II
Fortunées et pour tous les pays méridionaux. Les hommes y trouvent une vie facile? Eh bien"! où trouve-t-on une vie plus facile et plus abondante qu'en Flandre? Quant aux vents qu'Éole envoie, ce n'est assurément pas ce qui y manque. Pour le roux Rhadamante, ce caractère de rotbx est encore parfaitement confirmé, car on sait que la plupart des Flamands sont blonds, et ce Bom de Rhadamante est encore aujourd'hui celui des magistrats appelés Raedmans chez les Hollandais. Ces lieux, dit Protée, sont situas aux extrémités de la terre. Or Virgile a dit : Extre-^ mique hominum Morini Rhenusque bicornis. Les extrémités de la terre étaient donc, suivant les anciens, situées à l'embouchure du Rhin, Cette embouchure était autrefois formée de deux bras dont l'un s'appelait Hélium^ suivant le témoignage de Pline et de plusieurs autres auteurs. Remarquez bien cet*^Hélium, dit M. de Grave, c'est là le point central de la mythologie ; observez surtout que le mot hélium devient dans la langue du Bas-Rhin HELiSGH ou HELisH. D'après'cela, les champs arrosés par l'Hélium, ne peuvent pas être appelés autrement que Helishe Campen, d'où l'on a fait depuis les champs Élysées ; et voilà justement le vrai site des champs. Élysées retrouvé par cette indicatian.
Ce n'est pas tout : les champs Élysées étaient dans l'enfer. Or, HEL, en langue du Rhin, signifie enfer ^ le pays en porte encore le nom ; on dit encore aujourd'hui Hel-land, et^ par corruption, HoLLAND, pays d'enfer. Nous l'appelons Hollande en français. L'entrée de l'Hélium se nomme encore aujourd'hui Hel-voet, c'est-à-dire Pied de l'Enfer. Les lies de l'Hélium, théâtre de toutes les merveilles de Tancienne mythologie, s'appellent encore de nos jours , sans qu'on y prenne garde , les îles fortunées ; car le nom de Zélande ne vient pas, comme on pourrait le croire, de zee, mer, et land, terre; mais du saxon zel ou ZALIG , heureux , fortuné. Zélande, pays fortuné ; îles de la Zélande, lies fortunées.
Pojur bien comprendre la merveille de cette explication, et en
HBÏ^ANGES SCIENTIPIQUEP ET LITTÉRAIRES. U7
Vérifier la parfaite justesse 4aD8 les moindres détails, il faut suivre pas à pas Je récit qu'Homère nous fait du voyage d'Ulysse , non point quand il le fait partir des rives de Troie , ou aborder dans les lies connues de la Méditerranée, mais dans son voyage aux sources de Focéan Atlantique, que Ton a mal à propos regardé comme fabuleux. Suivant M. de Grave, le héros, après avoir débouch'é du détroit de Gibraltar dans la mer occidentale, remonte vers.le nord, en suivant les côtes; il fonde en passant JJlissipo^ aujourd'hui Lisbonne; touche en Angleterre , on ne sait trop pourquoi , car ce n'est pas là le cheinin dlthaque ; et enfin il arrive, dans la patrie des Atlantes , c'est-à-dire dans la Flandre d'aujourd'hui. Il débarque à Blackemberg; précisément à côté de ce port, se trouve encore aujourd'hui un village nommé UussEGpEM, ou, ce qui revient au même, Ulisse-ghem, Ulyssis ^DEM : cela signifie à la lettre, séjour d'Ulysse. Tout près de là est un autre village qui s'appelle encore maintenant Lis-Weghe ou Ulisse-Weghe, chemin d'Ulysse. En pénétrant dans les terres, on trouve tout de suite As-bourg, ou, en langue teutone, cité de DIEU, ce qui indique que l'on est déjà sur le territoire des Dieux ou des Atlantes. Pour aller d'Asbourg à l'île de Circé, on passe dans l'île de Walcheren; le premier endroit qui se présente est Flissingue, ou mieux Ulissingue, qui rappelle encore le nom d'Ulysse. Enfin , on arrive à l'île de Schowen , qui est I'Œa de CiRcÉ ou CiRGEA. Son uom s'est conservé, dans celui de sai capitale ZiEniKSÉË , qui est un composé un peu altéré de Kirke et de ËE, dont on a fait Kihkoëa ou Gircea.
Or, kirken, en flamand, signifie église: aipsi on dit duur kircKen^ église des dunes; c'est notre Dunkerque. Kir kœa on Circea n'était donc pas une magicienne , comme on l'a cru trop longtemps. C'est l'emblème de la primi^v^ église , et notre auteur en prend occasion de réfuter les calomnies que l'on s'est permises sur le compte de cette déesse , dont on a fait mal à propos Femblëme de la séduction. Il n'y a pas de dou|e que Circea
OU Kirkea étant la primitive église, comme M. de Grave le montre, ces idées injurieuses tombent d'elles-mêmes; mais il faut convenir aussi que ceux qui se les sont faites étaient excusables, tant le texte d*Homère est positif, lorsqu'on le prend au réel et non pas au figuré.
Qu'fillait donc faire Ulysse chez cette Circea , ou dans cette église? Belle demande. Il allait se faire initier aux mystères des Atlantes, mystères où Ton dévoilait les lois du système du monde et la connaissance de la divinité. Ces communications sq faisaient alors comme elles se sont faites depuis chez les prêtres d'Egypte, avec un appareil mystérieux, parmi des tombeaux, au milieu des ténèbres et des apparitions. Voilà pourquoi Homère nous apprend que Circé engagea Ulysse à descendre aux enfers. Le lieu de l'initiation était placé dans les îles du Bas-Rhin; il fallait, pour y arriver, entrer dans une barque qui était proprement kerck'bere, la barque de l'église, d'où est venue l'idée fabuleuse du chien Cerbère, dont les trois têtes répondaient à trois branches du Rhin. Les serpents, dont cette tête était hérissée, désignent les rivières de la France et de l'Allemagne qui se jettent dans ce grand fleuve. C'est là qu'Hercule raconte ses travaux à Ulysse , c'est-àdire qu'un habile ingénieur Atlante enseigne à ce héros la construction des écluses et des digues, au moyen desquelles on est parvenu à délivrer le pays des ravages des eaux. Le reste de l'initiation d'Ulysse n'est pareillement qu'une pure allégorie,
Sonl-ce là les seules conséquences de la découverte du pays des Atlantes ? Non, sans doute; les trois volumes que nous analysons contiennent beaucoup d'autres explications aussi justes, aussi certaines, aussi merveilleuses que les précédentes. Mais ce qui précède suffira pour faire connaître la marche et la méthode de l'auteur. Je ne puis pourtant me refuser à rapporter encore ici trois étymologies si curieuses, qu'à les passer sous silence, on pourrait être justement soupçonné d'envie et d'injustice.
On a cru jusqu'ici que Tyr et Sydon étaient deux villes Phéni-
ciennes. C'est une erreur, et voici ce qui y a donné lieu. Les Atlantes connaissant le cours des astres, et habitant un pays maritime, étaient naturellement grands navigateurs ; quelquesuns d'entre eux qui étaient marchands, et qui s'appelaient en flamand veneti, du verbe venten, vendre, fondèrent Tyr et Sydon dans leurs voyages; depuis, on les a par corruption appelés VÉNITIENS, et ensuite Phéniciens, le ph grec remplaçant noire lettre v.
Mais pourquoi nommèrent-ils ces colonies Tyr et Sydon ? c'est que les uns étaient de Douvres, les autres de Saint-Omer. Douvres e8t un mot corrompu de dure ; deure, porte , en anglais door. Dure et tur sont les mômes termes. Thura en grec signifie aussi porte. La ville de Tyr était la porte de la Phénicie, comme Douvres était la porte de l'Angleterre.
Quant à la ville de Saint-Omer, elle se nommait autrefois Sithium ou Sithuin ; c'est la même chose que Sithuin, Siduin , Sidun, Sidon : tous ces mots signifient également dunes de la . MER. La ville de Sydon était bâtie sur les bords de la mer de Syrie. Sous ce rapport elle se trouvait dans le même cas que Saint-Omer. Tyr, comme étant la porte de la Phénicie, se trouvait dans le même . cas que Douvres. Les Phéniciens ont tiré parti de ces analogies, pour donner aux villes de leur nouvelle patrie des noms qui leur rappelaient l'ancienne. C'est ainsi, remarque judicieusement notre auteur, que les Européens ont consacré la nomenclature topographique de leur pays dans leurs colonies d'Amérique.
D'après ce que Von a vu tout à l'heure de la minutieuse fidélité d'Homère dans sa description de l'Atlantide ou de la Belgique, on conviendra facilement qu'Homère ne devait pas être Grec de naissance,, mais Belge. C'est aussi l'idée de M..de Grave, et il revendique par les preuves les plus fortes les droits que nous avons à regarder ce grand poète comme un de nos compatriotes Atlantes. Il est vrai qu'il a écrit en grée, et avec une perfection si grande qu'elle pourrait faire illusion sur sa patrie; mais comme il a fait
indifféremment usage de tous les dialectes usités dans la Grèce, on en doit conclure avec M. de Grave, qu'aucun de ces dialectes n'était naturellement le sien. Et enfin, puisqu'il est prouvé qu'il doit être Flamand , et qu'il a chanté l'Atlantide, quoi de plus naturel, de plus juste et de plus simple que de lui donner pout patrie la ville de l'Atlantide qui porte encore son nom, la ville de Saint-Omer, appelée autrefois dans les chartes Civitas sancti Homeri ?
Ces découvertes de M. de Grave , en nous éclairant sur le véritable sens de la mythologie ancienne , détruisent plusieurs interprétations fausses que l'on avait voulu donner d'Homère* Il devient évident, par exemple , que ce grand poëte n'a pas ^u pour objet dans son Odjssée de chanter la Passion de N.-S. Jésus-Christ, comme quelques-uns l'avaient présumé ; il n'a- pas voulu davantage faire de l'Iliade l'emblème des grandes inégalités qui affectent les mouvements de la planète Jupiter et de la planète Saturne, comme d'autres persounes l'avaient cru d'après un grand nombre d'allusions, à la vérité fort plausibles. Désormais toutes ces chimères s'évanouissent, et Homère démeure pour toujours un ex^ cellent poëte flamand qui a chanté la ii'landre en grec.
Il y a une maladie assez commune que Ton nomme la Jaunisse, dans laquelle toute la surface du corps devient jaune, et l'on assure même (Jue les malades voient tous les objets teints de cette couleur. Ici l'on pourrait dire que M. de Grave a vu tout, Bdgz^ Mais quelle différence entre ces deux genres d'affection I L'un n'amèhe avec lui que la mélancolie et la tristesse ; au lieu que TillusioU de M. de Grave a dû être pour lui la source d'une infinité de jouissances qui se renouvelaient à chaque instant. Sans doute il ne pouvait revoir de nouvelles preuves de ses chimères favorites, sans se croire transporté dans le séjour des héros et des dieux; et il devait d'autant mieux sentir ces jouissances , qu'à en juger d'après son ouvrage, il devait avoir une grande érudition , des connaissances très-variées en littérature et en histoire, enfin toute
Fimagination qu'il faut pour jouir des beautés littéraires. Avec tout cela il avait été se jeter dans des idées si romanesques, qu'elles ne pouvaient avoir de résultat réel que pour lui seul : mais ce résultat a dû être le bonheur de sa vie. Serait-il donc possible qu'il y eût quelquefois plus d'avantage à vivre avec l'erreur qu'avec la vérité ?