‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 2)Chapitre 9 sur 86 · LU DANS LA SÉANCE DU 24 JUTN · texte numérisé non relu

LU DANS LA SÉANCE DU 24 JUTN

Messieurs,

Mercredi dernier, Tresca assistait à la séance de la Société nationale d'agriculture, et, avec sa lucidité et son autorité ordinaires, discutait une question délicate soulevée dans la Section de mécanique agricole et des irrigations; vendredi, Tresca était frappé, frappé à mort. Et le voilà perdu pour toujours, arraché subitement à l'affection de sa famille, de ses confrères, de ses amis ! Dans le concert de toutes les Sociétés savantes qui s'empressent de rendre à sa mémoire un solennel hommage, la Société nationale d'agriculture tient à mêler sa voix et à dire ses regrets. Son deuil est grand, mais le grand

(1) Tresca élu le 19 avril 1876 dans la Section de mécanique agricole et des irrigations, décédé le 19 juin 1885.

deuil aujourd'hui est conduit par le Conservatoire et l'Ecole centrale, dont Tresca a été pendant tant d'années l'inspiration vivante, et, pour me servir d'une expression scientifique, l'infatigable instrument.

L'histoire du Conservatoire des arts et métiers et de l'Ecole centrale des arts et manufactures est tellement liée à la vie de Tresca, qu'il appartenait aux représentants de ces grandes et nobles institutions d'en retracer les épisodes scientifiques ; mais l'homme, l'homme avec l'originalité de sa nature et de son talent, appartient à tout le monde. Quand, au nom de l'Académie des sciences, il prononça l'éloge de Frédéric Sauvage, Tresca définit l'inventeur de l'hélice un chercheur obstiné. Tresca aussi était un chercheur, mais ce chercheur ne permettait guère à la méditation de prendre le tour de l'imagination. Il suivait le côté pratique des choses plutôt que le côté artistique ; l'attrait de la nouveauté ne lui faisait pas perdre de vue l'utilité véritable d'une combinaison, et chacun sent bien que c'est surtout par la finesse et la sûreté du jugement que le professeur de mécanique appliquée pouvait et devait rendre à l'agriculture de réels services. Heureux ceux qui ont le don de première vue et qui reçoivent la lumière soudaine de la découverte ; mais honneur à ceux qui savent, par des qualités presque contraires de bon sens, de critique et de science, reprendre cette lumière, l'analyser, la mesurer et mettre en œuvre cette découverte que le hasard dispute parfois au génie de l'homme !

Si l'on ne peut pas dire que la vocation naturelle de Tresca fut le professorat, on peut noter que les circonstances en avaient fait la condition de sa vie. « Le

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