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daQger ni d'amertume. On ne voit plus en lui qu'un observateur habile et hardi, qui pénètre tous les détours du cœur de Thom^ie, en fait apercevoir les plus secrets mouvements, élève les sentiments généreux, frappe et abat les passions yiles , sous quelqup apparence qu'elles se déguisent; et, dans son indépen* dance, vous offre ainsi en spectacle tous les personnages qui ont joué un grand rôle sur la terre, non pas avec leurs sceptres, leurs couronnes, leurs armes, et les ornements qui les couvraient pendant leur vie; ipais, comme il le dit lui-même, dans leurs habits de tous les jours , avec toute la honte de leurs vices, ou la seule parure de leurs vertuè. Montaigne est réellement Thistorien de l'homme ; car il a rassemblé dans son ouvrage tous les faits qui pouvaient servir k donner une coAnaissai^ee exacte et complète du cœur humain; mais c*est un historien facile et amu-^ sant, qui se joue avec son sujet et vous promène par des nuances insensi|)les des objets les plus simples aux considérations les plus générales, sans fatigue et sans effort: tellement familier avec l'être qu'il peint et qui n'est autre que lui-même , qu'il peut à son gré le suivre ou le laisser, le quitter où le reprendre, sans le perdre jamais de vue. Ouvnez-le où il vous plaît, vous y trouverez toujours à vous amuser et & vous instruire. Il com^le^c^ partout et ne finit nulle part. Il vous donnera, au besoin , des délassements dans l'oisiveté, de la constance dans l'infortune, de la modération dans la prospérité. Ilfortifiera en vous le respect des lois et Tindépendance du caractère ; il vous inspirera l'amour de la vertu , de l'honnear et de la véritable gloire ; d'autant plus persuasif^ qu'il montre moins l'intention de vous gouverner, et que iâ naïveté de son style vous 0te le sentiment de son art. Vous pouvez l'aborder sans crainte , il n'a rien de rude ni d'austère. Ce n'est point un pédant qui régente et qui gronde, c'est un homme du monde qui cause familièrement; mais sa causerie est si piquanie et animée, il est si fécond en mots heureux et hardis, m figures fortes et énergiques, en pensées justes et profondes.
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qu'on n'est jamais las de l'entendre, et qu'après Favoir quitté on le retrouve toujours avec un, plaisir nouveau. Voilà ce qui fait aimer Montaigne ; voilà pourquoi , n'ayant eu de modèle dans aucune langue, il n'aura jamais d^imitatenrs.
JUGEMENT DE l'ACADÉMIE SUR CE DISCOURS, PRONONCÉ PAR LE, SECRÉTAIRE PERPÉTUEL, M. SUARD.
Le discours n® 2 est évidemment l'ouvrage d'un homme nonseulement de beaucoup d'esprit, mais encore d'un esprit sage et très-éclairé. Le plan en est bien conçu, mais l'exécution 'en a paru défectueuse. L'auteur s'est proposé d'examiner quelle influence Le siècle de Montaigne avait pu exercer sur son caractère et ensuite sur ses opinions, car les opinions de ce philosophe sont intimement liées à son caractère. En rapprochant ainsi, au même point de vue, l'homme, le philosophe et l'écrivain, il a constamment retrouvé l'homme dans l'écrivain et dans le philosophe. Cette idée est très-bien développée dans la pre- > mière partie du discours. L'auteur s'en est habilement servi pour expliquer quelques traits du caractère de Montaigne; mais il en a tiré une censure exagérée et injuste de l'égoïsme de Montaigne, censure fondée uniquement sur quelques maximes isolées, dont l'immoralité apparente s'explique par un examen plus attentif du système entier de sa philosophie, surtout par la situation où il se trouvait en écrivant, et à laquelle se ^apportaient les
maximes qu'on lui reproche et qu'il est difficile, en effet, de justifier.
Le style de ce discours est, en général, naturel et animé, mais inégal et quelquefois incorrect. Des détails trop multipliés, des digressions déplacées ou qui occupent trop de place , concourent d'ailleurs, à donner à l'ouvrage une étendue qui passe de beaucoup les bornes prescrites à ce genre de composition.