‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 19 sur 24 · RELATION DU VOYAGE DE DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

RELATION DU VOYAGE DE DÉCOUVERTES

niCWi PAH i'ORDHE DES ÉTATS-UNIS O'ÂtlkmQtt, PENDANT US ANNÉES 1838, 1839, 1840, 18i1, 1813, hèdioée par le UBDTENANT CHARLES WILKES, COMMANDANT DE L'EXPÉDITICW. SI VOL. IN-i", PHILADELPHIE, 1845.

Toutes les nations maritimes de l'Europe tiennent aujoârd'hui àhoDnenr, et se font presque un devoir, d'envoyer leurs vaisseaux explorer des mers loiniaioes; non plus, comme aotrefois, pour^ chercher de l'or ou des couquétes, ni même dans la seule tue de protéger les intéréls exdusirs de leur commerce ; mais aussi dans le dessein généreux d'agrandir la sphère des idées et des connais- ■ances communes h. tous les peuples civilisés. Des expéditions P^fiqnes ainsi conçues, étant commandées par des hommes résolus, prudents, et désintéressés, dissipent l'ignorance et les pré^

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jugés Dés de l'ëioignement ; étendent les rapports commerciaDi, ou en suggèrent l'utilité réciproque ; découvrent les lignes de transport les plus favorables ; indiquent les points d& la terreou des mers que la navigation particulière trouvera le plos de proâl fc exploiter; et ces récoltes de documents fructueux, de commniiications importantes, compensent bien au delà les avances qu'elle coûtent. Hais les intérêts matériels ne sont pas les seuls qm n . tirent avantage. Depuis le inômorable voyage fait par Cook ea 1769, dans les lies du grand Océan, poury observer le passageie Vénus sur le Soleil, on a muni ces expéditions des instnimeals ti des moyens d'exploration nécessaires pour perfectionner U gtegrapliie générale, accroître nos connaissances sur l'histoire naturelle de l'homme, des animaux, des minéraux et des pUnle: recueillir toutes les données relatives à la physique du globe, qa'il est impossible de se procurer, même de soupçonner, aotreioeot que par des études locales aussi étenduex. On a excité l'érauluiaii courageuse des marins à chercher des (erres nouvelles, iisaiis on habitées, jusque dans les régions glacées les plus proches de deux pèles, qui semblaient avoir été exclusivement réservées par la nature à l'organisation froide et rigide des grands cétacés et ite oiseaux de mer, mais qui ne se sont pas trouvées impénèlnblej & l'homme civilisé; puis, à ces mêmes hommes, revenus dans de climats plus doux, on a recommandé d'être compatissants etinoffensifs envers les pauvres peuplades sauvages qui se reDatotnraient sur leur route ; de leur apprendre, par des échanges tiioveilLants, les rapports mutuels de bonté, de justice humaine ip'i^ ignorent; surtout de ne leur donner des marques d'une puissaux qui leur sera irrésistible, et qui leur semblerait surnaturelle, qn'd les leur montrant tempérées par la patience et par la charité des peuples chrétiens. Voilà quel a été généralement le but rï le fnacipe moral des expéditions de découvertes, ordonnées de nu jours par les gouvernements européens. C'est un des plus bevn fruits de noire civilisation, et une de ses gloires les plu.< pures-

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Le gouvernement des États-Unis n'avait pris jusqu'il présent aucune part à ces grandes explorations maritimes qui proStent & tontes les nations. Ce n'était pas assurément qu'il manqu&t de moyens d'y concourir. Le pavillon militaire et commerciid de l'Union sillonne toutes les mers du monde ; le commerce américuQ embrasse la surface entière du globe. H. Wilkes nous apprend que la seule flotte baleinière des États-Unis compte 675 bftliments, jaugeant ensemble SOOOOO tonnes, et dont la manœuvre occupe annuellement 1 5 ou 1 6 mille matelots, qui s'y endurcissent aux plus rudes travaux de la mer. Hais, dans une république, où l'ardeur des intérêts privés trouve à se satisfaire pleinement par us propres efforts, sur un champ illimité d'entreprise, il ne parait pas facile de faire comprendre le besoin, ou la convenance, d'opérations générales qui semblent n'être que glorieuses, et qui doivent s'exécuter aux frais de tous. Le Dragon à mille têtes se laisse mal aisément diriger vers un but unique et spécolatif. L'expédition oationale dont nous allons rendre compte n'a pu être réalisée qu'assez longtemps après ta décision du congrès qui l'avait autorisée. H. Wilkes laisse entrevoir qu'elle n'était pas en faveur dans l'opinion publique. U va même jusqu'& dire qu'on en parlait et qu'on la contrôlait beaucoup trop ; ce qui semblera quelque peu aristocratique aux partisans de l'infaillibililé populaire. II n'en n^at et n'en accepta le commandement qu'après les refus successifs de plusieurs ofSciers auxquels on l'avait proposé. Ces bèsitalions eurent ainsi un très-bon résultat. A son expérience comme marin, H. Wilkes joignait les connaissances scientifiques indispensables pour donner ft une expédition de ce genre tout son telat et toute son utilité. Tl avait été, en 1 833 , directeur du magni&que observatoire national de Washington, dont le prétexte ^t la conservation des cartes nautiques. Tous les détails de son voysge le montrent tel qu'il fallait être : hardi, prudent , éclairé. L'habileté de ce choix, et la persistance dans l'exécution de cette Doble entreprise, à travers la boule de l'opiaion publique, feront

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toujours honneur h Ift préudance de ht. Vvi BareD i et les compatriotes de cet homme d'État doivent mainteoEuit lui savoir pi de les avoir fait entrer pour une si belle part dans le conconn généreux des aDcienoes Dations il compléter l'eiploration dn globe. Il faut louer également la libéralité aveo laquelle lu membres du Congrès ont pourvu aux frais d'une prompte et magnifique publication des résultats. Elle s'explique, et se jusUliait sans doute aussi, par le succès obtenu. Hais le monde scientifique doit s'en féliciter, comme d'une initiative à tant d'autres contributions d'une utilité générale, que l'Amérique peut aujourd'hui apporter dans le trésor commua des connaiseanoes hum^oes; succédant ainsi peut-être à la vieille Europe, et lui rendant do moins ce qu'elle en a reçu.

Six navires forent attacbés à l'expédition. D'abord deux corvettes, le Yincennei, de 750 tonneaux, l« Peacoek, de 650; U première aménagée comme une petite frégate. Puis te Porpoitt, hrick de 230 tonneaux, et le Belief, b&tiroent de charge, destiné ^porter les approvisioanements. Ce dernier, réoemment consliuil, se trouva gênant par sa marche trop lente. Enfin, deux petiti h&timeDts pilotes, le Sea-Gull, de 1 ( 0 tonneaux, le Flying-Fiih, de 96, Ce ne sont pas les moins commodes, ni les moïDs sûrs, poat trouver passage parmi les écueils et les glaces flottantes, dont ili se démêlent mieux que les gros. L'équipage, tant officiers que matelots, se montait & 637 hommes, dont H. Wilkes rappoile touslesDoma. C'est une pratique louable, déjà in^duitedansiei relations de Lapérouse, ded'Entrecasteaux, ded'Urville. Ceux qui ont partagé le péril doivent avoir une part dans l'honnear' da succès. La Qotmie fut munie de tous les instruments de prédiioi nécessaires aux observations astronomiques et phyûquM. Q J avait des baromètres et des hygromètres ; des thermomètres àe toutes sortes, pour mesurer les températures de l'air, et auui ai la mer, tant à sa surface que dans ses profondeurs. Il n'y avail pis moins de 39 chronomètres : des appareils magnétiques, pour

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HÊLANQBS ICIENTIPIOUSS ET LITTÉnAlAB** 391

mesurer la déclioBison et rinclinaiBon de rtûgullle aimantée ; un pendule portatif pour ditermiiier les variations de la petaoteurt par la différence de ton mouf emaot oscillatoire , local et aotuel» iTec œlui que raatroDome Baily la) avait reconnu h Londres. Tout ces instruments avaient été fabriqués parler meilleurs artistes iogUis, français, allemands. L'Amérique fera bien de tirer d'euk CM ouvrages d'une eiéoulion difficile, aussi longtemps qu'ils pourront tes lui fournir. La perfection , dans ces délicatesses, ne l'obtietat que par une longue pratique, après une multitude d'essais dont les observateurs supportent tous les accidents. Une comffllssion civile» composée de deux dessinateurs, de six naturalistes ttd'un philologue, fut adjointe à l'expédition, sous la dépendance do commandant militaire. L'inexpérience nautique de ce genre de personnages, et les exigences irréOéchiet que leur inspire trop souvent l'amour de leur science, en font d'ordinaire un bagags Buex incommode dans un vojagede découvertes. Cela parait s'être fait sentir encore ici, pour quelques-uns. Toutefolt, la fermeté du eomiaandant sembla avoir dominé cas petites diâicultéa. Car, dans le cours de sa relalion, lea recherches d'histoire naturelle UDt rappelées et mentionnées, aussi fréquemment qu'il était possible de s'y attendre. L'ensemble des observations physiques sera npasé à part dans un volume qui- n'a pas encore paru i et nous nous empresserons d'en rendre compte, dès qu'il sera publié.

Dans son application immédiate aux intérêts nationaux, Texpédltion avait ponr objet d'explorer toutes leâ réglons de l'océan Atlantique et du Pacifique, qui sont fréquentées par les bâtiments baleiniers, ou qui se trouveul snr le parcours habituel du commerce américain. Elle devait recueillir tous les renseignements, toutes les données physiques, naturelles, et politiques, ^ont la connaissance pouvait sen-ir à diriger ces entreprises i.^ avec le plus de sécurité ou d'avantages. A ce but principal se rattachaient naturellement les recherches sctentiflqoes, la découverte de nouvelles terres pouvant fournir des points de reliche,

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OU de mers jusqu'alors ignorées, offrant des champs d'exploitïtion encore vierges h la bardiesse des marins. Les instructions oEBcielles, données à M. Wiilies, lui tracèrent un plan de fojage conforme à ces intentions. Partant d'abord dn port de Norfolk, situé ^ers 37° de latitude boréale, sur la céte orientale des Élals- Unis, il devra descendre l'Atlantique du nord au sud, jusqu'au cap Hom, en touchant aux principales stations des navires de commerce qui suivent cette route. Arrivé à cette extrémité australeda continent d'Amérique, la grosse corvette et te bâtiment de charge resteront dans quelque mouillage sûr de la Terre de Feu, qoe U Commission scientifique s'occupera d'explorer, tandis que la petite corvette, le brick, et les deux b&timents légers, feroni voile vers le sud sur les traces de Cook et de Weddell ' jusqu'aux latitudes australes les plus élevées que la saison leur permettra d'éteindre. Au retour de cette croisiâre, on remontera la c6te ocddentate de l'Amérique, jusqu'à Valpardso, où toute la flotte devra rejoindre. De là, elle se dirigera vers l'Australie, et se rendra au port de Sydney, en explorant toute l'étendue de mer interposée. Sydney sera le point de départ d'une nouvelle croisière vers le sud, pour pénétra- dans les régions antarctiques, à l'ouest de la torre de Van-Diémen, jusqu'au méridien sur lequel se trouve la terre d'Ënderby*. Cette tentative terminée, on remontera aux-tl«s

> Weddell était un âca»&ti , officier de I* marine Mglilse dn grads de muter. II comm&ndB pliulean expéditioas earojées pu- le commerce, dim 1m mers pol&ires, fc la recherche de» baleines et dw phoques i fonmra». A>ce daai petita bttimenta, l'aa de 190 tooDeaui, l'antre de 69, 11 s'est tnact, en 1SS3, au delà dn cercle antarctique, Jtuqn'à Jh' IS' à» latitude ausinb 3* plus près du pAle que le capitaine CocAe, en 177&. Le mârldien sur leqnri il avait tonte cette approche est situé vers 83<> de longitude, k l'est du Of Hom. A cette hauteur, WeddeU trouva une mer libre, au lieu que Ceci:; avait rencontré des glaces inFr«nchiwables. On n'a pas encore aperçu de terr* polaires sur cette direction, an delà de la NouTellO-Sbetland du md; s'il m eiistB, eUes y sont plut rapprochAa du pOle. L» relation de WeddeU a M imprimée en un vol. in-8, Londres, 1S!S.

» C'est la premiÈre pointe de terres, ou dn continent antarctique, que I'» ait connne Elle a été découverte en 1831, par le navlgueur anglais laho

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HÉLANOES SClENTIPKtUES ET LITTÈR&IRES. 393

Sandwich ; puis l'on se portera sur ta cAte nord-ouest de l'Amérique, jusqu'à la hauteur de U rivière Columbia, pour y explorer d'abord le littoral appartenant aux États-Dais, ensuite les cdtes de la Califoruie ; et, sur toutes choses, la baie si importaDte et si sâre de San-Francisco. Ce devoir rempli, la flottille se dirigent vers la côte du Japoo, cherchant avec un soia particulier à recour naître dans ces mers la route |a plus courte et la plus sûre que les navires américains doivent. su ivre, pour passer & la Chine et en reTenir. Le retour aux États-Unis s'effectuera par les mers de l'Inde et le cap de Bonne-Espérance. Ce plan, si habilement tracé, est accompagné d'instructions pleines de sens, d'équité, de sentiments charitables, sur la conduite à tenir envers les peuplades sauvages, pour ne pas les blesser par le mépris, ou les irriter par la TioLence ; comme aussi pour ne pas provoquer leur penchant à la trahison, par ht facilité d'un abandon trop imprudent, ou par trop de conGance dans leurs démonstrations d'amitié. Je regrette de ne pas pouvoir citer textuellement ces sages prescriptions. On y TOit le résumé le plus juste et le plus précis des habitudes sau- Tages. Il ne pouvait être si vivement tracé que par l'expérience pratique d'un Am^icain. Ce document remarquable est signé J.-K. Paulding, secrétaire d'État au département de la marine. On j avait- annexé, au môme titre officiel, un mémorandum hydrographique rédigé par le célèbre amiral russe Krusentern, et les communications adressées au gouvernement par les principales wciétés savantes des États-Unis , sur les recherches scientifiques qu'elles jugeaient les plus importantes k efTectuer.

Je De suivrai pas H. Wilkes dans tous les détails de son voyage. Je ne m'arrêterai pas aux remarques qu'il a pu faire, pendant de Murts séjours, dans des lieux depuis longtemps connus. Ces par-

BHiwe, commandant an brick baleinier eipddié par MM. Enderby, commef- {ut> de Laiidr«9. EUe est située daaa le sud-ouest de l'Australie, k ST* de

liitlude sud, presque sur la méridien de Madagascar. On trouTe un extrtùt du tojage du capitaine Briscoe dans le NoMtemt MagtalM, t. IV, p. 309.

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Ucularitie, conveDftbIenient placée» dan» U relation qa'il adraiM Jt sea compatriotes, auraient pour qdus moioi d'iotérfit. Ce saoiûce me permellra de m'étendre davantage aur les parties de sa relation qui sa recommandent par la nouveauté des objets, on par l'importanoe des résultats. Je me trouverai méoîe dans h nécessité de restreindre beaucoup ce cadre. La partie scisoUfique du voyage n'étant pas encore publiée, on peut seulement cooglater, avec éloge, la nombre et la diversité des sujets qu'elle parait avoir embrassés, mais non pas apprécier le mérite des recherches qui la composent. On ne saurait non plus résumer ane utilité, dans un simple discours, la multitude des déterminatiou nautiques et hydrographiques recueillies par l'exp^lion, quoique ces précieux documents, obtenus avec tant de laUguet et de périls, forment un de ses plus beaux titres à la reconnaissanœ du monde civilisé. Mais je puis indiquer au lecteur une aiial|M . exacte que M. Daussy en a donnée, dans le Bulletin de la SoeiéU de géographie, n° 109, d'après un exposé trës-élendu rédigé par M. Wilkes lui-même, et présenté par lui k l'Institut natioosl de Washington, dès qu'il fut de retour en 18iS. Aujourd'hui que sa relation compléta a paru, l'analyse de U. Daussy af»ra us guide excellent, pour suivre et raccorder ensemble les détails nautiques ou géographiques du voyage. H y a encore un aoln point, trop important pour que je dusse l'omettre, et dont la discussion, l'exposition même, m'offraient des difficultés trop spéciales, pour que je pusse me risquer à les a&order sans assistance. Je veux parler de la découverte, et des droits k la découverte, du continent antarctique. M. WilKes en a réclamé l'honneur pour son expédition ; et cette réclamation, rendue publique aussitôt après son retour, a soulevé en Europe une vive coDtii>verse. Elle a même donné lieu & un procès légal, entre lui et plusieurs de ses officiers. Il la reproduit aujourd'hui, avec plus d'insistance encore, dans sa relation. La taire était impossibir, la discuter trës-h^rdeux. C'est pourquoi je me suis appujé.

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dans cette apprëoUUon délicate, sur les renisignementi et Ih conseils d'un uni, dont personne ne contestera ta compétenoe en pareille matière, et dont tout le monde s'accorde à reconnaître l'impartiale Justice, C'est l'officier qui a commando l'expédition (rviçaise de la corvette la Coquille, le capitaine Duperrey. Ajant ainsi fait connattre le plan que je vais suivre, et les secours que j'ai reçus, j'entre immédiatement dana la narratien.

Parti de Norfolk le 17 août 1838, H. Wilkes passe à Madère, puis aux tles du cap Vert, da là à Rio-Janeiro. Continuant » route AU sud, il visite l'emboucliure du Rio-Negro, longe la cdle orientale de la Patagonie, et va ancrer sa flotte dans un mouillage sûr appelé Orange-Harbour, à l'entrée orientale du détroit deUagellan, par tK>°,0' de latitude sud, sur la pointe nord-est de la Terre de Feu. Il laisse là ses plus gros. bâtiments, ainsi que la Commission scientifique, et dispose les autres pour faire una double excursion dans la mer australe; ausud-est, sur les traces de Weddell ; au sud-ouest, sur celles de Cook, comme ses instructions le lui prescrivaient. Fendant ce séjour, qui dura deux mois, la Commission et les oQiciera du VVncenn», demeuré en rel^he, âurent probablement faire beaucoup d'observations, et recueillir beaucoup de documents, que l'on lerait désireux de connaîtra. Mais, sans doute, on les a réservés pour la publication scienti- ' Gque ; caron n'en trouveaucune indication suffisante dans la relar tioa générale. Elle ne donne même, sur la constitution physique de cette curieuse contrée, et sur l'état moral de ses habitants, que des renseignements tellement superficiels et incomplets, qu'on aurait pu les prendre, presque en totalité, y compris les por^ tnJls, dans les relations beaucoup plus étendues et instructives du apitaine King, du naturaliste Darwin, et du hardi baleinier ^eddell. Il y avait là cependant, après eux, une belle élude h ^re, Don-seulement sur des points importants de la physique au globe, m^s aussi, et peut-être plus fructueusement encore, "ir les remarquables rapports qu'on y voit exister, comme

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condilion de l'homme, eotre le développement physique ma qu'intellectuel des peuples sauvages, et les habitudes de leur vie.

Dans la bande orientale de l'Aoïérique australe, qui s'étend depuis te Rio-Negro jusqu'au détroit de Magellan, le pa^ est découvert, stérile, et à peine accidenté. Il est occupé par des tribns peu nombreuses, isolées, toujours errantes : ce sont les Palagoos de l'est. Ils vivent uniquement de chasse, particulièrement de celle de l'autruche et du guanaco, espèce de lama de la taille d'un ftne, dont la chair est excellente, et dont la peau, qu'ils ronlent autour de leur corps, sert suffisamment & les couvrir. Ils ont des meutes de chiens, et aussi des chevaux provenant de ceux que les Espagnols ont importés, et qui sont devenus sauvages. Us les montent et les manœuvrent avec une intrépide habileté. Toujours en course, ils ne se livrent pas à l'oisiveté de la pédie sur leors rivages, et ne fabriquent pas de canots. C'est une race inculte, mais vigoureuse, hardie, belliqueuse, indifférente aux inlempé' ries de l'air. Ils reconnaissent des chefs qui dirigent leurs excarsions, et qui règlent parfois leurs différends intérieurs ; mais ils ont une indépendance individuelle absolue. Leur morale est, conséquemment, la morale naturelle : celle de la force. Toutefois, les communications qu'ils ont eues avec les Espagnols semblent leur avoir donné quelques idées de justice humaine. Ils ont ose ombre de croyance; pas de religion arrêtée, mais des superstitions. H y a parmi eux des sorciers qui sont en grand crédit poor la guérison des maladies et la connaissance des choses futures- Au reste, c'est \h une pièce essentielle de toutes les sodétés humaines; car on les retrouve partout, sous diverses formes. En effet, que sont, chez les nations plus civilisées, les astrologues, les devins, nos somnambules lucides, et tant d'autres? Nous venons de voir ici des sauvages chasseurs. Maintenant, tout près d'eux, la Terre de Feu, qui n'est séparée du continent que p^nn détroit, celui de Magellan, présente un changement brusque dt

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dimal et de mœurs. Cette terre, ou plutôt cette granité lie, embrasse, de l'est à l'ouest, une étendue d'environ 360 milles marins; soD épaisseur, du nord au sud, est d'environ 460. C'est le bouleïard de l'Amérique contre les irruptions des glaces po-, laires. Elle-même en est défendue au sud par une multitude de peliteslles, dont la plus australe, appelée le cap Hom, n'est qu'un immense roc, qui surgit au sein de la mer *. D'après Darwin, l'intérieur est un amas de montagnes dont la base est plongée sous les eaux; eu sorte que des détroits multipliés et des baies profondes remplacent, k la surface, les vallées de nos continents. L'bumidilé constante dont le sol et l'atmosphère y sont imprégnés tempère l'&preté des hivers et restreint les variations annnelles de la température. La régélatioa y est donc possible. Aussi tous les flancs de ces montagnes, depuis le niveau des eaux jusqu'à la hauteur des neiges éternelles qui couvrent leurs cimes, «mt garnis de forêts épaisses, impénétrables, vieilles comme le monde. L'industrie humaine, si apparente, même dans l'état saunage, a instruit les habitants de ce triste séjour à tirer de ces foi^ l'usage qui leur était le plus utile, l'usage du feu. Ils en ont partout et toujours : dans leurs baltes, dans leurs huttes, même dans leurs canots d'écorce, où ils l'entretiennent sur un Atre en vgile qui sert de lest. Ce feu, ils l'allument facilement, inst^ta- Dément, par la friction de quelque pierre dure contre un mor- (^D de pyrite sulfureuse, dont se détachent des étincelles qu'ils recueillent sur une sorte d'amadou très-inflammable. King le suppose formé de duvets d'oiseaux; mais ce doit être plutôt un produit végétal, fourui par le duvet de quelque plante tomenleuse, ou par les excroissances fongueuses qui naissent sur les

' 0 Fat découvert, od pluUt remarqn' b> reeonaa, en lfli6, par le balefnier Conwliiu Shoaten, nktif de Hooro, gd Hollande, près d'Amsterdam. Il loi ^ot le Dom de cette petite rlUe, devenae célËbre dans les annales ci cilles, par le grand nombre de navires qui ont étd expédiés de » Iw voyages de ptche.

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arbres, eomtiu notre Bôlct amadourier*. De tb estvena le mna de Terre de Feu donné à cette contrée par MagellaA, et aprts li^ par Vuni»ersalitô de* navigateur» earopéens, qui, durant les Buits, voyaient des ftammes jaillir de tous les points des cOtes. Les insUnets de la vie sauvage vont se dégradant, k tnesan que l'on s'enfonce dans ce labyrinthe humltle, en allant de Tôt vers l'onest. Dans les tles situées h. l'enb^ orientée do détroit, lesnaturds, outrela ressource de la pddie, peavent encore trooyet & chasser quelques guanacos, pour se nourrir, et Douvrir leurs corps des peaux fourrées de ces animaux. Ils savent mènie se les procurer, par la traite, sur les cdles de la Patagodie, es j vendant, eomme esclaves, les prisonniers qu'ils vont faire dans l'ouest, au besoin leurs propres enfants. Us sont assez robosics, et leurs •incursions en font la terreur des peuplades, pins misérables encore, qai habitent l'intérieur du détroit. Celles-ci offrent le type à peu près complet de cet état social simplifié, exempt de soins et d'entraves, que les Énntrales poli^ues de notre temps ont proposé, ont prétendu même imposer, li la France et à I'Edrope, comme le dernier degré de perfeclionoemenl possiUe ri désirable de l'humanité. Ils vivent entre eux sans loi, sans maître, et, autant qu'on en peutjuger, sms croyance, saaf la foi aui sorciers qui ne manque jamais. Ils ne se fatiguent pas à eultim nn sol toujours humide, ni à chasser quelques rares animani

' Sur ie» ïuiU plateiDi du nord d« l'ATriqna, tes Arabes emplaimA h a mSme u&Bge des masses tomenteuses, qu'ils trouTent sar une plante trè^^imttnne, Vartrmttia odoraiiuima (l'&rmoise]. H. te docteur Gojan, qui ■ enatmnuiquâ ce fmit k l'Aculémie des gciences, pense que ces niimw sont uh tons de Bédéguar, c'cst-ï-dirc un produit accidentel, déienninê par la piqdn d*nn jn«ecte. Le ttavet de Ib même plante, rarmoise, constitue ausM un dot Ingrédients du mois qu'on appelle japonais, et que l'on devrait plutôt apprier chinoJB. Dhds certaine! terie» buses do la Nouvelle-Grenade, an emploie ao^ comoM amadan, un duret branlitre, quelquefois blancbtire, qtti se troim en ■bondaBCe im aiseeUes des bnncbes d'un palmier très-coi»DDn dans cet i^ Steu. MiUs Jei naturel* )e tout boDllIir dtiu une forte lesalte, « le atdbeat «mile aTWit d'en ftirt tu*^. Ces particBlarftâa curienaeo m'Mit élé îndiqBéei par inoD ami le docteur Roulin.

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HiLAliaKS SGilNTIPlQUIl ET LITT&RAIRK9. 399

sauvages dans leurs impénâtrables forêts. Leur aniqae ocoupatioD de tous les jours, de chaque instant, consiste & otierctier, da place en place, leur nourriture, qu'ils trourent toujours & leur portée, sous leurs pas, et naturellement préparée pour leurs goAts. Ils ont d'abord la profusion des coquillages répandus sur la grèvei quelques poissons qu'ils saisissent ou harponnent dans les Tarées, au mo^en de lances en bois armées d'une arête bar-* bue; puis, la chair des phoques, qui neononl de temps h autre dcbooff sur le rivage ou y mourir ; car leur voracité ne s'inquiète pas de la date de cette venaison. Dans cette babiluelle facilité de pourvoir aux besoins de la vie, on croira volontiers qu'ils ne doivent pas avoir les embarras et les luttes do la propriété; car on peut à peine appeler ainsi leur canot d'éeorce et la peau de phoque desséchée dont chacun recouvre à demi ses épaules, en la tournant du cdté du vent. Mais ils se montrent au contraire des possesseurs très-exclusifs, et fort peu enclins au commu^ Diame. Ils tiennent beaucoup à ces richesses, et savent très-bien les défendre k grands coups de pierres. Une autre faiblesse, qui les éloigne encore de la perfection philosophique, c'est le préjugé de la famille, qui est chez eux fort enraciné. Ils affectionnent beaucoup leure enfants et sont très-'jaloux de leurs femmes, sorte d'esclaves naturels qui leur sont d'un grand service. Pourtant, ils les maBgent eo cas de famine, quand elles sont vieilles, da pré" lémee à leore chiens. Chaque peuplade n'est que l'agrégatioa des individqs issus d'un même père, qui fait l'office de chef, ce qoi constitue uue manière de gouvernement patriarcal à l'état mdimentaire. Au dire de tous ceux qui les ont vus, ce sont les plus hideox, les plus sales, et les plus bornés des humains. Ils sont sans idées, sans inldligence, grêles et otaétifs, le vwttre monstrueusement ballonné. Passant toute leur vie sans aucun travail, accroupis pendant te jour dans leurs canots, que les femmes et les enfants pagayent le long du rivage, en quête de lear nourriture; se tulaat de là que pour dormir daa» de misé''

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rables huttes enfumées, de quelques pieds de hauteur, oi ili eotreut par ua Irou, en rempant avec leurs chieus; rien n'euile ni ne développe en eux les facultés morales et physiques, propns à l'homme, même sauvage. Il serait bien k désirer que nos philosophes communistes allassent vivre quelque temps panm em, pour y contempler la réalisation et le terme Qnal de cette unimselle fétidté qu'ils nous promettent. Ils nous en feraient mieai comprendre le charme quand ils en auraient joui. Tous les mjageurs E'accordeot d'ailleurs k dire que ces peuplades sembleni fort satisfaites de leur genre de vie. Les individus, quand iUn'oiI pas faim, sont généralement gais, inoffeosifs, et moatreat nn talent de mimique, qui n'est pas inférieur à celai d'un singe. Du reste, ils naissent, vivent, se reproduisent, et meurent comme loti autre animal. Qu'est-ce que l'homme, sentant et pensant, aonii à prétendre ici-bas de plus, ou de mieux' I

Quittons ce triste spectacle. Regardons maintenant l'homoe civilisé, luttant avec tous les instruments de la puissance [Ajsique, et toute l'énergie de sa force morale, contre la furenr de éléments, pour s'efforcer d'atteindre, au prix de mille périls, le but invisible que son intelligence lui a fait pressentir. La portioi de la flottille américaine qui devait tenter de pénétrer dans li mer australe, quitte Orange-Harbour le S5 février 1839. H. Vilkes, avec le brick /efofîjoiseetle cutter ieSea-GuW, se dirige da« le sud-est; son second, M. Hudson', avec la petite corvâte U Peocock et le cutter le Flying-Fish , se dirige au| syd-ouest. Ls gabarre h Relief est chargée d'explorer l'intérieur du détroit dt Magellan. Cette époque de l'année, qui, dans notre hémisphère boréal, amène l'adoucissement des rigueurs de l'hiver, répond, dans l'hémisphëre austral, k l'affaiblissement des chaleurs de l'Af-

* On Tondra bien remftrttuer qae cet réflexions ont été dcrites Mus I^ pression du sentiment de triatesse que fusaient naître la nxirale en actisad la dominallon menaçante des philosophes socialisies de 1818, J. B.

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MÉLANGES SGIBNTIPIQUES ET LITTERAIRES. iO<

Le soleil, qui avait atteint le tropique du sud le 31 ou S2 décembre, s'est rapproché depuis deux mois de l'équatear. Les jours s'accDurcissentet les nuits s'allongent. La déclinaison et la hauteur méridienne de cet astre, au cap Horn, sont alors les rnSnies que sous les latitudes de Glasgow ou d'Edimbourg à la fin d'aoCtt. Mais la chaleur qu'apportent ses rayons s'y déverse sur une portion du globe, où la distribution actuelle de la terre et des eaux est tout autre que dans l'hémisphère boréal; et, par suite, ses Tftriations périodiques d'intensité, quoique les mêmes, y pn>daisent des effets physiques bien différents. La coupole de neige et d'eau congelée, qui recouvre la surtace terrestre & ses deux' pAles, s'élargit pendant chaque hiver par le refroidissement qui s'opère sur ses contours, et s'épaissit par l'accession continuelle d'humidité glacée que l'atmosphère y dépose, laquelle est surtout apportée par le grand courant alise supérieur qui provient des régions équatoriales. Cette coupole se rétrécit, au contraire, et s'amincit pendant chaque été, tant par la fusion partielle qu'elle êproDve, que par l'abandon des masses encore solides qui se séparent de ses bords, sous l'impulsion des eaux qui s'écoulent, et de la mer redevenae liquide, qui s'infiltre entre elles. Ces masses, entraînées par l'action des vents et des courants, trouvent autour du pOle sqd une immense étendue de mer libre et profonde, d'oA sargissent seulement quelques tlots ç& et lii disséminés. Elles peuvent donc y voyager au loin avant de se fondre; et conséqaemment, dès que la chaleur solaire devient moins active, si elles ne sont pas encore dissoutes, elles se trouvent toutes prèles ^former autant de centres de congélation continus, surtout s'il se rencontre sur leur route des terres avancées où elles peuvent Be axer et se rejoindre. Or voilà prédsément ce qui a lieu en avant du continent d'Amérique. Car, dans le sud-ouest du cap Bom, entre le 64 ■ et le 64* parallèle, il existe un ensemble d'tles ou même de grandes terres qu'on n'a pas encore tournées, qui s'y trouvent disséminées comme autant d'obstacles & l'écoulement

m HiLiNOlS SGIKIfTlFIQUKS ET LITTtliIRBS.

dM glaçai flottantes rera du mers plus tempérées. Ce n'a donc pa être ({ue par une riunion de circonitancu exceptioanellemrat ft TOrables, on peurr^t dire p&r un accident heureux, qu'en t8S9, Weddeli a pu troU¥er deux fois dans une môme saison, cette Inr rière ouverte ; et s'avancer dans cette direction Jusqu'k anetndrs, le 20 fènier, 74* 45' de latitude australe, puis en rerenir. H. Wilkes, parti d'Orange-Harbour un mois plus tard, der^t niturellement rancontror sur cette même route plus de difficalUs et de résistaaoes. Il les prdvoygùt, et ne laissa pas de tenter U f«^ tune par un Beotiment de devoir. Hais li fut moins heureux qw Weddeli. Malgré son courage, ses efforts, la bonne Toloaté « li persérérance de son équipage, il 'ne pot dépasser l'archipel, i^ierçu pour la première fois, en 1 599, par le Hollandus Diin- Querïlz, poussé JnsqueMk dans uDe tempête, et que d^uis 1W9 les Anglais ont appelé la Nourelle-Shetland, croyant l'avoir dioonrert. M. Wilkes ne put que reconnaître la grande terre utoès au sud de cet archipel, que l'on appelle La terre de Palmer ou dt Oraham, sans réussir ii U tourner, ce que sir Junas Ross a bit depuis. L'amoncellement des montagnes der gUoes autour de m bfttiments, prêtes & les enfermer pour toujours ; la nécessité périlleuse de manoeuvrer sans cesse entre elles pour échapper k leur choc, dans l'obscurité des nuits déjàlongues, et le jour paroi les brouillards épais qui empêchaient de les voir à quelques encAblures de dislance; les souffrances des matelots, exposés à to averses incessantes de pluie, de grésil et de neige* avec des vêtements de mauvaise qualité. Indignement fonmis ; au milieu de ces périls multipliés, d'affreuses tempêtes, menaçant d'en^oatir k chaque instant les deux navires, de les briser en les jetant l'iu contre l'autre, ou contre les blocs de glaoe, tout c^ força mflo M. Wilket de se résoudre, le 5 mars, à revenir.. Une tempête cruelle, irrésistible, la contraignit alors k se séparer de sa panvR petite conserve h Sea-Gvll, «prés lui avoir donné son ordre d> rétour. Ea rentrant h Orange-Harbour, le S? mars, il eut le boo-

UiLAnail BCIINTIFIQDEB KT LITTiltAIRlS. 408

heur de trouver qu'elle ïj avait devancé. Son commandaQl temporaire, le lieutenant Johnson, Tarait ramenée sans détaitre. Mais sa destinée était marquée : elle devait se perdre un mois «près, corps et biens, sous un autre chef, avec ses quinze hommes d'équipage, dans une trarerséeque l'on pouvait croire bien moins périlleuse, en allant de Ûrange-Harbour à Valparaiso.

Les deui b&timente expédiés par Al. Wilkes dans le lud-onest, tons le commandement de son second, le lieutenant Hudson, ne hirent pas moins exposés, et n'eurent guère plus de succès. Ils devaient rencontrer des dangers de mer pareils, mais des obstacles d'une nature différente.

On n'a pas encore trouvé de terres sur cette direction, dans une grande étendue de longitude à l'ouest du cap Hom, en deçb, ni , même un peu au delà du cercle antarctique. S'il en existe, elles doivent être plus rapprochées du pOle. Alors, quand les chaleurs de l'été, peut-être aussi les convulsions volcaniques, en détachent des masses de glaces que les courants et les vents du sud font dériver vers de plus basses latitudes, elles ne rencontrent sur leur roule aucun obstacleûxe, et se promènent sur l'Océan dans toute leur grandeur, séparées les unes des autres, jusqu'à ce que, minées par les vagues, et progressivement dissoutes par l'élévation de la température, elles se partagent en débris. Uais, supposai que des vents du nord viennent à retarder leur marche; les plus avancées s'arrêteront d'abord et pourront èlre rejointes par celles gui les suivaient. Si cette cause persiste assez longtemps pour laisser passer l'époque des plus grandes chaleurs, qu'à cela se joignent des averses de neige et de frimas, qui sont si fréquentes dans ces hautes latitudes, les masses isolées pourront se rapprocher, s'amonceler, se souder ensemble, et former enfin une'mur&ille continue, impénétrable aux navigateun. C'est ce qu'ils appellent des banquises mobiles, pour les distinguer des fixes, qui seraient adhérentes à des terres, ou fixées à des bas-fonds ; et voilà comment on peut coocevoir qu'en différentes années ils les

40i HÊLANGKS SCIENTIFIQUES ET LITTÉRJLIBES.

rencontrent tanUt plus, tanUt moins avancées vers le nord, selon le hasard des saisons et des diverses causes physiques qui agissent sur elles. Cook les a considérées, non sans raison, comme des indices d» terres existantes par delli, dans ie nd, non pas ea contact immédiat, mais k des distances i^orées ; et il a constaté la possibilité de leur isolement occasionnel, en longeant une de ces barrières de glaces les plus formidaîiles, durant plusieurs jours, jusqu'à en trouver le bout, puis la prendre h. revers, a longer son autre face. D'après ces conditions prësumables de leur formation, il est uséde prévoir qu'elles peuvent s'étendre suiiaal des directions accidentellement fort diverses, et qu'elles doivent être génér^ement flanquées, dans tous leurs abords, de masses isolées plus ou moins hautes, plus ou moins serrées, parmi lesquelles le navigateur devra passer avant d'arriver jusqu'ft eUes. Voilà ce qui s'est présenté, en effet, au capitaine Hudson sur le Peacoch, et à sa petite conserve le Flyvng-Fish, dans leur croi- . Bière vers lesud-ouest. PaNis ensemble le 25 février, le lendemain, une violente tempête les accueille après avoir tourné le cap Honi, et les sépare. Le Peacock mal préparé, mal accommodé pour un pareil voyage, poursuit péniblement sa route. Parvenu, le 4 \ mars, à 63" 30' de latitude sud, etm° 44' de longitude ouest du cap Hom, il rencontre les premières masses de glac^ flottantes, qui ne le quittent plus. Il continue de s'avancer entre elles, à travers toutes les difficultés, tous les dangers que nous avons décrits. Hais, arrivé & 68° de latitude, et 38" 28' de longitude h l'ouest du même cap, il rencontre devant lui, obliquant du sud à l'ODest, une muraille de glaces compactes d'une étendue sans bornes, et absolument inpénétrabte. Les masses isolées qu'il avait laissées derrière lui, avant de découvrir cet obstacle, commenceol à se rapprocher, à se rejoindre, et menacent de l'envelopper, de l'écras» dans leurs replis. Par bonheur, une brise du sud virat à son secours : il saisit l'instant, déploie toutes ses voiles et s'échappe au nord dans une mer libre. Le Flying-Fish l'avait i^

r^oiat dans sa plus baute latitude le 25 mars, & la grande joie de loas.

Ce petit b&timent ûnait été emporté bien plus loin dans l'ouest par la tempête. Resté seul, l'officier qui le comniaudait, le lienlensnt Walker, pointe droit au sud, rencontre bientAt les blocs de glaces flottantes, et poursuit sa route parmi ces éCtlDils errants. Arrivé à 67° SO' de latitude, et 38° de longitude ouest du cap Horn, le 20 mars, il se trouve devant un mur de glace continu, de quinze ou vingt pieds de bauteur, s'étendant à perte de vue de l'est vers l'ouest, et présentant vers le sud un champ infini. Un habile mouvement de voiles dégage la frêle embarcation de ce dangereux voisinage ; elle s'échappe dans le nord-est, en sûsissant toute chance occasionnellement favorable de se relever an sud. En effet, le 21 , eUe avait dépassé le parallèle de QS". La mer se présentait couverte au loin d'immenses Iles de glaces, entre lesquelles il ne paraissait pas impossible de gouverna. Un bon vent de nord arrive. Le commandant saisit la fortune; il ouvre toutes ses voiles; et, comme un oiseau qui vient de secouer ses ailes, il s'élance droit dans le sud. La nuit le décide & peine à suspendre sa marche. Plein d'espérance, iiaura, dans peu d'heures, atteint et dépassé le nec plus uttra de Cook, le pandlële de 7lo. Hais, le lendemain 22 mars, parvenu seulement jusqu'à 70°, dans une journée de brume, de pluie, et de neige, tout h. coup le brouillard se dissipe, el il se voit au milieu d'un immense champ de glace, déjà presque partout continu et solidifié, au delà duquel se montrent de grandes masses encore flottantes, s'amoncelant les nnes sur les autres. Par bonheur le vent le sert encore. Aussitôt, développant toute sa voilure, il lance sa petite embarcation snr le point qui lui paraît devoir offrir le moins de résistance ; puis, glissant parmi les glaçons, ou les brisant de son choc, il force le passage et sort du péril. Deux jours après, il se retrouve daoa une situation presque pareille, et il en sort encore, peu d'instants avant d'être entouré. Ces épreuves lui apprennent qu'il

406 MiLANfllB SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIKEB.

ne faut plus tenter des eBaris impossibles. Il retonme donc m nord, et rencontre le Peacock qui le croyait perdu. On se figun la joie I Hais le Peaeoek aussi avait bien souffert. Le commaitdant Hudson, ne jugea pas prudent de le reconduire il Oraagfr- Harboar. II y expédia seulement sa petite coDswre, et se diriget immédiatenual sur Valparaiso, le rendeE-vous préva de la flottille. Pendant la trarersée, le feu prit à bon), mais il fat dècoovert & temps, et promptement éteint. Les deux b&tinieiits avaient ainsi éprouvé tous les genres de périls qui accompagnent di telles entreprises. Les équipages avaient appris, par l'expériene^ à les connaître et k les surmonter. On n'avait pas même discoatinué les observations pbysiques dans ces rudes circoastaocei. On avait régulièrement mesuré la température de l'air, de la mer, le progrès de l'inclinaison magnétique, le sens et la grandmritl la déclinaison. Le brillant phénomène de l'aurore australe avait été plusieurs fois apercu,et l'on avait noté soigneusement sh particularités. Au reste, depuis Cook, le même dévouement sdoitiflque, au milieu des mômes périls, est commun fc tous [es marins.

Le Flying-Fiih rejoignit Orange-Harbour sans accident H. Wilkes, ayant appris de lui les détails qui précèdent, partit lui-même pour Vatparaiso avec le Yincmna et U Porpoûi. N'ayant pas de nouvelles du Relief, il laissa les deux petits bâtiments pour l'attendre jusqu'à un délai flxé, après quoi , ils de- Talent venir ensemble le rejoindre. En arrivant à Valparaiso, il trouva que le Relief l'y avait précédé, mais qu'il était déjà reparti en avant, pour Callao. Celui-ci avait manqué de se perdre dans une tempête, sur les rochers d'une petite lia appelée Noir-Island. A l'époque prescrite, on vit arriver le Flying-Fiêh, mais seul. U Sea-Gull en avait ëlé séparé, en tournant le cap Hom, et depuis on ne le vit plus. On ne connut même jamais les détails de son désastre. Ce fut un grand sujet de tristesse dans toute la flollille, et ce fut aussi une perle bien regrettable pour l'expédition, i )a-

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MBLANOIB SClKNTiriQUEg BT LITTilAIBCB. 107

quelle ce petit b&iiment aurait éiè linguliÀremeDt utile dim une infinité de circomlaoces. Mais rocéao a des timun auxquelles on se peut résister.

PendaDt que la flottille anériodoe répare te* b&Uments et ss repose Jt Valparaiso, je vais laisser le lecteur se reposer aussi de la fatigue de cet article. S'il reprend le courage de me suivre «icore dans une seconde expédition, je lui promets de le conduire tout droit, et sans d'autres hasards, à ce continent antarcti^a, qoeBriscoe, Balleny, d'Urrille, H. Wilkes, et Sir James Ross, DODs ont enfin déflouvert.

Nous avons laissé la flottille américùne k Valparaiso, réparant 1« dommages que lui avait causés sa première tentative pour péniirer dans la mer Australe, eu avant du cap Horu. Les mois do mai, de juin, et la moitié de juillet t839, furent employés h la lèisblir, et & montrer son pavillon aux nouvelles républiques du Chili et du Pérou. Le reste de l'été fut donné ik des explorations hydrographiques dans les archipels de la Polynésie méridionale ; Hi le S8 novembre, elle se trouva réunie tout entière sur la cAte orientale de l'Australie, au port de Sydney. lÀ, H. Wilkes s'occupa de compléter les approvisionnements dont elle avait besoin, et de la préparer, aussi bien qu'il le pouvait, pour la noufelje incursion qu'il allait tenter dans la mer Australe. Ses bUiments étaient fort insuffisamment munis et disposés, pour une si rude

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408 MÉLANGES SCIEIfTIFIQUES ET LITTÉKAIRES.

entreprise. Le Peaeock, sarlout, qui avait déj^ tant souffert dans la première croisière, donnait les inqaiétades les pins graves, n semblait presque incapable de résister une seconde fois am glaces et aux tempêtes. Hais le temps qu'il aur^t falln mettre à le réparer aurait mené trop loin duis la saison, pour qu'an voyage vers le pAle pût racore offrir quelque chance de succès. Il aurait dû être reculé & une autre année. Or, on savait, par les journaux, que sir James Ross venait d'être chargé d'qne expédition semblable, qui arriverut avec des vaisseaux spédalemeDl préparés et forUQés pour ce service, abondamment pourvus de toutes les ressources nécessùres pour pénétrer et séjourna parmi les glaces, ne.taissant plus à la tlottille américaine que les hasards d'une désespérante infériorité. En dételles circonstances la tôniérité était presque un devoir. Après de sérieuses conférences arac le courageux commandant du Peaeock, le Lieulenimt Hudsoo, le sentiment de l'honneur national prévalut sur rimmineoce do péril. On se résolut à tout risquer pour ne pas être prévenu, ei l'on partit. La flottille quitta Sydney le 39 décembre 1 839, et SI voile au sud. La commission scientifique aurait été plus qu'inatik à bord. Elle fut laissée & Sydney avec ordre de se transporter i la Nouvelle-Zélande pour y attendre le retour de l'expédition.

Peu de jours auparavant, le i 2 décembre, deux corvettes françaises, ayant leurs équipages tristement réduits, et dans l'étal de santé le plus déplorable, étaient venues jeter l'ancre dans te port d'Hobart-îown, situé & la pointe australe de la terre de Van- Diémen. C'étaient l'Astrolabe et la Zélée, commandées par Dumont d'UrviUe. Parties de Toulon le 7 septembre 1837, dies tenùent la mer depuis plus de deux ans. A la an de cette même année 1 837 elles avaient atteint le détroit de Magellan, A s'étaient portées sur les traces de Weddell, dans l'est des nouvelles Shetland, tim, entre le 63' et le 64* par^léle, la mer s'était tronvée constamment barrée par une banquise solide et impénétraUe, b même, sans doute, qui, ayant persisté jusqu'à l'année suivante,

HÂLÀNCKS SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. i09

OD s'étant renouvelée, arrêta aussi H. Wilkes, dans les mêmes parages. Trois fois les .corvettes de d'Urville y étaient entrées, sans pouvoir s'y oavrir un passage ; et, ft la dernière, peu s'en était (alla qu'elles n'y restassent engagées. Tout ce qu'elles avaient pu faire, c'était d'igouter des détails plus intimes à la. connaisswce qu'on avait déjà des premières terres situées au delà du détroit de Brandsfield. Hais il ne leur avait pas été possible d'atteindre, Di même d'apercevoir les portions plus éloignées, dont HT James Ross a depuis découvert et exploré toute la face orientale, en se portant d'abord beaucoup plus & l'est, pour tourner la barrière de glaces qui semble presque constamment y adbérer, et en défendre les approches, du cAté du nord. Le mécompte éprouvé par d'Urville, dans cette première tentative, avait créé dans son esprit l'idée fixe, et comme la volonté désespérée, d'en entreprendre une seconde, & laquelle il ne voyait de chance qu'au sud de la Tasmanie. C'était dans ce dessein qu'il arrivait à Hobart-Town. Hais il n'y était venu qu'après bien des faUgues. Depuis le commoicement de 1838 jusqu'au mois d'octobre 1839, il avait fait parcourir i ses corvettes toute la Polynésie méridionale, et te grand Archipel indien, recueillant sur sa route une riche collection de documents nautiques et scientifiques, que lui fournissaient son propre zèle, celui de ses officiers, et le concours dévoué de tout son équipage. Il avait touché aux Iles de Java, de Sumatra, et venait de quitter cette dernière, dans les premiers jours d'octobre, pour passer à Hobart-Town, se félicitant d'avoir échappé aux dangers de ces parages insalubres. Mais les germes pestilentiels qui s'y engendrent avaient infecté ses deux bâtiments. A peine était-il rentré dans te grand Océan, la dyssenterie se déclare. D'abord peu menaçante en apparence, quoique générale, elle atteint bieutét une désastreuse intensité. Les soins hygiéniques les plus scrupuleux, le courage moral, l'attente prochaine d'un climat moins ardent, rien ne l'arrête, ni ne la modère. Ses ravagés s'étendent dans tous les rangs. Chaque jour

itO ItillVOtn BCIENTiriOUBS BT LITTÎ1ÀIRE&.

amène une scène de deuil et de mort. EdSq, lorsque les T«tU d'ouest, longtemps attendus, permettent de gagner Qobart-Tovn, trois officiers, jeunes, pleins de mérite, et treize maîtres on matelots, avalent suocombé. Presque tout le reste était atteint; et la caractère opîni&tre de la maladie laissait tout an plus l'e^nir d'une longue convalescence. Le premier soin de d'UniUe (at d'établir pour ses hommes un'tiApltal k terre, ce qui lui fut accordé par les autorités anglaises, avec un empressement et nu bienveillance qui ne se démentirent jamais pendant son séjour. Sa seconde'pensée fut de repartir.

Il voulait d'abord partir seul, sur PAttrolabt' pnmnt aw lui teut ce qui était encore valide sur les deux corvettes- Hsii, lorsqu'il s'en ouvrit au commandant de la ZéUo, le capîtaioe Jaoqulnot, cet officier lui témoigna tant de regrets.de ne pas l'accoapagner, et lui fit tant d'inilancei pour le suivre, qu'il ne put risiGter h on dévouement si généreux. Ou convint que les dem corvettes concourraient à l'expédition, si, à l'époqne fixée pour leur départ, le nombre des malade* rétablis, et les matelots wnliaires que l'on pourrait engager, suffisaient pour compléter laon équipages. Les autres aohèvertùent leur oonvalescanœ &. terre ; «b les reprendrait au retour. Cette décision fut accueillie avec uh grande joie par tous ceux qui ne se sentaient pas hors d'état d'itn élus. Les préparatifs furent poussés avec cette activité qui ne peut naître que d'une volonté énergique unanimement partagés; et, le 1*' janvier 1840, après une relâche de-vingt jours, les dnii corvettes étaient sons voile.

D'Urville avait un double but. n voulait s'approcher le plu possible du pâle géographique austral de la terre, et aussi de son pAle magnétique austral ; c'est-à-dire, de ce point de sa surbee où l'aiguille aimantée suspendue par son centre, et libre de sa mouvoir autour d'uQ axe horizontal, se dirigerait rerticslemenl, la branche sud en bas. II y a dans l'hémisphère' boréal un point analogue, où la même aiguille à inclinaison libre, en tennei

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UÉLANQSS SGIENTIFIQUBS ET LITTÉBAIRBS. Ht

techniques l'aiguille d'iaclinaisoa, se tiendrait aussi Torticale, mais en tournant Yen le bas sa branche nord. Cet autre point s'appelle le pôle magnétique boréal de la terre. Entre ces deux foyers polaires, on peut tracer sur la surface terrestre une ligne courbe, dont tous les points sont tels que l'aiguille dinclinaison s'y tient dans une exacte horizontalité. Cette courbe n'est pas circulaire; mais, dans nne'grande parUe de son cours, elle ne s'écarte pas beaucoup d'un grand cercle dont le plan serait ioeliné d'environ lï" sur celui de l'équateur terrestre : on l'appelle l'équateur magnétique, par analogie. En outre, lorsque l'aiguille aimantée est maintenue en équilibre dans un plan boriEoatal où tdle peut tourner librement autour de son centre, on sait que, dans chaque lieu, elle prend une direction déterminée qui est occasioonellemeat plus ou moins oblique au méridien géographique. Le plan vertical qui la contient alors se nomme le méridien magnétique local ; et l'angle qu'il forme, avec la méridien terrestre, en chaque point du globe, s'appelle la déclinaisoù de l'aigoille, ou la variation. Sa grandeur n'est pas constante, dans tous les temps, pour un même lieu ; et, dans le cours d'une seule journée, on y remarque de petits changements périodiques, en rapport avec la hauteur du soleil sur l'horizon. Hais ses changements absolus se font si lentement, que l'effet n'en devient manifeste qu'après des Intervalles de plusieurs années. C'est pourquoi, pendant la durée d'un seul voyage, et pendant plusieurs Toyages consécutifs dans les mêmes parages, les navigateurs se conduisent d'après les indications de leur boussole, comme si la déclinaison locale était toujours la même; ayant soin, toutefois, de mesurer fréquemment son amplitude actuelle par des relèvements astronomiques, pour ne pas s'y confier trop imprudemment. Ceci convenu, imaginez qu'un vaisseau à voiles libre de ses mouvements, ou mieux encore un b&timent à vapeur, parcoure une grande étendue de mer, en tenant toujours sa proue exactement alignée sur la direction actuelle que la bous-

iia. MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.

sole lui marque : il tracera, sur la surrace couvexe des eaux, une ligne courbe qui sera un méridien magnétique gëoéral. Vous pourrez reconnaître la configuration de cette courbe «i li projetant sur une mappemonde ou sur une carte polaire; et mieux encore, en la reportant sur un globe artificiel. Or, si l'os applique ce mode de construction graphique à toutes les dédinaisons observées dans les deux hémisphères à une même époque, ou h des époques peu distantes, en les ramenant par le calcul k la condition de simultanéité, on trouve que, proche de l'équaleur magnétique, ces lignes lui sont presque perpendiculaires; mais, à partir de là, elles se contournent et s'înOéchissent progressivement, de manière h venir toutes converger d aboutir aux deux points du globe où l'ùguilie aimantée deneot verticale, et que nous avons nommés les pAles magnétiques de la terre. Enfin, un dernier élément des forces magnétiques, c'est la loi de variation de leur intensité en divers points du globe. On la conclut de la rapidité des oscillations exécutées en diven lieux par une même aiguille d'inclinaison ou de dècUnaisoo, comme on mesure les variations de la pesanteur par la rapidité relative des oscillations d'un même pendule. Ce troisième geon d'expérience apprend que, dans l'ensemble de ses valeurs, l'httensité est généralement croissante, depuis l'équateur magnétique jusqu'aux deux points polaires où les méridiens magnétiqiies, défiais par la construction précédente, vont converger. Mais la progression de cet accroissement, de même que celui de l'inclinaison, présentent des inégalités de détail très-évidentes. En outre, depuis qu'on emploie la boussole, on a vu l'amplitude de la déclinaison éprouver, en certaines régions de la terre, des changements qui n'ont pas eu lieu simultanément on avec la même étendue, dans les autres. De tout^xela on a dû conclure l'existence d'une force magnétique principale, appartenant comme résultante & toute la masse du globe, et dont les effets généraox sont modifiés localement par des forces magnétiques secondaires,

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ayant leurs centres d'action réparas à de faibles profondeurs aadessous de la surface terrestre, dans les portions de la masse qui ont subi, ou qui subissent encore, des perturbations d'équilibre intérieur. Ce résumé théorique des phénomènes a été, je croîs, pour la première fois publiquement exprimé, et justifié par le calcul, en 1804'. Hais le tracé des méridiens maguétiques, tels que je viens de les défloir, a été établi plus tard par le capitaine Doperrey , à l'aide d'un travail immense, auquel il a fait concourir toutes les observations des navigateurs modernes avec les siennes propres ; et celles qu'il a pu tirer ensuite de voyages plus récents sont toujours venues se plier, s'adapter comme par miracle, aux résultats qu'il avait d'abord obtenus. Si je suis entré dans ces détails d'exposition, c'est d'abord parce que les él^ mentsdu magnétisme terrestre sont un des objets d'observation les plus spécialement recommandés aux expéditions nautiques entreprises de nos jours ; et il fallait bien montrer l'importance des documents qu'îles vont recueillir avec tant de périls. En outre, on verra dans un moment que d'Urville s'est dirigé avec intention vers le pôle austr^, par la route qui était précisément la plus conforme aux idées que je viens de rappeler, ce qui donne une valeur toute spéciale à ses résultats. Toutefois, après avoir présenté ces molib, à titre de justification, je ne ferai aucune difficulté d'avouer que j'ai saisi avec empressement l'occasion de mettre dans tout son jour le mérite du travail du capitaine Duperrey, auquel les théoriciens ne me paraissent pas avoir fait assez d'attention. Si un géomètre, qui serait en même temps

* Miwuirt tvr Ut Bortatimt du magnétisme terrtttrt, pir HU. de Hnmboldt et Biot (JounuU dt p/q/tigut et dt ehiniê, pnblid par DeUmethrie, t LIX, p. &09, ISOt). Le flif du gr&nd physicien et Bstroaame Tabie Uayer a trouTâ depuis, dam les paplen de son père, un mémolra inédit où l'on voit qu'il trait été conduit aux lafimBi idée: et aai mËmes formnlei que noua. La néc«a - K\jt d'araoder des actions, lecondaires à l'aciioD principale s'est préaeatâe i. mol plus tard ; je l'ai eiposëe dans mon Traiii de phyHqut, t. UI, 139 et

4U UiLANOIS SCItRTirigUES ET LITTÉSAIIIKi.

physicien, prenait en main ce travail, comme on prend Au» l'astronomie les lois de Kepler, et qu'il en cansidërftt les données locales comme appartenant h des sphères qui seraient oscal»trices à la surface terrestre, dans le sens des méridiens on des parallèles magnétiques, je* ne doute pas qu'il ne déconvrit lU^e^ tement, presque sans difficulté, les lieux géométriques des centres de forces, tant principales que secondaires, qui dirigent l'aiguille aimantée en chaque point de la surface terrestre, à l'époque des observations employées. Ce qui me semble uitoriterutte prévision, c'est que les formules dont le Capitaine Doperrey a fait usage pour ses réductions de dét^l, et qni loi ont très-bien servi, sont les mêmes que nous avons établies, M. de Humboldt et moi, dans la preffliëre étude que j'ai rappelée toot k l'heure, où nous avions pu seulement nous appuyer sor (s propres observations faites par H. de Humbolt, combinées avec un petit nombre d'autres, principalement extraites des royigc* de Cook et de d'Entrecasteaux. Ainsi , le principe mécaDiqne d'où nous sommes partis n'a besoin que d'être appliqué plus généralement aux constructions du capitaine Duperrey, pour ea faire sortir les lois observables, qui régissent l'ensemble du phénomène el ses détails. Malheureusement pour nous, il s'en fanl de peu que ce premier ess^ n'ait un demi-siècle de date. Cesl maintenant & d'autres qu'il appartient de le compléter.

Le méridien terrestre et le méridien magnétique généra), qai partent d'Hobart-Town, s'écartent k peine l'un de l'autre dans le reste de leur cours vers le sud. D'Urville était instruit de cette circonstance par le travail du capilaine Duperrey. Il donna ordre aux corvettes de pointer constamment au sud, dans l'alignement de la boussole, autant que les vents le permettraient. Cette route te menait ainsi, du même coup, aux deux pCles qu'il voulut atteindre.

Le 1 1 Janvier, des sympldmes de dyssenterie avaient reparu snr les deux b&timents. Treize hommes étaient déjà sur lescadr».

MiLANGBS SGIENTIFIQUEB ET LITTERAIRES. HH

Va d'eux périt HeureuseœeDt l'épidéoiie s'apaisa, et l'énergie morale inspirée par les circonstances acheva de la faire dispa* raltra.

Le 1 0, par 60 degrés de latitude australe, on reoconlra les premières masses de glaces flottantes. Leur isolement et leur grandeur auQOQçaieDt la proximité de la terre, ou d'une banquise. Cette prérisioD se fortifia en remarquant que la mer, jusque-là Irto^ouleuse, s'était apaisée tout k conp, de sorte que la houle dn large n'arrivait plus qu'affaiblie jusqu'aux corvettes. Un autre indice de terre, c'était le froid devenu très-vif, quoiqu'on TAt au cœur de l'été de ces climats, avec des jours presque aans nuit. Le 49, à six heures du matin, on apercevait dans les alentours six grandea Iles de glace; à huit heures, sei^e; tQ.utes hautes de 30 ou 40 mitres, l'une d'elles ayant un mille de longueur. A six beares du soir, on en comptait, autour des corvettes, cinquanteneuf, et une multitude d'autres en vue. Leurs flancs étaient droits, liitlég ft pic, sans apparences de fusion ni de brisuret, mais percés çfc et là de grandes arches, comme aurait pu en produire l'impulsion des eaux qui les auraient récemment détachées d' une terre & laquelle elles adhéraient. La mer, affaissée sous le poids de ces énormes masses, était calme, siieocieuse, unie comme un lac. Le soleil, brillant dans un ciel pur, éclairait cette scène. Plusieurs fois on avait cru apercevoir la terre dans l'est, dans l'ouest; eé n'était que des nuages imitant des cimes neigées. Enfin, vers trois heures du soir, l'ingénieur hydrographe de l'expédition, M. Vincendon-Dumouliu, étant descendu des hunes de l'Attrolabe, annonça qu'il y avait en avant, droit au sud, une apparence déterre, fixe, distincte, nettement tranchée '.Pourtant, lui-tnéme

• CeJsaoeoOriBr,!! n'aTtit ftlon qae TingWiflof ans, ramplluait dau cetu np<ditlon, la posta Importaot d'ingénlaiir hydrographe. 0 était charge •□ oatr4 da recueillir las obserritiaoi de phyitqae gânArale, deniaDdâas par l'Acaddiula de* •elancei. D a rempU cette double tâche, avec une habileté, na M*, et nu counge, qui lui méritèreat l'entière confiance de Durrille, et le» plu* dclatanu

416 HÉLANGES SCIENTIFIQUES BT LITTÉRAIBES.

doutait encore. Il craignait que ce ne fût une nouvdle iUusioD' succédant à tant d'autres. Hais le soleil, en se couchant derrière elle, laissa voir toutes les inflexions de ses contours éle?ës, se dessinant, par un trait pur, sur le fond du ciel. Le doute semblait h peine possible; toutefois il ne disparut chez les plus prudents que le lendemain; 20 janvier, quand on apprît que la Zêlit avût reconnu aussi assurément la terre à ces mêmes indices. On toit en calme. Les équipages demandèrent et obtinrent la permissîoD de faire une grande fête, comme au passage des tropiques. Il o'j avait plus de malades & bord.

Pendant toute cette journée, les deux corvettes demeurerai presque immobiles. On ne sentait pas un soufile de vent. Tout ce qu'on put faire, ce fut d'étudier l'aspect et l'ét^ des glaces environnantes. A quatre heures du matin, on en comptaif autour de r Astrolabe soixaote-^ouze grosses masses. Le soleil, d^nis longtemps sur l'horizon, et déjà élevé, semblait leur faire éprouver une décomposition active. Une entre autres, peu distante, attirait surtout l'attention. De nombreux ruisseaux, prenant leur source à son sommet, s'élançaient dans la mer en cascades, creusant profondément ses parois. Ce détail, que j'emprunte à la

âlogeg de l'AcacUmie. Dans le coure de ce vofage, Ik difficalië d'aborder, s d'aller établir des instruments sur des terres entoorâei de glac«s on de léâU, lui flt inrenter la raéUiode des relËTements sons voile», gdnératemeat onplojfe depuis, STec la plus heureux saccËg par lui-mSnie , et dSTeuae d'un mag* conatant dans les opérations hydrographiques de Is marias française. Co fut, i l'aide de c«Cte méthode, qu'en 1S5S ajantâtd embarqua sur la corvette f*JVnttM, commandée par H. de Kerballet, il put, suu mettra pied à terre, t^lero' la c4tea inhospitalières de l'Afrique, et c«lles de l'Espagne, alors inrectées da dwléra, aussi eiactemant q ne s'il avait pu aUer y établir BeelD3tranieiil*,etdeB«gnaax de triangulation. Ce fat Aussi dans cette pénible campagne, qa'il cMtracta la cruelle maladie dont les suites le cooduisireot aa tombean..-. H. le capit^ne Tard; de MontraTet, son compagnon de péril dans l'eipédilioB * deDurville, etH.deKerhallet, qui a pBrt«géses derniers traTani, se sont réunis pour lui consacrer, dans le Monittw de la Plaiu, a' M, 33 mai 18S8, um notice biographique, où ils eipriment de la manlËre la pli»toadiaate l'aSxtka M l'estime qu'ils lui portaient. 1. B.

rédactioa d« H. Dumoulin, semble devoir donner uoe trës-jusle idée du travail des eaux, pour détacher les falaises de glaces adhérentes aux terres et les éloigner de leurs bords. Au reste, toute cette rédaction est écrite avec une intelligence des phénomènes physiques si complète, qu'où n'y saurait rien ajouter. Je voudrais pouvoir la copier tout entière.

£n6D, le 31 janvier, on commeDca de ressentir une brise du sud-est, qui permit de marcher, d'abord lentement, puis rapidement vers la terre. Hais, à mesure que l'on avançait, les masses de glaces devenaient plus nombreuses et plus menaçantes. Bien- (At elles se montrèrent sans nombre, couvrant la mer comme autant d'Iles séparées par des canaux étroits et sinueux. Toutefois les corvettes s'y engagèrent, évitant d'en approcher assez près pour perdre le vent & l'abri de leurs hautes murailles, et tomber dans les remous de leurs bases, d'où elles n'auraient pu sortir. Ces murailles dépassaient de beaucoup les m&tui:es, et surplombaient au-4essus des navires. A leurs pieds, se découvraient de vastes cavernes creusées par la mer, qui s'y engouffrait avec fracas. Il semblait que l'on fût entré dans une ville à rues étroites, ouvrage de géants. Plus d'une fois les corvettes durent passer entre deux masses si hautes et si rapprochées, qu'elles étaient toute vue de la terre vers laquelle on marchait. Alors, dans le silence formidable de ces solitudes, on n'entendait que les commandements des of&ciers, renvoyés par leurs échos. £ndn, à midi, on sortit de ce dédale, et l'on se trouva dans un bassin plus libre, oâ la terre s'apercevait au sud, seulement à trois ou quatre milles de distance.

Elle s'étendait du sud-est au nord-ouest, à toute vue, sans limite. Elle était haute de 4 ,000 à 1 ,200 mètres, entièrement couverte de neiges qui se montraient sinuées d'ondulations comme le sable des déserts, ou sillonnées de ravins que l'on aurait dit creusés parleseaux.Nullepart le sol ne se faisait jour, et sa grande élévation pouvait seule faire croire qu'on ne se trouvait pas en-

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418 MiL&NGKS SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.

core devant une vaste banquise. Du c6té de la mer, une muivOe de glaces droite et abrupte bordait ses approcbes, et rendait toute tentative de débarquement impossible. MM. DumoaUn et Coup- Tent, chargés des observations magaëliques, obtinrent de d'0^ ville d'aller porter au moins leurs instruments sur one des lies de glace environnantes, qui, à raison de son étendue et de ti masse, semblait devoir se maintenir presque immobile par le poi de vent qui régnût. Ce fut l'occasion d'une découverte vîTemeot désirée. Pendant que l'Astrolabe restait en panne pour atlendic les observateurs, les officiers demeurés & bord étudiaient corieusement la terre avec des lunettes. Un d'eux, M. Durocb, aperçât au pied de la cAle quelques points noirs et fixes, qui semblaient être des sommets de rochers découverts. Ce lieu de débarqaematt une fois signalé, chaque corvette y expédia un canot, à travcn les glaces, avec une joie indicible. Ces deux embarcations trri- Tèrent heureusement sur les rocs, prirent possession de la tore au nom de la France, et revinrent avec leur pleine chai^ de pierres antarctiques. Les hommes qui les montaient n'avaient envisagé que Iti but, non le péril. Sous ce ciel instable et orageoi du pâle, on n'est jamais certain de revoir ceux qui se sont un moment séparés de vous; le moindre coup de vent, qui aurait sorpris les corvettes sur une pareille cdte, parmi les glaces, les aurail forcées de fuir au large, sacriHant peul-étre la vie de quelquesuns au salut de tous.

Peu s'en fallut que, deux jours après, la fuite même leur fdt interdite, etqu'ella ne dussent périr toutes deux miséniMemenL D'Urville avait appelé cette terre, la terre Adélie, du nom de sa femme qui s'appelait Adèle. Le ii janvier au malin, se trouvant dans une vaste baie entièrement libre, avec un beau temps, une faible brise de l'est et presque pas de nuit, il se laissait aller doucement dans l'ouest, longeant la céte et reconnaissant ses anfiactuosités. Le 33 au matin, la route se trouva barrée par une chaîne d'Iles de glace, appuyées en arrière sur une banquise cODlinac^

tenant i la terre, ^'étendant au nord, puis retournant à l'est. C'était un golfede glaces solides, où l'on s'était engouffré. Pendant qu'on louvoie pour tftcher d'en sortir, la brise de l'est fraîchit subitement, la mer devient grosse et une tourmente se déclare. Des tourbillons de neige enveloppent les corvettes ; elles se perdent de Tue et sont abandonnées chacune à leur sort. Les grandes TOiles sont emportées ; le peu de toile qu'il faut indispensabtement garder, pour gouverner et se soutenir contre le vent, fait ployer les m&ts comme des baguettes, que l'on cralut à tout instant de voir rompre. Des lames monstrueuses, déferlant par an froid glacial, couvrent le pont d'une couche de verglas que la neige augmente. Les matelots n'ont plus pied sur ce sol glissant ; les cordages devenus rigides, et couverts de neige, résistent à leurs efforts. La nuit est venue : le navire court & toute vitesse parmi des montagnes de glaces flottantes que l'on ne peut voir assez U)t pour les éviter. Le hasard d'un seul choc l'abloiera. El, dans cette extrémité, on ne sait où l'on va, ni dans quel sens on marche. La proximité du pâle magnétique, rendant la force directrice presque verticale, son influence dans le sens horizontal est & peine sensible; elle ne donne plus aux boussoles un pointé assuré : le fer qui entre dans la construction du navire les dévie dans toutes sortes de sens. Tout ce que l'habileté de M. Dumoulin put entrevoir dans leur désordre, c'est que CAstrolabe recule devant le vent à chaque bordée, et qu'en moins de douze heures elle ira s'abattre sur In banquise, si le vent ne cesse. Par bonheur, dans la matinée da 85, il perdit de sa force. L'horizon s'éclaircit, mais on ne voyait plus la Zélée. Le canon, tiré [jour l'appeler, resta sans réponse. EnSn, dans la soirée, on l'aperçut cinglant sous toutes voiles pour rallier. Le 27, les deux corvettes réunies parvinrent & sortir du golfe, non sans-de grands hasards, en faisant d'abord un long détour dons le sud-est, & travers les glaces, pour se porter au delii du bras de la banquise qui leur fermait la route, avuit d'entreprendre de le doubler. Un coup de vent du sud

4SI) MELANGES SCIENTIFIQUES ET LlTTEBAlItES.

les seconda, et, le lendemaio 28, elles voguaient loin dans le nord, tout à fait libres.

Dans la journée, lèvent était- passé à l'ouest; le àd s'ét^t dégagé ; on remit le cap au sud, dans l'espérance de rejoindre et de reconnaître plus complètement la terre Adélie. Mais, le S9, le vent se fixa de nouveau & l'est, avec des tourbillons de ii.eige et une grosse mer. D'Urville, après avoir coDsuIlé H. Dumoulin, ne se proposa plus que de porter ses b&tiiDeDli sur les directions qui conviendraient le mieux pour achever d'établir tous les éléments du magnétisme terrestre, sans perdre l'espoir de découvrir de nouvelles terres, chemin faisant. Il les dirigea donc au sud-ouest pour ce double but. Leur marche, devenue alors fort rapide, les amena bientôt devant une autre bar^ riëre de glaces d'une grande étendue. Il fallut tourner le cap au nord, et serrer le vent pour ne pas tomber sur elle. Pendant que la grand'voile était carguée pour cette manœuvre, on aperçut, i peu de distance, à travers la brume, un navire arrivant avec rapidité, vent arrière. A ses couleurs, il fut recounu pour un bûtiment de guerre américain. On sut, plus tard, que c'était le Parpoise, qui avait cru rallier ses compagnons. D'Urville arbora ses couleurs françaises; puis, lorsque l'étranger fut proche, craignaol d'en être trop rapidement dépassé pour pouvoir échanger ai» lui des communications, quand il aurait pareillement infléchi si route et tourné l'Astrolabe, il fit déployer sa grand'voile, aOn de diminuer la différence des dcui vitesses en reprenant la sienne propre. Cette manœuvre était insolite. Elle pouvait être interprêtée comme un refus d'attendre. L'américain s'y méprit, et pensa que d'Urville ne voulait pas communiquer. U continua de taire voile vers le sud, et s'éloigna. Ce fut peut-être heureux. En eSel, les instructions de la flottUle américaine imposaient & ses officiers le plus profond secret sur les résultats de leurs opérations, et ils se sont partout strictement conformés k cet ordre. Si d'Urville avait parlé au b&timent qui l'approcJiait, U lui aurait sans

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MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTERAIRES. i21

doute annoncé sa découverte; l'amériCECin n'aurait pu répondra que par le silence ; cela n'aurait paru ni courtois, ni lo;al. A tout prendre, il a mieux valu que les b&timeuts n'aient pas commu- * nique. Dans la relation de M. Wilkes, le commandant du Porpoise impute ce fait h d'Urville comme un manque de charité : < n ignorait si nous n'étions pas en détresse, si nous n'avions pas c besoin de secours I > C'est là un mouvement de sensibilité hors de place. Le bâtiment américain arrivait brillamment, vent arrière, couvert de voiles, sans donner le moins du monde à croire qu'il eût besoin de rien. Il passa tout proche de l'Astrolabe, t portée de voix, en silence. Le sentiment d'humanité est complétementétranger à l'affaire.

Celle incursion si heureuse de d'Urville, dans la mer Australe, était indispensable k mentionner dans mon récit. Je le laisse compléter ECS déterminations magnétiques, entrevoir d'autres terres défendues par d'inabordables falaises de glace, et revenir k Hobart-TovD jouir de son succès. Il y rentra le n février 1840. Je n'ai pas la douloureuse nécessité de le suivre plus loin.

La flotte américaine avait quitté Sydney le 39 décembre 1839, deux jours avant le départ de d'Urville; elle y rentra le 11 mars 1840, vingt-trots jours après son retour. Elle avait ainsi tenu beaucoup plua^loDglemps la mer dans ces mêmes parages, exposée & la même continuité de périls, et poursuivant son but avec une constance, une habileté, une énergie admirables. Le Peacock, surtout, parti de Sydney en si mauvais état, s'était vu dans la chance imminente d'une entière destruction. Le 2i janvier, se trouvant engagé dans une baie profonde, parmi les glaces flottantes, et, selon toute présomption, en vue de terre, il alla heurter de l'arrière contre une haute banquise, brisa son gouvernail et resta sans défense contre les chocs des masses qui l'assaillaieat. Entouré, pressé, froissé de tous cdtés par elles, il ne sortit qu'à grand'pcine de leurs étreintes, ayant sa membrure endommagée et l'avaut de sa fausse quille enlevé. Il ne fallut pas moins que

432 MÉL&NQES SCIENTIPIOUES ET LITTÉHAIBES.

l'iodomptable sang-froid du commandant, le capitaine Hndson, et les efforts inouïs de tout son équipage pour le ramener jusqu'à Sydney, comme par miracle, sans couler bas. Cette rude campagne fait le plus, grand boDqeur h la marine américaine. Sur ce point, en Angleterre comme en France, il n'y a qu^une opinion. J'arrive maintenant aux découvertes géographiques. On on pourra prendre une idée trës-claire et trôs-fldéle en jetant les jeux sur la cartejointe à cetarticle. Elle représente, en projection polaire, toute la portion de l'océan austral que les navigateurs ont explorée depuis Cook dans l'espoir d'y découvrir de nouvelles terres autour du pdle, et l'on y a marqué toutes celles qu'ils ont reconnues, de près ou de loin, avec assez de certitude pour que leur existence doive être admise. C'est une imitation de la carte construite par les ordres de l'amirauté anglaise, pour la publication des découvertes faites par sir James Ross proche du pôle sud, en 18(1. Elle a été dressée par H. Daussy, pour servir à l'exposé critique qu'il a donné du premier rapport de H. Wilkes, dans le Bulletin de la Société de géographie de Paris, i* série, n" 109. Le cuivre avait été conservé au dépât des cartes de la marine. Nous avons demandé au ministre de vouloir bien accorder au Journal des Savants le nombre d'exemplaires nécessaires pour accompagner notre article, en sollicitant cette faveur h litre de l'assistance que l'État nous donne; et nous avons été aussi heureux que reconnaissants de recevoir de lui cet instrument indispensable de notre exposition. Avec son secours, elle sera trèsaisée & comprendre*.

* Co m^me secours me TpdeTenait Indispensable pour la rëimpr«stion actuelle. Hais je pouTuis leulemenl: la réclumer aujourd'hui annoie une twar personnelle, qui mo mcurait en état de reproduire iine discussion destiuéeà meltro daiis une écl:itanie lumière lesuccts de d'Urville, et le courage heurtui dos marina français qui oui pris part à sa découverts, A ce litre le minitire deU marine, M. l'^imirui Ilamelin, a bien voulu mettra k ma disposition le cuivre de cette mômo carte polaire; que l'administration avait conserva; «je me fais nu devoir de lui en témoigner ici ma respectueuse reconnaissiuce.

HKLANOIS SCIENTIFIQUES ET LITTÊRAIRIB. 483

Dans ce système de projection, le pâle austral de la terre oo< cupe le centre de la carte. Les méridiens sont représentés par de> lignes droites partant de ce point, et les parallèles géographiques se projettent suivant des cercles qui lui sont concentriques. On y a marqué les dégrés de latitude australe de 10 en 10. Le diamètre qui porta à ses deux extrémités les indications 0 et 180, flgure le méridien de Paris. Le sommet 0 est celui d'où partent les longitudes comptées de cette ville; les orientales vers la gauche du lecteur, tes occidentales vers sa droite, comme l'annoncent déjli évidemment les extrémités australes de l'Afrique et de rAmérique* s'avançant respectivement de ces deux cdtés dans la projection. Au loin, dans l'est, on voit la pointe sud de l'Australie, et plus k l'est encore la Nouvelle-Zélande. La portion de la mer Australe, comprise de là jusqu'au pôle, est le Ihë&lre des nouvelles découvertes ; et, jusqu'à la mémorable expédition de sir James Ross, en 1841, elles s'étaient étendues presque exclusivement sur le contour du cercle antarctique, vers 66° 30' de latitude australe. Les deux points extrêmes de l'arc qu'elles embrassent ont été les premiers reconnus*. Celui qui se présente d'abord & l'orient,' vers 48' de longitude, est la terre d'Enderby, découverte en 1831 par le capitaine John Biscoe, commandant le brick de commerce le Tulai frété par la maison Enderby de Londres. L'autre limite, beaucoup plus orientale, du même arc, est le groupe d'tles volcarniques découvert en 1839, vers 161" de longitude, par le capitaine Balleny, montant la goélette l'ÉUxa-Seott, frétée par les mêmes nëgocianls. Elles sont appelées d'après lui les lies Bal' leny, comme on le voit sur noire carie à la longitude indiquée. On y a également marqué une autre terre, aperçue aussi ou soupçonnée par le même navigateur dans la même campagne, et qu'il a nommé Sabrina, en souvenir de la petite conserve qui l'accom-

< Ici, commo dans toute l'eipoiilion qui va ■ulTTe,]'eniploierii lesloitgltDdM Gomptéei du mâridleo de Paris,

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iSl MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTBRAIIIES.

pagnait et qui périt dans ces parages. Entre cesdeux décomert», OD a placé celle de d'Urville, la terre Adélie; et enflD celle longue bande, semée d'immenses volcans éteints ou en éruption, qui s'avance vers le sud, à laquelle sir James Ross a dooné le nom de la reine d'Angleterre, Vittoria. Celle-ci n'est connue que depuis tstl. Mais je la mentionne pour que l'on puisse apercevoir d'un coup d'œil l'intention des mouvements que nous allons suivre, et l'ensemble des résultats qu'on ea espérait.

Lorsque la flottille américaine quitta Sydney, elle ignorait les découverles de Balleny, et celles de d'Urville ëlaient à faire. Le plan de M. Wilkes consbiait à plonger d'abord dans le sud par le méridien des Iles Macquarte, vers tbS" de longitude orientale, en s'avançant sur cette direction tant qu'il ne trouverait pas la mer barrée par les glaces. Alors il devait se retourner vers l'ouest, et suivre le contour du cercle antarctique, jusqu'à rejoindre, s'il élail possible, le méridien de la terre d'Enderby, s'eS'orçant toujours de pénétrer au sud par chaque point de cette route oii il pourraittrouver un passage libre. Sa première incursion dans le sud lui fit lencontrer les glaces flottantes dès le 1 0 janvier, ayant à peine atteinl le 61 ■parallèle. D'abord, elles se présentèrent en masses isolées, peu nombreuses, rongées sur leurs flancs par la mer. Bientôt leur nombre s'accrut ainsi que leur grandeur ; et, le lendemain 1 ( janvier, elles formaient devant lui une barrière compacte qui l'arréli. Il se trouvait alors & 64° 41' de latitude australe, et paries* 10' de tongilude orientale, un peu k l'est du méridien qu'il avait voulu suivre. En conséquence, il fit voile vers l'ouest en longeant celte barrière, qui paraissait s'inHéchir vers le sud. En effet, le 16 janvier, après l'avoir cAtoyée ainsi jusqu'à 1 35° 26' de longitude orientale, il atteignit en latitude 66". < C'est de ce jour-là, dit H. WiUccs, c que nous datons la découverte dont nous réclamons l'honneur. > Pour établir ce droil , il rapporte que , ce même jour, on aperçut des apparences de ferre, à bord des trois bâtiments le Vineennes, le Peacock, le Porpoise; et il cite des notes de plusieurs officiers'

qui avaient en effet consigné ce soupçon sur leurs livres de locb. Il donne même, dans sa relation, la gravure d'un dessin de sa main, fait sur place, représentant une monlagne~qu'il avait distinguée, et qu'il a nommé Ringgold's-Kholl, le mont Ringgold, en l'hooDeur du commandant du Porpoise. La distance, d'après sa carie, n'était pas moindre de 66 milles marins. La légitimité de ces allégations a été attaquée devant une cour martiale, tenue, après le retour de H. Wilkes, à bord du Mtiment des Étals-Unis le North-CaroUna. Des officiers de la flottille ont même contesté que ta terre eût été vue avec certitude trois jours plus tard, le 19 janvier. Il a été avancé que M. Wilkes n'avait émis el accueilli ces présomptions qu'après son retour k Sydney, lorsqu'il eut appris que les Français avaient débarqué le 23 janvier sur un point de la cdte. On peut voir les détails de ce procès dans le Bulletin de la Société de géographie, déjà cité. Nous ignorons quelle en a été l'issue. Mais, sans nous prévaloir des doutes qu'il a pu faire naître sur la réalité des droits que U. Wilkes réclame, nous discutefODS seulement la valeur des preuves physiques sur lesquelles il les appuie. Dans le rapport présenté par lui à l'Institut national de Washington, & son retour en 1842, il a indiqué lui-même, sans le vouloir, le degré de certitude que l'on doit leur attribuer. < Pen- ( dant que nous longions la barrière de glaoe, dit-il, je préparai < une carte sur laquelle je marquais la terre, non-seulement aux c points où nous avions positivement constaté son existence, mais « encore dans les places où. toutes les apparences annonçaient « qu'elle devait exister'. » Cette carte, il l'avait envoyée de Sydney à sir James Ross, qui l'a insérée dans la relation de son propre voyage au pôle sud. C'est, à quelques détails près, la même que H. Wilkes reproduit dans son ouvrage actuel, sauf qu'il en a effacé

• ■ During our crnise, as we uiled along the iiy barricr, I prepsred a

■ cbart, laying down the Und, not-only where we actuilly deiormined il to

■ e\isr, but tUosc places in wliicli every niipcaranec dcnolcd ils Wilkes, Sgnoptîi ofllit eruitt, flc„ p. îl. WashingloiiilSilï.

496 HÉL&KGE8 SCIENTlrlQUES ET LITTÉRAIHE8.

une portion de terre qu'il j arait marquée, et nr laguetU ùr James a déclaré depuis aroir navigué librenneut. Cette cooQalm de porter comme autant de découvertes réelles, des soupçons de terre, a paru aux marins européens fort surprenante, et tout 4/ait insolite. L'expérience leur a trop appris combien il se présente de ces apparences trompeuses, surtout dans les mers australes, parmi les glaces. Les hydrographes les plus exercés ODt tu aînù apparaître au loin des terres fantastiques, dout ils ont dessiné les contours et relevé les détails pendant des journées enUëres, après quoi elles se sont évanouies. Sir James Ross en rapporte m curieux exemple dans son Voyage au paie sud, tome I, page 1 77. Le 5 janvier 1 841 , se trouvant h 66° 52' de latitude australe parmi les glaces, t on signala dans la soirée une remarquable apparence € de terre. Cette manifestation ayant subsisté pendant des heures,

< sans aucune modiQcatîon de formes, plusieurs officiers s'ima-

< ginërent qu'ils voyaient effectivement une terre réelle, semée de « collines entièrement couvertes par la neige, et d'un aspect géc néra] tellement propre à tromper des yeux ine^tpérimentés, que,

< si nous n'avions pu avancer plus loin , ils auraient indubitable-

< ment affirmé, & notre retour en Angleterre, que nous avioni ( découvert ta terre dans cette position. Ce n'était pourtant rien

< autre chose que le contour supérieur d'un nnage, manniant,

< par un trait parfaitement déQni, mais irrégulier, la limite de t hauteur quo la vapeur aqueuse peut atteindre sous ces latitudes. c Plus bas, celte vapeur se montre à tous les états de condensa- € tion ; plus haut, on aperçoit l'espace froid et clair où elle ne « saurait s'élever. C'est surtout aux approches des glaces, que f £es apparences de terre sont les plus marquées et les plus trom- « peuses. » Après de tels faits, peut-on raisonnablement admettre que toutes les apparences indistinctement rapportees par M. Wilkes sont autant de terres véritables, qui établissent les dates de ses découvertes ? et ne doit-il pas s'en prendre h lui seul si , parmi celles qu'il mentionne, on ne sait plus aujourd'hui, comme il ne

HiLANGEfl SCIBNTiriOOES KT LITTIràIBIB. iS7

saurait p1u3 lui-même, disling:uer ca qui a été itlusioD de ce qui 9. pu être la réalité.

Du 16 janvier au 17 février, c'est-^-dire, pendant un mois, m. Willtes continua de marcher dans l'ouest, en suivant le contour du cercle antarctique, jusqu'au 93* degré de longitude orientale. La saison ne lui permit pas de pousser cette exploration jusqu'au méridien de ta terre d'Ënderby, comme il l'aurait voulu. Pendant ce trajet on signala presque tous les jours, dans le sud , dtt apparences de terre qui sont indiquées par autant de traits sur notre carte. Mais les bâtiments américains ne purent jamais en approcber d'assez près pour y débarquer, étant rejetés au loin par les tempêtes, ou se trouvant arrêtés par des remparts de glace qui en obstruaient les approches. Une seule fois ils se crurent au moment de réussir : c'était le 30 janvier. Ils avaient pénétré & travers les glaces dans une baie profonde où ils voyaient enûn la terre à nu devant eui, s'étendant de l'est vers l'ouest k toute distance. Elle était haute, escarpéo, couverte de neige. Assuré ainsi de son existence et de sa grandeur, M. Wilkes l'appela continent antarctique, et il donna & la baie le nom de baie Piners, qu'il lui conserve dans sa relation. Il la place par 66° 42' de latitude et 1 37° iS' do longitude orientale. Ce fut tout ce qu'il en put saisir. Une tempête furieuse le força âe fuir au large parmi les glaces, et l'entraîna dans l'ouest sans chance de retour. Les forces de ses équi- pages étaient épuisées. Pourtant, il continua encore de marcher vers l'ouest, remarquant, çà et l!i, des apparences déterre, qu'il jugea être autant de portions du continent antarctique. Mais il ne put mettre pied nulle pari. Il dut se contenter do débarquer sur ane grande Ile de glace, portant des débris de terre, de sable, et de roches, qu'il supposa s'être détachés avec elle de la cfUe prochaine. On y recueillit principiilcment des échantillons de grés rouge et de basalte. Bnllcny, dans le cours de son voyage au sud, avait aussi rencontré, à plus de 100 milles au large de toute terre, une grosse masse de rochers incrustés dans les hautes falaises

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iSS MiLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.

d'une tie de glaces flottantes. Il n'est pas improbable que les blocs erratiques répandus sur nos continents y aient été ainsi amecëi quand la mer était plus hante, ou les terres plus abaissées.

Nous examinerons tout à l'heure jusqu'à quel point les découveiies maintenant effectuées dans ces parages justiGent la dénomination de continent antarctique adoptée par H. Wilkes. Mus nous avons d'abord à vider avec lui une question. Les éléments de position qu'il assigne à sa baie Piners, la route par laquelle il y est parvenu, les indications qui précèdent son arrivée et celles qui suivent son passage, prouvent qu'elle est identiquement celle dans laquelle les bîtlimenls français avaient pénétré le 31 jantier 18iO et avaient mis pied à terre le S2. En.coiiséquence, on peut faire h M. Wilkes cette argumentation : Lorsque vous êtes arrivé dans cette baie le 38 ou le 30 janvier 4S}0, vous ignoriez que d'Urville vous yeût précédé, et en eût pris possession. Vous pouviez donc la croire alors une de vos découvertes , et lui donnera ce titre un nom de votre choix. Mais, quand vous imprimiez votre relation en <8*S, vous ne pouviez plus avoir celte croyance. Le titre de d'Urville, antérieur au vdtre, vous était connu, puisque, en 1843, dans votre communication à l'Institut nalional de 'fftshington, page 27, vous vous plaigniez que l'on eût porté les découvertes des Français sur la carte anglaise, sans y mentionner les vôtres. S'il vous restait quelques doutes sur l'identité du lien et l'antériorité du temps, vous pouviez facilement les éclaîrcir m consultant les Annales maritimes et coloniales de 48(0, où celle partie de la relation de d'Urville a été imprimée, avec les cartes de relèvement de la terre AdéUe. Vous pouviez encore consulter séparément ces cartes elles-mêmes, qui ont été rendues publiques h cette époque en France, en Angleterre , et que l'on doit présumer être également parvenues aux Étals-Unis. Si vous avez pris connaissance de ces documents, comme l'équité semblait l'exiger, vous avez dû voir que vous n'aviez plus de titre à la découverte de la terre ÂdéUe, et qu'il n'était pas juste d^ la maintenir dans

MELANGES SCIENTIFIl}UBS ET. LITTERAIRES. (29

TOtre relation, ni sur votre carte, comme vous étant propre. Si TOUS n'aveï pas jugé à propos de vous enquérir de Iti vérité, votre négligence ne vous crée pas de droit. Vous n'aurez pas accru vos mérites réels, en donnant à vos compatriotes une iUusîon qui ne saurait être de longue durée; et peut-être auront-ils lieu de vous exprimer leurs regrets plutôt que leurs félicitations, quand ils verront que, sur toutes les cartes nautiques excepté sur la vdtre, cette terre sera marquée du nom que lui a donné d'Urville, k l'exclusion de celui que vous avez voulu lui attribuer.

Quant à la dénomination de continent antarctique, sous laquelle M. Wilkes réunit les terres australes qu'il pense avoir découvertes, et celles qui étaient connues avant lui sur le contour du même parallèle, un raisonnement très-simple montrera qu'elle est au moins prématurée. L'existence de la terre n'a été jusqu'ici matériellement constatée' qu'aux deux extrémités de cet arc et au poiat intermédiaire où d'Urville a débarqué. Les apparences de terre remarquées par M. Wilkes, et qu'il mentionne sans discussion partout où elles se sont présentées il lui, ne comportent pas, à beaucoup près, une pareille certitude. Au jugement des marins, elles ne fournissent que des présomptions généralement douteuses, dont l'ensemble est seulement rendu ici plus vraisemblable, par leur connexion avec les points dont l'existence est assurée. Mais, ni ces points, ni les portioas de terre que M. Wilkes aurait aperçues n'ont été assez complètement explorés pour que l'on puisse savoir si ces terres se tiennent, ou si elles sont séparées par des bras de mer habituellement gelés. Leur contiguïté est donc jusqu'^ présent incertaine. On ne saurait affirmer qu'elles fassent partie d'un même continent; et, si l'on venait à constater ultérieurement un tel fait, la découverte de ce continent devrait être rapportée aux navigateurs qui ont signalé les premières terres, c'est-à-dire à Biscoë et h Balleny.

Ce jugement, qui a été exprimé en Europe par des marins de la plus haute distinction, et la justice que l'on y a unanimement

430 HiLÀNQCfl SCIENTIFIQUES ET LITTiRAlRES.

rendue aux droits de d'Urville, paraissent avoir viveinent imprssioDDéM. WÏUtes; cariien a Tait le sujet de récriminations dont l'amertune ne prouve nallement la Justesse. < Le mérite de nos

< découvertes, s'écrie-t-il, a été réclamé par une nation étrangère,

< et leur réalité même a été mise en question par une autre; « toutes deux ayant en mer des expéditions rivales : l'une dans la

< même année, l'autre dans l'année suivante. — Chacune de ces c nations a paru disposée h nous dérober l'honneur [lo rob os

< of Ihe hobour], en exagérant l'importance de ses propres rec cherches; et elle voudrait restreindre ta terre antarctique aux « petites portiont qu'elle a respectivement découvertes V > Notez que, parmi ee» peiitet portions, il jr a la terre ViUoria, matériellement reconnue et suivie par sir James Ross, sur une étendue de cotes qui occupe neuf degrés de latitude, et qui approche du pOle jusque par delà le 78' parallèle. Hais ce sont là des colères; je cherche des raisons.

< L'existence de la terre sur té contour du cercle antarctique, « poursuit M. Wilkes, est maintenant confirmée par les témoi-

< gnages réunis des marins français et anglais. Peu de jouri c après que la terre eut été vue par les trois' bâtiments de notre « flottille, d'Urville, le célèbre navigateur français, rapporte que « ses canots ont débarqué sur une petite pointe de rochers, dans « l'endroit, à ce giieje suppose, qui nous parut accessible dans

< la baie Piners, d'où le Vincennes fut chassé par une violeole « tempête. Cest ce qu'il a nommé la terre Claris (this he called « Clarie lanil) ; et cela lui donne la croyance [teslifles to bis belief)

< qu'il existe une grande étendue de terre, là où la vue que nous

< en avons eue ne laisse aucun doute sur son existence eOective. > Ici je ferai remarquer d'abord que la cite Clarie de d'Urville 'il ne l'a jamais appelée la terre Clarté) est située b I iO ou I M milles dans l'ouest, du point oà les Français ont débarqué. Non-seule-

tKpHMon, X, H, p. SBt et loivutci.

HÉLA>0B3 SCIENTinOtlES ET LITTÉRAIRES. iSI

ment d'Urrïlle n'a jamais dit 7 avoir pris pied, mats il déclare expressément n'en conclure l'euslence que parinduction. Il n'a^'ait devant lui qu'une immense muraille de glaces, continue, sans fissures, ayant de 1 00 il 1 50 pieds de hauteur ; il la câtoya sur un développement de 20 ou â;5 lieues, sans en atteindre le bout. La proximité où il se trouvait de ces hautes falaises l'empêchait de voir s'il existait une terre par delà. Il présente seulement ce fait comme présumable, l'inférant de ce qu'une ceinture de glaces, si étendue et si solide, semblait n'avoir pu se former et se maintenir avec tant de continuité, qu'étant appuyée contre une grande terre. Jamais il ne s'est exprimé qu'avec cette réserve; et, dans sa carte publiée en 1 840, comme dans toutes les réimpressions qu'on en a faites depuis, la côle Clarie porte, écrite sur ses contours, la spéciOcalion suivante : Falaises de glaces escarpées et uniformes, supposées envelopper une base solide. Si on l'a marquée terre Clarie, dans la petite carte polaire do la Société de géographie que nous reproduisons, cela ne fait pas autorité contre d'Urville; et nous n'y avons laissé subsister celte dénomination que pour en prendre occasion de signaler ce qu'elle a de trop absolu, Maintenant, posons une gueslîoo de bonne foi. Lorsque M. Wilkes imprimait en \ 849 l'ouvrage que nous avons sous les yeux, dans quel document officiel, français ou étranger, a-t-il pu voir le lieu et les circonstances du débarquement de d'Urville, représentés conune il les rapporte, de manière à en changer tous les caractères réels, et les faire passer du certain à l'incertain? Ce n'est pas dans la relation originale de d'Urville, ni dans sa carte publiée ea Europe dès 1840. Ce n'est pas non plus dans la carte dressée par l'amirauté anglaise, au retour de sir James Ross. On y a inscrit la terre Clarie comme conjecturée {supposed land) ; c^est celle que H. Wilkes mentionne. Mais on y a porté la terre Adélie comme reconnue effectivement; c'est celle que M. Wilkes ne nomme pas. Pourtant il a connu cette carte anglaise, puisqu'il se plaint qu'on n'y ait pas inscrit ses découvertes. Comment

433 HiLAKGES SCtENTIPlQDES ET LITTÉB&IBES.

a-t-i) pu voir la certitude où l'on avait marqué le doute; et ne pas voir la réalilij oit on la marquaîtT Dans un exposé de faits, dont l'exaclilude était une condition si essentielle, par quelle fatalité a-t-il laissé le vrai pour prendre le fauxT

Au (este, M. Wilkes ne s'irrite pas seulement des doutes qae l'on a paru concevoir sur la réalité du continent antarctique et sur les droits qu'il prétend avoir h sa découverte. Il en réclame même le soupçon et la conjecture. < Qui donc, demande-t-il, qui € donc, avant 18iO, en Amérique ou en Europe, avait eu la

< moindre idée qu'une grande étendue de terre existait au sud

< de la Nouvelle-Hollande? Et qui en doute aujourd'hui, soit « qu'on la suppose être une chaîne d'Iles ou un vaste coatiaent? « Examinez toutes les cartes publiées jusqu'à, cette époque, ; « trouvcrez-vous le moindre indice d'une terre ainsi placée? Non, c sans doute, et par une raison péremptoire. On n'en connaît c point, et l'on ne soupçonnait pas même qu'il en exist&t. »

Si l'on ne devait pas voir dans ce passage l'effet d'une préoccupation d'esprit, il faudrait croire que les conceptions eun>péennes se propagent bien tard en Amérique. L'existence d'un continent austral est une des plus vieilles idées.de la géografthie spéculative; on le supposait nécessaire pour faire contre-poids aux terres arctiques. La terra australis incognita est marquée il ce titre dans les cartes de Mercator, comme s'étendant sur tout le contour du globe, au sud des continents déjà connus. Lorsque Kerguelen, en i^^2, eut découvert la terre qui porte son nom, il présenta cette idée comme ayant fourni le motif de son voya^ dans les mers australes. « Ces mers, dit-il, embrassant une élen- « due de plus de 1 ,S00 lieues en diamètre, les géographes et les « savants étaient persuadés qu'il existait un continent'. > tTanrailr^n pas ta relation de Kerguelen dans la bibliothèque du

* BtlatloH dt deux wyagei, dant Ut tner» Àmtralt* «I de» Ittdet, par TL de Kerguelen, p. l, iii^S". Puis, 11BS.

i:,C00gIC

Nautical office de Washington T Alors, voici une autre autorité. Daos l'introduction au deuxième voyage de Cook, introduction écrite par lui-même, ce grand navigateur s'exprime comme il suit : < Les puissances et les savants de l'Europe cherchent depuis « longtemps kdécouvrir si la portion de l'hémisphère austral qu'on > n'a point encore explorée n'est qu'une immense plage d'eau, * ou si elle renferme un autre continent, comme la géographie € spéculative semble l'indiquer. En ordonnant le vojage dont |on € publie ici la relation. Sa Majesté a eu pour premier objet de c fixer l'opinion sur une matière aussi curieuse et aussi impor- « tante. > Sans nul doute, M. Wilkes trouvera b Washington l'ouvrage de Cook; il pourra vérifier la citation.

Les difficultés personnelles dans lesquelles cet officier habile et courageux s'est trouvé enveloppé, à la suite de son expédition, expliquent très-naturellement les prétentions trop étendues qu'il s'est cru obligé de soutenir. Les exigences de ses compatriotes ne lui laissaient pas la liberté d'être juste dans ses appréciations. L'honneur réel, et incontesté, que son voyage a fait à la marine américaine ne suffisait pas k la vanité populaire. La foule ignorante veut l'impossible. Elle ne se contente pas à moindre prix. Hais il sera dédommagé de ces amertumes par les éloges sincères de ceux-là même qui, en Europe, ont dû combattre quel-, ques-unes de ses assertions. Dans un dernier article, j'extrairai de son ouvrage plusieurs faits importants de physique générale, et divers détails curieux sur les rapides transformatious de mœurs que la fréquentation des Européens a opérées de nos jours chez -des peuples naguère sauvages. Hais je commencera par com> pléter ies notions que j'ai données précédemment sur les glaces polaires, en tirant, du dernier voyage de sir James Ross dans la mer australe, des observations d'une parfaite justesse sur les causes, physiques et mécaniques dont l'influence annuelle parait devoir être la plus efficace pour les rompre et ies disperser.

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J3i MiLlNeSB BCIBNTIF1QQB8 ET LITt£râIKK8.

J'avEua l'iDlentioQ de commencer cet article par l'exposé dn vues que sir James Ross a émises sur les causes physiques et mécaniques dont l'influence peut déterminer occasionnellraiient la dislocaUoQ des barrières et des montagnes de glace, si abondantes dans les mers australes, & de hautes latitudes. Mais, après avoir relu, avec toute l'attention dont je suis capable, les relations des navigateurs qui ont observé et étudié les glaces polaires sons les conditions les plus diverses de formation, de développemeol et de durée; Scoresby, Parry, John Ross dans les mers du Dord; d'Urville, Wilkes, James Ross dans les mers du sud, j'en suis venu II douter que l'on pût assujettir aujourd'hui cet ensemble de fûts h une théorie générale : tant on y voit concourir de causes physiques, mécaniques,- et météorologiques, dont le mode d'action est incomplètement appréciable, ou entièrement ignoré. Mon doute s'est accru, lorsque j'aj essayé d'appliquer h. ce sujet les études nombreuses et persévérantes qui ont élé faites depuis «■ derniers temps, sur les glaciers fixes des Alpes. Car, si l'on vent seulement lire le résumé fidèle que H. le vicomte d'Archiac en t présenté, au tome l" de son histoire do la géologie, on verra que le problème de leur accroissement et de leur destruction progressive est loin d'être résolu, quoiqu'il soit constamment à notre portée, et sous nos yeux. Toutefois, comme cela est assez ordinaire, en ne trouvant pas ce que je cherchùs, j'ai rencontré quelque chose de mieux, que je ne cherchais point. Cest une nombreuse série d'expériences, faites par sir James Ross dans son dernier voyage, sur les températures de la mer h des latitudes diverses, et dans ses plus grandes profondeurs. Or la distribution de ces tempéra-

MÉLANGES 8CIENTIFI0VSS ET LITTÉAAfRES. 435

tares est un des phëDomènes de physique générale qu'il nous importe le plus de consatlre; car il intervient comme élément mé- . canique dans l'équilibre et le mouvement des mers, par conséquent aussi dans les conditions d'exislenca durable ou passagère deâ glaces qui peuvent se former & leur surface. U'attachant donc à cette question encore peu étudiée, je me suis proposé de rassembler ici les données, tant connues qu'inconnues, qui y concourent, et de montrer les conséquences assurées ou incerlaines qu'on en peut déduire. C'est ce bilan de notre savoir et de notre ignorance que je vais présenter h nos lecteurs. Si l'euposé que j'en donnerai nous montre moins riches qu'on ne le croit cornmunément, il aura du moins l'utilité défaire voir, dans tout leur jour, les difficultés que présentent les problèmes météorologiques; difficultés que ne soupçonnent pas les gens du monde, et qui sembleraient même n'être pas assez généralement senties par les savants de nos jours, si l'on ne devait plutât croire qu'ils craindraient d'en trop embarrasser leurs spéculations.

La masse d'eau salée qui recouvre une grande portion du sphéroïde terrestre, n'est pas dans un état statique Gxe et stable. Elle est au contraire perpétuellement agitée à sa surface, et dans toute sa profondeur, par des causes physiques, extérieurement agissantes, qui remuent et mêlent incessamment toutes ses parties. Si la terre, tournant sur son axe propre, existait seule dans l'espace, les fluides répandus sur son noyau sblide seraient uniquement sollicités par sa force attractive totale, combinée avec la force cenirifugô. que le mouvement de rotation engendre. La mer et l'atmosphère prendraient alors un état d'équilibre intérieur et extérieur qui serait permanent, comme le sont ces forces ellesmêmes. Mais les attractions du soleil et de la lune exerçant aussi leur puissance sur chaque élément matériel des deux enveloppes fluides, suivant des directions et des proportions d'intensité qui varient sans cesse, elles les entretiennent dans un mouvement d'oscillation continuel. Pour concevoir clairement ce grand ré

sultat, simplifiûDs le problème mécanique, ea lui donnant un . énoncé abstrait, qui n'en comprenne que les conditions le plus générales. Supposons la terre sphérique, entièremeot recouverte d'une couche liquide homogène, et plaçons-la d'abord dms l'espace seule, immobile, sans mouvement de rotation. Le liquide, sollicité par une pesanteur égale suivant tous les rayons do nojan solide, se mettra en équilibre stable autour de son centre; et, quand ses réactions statiques se seront calmées, il formera une mer sphérique, partout également profonde. Fmsons maintenant intervenir la présence du soleil, que nous supposerODs parnllement fixe dans le plan de l'équateur terrestre, en le dépooillaot par la pensée de son pouvoir calorifique, et ne considérant que sa force attractive. Elle agira inégalement sur la masse du Dojaii solide et sur le liquide qui t'environne, non pas en raison de leur diverse nature, mais à cause de leur inégale distance du corps attirant; et, selon que la différence des deux actions se composera avec la pesanteur terrestre dans un sens contraire ou favorable, elle affaiblira le poids relatif des pvUcules liquides on elle l'accroîtra. Leur équilibre précédent sera donc troublé. Hais, après une agitation plus ou moins prolongée, il s'établira un nouvel état pareillement stable, dans lequel, pour égaliser le poids de toutes les colonnes fluides distribuées sur la surface du noyau, la couche liquide devra prendre la forme d'un ellipsoïde de révolution, allongé vers l'astre, et ayant ses pAles d'aplatissement h 90° de cette direction. Ceci convenu, restituons à la masse totale du solide central et du liquide son mouvement propre de rotation vers l'est. Alors l'ellipsoïde aqueux entraîné dans cette direction se déformera, s'affaissera; et le liquide continaani de faire effort pour se reporter constamment sur la direction de l'astre qui le soulève, sa protubérance instantanée aura un mouvement rela^f vers l'ouest, en sens contraire du mouvement de rotation. Hais, ne partant plus d'un état d'équilibre fixe, sa configuration actuelle dépendra à chaque instant des forces actives

qui le sollîcileat et des réactions réaullantes de son état passé. L'attraction de la lune sur la couche liquide y produira des changements de configuration analogues, qui marcheront pareillement de l'est vers l'ouest, avec une vitesse relative correspondante à son mouvement propre de circulation autour de la terre. Cette seconde cause d'élévation et de dépression de la masse aqueuse conspirera avec celle qui émane du soleil quand la lune sera dans les syzygies, et lui sera contraire quand la lune sera dans les quadratures; de sorte qu'en mesurant les effets absolus qui s'observent sous ces aspects relatifs des deux astres, on conoattra la somme et la différence de leurs actions attractives aux distances où ils sont placés; d'où l'on pourra conclure les intensités de ces actions mêmes, ou tout au moins leur rapport. ËnBn, lorsque le soleil ou la lune s'écarteront du plan de l'équateur-où nous les avions placés, les effets produits par chacun de ces astres varieront avec la direction des forces qu'ils exercent; de sorte que ces écarts introduiront dans les résultats ahsolus des modifications qui en seront dépendantes.

Tels sont les mouvements que les attractions du soleil et de la lune imprimeraient à une mer libre couvrant toute la masse solide de la terre, supposée sphérique. Dans ces hypothèses abstraites, la théorie précédente est indubitable, et tous ses détails peuvent se calculer numériquement. Mais la distribution inégale des eaux sur notre globe, rend le problème mécanique de leurs mouvements bien autrement complexe. La masse liquide, au lieu d'être continue et libre, est irrégulièrement interrompue et gênée par Vinterpositton des lies et des continents. Au lieu d'être partout également profonde, elle repose sur une surface sillonnée de montagnes et d'abtmes, qui se relève par une pente, tanWt brusque, tantAt insensible, proche des terres exhaussées, où elle s'arrête. Alors les communications n'étant plus libres, les particules liquides ne pourront plus obéir immédiatement, et avec régularité, aux forces attractives qui les sollicitent. Dans les espaces

438 utlANGES SCIENTIFIQDES tT LITTÊRAlItES.

OÙ elles seront trop resserrées, elles n'afflueront plus assez abondamment, ni assez vite, pour réaliser complètement les protubérances locales que chacun des astres sollicite à un instant donné. Dans des espaces plus vastes, les ondes inCérieures et extérieures engendrées par leur transport se irouveront capricieusement resserrées ou étendues, accélérées ou ralenties, dans les cavités et les anfractuosités du fond qui les supporte. Elles se briseronl violemment contre les rivages qui les arrêtent, et y formeront des ondes réQéchles qui, propagées vers d'autres bords, viendront 7 fortifier ou afTaiblir les ondes directes produites par ratiraclion. Avec cette complication de données naturelles, si nombreuses, et qui nous sont même en grande partie cachées, le problème mécanique des mouvements réguliers de la mer ne nous est plus accessible par un calcul direct; et cet aveu ne surprendra point, si j'ajoute que, dans l'élat de nos connaissances sur les mouvements des fluides, nous ne savons pas seulement calculer ta formation, non plus que la marche, des ondes qui se produisent ea avant, ou sur les flancs, ou dans le sillage, d'un navire en moaT^ ment sur un lac. Le phénomène du Hus ou du reflux des mers ne nous est donc réellement abordable que par un empirisme expérimenta], qui se fonde sur la connaissance de sa cause physique et sur lo caractère de périodicité auquel il est nécessairement astreint. En partant de ces deux principes, on adapte les conditions générales de périodicité aux résultais absolus qui s'observent dans chaque localité particulière ; et l'on parvient ainsi k prédire, avec une parfaite certitude, toutes les circonstances régulières des marées qui doivent s'y produire, dans chaque posilion donnée des astres attirants. Personne n'a suivi aussi profondément, et développé avec autant d'habileté que Laplace, cette belle et utile application du calcul.

L'atmosphère qui enveloppe la terre éprouve, sous l'influence attractive du soleil et de la lune, des oscillations périodiques aaa' logues il celles de la mer. Mais son peu de masse les rend extrè-

MËLANOES SCIENTIFIQUES E.T LITTÉRAIRES. 439

mement faibles, et elles se perdent jusqu'à devenir inappréciables parmi les agitalions bien aatremeot nombreuses, variables, et presque désordonnôes, qui se produisent presque continuellement dans cette masse gazeuse, par une autre cause physique dont l'effet sur elle est bien plus puissant.

Cette cause est l'action caloriQque du soleil. En considérant d'abord notre globe dans son ensemble, les portions de sa surface qai sont comprises entre les tropiques reçoivent les rayons solaires presque verticalement durant toute l'année, avec de courtes intermitlences périodiquement réitérées de jour et de nuit. Dans les régions voisines des pôles, au contraire, les rayons soltUres n'arrivent jamais que sous des incidences trës-obliques, et leurpou- Toir calorifique, afTaibH parcelle circonstance, s'exerce par des alternatives de jour et de nuit qui durent plusieurs mois. De là résulte annuellement un afQux de chaleur, qui agit sur la totalité du globe avec une énergie décroissante de l'équateur aux pâles, Hais la loi propre de ce décroissement n'est pas la seule règle de ses effets. L'impression produite sur chaque portion de la surface est diverse selon la nature des matières qui en sont affectées. I^es terres découvertes absorbent immédiatement une forte partie de la chaleur incidente. Elles s'en imprègnent, et s'en réchauffent jusqu'à une petite profondeur, d'où elle ne peut que lentement se dégager. La mer, au contraire, se laisse pénétrer profondément par les radiations calorifiques ; et leur extinction progressive s'y opérant avec beaucoup moins de rapidité que dans les masses opaques, l'inégalité du réchauffement s'y répartit dans une couche beaucoup plus épaisse. Ces effets généraux sont d'ailleurs incessamment modifiés dans leurs détails par le contact mutuel des eaux et des terres, par la profondeur locale de la mer, par les courants constants ou variables qui s'y établissent, et enfin par l'impression de l'atmosphère sur sa surface, et par le rayonnement de celle-ci vers l'espace céleste, tontes causes trop complexes pour que leurs résultats puissent être théoriquement prévus. Toutefois,

en rassemblant les observations des navigateurs, aujourd'hui à nombreuses, on y découvre encore quelques lois d'ensemble; et, comme personne, je crois, ne les a cherchées avec plus de patience, ni établies avec plus de vérité que le capitaine Duperrey. je m'appuierai principalement sur ses investigations. Dans les régions équatoriales, la température de la mer, à sa surface, observée en un grand nombre de points du contour du globe, loin des cdtes, est, en moyenne, d'environ 26» centésimaux ; et elle n'éprouve que de très-petites variaUons. Celle de l'air, près de celle surface, est à peine différente, habituellement nu peu plus froide. A l'intéfieur, sous cette môme zone, la température de la mer baisse généralement à mesure qu'on s'éloigne de la surface. Pour la mesurer, on descend ordinairement h diverses profondeurs, des thermomètres renfermant des index mobiles, dont la poûtion Ûnale marque le maximum de contraction ou de dilatation qu'a subi la masse liquide contenue dans leur réservoir, laquelle est ordinairement de l'alcool. La température correspondante se conclut, ou doit se conclure, de comparaisons préalablement établies entre les indications du thermomètre à mercure ordinaire et celles du thermomètre à index, non-seulement aux termes extrêmes de sa course totale, mais encore daus un grand nombre de points intermédiaires, pour connaître les inégalités de sa marche et les corriger. Dans l'applicalion, ces instruments doivent être protégés contre la pression extérieure par des enveloppes solides trës-rôsistaates ; de sorte qu'il faut les maintenir dans U inéme couche aqueuse pendant tout le temps qu'on a reconnu nécessaire pour qu'ils puissent partager complètement sa température. Ces expériences sont très-difficiles il faire h la mer, surtout quand on veut atteindre de grandes profondeurs. Si le navire marche, l'inclinaison de la ligne de sonde rend la déterminalios de la hauteur verticale très-incertaine, et peut entraîner l'instrument hors de son aplomb. Même en calme, les manœuvres de la descente et de la montée, qui durent parfois des heures , exigeai

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MÉLANGES BCIENTIPIQUES ET LITTÉHAIRES. ^i^

des précautions continuelles pour éviter les secousses qui feraient marcher les index. Les accidents qui peuveat résulter de ces diverses causes inQuent gravement sur les conséquences que l'on tire des indications ainsi obtenues ; et les craintes qu'ils doivent toujours inspirer Atent toute certitude, quand les données du raisonnement tombent ^dans les limites des erreurs qu'ils peuvent produire. Je prends comme exemple les résultats qui ont élé recueillis dans le voyage de circumnavigation exécuté durant les années 1837i 1838, 4839, parla frégate française la Vénus. Les .sondages ont élé faits avec tous les soins imaginables par un de nos habiles hydrographes, M. de Tessan. Les températures sousmarines étaient mesurées par des thermomètres k index, de Bunten. Dans l'Atlantique, sous l'équateur, deux expériences faites le même jour, avec une trës-pelite discordance, ont donné en moyenne 3° ,75 de la graduation centésimale, à une profondeur Terticale d'environ 1000 brasses, la brasse étant de 5 pieds ancienne mesure. La profondeur est calculée d'après la longueur totale de la corde filée qui était de 1200 brasses, combinée arec son inclinaison observée. La température de la mer i. sa surface était alors 27", conséquemment bien plus basse dans les couches profondes. Des expériences pareilles furent faites dans l'océan Pacifique avec le même genre d'instrument. Sous l'équateur, il indiqua une fois 3° h une profondeur estimée 430 brasses, la longueur de la corde filée étant de 1100. Une autre fois, à la profondeur de 2300 brasses, la corde étant presque verticale il indiqua seulement 1°,7, et revint avec son étui écrasé. La température de la surface de la mer était 27°, comme précédemment. Pour tirer de ces nombres des conséquences absolues, il faudrait connaître leurs, hmites d'erreur; on ne peut que les conjecturer. Si on les considère seulement dans leur ensemble, en admettant que leurs erreurs ne peuvent être que trôspetites, ce qui devra paraître encore assez hasardeux, ils indiqueraient que les couches profondes de la mer, ont, sous l'équateur

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Wi HÉLANOES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.

même, une température presque glaciale. De là on a cru pouroïr inférer que le fond de la mer est occupé par une couche d'eau froide descendue des pOles, et qui se renouvelle sans cesse. Mais, maintenant, voici des expériences du même genre, consignées par sir James Ross dans son dernier voyage, qui conduisent h de tout autres conclusions. Elles sont nombreuses, et toutes fûtes en calme, aux latitudes les plus diverses, à des profondeurs qui s'étendent verticalement depuis 600 brasses jusqu'à 18ltO. nQsieurs thermomètres k index étaient attachés sur la même ligne de sonde, ii des intervalles connus de distance. Ils avaient été fabriqués en Angleterre, pour ce servie© spécial, sur la demande de sir James, de manière 6. pouvoir résister aux fortes pressions qu'ils devaient subir, et sans doute aussi avec toutes les conditions d'exactitude qu'exigeait une destination si importante*. Toutefois ce dernier point ne peut que se présumer. Car la relation imprimée ne donne aucun détail sur la nature de ces inslniments, non plus que sur les épreuves préalables qu'ils auraient subies. On les emplop fréquemmeot durant le voyage. Or jamais, dans aucun cas, aux plus grandes profondeurs, la températum qu'ils ont indiquée n'a été au-dessous de 39'',5 Fahrenheit ou *',n de l'échelle centésimale. Môme, & 66° 3i' de latitude sud, les navires se trouvant enfermés dans un champ de glaces sans bornes visibles, elle atteignait encore ce terme k la profondeur de 1030 brasses, se montrant progressivement croissante depuis la surface de la mer, où elle se trouvait alors à — «",2 •. Cette expérience fut faite le 3 janvier 1S42, onze ou douze jours aprte le solstice d'été de ces régions. Comment concilier ce résultat avec les températures bien plus basses, obtenues par la Yén«i sous l'équateur, à des profondeurs moindrcsT Comment aussi

■ ■ A voyage of dtKOvery and rtitarch, in the Soulhem and aretic ngitia, m during ll\t ijears 1830-18^3, bg captain tir James CIta-cke Bott, 1. 11, p. S3. • * A voyage, etc., t. U, p. 150.

M&LANQBS BGIBNTIPIOUSS ET LITTâHAlRES. 443

l'accorder avec les expériences de Scoreaby, de Parry, surtout de HM. Bravais et Martins, dans la mer Glaciale? Car ces derniers, qui ont opSré aussi au cœur de l'été, étant le 20 juillet 1839 par 73" 36' de latitude nord, entre la Laponle et le Spitzberg, loin des cdtes, sar une mer exempte de glaces, ont 'trouvé, au contraire, la température progressivement décroissante, depuis la surface où elle était 5°,7, comme dans l'air ambiaot, jusqu'à 537 brasses de profoodeur où elle était 0°,10. Pourtant, ils ont employé, dans cette expérience, quatre thermomètres k déversement de M. Waïïerdin, 'soigneusement réglés, dont les indications se sont accordées merveilleusement. Celles de deux thermomètres à index de Buntea qu'ils y avaient adjoints, en différaient & peine. D'autres expériences ont été faites avec les mêmes instruments nn peu au nord et h l'ouest de cette première position, conséquemment h plus de distance encore des cotes, la mer étant toujours sans glaces. Elles ont donné des résultats du même ordre : une première fois, à 403 brasses de profondeur 0°,0i3, une seconde, tiiSO brasses 0*>,4'2. La température de la surface était, dans ces deux cas B'',4. Il n'y a rien ik qui Indique un acheminement ultérieur vers le terme final, si élevé, *",(7. Que dire en voyant des dissemblances pareilles, sinon qu'il est mille fois regrettable que les instruments des dittérenis observateurs n'aient pas été préalablement comparés, et rapportés à un même étalon T En effet, remarquez l'excessive diversité des conséquences. L'ensemble des expériences de sir James Ross se résume comme il suit * : La mer qui recouvre notre globe se partage en trois grands bassins thermiques, deux polaires, le troisième équatorial. Le fond est occupé par une couche fluide, d'épaisseur inconnue, mus inégale, ayant une température uniforme de 4°17, i peu près celle du maximum de densité de l'eau pure. La co'incidence peut sembler étrange, d'autant que, dans nos laboratoires,

» /Wrf,, p. 375.

iii HÉLANQES SCIENTIFIQUES ET LITTÊKAIRES.

le maximum de densité de l'eau de mer se trouve h une température beaucoup plus basse, vers — 3". Toutefois, le fait annoncé ne doit pas être rejeté d priori, parce qu'on ignore si le résultat que nous observons serait pareil, sous de grandes pressons. D'après le même résumé, sur le contour de l'équalenr terrestre, et dans les régions intertropicales, où l'action caloriâque du soleil est la plus puissante, les couches supérieures de la .mer en sont pénétrées et réchauffées ; de sorte que la température constante, i°,17, n'y existe qu'& la profondeur de 1,200 brasses*. A mesure qu'on s'écarte de l'équateur, l'actioa extérieure du soleil devenant moindre, la couche de température constante se rapproche de la surface; et, par K' de latitude, on la rencontre k 600 brasses de profondeur*. Vers 56»,H de latitude sud, elle se montre k la surface même. A cette distance de l'équateur, il existe, sur tout le contour du globe, une zone circulaire où la température de la mer, k toute profondeur, est uniforme et constamment égale il 4°,17. Sir James a traversé celte zone, en différentes saisons, en six points différents, répartis sur la circonférence à de grands intervalles. Elle lui a toujours offert ce même phénomène de constance, qui s'annonçait progressivement à ses approches. En s' éloignant de cette limite, vers le pâle, la couche de température constante s'est de nouveau al>aissée; et, vers 70° de latitude sud, il l'a rencontrée à la profondeor de 750 brasses. Ainsi, conclut-il, cette ceinture circulaire du globe, où la température de la mer est constante dans toute son épaisseur, consUtue, pour chaque, hémisphère, une sorte de bamëre ou de terrain neutre, entre les deux grands bassins thermiques de l'Océan. De tout cela il infère, comme conséquence générale, que le nombre constant 1°,< 7 représente la temp^ture mojenne

> A voyage, t(e., p. 3Bi : Soudage Tait dSDs l'Atluitiqae, Jusqu'fc la pro- Tondeur de 1850 bruses, par 13* SB' de lalitode nord et 37* S9' ouest de P*rti.

> md., p. I7S.

UÊLÀNGES SCIENTIFIQUES ET LITTÊnAIHES. H^

actuelle de la masse des mers, laquelle est seulement modifiée à l'extérieur par l'opposiUoQ locale qui s'établit entre l'afQux de chaleur Tenant du soleil et la déperdition résultante du rayonnemeot vers l'espace, sans que la chaleur interne du noyau solide de la terre ait maintenaut aucune Influence pour l'entretenir ou la changer. Cette dernière proposition, tout étrange qu'elle puisse paraltre-au premier aperçu, n'a rien que de très-conforme aux notions théoriques. Car, même en attribuant au noyau terrestre une chaleur propre très-élecée, la température de sa surface externe a dû se refroidir par communication et par rayonnement au fond des mers, ainsi que dans les parties découvertes; de sorte que la transmission actuelle de chaleur, du dedans au dehors, doit y ëlre partout aussi peu sensible qu'elle l'est & la surface de nos contioents. Voilà l'énoncé général auquel sir James Ross est arrivé. C'est la construction pure et simple des nombres que l'expérience lui a fournis. Mais il repose tout entier sur l'exactitude de ses instruments, que nous n'avons aucun moyen d'apprécier. Pour lui, l'uniformité de température du fond de la mer est un lait; la fixation de la constante i",!? pouvant seule offrir quelque incertitude dans les dixièmes de degré. Ses observations lui inspirent si peu de doute, qu'il appelle instamment l'intérêt des navigateurs, non pas sur la vérification de ce point capital de physique terrestre, mais seulement sur sa détermination encore plus précise. J'ose croire que la vérification ne serait pas de trop. Car, entre ses résultats et ceux que d'autres observateurs habiles ont obtenus, entre son système et celui que les expériences antérieures paraissaient établir, il y a une incompatibilité complète. L'unique moyen de dissiper cette opposition, moyen qu'un sentiment profond de l'intérêt des sciences peut seul me donner la hardiesse d'exprimer, ce serait que ces expériences si étendues, si pénibles, si coûteuses, pussent être répétées, ne fût-ce qu'une fois, après avoir pris les précautions qui doivent les rendre certaines, et que l'on omet presque toujours

U6 HÉLANGE8 SCIENTIFIQUES ET LITTÉHAIRK8.

dans des cas pareils. Il faudrait que les instruments qu'os j emploie eussent été préalablement étudiés, dans des con^lioDt artificielles de pressioD, de mouvement, et de températurê, uulogues à celles où ils doivent servir; qu'on eût délenniné expéiimentalement leurs amplitudes d'erreurs don$ cet cireonttanca; qu'on eût soigneusement réglé leur mvche, comparé leurs indications, et qu'on les eût même essayés encore à la mer avant le départ définitif : c'est dire assez que la questioD leslera lon^ temps indécise'.

A travers les incertitudes de ces déterminations, nous ponvODs . encore découvrir plusieurs conséquences importantes. Lorsqu'ooe masse fluide incompressible a pris un état d'équilibre stable, ob toutes ses parties sont en repos relatif, une conditioD malhéoutique d'un tel état, c'est que la surface externe de la masse toit partout normale à la résultante des forces qui sollicileot ses divers points, alin que les molécules fluides situées en ces points ne glissent pas le long de la surface. Tout l'intérieur de la maite peut également se concevoir subdivisé en une inflnité de couches, dont la configuration soit telle que leurs surfaces externes soiotf, de même, partout normales à la résult^te locale qui sollidie leurs particules. Ces délimitations géométriques s'appellent des surfaces de niveau ; et ainsi ia surface externe est comprise dans leur déllnitiôn commune. Or, quand le fluide considéré est hélé' rogëne, on démOntre qu'il ne peut être en équilibre, à moins que sa densité ne soit constante sur chacune- des surfaces de oiveui. Cette constance n'a pas lieu k la surface des mers, puisque l'iné-

* Les instruments emptofës par M. Hnrtlns dans Ik mer GUi:lftIe, a**jm élé soumit par lui, ivee le concours de H. Walferdio, à toutes lei âpreani prâalabJcs que Je viens d'indiquer. Les Ihcnnofflètres & déTersemeat éi»i«iit enveloppés d'un fourrenu de verre soudé ft ta lampe, dsns lequel l'air intfriear avait été amené à un haut d^ré de raréfkctlon. Ih élaienC aiaai eomplél^MDl préservés contre la pression extérieure, et l'introdaclion de l'eau environnuie. Voyez le voyage de la corvette la Reclterehf en Scandinavie, en Laponie et au Spluberg. GiitfrapMe phgtlque, t. II, p. SW,

HÉLANGBS SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIREB. ii7

galité de sa température aux diverses latitudes donne des densités inégales aux molécules qui la composent. D'après ce seul fait, la masse des mers ne peut pas être dans un étal de repos.

L'inégale distribution des températures intérieures conduit & la même conséquence. Considérez, dans les hautes latitudes, un point de la surface de la mer où la température soit 0°; puis cherchez dans l'intérieur de la masse tous les points qui sont à cette même température, et construisez une surface géométrique qui les contienne tous. Ce sera une surface d'égale densité ; et, pour que l'équilibre existe, il faudra qu'elle se trouve être aussi une surface de niveau partout normale à la résultante des forces qui sollicitent ses particules. Cette dernière condition n'aura certainement pas Heu dans la masse des mers, puisque la surface supposée devra descendre vers l'équaleur suivant une pente rapide, évidemment très-oblique aux forces agissantes, dont la principale est la gravité. Ainsi, par celte considération encore, les eaux des mers ne peuvent pas exister h l'état de repos relatif.

n faut donc qu'elles soient en mouvement; et, puisque l'inégale distribution des températures qui s'oppose fa leur équilibre ■provient d'une cause permanente, qui l'entrelient sans cesse à mesure que les déplacements du liquide tendent à la détruire, il faut que ces déplacements soient perpétuels, comme aussi toujours de même sens, sauf les variations périodiques qui peuvent dépendre des déclinaisons du soleil. De là résulteront, dans la masse fluide, des courants constants, profonds, qui tendront sans cesse à mélanger toutes ses parties, pour les rapprocher de l'état d'équilibre final, où elles ne se fixeront jamais. Voilà le terme de notre science. Elle nous démoatre avec certitude que de tels courants doivent exister. Quant à prévoir leurs directions, leurs vitesses, et leur puissance, cela est fort au-dessus de nos calculs.

Ces indications mathématiques sont confirmées par l'expérience. Elle montre, qu'indépendamment des mouvements accidentels causés par les vents, la surface des mers est sillonnée par

i48 IIÊLANGE9 SCIENTIFIQUES BT LITTÉRAIBES.

des courants généraux, ayant des directions locales constanles, lesquels, par leur action perpétuellement enirelenue, transportent les eaux froides des régions polaires vers les régions éqniloriales, puis les amènent dans les hautes latitudes de dénomination contraire après qu'elles se sont réchauffées ; ce qui élaUh dans toute la masse fluide un continuel mélange, et y modiK l'inégalité des températures, qui résalt^ait de l'inégalilé de impressions calorifiques immédiatement reçues par ses diverses parties. L'existence de ces courants, leur étendue, leurs direobons générales, leurs inflexions, les subdivisions qu'ils épronrent aux approches des cAles, les remous et les calmes qui résultent des oppositions de leurs branches, ont été soigneuscmeot étudiés par les navigateurs, qui ont un intérêt extrême à profiter de ces circonstances ou à les éviter, selon qu'ils les trouT^t favorables ou contraires au but de leur voyage. Ils les déterminent par différence, en comparant la mardie apparente da b&timent, conclue de l'estime, avec la marche absolue astronomiquement mesurée. En 1831, le capilaine Duperrey fitpandlre une carte des courants de l'océao Pacifique, qu'il avait construite sur les résultats obtenus ainsi par ses prédécesseurs et par luimême. Il s'est occupé depuis de compléter ce travail, qu'il i étendu à toute la superficie des mers ; et il en a déduit une nouvelle carte où l'ensemble du phénomène s'aperçoit beaucoup [dus manifestement. Quoiqu'elle ne soit pas encore publique, il a bien voulu me la communiquer, et me permettre d'en extraire les faits dont j'aurais besoin. On y voit tout d'abord que les courants polaires les plus puissants viennent des régions australes, dans lesquelles on a récemment découvert de grandes masses de tore enveloppées de glaces éternelles ; soit qu'en effet ils tirent leur force de celle origine, soit que l'étendue de mer libre dans laquelle ils se déversent leur permette de se propager plus aisément et plus loin que ceux qui parlent du pflle boréal. Deux surtout, remarquables par leur puissance, parcourent comme deux im-

HÉLANtiES'SCIBNTIFIOUeS ET LITTÈBAlhBS. (49 .

menses fleuves, toutes les régions de l'un ou de l'autre océan'. Le premier, propre à l'océan PaciQque, semble partir de cette longue bande de terres antarctiques découvertes en 1811 par str James Ross, et de la grande barrière glacée qui s'étend de là vers le pAle, peut-être jusqu'au pôle même. A son entrée dans l'océan Pacifique, ce courant marche au nord ; mais en avant de la Nouvelle-Zélande il se dévie vers l'est et va frapper la câte occidentale de la Patagonie. Cet obstacle le fait se partager en deux branches inégales : la plus faible redescend vers le sud et tourne le cap Horn ; la principale remonte au nord, en suivant les câtes du Chili et du Pérou, dont elle rafralcliit la température. Mais lorsqu'elle atteint l'équateur, sa marche ultérieure vers le nord est barrée par la langue de terre oblique au méridien qui joint les deux Amériques. A sa rencontre, le courant se détourne vers l'ouest, puis continue à se mouvoir presque sans obstacle sur cette direction, jusqu'à ce qu'i] se trouve de nouveau arrêté par VOcéanie, l'archipel de l'Inde et le continent d'Asie. Arrivé là, il se subdivise, en suivant les inllcxions des terres qu'il rencontre. Une branche, côtoyant l'orient de l'Océanie, se dirige au sud; une autre s'engage et se perd dans l'archipel Indien ; une troisième, réfléchie par la cAte orientale de- la Chine, remonte au nord. Mais celle-ci trouve bientôt devant elle, l'archipel du Japon, la presqu'île du Kamtcliatka et le prolongement oriental de la Sibérie. Elle est, en outre, repoussée vers l'équateur par un courant polaire qui débouche du détroit de Behring. Sous l'influence combinée de ces diverses causes, elle se replie vers l'est; et, traversant de nouveau l'espace libre qui s'ouvre à elle dans celte direction, elle Ta se porter sur la cûte occidentale de l'Amérique du nord, à la hauteur de l'Orégon. Aux approches de cette côte, oblique à son cours, elle s'infléchit vers le sud, vient longer la

■ Poursuirrc lesdéiaiUde cette exposition ilseriiit utile d'avoir souâlesjcui une mappemonde; ou mieMx encore une carte ptate des deux hémUphtrcs, coDslniite dans le Eystùme de Hercator.

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450 UiLANGES SCIENTIFIQUES ST LITTEKAIHES.

ÇaliforDie; et, rentrant alors dans le grand courant équinoxial. elle reprend avec lui sa roule vers l'ouest. Par ce q;iouT«iieDt de circulation continuel, les eaux froides venues du pAle austral dans l'océan Pacifique vont se réchauffer sous l'équateur et modérer ensuite le froid des cotes septentrionales qu'elles baignent Ainsi la branche du courant équinoxial qui remonte vers le KamtchaLka, fait que la mer ne gèle jamais autour de la pointe méridionale de celte péninsule. Dans ce dernier parcours, û distant de son origine, elle a parfois, k l'aide des vents, entraîné jusqu'à la cdte d'Amérique des jonques japonaises qui s'y étaient engagées. H. Wilkes en cite un curieux exemple. Dans l'année 1833, les agents de la compagnie d'Hudson, aux enviroDs du détroit de Fuca, reçurent par voie d'exprès, un deseln sur papier de Chine représentant trois personnes naufragées, une jonque échouée sur les rocs, et des Indiens occupés au pillage. Ils al)èrent aussitftt à la recherche, et trouvèrent en effet la jonque, aûisi que trois malheureux Japonais qu'ils parvinrent à sauver de l'esclavage. On les expédia en Angleterre, et de là eu Chine ; mais ils ne purent jamais rentrer au Japon.

Des mouvements tous pareils à ceux que nous venons de décrire s'observent dans l'Atlantique. Le grand fleuve polaire qui les produit, entre dans cette mer en longeant la côte orientale des terres antarctiques situées au sud-est du continent américain, et traversant ainsi les barrières de glace qui les enveloppent. A celte origine, il marche vers le nord. Mais l'opposition de l'Amérique, et l'aiTlux de l'autre courant austral qui a tourné le cap Honi, l'infléchissent vers l'est, ce qui le porte sur la pointe austr^e du continent africain. Là, il se partage'. Une portion, continuant

* La BdpoTktian oe s'opère pas précitâment h cette pointe, miis «n peu phu tùt, par l'inlcrpositiou d'un autre courant venant de l'Océan indien, et qui rase de plus prës la terre d'Arrique, Cela sera expliqué plus loin, dans une noie complémeQlairo. Ici l'insertion de ce détail aurait trop interrompu l'eiposii des pbéaomËnes gânéntui, et Je n'ai pas jugé convenable de l'y introduire. J. B.

HÊLANGK8 gCIBNTIPIQVES RT LITTÉHAiaES. |31

de marcher vers l'est, tourne le cap de Sonue-Espérance, et entre dans la mer des Indes. L'autre branche, remontant au nord, longe la cAte orientale de l'Afrique jusqu'au golfe de Guinée, qui la dévie vers l'ouest, et la dirige, h travers l'Atlantique, sur les cdies de l'Amérique méridionale. Aux approches de ce continent, k Brésil s'offre h elle comme un coin, qui la divise encore. Une Eùble portion redescend au sud ; mais la masse principale continue sa FDUte, et va s'engouffrer dans le golte du Mexique. De là cUe rejaillit vers l'est sur le parallèle des Açores, maintenue k cette basse latitude par les courants polaires du nord, qui viennent de la mer Glaciale, ou qui déi>ouchent du détroit de Davis. Dans ce retour vers notre continent, elle conserve, comme son analogue de l'océan PaciSque, le caractère distinct de température relativement élevée, qu'elle, a reçu pendant son trajet sous les zones tropicales. C'est elle que l'oa nomme le Gulph-SIream, ou courant du golfe, quand on ne la désigne que par son origine occidentale. Comme son analogue encore, elle se replie vers le nid aux approches de l'Espagne, et va se rejoindre au grand courant équiuoxial. Hais les dies occidentales du nord de l'Europe, fuyant au nord-est, bu lieu de se replier vers l'ouest comme la cûle occidentale de l'Amérique du nord, une portion du courant de retour s'échappe sur cette direction, que l'Islande et le Spitzberg abritent du calé du nord contre l'invasion du courant polaire issu de la mer Glaciale. A la faveur de ce canal naturel, le fleuve d'eau tiède ainsi dérivé, circule autour des cAtes d'Europe doQt il adoucit la température ; apportant jusque sur leurs rives lu plus boréales, des bois, des fruits, des graines, nés dans les régions tropicales, sur la cdte orientale de l'Amérique, ou aux Antilles. Son inlerpositioa abrite l'Europe contre les courants polaires descendus du nord, qui, se détournant vers l'ouest, vont cbarrier leurs glaces sur la cât« orientale du Groenland, et jusqu'au banc de Terre-Neuve, k des latitudes pareilles à celles de Bordeaux, où nous n'en voyons jamais.

i53 MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.

Enfin, dans t'espace restreîDt qu'occupe la mer des Iodes, l'admirable carte du capitaine Duperrey montre encore un moiH vement de circulatioD intérieure, opéré suivant les mêmes lois. Le courant polaire qui la détermine se compose de la branche dérivée de l'Atlantique, réunie à un courant direct provenant des parages de )a terre d'Enderby. Le, sans doute, et plus encore que dans les grands océans, les effets des causes générales sont occasionnellement modifiés par l'action des vents réguliers ou acôdentels. Hais l'ensemble des résultats présente an caractère d'identité que l'on ne peut méconnaître.

La présence du soleil, au nord et au sud de l'équateor, produit aussi dans ces mouvements des VMiations périodiques d'ampliludo, de vitesse, même de direction, aux points oà ils ont le moins de force. Ces variations se font-elles sentir jusqu'aux origines des fleuves polaires T On n'a pas pu le constater, puisque les mers oA ils prennent naissance ne sont navigables qu'alternativemeiit, durant la saison d'été de chaque hémisphère.

L'existence et la direction initiale de ces courants perpétuels supposent trois choses : d'abord, une cause permanente de mouvement qui pousse les eaux des pOles vers l'équateur; puis, un aBlux extérieur continuel qui alimente les grands fleuves polaires îi leur origine et dans leur cours*; enfin une.cause d'eihaustion, ou d'écoulement, qui prévienne l'accumulation finale de leun produits. Parmi les phénomènes naturels qui nous sont connus, il en est un qui semblerait pouvoir intervenir mécaniquement dans ces résultats. C'est l'inégalité de la pression moyenne exercée par l'atmosphère sur la surface du globe à différentes I^ tudes. En effet, les observations baroraétriqnes montrent que cette pression va en .croissant, depuis l'équateur, jusqu'aux environs du 30* parallèle où elle atteint son maximum absolu ; et de là ello décroît progressivement jusqu'aux pèles, o& die est moindre qu'à l'équateur même. On avait depuis longtemps reconnu cette loi dans l'hémisphère nord. Sir James Ross l'a étar

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MÉLANGES SCIENTIFIQUES BT LITTÉnXlRBS. i53

blie pour l'hémisphère sud dans son dernier voyage. Le sens de l'inégahtè qu'elle indique semblerait plutât contraire que favorable b. un mouvement des eaux des pâles vers l'équaleur. Mais UD autre phénomène atmosphérique, également- permanent, a des conséquences inverses. L'inégalité de température imprimée aux diverses régions du globe par la radiation solaire, se communique immédiatement à la couche d'air inférieur, qui est en contact avec la surface de la terre ou des eaux. A mesure que les particules qui la composent se trouvent plus échauffées que les supérieures, elles se dilatent et les soulèvent. De là résulte, entre les tropiques, un courant ascendant continuel d'air chaud, qui, à la superQcie des mers, emporte avec lui toute la charge d'eau vaporisée que sa température peut admettre. Le vide inférieur que ce courant tend à produire, appelle vers l'équateur l'air inférieur des régions plus voisines des pAles, qui n'éprouvent pas la même iolluence expansive à un égal degré; et ce remplacement continuel doit forcer les colonnes équatoriales devenues protubérantes & se déverser vers ces régions, avec la masse d'eau qu'elles ont emportée. Les mouvements propres de ces deux courants aériens se combinent, sur chaque parallèle, avec la vitesse local^de rotation, qui est commune au sphéroïde terrestre et h l'atmosphère entière. Leurs résultantes, modifiées encore par les circonstances physiques, permanentes ou accidentelles, qui serencontrentdans les espaces oii elles s'exercent, produisent tous les phénomènes des vents alises. Il existe donc là deux causes constantes, qui agissent dans le sens des courants polaires de l'Océan. D'abord la force motrice de l'air inférieur, transporté des pôles vers l'équateur, qui doit agir par impulsion sur la superficie des mers ; puis la masse d'eau, gelée ou liquide, que le courant aérien supérieur verse continuellement sur les plages de ces mers, situées à de hautes latitudes ; ce qui doit y produire un excès de pression relativement aux plages tropicales, d'oii il l'a enlevée. Mais, que ces deux causes suOlsenl pour produire les courants observés,

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-c'est ce que je n'oserais dite, quoique Je rie puisse eo entrevoir d'autres.

Sur ce cliatnp mobile des mers polaires, sans cesse remué à ss surfilée et dans ses profondeurs par le flux et le reflux, les conranls, les vents el les tempÈles, on rencontre trois sortesde giac«. Les unes, en falaises immenses, adtièrent aux terres solides; elles paraissent s'y former, s'y accVolfre, peut-être pendant des siècles, comme les glaciers de nos Alpes. Comme eux encore, dles paraisse ol.a voir un mouTemefit de descente ou d'extension progressif, qui les fait s'avancer au large sur le fond de la mer, ou en restant suspendues par coliésion à la masse principale , jusqu'à ce que des causes intestines de rupture, encore peu définies, mais aniilogues à celles qu i agissent dans nos glaciers terrestres, jointes au poids propre des masses proé m mentes, et aux secousses incessantes des lames furieuses, en détachent occasionnellement d'immenses blocs à flancs verticaux, sourent de plusieurs milles d'élendue, qui s'en vont flottant au loin dans toute leur grandeur, quelquefois durant des années entières. Leurs débris épars, s'eotreniélant ou se soudant aux couches de glaces qui se forment chaque hiver sur la mer même, se recomposent alors en vastes champs gelés, parfois d'une étendue en apparence sans bornes, où l'on ne trouve qu'un chaos de glaçons, entassés sous toutes les dimensions et sous toutes les formes, qui se transporte d'une seule pièce, au gré des vents et des courants delà mer. Mais, pendant l'été, la chaleur et les tempêtes dissolvent parUellement ces amas ou les désagrègent ; et, dans celte saison favorable, les navigateurs ont pu y pénétrer, les traverser môme, non sans de grands périls. C'est ce qu'ont fait surtout Parry et James Ross; le premier avec de légères barques, traînées sur les glaçons et conduites à la rame dans leurs intervalles ; le second eu y cherchant, ou y forçant sa route, avec des navires assez massifs pour briser, par leur impukion, les glaces récentes, et d'une construction assez solide pour résister au choc des plus gros blocs, quand

HÊLAIVaeS SCtENTiriQUES ET LITTéllAinRS. iSS

la tempête les Boalevalt. Les grandes masses qui se détachent des glaciers fixes peuvent-elles se rassembler aussi, parfois, en contJDuitâ, et se souder de nouveau entre elles, de manière à recomposer des glaciers errants du mÀme ordre que les fixes, qui se transporteraient sur les diverses plages des mers environnantes, et f présenteraient les hasards imprévus de lenrs barrières invincibles aDx efforts des navigateursT C'est un point que l'on ne sait pis encore décider, mais il est d'une grande importance ; car, selon que ralternative pourrait se résoudre, on connaîtrait si la présence de ces obstacles formidables Indique ou n'indique pas, avec certitude, l'existence d'une terre solide placée au delà.

Les expériences de sir James Ross sur la température de la mer, et les conséquences générales qu'il en a déduites, m'ont paru avoir trop d'importance et de nouveauté , pour que je ne dusse pas me tiSler de les signaler aux savants et aiix marins. Or, je ne pouvais le fiûre avec utilité, qu'en montrant la place que ce genre de déterminations occupe dans la grande question de l'équilibre et du mouvement des mers. Cette doubla obligation m'a mené, malgré moi, bien loin de M. Wilkes. Il me reste à peine assez de place pour faire seulement remarquer dans sa relation plusieurs aortes de mérites sur lesquels j'aurais voulu pouvoir insister. Elle abonde en observations nautiques, en relevés géographiques, en documents d'histoire naturelle, de statistique, d'administration, recueillis avec soin, non-seulement sur les cétes Çic la flotmie a visitées, mais aussi dans l'intérieur des terres, à de grandes distances, par des expéditions spéciales, lorsque ces explorations pouvaient offrir un intérêt présent, ou des espérances prochaines, au commerce américain. Cela amène des traits de mœurs fort curieux, des descriptions de localité très-fldêles, qui wnt fréquemment accompagnées de belles planches gravées, dont les délails, instructifs ou pittoresques, font partager au lecteur toutes les impressions du voyage. Elles lui montreront, par exemple, sous de vivantes images, toutes les phases de cette mé-

'(56 HÉLANGBS SCIENTIFIQUES ET LITTÉHAIRE8.

taœorphose sociale, si complète et si rapide, que subit acludlement la Polynésie : depuis la bideuse Agure dii sauvage abruti dont la race s'éteint misérablement dans loa bais de l'Océanie et de la Nouvelle-Zélande, jusqu'au portrait de Sa Majesté Kamdumeha III, roi de^ lies Saadwick, eu uniforme d'officier générât europL^en, avec des épaulettes k torsades; auquel est joial cdui de son premier ministre, la princesse Kekauluohi, sa parenle,' dans toute l'élégance d'une grosse bourgeoise parisienne de 183-5, vêtue d'une robe à corsage plat demi-moulant, avec des manches à gigots gonflées, col carré, ceinture k boucle, et par -dessus une écharpe k franges, tous détails que j'énonce d'après des renseignemeuts trés-assurës. En 1817, nous avons raconté à nos lecteurs les vicissitudes que l'argaaisalion sociale de ces lies avait éprouvées depuis qu'elles furent découvertes par Cook, en 1778; et nous avons décrit l'état demi-civilisé, demi-barbare où elles étaient alors parvenues '. La relation de M. Wilkes fait coDoailre les phases ultérieures que ce mouvement de transformation a |»vcourues. Aujourd'hui, les lies Sandwick sont l'étape générale des navires de toutes les nations qui traversent l'océan Pacifique. La ville capitale, Honolulu, est un grand marché de commerce oà l'on voit réunies lès variétés les plus diverses d'individus, de nations, de langages Qt de mœurs; depuis le n^ociant étranger, confortablement habillé d'étoffes fabriquées en Europe on eo Amérique, jusqu'au pauvre sauvage, encore danssa nudité indigène. Il s'y Imprime deux journaux paraissant une fois U semaine, l'un rédigé en anglais pour le commerce, l'autre en polynésien pour les naturels. Celui-ci, œuvre des missionnaires américains, contient principalement des histoires tirées de la Bible, avec des images. Le premier donne des nouvelles d'Europe, d'Amérique, de la Chine, de l'Inde, de l'Océanie. Uans uo des numéros que j'ai sous les yeux, on dit que ia population de Vardii-

* nj/. plu« huit, p. )A3 et BaiTUites ; 34S et suivtatas.

HÊLINGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. i&T

pel, qui était de il>0,000 habitants au temps de Cook, est réduite, en 1836, à 108,000. C'est un dépérissemeat bien rapide. En compensatioD, M. Willtes rapporte le texte d'une cliarte coDstitulionuelle rédigée par ces mêmes missionnaires, qu'il assure avoir été acceptée par le roi. Elle établit une sorte de corps législatif émaDë du peuple, et un conseil supérieur, ou chambre des pairs, composé des chefs principaux. Le seul culte admis est celui de Jéhorah. Avec un peu de bonne volonté, cette définition biblique semblerait devoir comprendre l'universalité des croyances chrétienaes. Mais, dans l'application, sinon dans l'intention, elle avait été exclusivement restreinte aux formes protestantes; car des prêtres catholiques, ayant voulu s'en prévaloir, furent désignés comme des espèces de païens qui voulaient exciter des révoltes dans le peuple,ea le ramenant à ses anciennes superstitions, et à ce titre ils furent expulsés. L'arrivée de la frégate frani^aise \'Artémise, armée de 52 canons, éclaira démonstrativement Sa Majesté sur cette équivoque, et remit tes choses dans un état de tolérance plus équitable. M. Wilkes s'élève, à cette occasion, avec beaucoup d'humeur contre le capitaine Laplace qui la commandait; et il comprend, dans ses reproches, les officiers de la marioe royale anglaise, qui sont'venus réclamer la même liberté pour des prêtres irlandais catholiques. Ces récriminations contre la liberté de conscience sont fort surprenantes, venant d'un commandant américain ; et il faut beaucoup de charité pour ne pas j entrevoir le mécontentement de quelque intérêt politique, déchu de ses espérances.

Au moment où je termine cet article, j'apprends que la Société royale de géographie de Londres, dans sa dernière séance annuelle, vient de décerner à M. Wilkes ta médaille d'or de son fondateur, la plus grande distinction qu'elle puisse .accorder à un étranger. La Société de géographie de Paris avait déjà reconnu, par de justes éloges, le mérite de ses travaux, que ceux de sir James Ross avaient pu seuls, à ses yeux, balancer. Ces témot-

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gnages d'estime, Ubrement donnés, derront confirmer M. Wllkes dans le sentiment da service, peut-être incomptélemeot apprécié, que son expédition s rendu à la marine américaine, en Bxant snr elle les yeux de FEurope ; et ses compatriotes poorrant ne pas regretter l'argent qu'elle leur a coûté, en royanl l'bonneur qn'ejle leur a fait.

NOTE GOHPLÉHENTAIBE.

Dans le tableau que j'ai tracé de la marche des courants polaires il travers les grands bassins océaniques, on m'a fait remarquer l'omission d'un détait que J'aurais dû signaler. En parlant du courant austral, qui, à son entrée dans l'Atlantique, s'inflécbit vers l'est, et va se porter sur la pointe méridionale du continent africain, j'avais dit, page iSO : < Là, il se partage. Une portion, « continuant de marcher vers l'est, tourne le cap de Bonne-Espéc rance, et va se jeter dans la mer des Indes. L'autre Peste dans * l'AlIanlique et remonte au nord. » L'assertion est exacte : seulement, le partage n'a pas lieu au contact même de la terre d'Arrit)ue, mais en avant, h. quelque distance. Cet effet est produit par l'opposition d'un autre courant, qui descend de l'océan Indien en longeant l'orient de l'Afrique. Arrivé à sa pointe australe, il conlinue de serrer la cOle, en marchant vers l'ouesl; il la conioiirne avec une grande vitesse, puis entre dans l'AUanlique et rcmonie au nord, toujours longeant la terre. Il entoure ainsi la pointe de l'Afrique d'une ceinlure d'eaU) en mouvement vers

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Fouest, qui repousse et détourne an large la branche du courant austral arritant de l' Atlantique, à celte latitude, avec un mouvement de transport dirigé yers l'est. Ces deux courants conllgus, de sens [X)ntraires, l'un proche de terre, l'autre en dehors, sout bien connus des marins qui profitent de l'un pour passer da la mer des Indes dans l'Atlantique, de l'autre pour ea rerenir. Aussi les trouve-t-on marqués sur la carte deRcnnell, relatireà la na- TÎgatîon dans ces parages; ils le sont aussi sur la carte da capi taine Duperrey. Celui qui longe la côte d'Afrique, en marchant h l'ouest, est communément appelé le courant des Aiguilles, dot Agulhas, d'après te nom que les Portugais ont donné au cap austral devant lequel il atteint sa plus grande vitesse. Il est probablement la décharge commune du grand courant équinoxjal et des courants polaires, qui, entrés dans la mer des Indes, le premier par lest, les derniers par le sud, s'échappent ensemble à l'ouest de cet étroit espace, après y avoir circulé. Le môme phénomène d'opposition ne se produit pas autour de la pointe australe de l'Amérique. Elle est immédiatement enveloppée par les courants polaires venant de l'ouest. La décharge des ôouraals qui ont circulé dans l'Allantique s'opère vers le nord.

ADDITION

Pendant les vingt-trois années qui se sont écoulées, depuis que M. Wilkes a visité. les Iles Sandwick en <83S, leur importance comme point de rellche entre la côte occidentale de l'Amérique et la cOle orientale de l'Asie s'est beaucoup accrue. Presque tous les bâtiments de commerce qui sillonnent aujourd'hui le grand Océan dans tous les sens, soit pour aller de la riche Calirornle El

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la Chine au en revenir, soit pour la pëcbe de la baleine, maioie' nanl beaucoup plus exploitée dans cet océan que dans l'Atlantique, vont loucher à ces Iles, pour y renouveler leurs vivres, les deux grandes puissances marilimes de l'Europe, l'Anglelerre et la France, voulant se conserver une juste parliclpatioa à ces avantagea, ont envoyé à plusieurs reprises des bâLioieots de guerre les réclamer en faveur de leurs aatioDaux, et combattre Tinfluence des missionnaires américains, dont l'actiOD politique, aidée de l'întolénuice religieuse, tendait constamment, ^ élai( presque parvenue, à les rendre exclusifs pour leurs compatriotes. Grâce à celte inlervenUon protectrice, les Iles Sandwich sont aujourd'hui une sorte d'État neutre, ouvert, sous des conditions communes, & toutes les nations du monde, où les étrangers. Anglais, Français, Ajuâricains, Chinois, peuvent aller indlslinclement s'établir, trafiquer, fonder des maisons de commerce, des manufactures, des exploitations agricoles, sous la protection de consuls accrédités; où les diverses formes des croyances chrétiennes sont également admises; et dont le souverain indigène, reconnu indépendant d'un commun accord, par les puissances maritimes qui trouveraient trop cher de se disputer sou tle, gouverne comme il l'entend le reste de son peuple sauvage qui décroît tous tes jours; ayant lui-même pour les grandes cérémonies une cour, une garde, habillées à l'européenne, et se moDlranl alors revêtu de brillants uniformes de colonel ou de général, achetés k Londres ou à Paris. — Bizarre comédie qui se Joue sérieusement avec les oripeaux de notre civilisation moderne! 11 y a aujourd'hui un Kamaameha IV, qui s'est fait recevoir francmaçon dans une loge du rite écossais formée dans sa capitale Honolutu, par des .capitaines baleiniers de diverses nations. Sar sa requête, transmise li Paris, au conseil suprême de l'ordre, avec la contribution habituelle, montant & 500 francs, son diplOme vient de lui être ofiiciellement délivré par ce conseil, sous les respectables signatures de M. le duc de Cazes, souverain grand

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commandeur; de M. Viennet, membre de l'Académie française, lieutenant grand commandeur, et du secrétaire général dont j'ignore le nom ! Le négociateur chargé de l'affaire était un capitrine baleinier français. Ce diplAme ne donnait au nouveau membre que le simple titre de Maître; maison ajugéàpropos de l'élever immédiatement au titre de VÉNéRABi,E. Pouvait-on faire moins pour un roi sauvage, qui se montre si complètement civilisé que de vouloir s'affilier k cette association raffinée de morale universelle 1 Ce serait une chose curieuse, de savoir quelle idée il s'en forme, et quelle sorte d'intérêt il y attache. Peut-être 7 voit-il surtout le glorieux avantage d'en porter les éclatants insignes sur sa personne, quand il parait en public. Au fait, cela serait politique; et la possession de son royaume, lui en deviendra bien plus assurée I J. B.

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