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nique qu'il exhale? ou quelque portion serait-elle absorbée par des combinaisons de nature différente, (lont les produits pourraient être, soit exhalés de iriéme, soit fixés à Tintérièur? lAvoisier croyait à cette absorption partielle; et il supposait que la portion de Foxygène ainsi consumée, était employée à brûler l'hydrogène contenu dans le sang, pour former de l'eau. C'était là une induction séduisante, mais dépourvue de preuves; et même, le dédoublement de l'oxygène qui lui servait de base, ne pouvait s'inférer des expériences de Lavoisier qu'avec beaucoup de doute, à cause des incertitudes qu'elles présentaient, sur les quantités absolues, tant d'oxygène fourni, que d'acide carbonique formé. Celles que l'on avait entreprises après lui pour décider ce point de fait, n'étaient guère plus concluantes sous ces deux rapports. Les unes disaient oui, les autres non, presque avec d'égales probabilités. La question se trouve résolue dans le mémoire dont nous avons rendu compte; et la manière dont elle y est préparée la rend très-simple, quoiqu'elle en ressorte beaucoup plus générale qu'on ne le croyait.
En effet, reprenons les données que nous y voyons établies. Nous connaissons, rigoureusement^ le poids absolu de l'oxygène sec qui a été consommé par un aniniial dans un temps donné. Nous connaissons non moins rigov/reusement^ le poids d'acide carbonique sec qtfil a exhalé dans le môme temps. Ce dernier contient un poids d'oxygène calculable. Comparons-le au poids total de l'oxygène consommé. SU est moindre, le reste a été absorbé dans d'autres produits ; s'il est plus grand, il y a eu de l'oxygène exhalé; s'il est égal, il ne s'est opéré ni absorption, ni dégagement* La déduction est nette et claire. Il suffît que le mot rigoureusement puisse être employé, à bon droit, dans ses deux prémisses. Toute la difficulté était là. Elle n'existe plus.
Maintenant voici le résumé de plus de cent expériences, sur les animaux de toutes classes. Dans le très-grand nombre des cas la totalité de Foxygène consommé ne se retrouve pas dans l'acide
carl)omque, La portion complémentaire est donc employée & d'autres combinai^onsT. M. Regnault présente de ce fait une raison très-plausible ; c'est que Tacte de la digestion donne naissance à beaucoup de produits plus oxydés que les aliments. Il faut bien alors que Toxygène nécessaire pour les former soit fourni par la respiration. S'il en est ainsi, la quantité d'oxygène fixée devra varier avec le mode d'alimentation. C'est en effet ce que les expériences montrent; et la différence n'est pas seulement sensible entre des animaux de diverses classes, mais dans la même classe, et pour un même individu, quand la nature des aliments est changée. La plus grande absorption d'oxygène a lieu quand les animaux sont nourris à la viande ; elle est moindre quand ils sont nourris de légumes; moindre encore quand ils sont nourris de pain ou de grains. Dans ce dernier cas, elle peut devenir nulle, quelquefois même se changer en exhalation. Les animaux soumis à une diète absolue absorbent toujours de l'oxygène ; et, à peu près, comme s'ils étaient nourris à la viande,^ En effet, dans ce cas, le carbone qu'ils fournissent à la respiration ne peut Tenir que' de leur propre substance. Cet acte s'accomplit donc alors chez eux, comme s'ils étaient carnivores, fussent-ils des oiseaux, dont le grain est l'élément naturel. Dans ce résumé concis, j'omets nécessairement une infinité de détails curieux, pour ne m'attacher qu'aux résultats généraux, et je me trouverai astreint à la môme gêne dans ce qui va suivre. J'ai d'ailleurs à peine besoin d'avertir que tous les faits, tous les rapprochements qu'on y trouvera, aont propres m\ auteurs du mémoire. Je me borne à les condenser, pour y prendre les éléments des discussions qu'ils ont établies ; et je commencerai par les suivre ainsi dans la recherche des pauses qui maintiennent la température propre des êtres vivants.
Que la combustion interne du carbone qui sert à former l'acide carbonique exhalé, soit une des sources de la chaleur animale, on n'en peut 4outer. Ce fait ne se découvre pas seulement, comme
étant une conséquence nécessaire du dégagement de chaleur qui s'opère toujours quand le charbon brûle. Il se manifeste encore dans les variations que la respiration subit, selon que les circonstances Texigent, pour entretenir la constance de la température propre. C'est ce que les auteurs du mémoire ont établi par des expériences spéciales ; soit en élevant ou en abaissant la température de l'espace dans lequel ils renfermaient les animaux ; soit en les faisant respirer dans une atmosphère artificiellement surchargée d'oxygène, ou dont l'azote était remplacé en trèsgrande partie par de l'hydrogène. Toujours ils ont vu l'orgailisme s'adapter à ces mutations. Ainsi, pour un même animal, la respiration devient plus abondante quand la température du miheu ambiant est plus basse ; ou, quand l'azote de son atmosphère artificielle est remplacé par de l'hydrogène, dont le pouvoir refroidissant relatif est beaucoup plus considérable. Cette substitution n'a d'ailleurs aucun inconvénient,- pourvu que l'oxygène ne manque pas ; et il se consomme seulement un peu plus de ce gaz. C'est pour cela encore que les animaux de même classe consomment, dans un temps donné, une quantité d'oxygène d'autant plus grande, relativement à leur masse, qu'ils sont plus petits ; la déperdition de la chaleur, par leur surface externe, étant proportionnellement beaucoup plus considérable chez les petits que chez les gros. Par exemple, la consommation de l'oxygène, pour cent grammes de substance, est dix fois plus forte chez les moineaux que chez les poules. Mais, en reconnaissant la réalité de l'effet calorifique opéré par la respiration, il ne faut pas supposer qu'il soit le seul de ce genre qui s'opère dans l'organisme des animaux. Leur estomac est un laboratoire de chimie en continuelle activité. Pendant que s'accomplit en eux ce miracle de tous les jours, la digestion, les matières qui constituent leurs aliments subissent une multitude d'élaborations chimiques. Elles se désagrègent, se liquéfient, se décomposent, puis se groupent en produits nouveaux, qui, charriés par des routes certaines, vont se
distribuer dans toutes les parties du système à leurs places propres, ou sont expulsés comme devenus inutiles. Ces transformations, et ces assimilations de substances, qui s'opèrent dans les organes, ne peuvent s'accomplir sans donner lieu à des dégagements et à des absorptions de chaleur, qui concourent, pour constituer la température propre, avec la combustion incessante de carbone que décèle Texhalation de Tacide carbonique. Cette température n'est donc pas Tefifet simple d'une cause unique, comme Lavoisier le supposait; et comme on Tarait cru d'après lui. Elle est la résultante complexe d'une multitude d'effets, dont l'accomplissement est trop variable et trop caché pour que l'on puisse les apprécier isolément. Ils changent pour un môme animal avec le mode d'alimentation, dans les alternatives de mouvement ou de repos, et aux diverses phases de la digestion, même régulière. Ils se dénaturent entièrement, si elle se trouble. Un chien avait servi à plusieurs expériences, sans accident. Une fois, ayant mangé trop gloutonnement, il fut pris d'indigestion sous la cloche; il vomit ses aliments, les avala de nouveau, les vomit une seconde fois, les ravala encore, après quoi il resta en expérience durant dixhuit heures sans apparence de malaise. Il y eut une très-faible exhalation d'azote, une abondante consommation d'oxygène pour former de l'acide carbonique; mais, par extraordinaire, on trouva dans la cloche près de deux litres d'hydrogène qui avaient été exhalés. Dans une digestion régulière, cet hydrogène aurait été brûlé intérieurement pour former de l'eau ou d'autres produits ; et ces opérations auraient donné lieu à un développement de chaleur interne tout différent de l'exhalation à l'état de gaz . Les auteurs du mémoire ont établi très-judicieusement toutes ces distinctions. Nous avons vu que leur manière d'opérer faisait connaître la nature et la quantité des gaz absorbés ou dégagés, dans un temps donné; par un animal, en vertu de toutes les actions qu'il exerce sur l'atmosphère qui l'çnviroftne; mais sans distribuer le résultat général entre les diverses parties de l'organisme qui concourent
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à le produire. Cette subdivision a été Tobjet d'expérienôes spé* ciales» qui ont été effectuées sépairément stif les animaut h sàûg chaud et h sang froid, dans lesquels ôes deui particulairitës dé leur constitution Indiquent déjà que les porportions du partage doivent être fort différentes, ou même inverses. Elles ont été en effet trouvées telles. La* conclusion générale se résume dans l'énoncé suivant : chez les mammifères et les oiseaux, la quan* tité d*acide carbonique qui se forme au contact du corps et qui se dégage par le canal intestinal, est toujours très-petite; elle s^élève rarement à ^ de celle qui est fournie par la respiration pulmonaire. Il ne se dégage par les mêmes voles que des traces d'ammoniaque, et des quantités excessivement petites de gaz sulfurés. En somme, dans les animaux à sang chaud, la respiration pulmonaire prédomine tellement sur les causes secondaires d'exhalation et d'absorption qui l'accompagnent, que toutes les particularités qui la caractérisent, peuvent se conclure des observations faites sur la perspiration totale, comme si elle y était seule active. Au contraire, dans les animaux à sang froid, c'est la respiration cutanée qui prédomine , et à un degré tel, que, par exemple, des grenouilles auxquelles on avait enlevé les poumons continuèrent de respirer pendant plusieurs jours à peu près avec la même activité, absorbant et dégageant les mêmes gaz, à peu près en même proportion, comme aussi en quantités absolueaà peu près pareilles. Toutefois, les conséquences de cette expérience, s'appUquent seulement aux conditions dans lesquelles elle a été faite. Car les observations d'Edwards rendent très^présumable que, chez ces animaux, la respiration pulmonaire et la respiration cutanée, ont des énergies relatives variables, dont les rapports changent aux différentes époques de leur vie, et avec les saisons. La respiration des vers de terre a été trouvée à peu près pareille à celle des grenouilles , dans toutes ses particularités d'absorption et d'exhalation. Celle des insectes, par exemple des hannetons et des vers à soie, s'est montrée relativement beau-
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coup plus active. La consommation d'oxygène, pour un poids égal de ces animaux, a été presque aussi grande que dans les mammifères. Cela s'explique naturellement par la grande quantité de nourriture qu'ils prennent. La vivacité de la combustion interne qui doit correspondre à cette grande quantité d'oxygène consommé, ne fait toutefois que maintenir ces animaux dans un état de température, qui dépasse de très-peu celle du milieu ambiant. La raison de ce résultat est encore très-évidente. Le corps de ces petits êtres présente à l'action réfrigérante de l'air une superficie considérable relativement à sa masse, et une peau toujours humectée. Ces deux circonstances déterminent une déperdition rapide de leur chaleur propre, qui est compensée par le grand développement de ce principe qui s*opère en eux. L'intensité absolue de ces effets contraires se trouve ainsi être une loi nécessaire de leur existence ; une condition de leur possibilité. Tous les êtres organisés ont ainsi en eux leurs moyens propres de vie, aussi nombreux, aussi multipliés dans les variations de leur mécanisme, que les étoiles du ciel. Et encore n'en apercevons-nous que ce qui paraît au dehors; le plus merveilleux nous est caché. Qui a jamais pu comprendre les actions chimiques des membranes vivantes, la cause des mouvements volontaires et involontaires, que dis-je, le vol d'une mouche, les jeux d'un papillon? Quand notre entendement peut tout au plus arriver jusqu'à reconnaître les dispositions extérieures de l'organisme, et à saisir les relations intentionnelles qu'ont entre elles quelquesunes des pièces qui le composent, il y aurait, ce me semble, une contradiction logique, h ne pas voir au fond de cet ensemble, le principe intelligent lui-même, ayant tout ordonné, et réglé. Pour moi, je veux du moins avoir la philosophie de mon ignorance, à défaut d'autres ; et je dis, tout bonnement, avec Voltaire :
. • . J'ai sur la nature, en cor quelque scrupule ; L'univers m'embarrasse ; et je ne puis songer Que cette horloge existe, et n'ait point d'horloger.
Je retourne à notre sujet. Uétude des phénomènes de la respiration telle que je viens de la présenter, se résume dans cette conclusion générale. Tout animal qui respire modifie chimiquement Tair qui Tenvironne, et en est chimiquement modifié. La nature de ces réactions est pareille pour toutes les classes d'animaux; mais les proportions de leurs effets varient considérablement d'une classé à une autre. Elles varient encore, quoique beaucoup moins, dans chaque classe, pour des individus divers, et auâsi pour un même individu, selon leur état hygiénique. Parmi les nombreuses expériences, rapportées dans le mémoire que j'analyse, je n'ai pris jusqu'à présent que celles qui m'ont paru le mieux convenir pour donner de l'ensemble du phénomène cette idée précise. Mais, maintenant, que j'espère y être parvenu, je vais extraire du même travail une recherche de^ plus curieuses, et des plus nouvelles, dont le lecteur comprendra sans aucune peine l'intérêt et la portée.
Beaucoup d'animaux, durant le cours de leur vie, éprouvent des mutations de forme et de constitution intérieure, qui les font passer par les modes d'existence les plus divers. La grenouille, par exemple, dans son jeune âge, est revêtue de l'enveloppe d'un poisson; elle en a l'apparence et vit uniquement dans les eaux où elle ne se nourrit que d'herbes. Alors, sa respiration s'opère comme celle des poissons, en extrayant l'air contenu dans l'eau, à l'aide d'organes extérieurs que l'on appelle des branchies, et en l'absorbant aussi par toute la surface du corps, à travers la peau qui le recouvre. Plus tard, ces branchies se flétrissent, rentrent sousia peau ; la queue qui servait de nageoire rentre aussi à l'intérieur et disparaît; les intestins se raccourcissent; enfin l'animal, sorti de cette première phase, devient une grenouille complète, un être amphibie Carnivore, ayant des poumons intérieurs qui aspirent directement l'air atmosphérique, en même temps que la peau l'absorbe encore ; ayant aussi des bras et des jambes, au moyen desquels il plpnge et nage, comme l'homme, si plutôt ce dernier.
ne s'instruit dans cet art par son exemple. D'autres êtres éprouvent des mutations encore plus variées. Ainsi le papillon léger, aux ailes brillantes, a rampé d*abord sous la forme d'une chenille, tout enveloppé d'une peau qui cachait ses ailes, se nourrissant de feuilles avec une avidité dévorante, et respirant par des trous, ou stigmates, percés à la surface de son corps. Après avoir grossi sous cette forme, il s'est ramassé sur lui-même en une masse oblongue, arrondie comme une fève, et totalement dépourvue de membres extérieurs. Néanmoins, dans cet état, au moyen des mouvements qu'il se donne, il parvient à se tirer de son étui qu'il rejette au loin, et demeure suspendu à quelques brins de soie qu'il avait préalablement attachés, pour cet usage, à un objet fixe. Le voilà devenu ce qu'on appelle vulgairement une chrysalide^ et plus justement une momie. Dès lors il reste ainsi en repos, et comme endormi, pendant un temps fixé, ressemblant à un corps inerte. Pourtant il vit, et il respire à travers son enveloppe. Il a même le sentiment de son existence; car si on le touche, il se remue et se tortille autant qu'il le peut, pour échapper à cet indice de danger. Quand cette momie vient de se former, et qu'elle s'est mise au repos, ouvrez-la: vous n'y trouverez qu'une pulpe graisseuse, contenant les débris des anciens vaisseaux intérieurs, sans apparence de parties distinctes. Mais, peu à peu, cette pulpe subit une élaboration interne, qui en sépare les ingrédients, les distribue, les conduit à des places marquées, où ils s'agglutinent et se recomposent en organes nouveaux, ceux du papillon, lesquels s'arrangent dans le cadre de ses formes que l'on voyait déjà tracé sur la surface de la momie. Celui-ci une fois complet, perce son tombeau, en sort, sèche ses ailes, s'envole dans les airs, et reprend une respiration active. Il ne s'alimente plus que du suc des fleurs, ou ne prend aucune nourriture. En peu de jours, il s'accouple, se reproduit et meurt. Ici nous pourrions bien nous adresser des questions difficiles. L'animal qui traverse ces diverses phases d'existence, a-t-il la conscience
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du passage, et se souvient-il de les avoir parcourues? Dans cette pulpe de la momie, qui ressent le contact des corps étrangers, il y a donc un moi? Où réside-t-il? Est-il dans quelques parties ou dans l'ensemble? De plus habiles se sont fait de pareilles questions sans les résoudre : et saint Augustin, entre autres, a humilié son grand esprit à chercher en vain comment le moi se partage, et où il réside, dans les tronçons vivants d*un ver de terre qu'on a coupé. Je ne me hasarderai point dans ces mystères, et je n'ai voulu rappeler les faits précédents que pour montrer oom*ment la faculté de la respiration des animaux se modifie quand ils passent à des existences diverses.
Mais il en est d'autres parmi eux, cheis lesquels des modifications aussi considérables s'opèrent périodiquement, durant toute leur vie, dans un même mode d'existence, et à des époques réglées. Ce sont les animaux qu'on appelle dormeurs. Il y avait un très-grand intérêt à savoir comment leur respiration, toujours pulmonaire, se modifie pendant ces léthargies périodiques ; si elle a seulement un autre degré d'activité, ou si elle change de nature ; si elle varie seulement dans la quantité, ou aussi dans la qualité de ses produits, Une circonstance heureuse a permis cette exploration. M. le professeur Sâcc, de Neufchâtel, s'était procuré quatre marmottes, qui avaient été trouvées dans le canton d'Unterwalden. H les conserva vivantes, en les nourrissant avec de Therbe, du trèfle, et des feuilles de choux. A la fin d'octobre 1846 elles s'endormirent toutes, et ne se réveillèrent complètement qu'au commencement d*avFil 1847, quoiqu'elles fussent placées dans une chambre bien éclairée, dont la température se soutenait toujours entre 10 et 15*». EUes^ restèrent ensuite trèséveillées et très-vives, jusqu'au mois de novembre 1847. Alors M. Sacc entreprit sur elles une suite de recherches régulières, ayant pour but d'observer les phases continues ou intermittentes de leur léthargie, soit totale, soit partielle, et d'étudier les circonstances extérieures qui pouvaient déterminer les alternatives
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de ces deux états. En conséquence, il se mit à tenir un registre exact de leur vie animale, où il marquait toutes ses particularités; les pesant aussi fréquemment, et nota&t avec soin le degré de leur température propre. Après avoir continué ces observations jusqu*au mois de février 1848, M. Sacc jugea qu'il serait néces^ saire de les compléter par Tétude de la respiration de ces animaux; et il était sur le point d'exécuter ce projet,' quand il apprit que M. Regnault se livrait depuis plusieurs années à des recherches du même genre, entreprises sous un point de vue plus général, avec un système d*appareils d'une perfection admirable. Alors, par un trait de dévouement scientifique, auquel je ne donnerai pas le nom d'abnégation, qui en exprimerait mal lé motif et la noblesse, M. Sacc écrivit à M. Regnault qu*ll lui envoyait immédiatement ses quatre animaux et son journal, en mettant le tout à sa disposition. Les marmottes, emballées dans une caisse avec du foin, furent en effet expédiées de Neufchâtel le 21 février 1848, par la malle*poste, et elles arrivèrent à Paris ' pendant les fameuses journées. La caisse fut déposée dans les magasins, d'où on ne put la retirer que huit jours après.'Toutes les quatre furent trouvées éveillées ; et, pendant les premiers jours, elles ne touchèrent point aux aliments qu'on leur donna. Un peu plus tard, la température s'étant abaissée, deux d'entré elles, que je nommerai C et D, s'endormirent; les deux autres, que j'appellerai A et B, restèrent très-vives, commencèrent k manger et ne s'engourdirent plus, quoique la température des^ cendlt souvent jusqu'à 4°. On les sépara des deux endormies, afin de suivre chaque couple par des observations distinctes. Pour présenter les résultats de -cette étude dans l'ordre te plus simple, je rapporterai d'abord les expériences que Ton fit sur elles, quoique l'on se fût empressé avec raison de commencer par les deux autres.
La respiration des marmottes éveillées, A et fi, fut trouvée comparable k celle des lapins qui prennent à peu près la même
nourriture. Elles exhalèrent comme eux de Tazote, en proportion encore très-faible, mais plus que triple. Elles consommèrent aussi un peu plus d'oxygène, dont elles absorbèrent une proportion notablement plus forte. Leur température propre se soutenait à 33° ou 34°, quoique celle du milieu qui les entourait ne fût qu'à 12°. Aucun artifice ne put les décider, ou les contraindre, à s'endormir.
Venant aux marmottes endormies, j'intervertirai aussi leur histoire pour la faire mieux comprendre. Une fois la marmotte C fut placée en plein sommeil dans la cloche, et y resta 117** 45"» sans se réveiller. La température du milieu ambiant était de S""; celle de l'animal, quand on le retira, toujours endormi, n'était que de 12°. Il n'avait donné aucun signe de mouvement, pendant la durée de l'expérience; à peine, de temps à autre, croyait-on apercevoir quelque indice d'aspiration ou d'expiration. La vie semblait comme suspendue, mais elle se ranima bientôt quand l'animal eut été retiré de la cloche et réchauffé.
Cet état complet de torpeur et de froid se trouva correspondre à une consommation d'oxygène excessivement faible, environ -^ de celle qu'exigeaient les marmottes éveillées. Un peu moins de la moitié de cet oxygène seulement se retrouva dans l'acide carbonique exhalé. Le reste avait donc été fixé à l'intérieur dans des combinaisons non gazeuses, ou peut-être employé partiellement à former de l'eau, dont une portion très-petite aurait pu ressortir par la transpiration, puisque la température de l'animal surpassait seulement de 4° celle de l'atmosphère environnante, qui était toujours saturée de ce liquide. Il y eut aussi une trèsnotable absorption d'azote. Le poids de ce gaz absorbé, joint à celui de l'oxygène consommé, faisait en somme 13^,314; d'une autre part, le poids de l'acide carbonique exhalé fut trouvé de 7«,174; ce qui donne un excès de 6»,140 pour l'absorption. Déduisez de là, si vous voulez, quelque petite fraction, pour tenir compte de la faible quantité d'eau qui a pu être emportée au
dehors par la transpiration. Pendant toute la durée de l'expérience l'animal n*a rendu ni excrément ni urine. Donc il avait dû augmenter de poids, en dormant, La conséquence est incontestable. Aussi M. Sacc avait-il plusieurs fois remarqué ce fait, toujours sur des marmottes plus ou moins endormies, et quand il n*y avait pas eu de déjections émises. On en voit maintenant la cause. Dans ces circonstances, les marmottes réalisent complètement le proverbe : Qui dort dîne. . ^
Peu de jours après l'expérience que je viens de rapporter, la môme marmotte C est remise sous la cloche, encore endormie, mais moins profondément que la première fois. On aperçoit par intervalle des mouvements d'inspiration et d'expiration; elle entr'ouvre les yeux quand on la touche. Sa température propre était alors de 11°, 2 ; celle de l'espace où on la place, 10®. Pendant 76 heures, elle y demeura endormie. Sa respiration était alors si peu active que, dans cette première phase de son séjour, il y eut à peine 12 grammes d'oxygène consommé. Mais alors l'animal sortit de son sommeil ; non pas, comme dans le réveil naturel, par une gradation lente et reposée, mais par une transition involontaire, prompte et pénible, qui la ramenait à d'autres conditions de vie. On reconnut d'abord des mouvements plus étendus et plus rapides d'aspiration et d'expiration ; puis la marmotte ouvrit les yeux, et se mit à trembler de toute la partie antérieure de son corps. Elle ressentait éveillée, l'impression du froid qu'elle ne sentait pas endormie. Sa respiration devint alors très-active. En moins de trois quarts d'heure , elle consomma 6 grammes d'oxygène, la moitié de ce qui lui avait suffi pendant les 76 heures de son sommeil. On se hâta de terminer l'expérience, pour séparer autant que possible les effets produits dans ces deux états. Quand la marmotte fut retirée de la cloche, elle était fort méchante, et cherchait à mordre ceux qui l'approchaient. Mais elle ne pouvait pas courir, parce que son train de derrière était encore engourdi. Sa température propre était alors de 22°, 1 ,
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tandis qu'elle n'était que 4 \ °,2, aq commencement de rexpérience, conséquemment aussi pendant la phase de sommeil. Elle s'était donc accrue de 4 0°,9 en trois quarts d'heure, par TaccélératioD du mouvement respiratoire, et surpassait déjà de i%^y\ celle de Vespace ambiant. La marmotte étant devenue libre» sa température continua de s'élever ; et, cinq heures après , on la trouva de Si"" h 33^ comme chez les autres.
Je n'ai pas encore parlé de la marmotte D, Tune des deux qui s'étaient remises dans Fétat de sommeil, quelques jours après leur arrivée. Son histoii^ n'est pas longue, mais elle a été terminée par un accident des plus curieux et des plus instructifs. On Vavait mise sous une cloche aveo la marmotte C, toutes deux profondément endormies. Elles y restèrent pendant huit jours dans cet état de torpeur, n'ayant consommé jusque-là^ qu'une très-petite quantité d'oxygène, proportionnée h la lenteur de leur respiration. Le soir du huitième jour, le ballon qui fournissait ce gaz, en contenait encore une quantité suffisante pour entretenir la respiration des deux animaux pendant deux jours, à juger par ce qui en avait été consommé jusqu'alors. Mais c'était la première expérience. On n'avait pas prévu ce qui arnva. Pendant la nuit, en l'absence des observateurs, la marmotte D se réveilla. Sa respiration dut devenir très-active ; la quantité d'oxygène qu'elle avait h sa disposition fut sans doute bientôt consommée ; et, le lendemain , on la trouve morte par asphyxie. La marmotte C qui était demeurée endormie, neiut retirée de la cloche que cinq ou six heures après cet accident. Elle avait séjourné, pendant tout ce temps, dans la même atmosphère qui avait asphyxié sa compagne; et néanmoins elle n'en avait ressenti aucun mal ; car ayant été portée devant le feu, elle ne tarda pas à se réveiller, et à courir dans la chambre avec ssl vivacité ordinaire. Ceci montre donc d'abord que les conditions d'existence ne sont pas les mêmes pour les marmottes éveillées, et pour les marmottes engourdies. Les premières s'asphyxient cçmme les autres mammifères, dans
une atmosphère pauvre en oxygène, où elles pourraient séjourner longtemps si elles étaient à Tétat de torpeur. On voit aussi qu'elles ne peuvent pas se mettre dans cet état par leur volonté seule, pour continuer de vivre dans une atmosphère où elles se sentent périr. M. Regnault n'a pas manqué de signaler oes curieuses déductions, et je ne fais que les transcrire.
Elles découvrent avec évidence combien ce champ de recherches serait fécond s'il était exploré. C'est ce motif, autant que la nouveauté des résultats, qui m'a fait rapporter en détail les expé* riences qui précèdent. Quel beau sujet de travail pour un physicien et un physiologiste, qui s'accorderaient à y consacrer du temps ! Les méthodes d'expérimentation sont trouvées, la voie est ouverte, le succès certa^in ; il n'y a plus qu'à suivre. Comparez seulement ces premiers faits à, tout ce que Buffon a écrit sur les animaux dormeurs. Quel roman faux et présomptueux, d'une part; quelle vérité simple et assurée de l'autre I Tel a été Buffon dans une grande partie de ses ouvrages, dans ceux que l'on a, . peut'étre, le plus admirés! Mais, s'il avait eu la patience de scruter intimeoïent les détails de la nature, il n'aurait probablement pas eu la témérité, ou le courage, d'embrasser cette masse immense d'idées générales qu'il a remuées ; et le vaste cadre qu'il a laissé à reaiplir serait à créer.
Au reste, le système de procédés et d'appareils que M. Regnault a inventés pour étudier le phénomène de la respiration, s'appliquerait avec un succès pon moins certain, h. une recherche bien plus importante que toutes celles qu'il a pu faire ; et il a su aussi bien le voir, que le dire. Les grands effets physiologiques, obtenus depuis quelques années par l'inhalation de l'éther et du chloroforme, ont montré avec quelle rapidité l'absorptioû s'opère par les voies aériennes. On en peut induire, avec une grande vraisemblance, que Faction des médicaments transmis par ces voies, sous forme de gaz, serait beaucoup plus immédiate et plus active que leur injection, à l'état soUde ou liquide, dans la oa-
vite de l'estomac, où ils sont nécessairement soumis à Faction des organes digestifs, qui peuvent les décomposer en totalité ou partiellement, peut-être les combattre; et au moins ne leur permettre de s'introduire dans le reste de l'économie vivante, qu'à travers des filières, où on ne peut plus les suivre ni savoir ce qu'ils deviennent. Il ne serait pas improbable que des substances gazeuses, administrées pendant un certain temps, à très-petites doses, devinssent heureusement eflBcaces dans le traitement de beaucoup de maladies, qui résistent jusqu'à présent à tous les remèdes, la pulmonie, par exemple. Or, pour réaliser ces épreuves avec sûreté, sans aucun péril, que faudrait-il faire? Il faudrait seulement construire des appareils d'une dimension assez grande pour que l'on pût y étudier la respiration de l'homme, comme on a étudié celle des animaux. Cela serait tout aussi praticable : il n'y souffrirait pas plus qu'ils n'y ont souffert, quand on leur fournissait l'oxygène en quantité suftisante; et l'on pourrait même lui ménager la liberté d'en sortir à volonté. Un individu sain, ou malade, pourrait y rester ainsi, à son gré, pendant des heures, assis, debout, couché, comme il lui plairait. On étudierait les produits de sa respiration, avec ou sans aliments ; on reconnaîtrait ceux qui l'altèrent ou qui la régularisent. Quand on aurait bien déterminé la nature de ces effets, dans l'état de santé, on étudierait de même des individus souffrants. On essayerait, avec prudence, les médicaments gazeux que l'on présumerait pouvoir leur être utilement appliqués, en commençant par les leur administrer à très-petites doses , puis s'arrêtant ou passant à de plus grandes, selon le succès. On ne peut douter qu'une pareille étude, longtemps suivie , ne fournît tout au moins à l'art de guérir des diagnostics précieux, aujourd'hui complètement ignorés. Que manquerait-il donc pour une si belle entreprise, et quelles difficultés pourraient s'opposer à ce qu'on la réalisât immédiatement? Il y en a deux : l'argent et les hommes ; et malheureusement touies deux sont à peu près insurmontables de nos jours, surtout
MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. Sit
la dernière. La dépense de confection des appareils ne serait pas très-grande; mais il faudrait aussi pourvoir à la production des gaz qui devraient les alimenter pendant des années ; car un pareil travail ne produira ses fruits qu'étant continué très-longtemps, avec une application constante, comme une véritable spécialité. On devrait nécessairement y attather un certain nombre d'aides, exercés aux manipulations physiques et chimiques, ayant aussi des connaissances de physiologie, lesquels seraient dirigés par un homme supérieur, entièrement dévoué à cette étude, et déterminé à en faire son occupation unique, presque le but de sa vie. Vous ne pouvez vous attendre qu'un pareil concours, qui devrait être si exclusif et si durable, vous soit spontanément offert par des personnes de quelque valeur, si vous ne leur donnez les moyens de vivre sans autre travail ; et si elles n'y trouvent un avenir. Ce serait toute une institution à créer. Mais je suppose ces obstacles levés par quelque combinaison hardie et généreuse. Je crains bien, hélas 1 que vous ne puissiez réussir, aujourd'hui ni de longtemps, à faire une telle chose, au moins dans notre Europe. On n'y est pas assez sûr de l'avenir. On n'y trouve plus assez de paix, de liberté, de tranquillité d'esprit, pour de longs travaux. Le cou» rage moral peut encore les faire continuer quand ils sont entrepris; mais l'espoir manque pour les entreprendre. Dirai-jeau prix de quels tourments d'âme, ceux dont je viens de rendre compte, ont été achevés 1 C'était dans les journées de juin. Nous étions là, au collège de France, trois familles, dont les chefs n'ont vécu que pour les sciences. Durant deux jours et deux nuits, nous y restâmes enfermés, eptourés de feu et de mitraille, attendant l'incendie ou le pillage. Pendant ces tristes heures, M. Regnault complétait ses analyses; et, privé de ses aides, il exécutait seul une de ses dernières expériences sur les animaux. Un d© nous s'efforçait à poursuivre des études d'astronomie; un autro de mathématiques. Chacun tâchait de se soustraire à Fidée du présent, et déplorait l'abaissement de l'avenir. Personne n'aurait