CULTIVÉES EN RIZ (EN FEDDANS
Béhéra
Galioubieh
Gharkieh
Gharbieh
Dakhalieh
Favoum
Totaux
Si la culture du riz devait donner plus de profits, cette culture pourrait évidemment se développer dans
les provinces de Gharbieh, Dakbalieh et Béhéra. On y voit encore de vastes étendues incultes où le riz viendrait avec succès.
Espèces et variétés diverses cultivées en Egypte. — On cultive en Égygte deux espèces de riz, le Sultani (riz impérial) et le Sabaïni, ainsi nommé parce qu'une période de soixante-dix jours s'écoule entre le moment où il est semé et le moment où il est récolté. Le mot sabaïni signifie soixante-dix.
Le Sultani comprend trois variétés : le Faille (ou grain nourri) ; Y Ein-el-Bint (œil de la fille), et le Gennarvi (provenant de Gènes, de l'Italie) (1).
Le Sabaïni se divise également en trois variétés : le Dawafer el Hammam (serres du pigeon), le Akraa (le teigneux) et le Abou Safeh (le barbelé).
Espèce Sultani. — Le Faille se reconnaît à ce que son grain est recouvert d'une écorce jaunâtre, tandis que la pellicule même du grain est d'un rouge opalin ; l'épi est barbelé et les barbes sont de la couleur de l'écorce.
U Ein-el-Bint a, au contraire, une écorce rougeâtre, tandis que la pellicule du grain est d'un blanc légèrement jaunâtre; l'épi est barbelé et les barbes sont d'un rouge cuivré.
Le Gennarvi a l'écorce rouge foncé, et la pellicule du grain est d'un blanc laiteux ; l'épi est barbelé et ressemble à celui de FEin-el-Bint.
(1) On prétend que le riz égyptien importé dans certaines régions de l'Italie s'était amélioré, et qu'on l'a réimporté ensuite en Egypte^ vers 1848, par les ordres du khédive Ibrahim-Pacha. Gomme les Génois avaient alors le monopole du commerce avec l'Egypte, ce riz a pris le nom de « riz de Gènes », riz Gennarvi. Ce riz est assez rare.
U Ein-el-Bint et le Gennarvi ont des tiges plus longues que celles du Fahle.
Espèce Sabaïni. — Le Dawafer el Hammam se reconnaît facilement à ce que son épi n'est pas barbelé ;
Le Akraa a également un épi non barbelé, et l'écorce de son grain est un peu rugueuse et souvent légèrement tachetée.
Le Abou-Safeh a, au contraire, avec tous les caractères particuliers au Sabaïni, un épi barbelé.
Le riz Sultani est plus estimé que le riz Sabaïni. L'Einel-Bînt et le Gennarvi, ce dernier surtout, se vendent plus cher que le Fahle. Ces deux variétés se cuisent un tiers plus rapidement que le Fahle et sont très recherchées à Constantinople ; le Fahle, au contraire, est expédié presque exclusivement en Asie-Mineure. Quant aux variétés du Sabaïni, elles ont à peu près la même valeur marchande.
Prix moyens du riz brut pris sur place dans les lieux de production, — Le riz brut, c'est-à-dire non décortiqué, se vend ordinairement à la dariba. Chaque daviba pèse 20 kantars (1). Dans la région de Rosette, on vend également le riz brut à l'ardeb : cet ardeb pèse 333 okes environ.
Mais la dariba est la véritable mesure primitive du riz brut.
Le mot dariba est arabe ; il veut dire contribution. Dans le principe, lemultezim, ou concessionnaire, payait à l'État une redevance en nature, en riz. On disait qu'il devait la dariba au gouvernement.
(1) Le kantar pèse 44 kilog. 49; le rotali est la centième partie du kantar.
Comme la quotité de cette contribution a souvent varié, on a pris le parti d'évaluer les augmentations ou diminutions de redevance en fractions de la contribution primitive ou dariba primitive : la dariba est donc devenue une sorte d'unité dont on s'est même servi plus tard pour estimer le pouvoir de production d'une rizière. Ainsi on a dit : une rizière de 1, 2 daribas, pour indiquer que cette rizière pouvait donner 1 ou 2 daribas de riz ; et, en fait, actuellement, le produit moyen de 1 feddan est d'environ 1 dariba.
Les prix moyens de vente des riz bruts pris sur place
varient naturellement beaucoup. Voici cependant les
prix ordinaires payés aux cultivateurs par les usiniers
décortiqueurs :
Fahle, de 390pt à 460pt la dariba.
Ein-el Bint, de 450 à 550 —
Gennarvi, do 500 à 600 —
Sabaïni, de 380 à 420 —
L'usinier fournit les fardes ou couffins dans lesquels le riz brut est mis. Chaque couffin contient à peu près 1 kantar. Comme le riz est généralement pesé avec son enveloppe, on bonifie l'acheteur de 1 ou 2 rotolis par kantar, pour la tare du couffin.
Les frais de transport des lieux de production aux centres usiniers sont à la charge de l'acheteur; du reste, ces frais sont considérables, presque tous les transports ayant lieu par voie d'eau.
Culture. — Choix des terrains. — En principe, le sol de la vallée du Nil est favorable au riz : on estime cependant que, lorsque le terrain tend à prendre une certaine teinte jaunâtre (ce qui veut dire que le terrain
est glaiseux) le riz y vient plus facilement, parce que le sol est moins perméable et qu'il retient mieux l'humidité. Mais on ne se laisse pas guider par ces seules considérations : les véritables facteurs d'un bon rendement sont, d'une part, que l'eau coule à discrétion ; d'autre part, que l'eau coule sans cesse. Dès que ces deux conditions sont remplies, la culture du riz est possible.
Nous avons déjà dit que le riz est cultivé maintenant à deux points de vue : pour améliorer des terres salées ou depuis longtemps incultes, et pour tirer un produit de terres dans lesquelles aucune autre plante ne saurait réussir. En réalité, peu de cultivateurs cherchent un autre but et un autre bénéfice dans la culture de cette graminée.
Tout le monde n'est pas d'accord sur l'efficacité de la culture du riz pour dessaler un terrain ou pour rendre cultivable un sol inculte depuis de longues années. Il semble incontestable que des colmatages constitueraient un remède bien autrement souverain ; malheureusement, les colmatages exigent des volumes d'eau énormes, qu'il devient de jour en jour plus difficile de mettre à la disposition du fellah, par suite du régime de plus en plus torrentiel du Nil. Mais, aux yeux des indigènes, des doutes de cette nature ne se sont jamais produits : et le riz est encore le seul moyen qu'ils préconisent et qu'ils emploient pour remédier aux inconvénients que nous signalons. Du reste, on ne peut nier que le renouvellement presque continu de l'eau dans les rizières ne soit une chose bonne, puisqu'il permet de laver le sol et de lui donner un peu de limon du Nil. Cette culture d'amélioration n'est pas, le plus souvent, à la portée du
petit cultivateur ; partout où l'eau doit être élevée artificiellement, et écoulée de même, le grand propriétaire seul est en mesure de soutenir cette culture avec succès.
La plupart des terrains bas situés dans le nord de la basse Egypte, parallèlement au littoral méditerranéen et dans le nord-est près du lac Menzaleh, ne conviennent pas à d'autres cultures que le riz et Forge. Le fellah est donc obligé de faire du riz et de Forge alternativement. Ces terres ont un écoulement à peu près assuré, soit au moyen de canaux spéciaux, soit en rejetant les eaux d'égouttement dans de vastes étendues encore incultes. Le riz pourrait s'étendre sur ces dernières, si les niveaux des lacs Mariout, Edkou, Borollos et Menzalah pouvaient être abaissés par un moyen mécanique quelconque, par l'emploi de moulins à vent, par exemple, comme en Hollande.
Dans ces régions, le fellah est souvent obligé, pendant la période de décroissance du Nil, d'arroser ses riz artificiellement; mais il manque très rarement d'eau. Cette obligation entraîne à de fortes dépenses, mais bien moins grandes, cependant, que pour les rizières du sud du Delta ; le niveau des eaux varie moins qu'ailleurs dans cette partie de la basse Egypte.
Choix de l 'espèce suivant V époque des semailles. — Le riz indigène est une culture estivale qui se divise en culture d'été proprement dite, nommée se fi, et en culture d'été nommée nili, c'est-à-dire faite au moment de la crue du Nil.
Le riz Sultani ne peut se cultiver qu'en « séfî » ; le riz Sabaïni, au contraire, se cultive généralement en « nili », mais peut également donner d'excellents résultats en séfî. •
On sème ordinairement le Sultani et le Sabaïni « séfî » dans les terrains où l'on n'est pas trop exposé à manquer d'eau pendant la baisse du Nil ; on sème plutôt le Sabaïni « nili » dans les terres où l'on peut craindre de manquer d'eau pendant la période de décroissance du fleuve. De plus, le Sabaïni, semé dans ces dernières conditions, constitue une culture dérobée, c'est à-dire qu'elle peut être faite sur un sol ayant déjà donné une récolte dans l'année.
Main-d'œuvre et cheptel. — On admet que, pour 10 feddans, une paire de bœufs ou de buffles est nécessaire pour les labours et les nivellements. On admet également qu'il faut pouvoir disposer, à un moment donné, au commencement des façons surtout, d'un homme par feddan. Ces hommes se paient en nature ou en argent, suivant la région. Lorsque les ouvriers sont payés en nature, c'est-à-dire lorsqu'ils ont pris à forfait la main-d'œuvre de tous les travaux agricoles, jusqueset y compris le vannage, ils reçoivent généralement pour salaire le cinquième de la récolte brute.
La journée, en argent, se paie de 2pT à 2PT 20p.
Choix des semences. — Pour reconnaître à première vue si un riz est propre à être employé pour semence, on casse le grain; si l'intérieur est friable, farineux, on doit le rejeter; si, au contraire, la cassure est nette et que l'intérieur soit dur, on laisse le riz tremper pendant quatre jours, et on l'enferme ensuite vingt-quatre heures dans un endroit abrité et obscur, un trou dans la terre recouvert de paille, par exemple. Si le grain est bon, il doit avoir germé au bout de ce temps.
Prix des semences. — Quantité nécessaire pour ensemencer 1 feddan. — Les semences se vendent
généralement à l'ardeb de 240 rotolis, c'est-à-dire qu'il faut 8 ardebs 1/3 pour faire 1 dariba de 20 kantars.
Les meilleures semences Sultani valent 77PT.06P l'ardeb ; les meilleures semences Sabaïni, 60PTrardeb.
On compte qu'il faut, en moyenne, 3 kelas et demi (1) de semence pour 1 feddan, tant pour le Sultani que pour le Sabaïni.
Opérations de culture dans l'ordre où elles se présentent naturellement. — Espèce Sultani. — Du 1er au 15 barmonda (2) (du 15 avril au 1er mai), on donne à la terre un premier arrosage (arrosage sharaki). La terre ayant un peu séché, on la laboure une seule fois si elle est nette ; s'il existe des mauvaises herbes, on laboure une seconde fois, en traçant des sillons perpendiculaires aux premiers.
Le jour même où les labours sont finis, les semences, préalablement et antérieurement criblées et nettoyées, sont enfermées dans des couffins ou dans des sacs bien cousus ; ces couffins ou ces sacs sont jetés dans un canal ou dans un bassin rempli d'eau.
On procède alors au premier nivellement du sol, que l'on divise en carrés ou rectangles d'un demi-feddan environ ; ces carrés ou rectangles peuvent naturellement avoir une superficie plus grande, mais ils deviennent alors d'une surveillance difficile et d'une irrigation incommode. Chaque carré est entouré de petites digues ou bourrelets en terre.
(1) Le kela est le douzième de l'ardeb.
(2) L'année agricole est l'année copte, qui commence vers le 11 septembre. Les Musulmans même se servent toujours des dates coptes en agriculture.
A ce moment, c'est-à-dire cinq ou six jours après son immersion (on pourrait l'y laisser plus longtemps sans inconvénient), le riz est sorti de l'eau ; les couffes ou les sacs sont ouverts, et les semences sont lavées avec le plus grand soin. On les frotte entre les mains ; elles sont ensuite mises dans d'autres couffes (ce n'est pas indispensable), et enfermées pendant vingt-quatre heures dans un endroit abrité et obscur, dans un coin de magasin, et recouvertes de paille ou de trèfle, fortement pressés au moyen de pierres ou au moyen de mottes de terre.
Les vingt-quatre heures écoulées, le riz a germé. On couvre d'eau les carrés de terrain, de façon, cependant, à ce que quelques mottes émergent encore. Les ouvriers se mettent alors à lisser les bourrelets à la main, de manière à les rendre imperméables en quelque sorte. On nivelle ou on égalise ensuite chaque carré au moyen d'une poutre, appelée « falk » lorsqu'elle est faite d'une moitié de palmier, ou Istvvata lorsqu'elle est faite d'un morceau de bois. Cette poutre, sur laquelle le conducteur est monté , est traînée par des bœufs ; aussitôt un carré égalisé, et tandis que l'eau est encore trouble par suite de ce nivellement et du piétinement des hommes et des animaux, on sème le riz à la volée.
Les semailles faites, on surveille le niveau de l'eau dans les carrés ; dès que ce niveau baisse dans un carré, on le remplit de manière à maintenir ce niveau pendant cinq ou six jours ; au bout de ce temps, le riz est sorti de terre, et on assèche complètement les carrés, mais en ayant soin de ne commencer l'écoulement que vers quatre heures du soir, lorsque le soleil a perdu son ardeur. Jusqu'à quatre heures du matin,
c'est-à-dire pendant douze heures, le riz est privé d'eau et soumis à l'action de la rosée, qui lui donne un peu de consistance et de rigidité.
A quatre heures du matin, on remplit de nouveau les carrés, mais de manière à ce que la pointe des tiges émerge. On surveille pendant sept ou huit jours pour maintenir constamment le niveau de l'eau ; ensuite, et cette fois vers le milieu de la journée, on écoule toute l'eau pour permettre au riz de s'étendre en racines. Le lendemain, vers huit ou neuf heures du matin, on irrigue les carrés, toujours de façon à ce que le riz ne soit pas entièrement recouvert d'eau. On peut laisser la même eau pendant huit ou dix jours, pourvu qu'on maintienne le niveau constant ; mais il vaut mieux, si c'est possible, renouveler l'eau tous les jours.
Au bout de ces huit ou dix jours, il faut changer l'eau continuellement, en établissant un courant continu du premier dans le second carré, du second dans le troisième, et ainsi de suite. Les herbes parasitaires ont alors eu le temps de pousser, et on ramène à ce moment tous les ouvriers disponibles pour les arracher. Le piétinement des ouvriers a pour résultat de tasser la terre, et on augmente le volume d'eau fournie.
Quarante jours environ après, on arrache encore une fois les mauvaises herbes, et on continue à en nettoyer les rizières au fur et à mesure de leur apparition. Le riz a alors environ quatre mois, et on procède à l'éclaircissement des rizières trop fournies en repiquant les touffes ainsi arrachées dans les endroits clairsemés ; puis on augmente encore la fourniture d'eau jusqu'au moment où arrive l'eau d'inondation, très chargée en limon, qu'on laisse couler en grand jusqu'à quinze jours
environ avant l'époque de la complète maturité. Quand le riz est mûr, on ferme les prises d'eau, on assèche les rizières et on récolte; on peut alors, si Ton veut, semer du trèfle dans les rizières.
On récolte ordinairement dans le mois de « Babah » (10 octobre au 10 novembre), en ayant soin, contrairement à ce qui a lieu généralement en Egypte pour les autres céréales, de faire des gerbes liées vers les épis, de manière à ce que la gerbe se tienne verticale sur le ol.
Le riz est enfin porté sur l'aire, préalablement recouerte d'un lit ordinairement de paille d'orge. On y disose les gerbes, déliées, sur une assez grande épaiseur, et on fait passer la èr Morag » (batterie indigène traînée par des animaux). Le grain se détache rapidement de la paille, qu'il est inutile de hacher, les bestiaux ne la mangeant pas. Le riz , étant vanné , est disposé en couches de faible épaisseur, qu'il faut remuer souvent de manière à prévenir la fermentation. Il est alors prêt à être vendu aux usiniers décortiqueurs. La paille de riz, beaucoup plus épaisse et plus dure que la paille de blé, est utilisée pour réparer les digues, exécuter des barrages en terre, chauffer les machines, etc., etc. Elle se vend 2PT la charge d'un chameau. 1 feddan donne deux charges ou deux charges et demie de paille.
Espèce Sabaïni. — Les procédés de culture pour l'espèce Sabaïni ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui viennent d'être décrits pour le Sultani. Des différences réelles n'existent d'ailleurs que pour le Sabaïni nili, le Sabaïni séfi se cultivant presque absolument comme le Sultani.
Les semences de cette espèce ne sont laissées, toutefois, que quarante-huit heures dans l'eau et dix-huit heures dans un endroit abrité.
Le nili se sème vers le commencement d'abib (7 ou 8juillet). On le récolte vers la fin de rout (5 au 10 octobre).
Lorsque le terrain est bien nivelé, il n'est pas indispensable de labourer avant les semailles du nili.
Il faut renouveler l'eau beaucoup plus souvent pour le Sabaïni nili que pour le Sultani.
Le rendement du Sabaïni séfi, en quantité, est égal à celui du Sultani, et quelquefois supérieur ; le rendement du Sabaïni nili est inférieur de moitié à celui du Sultani.
Usages agricoles spéciaux au riz. — Lorsqu'un fellah cultive du riz sur un champ entouré de terres plantées en coton ou en céréales, il est obligé d'abandonner, sur son propre fonds, une bande de terrain sur tout le périmètre de ce champ, pour que ses voisins soient à l'abri des eaux d'infiltration et d'égouttement du riz.
S'il cultive du riz Sultani, cette bande doit avoir 5 kassabas de largeur (17m.75) ; s'il cultive du riz Sabaïni, cette bande doit avoir 3 kassabas (10,n.65).
Rendement en riz brut par feddan. — On a déjà vu que le rendement moyen de 1 feddan en Egypte, en riz décortiqué, est de 1 ardeb et demi à 2 ardebs de 225 okes.
Voici quels sont les rendements moyens, en riz brut, par feddan des deux espèces :
Espèce Sultani 15 à 20 kantars.
... I nili ... 7 à 10 —
Espèce Sabaïni. . \ m... IhkW -
20 kantars (1 dariba), soumis à la décortication, donnent ordinairement 2 ardebs de 225 okes de riz net, non compris les brisures ; 1 ardeb de Rosette, riz brut, de 333 okes, donne 156 okes (ardeb blanchi de Rosette) de riz décortiqué net, les brisures non comprises.
Frais de culture de 1 feddan, impôt non compris.
— Les frais de culture de 1 feddan de riz, arrosé à la
sakieh, en partie, peuvent être évalués de la manière
suivante :
Main-dœuvre . . . . 80 pt.
Cheptel '. . . . . 100
Semences 22
Frais généraux 18
Total 220 pt.
Décortication. — Centres usiniers. — Les usines ou moulins de décortication sont actuellement tous situés à Rosette ou à Damiette. L'administration des douanes de l'État possède seule une usine à décortiquer en dehors de ces deux centres, à Kafr-Battik, non loin d'ailleurs de Damiette.
Dans le temps, alors que le riz était cultivé sur une plus grande échelle, il existait des moulins sur beaucoup d'autres points : ces moulins sont maintenant en ruine.
Mécanismes employés. — A Damiette, la décortication se fait au moyen de pilons ou de martinets en bois, la plupart mis en action par des animaux.
A Rosette, outre ces engins primitifs, il existe une belle usine à vapeur, montée sur le modèle italien.
L'usine à vapeur de Kafr-Battik possède l'outillage en usage il y a trente ou trente-cinq ans : il donne encore, cependant, de bons résultats.
Manipulation préparatoire des riz bruts a leur entrée dans les moulins ou usines. — A leur entrée dans les moulins ou usines, les riz bruts sont soumis à diverses manipulations qui ont pour but de les sécher complètement et de détruire toute adhérence entre l'écorce et le grain. Le riz est prêt à être décortiqué lorsque cette adhérence a disparu. A ce moment, le riz a perdu de 12 à 15 pour 100 du poids constaté à son entrée à l'usine.
Décortication proprement dite. — La décortication s'obtient par un frottement énergique des grains sur les grains ; mais il ne faut pas que ce frottement dépasse une certaine mesure, au delà de laquelle les brisures seraient considérables. Ce frottement est produit par l'action alternative, dans une masse déterminée de riz brut, soit de pilons en métal ou cuves en fonte agissant dans des mortiers, soit de pilons ou martinets en bois. Des meules en grès ont, au préalable, concassé l'écorce.
La décortication se prolonge plus ou moins, suivant la variété du riz : ainsi le « fahle » est plus difficile à décortiquer, étant donnée sa pellicule colorée.
Dans les établissements perfectionnés, les cribles, tarares, etc., etc., et autres engins propres à séparer le riz des impuretés, des grains parasites, surtout de la Daneba, qui ressemble un peu au riz lorsqu'elle est sur pied), des grains cassés, etc., etc., sont mus à la vapeur et disposés à diverses hauteurs dans les bâtiments. Du reste, ces opérations ont été très fréquemment décrites.
La seule remarque spéciale à la décortication égyptienne s'applique à l'emploi du sel, inutile pour la préparation des riz étrangers. La quantité de sel néces-
saire par ardeb de riz décortiqué de' 225 okes est de 7 okes. Le sel a pour effet de conserver le riz et d'empêcher le développement des insectes.
Malheureusement, les décortiqueurs indigènes prennent de plus en plus l'habitude de remplacer le sel par du plâtre, pour diminuer le prix de revient. Ils emploient également certaines matières colorantes, nuisibles à la santé, pour donner au grain la teinte la plus favorable à la vente : ainsi, en Syrie, on tient à ce que le riz soit rougeâtre, etc., etc.
On peut également remarquer que le riz indigène ne subit pas l'opération dite du polissage.
Prix de revient de décor tication. — On dépense généralement 25PT pour décortiquer 225 okes de riz brut.
L'emploi des matières colorantes nuisibles dont il vient d'être question permet de réduire sensiblement ce prix.
Produits secondaires. — Les brisures de riz sont vendues pour la consommation locale.
Les autres produits, tels que les écorces, pellicules salées, etc., etc., sont vendus pour la nourriture des bestiaux ou pour le chauffage des fours à un prix moyen de 15PT le kantar.
Production et débouchés. — Le rendement du riz au feddan varie naturellement chaque année. On peut admettre cependant qu'un ieddan produit en moyenne en riz décortiqué, c'est-à-dire prêt à être consommé, de 1 « ardeb (1) » et demi à 2 « ardebs », de 225 « okes (2) ».
(1) L'ardeb type est une mesure de capacité de 197 lit.74.
(2) L'oke pèse 123 Ul.
Au point de vue local, et comme on le verra plus loin, l'unité de vente varie suivant les régions. L'ardeb d'exportation varie également ; il est tantôt de 240 « okes », tantôt de 160 « okes », suivant les ports d'expédition. Ainsi la douane compte l'ardeb dit de Rosette à 160 okes, alors qu'en réalité il n'est que de 156 okes; celui dit de « Damiette », à 240 okes, alors qu'il ne pèse que 225 okes.
Pour faire une comparaison vraie, on a donc été obligé de ramener à Yoke les chiffres publiés par la direction générale des douanes égyptiennes, en ce qui concerne les exportations de riz :