AUX OBSÈQUES DE M. TRESCA
professorat , a-t-il dit un jour, est une mission laborieuse dans laquelle le professeur se donne tout entier. » Et Tresca se donna tout entier au Conservatoire et à F École centrale. L'enseignement de la mécanique appliquée offrait des difficultés particulières. Il s'était rendu compte, par exemple, que son auditoire, dont la conquête était l'objet de ses continuelles préoccupations, que cet auditoire, dis-je, était saisi bien plus vivement par F exposé de faits clairement expliqués que par des déductions théoriques. Tout l'effort de son enseignement se concentra dans un heureux accord et dans un perpétuel échange de théories soutenues par des expériences spéciales, expériences destinées à pénétrer, à découvrir, à juger toutes les questions que soulève l'étude de la mécanique, depuis la découverte des forces naturelles jusqu'à la simple démonstration des principales machines de l'agriculture et de l'industrie. Tresca n'aurait pas pu mener à bonne fin l'éducation de son auditoire et la solution de ces problèmes, s'il n'avait eu la fortune d'aider à l'établissement, dans les salles du Conservatoire, d'un laboratoire et d'une galerie de mécanique, et de contribuer à la création de ces Annales du Conservatoire, où il consigna le fruit de ses longues et patientes recherches.
A l'influence et à la notoriété qu'il avait conquises par ses travaux dans le public des Sociétés savantes et des écoles spéciales, Tresca avait ajouté l'autorité du grand public par son action prépondérante dans les Expositions universelles de 1851, 1855 et 1862, par sa ferme et patriotique conduite pendant les épreuves de 1870 et les jours ensanglantés de la Commune, et par certains incidents de sa carrière professionnelle. Tresca
était Tresca, à l'Académie des sciences, au Conservatoire, à l'École centrale, à la Société d'encouragement, à la Société des ingénieurs civils, lorsqu'on 1876, il y a neuf ans à peine, il entra dans notre compagnie. Je m'en souviens. Séguier mourut, et Tresca souhaita le remplacer. Chacun se fît honneur de sa venue, et Tresca prit place dans la section de mécanique agricole à côté du général Morin, d'Hervé Mangon et de Delesse, tous trois ses confrères à l'Académie des sciences. L'entrée de Tresca à la Société d'agriculture ne fut donc pas un des échelons de sa fortune et un des degrés de sa renommée. La Société ne fut pas non plus une de ces arènes scientifiques où il aimait à porter fièrement le drapeau de la bataille, mais une retraite où il vint se reposer de ses luttes et de ses travaux, et donner en passant la preuve de son dévouement à l'agriculture. Il trouvait d'ailleurs dans notre Société, non seulement des études qui lui étaient familières et chères, mais des amis de vieille date, et entre autres le général Morin, dont l'amitié remplit toute sa vie et régla pour ainsi dire toute sa carrière.
J'ai nommé le général Morin, et je m'explique.
Quand on veut connaître Tresca, il faut lire le discours qu'il prononça sur la tombe de notre éminent confrère, de son intime ami, le général Morin : « C'est « l'homme de bien, dit-il le jour des suprêmes adieux, « c'est l'homme que j'ai le plus aimé. Pendant trente « ans, il m'a été donné de vivre à côté de lui, de rece- « voir chaque jour ses conseils, et d'admirer l'esprit de «c sagesse et d'indépendance qui dictait toutes ses déter- « minations. »
Quels avoux, messieurs, et quelle lumière sur toute