AUX OBSÈQUES DE M. TRESCA
la vie ! Ne voit-on pas ces deux hommes vivre pendant trente années dé la même science et du même cœur? Ne sent-on pas l'ascendant que Morin avait pris sur Tresca, et l'influence qu'à son tour Tresca devait exercer sur Morin ? Quand Tresca loue dans Morin l'esprit de sagesse et d'indépendance, ne semble-t-il pas se louer lui-même ? Quand il rappelle la parfaite obligeance avec laquelle Morin prodiguait ses conseils et son temps à tous ceux qui voulaient les prendre, ne se souvient-on pas de l'abandon avec lequel Tresca se donnait pour ainsi dire à tous ceux qu'il en croyait dignes ? M. Boussingault ayant dit un jour que Morin était un caractère : « Oui! s'écria Tresca, Morin était un caractère dans « lequel le cœur ne vieillit jamais. » La note du cœur reparaît toujours, et Morin est bien l'homme que Tresca a le plus aimé. Tels nous avons vu Tresca et Morin à la Société d'agriculture, vifs, nets, sincères, mais supérieurement distingués dans leur indépendance ; telle nous apparaît encore l'image de nos deux confrères, partageant la même tâche en partageant les mêmes sentiments, et pour ainsi dire enchaînés l'un à l'autre dans les labeurs de la vie scientifique par la communauté des études, aussi bien que par la ressemblance des caractères.
En rappelant ses propres paroles, en nommant le compagnon de sa vie , en louant les qualités de son cœur et la nature de son talent, j'ai l'espérance d'avoir rendu à Tresca un hommage qui l'aurait touché. Après tant de discours qui relèvent au plus haut point les titres de sa renommée, je ne puis rien faire de mieux, ce me semble, que de prendre d'une main le souvenir de ses amis qui sont morts, et de l'autre les regrets des
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amis qui demeurent, et de tresser avec les souvenirs du passé et les regrets du présent une pieuse couronne, pour l'offrir à la famille de celui qui est encore là, sous nos yeux , et qui, dans quelques instants, n'y sera plus.
M K BAILLE O F F R R T H A M . M I L N K F. D VV A R D S Par ses Admirateurs.