CHATILLON
Exposition générale. — Le territoire de Châtillon a une assez grande étendue. Il est borné : au nord, par ceux de Vanves et de Montrouge ; au couchant, par ceux de Vanves et de Clamart ; au midi, par ceux de Clamart et de Fontenai, et, au levant, par celui de Bagneux. Depuis le territoire de Montrouge jusqu'à Bagneux et Châtillon, le terrain est en plaine, mais il s'élève insensiblement et forme le petit coteau sur lequel ces deux villages sont situés, à une petite distance l'un de l'autre et sur une ligne parallèle à Paris. Ce coteau n'est bien sensible que du côté de Bourg-la- Reine et de Sceaux, où il a une pente assez rapide. Au sud-ouest de Châtillon, on voit un coteau très élevé, sur lequel s'étend une partie de son terroir. Son inclinaison dans le terroir de Châtillon est à peu près au nord ; on y voit quelques enfoncemens ou vallons, formés sans doute par les eaux pluviales.
Qualité des terres. — Les terres de la paroisse de Châtillon sont d'une bonne qualité depuis le village jusqu'aux territoires de Vanves et de Montrouge ; elles sont un peu moins bonnes sur la partie moyenne, c'està-dire à l'entour du village et du côté de Bagneux ; elles sont d'une assez mauvaise qualité sur le coteau au sudouest de cette paroisse. La partie la plus élevée ne présente que des terres graveleuses, sablonneuses et point du tout calcaires ; la couche végétale est très mince et presqu' entièrement sablonneuse, et, à quelque part que
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Ton creuse, on ne trouve que des sables purs ; on voit sur la surface, en quelques endroits, un sable fin, rougeâtre et micacé, et, en d'autres, des petits cailloux, d'un grès fin, dur et ferrugineux. On trouve au sommet quelques mares d'eau que Ton a pratiquées pour y faire amasser l'eau des pluies pendant l' hiver, afin de fournir de glace une glacière construite aux environs. Les eaux, abondantes cette année, filtrent, rendent quelques parties du coteau humide et y font quelque tort.
Minéralogie. — Il y a, dans la plaine de Châtillon, beaucoup de carrières à pierre d'une bonne qualité ; on y retire des pierres coquillères, dites pierres de taille dures, et des moëlons fins. L'exploitation de ces carrières se fait de la même façon que dans celles de Bagneux. La plupart ont une étendue très considérable ; mais la voûte est solide et elle est partout soutenue par des piliers et par des remplissages élevés et construits avec beaucoup de soin ; on ne laisse que les passages nécessaires pour emporter les quartiers de pierre qu'on en retire : l'épaisseur de la pierre exploitée est à peu près de 5 pieds et demi ; l'ouverture de ces carrières est partout la même ; elle est en forme de puits ; il faut y descendre à l'aide d'une échelle appliquée et fixée contre les parois ; la partie supérieure n'est point soutenue par un mur : les terres ont assez de solidité pour ne pas faire craindre les éboulemens. La profondeur de la pierre est de 60 à 70 pieds ; les couches sont parfaitement horizontales , et , le terrain étant un peu en pente, les carrières ouvertes à la partie de la plaine la plus basse sont celles qui ont le moins de profondeur. Dans une carrière au milieu de la plaine, on voit :
Terre végétale 1 pied.
Terre peu différente de la supérieure,
seulement un peu plus sablonneuse. 3 —
Terre crétacée —
Craie
Pierre calcaire tendre grossière, qui se
détache en morceaux irréguliers de
différentes grosseurs 4
Sablon blanchâtre mêlé à des parties
calcaires 6 —
Sablon argileux d'un gris verdâtre 8 —
Sablon argileux jaunâtre 7 —
Marne 16 —
Tuf 3 —
Pierre coquiilère dure, divisée en trois
couches. (Cette pierre sert de voûte
à la carrière.) 3 —
Pierre calcaire tendre 1 —
Pierre coquiilère dure, dite pierre de
taille 1 — 3 pouces.
Pierre calcaire tendre I —
Moëlon fin 1 —
Pierre tendre 1 —
66 pieds 3 pouces.
C'est la dernière couche de pierre tendre qu'on attaque et qu'on creuse latéralement jusqu'à 7 à 8 pieds d'enfoncement, et dans une étendue de 15, 20 et même 30 pieds, jusqu'à ce que la masse s'affaisse et tombe par son propre poids, ou par le moyen de coins qu'on enfonce supérieurement entre la masse et la voûte.
Sur la partie inclinée du coteau qui s'élève au sudouest de Châtillon, on a creusé à côté de la route de Chevreuse et l'on retire un sable rougeâtre, très beau et très fin, pour les allées des jardins. Le terrain présente :
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Terre végétale sablonneuse 8 pouces.
Terre presque toute sablonneuse 4 pieds.
Sablon pur, d'un jaune d'ocre , souvent formant une masse dure, mais friable 15 —
19 pieds 8 pouces.
A quelque part du coteau que Ton creuse, on est assuré de trouver un sablon fin, plus ou moins coloré, plus ou moins beau, et quelquefois chargé de beaucoup de parties micacées très brillantes.
Plâtrières. — Au midi du village et au bas du coteau, on trouve deux plâtrières dont la profondeur est de près de 100 pieds ; [l'ouverture est étroite et en forme de puits, et les terres sont soutenues par un mur en maçonnerie jusqu'à la profondeur de
65 pieds, ci 65 pieds.
On trouve ensuite :
Pierre calcaire, divisée en plusieurs
couches 6 —
Gypse 3 —
Marne 4 —
Gypse : 6 —
Celui-ci n'est pas exploité ; il sert de voûte à la carrière. Le banc exploité qui se trouve immédiatement audessous a environ 14 pieds d'épaisseur ; mais il est coupé par des marnes.
Gypse exploité 8 —
Marne crétacée dite souchet 8 pouces.
Gypse 10 —
Marne 6 —
Gypse 4 —
98 pieds.
On exploite cette dernière masse, et on sépare ensuite les marnes qui s'y trouvent encore mêlées. Cette dernière plâtrière est spacieuse et très étendue. On se
sert souvent de la poudre à canon pour détacher le gypse. On a l'attention de laisser, de distance en distance, des piliers de 12 à 15 pieds de diamètre pour soutenir la voûte. L'eau filtre à différens endroits ; elle incommoderoit les ouvriers si on n'avoit l'attention de pratiquer plusieurs réservoirs dans lesquels elle s'amasse, et laisse à sec les endroits un peu plus élevés où se fait l'exploitation. Les marnes et les débris de plâtre servent, à cet effet, à renfermer et circonscrire les eaux dans les endroits où l'on cesse de travailler. On ne les enlève jamais, et il ne paroît pas cependant qu'elles augmentent considérablement, quoiqu'il en découle toujours ; elles pénètrent plus profondément dans les terres.
On trouve quelquefois des ossemens dans le gypse, mais en petite quantité. La couche la plus basse, et plus souvent celle de marne interposée entre les couches de gypse, fournissent quelquefois du gypse feuilleté et cristallisé en fer de lance.
Il y a auprès du village une manufacture considérable de couvertures de laine et de coton ; on y emploie les laines de France et celles d'Espagne, le coton de nos îles de l'Amérique et le lin des provinces de Normandie et de Picardie. On fabrique les couvertures de laine communes avec toutes les laines du pays indifféremment ; on choisit les plus belles pour les couvertures un peu plus fines ; mais on mêle ces laines avec celles d'Espagne pour faire des couvertures très fines et d'une belle et très bonne qualité. Les couvertures de coton ont leur chaîne de fil de lin ; le coton n'est employé que pour la trame. On envoie toutes ces couvertures aux moulins à foulon de Corbeil pour y recevoir le feutrage
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nécessaire ; elles reviennent ensuite à la manufacture, où on leur donne le lustre par le moyen du soufre, et le lainage avec les têtes du chardon à bonnetier (Dipsacus fullonum).
On se sert d'huile de navet pour la préparation des laines communes ; celles, au contraire, que Ton destine aux plus belles couvertures, sont préparées avec l'huile d'olive.
Il n'y a dans la manufacture que très peu d'ouvriers employés aux filatures et au cardage du coton : presque toutes les matières employées sont filées dans différens villages des environs de Paris.
Productions. — Les productions du territoire de Châtillon sont assez variées ; elles consistent en grains et prairies dans la plaine; en vignes, en grains, en prairies et en fruits sur le coteau. On voit sur celui-ci beaucoup de cerisiers, quelques noyers et quelques groseilliers ; on y cultive la pomme de terre. Le blé réussit très bien dans la plaine, difficilement sur la partie moyenne du coteau ; mais il ne peut venir au sommet ; les seigles même y sont très petits, tandis qu'ils sont très beaux au bas du coteau ; cependant, l'industrie du cultivateur supplée par les engrais et les labours à la mauvaise qualité des terres ; et cette année, que le printems est pluvieux, la végétation y est très belle, les fourrages paroissent abondans partout ; les seigles sont assez élevés et ils annoncent beaucoup de paille.