‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 4)Chapitre 18 sur 33 · III · texte numérisé non relu

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d& minuit, le soleil continue sa marche vers le nord, tout la pays, quoique éclairé encore, jouit, comme les contrées plot méridionales, du calme du soir. Lorsque cet astre s*élève de nouveau, on croit de même voir recommencer le jour; et à mesure qu'il monte progressivement, il répand une chaleur nouvelle sur tout le pays. La clarté est à tous les instants U môme; et h peine s*imagine-t-on que la soirée est avancée, lorsque le thermomètre, par son abaissement, annonce que minuit est déjd passé. La sensation qu'imprime Taspecl du soleil est toujours pure, car Timpression mélancolique qu*il produit en se plongeant dans les ondes ne vient pas la troubler. Uo peu après minuit, toute la nature commence h s'animer lentement; les nuages s'élèvent de la terre et se répandent en formes variées dans l'air et sur les montagnes; de petites vagues à la surface de la mer font voir que l'air qui vient du nord se presse graduellement avec plus de force vers le sud. Le soleil monte sur l'horizon : ses rayons agissent progressivement sur le sol. Le murmure des ruisseaux, gonflés^ par la fonte des neiges doni le pays est encore couvert, augmente sensiblement : le veDtdu nord s'est entièrement élevé; il ne souffle plus par bouffées, mais avec une régularité continue. Vers huit heures da soir, tout est rentré dans le repos; plus de nuages dans l'air, plus de vent du nord. On ne ressent plus pendant la nuit que la dour^ chaleur du soleil. »

M. de Buch, remontant toujours vers le nord, arriva vers le 10 juillet à Alten dans le Finmark; là il vit encore de nouvelles preuve^ de ce que peut l'industrie humaine contre la plus rebelle nature € Alten, dit-il, est le point le plus peuplé, le plus agréable et < le plus fertile de tout le Finmark; il est aussi le seul où l'on « cultive le blé*, et le point du globe le plus septentrional où

* D*ftprès la remarque déjà faite plus haut, M. de Bach a voula probaK^ ment désigner Torge, et non le blé, comme on le dit dans la traduction.

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cette culture ait lieu : on en a robligalion au Qoènes (Pinott); car, avant qu'ils se fussent établis dans ce canton on n'osaîl pas ressayer. Il y a environ un siècle qu'ils sont ?eniis babilCT cette province, et ils y ont amené Taclivité et Findustrie. Ce furent, saos doute, les guerres de Charles Xn et les dévastations des Russes en Finlande qui les forcèrent d'abandonner leurs foyers . Poursuivant constamment leur marche vers le nord, ils se fixé* rent à Allen en 4708. Ces premières émigrations en ont amené d*autres et n*ont pas discontinué , circonstance très-avantageuse pour la Laponie ; elles sont même si considérables, qne les Lapons craignent avec assez de fondement que les Quénes ne finissent par occuper leur pays, et les en chasser tout à fait, inconvénient qu'il leur serait cependant facile de prévenir, si, à l'exemple des Quénes, ils prenaient des habitations fixes et cultivaient la terre. Les Quénes n*ont rien changé à la manière de vivre et aux usages de leurs ancêtres. Ils parlent le finois, qui a moins de ressemblance avec le lapon, quoique d*origine com** mune, que le suédois n'en a avec l'allemand. Les malsons sont distribuées comme celles de la Finlande; la plupart ne consistent qu'en une grande pièce construite en poutres, et qui n'a d'autre plafond que le toit. A l'un des côlés se trouve un poêle énorme, qui occupe la plus grande partie de la paroi, et -qui n'a pas de tuyau extérieur; de sorte que la fumée s'élève jusqu'au toit, se rabat le long des murs, et sort par de petites ouvertures carrées, à trois pieds environ aunlessus du sol. Lorsque le bois est entièrement consumé, et qu'il ne reste plus qu'une braise ardente, on ferme les lucarnes, et l'on concentre dans la pièce une vraie chaleur de Syrie. La partie supérieure du poêle sert aux bains de vapeur, usilés en Finlande comme en Russie. « Les Quénes ne se distinguent pas des Lapons par le vêlement» mais ils en diffèrent totalement par les mœurs. Ils sont, sans excepter les Norwégiens, les habitants du Finmark les plus cWilisés et les plus industrieux. Ils ont de l'esprit naturel, Tin-

« telligence vive et prompte, et ne redoutent pas le travail : aussi « apprennent-ils aisément tous les métiers qui sont nëcessains « aux besoins du ménage; et Texemple des paysans de Toméo, « d^Uleaborg et de Cajanebourg, prouve quels progrès ils peuvent « faire dans Tagriculture et dans les arts indispensables k la vie. « L'influence funeste de la vie maritime, Tattente nonchalante du « gain, contraire à toute prévoyance d'économie pour le temps de « nécessité, ne se sont pas autant manifestées chez les Quéoes que € chez les Norwégiens et les Lapons ; ce qui pourra faire qu*avec « le temps ils expulseront non-seulement les Lapons, mais aussi « les Norwégiens. La prospérité du pays n'y perdrait certaine- « ment pas. »

D*Alten, Fauteur arrive à Hammerferst, dans Ttle de Qualoe. Cette ville est seulement d'un degré plus septentrionale qu'Àlten ; mais cette différence, qui, dans les contrées tempérées, n'aurait sur la température qu'une influence insensible, en exerce une terrible dans ces contrées boréales. « Aussi, dit M. de Buch, quelle « prodigieuse différence entre le climat de ces deux endroits et « l'aspect du pays qui les entoure ! Qualoe ne produit rien ; la « nature y est plongée dans un engourdissement continuel ; un « brouillard sans fin y étouffe la végétation ; il n'y croît aucun « arbre : on cherche en vain à élever des herbes potagères autour « des habitations. Quelques groupes de bouleaux se montrent « dans les vallées; ils sont assez touffus : mais ces arbres s'effor- « cent vainement de gagner la pente des collines. A une éléTatioo « médiocre, ils se rapetissent et disparaissent; ils ne peuvent pas « même vivre dans les hautes vallées. Telle est la partie des Alpes € sur le Saint -Gothard. Pas Ja moindre trace du séjour dt5

« hommes ou de culture Le soleil ne se montre que rarement

« dans ces parages ; l'été y est sans chaleur ; à peine y jouit-on de € quelques jours sereins. Le vent de nord-ouest amène en un in5- « tant sur la terre des nuages qui couvraient la surface de la mer : « ils se résolvent en torrents de pluie. Pendant des journée» en--

c Uëres, des brumes épaisses reslent sospendoes «o-dessas da « sol. »

Le seul moment oà ce pays présente an aspect de vie, c*est dans le mois de juillet, à l'époque de l'arriTée des navires norwégiens et russes, qui apportent avec eux des cargaisons de blé et de fa* fine, pour les échanger contre le poisson péché par les Finots. Mais, en outre, les Russes commencent aussi à venir pécher euxmêmes devant Hammerferst. Plus adroits ou plus hardis que les naturels, ils font aussi des pèches plus abondantes ; et le FinoiSt qui les hait à cause de cette rivalité, ne s'est pas encore déterminé à employer les procédés par lesquels ils l'emportent sur lui.

Un peu plus loin, à soixante et onze degrés de latitude, l'auteur arrive à Maasoe, petit port habité « par un commerçant, un pas- « teur, un mattre d'école et un officier de justice. Les deux pre- « miers vivent dans des maisons, les antres dans des hutles de « terre. L'église est construite en poutres. Le ciel, la mer, les « montagnes, les brumes et la pluie semblent, se confondre en ce « lieu. Le soleil perce rarement l'épaisseur des nuages ; et ce n'est « que pour quelques instants que la côte de Mageroe, quoique « très-haute, et le singulier rocher de Stappen , dans le voisinage « du cap nord, se montrent au-dessus des vagues continuellement « agitées, semblables à des fantômes : ces objets ne tardent pas à « disparaître de- nouveau an milieu des brouillards. Les rochers « de Maasoe ne sont couverts que d'herbes peu nombreuses; l'on « n'y voit pas même l'apparence d'un arbrisseau, rien qui rappelle « un arbre. Quel séjour 1 L'étranger y est ordinairement enlevé « par le scorbut dès la première année de résidence. S'il est jeune, € vigoureux, prudent, s'il surmonte l'influence désastreuse du « climat, sa santé n'en est pas moins en peu d'années détruite « pour jamais, lors même qu'il retourne dans les cantons plus mé- € ridionaux ou dans ceux de l'intérieur. Il réside cependant ici « un pasteur qui a constamment besoin de force et de courage « dans l'exercice de ses fonctions. On en a vu quelquefois y se*

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€ journer pendant six, huit et même douze ans, jusqu'à ce qm le « scorbut et le désespoir les précipitassent dans la tombe. »

Enfin, en continuant toujours sa route, Tauteur arrive à Kielvig, dans les environs du cap nord ; il découvre de loin les idcs de ce fameux promontoire, qui, placé comme le pilier de TEarope au-devant des éternelles tempêtes du pôle, a sa base morcelée en longues aiguilles qu'use lentement la fureur des flots.

« Des rochers énormes entourent la baie que j*ai à mes pieds. < Quelle solitude, quelle tristesse sur les montagnes de rintérieur t « Tout y est mort, ou n'offre que le premier effort de la vie. Dans « les parties basses, on voit encore de grands espaces couverts de « neige ; les éminences ne consistent qu*en d'énormes amas de € pierres; pas la moindre trace de végétation, & Texception de € quelques lichens blanchâtres. C*est comme une terre sortie € récemment des eaux du déluge; la nature reste élerneUement « engourdie dans ces déserts affreux que Thomme s*empresse de € fuir. »

D'après les lois de la géographie des plantes, M. de Bach fixe la température moyenne de Tannée sur ce point du globe à an degré et demi au-dessous de la congélation; toutefois un été de quelques instants parait encore, même dans ces latitudes. Le mots d'août l'amène : en peu de jours les neiges se fondent, les mon* tagnes se couvrent de fleurs ; pendant quelques Jours le thermomètre se soutient à quinze degrés. L'hiver de ce pays est moins redouté à cause du froid que pour ses affreuses tempêtes, dont la flirie surpasse tout ce qu'on peut imaginer, t Les vents du nord « et du nord-ouest, se précipitant impétueusement du haut des « montagnes, mettent tout dans la commotion la plus terrible; « aucun son ne se peut distinguer, aucune voix humaine ne « peut se faire entendre au milieu de leurs mugissements. Muet « de saisissement, l'homme cherche h résister au froid en s*en* « veloppant de vêtements et de fourrures : il n'a pour apaiser « sa faim que le peu d'aliments qu1l trouve prêts et à sa portée;

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c car le feu ne peut brûler, et rhabitation tremblante a peine à « se soutenir : état terrible qui dure quelquefois plusieurs Jours. € Ces tourmentes se font ordinairement sentir b l'époque où le € soleil commence à s'élever sur l'horizon ; mais» circonstance € remarquable, elles diminuent constamment à l'entrée de la nuit» « et n'ont que peu de forces tant qu'elle dure : leur fureur renatt « avec le jour. Peut-être sont-elles plus fougueuses à Kielvig qu'en « d'autres endroits de la côte; mais ces violentes agitations de « Tairen hiver sont communes & toute la mer de Finmark. » Qui le croirait, si un observateur tel que M. de Buch ne nous en don-* nait l'assurance? Là, dans ces extrémités boréales de la terre, près d'un petit port nommé Relvog, se trouvent des maisons agréables, élégantes , habitées par des hommes polis et instruits, qui découvrant de leur fenêtre les glaces du cap norél, lisent Aris** tote, le Dante, le Tasse, Molière, Racine, Virgile et Hilton. C'est que Relvog offre une anse très-sûre et très-favorable pour la pèche. Tous les ans, plusieurs navires chargés des produits de ces mers en partent pour l'Espagne, et les vaisseaux russes viennent y prendre leurs cargaisons. Admirable effet du commerce, qui dompte la nature, et force la terre à recevoir l'homme comme son maître , partout où l'appelle Tintérét de la grande société 1

Arrivé à ce terme qu'il s^était proposé d'atteindre, M. de Buch effectua son retour par l'intérieur des terres, b travers la Laponid norwéglenne et la Laponie suédoise. Nous ne le suivrons pas dans celte route, parce que les mœurs des Lapons ont été souvent décriles, et parce que la vie nomade de ces peuples, les tenant inévitablement dans un état de civilisation stalionnaire, n'aurait pas de rapport avec le but principal que nous nous étions proposé dans cet article, lequel consistait surtout à examiner les causes .par lesquelles la société humaine peut se propager et s'élever dans ces climats.

Ce voyage, comme on a pu le voir, renferme un grand nombre

d*observations judicieuses et iDstructi?es , dont quelques-unes marquent beaucoup de sagacité; il eût été peut-être à désirer qu^elles eussent été présentées sous une forme qui les liftt daraiitage entre elles; que leurs détails, groupés autour de divers centres d*idées générales, se présentassent avec plus d'ensemble ; enfin qu*un motif continu d^intérét, puisé soit dans quelque grande considération morale, soit dans les événements qui arri* vent au voyageur Aii^méme, soutint Tattention du lecteur, et le guidât parmi tous les détails à travers lesquels il doit passer. Ces! la le seul moyen, non-seulement de rendre une relation attachante, mais encore de la rendre aussi instructive qu'elle peut Télre, car on ne se laisse guère instruire que par ce qui plaît. Ici, au contraire, tout est mêlé et confondu ; des descriptions techniques de roches succèdent brusquement à des réOexions morales; et la remarque d'un gneiss ou d'un schorl vient interrompre des observations sur les mœurs ou sur le progrès de la civilisation. Le voyageur lui-même disparaît dans ce désordre : à peine saiton quand il part et quand il arrive ; on est étranger à tout œ qu'il éprouve; on le perd, à chaque pas, dans cette multitude de petits endroits, nommés et décrits dans son journal avec une fidélité si minutieuse, que les limites mêmes des provinces s*y confondent ; et il ne faut pas moins que la ferme volonté d*uo lecteur déterminé à s'instruire, pour m pas perdre patience dans ce chaos. Néanmoins, je le répète, le fonds est assez riche pour dédommager de cette fatigue ; c'est la forme seule qui manque : il n'est pas douteux que le traducteur nous a rendu un service véritable en faisant passer cet ouvrage dans notre langue. Mais, soit que l'absence de liaison que je viens de faire remarquer ai( agi' aussi sur son imagination, soit que la contexture ordinaire des phrases allemandes lui ait donné trop de peine pour en tourner le sens avec la rapidité et la netteté françaisOi j'avouerai que son style m'a paru généralement embarrassé, pénible et plein d'idées si enveloppées, qu'il était souvent difficile de les saisir. On a po

même s'apercevoir de ces défauts dans les morceaux que j*ai cités, quoique j'aie, en général, dû choisir ceux dont l'intérêt était le plus vif, et, par conséquent, l'expression la plus naturelle. 11 y a aussi beaucoup de passages où la pensée de l'auteur n'est vraisemblablement pas rendue par le mot propre. Par exemple, le traducteur fait dire à M. de Buch que M. Pilh, pasteur norwégien très-instruit, et exercé aux observations astronomiques ainsi qu*au travail même des instruments d'optique, lui montra une lorgnette qu'il avait fabriquée lui-même, et qui avait trois pieds de long : en vérité, jamais un instrument de cette dimension ne s*est appelé en français une lorgnette ; c'est une vraie lunette de trois pieds. On annonce aussi des cartes comme jointes à cette traduction ; et, en effet, il y en a : mais ce sont des découpures de cartes,' plutôt que des cartes réelles. La côte parcourue par M. de Buch y est représentée toute droite, avec des interruptions qui indiquent chaque endroit où elle s'inQéchit, et des raccordements angulaires qui marquent le sens dans lequel l'inflexion a lieu. Une vraie carte spéciale de cette partie de l'Europe eût été infiniment plus utile et plus commode : on a toutes les peines du monde à se figurer la continuité réelle de tous ces petits morceaux, et Ton y perd absolument de vue la forme de la côte, qui est cependant souvent nécessaire pour l'intelligence des phénomènes décrits par l'auteur.

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