‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 4)Chapitre 9 sur 33 · AUGUSTIN-LOUIS CAUCHY · texte numérisé non relu

AUGUSTIN-LOUIS CAUCHY

LETTRE A M. DE PALLO0X, MEMBRE DE lVgADÉMIB. FRANÇAISE.

< Monsieur et trè»-hoDorable confrère.

« Vous avez pensé qu'il y aurait un intérêt moral, autant que «cientiaque, à montrer au public de notre temps, sous ses traits véritables, comme savant et comme homme, le mathématicien illustre que l'Institut vient de perdre. Je m'associe de grand cœur à ce sentiment. La vie d'Augustin Cauchy offre en effet un exemple complet de la vertu chrétienne , unie aux plus hautes facultés de Tintelligence. Il a été un des géomètres les plus éminents que la France ait produits ; et son caractère personnel n*a pas été moins remarquable que son génie mathématique. Le court délai et le peu d'espace que vous pouvez m'accorder ne me permettraient pas d'exposer, d'analyser, les innombrables mémoires qu'il a écrits sur des sujets divers. D'ailleurs, cette œuvre exigerait une main plus forte que lamiennCi et elle ne serait in--

telligible qu*aux savants de profession. Je me bornerai donc à signaler les plus importants de ses travaux et à marquer la place qu*ils occupent dans la science. Mais ce que je voudrais surtout faire voir, c'est la nature de Tesprit fécond d*où ils ont découlé, l'influence que les circonstances extérieures ont exercée sur son développement, et les rares qualités de cœur qui s'y trouvaient associées. Tel est le plan, telle est Tintention de l'esquisse que je vous présente.

< Augustin Cauchy a eu le bonheur d'appartenir à cette classe moyenne de la société qui n'est exposée ni aux souffrances de la pauvreté ni aux dangers de la richesse. Né le 2f août 4789 d'une famille pieuse, les désordres qui suivirent cette époque n'atteignirent point son enfance. Son éducation classique, commencée de bonne heure par son père, se continua plus tard, sous d'habiles professeurs, à l'École centrale du Panthéon. Il en sortit en 4804, à r&ge de quinze ans, après deux années de rhétorique, remportant au concours général le deuxième prix de discours latin, le premier de version grecque, le premier de vers latins. Cette universalité de succès lui fit décerner par l'Institut la couronne réservée à l'élève des écoles centrales qui s'était le plus distingué en humanités.

« Je ne dois pas laisser ignorer, pour notre enseignement à tons, que cette abondante provision d'éducation classique fut donnt^ à Cauchy d'après le conseil de Lagrange. Ce grand géomètre était membre du Sénat, dont le père de Cauchy était secrétairearchiviste. A ce titre, celui-ci lui présenta plusieurs fois son (ils ; et Lagrange, ayant remarqué les dispositions précoces de l'enfant, dit au père ces propres paroles : « Ne lui laissez pas ourrir un livre de mathématiques ^ ni écrire un chiffre, avant qu'U au acheté ses études littéraires, » La leçon est bonne à retenir» venant d'un esprit si fin et si étendu. En effet, il ne parut pas alors que cet exercice préalable de Tesprit fût une préparation aussi inutile aux études de sciences que l'on voudrait nous le faiiv

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croire aujourd'hui. Après avoir suivi, pendant une seule année, ie cours public de mathématiques d*un excellent professeur, Dinet, le jeune Cauchy se trouva en état de se présenter aux examens d'admission de l'École polytechnique. Il fut reçu le deuxième de la liste, en 4 805, à seize ans ; et ses deux années de cours étant terminées, il sortit le troisième en 4807. L'apprentissage scientifique ne fut donc rendu ni moins prompt ni moins facile à cette jeune intelligence, pour y avoir été préparée par l'étude des lettres, comme Lagrange l'avait conseillé. En quittant J'école, il choisit la carrière des ponts et chaussées, où il entra le premier de sa promotion. Il en parcourut rapidement les grades inférieurs, fut employé à plusieurs travaux de construction, et devint ingénieur en chef en 4 825. Mais ce n'était pas là que son génie l'appelait.

» N'étant encore qu'aspirant ingénieur, le 6 mai 4 84 4 , à l'âge de vingt-deux ans, il présenta à la classe des sciences mathématiqueà^de l'Institut un mémoire sur les polyèdres géométriques, qui fut extrêmement remarqué. Il y généralisait un théorème d'Euler, et complétait la théorie d'une nouvelle espèce de polyèdres réguliers découverts par M. Poinsot. Legendre, le plus austère de nos géomètres, regarda ce mémoire < comme la produc- « tion d'un talent déjà exercé, et qui devait, par la suite, obtenir € de plus grands succès. » Il engagea le jeune auteur à poursuivre ce genre de recherches, pour tâcher d'établir un théorème également relatif aux polyèdres, que supposent certaines définitions d'Euclide, et dont la démonstration n'avait pas encore été obtenue. Cauchy la donna en 4842. Dans le rapport que Legendre en fit à l'Académie, il exprima son approbation avec un entraînement qui lui était peu ordinaire. « Nous n'avions voulu, « dit-il, que donner une idée de cette démonstration, et nous c l'avons rapportée presque tout entière. Nous avons ainsi fourni < une nouvelle preuve de la sagacité avec laquelle ce jeune géo- « mètre est parvenu à vaincre une difficulté qui avait arrêté les

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