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construire des canotSt pour s'abandonner an courant de ces eaui favorables; toutes les fatigues semblaient finies. Mais le chef, M. HuQt, avait trop de prudence pour se livrer à une sécurité si dangereuse. En effet, cette rivière, qui s'offrait à eux, pouvaii £tre, plus bas, coupée de Rapides qui rendraient la navigation impraticable. En s'y confiant, il fallait abandonner les chevaux, qui. dans ces solitudes désertées par les animaux comme par Vhorame aux approches de l'hiver, auraient fourni une ressource, peutêtre indispensable, contre la faim. De si graves motifs ne parent toutefois dominer Fentrainement de l'espérance, et l'on se mit t construire des canots. Mais, par bonheur, deux Indiens Serpenb étant survenus, détournèrent les blancs par leurs signes, de tenter cette entreprise impossible ; et ils conduisirent la troupe Ter^ un autre point plus favorable, où un des agents de la compagnie du Missouri avait déjà antérieurement établi un poste que Ton trouva abandonné. Les huttes faites de troncs d'arbres, qu'avaient dressées les premiers occupants, furent, pour la caravane fatiguée, des palais où elle se reposa délicieusement, au bord d'un cours d'eau, large et tranquille. L'embarquement fut définitive» ment résolu, et l'on se remit à construire des canots. Par un dernier effort de prudence, M. Hunt voulut faire de ce lieu un poste central de refuge et de commerce. Il y laissa ses chevaux sous b garde des deux Indiens Serpents qui l'avaient guidé, promettaot de les récompenser généreusement s'ils en prenaient soin jusqu'à son retour. En même temps il détacha deux partis de trappean, pour aller dans le pays environnant chasser les castors dont kss traces se montraient en abondance, et il leur assigna ce poste pour rendez-vous commun. L'un des membres de l'associalioa Astorienne se détermina à suivre ces hommes, préférant tous iei périls de cette vie errante à la continuation des fatigues de l'expédition.
L'existence des trappeurs sur les frontières des défrichefiienls américains, dont Cooper a tracé des peintures si vives, n*offf«
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qu*iiBe image imparfaite des dangers et des hasards auxquels s'exposent ces chasseurs, qui yont vivre ainsi, au cœur même de la solitude, dans Tisolement absolu. Ils y trouvent pourtant un charme irrésistible. Un de ceux que M. Hunt avait détachés était un vieux trappeur, nommé Robinson, &gé de soixante^six ans. n avait été dans sa jeunesse \îù des premiers colons du Kentucki, et s*était trouvé alors maintes fois aux prises avec les Indiens, sur ce territoire si cruellement disputé, qu*on Tavait nommé la Terre sanglante. Il était même tombé entre leurs mains, et avait été scalpé; mais, par une fortune incroyable, il s*était échappé; et» depuis, il portait un mouchoir noué autour de la tête pour couvrir sa blessure. M. Hunt Tavait rencontré descendant le Mis* sourii avec un camarade, dans une frêle barque, au retour d'une longue chasse qui avait été fructueuse* Ces deux hommes, satisfaits de leurs captures, retournaient se reposer à Saint*Louis. Mais, en voyant cette troupe de blancs remonter le fleuve» si nombreuse, si bien équipée, marchant avec ardeur à une si grande entreprise, le vieux trappeur ne put résister & cette séduction. Il tourna le dos à la vie civilisée, et suivit M. Hunt, celui-ci enchanté de gagner un tel compagnon.
M. Hunt avait aussi rencontré sur le Missouri un autre chasseur intrépide, qui avait échappé à un péril plus grand encore, s'il est possible, que le vieux Robinson. Celui-ci se nommait John Colter. Il avait accompagné Lewis et Clarke dans leur m'émorable expédition aux montagnes Rocheuses, la première que Ton eût tentée. Celte fois il revenait d'un voyage de chasse vers le haut Missouri, et descendait seul le fleuve dans un frêle canot. Se trouvant ainsi un jour en chasse avec un autre trappeur, après avoir tendu les pièges qui faisaient leur fortune, ils avaient été surpris par une bande d'Indiens Pieds-Noirs. Le camarade de John, désespéré^ fit feu de sa carabine, tua un des sauvages, et tomba percé de leurs traits. John vit bien qu'il allait payer le prix du sang, et subir la mort la plus cruelle. Il entendait quelque peu
le langage des Pieds-Noirs, et comprit qu'ils délibéraient sur le genre de tourment qu'ils allaient lui faire souffrir. Enfin le chef, plus raffiné dans sa vengeance, lui demanda s'il était bon coureur. Le malheureux devina le but de cette question : il comprit que sa vie allait être l'enjeu de la course ; et, quoique remarquable par son agilité entre ses compagnons de chasse, il eut assez de présence d'esprit pour assurer qu'il savait mal courir. Ce stratagème lui obtint quelque avance : le chefle mena dans la prairie, à quatre cents pas de la troupe des sauvages, et le laissa fuir. Un hurlement terrible lui^apprit aussitôt que la horde entière était sur ses traces. Colter vola plutôt qu'il ne courut, tirant quelque espérance de sa vélocité, qui l'étonnait lui-même. Mais il avait six milles de prairie à courir avant de gagner le Missouri, et les plante> épineuses lui déchiraient les pieds. Pourtant, à moitié du trajet^ le bruit des poursuivants lui sembla s'affaiblir, et il se hasarda un instant & tourner la tête. Le corps de la horde était loin derrière; mais un seul guerrier, armé d'une lance, le suivait à cent pas. Colter redoubla d'efforts, au point que le sang lui sortait de la bouche, mais vainement; il sentit bientôt son ennemi à deai pas. Alors désespéré, il s'arrêta, et lui fit face. Le sauvage étonné s'arrêta aussi, et, brandissant son arme, la lui lança. Mais le coup faillit; l'arme frappa la terre, se rompit, et Colter saisissant le fer en tua son ennemi, puis reprit la fuite. La horde arrivée en cet endroit, et y trouvant un des siens massacré, recommença sa poursuite avec des cris horribles. Cependant Colter avait pa joindre un bois de cotonniers qui bordait le fleuve; il le traversa, se jeta k la nage, et gagna ainsi, sans être vu, une lie voisine, où un immense amas d'arbres accumulés formait un radeau saturel de plusieurs pieds d'épaisseur. Il plongea dessous, et trouva enfin un endroit où il put sortir la tête de l'eau, sous les branchages qui le recouvraient. A -peine respirant, il entendit les sau- - vages arrivés au radeau, et le cherchant partout de leurs jeut perçants. Ils s'efforcèrent longtemps de le découvrir, et le mai-
heureux tremblait qu'ils ne missent le feu à son asile; mais par bonheur l'idée ne leur en vint pas, et le soir ils Tabandonnèrent, convaincus qu'il avait péri. Toutefois le prudent chasseur ne quitta sa cache que bien avant dans la nuit, lorsqu'aucun bruit ne se flt plus entendre. Il plongea alors sou^ le radeau pour sortir, nagea longtemps, et vint aborder à une grande distance sur Ja rive opposée. Mais il était nu, épuisé de faim et de fatigue; ce ne fut qu*avec peine qu'il put rejoindre un poste de chasseurs, et seulement le lendemain. Pourtant, cette terrible épreuve ne Tavait pas fait renoncer à ce genre de vie. M. Hunt s'efforça de l'engager dans son expédition, et Colter était vivement tenté d'y prendre part. Mais il s'était marié récemment à Saint-Louis, et les charmes de sa jeune épouse l'emportèrent sur ceux des montagnes Ro* cheuses. Il accompagna l'expédition pendant quelques milles, puis la quitta, et retourna vers ses récentes amours : ce ne fut pas toutefois sans bien des regrets. Parmi les épisodes qu'on rencontre dans l'ouvrage de M. Irving, celui-ci est un des plus saisissants.
Pendant que la troupe de M. Hunt construisait les canots sur lesquels elle allait se lancer à travers les périls d'une navigation inconnue, des partis de chasseui*s furent détachés dans les environs. Mais les animaux sauvages s'étaient éloignés de ces lieux aux approches de l'hiver : il fallut vivre sur les provisions qu'on avait réservées. Enfin, le 48 octobre, quinze barques emportèrent la caravane sur ces eaux rapides, où les pilotes canadiens * les dirigèrent avec autant de joie que de dextérité.
Toutallabien d'abord; mais dès le second jourla rivière se trouva semée d'écueils et de cascades qu'il fallut périlleusement traverser. Deux barques se brisèrent. Le lendemain on trouva un pas plus difficile; le cours d'eau, resserré pendant un demi-mille entre deux murailles de roches à pic, acquérait une irrésistible violence. Il fallut transporter par terre le bagage et les barques au-dessous de ce point. La confiance commençait à décroître : on
avait parcouru deux oent quatre-vingts milles sans découvrir une habitation humaine, ni un être vivant. Enfin, le 24 octobre» on aperçut quelques huttes de sauvages^ on aborda pour leur par* 1er, mais effrayés ils s'enfuirent, et l'on ne trouva dans leurs cabanes que quelques petits poissons, des racines et des graines, faibles provisions d*hiver, dont la pauvreté s'accordait trop avec Faspect du pays. Le lendemain, les fatigues et les dangers croissant toujours, on vit un autre camp d'Indiens Serpents qui s*eiH fuirent de même, à l'exception d'un seul qui, malgré la terreor la plus vive, osa rester pour défendre, par ses ardentes prières, une petite provision de poisson sec préparée pour l'hiver. Toutes les offres de M. Hunt* purent à peine le résoudre à la partager. Au delà de ce point on descendit encore pendant deux jours; mais alors le courant devint impraticable. Le canot de tête se brisa contre un roc, et le pilote canadien qui le dirigeait fut emporté dans un Rapide où il périt. C'était le plus adroit de ces paovres gens et le plus aimé. On reconnut avec effroi qu'un peu plus loia la rivière tout entière se précipitait de deux cents pieds de hauteur entre des rochers à pic ; et qu'au delà, pendant quarante millesj ce n'était qu'une suite d'écueils, de tourbillons et de cascades infranchissables. Il fallait donc Jaisser là les barques, et essayer d'avancer à pied, emportant seulement les bagages et les vivres indispensables. Car le poste où les chevaux avaient élé abandonnés était à trois cent quarante milles en arrière. Quel parti prendre, et comment sortir de ces solitudes sans guides H sans vivres 1 Ce fut le sujet d'une sombre délibération.
L'unique ressource parut être de se diviser en plusieurs partis, pour ne pas s'affamer mutuellement. Il ne restait plus que doq jours de vivres, on se les partagea ; les bagages qu'on ne pouvait porter furent enfouis dans des caches, puis chaque troupe alla tenter le sort. Ce qu'il y eut de souffrances à supporter peut à peine se croire. Quelques misérables restes de poissons secs, quelques chevaux achetés difficilement, ou dérobés aux peuplades
sauyages dispersées de loin en loin dans ces solitudesi furent les seuls aliments qu'on put se procurer. On mangea jusqu'aux peaux des castors tués précédemment. Après une marche à' pied de plus de sept cents milles» un des associés s'arrêta de faiblesse, et resta en arrière avec deux hommes. £nfln« le reste de la troupe^ rallié avec M. Hunt, gagna un cantonnement d'Indiens Serpente qui les avertirent de ne plus suivre le cours trop sinueux de la rivière, et leur fournirent des guides pour couper droit à travers les montagnes. M. Hunt prit donc cette nouvelle direction, le 94 décembre, avec trente-deux blancs, trois Indiens et cinq ché^ vaux. Chose à peine croyable! la femme de l'interprète engagé à Saint-Louis était du voyage, et en avait supporté toutes les misères. Ayant déjà avec elle deux enfants, que souvent elle portait, elle acouchad'un troisième sur la route, s'arrêta quelques instante, puis, sans se plaindre, rejoignit la troupe, portant sur son dos son nouvel enfant. La marche était pourtant horriblement péni-^ ble, dans le cœur de l'hiver, à travers de hautes montagnes hérissées de roches, coupées de ravines, au milieu de la neige où Ton enfonçait souvent jusqu'à la ceinture. Enfin, après treize jours d'une pareille route, ayant gravi un dernier sommet, le soleil reparut, le temps s'adoucit, et à leurs pieds, dans des val« lées profondes, ils découvrirent de nombreux troupeaux de cerfs. Bientôt ils virent des traces de chevaux en grand nombre. Tout annonçait qu'ils étaient entrés dans un climat plus favorable, et cet espoir ne fut pas déçu. Le 6 janvier 4842 ils arrivèrent à un camp d'Indiens appartenant à la tribu des Sciatogas, où ils trouvèrent la fin de leurs peines. Ces Indiens vivaient sous des tentes couvertes de nattes, et s'habillaient de peaux comme les tribus du Missouri. Ils avaient des chevaux en abondance ; mais la chasse, jointe à quelques racines, fournissait leurs alimente habituels. Enfin, ce qui fut un motif de joie générale, ils possédaient beaucoup d'ustensiles de fabrique européenne, qui attestaient une communication prochaine avec les blancs. M. Hunt obtint ^isè-
ment d'eux tout ce qu'il fallait pour refaire sa troupe afEamée; puis, ayant rallié ce qu*il put des hommes restés en arrière, il partit de nouveau pour rejoindre la rivière de la Columbia, oo peu au-dessous du point auquel Lewis et Clarke ont donné leur nom. Ensuite il lui fallut marcher encore pendant dix jours poar dépasser les cataractes infranchissables de cette grande rivière. Là il eut des nouvelles d'Astoria par les sauvages, parfaitemeot instruits de tout ce qui concernait cet établissement. Il apprit d'eux le désastre du Tonquin; et, leur ayant acheté cinq canots, il rejoignit enfin Astoria le 45 février 1842, après onze mois de voyage, ayant traversé le continent américain dans toute sa largeur, comme il s'y était engagé.
Placé dès lors au commandement de toute l'entreprise, son pf«miersoin fut d'envoyer un détachement visiter le poste qu'il avait laissé au-dessus des Rapides de la Columbia, et recaetllir les partis de ses hommes qui n'avaient pas pu rejoindre. Malheureusement, là colonie perdit bientôt cet habile chef. Un b&tiroeQt américain parut, c'était le Castor : il était expédié par M. Astor, pour charger les pelleteries rassemblées à l'entrepôt, et les porter au marché de Canton. Hais auparavant, M. Hunt devait se rendre sur ce b&timent, à l'entrepôt russe de la nouvelle Archangd, situé à 20 degrés plus au nord sur la même côte, M. Astor ayant conclu avec la Russie un traité par lequel il se chargeait d'approvisionner régulièrement ce poste éloigné ; ce qui était en effet une combinaison habile pour se concilier la faveur de la puissance russe, qui s'étend et se fortifie de jour en jour dans ces parages. M. Hunt partit donc. Toutefois, avant de quitter la colonie, il expédia encore dans l'intérieur trois nouveaux détachements, dont deux ëtaîeat destinés à établir des postes de commerce dans la partie supé^ rieure du fleuve ; tandis que le troisième, composé seulement de sept hommes, devait repasser les montagnes Rochçuses, et porter des nouvelles à M. Astor. Nous ne redirons pas les nouvelles souffrances de ces hommes intrépides, obligés d'hiverner en route an
milieu des hordes ennemies, et qui n'atteignirent Saint-Louis que le 30 avril de Tannée suivante. Ils donnèrent une vive joie àM. Astor, prive de toutes nouvelles depuis deux ans. Mais, en ce moment même, sa colonie recevait un coup fatal. La lenteur des arrangements à faire avec lecommandant russe, quelques avaries survenues au CcMtt>r,avaientprolongérabs€incedeM.Hunt.Craignantde trop retarder le voyage de Canton, il se fit débarquer aux lies Sandwich, d*où il espérait rejoindre Astoria par le bâtiment que M. Astor devait y envoyer chaque année. Or, à cette époque, la guerre éclata entre TAngleterre et les Étals-Unis : le port de New-York fut bloqué; le bâtiment expédié tardivement, avec difficulté, fit malheureusement naufrage. Dans cet intervalle, un agent de la compagnie anglaise du Nord-Ouest, dont les postes touchaient & ceux des Astoriens, apprtt à ces derniers la nouvelle de la guerre, et leur annonça pompeusement la prochaine arrivée d'une frégate anglaise, qui viendrait foudroyer de ses batteries leur fort palissade. Le commandant astorien se laissa effrayer, ou peutêtre fut-il gagné par les promesses de la compagnie anglaise, dans laquelle un de ses proches parents était intéressé. Sans avoir vu la frégate, et malgré la désapprobation de plusieurs de ses collègues, il s'engagea, par une convention passée avec l'agent de la compagnie rivale, à lui remettre le fort d' Astoria, le l'** juin 18U, si M* Hunt ne reparaissait pas. Celui-ci revint le 20 août 1813, bien avant l'époque fatale, et s'opposa d'abord fortement & cet abandon. Puis il céda devant la crainte de l'expédition anglaise;'et il repartit pour aller fréter, aux lies Sandwich, un bâtiment où il pût charger les pelleteries entreposées au fort. Mais, durant cette seconde absence, l'agent de l'autre compagnie reparut avec soixante et dix hommes et dix canots, et il vint camper sous les petits canons d' Astoria. Ce déploiement de forces porta le dernier coup au commandant, qui livra la factorerie le f 2 décembre, céda les pelleteries à un prix désavantageux, et passa lui-même au service de la compagnie du Nord-Ouest. De
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sorte que M. Hunt, arrivant le 48 février 4814, trouva le pavilloo anglais arboré sur les palissades et la colonie conquise.
Lorsque M. Astor apprit cette fâcheuse nouvelle par ceoi df ses employés qui repassèrent les montagnes Rocheuses, il s*écn« qif il aurait préféré tout perdre par la force, et qu'il ne poorrail jamais se consoler d'une si honteuse capitulation. Toutefoia, luimême avait commis une faute grave, en ne choisissant pas av«f assez de discernement les chefs actifs des diverses parties de son entreprise.
Au retour de la paix, le traité de Gand rendit aux Élats-lîni< Astoria et tout le pays environnant. Un édit du congrès défendu en 4815 à tout sujet anglais de faire aucun commerce dans \e^ possessions américaines, et Toccasion semblait favorable ponr que M. Astor renouvel&t son entreprise. Mais les deux oomptgnies anglaises du Nord-Ouest et de la baie d'Hudson, réomes en une seule, occupaient par leurs agents tous les postes de la Columbia. Il fallait les en chasser par la force, et M. Asior w put déterminer son gouvernement à le soutenir. Bientôt le gouvernement anglais comprit l'importance future de ce douvmo pays, et chercha à s*en emparer. Une discussion s'éleva entre k^ deux puissances rivales, sur la limite de leurs possessions, mik la question resta indécise. Un traité provisoire, concla le SO octobre 4848, déclara que tout le pays situé à l'ouest des montagnes Rocheuses serait franc pour le commerce anglais et amérieaia pendant dix années, et que les deux nations auraient un égal droit de navigation sur ses rivières. En 4828, ce traité fut reooov^ sous les mêmes termes, et il doit expirer en 4838, dans l'anoi^ même où nous entrons.
Dans l'appendice joint à son ouvrage, M. Irving a inséré oo^ note sur le commerce des pelleteries américaines, qu*tl a extrait en grande partie d'un article du journal américain de SlUimaa, numéro de janvier 4834; et cette note nous fournit des renseignements sur l'état actuel d' Astoria entre les mains de la comp^
gnie de la baie d'Hudson. Le poste même d'Astoria a paru à cette compagnie trop éloigna de l'intérieur pour en faire son entrepôt central, et elle a établi sa principale factorerie plus haut, sur la Colûmbla, à cent milles de la mer. Cette factorerie est trèsH^n*» sidérable, et ses affaires sont représentées comme très-prospères. Le territoire entier, connu sous le nom commercial de Fur Countries, pays des pelleteries, lequel s*étend de la mer Pacifique aux montagnes Rocheuses, se trouve, d'après cette même note, par* tagé comme il suit entre les diverses compagnies commerçantes. Le nord-ouest est occupé par les Russes, depuis le détroit de Behring jusqu'au B3" degré de latitude. De là, jusqu'au sud de la Columbia, s'étend le domaine de la compagnie de la baie d'Hudson. L'espace restant jusqu'au golfe de Californie est exploité par deux compagnies américaines, la compagnie Ashley, dont les chefs résident à Saint-Louis, et une autre fondée à New- York, en 1831, par le capitaine Bonneville, dont les expéditions aventureuses ont été récemment publiées par M. Irving. L'ancienne compagnie créée par M. Astor, sous le nom de Compagnie américaine des pelleteries, a son siège actuel à Michilimackinac, au point de réunion des lacs Huron et Supérieur. De là elle exploite la vallée supérieure du Missouri, et envole ses bateaux à Yapeur dans ces solitudes si péniblement traversées à cheval et en canot par l'expédition de M. Hunt. Depuis la mer Arctique et la rivière de Mackensie jusqu'au golfe du Mexique et à la pointe de la Californie, T Amérique est envahie par les chasseurs. Le bison, le cerf, le castor, sont poursuivis dans leurs dernières retraités. -
Les Américains augmentent chaque année leur commerce avec la Chine, ce grand débouché des pelleteries; et, jusqu'à présent, lU n*ont dans la mer Pacifique aucun poste militaire pour protéger leur marine marchande et faire respecter leur pavillon^ Ils
« Ceci éUit eiact, en ISdS, quand cet article fbt écrit. Mais depois, la Caiiforoie, ce paye de Tor, s^est annexé à l'Union américaine comme état distinct;
doivent donc regretter vivement la perte d^Astoria» si bien placée sur la côte occidentale d'Amérique. En outre, le mouvement continu des émigrants vers l'ouest les rapproche des montagnes Rocheuses. Le hardi pionnier voit d'un oeil impatient cette barrière posée entre lui et l'Océan, qu*il considère comme sa liiuit<^ naturelle. Dans cet état de choses, le traité provisoire entre ÏXu gleterre et les États-Unis expire, comme nous l'avons dit» ceu^ année même; et, si TAngleteri^e eût été tranquille dans ses pos^sessions américaines, on peut croire que le désir de conserver la paix eût fait encore reporter à quelques années la question àes limites. Mais dans ce moment l'insurrection du Canada ^i^nt d'éclater ; et, si les troubles ont quelque durée dans cette cd^ nie, l'Angleterre se trouvera gênée pour soutenir par la fonv ses prétentions sur les districts de la Columbia. Tout porte donc à croire que les Américains se montreront plus exigeants dan» la rédaction du nouveau traité. De là peut naître une guerre oo se disputera l'empire des côtes naguère inconnues de Tocéan Paciflque; et dans cette guerre le cri de ralliement des Américains sera le nom d'Astoria.
Le récit du long et pénible voyage de M. Hunt nous a fait connaître les mœurs des Indiens de l'intérieur du continent, antoar de la grande chaîne des montagnes Rocheuses ; il noos le» a montrés hardis et cruels quand ils sont les plus forts, timides t : accueillants quand ils sont opprimés. Le Journal d'Astoria nott« donne sur les Indiens de la côte occidentale des détails qui oom* plètent le tableau de ces différentes races. Les Indiens de la ctife sont plus faibles que ceux de l'intérieur. Outre la singulière coutume d'aplatir la tête de leurs enfants, coutume que nous aïoo^ déjà citée, ils montrent une aversion marquée pour la barbe qu'ils s'arrachent poil & poil, tandis qu'ils laissent crottfe leur
et la puissance de cette grande république fédérât ive s*accrolt cb«qQ« j* dans rintéricur comme sur les oOtes qui bordent to continent.
chevelure. Ils sont polygames comme les autres Indiens. Ils ont quelque idée vague d'un bon esprit, créateur de toutes choses, lequel réside au ciel, et lutte contre un mauvais esprit qui habite le feu dans les régions inférieures. Leurs guerres sont peu sanglantes, et se terminent d'ordinaire par des compensations en esclaves, en chevaux, ou tous autres objets de service. Ils s'amusent à danser au son d'un instrument grossier, et surtout ils aiment les jeux de hasard. Ils s'y passionnent tellement qu'ils jouent tout ce qu'ils ont, jusqu'à leurs femmes et leurs enfants. Ces traits principaux se retrouvent chez les Indiens de Noutka, qui habitent la même côte, quelques degrés plus au nord, et qui nous sont connus depuis les voyages de Gook et de Vancouver. Ceci peut faire penser qu'ils ont la même origine. M. Irving trouve même assez d'analogie entre les habitudes des Indiens de la Columbia et celles des Esquimaux, modifiées par l'influence d'un climat tempéré. Comme les Indiens de Noutka, les riverains de la Columbia sont industrieux et montrent quelque désir d'imiter les arts européens : un de leurs chefs se tenait même assidûment à la forge de la nouvelle factorerie. Mais la distance entre l'homme civilisé et l'homme sauvage est trop grande pour que celui-ci s'en tienne à la simple admiration. En voyant les produits d'une industrie qu'il ne pourra de longtemps imiter, il ne peut résister à l'envie de se les approprier : il devient plus rusé, plus voleur qu'auparavant, et ceci explique comment les relations commerciales des blancs avec les Indiens tendent plutôt à dépraver qu'à améliorer le naturel de ces derniers.
Au reste, bientôt le commerce des pelleteries ne sera plus dans ces contrées qu'un objet secondaire. Car les animaux qui fournissent ces pelleteries diminuent rapidement par le massacre irréfléchi qu'en font les chasseurs, et encore plus par rétablissement du pionnier dans les forêts, dans les marécages, où ils trouvaient leur asile et leur nourriture. La culture, avançant comme le flot, envahit tout le terrain, et chasse devant elle le
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bison, l6 cerf, le castor, en général tous les animaux sauvage dont se nourrissent les peuplades indiennes K Ainsi affamées, tvi peuplades doivent donc accepter comme un arrêt de vie ou de mort la civilisation de l'homme blanc ; et, si elles refusent de s } plier, elles disparaîtront toutes du sol de rAmérique, comme om disparu les Indiens de la côte orientale devant les premiers plaih tiurs européens.
ADDITION
Aux renseignements contenus dans ces article» sur les premières entreprises commerciales des Européens à Touest d*^ montagnes Rocheuses, on peut utilement ajouter quelques nouveaux détails, qui ont été recueiliis par le lieutenant Chsr!«^ Wilkes, de la marine américaine, dans son célèbre voyage d-
* Ce ne sont pts Mulement les «nimaux terrestres qui cèdaot U l*hoinme civilisé. Le capitaine Bonneville, dans son ouvrage récent, renu- , ' que les grandes bandes de dindons sauvages ont abandonoé les routes de leurs migrations annuelles, pour échapper aux aiceintes des blancs ; et il dit aussi que les abeilles sauvages, ne retrouvant plus les fv * qni leur servaient d'asile, se sont retirées à Touest vers les montagOA. ^i leur riche récelte introduit de nouveaux sujets de guerre antre les les colons^.
* M. Uvfogtton, daot son voyage en Afrique, a égaleneot rrmannié, q«e In Movayca les plut redoutables par leur force, IW^bant, le buffle, le llott fliABe. ^ «^^ floonent blrnlôt les for<^t^, les prafrlen, Im d^seits, leurs anrieos donuitoea, qaaA<t -l* « volent attaqués par riioinme reuni d'armes à teu. 4. B.
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circumnavigation, dont j'aurai plus loin occasion de rendre compte. Ce navigateur a fait, dans Tannée 4 841 , une longue station à Tembouchure de la Col umbia ; et après avoir mis ses navires en sûret^, il a débarqué de sa personne aux environs d'Astoria, d'où il s*est avancé dans l'intérieur, pour constater par lui-môme, Tétat ainsi que la nationalité des établissements de commerce actuellement existants sur la portion du territoire des Fur Counr tries que le traité de Oand a restituées aux Américains. Il a r^ connu, non sans regret, que le commeroe de la Columbia et de ses affluents, était presque tout entier dans les mains de la compagnie anglaise d'Hudton, paisiblement établie au fort Van* couver, d'où elle rayonnait au loin sur tout le pays, par ses agents, ses trappeurs, et ses postes de ttaQc, habilement établis sur tous les points de la cûte où l'on peut aborder. L*unité d'organisation intérieure de cette compagnie, et la puissance de ses capitaux, jointes à l'ancienneté ainsi qu'à la constance de ses relations avec les naturels, et avec les Européens que l'esprit d'aventure amène à se fixer dans ces parages, lui donnaient sur toute entreprise particulière, des avantages que rien ne peut balancer. Hais déjà, en 1841, la récolte des pelleteries n'était plus qu'une partie minime et peu proQtable de ses opérations. Le fort Vancouver était devenu un grand établissement manufacturier, agricole, et un dépôt de vente des marchandises d'Europe aux naturels de Tintérieur. La pèche du saumon, régulièrement organisée, avait presque remplacé la chasse du castor ; et des mour lins à scie, préparaient des carjgaisons de planches pour les tles Sandwich. Les ouvriers, les employés, attachés au service de la compagnie, étaient maintenus dans des habitudes d'ordre et de conduite parfaitement réglées. L'usage des liqueurs fortes y était interdit; le christianisme pratiqué; la liberté de conscience respectée. Le service religieux s'y faisait alternativement, et en bonne intelligeûcet par des ministres protestants et des prêtres catholiques, pour les individus de ces deux communions. En
ojo mot, c'était comme une petite cité, policée, indostneas^. et chrétienne, établie en ce point du désert.
Le lieutenant Wilkes eut l'occasion de voir un missionnaire américain, venu dans ces contrées avec sa femme et ses enfants, pour apporter rÉvangile aux sauvages, et aussi des missionnailv:^ catholiques envoyés d'Eu rope pour le même motif. Le jugement qu'il porte sur leur aptitude inégale à remplir cette tâcbe <^ trés-remarquable, surtout venant d'un sincère protestant comme lui. Le missionnaire américain est profondément découragé; il se plaint du froid accueil, et même des difficultés qu*il ëprouw de la part de l'agent anglais du fort Vancouver, qui a refusé ^ lui acheter des fourrures acquises des sauvages, ne devant pas. dit-il, encourager l'extension de ce commerce par des personne^ étrangères à sa compagnie. Il ne voit pas la possibilité de subsister dans cet abandon, et n'aspire qu'à s'en retourner dans soi pays natal. Le missionnaire catholique n'a de compagnie quf Dieu. Il est pauvre, n'a rien à vendre, et ne cherche point à acquérir. Il supporte patiemment les misères auxquelles il s*est attendu, et poursuit son œuvre avec persévérance, jusqu'à y nnmhr Cette différence de force morale, et par suite de succès religieu\. s'explique par la différence des nécessités personnelles auxqnelk> ces deux hommes sont soumis. Supposez-leur un zèle égal, ul^ égale vertu : le premier sera, en général, chargé de famille, rt ne pourra convenablement l'entretenir, même ht sustenter, aviv la faible rétribution que lui fournit l'association de per5onDe> privées, qui l'a expédié au loin, avec sa provision de bibles, i faut donc, presque forcément, qu'il tâche de se procurer le surplus en se mettant à trafiquer pour son propre compte ; ou que. gagnant la confiance des chefs du pays, il leur enseigne et ktr fasse pratiquer, à leur profit et au sien , les inventions fis€al'-^ des vieilles sociétés civilisées, impôts, taxes, douanes, monopu)^ du commerce, toutes choses dont ils ne s'étaient pas avisés. Dt&> ces deux cas, son intérêt personnel, d'accord avec l'esprit de
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tionalité, le portera naturellement à faire pré?aloir, et à rendre. s'il se peut exclusifs pour ses compatriotes, les avantages des relations qu'il aura ouvertes ; en sorte qu'il se troorera ainsi devenu un agent politique, beaucoup plus réellement qu'un apôtre chrétien. Que l'on dise si ce n'est pas là précisément ce qui est arrivé, ce qui se voit encore dans les archipels de la Polynésie, et partout ailleurs, où les missionnaires anglais et américains sontpervenus à s'introduire et à dominer I Le rôle du missionnaire catholique, est tout autre. N'ayant besoin pour lui-même que des aliments qui suffisent à la vie de chaque jour, il se les procure à peu de frais par d'humbles échanges, ou par le travail de ses mains. Pauvre avec les pauvres, il s'identifie aux populations qu'il visite, et pour prix des instructions qu'il leur donne, il ne leur demande que d'en être toléré. Qu'il les trouve déjà prématurément infectées des vices apportés par les aventuriers européens, ou tout à fait sauvages, il ne voit en elles que des portions égarées de la grande famille humaine, que Dieu lui a donné la charge d'éclairer, d'améliorer, d'instruire, et de ramener par le bienfait de rÉvangile, à un mode de vie régulier, laborieux, paisible, en un mot chrétien. Si, comme conséquence nécessaire, cette transformation morale fait naître entre elles, et les nations anciennement civilisées , des communications de commerce, profitables aux unes comme aux autres, il ne cherchera pas à user de son influence pour les rendre particulières et exclusives. Sans éteindre en lui le souvenir de la patrie, sa catholicité le rend indépendant des exigences de nationalité. N'étant pas obligé de développer ces relations, à tout prix, pour la satisfaction de ses protecteurs, ou pour son avantage propre, il pourra employer toute son influence, à défendre ses pauvres néophytes, contre la contagion des vices nouveaux, et des habitudes immorales, que leur apporteront les grossiers équipages des navires de commerce, ou les aventuriers qui viendront se mêler à eux pour les exploiter. En comparant ces différences de position, devra-t-on s'élonner, si,
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partout où les misslontiftlres (Atholtques, les Français surtout, ont pu Ubrdmdût s'installer, leur action purement charitable ec désintéressée» a été plus moralement fructueuse et profitable aiii indigènes, que celle des missionnaires protestants I On peut iih voquer sur oe fait, les témoignages unanimes des officiers de U marine française, qui, depuis trente ans» ont risité les archipels de la Polynésie, où les deux systèmes de missions ont été appliqués à des populations analogues. Us ne me démentiront pa». J*en appellerai particulièrement, avec autant de confiance que d*estime, au capitaine Tardy de Montravel, dont nos missioDs françaises de la Nouvelle-Calédonie, ont conservé un si loochint souvenir. Les observations personnelles, que cet excellent homme a bien voulu me communiquer, m*en ont appris sur ce snjei bien plus que je n'ai voulu en dire ^
* Sur les missions f^Aoçaises de l*Orégon, 6b la Cà1ifo^aie, et de IXMaaie en général, consultes les volumes dos Àtmmîei d9 (a prûpagaiion 4ê U frt p>ar les vingt dernières années. Dans ces simples récits, de pauvres prètm, (|u * partagent les misères des populations, vous trouvères mille fois plus de àéiill< de mœurs intimes, et sincèrement observées^ que n*ea foamiraient des vojae^ de passage. Comparez alors, le sort de ces apôtres, avec l'existence maiccifique que s'était faite, par exemple, à Taiti, le fameux Pritchard, avant Tiatenrention des FHuiçais* J. B.