisaient bonne garde. Les Coroeilles n'osèrent pas les attaquer, et M. Hunt leur acheta m&ne un supplément de chevaux pour mieux répartir ses bagagei. Obligé ensuite de se débarrasser d'un guide peu sur, et ae trouvant point de passage frayé pour franchir la crête des m'onlagnes, il fut rejoint plusieurs fois par cetle race perfide. Hais i leur échappa sans atlaque ouverte. Comme les Aricaras, ca sauvages sont en quelque sorte identifiés avec leurs chevaux. lit avaient parmi eux un enfant de deux ans, attaché sur un poulain du même &ge, et lui distribuant les coups de fouet avec une prodigalité vraiment indienne : il ne savait pas encore paito'-
La terreur que ces brigands inspirent, jointe à l'aspect désoW
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des rocs qu'ils habitent, et aux. scènes de destruction qua paraissent ; opérer souvent des convulsions géologiques dont on ne connaît pas bien la cause, ont fait attacher h ces solitudes une foule d'idées superstitieuses qui en rendent le passage plus redoutable. En les quittant, H. Hunt s'engagea dans les déOlés d'une autre chaîne plus haute, désignée par le nom de Bigboro. Ici, la lùarche de la caravane devenait de plus en plus pénible par les continuels accidents d'un sol en ruines, par le froid qui commençait à Les assaillir, et par l'incertitude d'une route sans guide, orientée seulement sur le soleil. Bien rarement, au fond de quelque gorge, un cours d'eau ranimant un peu de végëtatroD, offrait aux chevaux ainsi qu'aux hommes un point de repos. Un matin, an sortir d'un dé&lé, on aperçut une bande d'Indiens, k l'aspect farouche, postés en observation sur les hauteurs. Mais ta terreur les y Qxait plus que l'hostilité. C'étaient des bandes détachées de deux tribus, appelées les Tétes-Plates et les Shochonys, autrefois nombreuses, maintenant réduites et opprimées. Les Shochonys s4)partenaieDt à la grande et ancienne nation des Serpents, qui jadis étendait ses chasses dont tout le pays compris entre les deux bras du haut Hissouri. Une nation voisine, les Indiens Pieds- Noirs, leur disputa ce teiritoire giboyeux. Ils soutinrent longtemps la lutte avec des succès divers. Hais les Pieds-Noirs qui commerçûent arec la compagnie de la baie de Hudson, en reçurent des lusils, et les Serpents essayèrent en vain d'en obtenir'des Espagnols du Mexique avec lesquels ils étaient en relation. Dès lors, la rélistance leur devint impossible. Ils durent abandonner leur pays; et, se cachant dans les gorges les plus &pres des montagnes Bocheuses, ils devinrent une race timide, et abâtardie par le malheur. Ceux d'entre eux qui n'ont plus de chevaux vivent misérables et solitaires, dans des retraites inaccessibles, comme des sortes de gnomes , se oourrissant des poissons qu'ils prennent dans les torrents, et de quelques racines qu'ils arrachent b. celte terre désolée ; ce qui leur a fait donner, par mépris, le nom in-
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368 uAlangbs scibktifiqobs et littêbaikbs. jurieux de mangeurs de radoes. Ceux qui ont gardé qudqaes cheraux s'appellent Sbochonys, et vivent encore en troupe. Fndaot le prinlein)» et l'été, ils passent sur le versant ocddsDUl des montagnes Rocheuses pour pècber le saumon qui reinoDlele Rio-Colorado de la Californie, ou la Columbia de l'ouest. A Ttattomne, ce poisson disparaissant, ils se joignent aux Tât»-PltiK de ces montagnes pour tenter quelques chasses dans les prùiits situées il l'est, au pied de la chaîne. Hais ils n'y descendenl qu'avec la coitliouelle terreur d'y rencontrer les terribles I^eds- . Noirs.
La bande qui se trouva sur le passage de M. Hunt élail en marche pour une de ces expéditions dangereuses. On peut peaser s'ils furent heureux de rencontrer un parti de blancs arméJ, qm oe leur voulait aucun mal. On se réunit pour chasse:, et on se sépara après quelques jours de bonnes relations. H. Hunt continua sa marche, par les sources de la rivière Bighom , de cdle des Pierres-Jaunes, et du Rio-Colorado. Hais, au lieu de se diriger toujours droit & l'ouest, comme c'était sa route, il fut encoit souvent contraint de s'écarter au nord ou au sud, en quête de gibier car ce n'était pas chose facile de nourrir une troupe de soiuoie hommes dans ces solitudes. Enfin, le U septembre 1811, un d« guides montra à l'horizon, dans l'ouest, trois pics neiges, d'où il annonça que sortait la source de ia Columbia. Ces pics,' coonm aujourd'hui sous le nom des Trois-Telons, furent saines anant le phare du port, où toutes les peines allaient finir. Ils étaini toutefois encore à plus de trente lieues, et la marche, continuée sur ce sol granitique, ne cessait pas d'être horriblement pénible- Hais l'espoir, ranimant tous les courages, fit oublier lesmisiR^ passées; et, douze jours après, le 26 septembre 1811, la cann» campait au pied de ces pics, sur les bords d'un cours d'eau npi'l' que les guides reconnurent pour un affluent de la Columbia la hardis voyageurs se trouvaient donc enfin sur le versant oeddsital des montagnes Rocheuses. Cette muraille de granit quel'DO
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irait pu croire infranchissable, était mainlenanl derrière eux. M. HDDt laissa reposer sa troupe dans cette sitaation, pendant cinq jpius, puis commença de descendre vers l'océan occidental, terme de ses efforts. Nous le suivrons une autre fois dans cette dernière partie de sa courageuse entreprise, et nous dirons quel fut le fruit» qnel sera l'aveiiir, de La nouvelle voie qu'il vËbail d'ouvrir au commerce ainsi qu'à la civilisation.
Dansnolreprécédeotarticle, nous avons suivi cette troupe hardied'hommes blancs, commerçanu et chasseurs, qui, partant des derniers établissements de l'Union, dans le Missouri, avait entrepris de traverser le .continent d'Amérique dans toute sa laideur. poura]ler rqoindre, sur les bords dé l'Océan occidental, la oourelie colonie d'Astoria. Nous les avons accompagnés au milieu des bordes sauvages, dans les périls et les fatigues du désert. Kong les avons vus enfin, k force d'énergie et de courage, surmonter celte barrière de montagnes granitiques, prolongement des Andes, qui s'étend du sud au nord dans toute la longueur de l'Amérique, comme un contre-fort entre les deux océans. Le Uble ruisseau sur les bords duquel ils étaient campés descendait mainlenanl vers l'Océan de l'Ouest; il les conduisit bientât h. une grande rivière, mais tumultueuse et rapide, appelée Mad-River, qui était une des principales branches de la Columbia. La caranue salua cette vue avec enlhousiasme. Il ne fallait plus que
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construire des canots, pour s'abandonner an courant de c« «an favorables; toutes les fatiguas semblaient finies. Haig le chd, H. HuDt, arait trop de prudence pour se lirrer à une sécoriti si dangereuse. En effet, cette riTiëre, qui s'offrait à eux, pouTtà toe, plus bas, coupée de Rapides qui rendraient la narigation im> praticable. En s'y coAflant, il follait abandonner les chevanx, qni, dans ces solitudes désertées par les animaux comme psr rhomae aux approches de l'hiver, auraient fourni une ressource, peutêtre indispensable, contre la faim. De si graves motifs ne purral toutefois dominer l'entratoement de l'espérance, et l'on se mit ï
. construire des canots. Hais, par bonheur, deux Indiens Snpents étant survenus, détournèrent les blancs par leurs signes, de tenter cette entreprise impossible ; et ils conduisirent la troupe vos on autre point plus favorable, où un des agents de la compagnie du Missouri avait déjà antérieurement établi un poste que Vm trouva abandonné. Les huttes faites de troncs d'arbres, qu'avaient dressées les premiers occupants, furent, pour la cuavane Mguée, des palais où elle se reposa délicieusement, au bord d'uo cours d'eau, large et tranquille. L'embarquement fut déOnitiniment résolu, et l'on se remit à construire des canots. Par un do^
.nier effort de prudence, U. Hunt voulut faire de ce lieu un poits central de refuge et de commerce. Il y laissa ses chevaux sons li garde des deux Indiens Serpents qui l'avaient guidé, promettul de les récompenser généreutemeat s'ils en prenaient soin jotqDli son retour. En même temps il détacha deux partis de trappeurs, pour aller dans le pays environnant cbasser les castors dont iet traces se montraient en abondance, et il leur assigna ce poita pour rendez-vous commun. L'un des membres de l'assodatioD Aitorienne se détermina & suivre' ces hommes, préférant tons la périls de cette vie errante b la continuation des fatigues de l'eqiédition.
L'existence des trappeurs sur les frontières des défrichemeDli américains, dont Cooper a Uacé des peintures si vives, n'offre
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■ iLANOfeB SGICNTIiriguBa ET LITTÉBAIRI8. 371
qu'une image imparfaite des dangers et des hasards auxquels s'exposeat ces chasseurs, qui vout vivre ainsi, au cœur même de la solitude, dans l'isolemeot absolu. Ils y trouvent pourtant un charme irrésistible. Un de ceux que M. Bunt avait détachés était DB vieux, trappeur, nommé Robinson, &gé de soixante-six ans. Itavait été dans sa jeunesse un des premiers colons du Kenlucki, M s'était trouvé alors maintes fois aux prises avec les Indiens, sur te territoire si cruellement disputé, qu'on l'avait nommé la Terre tanglante. Il était même tombé entre leurs mains, et avait été Kalpé; mais, par une fortune iocroyable, il s'était échappé; et, depuis, il portait un mouchoir noué autour de la tête pour couvrir ta blessure. M. Hunt l'avait rencontré descendant le Missouri, avec un camarade, dans une fréie barque, au retour d'une tongue chassa qui avait été fractueuse. Ces deux hommes, satis< hits de leurs captures, retournaient se reposer & Saint-Louis. Miis, en voyant cette troupe de blancs remonter le fleuve, si nombreuse, si bien équipée, marchant avec ardeur à une si grande entreprise, le vieux trappeur ne put résister à cette EÔduction. II loomale dos & la vie civilisée, et suivit M. Hunt, celui-ci enchanté de gagner un tel compagnon.
H. Hunt avait aussi rencontré sur le Missouri un autre chas- Kur intrépide, qui avait échappé ii un péril plus grand encore, s'il est possible, que le vieux Robinson. Celui-ci se nommait John Colter. IL avait accompagné Lewis et Clarke dans leur mémorable expédition aux montagnes Rocheuses, la première que l'on eût leotée. Cette fois il revenait d'un voyage de chasse vers le haut Missouri, et descendait seul le fleuve dans un frêle canot. Se trouvant unsi un jour en chasse avec un autre trappeur, après avoir tendu les pièges qui faisaient leur fortune, ils avaient été surpris pu une bande d'Indiens Pieds-Noirs. Le camarade de John, disespéré, Qt feu de sa carabine, tua un des sauvages, et tomba percé de leurs traits. John vit bien qu'il allait payer le prix du BiDg, et subir la mort la plus cruelle. Il entendait quelque peu
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le langage des Pieds-Noirs, et comprit qu'ils dëUbéraieDt surU genre de tourment qu'ils allaient lai (aire souffrir. BofiD le cbd, plus raIBné dans sa vengeance, lui demanda s'il étût bon coureur. Le malheureux devina le buldecettequesUoni il comprit qne si vie allait être l'enjeu de la course ; et, quoique remarquable par sod agilité entre ses compagnons de chasse, il eat assez de présence d'esprit pour assurer qu'il savait mal courir. Ce stratagème lui obtint quelque avance : le chef le mena dans la prairie, à qnitre cents pas de la troupe des sauvages, et le laissa fuir. Un hnriement terrible lui'apprit aussilAt que la horde entière étéit sur ta traces. Coller vola plutôt qu'il ne courut, tirant quelque espérance de sa vélocité, qui l'étonnait lui-même. Hais il avait m milles de prairie à courir avant de gagner le Missouri, et les plantei épineuses lui déchiraient les pieds. Pourtant, k moitié du trajet,)e bruit des poursuivants lui sembla s'affaiblir, et il se hasarda an instant à tourner la tête. Le corps de la horde était loin de^ riëre; mais un seul guerrier, armé d'une lance, le suivait à cent pas. Colter redoubla d'efforts, an point que le sang lui sortait de la bouche, mais vainement ; il sentit bientét son ennemi ii deni pas. Alors désespéré, il s'arrêta, et lui Qt face. Le sauvage étonné s'arrêta aussi, et, brandissant son arme, la lui laoca. Mais le coup faillit; l'arme frappa la terre, se rompit, et CoUer saisissant le fer en tua son ennemi, puis reprit la fuite. La horde arriiie en cet endroit, et y trouvant un des. siens massacré, recommença sa poursuite avec des cris horribles. Cependant Colter avait pn joindre un bois de cotonniers qui bordait le fleuve; il le tAvem, se jeta k la nage, et gagaa ainsi, sans être vu, une lie voisine, où un immense amas d'arbres accumulés formait un radeau ntturel de plusieurs pieds d'épaisseur, n plongea dessous, et troon enfln un endroit où il put sortir la tête de l'eau, sous les branchages qui le recouvraient. A peine respirant, il entendit les sinvages arrivés au radeau, et le cherchant partout de leurs jeni perçants. Us s'efforcèrent longtemps de le découvrir, ei Ip mal-
MÉLANGES SGIENTIPIQVES ET LITTÊRAIRKS. 373
heureux tremblait qu'ils ne missent le feu & son asile; mais par bonheur l'idée ne leur en vint pas, et le soir ils l'abandonnirent, convaincus qu'il avait péri. Toutefois le prudent chasseur qo quitta sa cache que bien avant dans la nuit, lorsqu'aucun bruit ne se Qt plus entendre. Il plongea alors sous le radeau pour sortir, nagea longtemps, et vint aborder à une grande distance sur la rive opposée. Hais il était nu, épuisé de faim et de fatigue; ce ne fui qu'avec peine qu'il put rejoindre un poste de cbasseurs, et seulement le lendemain. Pourtant, cette terrible épreuve ne l'avait pas fait renoncer à ce genre de vie. M. Hunt s'efForça de l'engager (ians son expédition, et Colter était vivement tenté i'y prendre part. Mais il s'était marié récemment & SainfrLouis, et les charmes de sa jeune épouse l'emportèrent sur ceux des montagnes Rocheuses. Il accompagna l'expédition pendant quelques milles, puis la quitta, et retourna vers ses récentes amours : ce ne fut pas toute/oi? sans bien des regrets. Parmi les épisodes qu'on rencontre dans l'ouvrage de H. Irving, celui-ci est un des plus saisissants.
Fendant que la troupe de H. Hunt construisait les canots sur . lesqu^s elle dMa.\t se lancer à travers tes périls d'une navigation inconnue, des partis de chasseurs furent détachés dans les environs. Mais les animaux sauvages s'étaient éloignés de ces lieux aux approches de l'hiver : il fallut vivre sur les provisions qu'on avait réservées. Enfin, te 48 octobre, quinze barques emportèrent la caravane sur ces eaux rapides, oà les pilotes canadiens les dirigèrent avec autant de joie que de dextérité.
Toutallabieâ d'abord; maisdëslesecondjourlamiëresetrouva semée d'écueils et de cascades qu'il fallut périlleusement traverser. Deux barques se brisèrent. Le lendemain on trouva un pas plus difficile; le cours d'eau, resserré pendant un demi-mille entre deux murailles de roches b. pic, acquérait une irrésistible violence. U fallut transporter par terre le bagage et les barques au-dessous de ce point. La confiance commençait h décroître : ou
37i UÊLANaEB SCIENTIFIQUES ET LITT£raIIIKS.
aTait parcouru deux cent quatre-vingts milles sans dëaïunir une habitation tiumaine, ni un ^e vivant. EnûD, la Si oclolnre, on apergut quelques huttes de sauvages ; on aborda pour leur ptT> 1er, mais effrayés ils s'enfuirent, et l'on ite trouva dans leartobanes que quelques petits poissons, des racines et des graines, feibles provisions d'hiver, dont la pauvreté s'accordait trop »se l'aspect du pays. Le lendemain, les fatigues et les dangers croissant toujours, on vit un autre camp d'Indiens Serpenta qni s'enfuirent de même, à l'exception d'un seul qui, malgré la terrair la plus vive, osa rester pour défendre, par ses ardentes prières, une petite provision de poisson sec préparée pour l'hiver. Tooln les offres de H. Hunt purent i. peine le résoudre k la parlags. Au delà de ce point on descendit encore pendant deux jours; mais alors le courant devint impraticable. Le canot de tête se bris contre un roc, et le pilote canadieo qui le dirigeait fut empoité dans un Rapide où il périt. C'était le plus adroit de ces paOTrei gens et le plus aimé. On reconnut avec effroi qu'un peu plus loin la rivière tout entière se précipitait de deux cents pieds de hauteur entre des rochers & pic ; et qu'au delà, pendant quarante milles, ce n'était qu'une suite d'écueils, de tourbillons et de cascades infranchissables. Il fallait donc laisser là les barques, A essayer d'avancer à pied, emportant seulement les bagages et \a vivces indispensables. Car le poste où les chevaux avaient été abandonnés était à trois cent quarante milles en arrière. Quel parti prendre, et comment sortir de ces solitudes sans guides et sans vivres! Ce fut le sujet d'une sombre délibération.
L'unique ressource parut être de se diviser en plusieurs partis, pour ne pas s'affamer mutuellement. Il ne restait plus que dnq jours de vivres, on se les partagea; les bagages qu'on ne ponnil porter furent enfouis dans des caches, puis chaque troupealli tenter le sort. Ce qu'il y eut de souffrances & supporter penl à peine se croire. Quelques misérables restes de poissons secs, quelques chevaux achetés difficilement, ou dérobés aux peuplades
HKLANaia SCieNTIPIQUIS BT LITTiHAIRBg, 375
saDTBgeB dispersées de loin ea loin dans ces solitudes, furent les seuls alimenls qu'on pnt se procurer. On mangea Jusqu'aux peaux dei castors tués précédemment. Après une marche à' pied de plDS de sept cents milles, un des associés s'arrêta de faiblesse, et resta en arrière avec deux hommes. Eoân, le reste de la troupe, rallié avec M. Hunt, gagna un cantonnement d'Indiens Serpents qui les avertirent de ne plus suivre le cours trop sinueux de la rivière, et leur fournirent des guides pour couper droit k travers les montagnes. H. Hunt prit doue cette nouvelle direction, le Si décembre, avec trente-deux blancs, trois Indiens et cinq cbe* vaux. Cbose & peine croyable! la femme de l'interprète engagé h SaîDl-Louis était du voyage, et eu avait supporté toutes les mi- (ères. Ayant déjit avec elle deux enfants, que souvent elle portait, elle acouoha d'un troisième sur la roule, s'arrêta quelques iastuite, pais, sans se plaindre, rejoignit la troupe, portant sur son dos ton nouvel enfant. La* marche était pourtant horriblement pénible, dans le cœur de l'biver, à travers de hautes montagnes hérîBiées de roches, coupées de ravines, au milieu de la neige où l'oD enfonçait souvent jusqu'à la ceinture. Enfin, après treize jours d'une pareille route, ajant gravi un dernier sommet, le soleil reparut, le temps s'adoucît, et à leurs pieds, dans des vallées profondes, ils découvrirent de nombreux troupeaux de cerfs. Bientél ils virent des traces de chevaux en grand nombre. Tout annonçait qu'ils étaient entrés dans un climat plus favorable, et cet espoir ne fut pas déçu. Le 6 janvier iSM ils arrivèrent à un camp d'Indiens appartenant k la tribu des Sciatogss, où ils trouvèrent la fin de leurs peines. Ces Indiens vivaient eous des tentes couvertes de nattes, et s'habillaient de peaux comme les tribus du Uisaouri. Ils avaient des chevaux en aboudance ; mais la chasse, jointe à quelques racines, fournissait leurs aliments habituels. Enfin, ce qui fut un motif de joie générale, ils possédaient beaucoup d'ustensiles de fabrique européenoe, qui attestaient une communication prochaine avec les blancs. M. Hunt obtint aisé-
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376 HÉLAKGES SCIBNTIPIQUBS ET LITTÉRAIIES.
meot d'eux (ont ce qu'il (allait pour reTaire sa troupe affiamée; puis, ayant rallié ce qu'il put des hommes restés en Bnièrc, il partit de nouveau pour n^joindre la rivière de la Columbia, on peu au-dessous du point auquel Lewis et Clarke ont donné l«ir nom. Ensuite il lui fallut marcher encore pendant dix jours pour dépasser les cataractes infranchissables de cette grande rivièrB. Là il eut des nouvelles d'Astoria par les sauvages, parfaitemeot ÏDStruUs de tout ce qui concernait cet établissement. Il antrjt d'eux le désastre du Tonquin; et, leur ayant acheté cinq canots, il rejoignit eaSn Asioria le 15 février 1812, après onze mois' de voyage, ayant traversé le coDlinent américain dans toute sa largeur, comme il s'y était «igagé.
Placé dès lors au commandement de toute l'entreprise, son premier soin fut d'envoyer un détachement visiter le poste qu'il arait laissé au-dessus des Rapides àe la Columbia, et recueillir les partis de ses hommes qui n'avaient pas pu rejoindre. Ualheoreusement, la colonie perdit bieatât cet habile chef. Un b&limeat américain parut, c'était le Castor : Il était expédié par H. Astor, pour charger les pelleteries rassemblées b. l'entrepôt, et les porter au marché de Cantou. Hais auparavant, M. Huot devait se rendre sur ce b&timent, à l'enb^pAt russe de la nouvelle Archangel, sitoi à SO degrés plus au nord sur la même cdte, H. Astor ayant conclu avec la Russie un traité par lequel il se chargeait d'approvisionner régulièrement ce poste éloigné ; ce qui était en eifet une combinaison habile pour se concilier la faveur de la puissance russe, qui s'étend et se fortiQe de jour en jour dans ces parages. H. Huntpar- Ut donc. Toutefois, avant de quitter la colonie, il expédia oicore dans l'intérieur trois nouveaux détachements, dont deux étaieal destinés h établir des postes de commerce dans la partie supérieure du fleuve; tandis que le troisième, composé seulement de sept hommes, devait repasser les montagnes Rocheuses, et porter des nouvelles à H. Astor. Nous ne redirons pas les nouvelles sourfrances de ces hommes intrépides, obligés d'hiverner en route su
miliea des hordes ennemies, et qui n'atteignirent Saint-Lonis que leSft avril de l'année suivante. Us donnèrent une rive joie & H. Aslor.privé de toutes nonvelleâdepuisdeuxuis. Hais, en ce moment mËme, sa colonie recevait un coup fatal. La lenteur des arrangements àfaireaveclecommandant russe, quelquesavaries survenues iuC(u(or,avaientprolongérabsencedeH.Hunt.CraigDantdetrop retarder le voyage de Canton, il se fit débarquer aux Iles Sandwich, d'où il espérait rejoindre Astoria par le b&timent que M. Aslor devait y envoyer chaque année. Or, & cette époque, la gu^re Mata entre l'Angleterre et les États-Unis : le port de New-York fol bloqué ; le b&timent expédié tardivement, avec difficulté, At malheureosement naufrage. Dans cet intervalle, un agent de ta compagnie anglaise du Nord-Ouest, dont les postes touchaient à C8DX des Astoriens, apprit à ces derniers la nouvelle de la guerre, et leur annonça pompeusement la prochûne arrivée d'une frégate anglaise, qui viendrait foudroyer de ses batteries leur fort paUssadé. Le commandant astorien se laissa effrayer, ou peutttre tut-il gagné par les promesses de la compagnie anglaise, dus laquelle un de ses proches parents était intéressé. Sans Hoir vu la frégate, et malgré la désapprobation de plusieurs de Ks collègues, il s'engagea, par une convention passée avec l'agent de la compagnie rivale, h lui remettre le fort d' Astoria, le ("juin isu, si H. Hunt ne reparaissait pas. Celui-ci revint le U août 1813, bien avant l'époque fatale, et s'opposa d'abord fortement k cet abandon. Puis il céda devant la crainte de l'expédition anglaise-, et il repartit pour aller fréter, aux Iles Sandwich, on bUiment où il pût charger les pelleteries entreposées au fort. ^, durant cette seconde absence, l'agent de l'autre compagnie "^■arut avec soixante et dix hommes et dix canots, et il vint cam- P^ soùs les petits canons d' Astoria. Ce déploiement de forces porta le dernier coup au commandant, qui livra la factorerie le lï décembre, céda les pelleteries à un prix désavantageux, et passa lui-même au service de la compagnie du Nord-Ouest. De
376 UiLANOES aCIE>TIPIQUEB BT LITTânAI»S.
sorte que U. Hunl, arriTant le 1 8 férrier 1 81 i, troQva le pavUlOD anglais arboré <ur les palissades et la colonie coaquise.
Lorsque H. Astor apprit cette f&cheuse nouvelle par ceux dt ses employés qui repassèrent les montagnes Rocheuses, il s'écrii qu'il aurait préféré tout perdre par la force, et qu'il ne ponmit jamaii se consoler d'une si honteuse capitulation. Toutefois, luh . même avait commis une faute grave, en ne choisissant pai nvee assez de discernement les chefs actifs des diverses parUes de son entreprise.
Au retour de la paix, le traité de Gand rendit aux Élats-llDlt Astorla et tout le pays environnant. Un ddit du congrès défeedit en 1815 il tout sujet anglais de faire aucun commerce dani lei possessions américaines, et l'occasion semblait favorable pour que M. Astor renouvelât son entreprise. Mais les deux compi- ' gnies anglaises du Nord-Ouest et de la baie d'Hudaon, réuoiei en une seule, occupaient par leurs agents tous In postes de li Columbia. n fallait tes en chasser par la force, et M. Astor nf put déterminer son gouvernement à le soutenir. BlenlAt le goovernement anglais comprit l'importance -future de ce nnaveau pays, et chercha à s'en emparer. Une discussion s'éleva entre les deux puissances rivales, sur la limite de leurs possessions, mili la question resta indécise. Un traité provisoire, conclu le <10 octobre 1 81 8, déclara que tout le pays situé à l'ouest des montagoH Rocheuses serait franc pour le commerco anglùs et américaio pendant dix années, et que les deux nations auraient un égal droit de navigation sur ses rivières. En 18S8, ce traité fut renonv«U sous les mêmes termes, et il doit expirer en 1838, dans l'uiaée même où nous entrons.
Dans l'appendice joint & son ouvrage, M. Irving a inséré nH note sur le commerce des pelleteries américaines, qu'il a extiaile en grande partie d'un article du journal américain de Sillimio, numéro de janvier 1834; et cette note nous fournit dee rensà- ' gnements sur l'état actuel d'Astoria entre les mùns de lacomps-
HfeLANOfS ICtENTIPKÏUIB ET LITTiRAIRBS. 379
gntedelabded'Budson. Le posle mims d'AstorU a paru & cette compagnie trop éloigné de l'intérieur pour ^n faire son entrepât œDiral, et elle a établi sa principale factorerie plus haut, Bur la Colambia, à cent milles de la mer. Cette factorerie est trës-conndirabie, et ses affaires sont représentées comme très-prospéres. Le territoire entier, connu sous le nom commercial de Fur Countria, pays des pelleteries, lequel s'étend de la mer Pacifique aux montagnes Rocheuses, se trouve, d'après cette même note, parlai comme il suit entre les diverses compagnies commerçantes. Le nord-ouest est occupé par les Russes, depuis le détroit de Behring jusqu'au 53* degré de latitude. De là, jusqu'au sud de h Columbia, s'étend le domaine de la compagnie de ta baie d'Hadson. L'espace restant jusqu'au golfe de Californie est exploité par deux compagnies américaines, la compagnie Ashley, dont les chefs résident à Saint-Louis, et une autre fondée à New- Tork, en 4 831 , par le capitaine Bouneville, dont les expéditions wentnrenses ont été récemment publiées par M. Irving. L'ani^ne compagnie créée par H. Astor, sous le nom de Compagnie américaine des pelleteries, a son siège actuel à Hichilimackinac, ^ point de réunion des lacs Huron et Supérieur. De là elle exploite ta rallée supérieure du Missouri, et enraie «es bateaux à npeur dans ces solitudes si péniblement traversées à cheval et m canot par l'expédition de M. Hunt. Depuis la mer Arctique et Il rivière de Hackensie jusqu'au golfe du He:iiqne et à la pointe ^1& Californie, l'Amérique est envahie parles chasseurs.Le bison, It cerf, te castor, sont poursuivis dans leurs dernières retraites. I^ Américains augmentent chaque année leur commerce avec 'iChiae, ce grand débouché des pelleteries; et, jusqu'à présent, ^ n'ont dans la mer Pacifique aucun poste militaire pour pro- %T leur marine marchande et faire respecter leur pavillon*. Ils
' Ceci était exact, «n IBSB, qnand cet article ftit écrit. Hali depuis <■ Calf- *"*. <» piys de l'or, s'est annexa à l'Union américaine comme état diatineti
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380 MELANGES SCIENTIFIQUES ET LITTBR&IIIKS.
doivent doQC r^retter vivement la perte d'Astoria, à bien plaeie sur la cAte occidentala d'Amérique. En outre, le mouvemrat continu des énaigrants vers l'ouest les rapproche des montagnes Rocheuses. Le hardi pionnier voit d'un œil impatient cette barrière posée entre lui et l'Océan, qu'il considère comme sa limite naturelle. Dans cet état de choses, le traité provisoire entre I'Adgleterre et les États-Unis expire, comme nous l'avons dit, cette année même ; et, si l' Angleterre eût été tranquille dans ses possessions américaines, on peut croire que le désir de conserver la paix eût fait encore reporter k quelques années la question dfs limites. Hais dans ce moment l'insurrection du Canada vient d'éclater ; et, si les troubles ont quelque durée dans cette colonie, l'Angleterre se trouvera gênée pour soutenir par la force ses prétentions sur les districts de la Columbia. Tout porte dooc à croire que les Américains se montreront plus exigeants dans la rédaction du nouveau traité. De \k peut naître une guerre oà se disputera l'empire des cAtes naguère inconnues de l'océu Pacifique ; et dans celte guerre le cri de ralliement des Américains sera le nom d'Astoria.
Le récit du long et pénible vojage de M. Hunt nous a fait connaître les moeurs des Indiens de l'intérieur du continent, aotonr de la grande chatne des montagnes Rocheuses; il nous les a montrés hardis et cruels quand ils sont les plus forts, timides et accueillants quand ils sont opprimés. Le* journal d'Astoria bods donne sur les Indiens de la cdie ocadentale des détails qui complètent te tableau de ces différentes races. Les Indiens de la cMe sont plus faibles que ceux de l'intérieur. Outre la singulière coutume d'aplatir la télé de leurs enfants, coutume que nous avons déj^ citée, ils montrent une ave/sion marquée pour la baihe qu'ils s'arrachent poil à poil, tandis qu'ils laissent croître leur
e grande république fëdérative s'occnrit diaquc jour uu le» côtes ivi bordent le ci
UÉLANGKS SCIENTIPrQUES ET LITTiftAIRCS. 381
chevelnre. Ils sont polygames comme les autres Indiens. Us ont quelque idée vagae d'un bon esprit, créateur de toutes choses, lequel réside au ciel, et lutte contre un mauvais esprit qui habite le feu dans les régions inférieures. Leurs guerres sont peu sanglantes, et se terminent d'ordinaire par des compensations en esclaves, en chevaux, ou tous autres objets de service. Ils s'amusent k danser au son d'un instrument grossier, et surtout ils aiment les jeux de hasard. Ils s'y passionnent tellement qu'ils jouent tout ce qu'ils ont, jusqu'à leurs femmes et leurs enfants. Ces traits principaux se retrouvent chez les Indiens de Noutka, qni habitent la même cAte, quelques degrés plus ail nord, et qui nous sont connus depuis les voyages de Cook et de Vancouver. Ceci peut faire penser qu'ils ont la même origine. H. Irving trouve même assez d'analogie entre les habitudes des Indiens de la Columbia et celles des Esquimaux, modifiées par l'influence d'un climat tempéré. Comme les Indiens de Noutka, les riverains delà Columbia sont industrieux et montrentquelque désir d'imiter les arts européens : un de leurs chefs se tenait même assidûment à la forge de la nouvelle factorerie. Hais la distance entre l'homme civilisé et l'homme sauvage est trop grande pour que celui-ci s'en tienne à la simple admiration. En voyant les produits d'une industrie qu'il ne pourra de longtemps imiter, il ne peut résister k l'envie de se les approprier:- il devient plus rusé, plus voleur qu'auparavant, et ceci- explique comment les relations commerdates des blancs avec les Indiens tendent plutôt à dépraver qu'à améliorer le naturel de ces derniers.
Au reste, bientôt le commerce des pelleteries ne sera plus dans ca contrées qu'un objet secondaire. Car les animaux qui fournissent ces pelleteries diminuent rapidement par le massacre irréfléchi qu'en font les chasseurs, et encore plus par l'ëtablissement du pionnier dans les forêts, dans les marécages, où ils trouvaient leur asile et leur nourriture. La culture, avançant comme le (lot, envahit tout le terrain, et chasse devant elle le
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3Sli UÉLANOIt SCItNTiriQUEB ET LITTiBlIBES.
bison, la cerf, le caator, en génâral tous les animaux saanga dont se nourrissent les peuplades indiennes *. Ainsi aflaniéos, ta peuplades doivent donc accepter conune un arrêt de fie ou de jnort la civilisation de l'homme blanc ; et, si elles refusent de s'j plier, elles disparaîtront toutes du sol de l'Amérique, comme ont disparu les Indiens de la câte orientale devant les premiers plul«urs eitropéens.
Aux renseignements contenus dans ces articles sur les pRmiëres entreprises commerciales des Européens à l'ouest dfs montagnes Rocheuses, on peut utilement ajouter quelques doqveaux détails, qui ont été recueillis par le lieutenant Charle Wilkes, de la marine américaine, dans son célèbre voyage de
* Ce na wnt pu Huleoieiit le* knimkux Uirtatres qui .cèdent U pi» ' rhomme civilisa. Le c&pitaiDe Bonncville, daas ion ouvrage récent, reaui^ qu« lea grandes bondea de dindons NUTigM ont abutdound le* udoiM rouUtde leunmlgrïtioniiuiiiuelles, pourâcfaapparaui RLicJDWsdwdiuMiM blancs i et il dit aussi que Ifi abeilles sauTages, ne letrouTanl plus les li^^ qui leur sertalent d'asile, se sont retirée! t l'ouMt wen In» riclM r^lt« introduit de Douretux ii^tt de guem entre Im In le« colona*.
tiu-ngtt lu pliu KdvDtablH car le
donnent blmtât lej forêts, tes prnlrlf loitBl (llaqiiti par rboBiHH nuni 0
MiLJLNGtS SCIINTiriQUKS KT LITT^aÀlllIS. 383
dreamoBvigatioD , dont j'aurai plus loin occasion de rendre compte. Ce navigateur a ffùt, dans l'année 4841, uue longue BtatioDkl'embouohure de la Columbia;etaprè8 avoir mie ses navires en sûreté, il a débarqué de sa personne aux environs d'Astoria, d'où i] s'est avancé dans l'intérieur, pour constater par lui-même, l'état ainsi que la nationalité des établissemeats de commerce actuellemeat existants sur la portion du territoire des Fur Coun- Iriet'qm le traité de Gand a restituées aux Américains. Il a reconnu, noD sans regret, que le commerce de la Columbia et de ses alSuents, était presque tout entier dans les mains de la compagnie anglaise d'Hudson, paisiblement établie au fort Vaneonver, d'oti elle rayonnait au loin sur tout le pays, par ses agents, ses tmppeurs, et ses postes de trafic, babilement établis sur tous les points de la cAte où l'on peut aborder. L'unité d'organisaUon intérieure de cette compagnie, et la puissance de ses capitaux, jointes à l'ancienneté ^nsi qu'it la constance de ses rdations avec -les naturels, et avec les Européens que l'esprit d'aventure amène à se Qxer dans ces parages, lui donnaient sur toute entreprise particulière, des avantages que rien ne peut balancer. Mais déjti, en 18il, la récolte des pelleteries n'était plus qu'une partie minime et peu profitable de ses opérations. Le fort Vancouver était devenu uu grand établissement manufacturier, agricole, et un dépôt de vente des marchandises d'Europe aux naturels de l'intérieur. La pèche du saumon, régulièrement organisée, avait presque remplacé la chasse du castor; et des moulins ti scie, préparaient des cargaisons de planches pour les Iles Sandwiob. Les ouvriers, tes employés, attachés au service de la compagnie, étaient maintenus dans des habitudes d'ordre et de conduite parfaitement réglées. L'usage des liqueurs fortes y était interdit; le christianisme pratiqué; la liberté de conscience respectée. Le service religieux s'y faisait alternativement, el en bonne inteiligeoce, par des ministres protestants et des prêtres catboUques, pour les individus de ces deux communions. En
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384 HÉLANQKS 3CIBNTIFIQUBS ET LITTKHAIKBS.
un mot, c'était comme une petite cité, policée, indnstneiise, et dirétienne, établie en ce point du désert.
Le lieutenant Wilkes eut l'occasion de voir an misâonnûn américain, venu dans ces contrées avec sa femme eA ses enfants, pour apporter l'Évangile aux swivages, et aussi des missionnaiies catholiques envoyés d'Europe pour le même motif. Le jugement qu'il porte sur leur aptitude inégale & remplir cène l&che est très-remarquable, surtout venant d'un sincère protestant comiDe lui. Le missionnaire américain est profondément découragé; il se plaint du froid accueil, et même des difficultés qu'il éproiiK .de la part de l'agent anglais du fort Vancouver, qui a refusé de lui acheter des fourrures acquises des sauvages, ne devant pas, dit-il, encourager l'extension de ce commerce par des personnes étrangères à sa compagnie. Il ne voit pas la possibilité de subsister dans cet abandon, et n'aspire qu'k s'en relouraer dans son pays natal. Le missionnaire catholique n'a de compagnie qne Dieu. Il est pauvre, n'a rien et vendre, et ne cherche point à acquérir. Il supporte patiemment les misères auxquelles il s'est aitendu, et poursuit son œuvre avec persévérance, jusqu'à y monrù. Cette différence de force morale, et par suite de succès religieni, s'explique par la différence des nécessités personnelles auxquelles ces deux hommes sont soumis. Supposez-leur un zèle égal, une égale v^u : le premier sera, en général, chargé de fomille, et ne pourra convenablement l'entretenir, même la sustenter, am la faible rétribution que lui fournit l'association de personnes privées, qui l'a expédié au loin, avec sa provision de bibles. 11 faut donc, presque forcément, qu'il tftche de se procurer le s^^ plus en se mettant à trafiquer pour son propre compte -, ou qoe, gagnant la conSance des chefs du pays, il leur enseigne et Inir fasse pratiquer, à leur profit et au sien, les inventions fiscales des vieilles sociétés civilisées, impAts, taxes, douanes, mouopole du commerce, toutes choses dont ils ne s'étaient pas avisés. Daas ces deux cas, son intérêt personnel, d'accord avec l'esprit de om-
HÂLINGES SCIENTIFIQUES ET LITTiRi.IRES. 38S
lioaalité, le portera naturellement à faire prévaloir, et & roidre s'il se peut exclusifs pour ses compatriotes, les avantages des relations qu'il aura ouvertes ; en sorte qu'il se trouTeia ainsi devenu on agent politique, beaucoup plus rëellemeni qu'an apdtre chréti«i. Que l'on dise si ce n'est pas là précisément cequi est arrivé, ce qui se voit encore dans les archipels de la Polynésie, et partout ailleurs, où les missionuairea anglais et américains sont pervenus à s'introduire et h. dominer! Le rfile du missionnaire catholique, est tout autre. N'ayant besoin pour lui-même que des aliments qui suffisent à la vie de chaque jour, il se les procure à peu de frais par d'humbles échanges, ou par le travail de ses mains. Pauvre avec les pauvres, il s'identi&e aux populations qu'il visite, et pour prix des instmcUons qu'il leur donne, il ne leur demande que d'en être toléré. Qu'il les trouve déjà prématurément infectées des vices apportés par les aventuriers européens, ou tout k foit sauvages, il ne voit en elles que des portions égarées de la grande famille humaine, que Dieu lui a donné la charge d'éclairer, d'améliorer, d'instruire, et de ramener par le bienfait de l'Évangile, h un mode de vie régulier, laborieux, paisible, en un mot chrétien. Si, comme conséquence nécessaire, cette transformation morale fait naître entre elles, et les nations anciennement civilisées , des communications de commerce, profitables aux unes comme aux autres, il ae cherchera pas à user de son influence pour les rendre particulières et exclusives. Sans éteindre en lui le souvenir de la patrie, sa catholicité le rend indépendant des exigences de nationalité. N'étant pas obligé de dévdopp« ces relations, i tout prix, pour la satisfaction de ses protecteurs, ou pour son avantage propre, il pourra employer toute son inBuence, à défendre ses pauvres néophytes, contre la contagion des vices nouveaux, et des habitudes immorales, que leur apporteront les grossiers équipages des navires de commerce, ou les aventuriers qui viendront se mêler à eux pour les exploiter. En comparant ces différences de position, devra-t-on s'étonner, si,
888 uiLANOIS ICIBNTIPIQDES ET LITTililHKS.
partout où les missionnaires catholiques, les Français inttont, ont pu librement s'iDstaller, leur action purement charitable et désintéressée, a été plus, moralement fructueuse et profllable un indigènes, que celte des miiaionnaires protestants 1 On peut io- Toquer sur ce fait, les témoignages ananimes des officiers de li marine française, qui, depals trente ans, ont visité les archipeli de la Polynésie, où les deux systèmes de missions ont été api^ quda k des populations analogues. Us ne me démentiront pu. J'en appellerai partlouUëremeot, arec autant de conflance qoe d'estime, au capitaine Tardy de KontraTel, dont nos misiioai françaises de la Nouvelle-Calédonie, ont conservé nn si toodiut souvenir. Les observations personnelleii, que cet excellent homme a bien voulu me communiquer, m'en ont appris sur ce sajet bien plus que je n'ai voulu en dire*.
' Sur les missioni françuises de l'Orégan, de la Ciliforale, et de fOcAolt ai gënéral, coaiuIiM les TOlunea des ÀiuiMltt di U proifoiaiitm 4t Im fi P>v Im vingt dernières années. Dans ces simples rjciu, de pauvres prMi«i, ifà pu-Iagent les misËres des populalions, raus trouverei mdle fois plus àe déliib d« mceura intimca, W ■iacèieiDeat oburréea, qna a'«a (bvnlraiaal dti TOTips de ftaaat/t. Comparai alors, le Kort de ces apatras, avec l'existence m)(ii>flque que s'était faite, par eiemple, à Ttdti, le Tameux Pritchard, STWit l'intemnUiNi de» Frant^s. J. B.
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